Playlist

PLAYLIST #34

Coucou nous revoilou ! Avec une nouvelle playlist qui est, ma foi, assez en retard (la dernière datant déjà de fin avril).

Un énorme DÉSOLÉ pour notre absence des dernières semaines/mois. Votre humble serviteur a vécu quelques aléas qui l’ont plongé dans un état mental un brin moribond… Et mes (trop) rares moments libres des dernières semaines furent consacrés à mon projet sonore UgUrGkuliktavikt, exutoire ténébreux suprême s’il en est. Je vous reparlerai d’ailleurs de toutes les fascinantes et infâââââmes sorties d’UgUrGkuliktavikt que vous avez manqué ces derniers temps dans de futures publications…

Une nouvelle toute fraîche pour le blog : J’ai décidé que j’allais arrêter de donner des « notes » aux disques dans mes chroniques/critiques. Alors que j’évolue encore plus profondément et « symbiotiquement » dans mon amour (suprême) du 4ème art (le meilleur), je trouve de plus en plus trivial et ridicule le fait de sentir le besoin de « noter » un album sur 10 ou sur 100…

La musique, ce n’est pas un concours. La musique, c’est bien plus que cela. C’est émotion pure (qu’elle soit positive ou négative), c’est splendeur fait de splendosité, c’est un médicament pour l’âme, c’est un monde infini de possibles, un chavirement de l’être, de la poésie sous forme bruitative, un moment de bonheur qu’on s’offre à soi seul (ou entre amis), le grand frisson transcendant tout… Et je trouve que c’est un peu (beaucoup) manquer de respect à cet art (et aux artistes qui l’exercent) de coller des notes ou scores à ces objets (matériels ou dématérialisés) qui n’existent pas pour être notés mais bien pour être écoutés avant tout… De plus, je pense que souvent, quand on note le disque, les gens vont aller regarder la note avant même de lire la critique ; voir même en passant outre sur cette dernière (qui pourtant, représente le travail réel du chroniqueur). Au même titre qu’il est quasi-impensable de donner une note sur 100 à un tableau ou une sculpture, je ne comprends plus ce besoin de noter des disques de musique…

Bref, je suis tanné des critiques/journalistes de musique qui étalent leur « bon goût » sur la place publique avec suffisance en y déversant des 10 sur 10 à tout rompre ou des 2 sur 10 lapidaires (et gratuits)… Moi, je vois plutôt comme un passionné invétéré qui tente de toute ses forces et de tout son être de communiquer cet amour de la musique aux quelques lecteurs qui passent par ici… Et comme un auteur (avec ses qualités et ses défauts) de textes qui ont le but premier de donner envie au lecteur d’écouter les disques dont il est question, je trouve contre-productif de les noter… Inviter les gens dans un perpétuel voyage de découvertes sonores folles, telle est ma mission. Pas de hiérarchiser ces merveilles selon une grille de critères emmerdants au possible.

Je vais donc, dès que possible, retirer les notes des nombreuses critiques déjà publiées sur le site. Seuls les textes (et infos complémentaires) demeureront. Je n’exclu par le fait d’ajouter des petites mentions/logo du genre « disque d’île déserte », « disque sous-estimé », « plaisir coupable », « prod de fou » ou ce genre de chose à l’avenir (je réfléchi encore à cela en compagnie de moi-même et je vous reviens).

Dernier point avant de passer à nos sélections : le blog sera probablement moins actif un peu qu’il l’était initialement… Bon un peu plus que ces deux derniers mois, espérons le… Mais pour tout dire : je suis présentement en processus de recherche d’emploi et il y a fort à parier que mon nouveau poste sera en « présentiel »… ahem… Donc fini la belle époque où je pouvais écouter des disques dans mon bureau à longueur de journée (snif, snif, snif). Gros gros deuil pour ma part. Mais qu’à ne cela tienne, dès qu’un petit temps libre pointera le bout de son minois, je vais faire touner mes galettes et vous en parler m’sieur-dames. Promis-juré-craché (même si c’est malpoli).

Bon, assez jacté. Voici ma playlist et celles de mes amis Guillaume et Léon ! Enjoy !

SALADE D’ENDIVES

PHYSIQUE

  • Ensemble Accentus, Thomas Wimmer – Sephardic Romances – Traditional Jewish Music From Spain (Naxos, CD) [1996]
    Un splendide album de cet ensemble autrichien se spécialisant dans la musique ancienne (antiquité, moyen-âge, renaissance). On a ici affaire à la musique s’inspirant des traditions juives, turques, arabes, africaines, grecques et européennes. En se basant sur les documents historiques, l’ensemble tente de redonner vie à ce à quoi pouvait ressembler la musique profane en Espagne alors que le pays abritait bon nombre de ressortissants juifs. Un fantastique voyage dans le temps !

  • Brahms – The Complete Symphonies (Herbert von Karajan & Berliner Philharmoniker) (Deutsche Grammophon, 2 x CD) [1978]
    Johannes Brahms, en bon perfectionniste notoire, n’écrira que 4 symphonies. Il passa 14 ans à peaufiner sa première avant de la terminer en 1876 ! Les deux premières symphonies, de facture très classique, sont très belles et inspirées de Beethoven, considéré à juste titre comme le maître du genre…. À partir de la 3ème, Brahms est au sommet de sa créativité et nous pond une oeuvre très romantique, lumineuse et personnelle ; souvent citée comme un des chef d’oeuvres de l’Allemand. Pour terminer, la quatrième est la plus tumultueuse/impétueuse ; un retour à la forme classique mais incorporant aussi des éléments romantiques et de l’innovation dans l’orchestration et dans la profusion rythmique. C’est ma préférée.
    Très belle interprétation du bon Herbert et de l’orchestre berlinois, comme toujours.

  • William Basinski – Watermusic (2062, CD) [2001]
    Un drone-ambient d’une heure, tranquille, duveteux, scintillant, ressourçant, magnifique. La musique de Basinski est un médicament pour l’âme. Et j’avais amplement besoin de ce médicament ces derniers temps.

  • Ichiko Aoba – qp (Speedstar, Vinyle) [2018]
    La beauté pure, brute, vraie… dans sa forme élémentaire. La lumière du jour filtrée par une forêt millénaire, où il fait bon se perdre. Un des plus magnifiques albums de dream-psych-folk moderne de tous les temps. Une voix qui te chavire tous les sens. Une guitare qui te fera pleurer de bonheur. Des compos absolument merveilleuses. Chef d’oeuvre. CHEF D’OEUVRE.

