Playlist

PLAYLIST #26 – Semaine du 5 février 2024

SALADE D’ENDIVES

PHYSIQUE :

  • Giacomo Puccini – Turandot (Maria Callas, Eugenio Fernandi, Elisabeth Schwarzkopf, Giuseppe Nessi) (Warner Classics, 2 x CD) [1958]
    Le dernier opéra de Puccini, complété (par Franco Alfano) après son décès, demeure un incommensurable triomphe dans le genre et une des meilleurs oeuvres à écouter pour s’initier à l’opéra italien. Cette version mono mettant en scène certaines des voix les plus emblématiques du 20ème siècle comblera tous vos désirs en matière de puissance vocale, d’émotivité et de grandeur orchestrale. Callas et Schwarzkopf sont particulièrement renversantes, as always… À recommander aussi, la très réputée version de Zubin Metha, avec Joan Sutherland dans le rôle de Turandot et Pavarotti dans celui de Calaf.

  • Lutosławski / Penderecki / Mayuzumi (Lasalle Quartet) – String Quartet / Quartetto Per Archi / Prelude For String Quartet (Deutsche Grammophon, CD) [1968]
    Le disque numéro un du massif coffret « The Avantgarde Series » de DGG (la plus belle réédition de 2023, comme mon top en témoignage) nous convie à des oeuvres pour cordes atypiques/modernes/spectrales/sérielles de trois compositeurs légendaires du siècle dernier. Le quatuor Lasalle maitrise à la perfection un répertoire qui n’est pas des plus aisés et avec eux comme guides-musiciens, on arpente ces territoires sonores tendus/arides, l’esprit toujours sur le qui-vive ; le coeur et les tripes sur la corde raide.

  • John Coltrane – Crescent (Impulse!, Vinyle) [1964]
    La méditation crépusculaire et stoïque avant l’ascension vers l’au-delà de « A Love Supreme », ce « Crescent » est un disque à part dans la discographie de Coltrane. Un disque solennel, tout en retenu, sentimental, très très intérieur (alors qu’après, la démarche de John sera très « universelle » et toute en ouverture). C’est peut-être son disque le plus personnel, avec certains de ses titres les plus forts. Il y a ici une gravité, une mélancolie profonde (l’adieu à une certaine forme de normalité ?), un malaise insondable et une émotivité à fleur de peau… Chaque musicien brille ici d’une manière éblouissante (McCoy Tyner sur « Wise One », Jimmy Garrison sur « Lonnie’s Lament » et Elvin Jones sur « The Drum Thing »), nous prouvant encore une fois qu’on a affaire à un des plus grands groupes de musique de tous les temps. Dans mon top 10 albums du maître.

  • Slowdive – Just For A Day (Cherry Red, 2 x CD) [1991]
    Premier opus de mon groupe de shoegaze préféré de tous les temps, dans une version sur 2 disques qui propose pratiquement tout le matériel enregistré à la même époque (EPs, Peel Sessions), pour mon plus grand bonheur. Le début d’une discographie parfaite, selon moi. De la pop gothique-psychédélique-fantomatique-rêveuse, noyée dans un vaporeux reverb, perdue entre désir, mélancolie et contemplation.

  • Devil Doll – The Girl Who Was… Death (Hurdy Gurdy Records, CD) [1988]
    Second album de la poupée du YABLE (après un premier disque limité à UNE SEULE COPIE !), le groupe-créature du mystérieux Mr. Doctor, un bien étrange être (humain?) qui ne fait définitivement rien comme les autres… Devil Doll, c’est deux ensembles musicaux enchevêtrés, l’un basé en Italie, l’autre en Yougoslavie ; dont les musiciens ont été recrutés de la plus étrange façon, si on en croit les rumeurs les plus folles… Mélangeant goth-rock, rock progressif symphonique, heavy metal, classique, opera damné, post-punk, darkwave et cabaret surréaliste, la troupe produit une musique qui leur est totalement propre. La voix de monsieur Docteur est particulièrement unique et excentrique, avec un phrasé expressionniste « over the top » à souhait, alternant entre voix de fausset et murmures rauques, dans un style mi-chanté mi-narré. L’album est constitué d’une seule longue piste euphorique, sorte de symphonie macabre des temps modernes. À recommander à ceux qui n’ont pas peur des mariages sonores insolites et qui raffolent de fromage excentrique à souhait. Ou bien ceux qui rêvent d’entendre ce que donnerait une fusion lysergique de toutes ces entités : Danny Elfman, Rozz Williams, Goblin, Mercyful Fate et Prokofiev.

