Playlist

PLAYLIST #27 – Semaine du 12 février 2024

SALADE D’ENDIVES

PHYSIQUE :

  • Philippe Verdelot – Madrigals For Four Voices (Profeti Della Quinta) (Pan Classics, CD) [2020]
    Très bel album de l’ensemble vocal Profeti Della Quinta proposant des oeuvres du compositeur français P. Verdelot qui passa la majeure partie de sa vie en Italie, où il fut considéré comme le père du madrigal italien. Un essentiel pour les amateurs de musique de la renaissance. Prise de son somptueuse, voix splendides ; à donner le frisson.

  • Machaut – Songs From Le Voir Dit (The Orlando Consort) (Hyperion, CD) [2013]
    Guillaume de Machaut, poète et musicien ayant vécu au 14ème siècle, est considéré comme le premier grand compositeur français de l’histoire, autant du côté du répertoire sacré que du profane. Auteur d’un impressionnant catalogue (heureusement bien conservé), il demeure la figure de proue absolue de l’ars nova (« art nouveau »).
    Pour découvrir Machaut, on peut difficilement faire mieux que de savourer un des nombreux disques que l’Orlando Consort (superbe ensemble vocal britannique) a consacré à son oeuvre. Ce recueil de chansons lyriques tirées du « Voir Dit » (le plus célèbre recueil de Machaut) est particulièrement impressionnant, ravissant et émouvant. L’ensemble est on ne peut plus juste, la prise de son est impeccable et le matériel fabuleux. Le tour de force ici demeure « Lay de Bon Esperance », une piste de plus de 20 minutes pour une voix (un Angus Smith subjuguant, tout en maitrise et en retenu).

  • Gerd Zacher – Mauricio Kagel / Juan Allende-Blin / György Ligeti – Phantasie Für Orgel Mit Obbligati / Sonorités / Volumina • Étude Nr.1 (« Harmonies ») (Deutsche Grammophon, CD) [1968]
    Deuxième CD du sublime coffret « Avantgarde » (réédité l’an passé par DGG) qui fait la part belle à des oeuvres pour orgue contemporain. Moi, j’aime mon orgue dissonant, troublant et limite épeurant. Et on peut dire que Gerd livre la marchandise avec ces créations crissement sautées de Kagel, Ligeti et Allende-Blin. À donner des frissons d’extases, en particulier sur Volumina, pas mal l’oeuvre d’orgue ultime dans le genre « maman, j’ai peur ».

  • Blut Aus Nord – The Work Which Transforms God (Candlelight Records, CD) [2003]
    Un de mes groupes de black métal préféré ; un groupe évolutif, schizophrène, aux multiples personnalités : viking black atmosphérique, industriel, avant-garde, progressif, spatial, ambient, psychédélique… Ici, on a le versant indus-urbain-black-métallique de la chose, avec des relents de Godflesh et de dark ambient ULTRA-suranné au travers, pour une atmosphère complètement mortifère et post-apocalyptique. Du grand art ténébreux. Et une armée de riff anguleux.

  • Townes Van Zandt – Townes Van Zandt (Fat Possum Records, Vinyle) [1969]
    Vague à l’âme. Mélancolie. Tristesse résignée… Ce disque en est emplit. Ça sort de tous les pores ; de tous les sillons. Album hanté, qui semble avoir déjà trop vécu. Notre Townes est abattu, maussade, triste comme les pierres. Mais de tout ce mal-être existentiel s’érigent ces chansons douce-amères, minimalistes mais profondes, percutantes, étrangement réconfortantes… Un carnet d’errances et de perdition, dont l’auteur, au plus creux de ses déboires, parvient à transformer en chef d’oeuvre luminescent, extirpant toute la beauté sublime du pathos. Chanter malgré la désillusion, les échecs et les larmes… for the sake of the song. Car la beauté est dans toute chose.

  • Can – Tago Mago (Spoon Records, 2 x Vinyle) [1971]
    Cet album dépasse tout, confond tout, détruit tout ; toutes les limites et frontières musicales possibles… Rock psychédélique, prog, musique concrète, pop, proto-électronique, free jazz, musique tribale (celle qui est enfouie dans les zones les plus reculées du cerveau humain et ce, depuis des siècles). C’est un énorme morceau de bravoure, de folie, d’expérimentation brute, de plaisir, de rêve, de cauchemar, d’euphorie, de noirceur et de transe (surtout). C’est ce qui en musique s’approche le plus de l’envoûtement voodoo. C’est un truc 10 ans en avance sur son temps (voir même mille). C’est le Disco Volante des jeunes années 70. C’est aussi probablement le Sgt Pepper du Kraut-Rock – l’album qui représente le mieux l’étendue de ce genre musical influent qui n’en est pas vraiment un. C’est la musique que produirait des psychiatres qui bossent à l’aile des schizos si ils formaient un groupe de rock avec leurs patients les plus atteints (ce mélange génie-démence-rigueur-liberté qui marche à tout coup). Ça peut être la porte d’entrée à un million de trucs qui peuvent changer la vie d’un mélomane : le kraut-rock, le prog, la musique classique moderne, la musique électronique, le math-rock, la musique tribale (de tout pays), etc… J’insiste : vous devez au moins expérimenter une fois dans votre vie les méandres de Tago Mago. Vous allez peut-être adorer. Vous allez peut-être détester. Mais surtout, vous n’en sortirez pas indemne, je vous le promets.
    RIP DAMO SUZUKI

