
| Année de parution : 1977 |
| Pays d’origine : Belgique |
| Édition : CD, Cuneiform – 1989 |
| Style : Rock in Opposition, Avant-Prog, Musique de chambre, Contemporain, Gothique, Dark Zeuhl |
Ça vous dirait d’entendre un orchestre de chambre possédé jouer la musique la plus radicalement sombre, aride et sans compromis possible ? Et bien, j’ai le groupe pour vous, mais chers amis avides de ténèbres galopantes ! Dès cette première offrande discographique, la musique d’Univers Zéro fait froid dans le dos. Les Belges maudits, adorateurs de Lovecraft (ils s’appelaient « Necronomicon » avant, d’ailleurs) ne font pas dans la facilité ni dans la dentelle. On est pas (mais VRAIMENT pas) chez Yes ou Camel ici ! Leurs univers sonore des plus sordide emprunte surtout aux structures et ambiances de la musique contemporaine et/ou folkloriste : Bartók (leur plus grande influence), Stravinsky, Penderecki… En fait, sur cet album, il n’y a pas grand chose qu’on pourrait rattacher au rock, si ce n’est l’aspect très propulsif de la batterie de Daniel Denis, tête pensante de la formation. Au niveau des compositions, c’est hyper progressif, certes (bien plus que chez bien des poncifs du genre), mais l’instrumentation déployée est vraiment atypique : basson, violon, violoncelle, hautbois et harmonium. On dénote cependant des petites touches crimsonienne dans la guitare inhumaine, distante et froide de sire Roger Trigaux (un autre mec important dans le domaine des musiques « difficiles » ; j’y reviendrai dans de futures chroniques). UZ ne s’embarrassent pas d’un chanteur non plus. Leur musique est purement instrumentale. Et presque complètement acoustique sur cette première galette.

L’album débute de manière magistrale avec « Ronde », un morceau-fleuve qui introduit à merveille le macrocosme diabolique de la troupe. À travers ces 15 minutes quasi-insoutenables pour le fan moyen d’Abba (qui se retrouvera bien vite en position foetale, à geindre sur le sol mat), UZ semblent s’amuser à construire un immense malaise sonore toujours grandissant et de plus en plus étoffé. On dirait la bande son d’un film occulte traitant de la sorcellerie au Moyen-Âge. Au menu : un violoncelle funeste, un harmonium atmosphérico-angoissant, des violons dissonants en diable, un basson dément et un réel talent à alterner des passages cycliques hypnotiques/nauséeux et des éclats soudains qui veulent terrasser l’auditeur. Du délicieux masochisme sonore mais quand c’est aussi bien fait, on en redemande !
Nous ne sommes pas en reste puisque le restant de l’album nous assène 4 autres pièces plus courtes mais pas moins efficaces pour autant. Mention spéciale à la bien nommée « Malaise » (on en parlait justement plus haut) qui est très explosive et qui ne semble pas dénuée d’une pointe d’humour carnassier (façon Shostakovitch mais version zombifié, les dents noires et avec des gros vers bien gras qui tombent de sa glotte trouée).
Voilà là un album qui torche le gouvernement Couillard de 2014-2018 en matière d’austérité pure et dure ! Et l’art sonore d’Univers Zéro n’a pas fini de nous surprendre. Ce n’est que le début d’une carrière aussi riche que tétanisante. Ils feront mieux ; et encore plus sombre…
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