SALADE D’ENDIVES

PHYSIQUE :
- Haydn – Cello Concertos 1 & 2 (Mstislav Rostropovich, Academy Of St. Martin In The Fields) (EMI Classics, CD) [1975]
Superbe interprétation de ces deux concertos qui sont parmi les plus brillants exemples du classicisme viennois dans toute sa somptuosité. Le russe est un des maîtres incontestés du violoncelle et il est accompagné ici par un des meilleurs orchestre de chambre EVEUR. La classe, quoi.
- Bruckner – Requiem (RIAS-Kammerchor, Akademie Für Alte Musik Berlin, Łukasz Borowicz) (Accentus Music, CD) [2019]
On est dans le mois des morts donc j’aime me taper des Requiems à le pelle !
Composition moins connue de ce cher Anton, son Requiem est sa première oeuvre à grand déploiement, conçue alors qu’il avait la jeune vingtaine. Il l’a composé en hommage à son ami et mentor Franz Seiler, décédé d’une crise cardiaque. C’est donc une oeuvre de jeunesse. On sent Bruckner encore très influencé par Mozart (plusieurs passages, comme l’ouverture ou le Dies Irae, vous rappelleront le Requiem de Wolfgang), de même que par les compositeurs baroques et romantiques. Même si on est à milles lieux du Bruckner complètement post-romantique déchaîné et ténébreux de ses symphonies, ce Requiem n’est pas dénué de charme. Composé pour 4 chanteurs/chanteuses solistes, choeur, ensemble de cordes, 3 trombones, cor et orgue, ce Requiem vous offrira de beaux moments fougueux et d’autres plus contemplatifs. Le disque contient aussi d’autres très belle oeuvres funéraires de Bruckner datant de la même époque. À conseiller aux fans de ses Motets (superbes d’ailleurs).
- Radiohead – Hail To The Thief (Parlophone, CD) [2003]
Il vieillit bien ce Radiohead là. Je le trouve injustement un brin mal-aimé/sous-estimé. Après avoir botté le cul de tout le monde avec le doublé Kid A/Amnesiac, la bande de Thom et Johnny G. nous sorte cet excellent disque qui mix le côté électronique des deux précédents opus avec quelques morceaux plus guitaristiques rappelant la période OK Computer (voir même « The Bends » par bouts). « Salutations au voleur » est le Radiohead le plus spooky/ténébreux, ce qui n’est pas pour me déplaire. Il a ce côté très immédiat et brouillon qui est vraiment sympa. Tous les morceaux sont imprimés à jamais dans mon cortex mais mentions honorables à :
« 2 + 2 = 5 », une intro incroyable (comme toujours chez les gars d’Abingdon) et une toune dans laquelle il se passe autant de trucs que dans « Paranoid Android » (pour la moitié du temps de cette dernière)
« Sail to the Moon », une berceuse neurasthénique qui rappelle « Pyramid Song » (possiblement ma toune préférée de Radiohead)
« We Suck Young Blood » et son génial slow-clap funéraire.
« I Will », une sorte de complainte médiévale moderne et magnifique.
« A Wolf at the Door. », Thom Yorke qui fait un espèce de rap désespéré et paranoïaque. Moi je dis oui.
- DJ Yoshizawa Dynamite.jp & Chintam – Wamono A To Z Vol. I (Japanese Jazz Funk & Rare Groove 1968-1980) (180g, Vinyle) [2020]
Le genre de compil qui me fait CAPOTER ! 10 pistes de jazz-funk japonais obscur et pourtant immensément génial. Un pressing impeccable, riche et détaillé. Cela SONNE mes amis ! Et que dire de la pochette si ce n’est que j’ai envie de l’épouser (ne le dîtes pas à ma femme !). Garrochez vous là-dessus au plus vite pour ceux qui ne connaissent pas !
- Pink Fairies – Never Never Land (Floating World / Retroworld, Vinyle) [1971]
Groupe nous provenant du Royaume-Uni et comptant parmi ses membres le génial Twink à la batterie, le talentueux Paul Rudolph à la guitare ainsi que d’autres muzikos qui étaient de l’aventure « The Deviants », les fées roses font du succulent hard psych proggy et poppy à souhait, avec des petits relents de proto-punk à travers. Un disque qui passe tout seul et qui alterne avec brio des pistes hard-rock et des pépites plus « space ». À recommander aux fans de Hawkwind, Cream, MC5 et Hendrix.
