Playlist

PLAYLIST #28 – Semaine du 19 février 2024

SALADE D’ENDIVES

PHYSIQUE :

  • J.S. Bach – Masaaki Suzuki Plays Bach Organ Works (BIS, SACD) [2015]
    Suzuki est un musicien exceptionnel, reconnu dans le créneau des musiques anciennes, classique et baroque. Il a fondé le département de musique ancienne de l’université de Tokyo et enseigne à l’école de musique sacrée de l’université de Yale. Il est surtout connu comme chef d’orchestre, ayant endisqué l’intégrale des cantates (sacrées et profanes) de Bach avec son ensemble Bach Collegium Japan. Mais il est aussi claveciniste et organiste. Ce premier volume des oeuvres pour orgue du plus grand compositeur ayant jamais vécu est un ravissement sans fin. Il fut enregistré au Pays-Bas sur un orgue datant de l’époque du maître (et restauré de 1976 à 1984). Le son est ample, chaleureux, grandiose, éclatant. Suzuki joue avec flegme et passion ; dans le respect de la vision de l’auteur de ces pièces (parmi les plus célèbres écrites pour cet instrument gigantesque). Essentiel pour les aficionados de Bach mais aussi pour tous ceux qui aiment la musique at large.

  • David Bedford – György Ligeti – Arne Mellnäs – Marek Kopelent – Two Poems For Chorus / Lux Aeterna / Succsim / Matka (Deutsche Grammophon, CD) [1968]
    Troisième CD du coffret « Avantgarde » de DGG, cette fois-ci se concentrant sur des oeuvres chorales contemporaines à donner l’frisson dans l’dos. Il y a bien sûr notre ami Ligeti (qui excelle toujours autant dans le macabre) avec le terrible « Lux Aeterna » mais on est pas en reste non plus avec les oeuvres de l’Anglais David Bedford (qui sera collaborateur de Mike Oldfield plus tard), du Suédois Arne Mellnäs et du Tchèque Marek Kopelent (qui vient mélanger des parties de flûtes quasi-impressionnistes au grand délire vocal cinglé, ajoutant ainsi un peu de variété au programme).

  • Doug Hammond & David Durrah – Reflections In The Sea Of Nurnen (Pure Pleasure, Vinyle) [1975]
    Un grandiose album de jazz spirituel, parfois instrumental et parfois chanté, distillant à merveille les influences soul, funk et fusion ; pour un tout mystérieux, sensuel, chaleureux, nocturne et légèrement psychédélique. Les amateurs de claviers planant dans leur jazz seront ravis !

  • Judee Sill – Judee Sill (Asylum, CD) [1971]
    Magnifique premier album de Judee, qui mélange avec brio folk de chambre, country et pop baroque. Inspirée par Bach, elle utilise souvent des overdubs de sa voix (incroyablement douce et belle) pour créer un effet « choral » ou « fugue » qui me donne toujours des frissons… Un album tendre, très porté sur le catéchisme, parfois très mélancolique aussi (à la manière de Nick Drake)… Sill, qui aura eu une existence difficile et turbulente (dépression, addictions, accidents routiers), mourra d’une overdose dans son appartement de North Hollywood en novembre 1979. Peu populaire de son vivant, la qualité de son matériel et son influence sur le genre folk demeurent indéniables.

  • 夢遊病者 – Noč Na Krayu Sveta (Sentient Ruin Laboratories, Vinyle) [2021]
    Groupe avant-garde post black métallique japonais (d’Osaka) qui mélange allègrement une demi-tonne de genres et de sous-genres pour le plus grand bonheur des amateurs de musique folle et libre. Il y a un fort ascendant « dark jazz » ici présent, mais complètement galvanisé par des déflagrations industrielles-métalliques et les vocaux hurlés (qu’on diraient enregistré six mille pieds sous l’océan). Vive l’instrumentation complètement atypique pour un disque Métal aussi : trompette, bouzouki, synthétiseur moog, orgue, flûte, clarinette basse, violon, oud, harpe juive (et j’en passe).

  • Brazil 70 (After Tropicalia – New Directions In Brazilian Music In The 1970s) (Soul Jazz Records, CD) [2007]
    Une de mes 10 compiles préférées de tous les temps, qui m’a grand ouvert les portes de la musique brésilienne moderne (MPB), me faisant par la suite acheter une copieuse quantité de CDs et de vinyles (et ma collection ne sera jamais finie !). Cette compilation des toujours excellents Soul Jazz met l’emphase sur la musique de la contre-culture brésilienne après la vague « tropicaliste » de la fin des années 60…. Ici, tout est possible : Samba-Rock psychédélique, Acid Hippie Folk ensoleillé et confus, Bossa Nova cosmique, Chamber Folk champêtre, Proto-Prog rythmé, Baroque Pop grandiloquent… Un coffre aux trésors que je conseille à tous ceux qui veulent découvrir le Brésil musical dans sa plus belle décennie.