  • Ulver – Bergtatt – Et Eeventyr I 5 Capitler (Head Not Found, CD) [1995]
    Le début d’une des épopées musicales les plus palpitantes des (bientôt) 30 dernières années. Premier album du groupe norvégien aux milles et unes identités musicales, Bergtatt est un chef d’oeuvre incontesté de black metal atmosphérique (fortement imprégné de dark folk) et clairement un des meilleurs albums du genre. Ces 5 morceaux sont des monuments d’émotivité, d’ingéniosité mélodique, d’euphorie galvanisante et de beauté irradiante. Parce ce que oui, rares sont les albums de BM qui sont aussi BEAUX. Toujours aussi phénoménal après toutes ces années.

  • Miles Davis – Sorcerer (Columbia, CD) [1967]
    Troisième album du 2ème grand quintet de Miles et celui où le « prince of darkness » laisse le plus la place aux membres de son groupe. Miles tripait solidement sa vie de collaborer avec des musiciens aussi exquis et novateurs. Il leur laisse donc champ libre pour explorer leur talent, leur inventivité et leur flair. Sur Sorcerer, il ne compose rien. C’est surtout Wayne Shorter qui s’y colle, signant ici 4 morceaux particulièrement réussis. Mais Herbie Hancock nous montre aussi à quel point il est un compositeur de génie ; nous offrant de sa plume le morceau-titre absolument magique/mystique… et Tony Williams est l’auteur de l’énigmatique ballade « Pee Wee », ballade qui a ceci de particulier : Miles ne joue même pas dessus !
    On tient là un autre album fabuleux du Quintet en pleine gestation, lui qui prendra bientôt la voie de l’électricité (Bitches Brew n’est pas bien loin).

  • Kraftwerk – Ralf & Florian (Philips, Vinyle) [1973]
    Troisième album de Kraftwerk et mon 2ème préféré de la formation (après « Trans Europa Express » qui demeure pour moi leur plus grand chef d’oeuvre). Le groupe est alors en pleine mutation ; évoluant de leurs débuts psychédéliques vers la musique électronique qui sera leur marque de commerce à partir d’Autobahn. Mais on est à milles lieux de la synth-pop ici. L’album rappelle Cluster pour le côté expérimental, le foisonnement d’idées et la forme très « libre » des douces expérimentations sonores ici présentes. Ce qui fait la magie de « Ralf & Florian », c’est entre autre l’enchevêtrement d’instruments acoustiques (flûte, instrus à cordes, batterie) à ces claviers, vocoders et autres instruments électroniques. C’est le Kraftwerk le plus humain, le plus posé, le plus frais. Une merveille.
    Oh, et « Tanzmusik » est ma pièce préférée de Kraftwerk, toutes époques confondues.

  • The Smile – Wall Of Eyes (XL Recordings, Vinyle) [2024]
    L’excellent trio composé de Thom Yorke, Jonny Greenwood (tous deux de Radiohead) et Tom Skinner (Sons of Kemet) signe déjà ici son deuxième album. Moins jazzy et tendu que leur premier disque, ce « Mur de Yeux » est dans une veine plus posée, post-rock/art-rock planant, psych, éthéré ; le tout porté par une production époustouflante et pleine de petits détails fantasques. Un album introspectif qu’il fait bon de savourer en ces jours de printemps gris qui rappellent la fin d’automne.

  • Vetala – Satanic Morbid Metal (Harvest Of Death, Vinyle) [2010]
    Aaah, ces Portugais… Vraiment les maîtres actuels dans le domaine du black metal lo-fi, noisy, déstructuré, sale, gloupide, batracien et délicieusement infect. Vetala est une de ces hordes (à un membre) qui oeuvre à concevoir une musique infiniment malsaine et cauchemardesque ; un mélange hideux de cris glaçants, de black noise pétrifiant, de Bathory-worship version atonal, d’espèces de passages post-punk/no wave/DIY en roue libre… Parfait pour ceux qui aiment s’enfoncer dans des marécages déments et grouillants de milles immondices.

  • Souls Of Mischief – 93 ‘Til Infinity (Jive, CD) [1993]
    Le plus « east coast » des albums de « west coast » de tous les temps. Prod boom-bap/jazz-rap ; grosse basse, batterie « phat » et cuivres ensorcelants. Les MCs sont excellents. Un classique de rap 90s, à ranger avec vos A Tribe Called Quest, Digable Planets et The Pharcyde.

  • The Cure – Three Imaginary Boys (Fiction, CD) [1979]
    Excellentissime premier album du Remède, alors que le groupe est à son plus minimaliste, livrant un rock alternatif anguleux teinté de new wave et de post-punk. Des chansons énormes, la voix du jeune Robert Smith déjà reconnaissable entre milles, des guitares très « jangle » et des paroles déjà très sombres et nihilistes.

  • Low – C’mon (Sub Pop, Vinyle) [2011]
    Le plus « dream pop » des albums de Low. Beau, mélancolique, planant ; avec des harmonies vocales à tomber par terre. Une autre réussite pour un des meilleurs groupes alternatifs de tous les temps.

  • Second Hand – Reality (Trading Places, Vinyle) [1968]
    Une merveilleuse obscurité britannique de la fin des années 60 qui mélange avec succès proto-rock progressif, garage rock, pop baroque et heavy psych. Pour les fans : y’a du délicieux mellotron et de l’orgue un peu partout ! Message à Guillaume Trép : ajoute ça à ta collection au plus CRISS, si tu ne connais pas !

  • Earthen Vessel – Hard Rock / Everlasting Life (Gear Fab, CD) [1971]
    Groupe heavy psych / acid rock du Michigan qui n’a produit que ce seul album complètement démentiel et rempli à rabord de guitares fuzz (à la gloire de Dieu, amen!). Le duo chanteuse/chanteur fait penser à Jefferson Airplane mais la musique est plus lourde. C’est rare d’entendre des fous de Jésus produire une musique aussi rentre-dedans.

  • The Mothers Of Invention – We’re Only In It For The Money (Rykodisc, CD) [1968]
    Un des grands classiques de Zappa et ses Mamans Inventives, ce troisième opus du groupe est une critique musicale surréaliste et très acerbe du climat de l’époque. En bon satiriste, l’oncle Frank tire sur tout ce qui bouge : les politiciens de droite arriérés, de même que la gauche supposément progressive et son mouvement hippie qui se fait récupérer par le système… Musicalement, on a droit à un délectable mish-mash de doo-wop absurde, de musique concrète, de pop-rock psych, de jazz et de collage sonore saugrenu. Intemporel.
    What’s the ugliest part of your body ? I think it’s your miiiiiiiiiiiind….

