Playlist

PLAYLIST #23 – Semaine du 20 novembre 2023

SALADE D’ENDIVES

PHYSIQUE :

  • Jordi Savall & Hespèrion XX – Elizabethan Consort Music, 1558-1603 (Alia Vox, CD) [1998]
    Savall et son ensemble sont les maîtres incontestés du répertoire de la Renaissance, et dans le cas particulier de ce très beau disque, de l’oeuvre de compositeurs actifs durant le règne de Élisabeth Ire. Danses profanes, pavanes, chansons et motets sont interprétés de la plus magnifique façon sur instruments d’époque. Un régal.

  • William Basinski – A Red Score In Tile (2062, CD) [2003]
    *Enregistré en 1979
    État paradoxal, pas tout à fait endormi, ni tout à fait éveillé. Un piano antique et brisé qui coule lentement dans une mer d’ébène mi-solide mi-liquide. Un Soleil éclatant mais voilé par un brouillard surréel qui sors d’on ne sait où. Une barque dérive ça et là. Elle fait des tours sur elle, au ralenti. On voit qu’elle est emplie de larmes. Le néant et la mélancolie qui te bordent le long de cet ailleurs impossible. Le Soleil s’est couché maintenant (dans son lit couleur rouille) et la morne pluie de novembre commence à tomber sur la scène qui abrite tes pensées les plus secrètes.

  • William Basinski & Janek Schaefer – . . . On Reflection (Temporary Residence Limited, CD) [2022]
    Des souvenirs fissurés, le temps qui passe, inlassable, précieux mais fugace… Saudade-ambient, musique qui t’emplie le coeur, la tête et les tripes d’une émotion complexe, ambivalente, belle… Quand s’enchevêtre nostalgie, mélancolie et espoir, alors que le soir, frais et humide, commence à tomber comme la première neige de l’année, recouvrant tes blessures et tes regrets de son linceul blanc et salvateur. Du piano aérien, des ondes, des échantillons, du drone, le chant des oiseaux… un miracle discret, fragile et élégiaque.

  • Ennio Morricone – The Black Belly Of The Tarantula (Death Waltz, 2 x Vinyle) [2015]
    *Trame sonore d’un film réalisé par Paolo Cavara et sorti en 1971
    Maestro Morricone est probablement le plus grand compositeur du 20ème siècle (pour moi, je sais que c’est un choix hautement personnel). Et je crois que ce que j’aime le plus de toute son oeuvre, ce sont ses bandes sons pour des giallo (ce genre cinématographique typiquement italien qui est à mi-chemin entre thriller policier, épouvante et érotisme). Sur ce « Black Belly Of The Tarantula », on retrouve les deux facettes que je préfère de mon Ennio chéri : du lounge-jazz sexy, nocturne, enfumé et bossa-novesque… puis des pistes plus expérimentales, empruntant à la musique contemporaine dissonante, à la musique psychédélique, au proto-ambient ; avec des ambiances biscornues, sombres, troubles. Du génie. Et r’gardez moi c’te pochette mirifique !

  • Maxine Funke – Felt (Digital Regress, Vinyle) [2012]
    Cette néo-zélandaise m’enchante ! Un album de folk hyper personnel, tendre, pur, cru, enregistré de manière très très lo-fi. C’est doux, mystérieux, planant, croustillant et ça te prend directement aux tripes et à l’âme. Maxine continue d’enregistrer des disques de folk fantomatique dans un relatif anonymat et mériterait à être plus connue… mais en même temps, on aime bien la garder pour soi, jalousement, comme un trésor.

  • Oren Ambarchi, Johan Berthling & Andreas Werliin – Ghosted (Drag City, Vinyle) [2022]
    Oren et deux comparses en mode « kraut-avant-jazz de chambre post-minimaliste-répétitif vaguement marocain avec petites incursions électro-acoustiques ». Donc, en plein le genre de truc qui me fait léviter de bonheur. Oren, au même titre que son collègue Jim O’Rourke, est un musicien ubiquiste à souhait dont il faut surveiller toutes les sorties discographiques.

