Playlist

PLAYLIST #31

SALADE D’ENDIVES

PHYSIQUE

  • Jordi Savall, La Capella Reial De Catalunya, Hespèrion XXI & Montserrat Figueras – Jérusalem – La Ville Des Deux Paix : La Paix Céleste Et La Paix Terrestre (Alia Vox, 2 x SACD) [2008]
    Un projet assez faramineux de notre violiste, chef d’orchestre et historien sonore adoré : raconter musicalement toute la riche et complexe histoire de Jérusalem en deux disques. Ouf. Méchant projet ! Savall réussit pourtant haut la main le coriace défi en arpentant chronologiquement (avec rigueur) le récit de la ville sainte en partant de la Jérusalem biblique d’avant JC, en passant par la Jérusalem juive, chrétienne, arabe/musulmane… pour aboutir sur une conclusion qui se veut porteuse d’espoir pour son futur… espoir qui, on se le dira, est dur de ressentir en ces temps incertains…
    Musicalement, c’est un fascinant voyage à travers multiple genres et pratiques musicales, de langues diverses (grec, turc, français, hébreu, arabe). Les instrumentistes, qu’ils soient britanniques, espagnols, italiens, marocains, syriens, irakiens ou arméniens nous ouvrent grand les portes sur leur univers et leurs traditions.

  • Gruppe Nuova Consonanza – Improvisationen (Deutsche Grammophon, CD) [1969]
    Rendu au sixième disque de mon périple à travers le grandiose coffret « Avant-Garde » de DGG et pas le moindre ! Il s’agit de l’ensemble de free improvisation italien Gruppo di Improvvisazione Nuova Consonanza (aussi connu sous le nom plus court de « The Group ») qui avait en son sein Franco Evangelisti au piano, Egisto Macchi aux percussions et un certain Ennio Morricone à la trompette (oui, on parle bien du plus grand compositeur de trames sonores du 20ème siècle). Au programme ici : un amalgame très azimuté de musique sérielle, de musique concrète, de « sonorisme » et de musique électronique aride. Fascinant et déroutant. On est loin du Morricone lounge ou western spag.

  • Zizia – Genera (Zizia, Cassette) [2023]
    Mystérieux duo composé de Amber Wolfe Rounds (O You Villain) et de Jarrod Fowler (Pisaura), Zizia crée de la musique expérimentale et de l’art sonore écologique inspiré de l’agriculture biodynamique pour donner naissance à une forme de musique concrète très unique à travers laquelle la nature même semble s’exprimer… Superposant des enregistrements effectués par 36 ensembles sonores (34 trio et 2 quatuors, juste ça), les deux artistes sonore y ajoutent une grosse louche d’échantillonnage sonore, de synthés monophoniques, de bourdonnement d’abeilles, de boucles de bandes analogiques, de diapasons planétaires (?) et quelques instruments acoustiques contrôlés en tension. À l’écoute de ce périlleux et singulier album, on a l’impression très nette de s’enfoncer petit à petit dans la terre, la laissant nous digérer doucereusement, nous décomposer tels un tas de feuilles mortes. Humus sonore suprême.

  • The Camarata Contemporary Chamber Orchestra – The Electronic Spirit Of Erik Satie Featuring The Moog Synthesizer (Deram, Vinyle) [1972]
    Le genre d’album dont je raffole ! Des arrangements pour moog de Satie ; avec un orchestre de chambre qui accompagne le synthétiseur-soliste avec autant de raffinement que d’humour, respectant par le fait même l’esprit rigoureusement éclaté du compositeur français à barbichette préféré de tous.

  • Aphex Twin – Selected Ambient Works 85-92 (Apollo, CD) [1992]
    Disque marquant dans l’histoire du techno et de la musique électronique at large, ce premier opus discographique de Richard D. James sous le pseudonyme Aphex Twin est un album magnifique et indémodable. Près de 75 minutes d’ambient techno minimaliste propulsé par des textures savoureuses/rêveuses, des beats narcotiquement hypnotiques, des mélodies étranges et belles… Un jalon de l’histoire de la musique.