  • Art Bears – Winter Songs (ReR Megacorp, CD) [1979]
    De l’avant-prog/rock in opposition de très haut calibre, avec une chanteuse complètement folle et atypique au possible (Dagmar Krause) et 2 lascars qu’on ne présente plus (Fred Frith et Chris Cutler, tous deux issus de Henry Cow). Une ambiance cauchemardesque, obtuse et très dense règne à travers ces morceaux courts mais étoffés à fond. À recommander aux fans de This Heat, Univers Zéro, Samla Mammas Manna, Captain Beefheart et les Residents.

  • Roxy Music – Roxy Music (Virgin, CD) [1972]
    Bon Dieu que je l’ai écouté souvent c’t’album et je le trouve toujours aussi frais, avant-gardiste, novateur, génial, ultra inspiré… Regardez moi cette photo des muzikos à l’intérieur de la pochette : accoutrements vestimentaires complètement éclatés mais chacun a son style bien à lui, comme si chaque membre faisait partie d’un groupe différent… Et cela s’entend… Il y a ici des personnalités artistiques fortes et uniques qui réussissent à co-habiter sans trop de discorde (bien que pour Eno et Ferry, le combat de coqs ne durera que deux albums). Tout ici est complètement fou et ne devrait pas si bien fonctionner ensemble et pourtant… ça marche… Que ce soit les bidouillages expérimentaux de synthés et de bandes d’Eno, la voix hautaine et théâtrale de Ferry, le hautbois et le sax enchanteur du très classieux Mackay, la guitare rock orgasmique de Manzanera, la batterie à la fois agile et tonitruante de Thompson et la basse racée/groovy de Simpson… Tout ceci est au service de chansons superbement composées, avec des retournements complètement ahurissants vu leurs structures passablement éclatées. Il y a du fun, du fou, du triste comme les pierre, du décadent, du planant, du rentre-dedans… Un chef d’oeuvre total et complet d’art-rock et le meilleur album du groupe.

  • François Dompierre – Dompierre (Barclay, 2 x Vinyle) [1975]
    Un grand disque québécois du compositeur aux milles talents ! Musique instrumentale prog-library hyper variée (des pastiches de tous les genres) avec des passages tantôt funky, enjoué, planant, épiques, festif, mélancolique. Les arrangements sont orgiaques, la production fabuleuse et la personnalité si unique de Dompierre déborde de tout bord tout côté.
    En plus, vous pouvez aisément mettre la main là-dessus dans les bacs à 1$, donc ne boudez pas votre plaisir.

  • Mons & MYLD – The Hanging Gardens of Babylon (Fantasy Audio Magazine, Cassette) [2023]
    Très beau split de synth-muzik fantaisiste mettant en scène deux projets franchement excellents qui créent ici une tapisserie sonore très introspective et rêveuse en hommage aux jardins suspendus de Babylone, une des sept merveilles du monde. Un album rassurant et calmant, parfait pour accompagner les douces journées de pluie estivales.

  • Earthen Shield – A Bitter Withered Eve (WereGnome Records, Cassette) [2024]
    Side-project winter synth absolument merveilleux de ce cher Nicholas Pahman, alias Hermit Knight et Magic Caster ; un des musiciens les plus actifs de la scène DS actuelle et aussi le propriétaire de l’étiquette « WereGnome Records » qui nous livre de l’excellence et des étrangetés biscornues sur bande depuis déjà 4 belles années…
    Earthen Shield c’est le pendant plus tragique/hivernal de Hermit Knight… On a droit ici à 4 pistes mélancoliques, émotives à souhait, planantes, méditatives, ensorcelantes… Un enchantement.

  • Cetăți Dacice Din Munții Orăștiei – The Seventh Obsidian Fortress Of Ancient Dacian Nightmare (GoatowaRex, Cassette) [2020]
    Un pur concentré de chaos, de laideur extatique, d’avilissement indompté, de primitivisme moribond, d’atonalité rayonnante sous des lumières blafardes et périmées… Ce projet de dungeon synth / black ambient qui nous provient de Normandie fait vraiment une musique très très amateur/DIY et maléfique, qui rappelle beaucoup l’esthétique des sorties des Légions Noires (surtout les projets ambient-lo-fi comme Moëvöt). Absolument génial.

  • Narghaash – Over The Magick Solitude (Ancient Meadow, Cassette) [2021]
    Très belle collection de démos de ce projet de DS mélancolique-minimaliste-lo-fi allemand, qui incorpore des influences néo-folk à sa musique qui plaira aux amateurs de dungeon synth old school. Les fans de Vargounet seront aussi ravis par une série de covers de Burzum en conclusion de la Face B.

  • Satyricon – Dark Medieval Times (Moonfog Productions, CD) [1993]
    Génial et glaçant premier album pour les black métalleux norvégiens légendaires. Cet opus originel est très primitif, très cru et incisif. Cela dit, on retrouve déjà le drumming virtuose si unique de Frost et toute l’inventivité du multi-instrumentiste et hurleur Satyr ; un petit génie dans l’art de la création d’atmosphères blafardes en diable. L’album rappelle le premier Burzum dans son côté aride/froid/brut mais avec une maitrise technique plus évidente et des éléments symphoniques ça et là. Un super album.

  • Magma – Zëss (Le Jour Du Néant) (Seventh Records, CD) [2019]
    L’oeuvre est un véritable ovni dans la carrière du groupe. Premièrement, on y retrouve un orchestre symphonique (l’orchestre philharmonique de Prague) en support. Deuxième particularité, pour la toute première fois, Vander n’est pas derrière les futs ! Il fait appel à Morgan Ågren (batteur de la formation progressive suédoise Kaipa) qui le remplace à la batterie, ce qui donne une rythmique métronomique complètement différente à ce qu’on a l’habitude d’entendre avec Magma. Christian s’attribuera plutôt le rôle de chanteur soliste et de « prophète » déclamant un long poème apocalyptique/mystique (surtout en français !) à travers la première moitié de l’oeuvre. Se joignent à eux de précieux acolytes comme Simon Goubert au piano, Rudy Blas à la guitare et Philippe Bussonnet à la basse. Et on retrouve aussi un ensemble vocal comprenant certaines des plus belles voix de Magma à travers sa riche histoire (Stella Vander, Isabelle Feuillebois et Hervé Aknin).
    On tient là un chef d’oeuvre de plus dans une discographie déjà légendaire. Un genre d’amalgame complètement renversant de Carl Orff, Richard Wagner, Steve Reich, John Coltrane, de Gospel, de Prog et de Pop Baroque.

STREAMING


GUILLAUME P. TRÉPANIER

LE MUR DU SON / écoutes récentes en rafale
On a des disques en commun dans cette sélection?

