Playlist

PLAYLIST #21 – Semaine du 6 novembre 2023

SALADE D’ENDIVES

PHYSIQUE :

  • Mozart – Requiem (Philippe Herreweghe) (Harmonia Mundi, CD) [1997]
    Écoutez cet « Introitus » éploré, qui avance lentement, avec douleur, presque pathétique… alors que les choeurs, magnifiques, dramatiques s’élèvent dans l’éther… Subissez la rage tellurique de ce « Dies Irae » presque Metal par bouts ! Lyrique et magistral au possible. Pleurez avec ce « Lacrimosa » alors que ce dernier se fait un malin plaisir à vous arracher le coeur et à le piétiner sans relâche (mais avec une volupté toute contrôlée… fichtre ; ce passage de clarinette !). Et accueillez là bras ouverts, la faucheuse, qui arrive triomphante pour venir chercher son dû alors que retentit le théâtral « Agnus Dei » qui se fond en un « Lux Aeterna » où un rayon de Soleil solitaire vient transpercer momentanément la chape grise de Novembre, illuminant la scène fatidique où les doigts squelettiques se referment sur le moribond.

  • Jóhann Jóhannsson – Virðulegu Forsetar (CD + DVD-Audio, Touch) [2004]
    Un compositeur énorme qui nous aura quitté très tôt et qui est l’auteur d’une pléiade de trames sonores mémorables et d’albums solo magnifiques. Je considère Virðulegu Forsetar comme son oeuvre maîtresse ; son chef d’oeuvre absolu. C’est une longue pièce contemplative de 65 minutes pour 11 cuivres, deux orgues, piano, percussions, cloches + éléments électroniques. Le tout s’ouvre sur cette espèce de fanfare mélancolique au ralenti (les cuivres) qui joue un air qui reviendra souvent au travers de la piste, avec des variations subtiles… Entre ces passages, c’est du drone céleste et méditatif qui occupe nos enceintes (porté par ces basses subsoniques), montant parfois d’intensité, descendant à d’autres moments… C’est incroyablement beau et solennel, émouvant sans jamais être tragique. Dans mon top 10 albums de drone de tous les temps.

  • Kenneth Gaburo – Music For Voices, Instruments & Electronic Sounds (Nonesuch, Vinyle) [1968]
    Génial disque de musique concrète / proto-électronique avant-gardiste avec chorale démente + pochette somptueuse. Les Nonesuch de cette époque là sont pas mal tous complètement fous et méritent votre attention. Ah oui, la Face B sonne parfois comme une oeuvre perdue de John Zorn.

  • Art Blakey And The Jazz Messengers – Reflections In Blue (Timeless / MOV, Vinyle) [1979]
    Un très beau Blakey tardif, enregistré en 1978 avec un superbe line-up des Messagers du Jazz bourré de jeunes musiciens ont trop la pêche d’accompagner la légende de la batterie. Le plaisir est communicatif et s’entend. Du Hard-Bop presque anachronique pour l’époque (cela sonne très mid-sixties), avec une prise de son ravissante et un pressing absolument parfait des gentlemen de Music on Vinyl. Ah ouais, et sur la dernière piste (« Stretching »‘) les gros fans de rap vont assurément reconnaître un sample célèbre (utilisé par Digable Planets).

  • Yearner & Visions of Niften – Winter Camaraderie (Voldsom, Cassette) [2018]
    Deux projets phares de l’étiquette underground Voldsom Musikk se sont associés pour pondre cette missive de dungeon synth hivernal séraphique et c’est BEAU. Une musique lo-fi, simpliste, nostalgique, brumeuse, enchantée… J’aime absolument TOUT sur ce label

  • Onfang – Late Winter Blooms (Phantom Lure, Cassette) [2023]
    On reste dans le synthé donjonné avec cette jolie cassette de winter/comfy synth tout délicat et touchant. Un EP pour célébrer le passage de l’hiver au printemps ; mais que j’écoute évidemment hors saison, alors que nous, on s’approche petit à petit de la froide saison. Chaque piste de ce recueil est une petite merveille de fragilité et d’émotion, avec des sons de synthés à la fois chaleureux et transis.