  • Yes – Close To The Edge (Atlantic, CD) [1972]
    Mon Yes préféré. Une classe des maîtres de prog symphonique britannique composée de trois longues pistes fabuleuses où s’entremêlent rock/pop psychédélique, musique classique, jazz et avant-garde. La pièce-titre de près de 19 minutes est le meilleur truc que le groupe ait jamais pondu… une suite mystique et féérique avec des passages instrumentaux complètement cinglés, des moments hautement émotifs (I get uuuupppp…. I get dowwwwn) et les paroles les plus WTF de Jon Anderson ever : « Une sorcière chevronnée pourrait t’appeler du plus profond de ta disgrâce, et réorganiser ton foie vers la grâce mentale solide »…. Euh…. KESSÉ T’AS FUMÉ JON , CALISS ?!?!?
    Juste un des 10 disques de prog les plus importants ever. Et un régal sonore à chaque écoute.

  • Ildjarn – Ildjarn (Norse League Productions, CD) [1995]
    Premier album éponyme pour LE projet norvégien le plus légendaire en frais de black métal ULTRA-primitif, cru, rageur, minimaliste/binaire, acerbe, aride, underground et lo-fi jusqu’à la moelle. Si vous trouviez que « Deathcrush » de Mayhem est cru, il sonne presque comme un album de jazz de la belle époque Blue Note à côté de cet opus morbide, fantomatique et crasseux…
    À travers ces 27 courtes pistes à l’esthétique très DIY/Hardcore Punk, Vidar Våer alias Ildjarn nous livre sa vision très personnelle et sans compromis de son art sombre… Les morceaux, surtout rapides niveau tempo, sont presque interchangeables. Ils semblent avoir déjà commencé quand on les aborde et se terminent abruptement, avant leur fin logique. Tout le long, on y entend ces mêmes battements ultra-simplistes de « batterie » qui sonnent presque comme un tiroir à ustensiles qu’on secoue. Les riffs de guitare sont incroyablement répétitifs. La voix cracheuse de venin et de poussière, paradoxalement, semble très proche (mais semble aussi avoir été enregistrée dans un cercueil six pieds sous terre, avec le pire micro de l’histoire). C’est donc pour public (très) averti. Mais selon moi, après un certain temps, cette musique, de par sa simplicité et sa structure cyclique, devient une forme d’ambient-muziK damnée et livreuse d’ivresse. Un grand grand album pour moi.

  • Sun Ra – The Magic City (Pan Am Records, Vinyle) [1966]
    Sieur Ra à son plus démentiellement out there, entre free jazz jusqu’au boutiste et musique contemporaine aride/abstraite/surréaliste. Un grand cru, avec une Face A qui fait grogner de peur/haine mon vieux chihuahua (true story) et une Face B un tantinet moins déconstruite mais quand même givrée à plus soif.

  • Album – Portrait De L’Artiste (Telephone Explosion Records, Vinyle) [2023]
    Délicieusement confus et sybillin… perdu dans son indicible brouillard contrôlé, où co-habitent des cuivres-libellules surnaturalistes voletant ça et là, des ombres ricanantes qui tapissent les murs vermeils, des fantômes jazz-noctambules et un homme en costard qui se tient dans un coin de la pièce chimérique – l’homme en costard de suie a une tête de cheval et il fume des cigarettes en peau humaine… Toujours ce sentiment d’être un funambule sur une corde invisible ; d’un côté le rêve et l’autre, le cauchemar… Les réminiscences opiacés d’un film noir expérimental qui n’a jamais existé… Chaque seconde (grisante) est une nouvelle perte de repère. On se demande comment telle musique peut exister et alors qu’on la laisse nous envahir, on finit par se demander si on existe nous-même…

  • Nick Cave & The Bad Seeds – Henry’s Dream (Mute, CD) [1992]
    Après un « The Good Sod » magnifique mais un peu plus assagi, les fans du Nicolas virulent seront ravis par ce rêve d’Henry qui renoue avec l’agression des Bad Seeds d’antan, mais tout en conservant les avancées sonores et l’instrumentation plus variée du précédent opus. Le songwriting de Nick ne fait que s’affiner et sa plume est plus acerbe que jamais. Il l’a fait aller de la plus belle façon sur ces ballades folk meurtrières et ces pépites punk blues damnées.

  • The Delfonics – Sound Of Sexy Soul (Philly Groove Records, Vinyle) [1969]
    Un superbe album de Smooth Soul avec une prod complètement luxuriante, des arrangements de cordes sirupeux, ces cuivres funky-sexy-addictifs et les harmonies vocales plus-magnifique-que-ça-tu-meurs des Delfonics, un de mes groupes préféré de tous les temps dans le département des cordes vocales.