  • Jeff Buckley – Grace (1994) [US]
    Il faut vraiment avoir un coeur de marbre froid ou être mort par en dedans pour que ce disque ne fasse pas une forte impression sur nous.
    C’est chose de rare qu’un artiste possède un talent de composition de ce calibre soutenu par une voix aussi bouleversante et unique, mais ça arrive.

  • Ice Cube – Amerikkka’s Most Wanted (1990) [US]
    ENFIN! Ce disque est entré dans ma collection.
    Premier Ice Cube suite à son départ d’N.W.A.
    Ça nous laisse comprendre qu’une bonne part de leur côté intello/bad-ass provenait de ce dernier.
    Soutenu par The Bomb Squad (même team de prod que Public Enemy), cet album, c’est du lourd.
    Avec Amerikkka, l’auditeur se frottre à du gangsta rap politiquement engagé, avec des morceaux traitant de racisme institutionnel, de drogue, de pauvreté et de critiques médiatiques.
    Ice Cube, rappeur, auteur, acteur, producteur, figure publique engagée, c’est toute une tête et cet oeuvre en témoigne bien.

  • Little Albert – Swamp King (2020) [Italie]
    Je ne pensais jamais aimer et encore moins acheter un album de blues récent. Le blues plus moderne me fait rarement accrocher.
    Le dernier album de blues que j’ai aimé date de 2010, se nomme « Living Proof » et nous provient du vétéran Buddy Guy, alors…
    Alors, Little Albert! Puissant, bien senti, passages doux comme heavy, des vocals qui rappellent Alice In Chains par moment, mais le tout sur du blues. Magnifique. Des tones de voix et de guitare parfaits, grungy sur les bords. Ça vire stoner par moment, ce qui apporte une belle intensité.
    J’ai écouté Swamp King à maintes reprises pendant la pandémie et c’est devenu un classique, du moins, dans ma kallax!

  • Roy Buchanan – Roy Buchanan (1972) [US]
    Un album dans la catégorie « les frissons me pognent à tout coup ».
    Roy Buchanan est un guitariste blues, mais au son et au playing très distinctif.
    C’est comme avoir tout le feeling que le blues peut donner, mais avec un esprit qui va ailleurs, une façon d’aborder la guitare très artistique et éclectique.
    Je considère la pièce « The Messiah Will Come Again » comme un game changer dans mon cheminement musical, l’ayant entendu et joué à maintes reprises avec des amis lorsque j’étais ado.

  • Please – 1968/1969 (1996) [UK]
    Compilation d’enregistrements inédits du groupe Please, mené par le talentueux Peter Dunton (Neon Pearl, Please, Gun, T2).
    Un peu comme sur leur album Seeing Stars, les morceaux sont d’une simplicité désarmante, les riffs d’orgue catchy et Peter Dunton chante avec son timbre captivant, doux et mélancolique tout en s’occupant de maintenir un rythme solide à la batterie.
    Je suis certain que le fait que Peter soit un drummer/chanteur qui compose les parties d’orgue apporte vraiment une autre dimension au psychédélisme de Please, qui n’essaie jamais d’impressionner via des compétences musicales ou des effets sonores.

  • The Sacred Mushroom – The Sacred Mushroom (1969) [US]
    Groupe de blues psychédélique dont les membres vivaient dans une maison/commune qu’ils appelaient la « Mushroom House ». Ils habitaient une ville très industrialisée (Cincinnati, Ohio) et cette initiative s’avérait être leur réponse typique mouvement hippie à toute cette ambiance grise et capitaliste.
    J’ai découvert cet album lorsque j’étais ado et que je m’étais mis à fouiller le psych obscur sur des vieux sites internet de fans. J’avais été immédiatement fasciné par la pochette, le nom et l’histoire du band et bien que musicalement, il n’y ait rien qui se démarque tant que ça là-dessus, je suis très heureux de l’avoir enfin dans ma collection.
    Merci au Explo!

  • Plume Latraverse – Autopsie Canalisée (1983) [QC]
    Disque publié entre deux Métamorphoses à l’écriture soignée et la même année que le monumental live avec Offenbach, Autopsie Canalisée est un autre incroyable testament du poète maudit qui ose passer au scalpel tout ce qui le dérange ou le fascine.
    Sous la bannière du rock sombre, jeansé/cuiré, Plume n’a pas la langue dans sa poche. Écrire « Laxatif Rock », faut le faire.
    À travers les classiques comme Les avaleurs d’asphalte, Dis-Moé, On peut pas tout avoir ou encore La chanson de Jean-Claude, on peut distinguer de petites perles telles que Les yeux cloches, Mémoire courte, La Décade Danse ou, une de mes préférées, Dans n’importe quelle ville.
    Bref, une magnifique collection de chansons à déguster avec une stout, de préférence!

  • Maston & L’Éclair – Souvenir (2021) [US]
    Un autre dans ma série « disque de pandémie », qui a tourné à profusion lorsqu’on était dans l’isolement et l’inconnu.
    Musique envoûtante, doucement psychédélique, mélancolique lumineuse… du groove de yeux clos.
    Cet un album tout court qui fait du bien tout le long de l’âme!
    Je le recommande à tout le monde, littéralement.

  • Jean-Michel Jarre – Équinoxe (1978) [France]
    Quand t’es dans un trip de « progressive electronic »… c’est assez incontournable.
    Bien que parfois très « upbeat », il s’agit d’un beau voyage futuriste, hypnotique et atmosphérique.

  • Communicant – Sun Goes Out (2021) [US]
    Alors là, on parle d’un petit chef-d’œuvre pop/rock psychédélique, parmi les tops des albums modernes du genre.
    La pochette est aussi belle que la musique à l’intérieur. Des morceaux puissants et magnifiquement construits avec des gros hooks et des bridges hallucinants. La chanson « Sleepwalker » en est un bon exemple!
    Les textes sont aussi très imagés, avec une plume plutôt varié, évasive et unique, qui ne tombe pas dans les clichés faciles du genre.
    C’est un album où tout se tient et qu’on peut écouter à nombreuse reprises sans se lasser.
    Gros coup de coeur!

  • Men At Work – Cargo (1983) [Australie]
    Y’a des disques qu’on fait jouer parce que c’est juste du gros fun et celui-ci en fait partie. Pas un chef-d’œuvre, mais une excellente remise en forme sonore quand on a le clapet bas.
    Jangle reggae rock new wave alouette… dynamisme et énergie au rendez-vous!