  • Depeche Mode – Music For The Masses (Mute, CD) [1987]
    6ème album des Dieux incontestés de la Synthpop eighties. Depeche Mode a beau être reconnu comme un groupe avec des singles imparables mais ça demeure selon moi un band qui te fignole surtout des albums à tout casser, sans réel moment faible (surtout à cette époque). Y’a rien à jeter ici. Je lui préfère néanmoins légèrement son grand frère « Black Celebration » et son cadet (l’incrédiiiible « Violator »)… Mais y’a pas à dire, c’est du grand DM. Un des rares groupes capables de jouir d’un succès commercial ahurissant tout en commandant le respect des mélomanes plus aguerris.

  • Rocksteady Got Soul (Soul Jazz, 2 x Vinyle) [2021]
    Comme toujours chez Soul Jazz, on fait des compiles miraculeuses. Celle-ci n’y fait pas exception. Deux galettes remplies à rabord de délectable rocksteady et de reggae qui lorgne du côté de la soul. Un gros Soleil irradiant dans ta soirée de novembre pluvieux. Et des pochettes de même, j’en ai jamais assez dans ma collection.

  • Khanate – Things Viral (Southern Lord, CD) [2003]
    Cet album est douleur. Cet album est supplice. Cet album est aliénation totale et sans retour. Les divagations psychotiques d’un dérangé mental profond qui a vu des choses qu’on ne devrait jamais voir, qui a touché le vide gelé des confins du mal-être. Au delà de toute hallucination impossible ; au delà des os broyés/liquéfiés d’une carcasse vaguement humaine qui jonche le sol putride d’un cachot enseveli sous dix mille tonnes de glaise et de cendres. La lourdeur pour la lourdeur et les silences qui se font gouffres entre ces morceaux de chair faisandés. Drone-Sludge-Metal-Ambient-Calciné de dortoir d’hôpital psychiatrique abandonné. Un album qui nous rappelle que quand on pense avoir atteint le fond, on peut toujours aller plus loin dans l’innommable et la déshumanisation… on peut toujours creuser la terre noire à mains nues, s’écorchant la peau sur les racines gelées et les pierres coupantes, alors que les larmes, le sang et le mucus coulent généreusement de nos entités corporelles (futurs dortoirs et garde-manger à vers blancs), se répandant sur l’écume des cauchemars morts. Feel good album of the century.

  • Khanate – To Be Cruel (Sacred Bones, CD) [2023]
    On les pensait morts et enterrés pour de bon… On pensait que notre cerveau déjà vicié jusqu’à plus soif par leurs offrandes anti-musicales antérieures avait assez été éprouvé… Mais voilà qu’ils remettent les couverts pour une autre dose d’ultra-masochisme sonore. Une barre de tôle rouillée qu’on t’enfonce langoureusement dans la gueule, au ralenti, pour que tu puisses savourer chaque sensation, chaque contusion, chaque degré de douleur… puis des milliers d’araignées affluent de tous les points cardinaux ; des petites, des moyennes, des grosses… À l’aide de leurs mandibules souillés, elles viennent te déchirer les joues, le front, les oreilles, le nez, les yeux (Fulci style)… Bêtes avides, stupides, porteuses de la violence et du chaos originels. Un disque retour très attachant.

  • Fly Pan Am – Fly Pan Am (Constellation, 2 x Vinyle) [1999]
    Le premier album de cette formation montréalaise légendaire ; un des joyaux de la scène locale qui brille à l’international et qui produit encore des albums d’une qualité exceptionnelle (après une très longue pause). Au menu : Post-rock expérimental et krautrock-ish minimaliste, répétitif, hypnotique et noisy. On fait difficilement mieux dans le genre.

  • Herbie Hancock – Empyrean Isles (Blue Note, CD) [1964]
    Un Herbie Hancock magistral. Le plus important et le meilleur de sa période Blue Note, déjà forte en chef d’oeuvres. Une Face A de Jazz Modal somptueuse et de facture plus classique… et une Face B anthologique avec un « Cantaloupe Island » beau à te faire dresser tous les malins petits poils de ton corps… Et puis après, il y a « The Egg » ! Le moment le plus avant-gardiste et free de la galette. Un 14 minutes en apesanteur dans une musique hautement fertile, progressive, nébuleuse, crépusculaire… Ce piano répétitif en ouverture (à la rythmique quasi Kraut-Rock… si si, j’vous jure !), supporté par une batterie ultra minimaliste et à contre sens de tout ce qu’on a entendu jusqu’à lors… Puis, petit à petit, ça se transforme en quelque chose de grandiose et de féérique. Les conventions fichent le camp. On ne sait plus si on est chez les Jazzeux ou chez les Classiqueux Contemporains.