  • The Doors – Strange Days (Elektra, CD) [1967]
    Fort possiblement mon album préféré des PORTES, même si n’importe lequel des trois premiers peut se retrouver au top de mon palmarès dépendamment du jour de la semaine. Des pièces énormes, comme la chanson-titre qui est presque proto-gothic-rock, la complainte tristounette/mélancolique/drolatique « People Are Strange », la ballade psych-rock « You’re Lost Little Girl », la très bluesy « Moonlight Drive » et bien sûr, le monument épique-apocalyptique qu’est « When the Music’s Over », piste dont l’écoute a poussé Keiji Haino à abandonner le théâtre expérimental pour se consacrer à la musique (si on en croit la légende). Donc, merci les Doors de nous avoir donné Haino.

  • Keiji Haino – Beginning And End, Interwoven (Streamline, CD) [1994]
    Parlant de notre homme en noir… Le voici adossé au mur, pour une de ses rares pochettes en couleur, avec une attitude désinvolte au possible. L’album est une excellente porte d’entrée dans l’univers du chanteur/guitariste/chamane sonore japonais, proposant des pistes assez courtes (pour la plupart) qui montrent la plupart des facettes de l’art bruitatif que notre musicien exerçait à cette époque : free-noise-rock-bluesy-ambient mettant beaucoup l’emphase sur des feedbacks de guitare hallucinogènes, supportés par ces espèces vocaux de fantôme hululant sous la pleine lune. Il n’y a rien qui sonne comme Haino. Il est son propre genre musical à lui tout seul.

  • Ennio Morricone – End Of The Game (Dagored, Vinyle) [1975]
    Magnifique trame sonore de maestro Morricone pour un film noir (que je n’ai pas vu) mettant en scène John Voigt et Jacqueline Bisset. Dès qu’Edda Dell’Orso prend part au voyage, je sais que je DOIS me procurer le disque. La fructueuse collaboration entre Ennio et sa muse n’a produit que des miracles, et la première piste ici (« Sul Ponte Di Istanbul ») n’est pas en reste dans le département. S’alternent ensuite des pistes mélancoliques, mystérieuses et planantes (qu’on imagine bien habiller un film qui semble truffé d’intrigues). On retrouve aussi certains morceaux plus pop-psych-funky qui sont une des marques de commerce de l’Ennio 70s (sa meilleure décennie) et d’autres qui font « jazz de fête foraine cocasse mais un brin dérangée ».

  • Harold Budd, Elizabeth Fraser, Robin Guthrie & Simon Raymonde – The Moon And The Melodies (4AD, CD) [1986]
    Un des plus grands compositeurs/architecte ambient de tous les temps qui fait équipe avec les Jumeaux Cocteau pour un disque littéralement paradisiaque qui réunit le meilleur des deux univers (hyper compatibles) des deux entités ? Moi, je dis oui puissance MILLE ! Une couche de rêve de plus sur la meilleure Dream Pop de tous les temps. Dans les meilleures sorties de Budd et des Cocteau Twins.

  • The Idle Race – The Birthday Party (Parlophone, Vinyle) [1968]
    Génial groupe un brin obscur de pop baroque/proto « twee pop » doucement psychédélique, aux arrangements somptueux et aux paroles parfois surréalistes à souhait. On y retrouve le sublissime guitariste/chanteur Jeff Lynne encore tout jeunot ; lui qui fondera les plus célèbres The Move qui se transformeront progressivement ensuite en Electric Light Orchestra. À recommander aux fans des Kinks, Tomorrow, The Left Banke et The Blossom Toes.

  • Moonboil – The Wizard’s Citadel (Neverwood, Cassette) [2021]
    Dungeon synth médiéval très rêveur et atmosphérique à fond. Ce projet de Los Angeles n’a que ce merveilleux EP à son actif (on en veut plus !!!).

  • Kanye West – The College Dropout (Roc-A-Fella, CD) [2004]
    Peu importe ce que vous pensez de Ye actuellement (et croyez moi, on peut en penser des choses !), force est d’admettre que ce premier album est un incommensurable tour de force, un chef d’oeuvre de production total et complet et un disque fort important dans l’histoire du hip-hop. Une mini-révolution dans le genre. Et cela s’écoute toujours aussi bien en 2024 qu’il y a 20 ans.