  • Simon & Garfunkel – Greatest Hits (1972) [US]
    Je ne suis pas très compilation de type « Greatest Hits », mais ici, j’y trouve tout ce qu’il me faut de ce duo mythique. Et il se feel très bien comme un album de folk/pop doux, mélancolique et introspectif.
    Mrs. Robinson, The Boxer, The Sound of Silence, I Am A Rock, Scarborough Fair, Bridge Over Troubled Water… tout y est.
    L’exemple parfait d’un disque à 2$ qui peut s’avérer être un essentiel.

LÉON LECAMÉ

  • Vaurien – L’esprit et le Béton (raw black metal/blackened punk)
  • Spit – For the Masses (punk black metal)
  • Uncertain – The Descending Spirals of Time (ritual ambient/drone/sound collage)
  • Flower – Hardly a Dream (hxcpunk)
  • Stockhausen – Prozession (experimental/electronic/classique contemporain)
  • Laudanum Quilt & fencepost [&] – Diegetic Sound. (aNr66) (indus/drone/noise)
  • Youth Avoiders – Relentless (hardcore punk)
  • Brume / C. Renou – No Zen Machine (dark ambient/musique concrète/avant-garde)

Uncategorized

Heille

Je vous aime encore mais entre les nuits blanches (dues à un ravissant bambin qui trouve que c’est parfaitement normal de faire le party de minuit à 6 heures du matin), les thromboses, les abcès dentaires (alias « LA PIRE TABARNAK DE DOULEUR DE L’EXISTENCE EVER ; et oui, encore plus que l’écoute de la discographie complète de Staind »), les rénos, le ménage du printemps et le boulot qui prend beaucoup de temps, je n’ai pas eu une seconde pour mes Paradis chéris ces derniers temps.

Je vous reviens (bientôt j’espère) en force avec plus de critiques de disques, des magnifiques mixtapes et même des collaborations fastueuses ! Je sais que les milliers (lire ici : 2-3 personnes) d’admirateurs de ce blog seront extatiques en faisant l’expérience de tout cela, avec l’apport non négligeable de vos yeux et de vos tympans.

En attendant, écoutez donc l’album de Black Métal de l’année (à ce jour) :

Playlist

PLAYLIST #33

SALADE D’ENDIVES

PHYSIQUE

  • Charpentier – Te Deum (Les Arts Florissants, William Christie) (Harmonia Mundi, CD) [1989]
    Parmi les grands chef d’oeuvres de la musique sacrée, le Te Deum de Marc-Antoine Charpentier a assurément une place de choix. Cette version par m. Christie (pas celui des bons biscuits… oh boy, cette blague est absolument terrible) et les Arts Florissants demeure selon moi la version de référence. Les amateurs de musique baroque sacrée se doivent de savourer le tout. Qui plus est, le présent disque nous offre aussi deux oeuvres du compositeur, celles là dédiées à la vierge (une messe et une série de litanie). De la musique qui élève et qui nous fait rêver à une certaine forme de paradis (qu’on soit croyant ou non).

  • Alkan – Chanson De La Folle Au Bord De La Mer (Vincenzo Maltempo) (Piano Classics, CD) [2015]
    Programme d’oeuvres excentriques pour piano de Charles-Valentin Alkan, interprétées par un excellent pianiste se spécialisant justement dans le corpus du compositeur français. Tout comme Chopin, Alkan a surtout composé pour le piano seul. Certaines de ses oeuvres sont typiques de l’esprit du temps (on parle ici du 19ème siècle) mais d’autres sont vraiment en avance sur leur époque ; voir qu’on dirait qu’elles n’appartiennent à aucune époque… La pièce qui donne aussi son titre à l’album est une de ces étrangetés glaçantes et totalement unique… Une litanie morose, dérangée, troublante, inquiétante mais aussi pleine de compassion et d’humanité.

  • Orchestre Volta-Jazz – Air Volta (Numero Group, Vinyle) [2022]
    Excellente compile de nos amis de Numero Group (toujours en lice pour meilleur label de tous les temps) qui met l’emphase sur ce super groupe de Soukous en provenance de Bobo-Dioulasso (Burkina Faso), qui, dans la deuxième moitié des années 70, a sorti un album et plusieurs singles. L’ensemble combine avec une adresse folle la rhumba congolaise, le « son » cubain, le jazz-funk, le r’n’b américain et les traditions musicales Mandingues et Senufo. Au menu : rythmes hypnotiques, ambiances chaleureuses, harmonies vocales entraînantes et surtout un fun contagieux.

  • Cosmic Church – Vigilia (Kuunpalvelus, Vinyle) [2015]
    Très solide EP de black metal atmosphérique gracieuseté du projet de celui qu’on surnomme Luxixul Sumering Auter et dont on voit la silhouette encapuchonnée (tout en rouge, ça rappelle « Don’t Look Now » de Roeg) se promener dans une forêt lumineuse sur la pochette. On a ici droit à 4 pistes assez longues d’un BM superbement composé, très mélodique et émotif, avec une production assez claire/scintillante, des synthés atmosphériques savoureux et des riffs de guitare triomphants. Ce projet (maintenant inactif) n’a sorti que du bon donc les amateurs du genre se doivent de se pencher sur une disco sans faille.

  • BBC Radiophonic Workshop – BBC Radiophonic Music (Silva Screen / BBC Records, CD) [1968]
    La BBC Radiophonic Workshop a été co-fondée par Daphne Oram et Desmond Briscoe vers la fin des années 50, afin d’alimenter la station radio d’État (et éventuellement la chaîne télé) en bruitages sonores et musiques d’habillage pour des programmes et émissions. Ce Workshop fut un fascinant laboratoire de création et de recherche sonore ; un terrain expérimental fertile au développement de la musique électronique et des musiques nouvelles at large. On leur doit aussi la musique de la célèbre émission « Dr. Who ». Parmi ses membres, on compte entre autres Delia Derbyshire (qui sera aussi de l’aventure White Noise !), John Baker, David Cain et Glynis Jones.
    Ce sublime disque compile plusieurs pistes de library music, de musique « pour bande » et autres courtes oeuvres proto-électroniques produites par ces musiciens novateurs. C’est aussi le premier CD d’un super coffret de 6 disques paru en 2020 et consacré à la musique du Workshop. Fascinant, divertissant, parfois oppressant, ludique et essentiel.