  • The Men From S.P.E.C.T.R.E. – Magnetic Sunshine (Library Of The Occult, Vinyle) [2024]
    Les bibliothécaires de l’occulte frappent un autre coup de circuit avec cette somptueuse sortie des mecs en provenance de S.P.E.C.T.R.E. Ces Suisses laissent de côté leur neutralité un moment le temps de nous asséner une bonne grosse dose de psych en pleine poire. Au menu : space-rock, krautrock, dark-prog-rock avec flûtiau, funk obscur, orgue Hammond à la pelle, bongos et guitares bien acides… Comme la trame sonore d’un film série-Z mettant en scène un agent (très) spécial arborant une splendide et gigantesque ‘STACHE, des verres fumés et un revolver fuchsia à la main ; prêt à canailler les hommes-piranhas cracheurs de feu, les vampires danseurs de merengue et les sorciers vaudous trafiquants de jus d’étoile.

  • Ancient Iron – Endless Hunger For Conquest (Moonworshipper Records, Cassette) [2023]
    Une longue pièce (25 min.) de dungeon synth old school, extrêmement minimaliste, rudimentaire et mélancolique ; avec des passages très dark ambient. Le tout a une véritable aura maléfique et mystérieuse ; une présence spectrale luminescente dans les bois flétris et oubliés par les siècles… I just LIVE for this kind of thing !

  • Hermit Knight – Upon The Dawn Of The Vermilion Glaive (WereGnome Records, Cassette) [2023]
    Album complètement chef d’oeuvriffique de dungeon/comfy synth du chevalier ermite, projet solo du propriétaire de l’excellente étiquette WereGnome. C’est une oeuvre lumineuse, profondément humaine, épique, introspective, aux milles reliefs chatoyants… Le genre de musique qui m’évoque le passage de la vie à la mort, mais sans douleur ni regret ; juste en s’y abandonnant pleinement, la tête emplie de tous nos souvenirs, joies, peines et errances passées…
    Vraiment un des meilleurs projets actif sur la scène actuellement.

  • Fairport Convention – Liege & Lief (Island Records, CD) [1969]
    Un des plus importants groupes du renouveau folk britannique de la fin des années 60/début 70, Fairport Convention a frappé fort en 1969 en sortant trois excellents disques. Ceci est le dernier de cette superbe trilogie. Mélangeant tradition et modernité, les Anglais livrent un folk-rock progessivo-psychédélique, planant, hypnotique, rêveur et éthéré ; le tout sublimé par la performance vocale sans pareille de la chanteuse Sandy Denny.

  • Swans – Various Failures 1988-1992 (Young God Records, 2 x CD) [1999]
    Géniale compile de la période « lapin » des Cygnes, alors que la troupe de Gira/Jarboe officiait dans un registre néo-folk/goth/post-punk un tantinet plus accessible que leurs débuts complètement noisy-indus-no-wave-proto-sludge et la période post-rock-cyclique-répétitif-jusqu’au-boutiste qui allait s’ensuivre. On trouve ici plusieurs pépites des albums « White Light From The Mouth of Infinity », « 10 Songs For Another World », « Love of Life » et « The Burning World », ainsi que plusieurs singles issus de cette même phase créatrice d’un des groupes expérimentaux les plus importants de tous les temps.

  • Les Baxter & 101 Strings – Que Mango! (Vinyl Exotica Records, Vinyle) [1970]
    Un superbe album d’Exotica sirupeux à souhait (avec des arrangements et des orchestrations fantasques) paru à une époque où le genre n’avait plus vraiment la cote. Les Baxter et ses cordes y vont avec une vibe « Amérique du Sud » très sympa. Un disque vraiment super le fun et qui sonne merveilleusement bien (chapeau pour la réédition !). À conseiller à tous les fans de kitsch grandiloquent.

  • Kreator – Pleasure To Kill (Noise / BMG, CD) [1986]
    Quand je pense au Mont Rushmore des albums de Trash Metal, « Pleasure To Kill » fait définitivement partie du lot. Plus brutaux, cru, sauvages, démoniaques et rapides que les Metallica et Megadeth de ce monde, les Allemands de Kreator nous convient ici à une boucherie de riffs orgasmiques, de vocaux hargneux, de batterie furieuse… le tout avec une attitude très punk et in-your-face. Un délicieux concentré d’ultra-violence. Mon édition comprend aussi le EP « Flag Of Hate », tout aussi essentiel.