- Timothy Leary & Ash Ra Tempel – Seven Up (MG.ART, Vinyle) [1973]
Collaboration en mode « roue libre » entre les rock-choucrouteurs allemands Ash Ra Tempel et le gourou du LSD Timothy Leary (alias monsieur « Turn on, tune in, drop out »). Qu’est-ce que ça donne ? Un immense acid-jam délirant blues-psych-kraut-space-ambient déstructuré as fuck. Et c’est assez jouissif. Pourquoi ce titre (« Seven Up ») ? Parce ce que le bon TIMOTÉ mettait d’l’acide dans les cannettes de 7-Up des muzikos avant l’enregistrement… et cela s’entend mesdames-messieurs !
- Nas – Illmatic (Columbia, CD) [1994]
Le rappeur presque agaçant dans son perfectionnisme et son génie. Sortir un premier album de cette trempe alors qu’on vient tout juste d’avoir 20 ans, ça fait trembler d’envie tous les prétendants. Un flow riche et plein de fougue, des paroles anthologiques/riches et des BEATS mes amis, des BEATS !!!! A goddamn east coast masterpiece.
- Sanguine Relic – The Essence Of Eternity’s Despair (Signal Rex, CD) [2018]
Un de mes groupes de RAW Black Metal underground préféré des dernières années. Des riffs carrément ultimes, une ambiance de cimetière fraichement profané un soir de brume (avec les dépouilles purulentes exhibées grotesquement ça et là), des cris qui font mal à la gorge juste à les entendre, une batterie binaire comme on l’aime… L’essence même du Black Metal est là et ne demande qu’à être savourée.
- Thelonious Monk Quartet & John Coltrane – At Carnegie Hall (Blue Note, CD) [2005]
C’est Coltrane et Monk (supportés par le merveilleux quatuor de ce dernier) en l’an de grâce 1957. Dois-je en dire plus ? Une des rares rencontre entre ces deux géants du jazz (et de la musique at large) qui, malgré leurs approches radicalement différentes, réussissent le délicat pari d’enchevêtrer leur génie de la plus belle façon ; pour le bonheur de nos tympans gorgés ici d’une liesse sonore divine. Lors de cette soirée de novembre 57, c’est Coltrane (l’invité) qui s’adapte le plus des deux (tout en demeurant tellement lui-même). Il est doux, duveteux, soyeux mais intrépide… Il est en mode « sideman atypique » tout le long. Et son jeu semble inspirer Monk qui, au piano, répond à son sax tenor dans un dialogue évolutif fascinant. Il se permet quelques fioritures célestes notre John, mais sans détonner de l’ensemble, parfait engrenage qui permet à la machine de sieur Monk (son aîné musical) de rouler à perfection. BEAU.
- The Beatles – Hey Jude (The Beatles Again) (Apple Records, Vinyle) [1970]
Compile de singles de nos Bidules chéris qui ne figurent pas sur leurs albums (pour la plupart). Même si elles est devenue un brin obsolète par la sortie des « Past Masters » dans les années 80, j’aime quand même bien cette galette qui donne un aperçu succinct de différentes époques des garçons dans l’vent. Ah ouais, « Rain », c’est juste un morceau superbe.
- Unsheathed Glory – Tales From Toasty Troll Tavern (WereGnome, Cassette) [2022]
- Unsheathed Glory – The Siege Of Charvencia Keep (WereGnome, Cassette) [2023]
Deux albums de ce super projet de comfy/dungeon synth parus sur l’étiquette merveilleuse des disques du gnome-garou. Ça sent bon les ambiances de J-RPGs médiévalo-fantaisistes, avec ses thèmes parfois épiques laissant présager des aventures abracadabrantes, parfois relaxants (musiques de fond pour une petite bourgade endormie) ou parfois joyeux (la musique de la taverne des trolls enivrés). On dirait que j’en ai jamais assez de la musique comme ça dans ma vie.
Tales From Toasty Troll Tavern est plus enjoué et magique. The Siege Of Charvencia Keep est plus grave, austère et mélancolique.
- Merzbow – Gomata (Hypnagogia, CDr) [2017]
Le dernier volet de la trilogie « Merzcow ». Masami nous sert ici 4 pistes noise tantôt abrasives, tantôt cafardeuses ; débordantes jusqu’à plus soif de ce synthé très space et plein de reverb, le tout créant une atmosphère psychédélique obtuse, cauchemardesque et chaotique à souhait. Excellent comme musique de fond pour un souper spaghetti en famille.
- Kasa Tessema – Kassa Tèssèma (Heavenly Sweetness, 2 x Vinyle) [2014]
Chanteur folk éthiopien à la voix profonde, riche et touchante, accompagné uniquement de sa guitare 6 cordes.
Comment une musique aussi simple peut-elle être me fendre l’âme aussi profondément ? Sa sincérité complète et totale, probablement… Et c’est juste beau sans limite et sans bon sens. Musique empreinte d’une mélancolie ancestrale et d’une insondable nostalgie, mais tout ça dans le calme, l’humilité et dans une certaine forme de candeur résignée. J’en passerais des nuits entières à l’orée de cette forêt, près du feu, à écouter Kasa me raconter histoires et légendes, sans fla-fla ni concession, laissant juste son coeur pleurer sa misère à travers sa voix et sa 6 cordes..