  • John Cage / Dieter Schnebel – Atlas Eclipticalis • Winter Music • Cartridge Music / Glossolalie (Ensemble Musica Negativa, Rainer Riehn) (Deutsche Grammophon, CD) [1969]
    J’suis rendu au 8ème CD du sardanapalesque coffret « Avant-Garde » de DGG et cette fois-ci, c’est au tour d’un de mes préférés : Jean l’Encagé ! Jean a composé l’oeuvre présente ici en se basant sur un atlas des étoiles d’un astronome tchèque, en superposant des portées musicales sur ses cartes stellaires… Comme si c’était pas assez weird de même, l’oeuvre peut (ou non) être jouée en même temps qu’une autre de ses compos (« Winter Music »), comme c’est le cas ici. La partition de « Winter Music » est constituée de 20 pages non numérotées plus une page de titre avec des instructions d’exécution. Ces 20 pages peuvent être utilisées en tout ou en partie par 1 à 20 pianistes… Mais comme ce n’était pas assez WTF, ces deux partitions sont joués simultanément aussi avec « Cartridge Music »… le mot « Cartouche » dans le titre fait référence à la cartouche des capteurs phonographiques, dans l’ouverture de laquelle est insérée une aiguille. L’interprète doit ici insérer divers petits objets non spécifiés dans la dite cartouche (cure-pipes, allumettes, plumes, fils, etc…) et les sons sont amplifiés…
    Bref, trois oeuvres complètement folles de John Cage jouées en MÊME TEMPS. Désorientant au possible et fascinant.
    Le disque comprend aussi une oeuvre vocale vachement chouette et folichonne de l’Allemand Dieter Schnebel (avec un p’tit bout qui ressemble à du Diamanda Galas).

  • 10cc – The Original Soundtrack (Mercury, CD) [1975]
    Un petit bijou de art-pop ! Ces mecs étaient des maîtres invétérés au niveau de la compo, des arrangements et de la production. Je pourrais les comparer à Frank Zappa dans ce département (si l’oncle Frank s’était focalisé surtout sur l’aspect pop dans sa riche et exhaustive carrière).
    Le tout débute en force avec la suite progressive de 8 minutes et demie : Une nuit à Paris (avec ses sous-sections qui parodient le genre « prog » avec une insolence à peine dissimulée). On y reconnaît tout le génie mélodique des Anglais, ainsi que leur sens de l’humour. S’ensuit LA pièce du groupe que tout le monde connaît : I’m Not in Love. On dirait ce qu’on voudra mais je trouve que ce morceau est juste absolument parfait. De la proto dream-pop avec toutes ses couches sonores qui s’enchevêtrent pour créer un espèce de monde sonore lisse et fou dans lequel il fait bon se perdre… Du soft-rock complètement psych-ambient-interstellaire… Le reste de l’album n’est pas en reste. De la criss de bonne pop 70s, efficace en diable.

  • Caetano Veloso – Caetano Veloso (Lilith, CD) [1968]
    Avec le premier album d’Os Mutantes et la compilation légendaire « Panis et Circencis », ce premier album éponyme de Caetano Veloso est une des pierres fondatrices du mouvement de contre-culture social/musical/artistique dit « tropicaliste ». Un tour-de-force de pop psychédélique croisée à de la bossa nova pour un mariage des plus réussis ! La voix de Veloso, c’est du miel, littéralement. Grand disque.

  • Opeth – Watershed (Roadrunner, CD) [2008]
    Le magnifique disque de transition des Suédois, voguant de leur death métal mélodique teinté d’influences progressives vers une musique qui, depuis, semble avoir abandonné l’aspect métallique et agressif pour se concentrer sur ses caractères rétro-prog et dark-folk. Ici, les deux facettes sont encore très très présentes. C’est un disque qui met de l’avant cette dualité, avec certains des moments death les plus épiques et dissonants de l’histoire de la troupe ; et d’autres vraiment très très prog old school et forestier. La flûte et les passages acoustiques sont renversants et quand le mellotron austère/hanté vient se pointer le minois, on a toujours des frissons. Une des plus belles réussites en carrière pour Opeth et un disque dont je trouve qu’on parle trop peu.

  • Eric Dolphy – Out To Lunch! (Blue Note, CD) [1964]
    Un disque de free jazz avant-gardiste qu’on ne présente plus tant il est légendaire et vénéré ! Ce « Parti déjeuner » de Dolphy et sa bande de musiciens extraordinaires (Tony Williams à la batterie, Freddie Hubbard à la trompette, Bobby Hutcherson au vibraphone et Richard Davis à la contrebasse) est un des albums les plus importants dans l’évolution de la musique expérimentale et abstraite. Les muzikos défont toutes les conventions du Bop avec une folle adresse et une chimie du diable règne entre eux. L’album est plus doux que plusieurs disques de Free qui s’ensuivront mais pas moins obtus… La douceur ici amène sa part de mystère insondable et brumeuse.

  • Capcom Sound Team – Mega Man 2 + Mega Man 3 (Laced, 2 x Vinyle) [1988 / 1990]
    OLD SCHOOL GEEK ALERT et retour dans ma tendre enfance !!!! Les trames sonores des Mega Man sont toutes absolument folles, en particulier celles de ces deux épisodes de la série légendaire (et aussi une de mes préférées). Je ne sais pas comment le Capcom Sound Team s’y sont pris mais rares sont les jeux de NES qui sonnent aussi bien. Quels sont vos thèmes préférés ? Moi je suis un fan fini des thèmes de Quick Man, Bubble Man, Spark Man, Gemini Man… Sans oublier le Dr. Wily Stage 1 de Mega Man 2 (une des meilleures musiques de JV EVER).

  • Oh Sees – Orc (Castle Face, 2 x Vinyle) [2017]
    Un des meilleurs albums de ceux qui changent de nom de band à toutes les 5 minutes. Un voyage hautement lysergique, enjoué et coloré à travers space-stoner-rock, heavy psych, prog-rock, krautrock et garage punk. Le tout est superbement maitrisé ; chaque piste distillant son propre petit univers sonore unique et luxuriant dans nos tympans en liesse.

  • Труп Колдуна (Warlock Corpse) – Bloody Tears of the Desert (WereGnome, Cassette) [2024]
    Dungeon synth russe résolument unique avec un côté darkwave-goth-80s et (parfois) des vocaux black métal. Comme tout ce qui paraît chez WereGnome, on ne se trompe pas (mais il faut faire vite vite vite car tout disparaît à la vitesse grand V !).

  • An Old Sad Ghost – Totentänze Akt I: Les Fleurs Du Mal & Erlweihe (Gondolin, Cassette) [2023]
    Compilation de deux courts EP (parus initialement en 2019) par ce projet autrichien fabuleux, maître incontesté des atmosphères néoclassiques maussades et éplorées. Parfait pour une journée morne et pluvieuse.

  • Gulguhk – Tuk Muk Guhk (Cursed Blood, Cassette) [2021]
    Un des nombreux projets de Finian Patraic (Ifernach, Maeströ Cröque Mört, Oldfir, Nox Morbum), Gulguhk nous abreuve ici de deux morceaux de dungeon synth gelé/transi et mélancolique à souhait, avec une atmosphère très « old school ». Les fans des instrumentaux de Burzum (« Tomhet » en particulier) vont adorer (et moi donc !)