  • Floh De Cologne – Fließbandbabys Beat-Show (Ohr, Vinyle) [1970]
    Très sympathique disque de krautrock/spoken word irrévérencieux (mais incompréhensible pour le néophyte en langue allemande que je suis). Un audacieux mélange de psych-rock nerveux, de prog folichon, de cabaret, de beat music, de hippie folk, d’avant-garde et de garage rock. Le genre d’album tellement fun et kaléidoscopique vu les changements stylistiques incessants. Love that organ as well (et les voix de fausset !).

  • Ostots – Madarikazioa (Altare, Vinyle) [2022]
    Black Metal atmosphérique, cru, rageur et dépressif en provenance du Pays basque. Comme toujours chez Altare, on ne déconne pas et on ne sert que la crème de la crème en matière de métal noir. Ostots tire son épingle du jeu en livrant un album superbement composé, avec des riffs de fou (très Black n’roll) et des claviers distants/fantomatiques qui viennent parfaire cette ambiance mortuaire insolite. Du succulent BM, qui réussit à combiner le meilleur de la deuxième vague (plus lo-fi) et de la scène moderne.

  • Alèmayèhu Eshèté – Éthiopiques 9 (1969-1974) (Buda Musique, CD) [2001]
    Le 9ème volume de la meilleure série de compilations de tous les temps se concentre sur celui qu’on surnommait le « James Brown éthiopien » ou encore le « Elvis Presley éthiopien », à cause de son style vestimentaire, de son charisme et de sa manière de chanter. Vous n’avez qu’à voir le pays de provenance et la période temporelle couverte pour savoir que ce disque va groover sans bon sens. De l’ethio-jazz/tizita bien saccadé et jouissif comme il faut.

  • Meitei – Kwaidan 怪談 (Kitchen. Label, CD) [2018]
    Réédition parue l’an passé de l’excellent premier album du projet ambient/plunderphonics japonais Meitei. Très différent des oeuvres futures de l’entité, « Kwaidan », comme son nom l’indique, s’inspire de vieux contes folkloriques japonais tournant autour de l’horreur, des fantômes et des démons… Donc on navigue ici en territoire plus hostile et trouble, dans cet espèce de mélange halluciné entre ambient confus ; où s’alternent des field recordings naturalistes, des samples vocaux biscornus au pitch toujours changeant et plusieurs influences gagaku. Un très beau voyage dans les ténèbres scintillantes.

  • Jenny Rock – Rendez-Vous Avec Toi (Apex, Vinyle) [1966]
    Super album yé-yé de la très très cool Jenny Rock, native de St-Hyacinthe, elle qui eut l’insigne honneur de faire jadis la première partie des Rolling Stones à l’Aréna Maurice-Richard en 1965. J’adore la pop féminine sixties, en particulier le versant franco de la chose. Je n’en ai jamais assez.

  • Fred Frith – Guitar Solos (ReR Megacorp, CD) [1974]
    Un de mes 10 guitaristes préférés sur Terre (et aussi l’un des plus atypiques) qui exerce son art uniquement à l’aide de son instrument de prédilection ? Count me in ! Sur ce premier opus en solo, sieur Frith déconstruit les conventions de la guitare une à une à un point tel qu’on a souvent l’impression d’écouter un disque avec 10 instruments (dont aucun n’est la guitare). Expérimentations de pédales, tunings hors normes, jeu arythmique, explorations drone… Frith utilise tout cela pour nous servir un album génialement dément et inventif, dont chaque piste est un petit paysage sonore unique et entier.

  • Silent Garden – Alice’s Pure Dream (Cosmic Ocean, Cassette) [2023]
    Une de mes sorties dungeon/comfy synth préférée de l’année passée. Ce projet indonésien ne produit que des merveilles nocturnes et vivifiantes depuis sa première publication en 2022. Cette version cassette comprend aussi le tout premier démo du silencieux jardin.

  • Gary Numan – The Pleasure Principle (Beggars Banquet, Vinyle) [1979]
    Gros gros classique de synthpop/new wave atmosphérique qui marie avec brio la pop arty des albums chantés d’Eno avec les sonorités robotiques de Kraftwerk. Il y a bien sûr l’énorme « Cars » là-dessus mais tout le reste est génial. À recommander à ceux qui raffolent de claviers analogiques FROIDS utilisés à bon escient.