  • Pete Rock & C.L. Smooth – Mecca And The Soul Brother (Elektra, 2 x Vinyle) [1992]
    Gros classique incontournable de Boom Bap jazzy-funky icitte et un des meilleurs albums de rap des années 90. Si Pete Rock est reconnu (avec raison) comme étant l’un des meilleurs producteurs hip-hop de tous les temps, c’est en grande partie à cause de ce disque qui l’a mis sur la map. Ses beats jazz-rap hyper inventifs et fignolés d’une main de maître sont bourrés de cuivres fondants comme du caramel, de grosse basse chaleureuse et de keys noctambules. Et n’oublions pas C.L. MOELLEUX dans tout ça ; vraiment le MC idéal pour accompagner ces instrus fantasmatiques.

  • Jacques Higelin / Brigitte Fontaine – 12 Chansons D’Avant Le Déluge (Disques Jacques Canetti, CD) [1971]
    Compilation de chansons de Higelin et Fontaine, parfois en duo, parfois en solo, originellement parues sur différents microsillons dans la deuxième moitié des années 60. On est dans la chanson jazz de facture beaucoup plus classique que ce que les deux lascars feront par la suite (à partir du début des années 70) mais ça reste du génie.

  • Terutsugu Hirayama – Castle Of Noi (Nexus, Vinyle) [1983]
    Un énorme merci à l’élégant et amical Frédérik Roy d’être venu me porter chez moi cette galette divine. Il s’agit de mon 2ème album de prog-rock symphonique japonais préféré of all time (le premier demeurant « Barren Dream » de ce cher Mr. Sirius). Cet unique album solo du leader de Teru’s Symphonia (et membre de Novela et Schéhérazade) est une tuerie de prog bombastique comme il ne s’en faisait qu’au Japon dans les eighties. Des vocaux féminins magiques, du clavier grandiloquent à qui mieux-mieux, de la guitare savoureuse, d’la batterie bien punchée, une basse bien présente et mixée comme on l’aime. Des compositions savamment montées (qui rappellent Rush, Yes et Genesis) avec de jolies fioritures et des passages plus calmes/atmosphériques absolument splendides. TELLEMENT HEUREUX de pouvoir enfin compter ce disque dans ma collection.

STREAMING :


GUILLAUME P. TRÉPANIER

Écoutes récentes en rafale, de gauche à droite:

  • Affinity – Affinity (1970) [UK]
    Affinity est un band qui navigue entre le prog, le folk, le psych, le jazz et le blues sans jamais entrer complètement dans un style précis. Une œuvre éclectique à laquelle il est difficile de résister, j’ai accroché automatiquement dès ma première écoute.
    La photo qui recouvre gatefold est aussi fantastique, mystérieuse et contemplative. Dans mes pochettes préférées.

  • Child Of Nature (compilation de 2023) [US]
    Compilation de raretés folk obscures absolument magnifique, tant dans son emballage que dans son contenu. C’est rapidement devenu un classique chez nous pour ensoleiller les matins ou enjoliver les soupers tranquilles.

  • Témpano – Åtabal Yémal (1980) [Vénézuela]
    Du gros jazz fusion expérimental comme seuls les sud-américains sont capables de pondre, avec leur background en musique latine et leurs amours pour le rock et le jazz des 60s-70s. Un autre produit cruellement méconnu du Vénézuela.

  • Ol’ Dirty Bastard – Return To The 36 Chambers: The Dirty Version (1995) [US]
    Album représentant très bien le « hardcore hip-hop » à son apogée, Return to the 36 Chambers: The Dirty Version démontre le talent et la fougue unique d’Ol Dirty Bastard. L’artiste a une façon d’exprimer ses lignes de texte comme personne, avec une voix semi rap, semi chant et rythmée par des bruits de lèvres et de bouche qui créent un beatbox subtil. Les beats sont aussi très poussés, quasi expérimentaux. Un produit qu’on ne retrouve pas ailleurs.

  • Graham Nash – Songs For Beginners (1971) [US]
    Cet opus solo de Graham Nash est une petite perle folk au son typique de 1971. Guitare acoustique bien ressentie, voix clean et envoûtante, orgue subtil qui vient dire coucou de temps en temps.