  • Matching Mole – Matching Mole (Klimt, Vinyle) [1972]
    Premier album de ce groupe qui aura eu une carrière éclair (un seul autre album, paru la même année). C’est la première aventure de Robert Wyatt (ex-batteur/chanteur de Soft Machine) en tant que leader, qui est encore derrière les fûts mais joue aussi du mellotron et du piano. Il est accompagné par l’organiste/pianiste David Sinclair (ex-Caravan), le guitariste Phil Miller (ex-Delivery, futur Hatfield and the North) et le bassiste Bill MacCormick (Quiet Sun, Brian Eno). Line-up de rêve pour une musique immensément rêveuse justement… Les fans de l’incontestable chef d’oeuvre « Rock Bottom » trouveront ici une version plus prog-jazz-rock de l’opus par excellence de Wyatt. Un disque important de la « scène Canterbury ». Oh, et le nom est un jeu de mot franglo sur le nom de l’ancien groupe de Wyatt (Matching Mole…. Machine Molle…. Soft Machine).

  • Darkthrone – Plaguewielder (Peaceville, CD) [2001]
    Un Darkthrone considéré comme mineur… mais je ne suis loin d’être d’accord après réécoute, moi. Cette cuvée de 2001 de nos amis Fenriz et Nocturno Culto est pleine de riffs absolument mortels (avec une petite tendance black n’roll), de vocaux somptueusement ignobles, de drumming véloce (Fenriz est dans la zoooooone !) ; avec du songwriting ma foi assez inventif voir même progressif par bouts, bourré de petites dissonances jouissives et de revirements inattendus. Les pièces sont longues, agressives, atmosphériques/hypnotiques et évolutives. On passe vraiment un super moment. Bref, il n’y a pas de mauvais disques de Darkthrone mais celui-ci mérite particulièrement d’être réévalué. À prioriser : la superbe pochette de la réédition (celle que j’ai) plutôt que l’originale, assez beurk merci.

  • Old Sorcery – Dragon Citadel Elegies (Dungeons Deep, Cassette) [2022]
    Le plus récent opus synthé donjonné d’un Finlandais fort occupé (Juuso Peltola), aussi actif en tant que Warmoon Lord (black metal old school à tendance mélodique), Argenthorns (black metal symphonique), Vrajitor’s Tenebrarium (rock progressif) et Megahammer (synthwave horrifique). Je pense qu’on peut le qualifier de passionné !
    J’aime tous ses projets mais Old Sorcery demeure mon entité favorite. Ces Élégies de la Citadelle du Dragon sont le troisième volet d’une série d’albums de « dungeon synth de château ». À travers cinq plus ou moins longues pistes épiques et cinématographiques à souhait, Peltola réussit à créer des ambiances fantasques et recherchées. Il mélange à merveille le dungeon synth old school à plusieurs autres genres et styles musicaux (progressive electronic, berlin school, field recordings, folk, darkwave et même le prog horrifique de Goblin) pour un résultat tout à fait unique. Un excellent disque du genre, entre tradition et modernité.

  • Bleu Nuit – Le Jardin Des Mémoires (Requiem Pour Un Twister, Vinyle) [2019]
    Premier album du superbe trio montréalais qui nous assènent un post-punk très stylisé/artistique en pleine poire et au travers duquel on perçoit des influences diverses, tel la coldwave, le shoegaze, le noise-rock, le prog et le post-rock. Un disque mystérieux et diablement sexy, qui mise autant sur la qualité de ses compos surréalistes que sur son atmosphère libidineuse/brumeuse/noctambule. Réalisation somptueuse signée Julien Mineau (Malajube, Fontarabie).

  • Plastikman – Closer (Paper Bag Records, CD) [2003]
    Un lent et brumeux voyage dans les limbes d’une minimal techno cafardeuse et introspective, elle même contaminée par le spectre du dark ambient. Un disque qu’il FAUT écouter minuit passé pour comprendre l’univers qu’il propose. Moins immédiat que « Consumed », mais tout aussi essentiel.

