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Halo Manash – Language of Red Goats

Année de parution : 2008
Pays d’origine : Finlande
Édition : CD Digipack cartonné, Aural Hypnox – 2008
Style : Ritual Ambient / Drone

Le temps se disloque autour de moi. L’appel du vide, à la fois vorace et impassible, s’est emparé de mon être tout entier, petit à petit, inéluctablement… Je ne sais pas pourquoi j’ai pris ce sentier broussailleux qui semblait n’exister que pour moi… Chemin fantôme qui m’est apparu soudainement en plein coeur de la forêt, avec ses arbres sombres et anciens, recouverts d’une végétation immonde et putride qui ondoyait au gré d’un vent chaud, fétide, croupissant… Le bruit d’un gong, lointain, réverbérait jusqu’au plus profond de ma matière grise tarie ; anéantissant tout libre-arbitre et sens de l’orientation… me rendant soudainement incapable de me soustraire au sentier maudit… Manipulé par les desseins d’un Dieu dément, j’empruntai la route de ma perdition car elle m’avait été assignée.

Cette journée suffocante d’automne se refermait progressivement sur sa dépouille blafarde, alors que j’évoluais, hypnotisé, à travers une piste de plus en plus touffue et ubuesque. La flore environnante n’était que déraison… Les arbres, arbustes et plantes grimpantes prenaient des formes saugrenues aux teintes de plus en plus vermeilles… Un ciel rouge écarlate surplombait le tableau forestier, succédé à son tour par un éther pourpre noirâtre, sorte de linceul pour le jour agonisant. J’avançais toujours, malgré moi, malgré tout… J’étais convoqué.

Les sons devenaient de plus en plus forts. Les secousses tribalo-sismiques de ce gong funéraire étaient secondées par le cliquetis d’objets métalliques, le soupir des bols chantants, les carillons mystiques et cet espèce de bruit de corne envoûtant… Après une période d’errance asphyxiante indéterminée (cela aurait pu durer deux siècles ou quelques minutes, qui sait ?), le sentier semblait enfin s’ouvrir sur une clairière difforme, illuminée par la lumière éclatante d’étoiles folles qui m’étaient jusque là inconnues. La nuit soupirait, gémissait et murmurait ses secrets les plus odieux à quiconque voulait bien les entendre.

La clairière n’était constituée que d’un herbage de suie ; une brume couleur cendre recouvrant le sol, l’obscurcissant partiellement… Et au centre de cette pelouse nébuleuse, se dressait le vieil arbre mort ; grand, large et courbaturé. À sa base, ont été déposés les ossements d’innombrables animaux aux proportions diverses. Quelques crânes vaguement humains s’y trouvaient aussi… des crânes grimaçants ; leur rictus figés éternellement dans une espèce d’extase où s’entremêlaient souffrance, béatitude et déraison.

Je m’approchais de l’arbre… encore et encore… petit à petit… toujours plus près…. Ses grandes branches distendues qui s’étiraient vers les cieux comme une toile d’araignée psychotrope prête à accueillir sa prochaine proie, cette écorce couleur chair qui semblait sèche à première vue mais d’où laquelle je voyais maintenant s’écouler une espèce de cire noire et gélatineuse… Les étoiles étaient encore plus brillantes et semblaient danser frénétiquement dans un ciel de plus en plus surnaturaliste et inquiétant.

Et puis, quand je fus dans sa portée, l’écorce se déchira soudainement, laissant apparaître un long tentacule tacheté d’une série de petits yeux rouges malveillants. Cela fondit sur moi, m’enlaça. C’était glacé et brulant en même temps. Les yeux-ventouses se sont agrippés partout sur mon corps. Ça commençait à perforer ma peau, à me boire, à me digérer… Puis ça m’entraîna vers le coeur de l’arbre noir ; qui n’était qu’une énorme bouche fuligineuse avec des dents acérées (chacune d’elle recouverte de yeux) et d’où s’échappait une bruine grise et noire qui sentait le charbon, la pourriture et le sang.


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