  • Rorqual – Perles & Diamants (Les Cassettes Magiques, Cassette) [2024]
    Le premier album de cet élégant quatuor trifluvien est un must absolu ! Mélangeant avec une agilité peu commune le noise-rock, l’emo, le post-punk, le post-hardcore à travers des compositions vertigineuses et arabesques, Rorqual livre la marchandise en TABARNAK ! Les amateurs des styles nommés précédemment ne peuvent que passer un moment d’extase avec ces perles diamantées totalement euphoriques.

  • Cardiacs – A Little Man And A House And The Whole World Window (The Alphabet Business Concern, CD) [1988]
    Un des groupes les plus génialement givrés de tous les temps…. Du PRUNK ? Késako ? Depuis leur arrivée dans le monde de la musique underground britannique au tout début des années 80, les Tachycardes mélangent (pour votre plus grand plaisir) rock progressif, post-punk, no wave, ska déjanté/2 tone, jazz de carnaval loufoque, musique de cabaret et avant-pop… le tout avec un leader-compositeur-chef-d’orchestre-guitariste-flûtiste-et-chanteur complètement détraqué en la forme de ce cher Tim Smith. C’est comme le mariage polygame et hors norme de Frank Zappa, Mr. Bungle, Carl Stalling, XTC, Gentle Giant, Faust, Henry Cow, les Residents et Devo. (juste ça)…
    Ah oui, sinon : à chaque fois que j’écoute R.E.S., je me dis que c’est genre la meilleure toune de tous les temps !!!

  • Faceless Entity – Demented Incantations (Argento Records, Vinyle) [2014]
    La réédition du premier EP de cette horde black métallique « sans visage » en provenance des Pays-Bas qui était initialement paru au format cassette sur l’étiquette « The Throat ».
    Demented Incantations, c’est un seul (long) morceau qui est en quelque sorte une transmission entre le monde des mourants et celui des morts, le tout parasité d’interférences incantatoires abstraites et immondes… Du BM très atmosphérique et primitif (comme je l’aime) mais sublimé par cette aura fantomatique ; cette espèce d’impression que l’enregistrement nous provient de très loin (d’une autre réalité) et qu’on en perd des bribes à travers les vents cosmiques et les différents vortex temporels qui relient cette musique à nos oreilles… Il y a définitivement une présence maléfique à travers ces 32 minutes de fureur opiacée mais aussi presque ambient à cause de la distance évoquée ci-haut. Les amateurs de Black Cilice, Candelabrum et Darvulia seront en territoire connu.

STREAMING


GUILLAUME P. TRÉPANIER

Sélection thématique ROCK PROGRESSIF SOMBRE (partie 1)

  • Van Der Graaf Generator – H To He Who Am The Only One (1970) [UK]
  • Semiramis – Dedicato A Frazz (1973) [Italie]
  • Pollen – Pollen (1976) [QC)
  • King Crimson – Red (1974) [UK]
  • Soft Machine – Third (1970) [UK]
  • Kracq – Circumvision (1978) [Pays-Bas]
  • Genesis – Trespass (1970) [UK]
  • Le Orme – Felona E Sorona (1973) [Italie]
  • The Mars Volta – Frances The Mute (2005) [US]
  • Banco Del Mutuo Soccorso – Darwin! (1972) [Italie]
  • Anekdoten – Vemod (1993) [Suède]
  • Magma – Mekanïk Destruktïẁ Kommandöh (1973) [France]

J’ai toujours eu un faible pour le prog « dark twisted », glauque, dramatique, hanté, amer, angoissant, poignant, tragique… Que ce soit dirigé comme une pièce de théâtre ou alors seulement comme un cri du coeur bien personnel.

Avez-vous un préféré parmi cette sélection?


LÉON LECAMÉ

  • ГНЁТ (Gnyot) – Бремя (black metal atmosphérique)
  • Don Haugen – Schadenfreude (harsh noise)
  • coffret de bijoux – J’aeae cr​à​iserais j’squa je n’a​ï​e pluxe d’e vie​,​.​,​.​, perssonage n’ex sembleple s’enne pr​é​onccuxperale (ambient black metal)
  • Master Grave Services – On The Subject Of Pestilence (harsh noise)
  • CT57 – distant sounds of desolation (vaporwave, drone ambient)
  • EBOLA – Distorted Romance (suicidal depressive black metal)
  • Leslie Keffer – Veiled Matter (industrial folk)
  • Gates And Mystic Doors – Keys To The Astral Gates And Mystic Doors (black metal atmosphérique)
  • Труп Колдуна – Древний Костолом (keller synth, black ambient, dungeon synth)

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