  • Jeff Mills – Live At The Liquid Room (Tokyo) (React, CD) [1996]
    The one LIVE DJ MIX to RULE THEM ALL !!!! Un « cours de maître » de Detroit Techno (bien acide) de celui qu’on appelle le « sorcier » de la musique électronique. Un concentré d’énergie pure ponctué de passages atmosphériques fabuleux ; avec toujours cette pulsation primaire qui nous tient en haleine. Jeff Mills improvise avec ses table-tournantes comme John Coltrane le fait avec son saxo. C’est vous dire le degré d’ingéniosité, de liberté, de grandeur, d’euphorie et d’humanité qu’il y a dans cette musique… Pas mal le disque ultime pour quiconque veut s’initier à la Detroit Techno.

  • Ghash – Forest Of Perpetual Pains (Gungnir Productions, Cassette) [2002]
    Mystérieux projet de black metal atmosphérique/dépressif distant, hanté et filandreux à souhait ; perdu dans un quelconque brouillard fantomatique ambient qui recouvre tout et qui rend la transmission sonore incertaine et confuse… Il y a un côté presque « coldwave » à cette batterie binaire et à l’habillage bruitatif de la chose. On passe un excellent mauvais moment, un peu comme chez Striborg, qui serait le point de référence le plus proche.

  • Brånd – Urkraft (Tour De Garde, Cassette) [2019]
    Excellent EP de ce projet autrichien qui mélange avec succès black metal primaire/cru et post-punk nerveux/agressif. Vritra, seul membre à bord de Brånd, a aussi d’autres projets vraiment cool, comme Herrgottsblick (ambient/dungeon synth), Weathered Crest (black metal), Spectres & Teeth (black punk) et Concorde (synthpop/coldwave).

  • Ilana Avital – T’aimer (Hed-Arzi, Vinyle) [1978]
    Premier disque de cette chanteuse et actrice israélienne qui alterne entre ballades pop sirupeuses et pépites disco-funk diablement entraînantes. Une voix superbe et des arrangements kitsch grandioses !

  • Galaxie 500 – On Fire (20|20|20, Vinyle) [1989]
    Stone cold classssssic de slowcore/dream pop mélancolique, nostalgique, spleenétique… avec une section rythmique ultra simpliste-anesthésique et des envolées planantes de guitares psychédéliques (avec plein de reverb orgasmique). Les vocaux de Dean et Naomi sont tellement sincères et touchants… Un délicieux disque, très précurseur du genre qui explosera surtout dans les années 90.

  • 13th Floor Elevators – Easter Everywhere (Charly, 2 x CD) [1967]
    Deuxième album de ce légendaire groupe de garage rock psychédélique texan, fronté par le très excentrique Roky Erickson. Je le trouve aussi bon que le premier et il serait dur pour moi de choisir mon préféré entre les deux. Completely essential psychedelia. À noter que ma version CD propose la version mono ET la stéréo !

  • The Horace Silver Quintet + J.J. Johnson – The Cape Verdean Blues (Blues Note, Vinyle) [1965]
    Un succulent disque de Hard-Bop/Soul Jazz avec des petits relents latins et caribéens. Comme toujours, le bon Horace sait livrer une musique qui sonne cool et smooth à l’approche ; mais qui est ma foi fort complexe et recherchée. Il est bien entouré, avec un jeune Woody Shaw enthousiaste à la trompette, un Joe Henderson toujours classe au saxo, un Bob Cranshaw dynamique à la contrebasse et un Roger Humphries tout en nuances à la batterie. Vient s’ajouter à la troupe le sublissime tromboniste J.j. Johnson sur la face B, ce qui vient donner une chaleur toute particulière à la section de cuivres.
    Sinon, pochette ultra magnifique, comme c’est toujours le cas chez la Note Bleue.

STREAMING :


GUILLAUME P. TRÉPANIER

Sélection récente, de gauche à droite :

  • Le Blanc + Lalancette – Words And Music (1976) [QC]
    La version anglophone de l’album « Le Soleil au-dessus de nous ». Ce disque renferme du folk assez dark, tragique et engagé.
    Le groupe qui les accompagne? Les musiciens d’Opus 5, rien de moins! Aussi, Richard Provençal, batteur de Charlebois, Diane Dufresne et Jean-Pierre Ferland. Et même le fameux Michel Robidoux, chevalier de l’ombre de la musique d’ici.

  • Cosmophone – Feu toi, feu moi (2023) [QC]
    La dernière sortie de la formation trifluvienne Cosmophone, qui réussi plus que jamais a forger un son puissant et riche en alliant la pop, la musique électronique, les arrangements à cordes classiques et des textes francophones brillants et intègres. Un album touchant, engageant et reluisant de créativité.

  • Rostro Del Sol – Rostro Del Sol (2021) [Mexique]
    Premier opus du band de prog/psych mexicain, Rostro Del Sol. Un début, mais déjà, on en reçoit plein la gueule avec un son qui va parfois rejoindre aussi le jazz et le funk. Ils ont une approche assez rétro, comparable à quelques moments du premier King Crimson ou à Atomic Rooster.

