critiques

Album – Portrait de l’artiste

Année de parution : 2023
Pays d’origine : Canada (Québec)
Édition : Vinyle, Telephone Explosion – 2023
Style : Experimental, Jazz, Musique électronique, Improv, Psych, la nuit et le brouillard

Délicieusement confus et sybillin… perdu dans son indicible brouillard contrôlé, où co-habitent des cuivres-libellules surnaturalistes voletant ça et là, des ombres ricanantes qui tapissent les murs vermeils, des fantômes jazz-noctambules et un homme en costard qui se tient dans un coin de la pièce chimérique – l’homme en costard de suie a une tête de cheval et il fume des cigarettes en peau humaine… Toujours ce sentiment d’être un funambule sur une corde invisible ; d’un côté le rêve et l’autre, le cauchemar… Les réminiscences opiacés d’un film noir expérimental qui n’a jamais existé…

Les bobines défilent, s’entremêlent, sont coupées/ré-assemblées en direct dans nos tympans imprégnés d’une luxure sonore aussi diffuse que spectrale… Les ombres chuchotent dans le costumier des trépassés unijambistes hypnagogiques ; costumier dont les murs lézardés laissent s’échapper une épaisse fumée vermeille et psychotrope… celle qui fait entrevoir les pays lointains (ceux au delà des palissades de lierre liquide) à quiconque en inhale une trop copieuse quantité…

Une femme moitié translucide « glitch » dans un corridor connexe ; elle apparaît et disparaît constamment, scintillant, brillant ; ses yeux sont cousus avec du fil à pêche, un collier de perles maudites et de dents de singes capucins pend à son cou. Elle semble implorer son Dieu, qui prend la forme bien particulière d’un simulacre déformé de Charlie Parker… mais c’est comme si ce dernier avait fusionné avec Nyarlathotep… Il y a donc beaucoup de bouches et de crocs acérées ; beaucoup de tentacules et de micro-saxophones qui sortent de plusieurs orifices jusque là insoupçonnés….

Des nains de jardin aux sourires figés et aux regards impassibles s’emparent de cuivres et de divers anti-instruments. Ils se mettent alors à tisser un jazz insondable et kafkaïen, alors qu’une masse obscure et difforme (dont les orifices oculaires sont obstrués par des diamants brut) s’installe au clavier derrière eux, recouvrant leurs missives psychédéliques d’une couche atmosphérique fuligineuse ; tout en faux-fuyants duveteux-moelleux-languissants. C’est beau et incertain. Chaque seconde (grisante) est une nouvelle perte de repère. On se demande comment telle musique peut exister et alors qu’on la laisse nous envahir le cortex (à perpétuité), on finit par se demander si on existe nous-même…

Un Chien Andalou, mais filmé au dessus du convenience store de Fire Walk With Me. Un film produit et financé par les Grands Anciens.


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