- Ingrid Laubrock – Contemporary Chaos Practices / Two Works For Orchestra With Soloists (Intakt, CD) [2018]
Jazz avant-gardiste pour orchestre big band chaotique. En plein le genre de truc qui me parle mais qui peut te vider une pièce (à utiliser lors des fins de party, avec des invités qui ne décollent pas) !
La saxophoniste new yorkaise Ingrid Laubrock nous livre deux longues pistes de Third Stream/Modern Creative absolument bluffantes, sombres à souhait, cinématographiques et empreintes d’une tension palpable. À noter la présence d’une de mes guitaristes préférées qui oeuvre actuellement dans le créneau des « musiques DICCILES » (de dire notre papa Legault national), j’ai nommé : Mary Halvorson.
- Deathspell Omega – The Long Defeat (Norma Evangelium Diaboli, Vinyle) [2022]
Deathspell en évolution, encore et toujours… Moins hyper-violent et moins dissonant qu’auparavant. Plus mélodique, raffiné et progressif… mais pas moins pernicieux et suffocant pour autant. Un autre album génial dans une des discographies black métalliques les plus importantes et remarquables qui soient.
- Jim O’Rourke – Insignificance (Drag City, CD) [2001]
Bon Dieu que j’aime c’te disque ! L’homme aux 70 000 albums et aux 50 000 collaborations donne surtout dans l’expérimental (ambient, drone, noise, free improv, électro acoustique, musique concrète, etc…) mais une fois de temps en temps, il s’adonne à l’exercice de l’album « pop ». Ce fut le cas du génial « Eureka » (1999) qui mélangeait glitch et primitivisme américain (façon Fahey) à du jazzy-lounge-pop sirupeux à la Burt Bacharach et autres influences pop 60s et 70s (Sparks, 10cc, Van Dyke Parks, Beach Boys). Insignificance, sa suite logique, conserve la même palette d’influences mais dans un contexte plus rock et country alternatif, où la guitare et la batterie ont une place de premier choix. Jim aligne des pépites superbement composés/orchestrés, qui sont le véhicule instrumental de textes absolument tranchants, dédaigneux, amers, voir même cruels (« Looking at you reminds me of looking at the sun and how the blind are so damn lucky »…. Ye-OUCH !).
Un très grand disque de musique qui n’a pas pris une ride !
- Crabe – Sentients (Pantoum, Vinyle) [2021]
Le groupe électro-prog-punk-rock-expérimental-iconoclaste préféré des petits et des grands crustacés nous sert ici un huitième album de grande qualité. Leur musique est excessivement folichonne, imprévisible, attachante, ludique, grand guignolesque, bariolée à fond la caisse, détraquée au possible. C’est comme la visite (dans vos enceintes) d’un cirque itinérant un brin déconcertant avec des tigres pyromanes, des clowns mangeurs de chair humaine (le visage barbouillé de sang et de tripes), des singes batteurs arborant des gaminets à l’effigie de Francesco Zappa et des acrobates unijambistes albinos qui jonglent avec leurs propres membres qu’ils s’arrachent en souriant. Impossible de ne pas rire à gorge déployée à l’écoute de cet opus, un rire à la fois sincère et senti (mais nerveux).
Une brochette d’invitée assez paradisiaque aussi : Hubert Lenoir, Laurence-Anne, Yuki Berthiaume-Tremblay (I.D.A.L.G., Jesuslesfilles, Yocto), Vincent Peake (Grimskunk, Groovy Aardvark), Mathieu A. Seulement (SEULEMENT), Étienne Dupré (Duu, Klô Pelgag), Benoit Poirier (Jesuslesfilles), Jean Michel Coutu (I.D.A.L.G.), les Dianacrawls, Infopolice et même Dan Mongrain (Mothafuckin VOIVOD).
STREAMING :
- Warrington – Runcorn New Town Development Plan – Building A New Town [2023]
https://warrington-runcorn-cis.bandcamp.com/album/building-a-new-town - Liturgy – 93696 [2023]
https://liturgy.bandcamp.com/album/93696 - SOUNDS OF THE DAWN – CANADIAN NEW AGE SPECIAL, DETROIT, 04.11.23 (NTS.LIVE)
https://www.nts.live/shows/soundsofthedawn/episodes/soundsofthedawn-4th-november-2023
GUILLAUME P. TRÉPANIER

Écoutes récentes en rafale, de gauche à droite (pardonnez-moi l’éclairage) :
- Population II – Électrons libres du Québec (2023) [QC]
Définitivement mon disque de 2023, on retrouve ici Population II en parfaite maîtrise de leur art. Heavy psych, krautrock, prog… Le tout en français, pour ne pas dire en québécois. Cet album aux textes imagés et créatifs est un véritable tour de force vibrant autour d’influences de groupes tels que Gong, L’Infonie, Vos Voisins, Chocolat ou C.A. Quintet. Je vais vous le dire, je suis en amour.