  • Rostro Del Sol – Blue Storm (2023) [Mexique]
    Le tout nouvel album de cette formation mexicaine prog-psyché. Blue Storm a une approche plutôt vintage et moins tape à l’oeil que le premier, mais il demeure majestueux et merveilleusement accompli. On pourrait citer une nouvelle influence du groupe suite à ces 4 nouvelles pièces : Camel.

  • Haystacks Balboa – Haystacks Balboa (1970) [US]
    Groupe plutôt obscur de heavy psych de l’époque 67-71. Haystacks Balboa demeurera éternellement underground de par la façon du groupe assez étrange de monter une chanson et de l’interpréter. Comparable aux sons des débuts de Deep Purple, Cream, Beatles, Iron Butterfly et Led Zep.

  • Various – The Voices And Drums Of Africa (1962) [Afrique]
    Une « compil » pas commercialisée comme une compil, ce disque renferme de la musique en provenance de divers pays : Cameroun, Dahomey (maintenant faisant partie du Bénin), Niger, Guinée et Casamance (Sénégal). Tout ça s’adresse aux amoureux de la musique traditionnelle africaine, mais aussi, on y retrouve du vieux blues acoustique très surprenant avec Kante Facelli et son ensemble africain.

  • Les Napoléons – Les Napoléons À Go-Go (1966) [QC]
    Ça, c’est vraiment une petite perle 60s d’ici. Avec une guitare féroce (pour l’époque), j’aime appeler Les Napoléons « nos Kinks québécois ». Même les deux reprises des Beatles en mode franco sont magnifiques.

  • John Williams – Indiana Jones And The Temples Of Doom (1984) [US]
    Avec l’histoire plutôt diabolique/sectaire derrière ce film d’Indiana Jones, John Williams a pu explorer un son plus chamanique et cérémoniale, pour ainsi pondre une bande sonore qui sort de son registre habituel. Très intéressant et différent pour ses fans comme moi. Le tout en continuant de donner le ton avec les fameux thèmes classiques de la série. Une autre soundtrack géniale signée Williams.

  • Vangelis – Antarctica (1983) [Grèce]
    Classique new age/progressive electronic de Vangelis. Antarctica, c’est là où les mélodies rencontrent l’ambient atmosphérique sous un thème froid et hivernal. L’album se déguste comme une douce brise glaciale.

  • Vangelis – Invisible Connections (1985) [Grèce]
    En ma connaissance, l’œuvre la plus décalée de Vangelis. Dark ambient, électroacoustique, drone… On est très loin du synthétiseur ou de la composition de mélodies thématiques. Je ne l’écoute pas à tous les jours, mais le fan que je suis ne peut s’empêcher d’y tendre une oreille et de voir jusqu’où le grand Vangelis peut aller dans ses explorations.

  • Claude Léveillée – Black Sun (1978) [QC]
    Quand le célèbre auteur-compositeur-interprète québécois s’adonne au rock symphonique/progressif, ça donne toujours un résultat grandiose, brillant et étonnamment doux. Sur cette œuvre, on retrouve, entre autres, Michel LeFrançois qui interprète plein d’instruments et s’occupe des orchestrations. Un essentiel de la musique québécoise.

  • Simon Brouillard – Luxembourg (1971) [QC]
    Le chanteur du fameux groupe de garage rock québécois, Les Lutins, en solo. Pas mal soft pour un ex-lutins, mais il y a quand même quelques moments psyché-pop à se mettre sous la dent. En ma connaissance, les musiciens sur l’album demeurent inconnus. Quelqu’un a des infos là-dessus?

LÉON LECAMÉ

  • VINNTASH – 誰も知らない (vaporjazz/barber beats)
  • Ici Chien Chien – Brunch Expert, Author and Father of None (raw punk/hXC) 
  • Éphemeride – Chansonnettes pour les solitaires de noël et les orphelins (dark ambient/churchsynth) 
  • Platinium Crack – Electropunk EP (electropunk/industriel/noise/digital hxc) 
  • Avenpitch – Butterfly Radio (electropunk/synth rock) 
  • Acid Magus – Hope Is Heavy (stoner rock/heavy psych/doom metal) 
  • Causa Sui – Return To Sky (heavy psych/prog rock/instrumental) 
  • Of The Wand And The Moon – Behold The Trees (neofolk)
  • Stupeflip – Paléo Festival Nyon – 2013 (rap hardcore/alt-rock/electronica)
    https://youtu.be/ILxYKRnHvnM?si=E-9h9nHFaTg62JWd

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