  • Maud Evelyne – Pr​é​fontaine (Cassette) [2023]
    J’ai appris à voir
    les yeux fermés dans le noir
    des fleurs multicolores
    poussaient dans mes orbites

    Le premier album longue durée (si je ne m’abuse, corrigez moi KEKUN si j’me goure) de Maud Evelyne est un de mes gros coups de coeur québécois de l’année. « Préfontaine » alterne avec brio des pistes de folk intimiste/mélancolique sublimes (avec un côté très grunge et immédiat qui te va direct à l’âme) et d’autres qui sonnent très pop-rock baroque sixties. On pense parfois à Stereolab (groupe qui m’est très cher), surtout dans l’utilisation des claviers vieillots. La musique est ravissante mais les textes, hautement poétiques et personnels, vous jetteront aussi gentiment sur le cul. Maud a une plume à la fois ludique, cocasse, imagée et inventive… mais aussi capable d’exprimer la part d’ombre et de mal-être qui existe en chacun de nous. Vraiment un disque qui mérite plus de reconnaissance. Je vous invite fortement à aller vous commander la cassette sur Bandcamp !

  • Jonathan Personne – Jonathan Personne (Bonsound, Vinyle) [2022]
    Superbe album solo d’un des membres de Corridor. Un disque tristounet, éthéré, nostalgique, planant, fantomatique et envoutant à souhait, qui passe tout seul… Sieur Personne mélange avec une facilité déconcertante country-folk, dream pop, rock alternatif, western spaghetti, pop psychédélique, prog et textures ambient, réussissant malgré cette pléiade d’influences à pondre un disque hyper cohérent et tout bonnement génial.

  • Bathory – Bathory (Black Mark, CD) [1984]
    Cela débute par une intro ambient hyper lugubre et diablement efficace juxtaposant vent mugissant, cloches d’églises et tonnerre (un genre de croisement horrifique entre le début de « Mother » de Lennon et la pièce titre de Black Sabbath). Puis, après on bascule dans un speed metal de cimetière avec des vocaux râpeux/écorchés vifs. Le son est lo-fi as FUCK. La vitesse est phénoménale. Ambiance punk-licieuse et DIY. Ouais, le Black Metal est né avec cet opus. Un disque vachement important mais surtout hyper fun à écouter !

  • Darkthrone – The Underground Resistance (Peaceville, CD) [2013]
    Un Darkthrone particulièrement inspiré, qui mélange avec brio black metal rageur, crustpunk vicié, heavy, speed et trash metal. Trois morceaux écrits et chantés (lire ici : hurlés) par Nocturno Culto et les trois autres par ce cher Fenriz (alias l’homme le plus SWAG de la scène norvégienne). Une lettre d’amour (écrite au sang) au Métal eighties mais avec les deux pieds ancrés dans la modernité. Cette période du sombre trône mérite toute autant votre attention que leur période purement black metal.

  • Vis A Vis – Di Wo Ho Ni (We Are Busy Bodies, Vinyle) [1977]
    Super album de Highlife ghanéen qui fut longtemps dur dur à trouver parce ce que jamais réédité… Mais les gentlemen de « We Are Busy Bodies » sont venu pallier à la situation. Des deux albums de Via A Vis parus en 1977, le présent disque est le plus joyeux, relax, chaleureux et ensoleillé (alors que son petit frère, « Obi Agye Me Dofo » est plus tendu, agressif et bourré de synthés. J’aime beaucoup les deux approches du groupe et c’est impossible de ne pas passer un bon moment quand on écoute un Vis A Vis.

  • Melvins – Melvins (aka « Lysol ») (Boner, CD) [1992]
    Amateurs de drone-doom-metal et de sludge, voici une des pierres fondatrices de ces genres qui vous sont chers. Une seule piste (qui contient en fait 6 sous-morceaux en son sein) d’environ une demie-heure. Cest leeeeeeent, c’est GRAS, c’est psych-à-l’os, c’est perfide, c’est LOURD et c’est monolithique. On peut se noyer avec délices dans ces feedbacks de guitare et de basse, tout en recevant les coups implacables de la batterie sur la tête (pour nous enfoncer plus profondément dans cette mer opiacée). À noter la présence des superbes covers/réinterporétations de pièces d’Alice Cooper et de Flipper. Un des meilleurs albums d’un des groupes les plus importants de l’histoire du rock et aussi un de leurs plus jusqu’au boutiste.

  • Jean-Luc Ponty – Cosmic Messenger (Rhino, CD) [1978]
    Un très bon disque de Fusion/Jazz-Rock late seventies (un genre très mal aimé et kitsch), avec une excellente pièce-titre d’introduction hyper-spooky, le tout suivi par des merveilles jazzy-prog enlevantes avec du shredding de violon électrique et des solos de gratte inspirés. Même la ballade sirupeuse « I Only Feel Good With You » fait mouche pour ma part. Mais le gros highlight du disque est selon moi est « Don’t Let the World Pass You By » ; 6 minutes et demie d’une rythmique enlevante surmontée par différents solos de claviers, violons et guitare… C’est genre la trame sonore fictive/alternative/progressive d’un Rainbow Road dans Mario Kart.