  • Perdition Oracle – Unlight (Tour De Garde, Cassette) [2016]
    Ce qui frappe avant tout avec « Unlight » de ce groupe australien, c’est la production complètement brumeuse, fantomatique, lointaine et crue… J’utilise souvent cette image mais elle s’applique particulièrement bien ici : on a l’impression d’entendre une transmission (parasitée d’interférences) en provenance d’un autre univers très mystérieux et très ancien. Au programme : black métal furieux aux riffs acerbes (très « première vague de BM »), claviers gothico-symphoniques-antédiluviens, passages atmosphériques glaçants, batterie très punk et même un côté death metal dissonant (à la Portal). Assez grandiose et totalement inconnu des masses. Cette sortie mérite l’attention de tous les amateurs de musique extrême.

  • Hellberg – Elixir (Hellberg, cassette) [2023]
    Drone/dark-ambient absolument stupéfiant et hanté à fond. Un grand malaise suranné et ancestral ; avec des relents (anti-) liturgiques au travers. Aucune explication du créateur, si ce n’est cette missive obtus :
    “ There is no coincidence.
    Every path is predetermined. Everything happens when it has to happen. In the right place at the right time. As if the tapestry of the world were a network of infinite threads. Everyone in their place. But very few of us know where we are headed.“

  • Avog – Demo I (Avog, Cassette) [2024]
    Synthé donjonné / dark ambient suédois très fantaisiste/médiéval/relaxant, avec des morceaux empreints de cette atmosphère Castlevania-esque (cet orgue y est pour quelque chose). J’ai déjà hâte à la suite.

  • Curtis Mayfield – Curtis (Rhino, CD) [1970]
    Le premier album solo de Curtis Mayfield est un coup de maître et un des disques de soul-psych-funk les plus importants de tous les temps. Doté d’une production absolument incroyable, d’arrangements fastueux, de chansons formidables et emblématiques, de musiciens hors pair… J’en reviens encore pas. Chef d’oeuvre total et complet.

  • Melt-Banana – Cell-Scape (A-Zap, CD) [2003]
    Aaaah, le Japon ! Il n’y a que ce pays de fous furieux pour nous produire de tels disques. Cell-Scape, c’est cinglé-pop-punk-noisecore-kawaii-hardcore-art-space-rigolo-violent-FUN-abrasif-glitch-fanfare-électro-psych-rose-bonbon. Si l’expérience d’ingérer 8 double-expressos en 10 secondes se traduisait sous forme musicale, ça donnerait Melt Banana. Une certaine forme de Nirvana.

  • Enya – Enya (Atlantic / New Age, CD) [1986]
    Premier album d’Enya (rebaptisé « The Celts » dans sa réédition) après son bref passage au sein de Clannad. C’est en réalité la bande sonore accompagnant un documentaire de la BBC, ce qui explique la grande proportion de morceaux instrumentaux. Même si ça fait de moi quelqu’un de supposément archi-NOT-cool, je dois avouer mon amour invétéré à la demoiselle (Enya ist krieg!). J’admire toute sa discographie. Mais j’ai un attachement certain à ce premier essai très doux, planant et cinématographique.

  • Turkish Ladies. Female Singers from Turkey 1974 – 1988 (Epic Istanbul, Vinyle) [2018]
    Éblouissante compile de anatolian pop qui met l’emphase sur différentes chanteuses turques des années 70-80. Au programme : des arrangements somptueux et sirupeux, ces adorables claviers analogiques très kitsch, des voix émotives et puissantes. Du gros gros fun.

  • Sonic Youth – Daydream Nation (Geffen, CD) [1988]
    Considéré par plusieurs comme leur chef d’oeuvre incontesté ; comme l’album qu’il faut posséder de SY. Je ne suis pas de cet avis. Je serais plutôt de ceux qui disent qu’il faut avoir la discographie complète de SY, parce ce qu’elle est essentielle de long en large. Cela dit, J’ADORE Daydream Nation. Comment ne pas aimer un si colossal album ? C’est un hybride particulièrement réussi entre le meilleur de ce qui se faisait en rock alternatif à la fin des années 80 et le meilleur de ce qui se faisait en musique expérimentale… Noise rock, psych, post-punk, art punk, slacker punk, rock « atonal », proto-shoegaze, sensibilités pop… Tout cela s’enchevêtre à travers des morceaux superbes, mémorables, émotifs en diable, puissants, planants, introspectifs, vertigineux… Le tout est tellement hypnotique et addictif qu’on ne voit pas passer les 70 minutes de ce disque-expérience, ce qui, vous en conviendrez, est assez rare pour un album double. Un disque qui mérite sa place dans toute discothèque qui se respecte un tant soit peu.

  • Emahoy Tsege-Mariam Gebru – Jerusalem (Mississippi Records, CD) [Archival / 2023]
    Disque d’archive de la pianiste/compositrice éthiopienne dont le style de jeu est si saisissant… Mélangeant le minimalisme d’un Satie et l’impressionnisme d’un Debussy aux traditions musicales religieuses et profanes de l’Afrique de l’Est, Emahoy Gebru nous amène dans un univers très particulier, entre calme, mystère, émotion brute et dévotion. Cette musique est sincérité même. On découvre aussi une nouvelle facette de la musicienne, qu’on entend chanter pour la première fois sur « Quand La Mer Furieuse » (pièce magnifique).

  • Ben Frost – By The Throat (Bedroom Community, CD) [2009]
    Par dessus une musique faîte toute en tension soutenue, à mi-chemin entre le techno minimal, l’ambient, l’industriel et les trames sonores de Badalamenti (référence devant l’éternel), Ben Frost laisse déferler sa propre meute transgénique de loups électriques hurlant majestueusement dans une nuit sans fin. À l’aide de milles et un bidouillages et samples, il ré-assemble le loup électroniquement : son chant nocturne, ses grognements bestiaux, ses pas dans la neige, sa rapidité alors qu’il fonce sur une proie, sa férocité sans borgne lorsqu’il la déchire, sa violence sauvage et dénuée de sentiment. Le résultat : un album foutrement original et inquiétant – une musique qui veut te sauter à la gorge à tout moment… qui t’ensorcèle et t’oppresse en même temps, à la fois glaciale, vorace, minimale, orchestrée, énigmatique, nostalgique et cinématographique.