- Syd Barrett – Syd Barrett & The Pink Floyd Demos And Rarities (compilation de 2012) [UK]
Bootleg très bien décrit par son nom. Les fans finis de Syd Barrett ou de vieux Pink Floyd y trouveront assurément leur compte.
- Gravediggaz – 6 Feet Deep (1994) [US]
Hip-hop Horrorcore/boom bap aux beats subtilement extravagants, expérimentaux et éclectiques, saupoudrés parfois de marimbas, parfois de voix aux accents d’outre-tombe et surtout de pas mal de contrebasse et de piano. Des rappeurs avec une dégaine qui rappelle Ice Cube, Public Enemy, Big L ou encore Ol Dirty Bastard, bref, on est dans ma zone favorite du genre.
- Jordsjø – Salighet (2023) [Norvège]
Nouvel opus d’une de mes formations favorites de la très active et créative scène progressive norvégienne. Jordsjø arrive encore une fois à concocter une musique progressive axé sur la flûte et le jazz, sans tomber dans le genre “jazz-rock”, avec un soupçon de folk plus celtique. Magnifiquement arrangé, comme toujours.
- Mari Trini – ¿Quién? (1974) [Espagne]
Chanteuse de la vague “chanson 60s” où les interprètes étaient souvent accompagné(e)s d’un orchestre aux sons mélancoliques pour y dégainer leur texte poétique. Le tout se passe ici en espagnole, ce qui confère à cet enregistrement un mood très spécial, triste, mais réconfortant.
- Vanishing Twin – Afternoon X (2023) [UK]
Le tout nouvel album de mes chouchous d’Angleterre, Vanishing Twin. Une ambiance apaisante et aérienne s’en dégage, malgré tous les arrangements éclatés et toutes les subtilités très expérimentales qui gravitent autour de chaque morceaux. Fortement recommandé aux fans de Stereolab et Broadcast.
- New Potatoes – New Potatoes (1973) [Canada]
Une petite obscurité country/folk canadienne qui fait du bien. Des chansons honnêtes, bien senties et interprétées avec un certain relâchement. On ressent un bel esprit de communauté là-dessus, comme si c’était le band d’un village qu’on ne peut entendre que si on le visite un vendredi soir.
- June Wallack – June Wallack (1976) [QC]
Album prog/folk un brin obscur de chez nous. Outre l’interprétation sans faille de June Wallack, on y retrouve plusieurs musiciens de la formation exceptionnelle Ville Emard Blues Band, ainsi que Michel Robidoux et Pierre Nadeau. Côté musicianship, c’est du gros bonbon.
- Richard Dawson – The Ruby Cord (2022) [UK]
Art rock/folk progressif, sans concession, les tripes sur la table, plein de personnalité. Richard Dawson a atteint le sommet de son œuvre ici. Album double, une pièce de 40min sur un disque et 6 morceaux sur l’autre. Ça peut faire peur, mais je vous le dit, ça coule comme du beurre dans poêle. Dans mon top 5 de 2022.
- Moonstone – Moonstone (1973) [Canada]
Certainement dans mes meilleurs albums folk à vie. Moonstone est une formation plutôt mystérieuse, n’aillant endisqué que ce disque rare et maintenant très prisé. Il y a des chansons catchy et très lumineuses, comme d’autres plutôt sombres avec un feeling quasi-hanté, un sentiment que je n’ai jamais retrouvé ailleurs dans la musique folk.
- Christian Gauthier – Sine Qua Non Volume 3 – Hiver 1979 (1978) [Canada]
Troisième offrande de l’auteur-compositeur-interprète Christian Gauthier. Cet album semble encore oublié des amateurs de prog québécois, mais pourtant… On y retrouve Richard Lanthier (Mystery, April Wine), Denis Toupin (Boule De Son, Concert, Pour Nous Autres), Luc Gauthier (Opus 5, Le Blanc et Lalancette) qui te font sonner ça assez puissant merci. Il faut aussi mentionner que Suzanne Jacob signe quelques textes.
- Kryptograf – The Eldorado Spell (2022) [Norvège]
Proto-metal, Doom saucé dans le psyché, Kryptograf nous rappelle à quel point c’est le fun du metal pas trop cliché qui se plonge dans un univers fantastique.