  • Museo Rosenbach – Zarathustra (Sony Music, CD) [1973]
    Un de mes disques de prog italien préféré. Un album épique, sombre, torturé, grandiloquent, excentrique et rempli à rabord de Mellotron et d’orgue hammond. La longue suite « Zarathustra » qui occupe toute la face A est un des plus grands moments du genre. Elle alterne entre passages atmosphériques tendus/mystérieux et d’autres plus explosifs (où le drum est juste bandant à souhait). La Face B, composée de morceaux plus courts, n’est pas en reste et s’approche très près de la qualité de la première. Vraiment un album de prog génial que tout fan du genre se DOIT de posséder.

  • OutKast – ATLiens (LaFace, 2 x Vinyle) [1996]
    Ici, ils entrent dans la stratosphere. Le son s’est adouci, oscillant dans des sphères soul funky ; mais il est aussi devenu céleste, cosmique, plein de relief velouté. Des beats cinématographiques-en-IMAX-façon-hip-hop-90s viennent secouer le tympan dès l’intro portée par cette voix féminine sirupeuse. Puis c’est les flow incrédibles respectifs de Big Boy et Andre Benjamin qui viennent démolir tout sur leur passage, mais en conservant ce « swag » si caractéristique du premier album. Ils sont encore jeunes ici, mais ils sont à leur meilleur. Lyriquement, c’est juste une orgie. Tu peux pas te tromper avec les 6 premiers morceaux. C’est bombe après bombe. Ça s’enchaîne à perfection, comme 6 Hosomakis que t’engouffres avec délice tour à tour. OUMAMI pour tes oreilles, bro. Ça glisse à l’intérieur. Ça te jette le cerveau à terre. Ça coule de partout. Et ça sent l’arabica pur. Et la suite n’est pas en reste. Moins poppy, mais plus intellectuelle, plus VaPoReUsE et diffuse, obtuse même…

  • Eno – Taking Tiger Mountain (By Strategy) (Astralwerks, Vinyle) [1974]
    Chef d’oeuvre devant l’éternel. Oeuvre d’art totale et débordante d’idées, de folie, d’audace, d’inventivité, de création libre et sans entrave. Dans ma sainte-trinité d’albums essentiels de Brian (ils le sont presque tous) et un de mes préférés… Probablement celui que j’ai le plus écouté avec Another Green World. J’ai effectivement beaucoup écouté cet album et pourtant, je découvre de nouvelles petites facettes sonores imbriquées au coeur de l’oeuvre à chaque nouveau tour de piste… Un album tellement en avance sur son temps qu’il pourrait sortir dans 10 ans et on crierait encore au génie. Croisement de glam rock, de art-pop, de proto-post-punk (en 1974 !!!!!!!), de prog-dada-de-salon et d’expérimentations foisonnantes, avec un line-up de rêve (comme toujours chez Brian) : le gigantesque Robert Wyatt aux percus et aux back-vocals, Phil FUCKING Collins à la batterie, les fidèles vieux compatriotes de Roxy Music (Phil Manzanera à la guitare, Andy Mackay aux cuivres) + un groupe aux choeurs + un ensemble de cordes.
    Ah ouais, il est nécessaire de mentionner que « Mother Whale Eyeless » est juste un des plus incroyables morceaux de pop détraquée de tous les temps.

  • Palghat Raghu, V. V. Subramaniam, K. V. Narayanaswamy – Bhāvālu/Impressions: South Indian Instrumental Music (Nonesuch, Vinyle) [1969]
    Les disques de la collection « Nonesuch Explorer » sont toujours source d’émerveillement pour votre humble serviteur. Ici, on est convié à un récital de musique carnatique (musique classique indienne issue de l’Inde du Sud) pour violon et mridang (tambour à tonneau). Trois longues pièces superbement enregistrées où les deux instrumentistes semblent être en parfaite osmose.

  • Nahadoth – Faces Of Winter Redux (Gondolin, Cassette) [2017]
    Que serait une semaine sans un peu de synthé donjonné ??? J’vous le demande !
    Nahadoth fait dans le dungeon synth hivernal et mélancolique (le mot le plus sur-utilisé à travers cette playlist !), avec un aspect néo-classique très prononcé. Il y a un côté très J-RPG à ces compos éthérées, ce qui me plaît forcément. Une très belle réédition comme toujours chez nos amis de Gondolin, avec une Face B remplie de matériel inédit de la même période et des covers (dont un de Enya !!!).