  • Boris – Akuma No Uta (Southern Lord, CD) [2003]
    Un des mes albums préférés de ce fantastique band de stoner rock psychédélique japonais, avec une pochette qui pastiche élégamment celle de « Bryter Layter » de Nick Drake. Un jouissif mélange de heavy psych, de garage rock bien noisy, de drone, de punk… avec une guitare orgasmique qui t’aligne des riffs lourds en pleine gueule. Du beau grand bruit.

  • Lisa LeBlanc – Chiac Disco (Bonsound, Vinyle) [2022]
    Le plus récent (et meilleur !!!) album de notre Lisa adorée, qui a réussi haut la main le pari pourtant risqué de combiner son folk rock caractéristique avec du disco-funk de haut calibre. Ce disque est un énorme coup de coeur, avec des chansons absolument ÉNORMES et une prod de fou.

STREAMING :


GUILLAUME P. TRÉPANIER

Écoutes récentes en rafale, de gauche à droite :

  • David Turel – Reflections (2021) [US]
    Un album très haut dans mon top 2021. Du pop/rock psychédélique, un peu folk sur les bords. Un certain David Turel qui arrive littéralement de nul part, il n’est pas dans un autre projet à ma connaissance et c’est son premier album. Il maîtrise le genre avec une aisance déroutante, surtout pour un premier opus. Ses compositions et mélodies sont excellentes. Les tones dont il fait usage au synth, mellotron, guitare, basse sont parfaitement « on point » et sa voix est sublime.

  • Pierre Lapointe – Sentiments humains (2009) [QC]
    « Ô Barcelone, Quand tu m’as accueilli sous ton toit
    Tu as pris chacun de mes sourires
    Pour les brûler devant moi
    Pour en faire un feu de joie
    Pour me montrer qu’ici-bas
    L’amour peut devenir combat »

  • Fuudge – EP (2015) [QC]
    J’me souviens du moi de 2016 qui découvre Fuudge et qui tombe en amour dès les premières notes, et surtout, les premiers mots avec « Man ostie qu’la côte est tough à monter ».
    Gros stoner mellotroné et bien québécois. Rien ne sonne comme eux.

  • Jonathan Personne – Jonathan Personne (2022) [QC]
    3e album de Jonathan Personne, cette fois-ci éponyme, où l’artiste décoche de grandes lignes de mellotron et de guitare bourrées de reverb et tonées à la perfection. De la musique digne d’une brise où il fait bon se perdre tranquillement.

  • Grave Flowers Bongo Band – Strength Of Spring (2021) [US]
    Gros stock psyché récent entre la pièce rodée et le jam éclaté. Produit par le fameux Ty Segall, les fans du genre ne risquent pas de rester sur leur faim avec cette explosion colorée qu’est le Grave Flowers Bongo Band.

  • Daniel Romano’s Outfit – La Luna (2022) [Canada]
    Daniel Romano qui pond une longue pièce country/prog épique de 33 minutes. Impossible que ça ne pique pas notre curiosité et le résultat est brillant et réussi.

  • Rialzu – Rialzu (1978) [France]
    Heureusement que le label Disques Plus-que-réels était là pour rééditer ce petit bijou français de prog/zeuhl. Digne d’un gros cantique religieux, cette relique oubliée vaut son pesant d’or et ne laissera personne indifférent sur son passage.

  • Tommy James & The Shondells – Crimson & Clover (1969) [US]
    Ma blonde qui adore le pop/rock psyché ascendant flower-power 60s… ce disque est un classique de notre modeste salon. Comment ne pas aimer Tommy James et ses Shondells?

  • David Gilmour – David Gilmour (1978) [UK]
    Les oeuvres solistes de monsieur Gilmour ne sont pas des masterpieces, mais tout de même, il faut admettre qu’elles bercent bien l’oreille avec cette voix et cette guitare dont seul lui possède la recette.

  • Shawn Phillips – Faces (1972) [US]
    Les disques de Shawn Phillips sont tous magnifiques à leur façon, tous.
    Sur celui-ci, on y retrouve un côté légèrement plus poussé et expérimental que les autres avec la longue pièce « Parisien Plight II ». Il ose aussi se servir de sa fameuse voix falsetto comme d’un instrument à un point que je n’ai jamais entendu nul part ailleurs. Une belle expérience introspective.

  • Death – Human (1991) [US]
    On peut tous s’entendre qu’il s’agit ici d’un des meilleurs albums metal de tous les temps? La guitare méchante, le drum excentrique et déglingué, les paroles bien senties qui nous font haïr toute, les riffs uniques et hors de ce monde!

LÉON LECAMÉ


RIP Damo Suzuki, expérimentateur fou jusqu’aux derniers retranchements

RIP Seiji Ozawa, un des plus grands chef d’orchestres et celui qui nous aura donné le plus beau « Sacre du Printemps » de Strav

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