  • Felt – Felt (1971) [US]
    Un des albums phares de ma passion pour le rock psychédélique et progressif underground. La magnifique « Look At The Sun » nous prend direct au coeur en déposant l’aiguille sur le vinyle. De l’autre côté du fisque, « The Change », grosse tune prog aux riffs de guitare et d’orgue accrocheurs et tonitruants. C’est une oeuvre assez particulière, qui se promène à travers le psych, le prog, le hard rock, le blues, le jazz, mais sans jamais être totalement un ou l’autre. Au départ cruellement méconnu, un statut culte s’est installé au fil des années parmi les fanatiques du genre.
    On s’entend aussi que la pochette est d’une esthétique impeccable et qu’une fois qu’elle entre en contact avec nos yeux, on ne l’oublie plus jamais.

  • Yocto – Zepta Supernova (2023) [QC]
    Toute nouvelle formation composée de musiciens exceptionnels et de l’unique chanteuse Yuki Berthiaume-Tremblay (IDALG, Jesuslesfilles), Yocto frappe très fort avec un premier album intitulé Zepta Supernova.
    Leur musique tourne autour des genres jangle-pop, post-punk, art rock et new wave. La guitare, quand même assez technique, me rappelle même les albums 80s de King Crimson, ce qui apporte une touche vraiment unique et rarement entendu sur de la musique francophone québécoise.

  • The Sugarcubes – Life’s Too Good (1988) [Islande]
    Formation islandaise dont faisait partie la légendaire artiste Björk, les Sugarcubes offrent ici un album post-punk/new wave alternatif teinté d’un soupçon de psychédélisme et légèrement gothique. Life’s Too Good ne m’avait pas particulièrement accroché à ma première écoute, puis j’me suis surpris à y revenir assez souvent… assez pour ne plus pouvoir m’en passer. Il faut croire que, finalement, j’aime peut-être ce disque là plus que n’importe quel Björk. Oui, je sais, sacrilège! Au bûcher!

  • Charles Mingus – The Black Saint And The Sinner Lady (1963) [US]
    Certainement dans mon top 10 jazz à vie. On dirait un big band heavy et expérimental qui essaie d’me rentrer dedans comme un train. Bref, comment s’en passer?

  • At The Drive-In & Sunshine – At The Drive-In & Sunshine (2000) [US]
    En tant que fan fini d’Omar Rodriguez-Lopez et de Cedric Bixler-Zavala, je ne laisse jamais passer un At The Drive-In qui croise mon chemin. Dans ce cas-ci, un split avec le groupe Sunshine où on retrouve deux excellentes pièces d’ATDI qui me figurent sur aucun album (well, à part une réédition CD avec bonus tracks de Relationship of Command). Très heureux de les entendre enfin sous format vinyle.

  • The Zombies – Odessey & Oracle (1968) [UK]
    Classique indémodable psychédélique-pop/sunshine de 1968, avec la célèbre et magnifique Time of the Season. Les petits accents baroques et les timbres lumineux des instruments confèrent à Odessey & Oracle un charme très puissant dans lequel l’auditeur peut doucement se perdre.

  • Gaahl’s WYRD – The Humming Mountain (2021) [Norvège]
    Quand une de mes figures favorites du genre se met au chant clean pour sortir un EP alliant ses origines black metal au dark folk avec un son ultra atmosphérique, disons que je m’en vois très heureux et que je plonge à fond. Gaahl’s WYRD sera probablement le seul projet metal des années 20 dont j’achèterai tous les albums sans me poser de questions.

LÉON LECAMÉ

  • Bekëth Nexëhmü – De Dunkla Herrarna (black metal/dark ambient)
  • Wulkanaz – Kwetwan jah Dreuzaz (raw black metal)
  • Domgård – Rót (black metal)
  • Red Alert – Drinkin’ with Red Alert (Street Survivors) / Beyond the Cut (punk rock)
  • Pseudodementia- Замело (post-black métal/doom atmosphérique (russian doomer))
  • Mephistofeles – Whore (heavy psych/stoner rock)
  • Neuromancer – Hardwired (synthwave/cyberpunk)
  • Akitsa – Devenir le Diable (métal noir québécois)
  • Opéra de Nuit – Sourire de l’Ombre (coldwave/postpunk)
  • Catuvolcus – Gergovia (folk/pagan black metal)
  • Reptant – Return To Planet X’Trapolis (idm/techno)
  • Mauvet Mauve – S/T (keller synth/casio techno)

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