STREAMING :


GUILLAUME P. TRÉPANIER

Sélection récente du temps des fêtes, mais en retard… 🙃 De gauche à droite :

  • Pierre Lapointe – Chansons hivernales (2020) [QC]
    Avec une réalisation signée Emmanuel Éthier et le talent sans limite de Pierre Lapointe, cet album était une promesse de qualité, mais je ne pensais pas que ça allait être aussi fort et engageant que ça. C’est mon meilleur Pierre Lapointe depuis Punkt et peut-être un d’mes préférés tout court. La légèreté côtoie la chanson avec un grand « C », les arrangements sont A1, les textes demeurent à la hauteur de l’artiste et certaines pièces sont incroyablement catchy, comme la magnifique Noël Lougawou en duo avec Mélissa Laveaux.Hard rock anglais obscur, un peu niais et crasseux, qui flirte avec le prog et le protonde chez proto-metal. J’aime beaucoup le vieux hard rock early 70s, on y retrouve toujours un sentiment de rébellion et une grosse volonté de défoncer des portes closes chez les groupes.

  • Crayola Eyes – Gushing (2023) [Indonésie]
    Pop/rock psychédélique un peu « slacker » d’Indonésie, fraîchement publié sur Fuzz Club. Ça sonne comme si Brian Jonestown Massacre avait été leadé par un bon gars.

  • The Beatles – Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band (1967) [UK]
    Un album « game changer » dans ma vie et dans l’histoire de la musique tout court. Une imagerie forte, une certaine théâtralité, des chansons engageantes aux arrangements éclatés et nouveaux, un concept, des libertés, des risques… Plus rien n’allait être pareil après la parution du Club des coeurs seuls du sergent Poivre!

  • The Beatles – Past Masters (1988) [UK]
    Compilation de tous les singles des Beatles hors-albums en carrière, c’est aussi un essentiel dans la discographie de tout fan du fab four, puisque beaucoup de chansons marquantes se retrouvent sur ce double LP.

  • Michel Fugain & Le Big Bazar – Vol. 1 à 4 (1972 à 1976) [France]
    La chanson française a pris toute une voie alternative avec Michel Fugain dans les années 70 et pour le mieux. Une vraie machine à succès et à vers d’oreille, le Big Bazar est le compagnon parfait pour se remettre de bonne humeur et chantonner l’esprit léger.

  • Procol Harum – Broken Barricades (1971) [UK]
    Un album qui démarre en lion avec « Simple Sister », un riff catchy, du bon piano qui cogne et des arrangements orchestraux subtilement puissants. Broken Barricades propose une ambiance rythmée, mais apaisante, dont seul Procol Harum a la recette.

  • Cano – Tous dans l’même bateau (1976) [Canada]
    Un d’mes albums folk préférés de par son authenticité et sa sincérité. Des compositions soignées et interprétées avec brio.

  • Pink Floyd – Paris Theater 1970 (1970) [UK]
    Un d’mes bootlegs de Pink Floyd préférés. De magnifiques versions de The Embryo, Fat Old Sun, Green Is The Colour et If constituent la face A.
    La face B est quant à elle occupée par une version live d’Atom Heart Mother à en faire shaker le cerveau, orchestre et chorale qui accompagnent le band.

  • The Beach Boys – The Beach Boys’ Christmas Album (1964) [US]
    Un top 5 d’albums de Noël pour moi. Le groupe s’est approprié complètement les chansons interprétées. Des harmonies vocales si impeccables qu’on se demande si c’est réel.

LÉON LECAMÉ

  • DJ Krush & Toshinori Kondo – Ki Oku (jazz-hop/trip-hop)
  • Manu Dibango {Papa Groove} – Soul Makossa (world jazz)
  • Visit Venus – Music For Space Tourism Vol. 1 (future jazz/trip-hop)
  • Prince – 1977-1978 Vault (funky pop soul delights)
  • Moderator – Midnight Madness (trip-hop/downtempo)
  • Fat Freddys Drop – Based On A True Story (reggae dub)
  • Sierra – A Story Of Anger (darkwave/ebm)
  • Mdou Moctar – « Live in Niamey, Niger » (folk rock berbère/blues touareg)
    https://youtu.be/DFZobgLF5Vc?si=UC8R3tRNF35tfNPW
  • DELADY • ‘Danza de Ancestros’ Organic Downtempo Techno | Folktronica | Tribal | Live Instruments
    https://youtu.be/FZ7wsKuS41c?si=fTinsAj0yonYLxuv

Une réflexion sur “PLAYLIST #26 – Semaine du 5 février 2024

Laisser un commentaire