STREAMING :


GUILLAUME P. TRÉPANIER

Écoutes récentes en rafale, de gauche à droite:

  • Big Blood – First Aid Kit (2023) [US]
    La musique de Big Blood est indescriptible. Art rock, psych, post-punk, space rock, gospel, folk… mais le tout très digeste, voire bonbon. J’y suis accro et je n’me l’explique pas. Il faut l’vivre.

  • Skryvania – Skryvania (1978) [Belgique]
    Une obscurité prog. Très prog, aucune demi-mesure. Tellement prog que ça en devient quasiment parodique. J’adore ça. Sortez les tones exagérés au synthé et la guitare trop compliquée, j’arrive.

  • Full Moon Band – Moon Fools (1977) [Pays-Bas]
    Rareté récemment réédité par les disques PQR, Moon Fools est un album folk/psych lofi un brin hippie auquel on s’attache avec le temps. À écouter lors de matinées pluvieuses, idéalement.

  • Nick Mason – Nick Mason’s Fictious Sports (1981) [UK]
    La nouvelle du décès tout récent de la grande Carla Bley m’a fait ressortir ce disque atypique de 1981.
    Bien que ce soit le nom du batteur de Pink Floyd sur la pochette, l’entièreté de l’album a été composé et écrit par Carla Bley. De la musique unique, éclatée, indescriptible et complètement déphasée du marché 80s. Je trouve que ce disque là témoigne de tout le génie qui habitait cette femme.
    L’interprétation au chant de mon idole Robert Wyatt couronne magnifiquement le tout.

  • Paul Revere & The Raiders – Greatest Hits (compilation de 1967) [US]
    Un des grands groupes de la vague rock/garage/beat/pop 60s. Il faut dire qu’ils n’ont pas un album studio particulièrement distinctif, mais ils étaient définitivement des « hit makers » et cette compilation en témoigne bien. Je dirais même que c’est la pièce essentielle à avoir de cette formation.

  • King Gizzard & The Lizard Wizard – Quarters (2015) [Australie]
    Un album psyché-jazz où il fait bon laisser son oreille naviguer le temps de 4 pièces possédant l’exacte même durée, soit 10:10. C’est reconnu comme un classique chez les fans et c’est tout autant un classique dans mon salon.

  • Lucien Francoeur – Le Retour de Johnny Frisson (1980) [QC]
    Ici, nous sommes à la croisée des chemins entre le new wave et le rock garage, un son plutôt rare et unique en sol québécois, ce qui explique bien le succès et la réputation du poète Lucien Francoeur ici.

  • Lucien Francoeur – Aut’ Chose (1978) [QC]
    Album portant le nom de son band, Aut’ Chose baigne encore dans un restant de prog des années 70, tout en y allant rock plus classique et catchy. Lucien y dégaine des punchlines fulgurantes et innovantes dans son style unique de chanson

  • Yes – Fragile (1971) [UK]
    Un des plus grands albums prog de tous les temps. J’ai toujours admiré la grande créativité derrière les riffs, mélodies et arrangements de voix de cette œuvre. Une alliance parfaite entre de la musique accrocheuse et de la musique complexe et riche.

  • Rush – Moving Pictures (1981) [Canada]
    Rush ont attaqué les années 80 avec une telle force que ça en était presque gênant pour leurs compétiteurs respectifs. On a ici un poids lourd de leur discographie sur lequel je ne m’étendrai pas, l’oeuvre parle d’elle-même et sa réputation est là pour rester.

  • Procol Harum – A Salty Dog (1969) [UK]
    J’ai toujours particulièrement aimé l’introduction un peu mystique de ce disque, comme si on se préparait pour un grand voyage sans en connaître la destination. Sans être nécessairement un chef-d’œuvre, A Salty Dog rend bien honneur à la voix unique de Gary Brooker et montre avec brio qu’on peut faire quelque chose d’intéressant tout en y allant avec du prog plus subtil.

  • The Smiths – The Queen Is Dead (1986) [UK]

LÉON LECAMÉ

  • Sona Jobarteh – Fasiya (folk/world music)
  • Crippled Black Phoenix – Banefyre (post-rock)
  • Caverne – Sentiers D’Avant (métal noir français)
  • Ifernach – Maqtewek Nakuset (black metal)
  • Synteleia – The Secret Last Syllable (black metal)
  • BREEZE – Golden Season (noise-pop/post-hardcore)
  • Sunny Dunes – Blue Far (ambient/industriel/drone) 
  • Asagraum – Veil of Death, Ruptured (black metal)
  • Daniel Bachman – When The Rose Comes Again (acoustique expérimental) 

RIP Karl Tremblay…

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