  • Maxine Funke – River Said (Disciples, Vinyle) [2023]
    Maxine continue d’enregistrer des disques de folk fantomatique ultra lo-fi dans un relatif anonymat et moi je continue d’être irrémédiablement captivé par son art… Cette fois, en plus de nous offrir 5 magnifiques pièces dignes de Linda Perhacs et Vashti Bunyan, notre Néo-Zélandaise préférée nous sert deux pistes de cloture dans un registre « ambient/new age-esques », le tout saupoudré d’enregistrement de terrain naturalistes beaux à pleurer toutes les petites larmes de son corps… Le dernier morceau se transforme en espèce de dream avant-folk qui va m’obséder longtemps.

  • Saints Martyrs – Mythologie De Dernier Recours (Folivora, Vinyle) [2022]
    Un album « coup de massue », probablement mon disque québécois préféré de 2022. Un glorieux condensé de rock « artistique-théâtral-virulent, de punk hardcore, de black métal poussiéreux de hargne, de no wave libidineuse, de post-punk mécaniquement décalibré, de goth-rock des abysses et de chanson française avariée… Et ces textes, TUDIEU ! Percutants, poétiques, audacieux, pertinents, imagés à outrance, noirs comme la suie… Il n’y a aucun groupe comme les Saints Martyrs.

  • Rachel’s – Handwriting LP (Quarterstick, CD) [1995]
    Cet ensemble de musique de chambre / post-rock / dark-jazz (avec un soupçon de musique concrète) m’a tout de suite séduit avec ce premier album. En provenance de Louisville, Kentucky (une ville très célèbre pour sa scène alternative novatrice dans les années 90), Rachel’s est surtout composé de musiciens issus de cette scène mais produisant une musique à milles lieux du rock, du punk ou du hardcore… Ici, on a droit à des pièces de classique contemporain très épurées et portées par le piano, le vibraphone, la clarinette, la contrebasse, le violon, le violoncelle et la viole. L’ambiance est automnale, mélancolique (voir parfois très triste/dépressive/amère), mystérieuse, blafarde, cinématographique… Un très très beau disque.

STREAMING


GUILLAUME P. TRÉPANIER

Un autre petit « mur du son » de mes écoutes récentes 😎

  • Gift – Gift (1972) [Allemagne]
    Leur premier nom, « Phallus Dei », leur a valu bien des refus auprès des maisons de disques. C’est finalement sous le nom de Gift que cette formation allemande heavy psych/proto-metal aux passages kraut a pu produire un album.
    Leur son a tout pour vous donner envie de donner des coups de poings dans le vide en dansant!

  • B.F. Trike – B. F. Trike (1971) [US]
    Une des mes sorties Guerssen favorites, on a ici un album non publié à sa sortie, d’un groupe qui renaissait des cendres d’Hickory Wind, une formation garage/psych épatante aillant lancé un album en 1969.
    Avec B.F. Trike, c’est une voix au timbre unique, du gros riffage où la basse et la guitare se poussent mutuellement vers le haut en parfaite symbiose et un drum bien tapageur, mais appuyé et précis. Le feeling qui se dégage des tunes a quelque chose de particulièrement énergisant.

  • Euclid – Heavy Equipment (1970) [US]
    Un disque qui porte très bien son nom, cet album d’Euclid nous garroche du rock très crasseux, énergique, cru et heavy pour l’époque. Ça vient du Maine et ça respire l’authenticité.
    Je serais déçu d’apprendre que ces gars-là prenaient une douche régulièrement.
    Ce genre là, t’sais?
    En tout cas, belle petite perle obscure de 1970.

  • Liraz – Zan (2020) [Israël]
    Liraz est une chanteuse et actrice israélienne d’origine iranienne qui produit de la musique à la fois électro, pop, un brin psychédélique… tout en conservant une esthétique propre au moyen-orient.
    Il est intéressant de mentionner que Zan contient des collaborations clandestines avec des musiciens iraniens. Des fois, il faut ce qu’il faut!
    Son nouvel album, Roya, sorti l’an dernier, m’a donné le goût de faire tourner celui-ci en attendant de le recevoir.
    Si vous aimez Altin Gün, Kit Sebastian ou la musique du moyent-orient en général, go!

  • Banco Del Mutuo Soccorso – Orlando : Le Forme Dell’Amore (2022) [Italie]
    Dernier opus d’un de mes groupes italiens favoris, Banco Del Mutuo Soccorso.
    Une formation qui vieillit extrêmement bien et qui ne cesse de produire des disques de qualité dans une esthétique bien propre à elle.
    Un son toujours progressif, bien orchestré avec de l’orgue pur et sans effet, élégant et introspectif.
    Je n’aurais jamais cru qu’ils tiendraient aussi bien le volant jusqu’en 2022.

  • Haruomi Hosono, Shigeru Suzuki & Tatsuro Yamashita – Pacific (1978) [Japon]
    Album culte réunissant 3 grands musiciens japonais, Pacific plonge son auditeur dans une ambiance chaleureusement bleutée.
    Avec des morceaux style « city pop », soft jazz ou funk garnis de quelques pointes d’électro, c’est une oeuvre qui peut s’écouter à l’infini sans aucune chance de s’en lasser.
    En plus, du côté d’Hosono, il est très intéressant d’entendre son matériel pré-Yellow Magic Orchestra!

  • Matt Berry – Simplicity (2023) [UK]
    Un d’mes artistes préférés des dernières années, Matt Berry s’est surtout illustré dans le monde du folk-rock, avec un détour dans le monde de l’ambiant.
    Il nous revient ici avec un album kpm « Library Music » fantastique. Bien qu’instrumental, Simplicity est à son image : sympathique, invitant, léger, mais brillant.
    La basse bien groovy et dansante, des effets « flanger » dans le snare, les percussions diverse style « woodblock » et tambourins, mellotron… tout est là pour passer un bon moment.

  • Conventum – Le Bureau central des utopies (1979) [QC]
    Enfin, le deuxième Conventum joint les rangs de ma collection, avec quelques petits rubans, mais vu la rareté, je m’en contente.
    Avec sa magnifique pochette et son titre intriguant, ce disque livre un produit assez unique où la formation navigue à travers l’avantgarde, le prog, l’électro, le folk, l’expérimental et le trad. Les musiciens sont en maîtrise de leurs instruments, ça je vous le dis.
    Belle petite pépite québécoise!

  • Paul McCartney – McCartney (1970) [UK]
    Un album plus « lofi/slacker » de Paul, qui l’eut cru. Très différent et rafraîchissant par rapport à son matériel habituel.
    Plein de bonnes tunes, bien senties.
    2 classiques : Junk et Maybe I’m Amazed. Du gros fun.

  • King Gizzard & The Lizard Wizard – Flying Microtonal Banana (2017) [Australie]
    Que de beaux souvenirs liés à cet album. Moi et ma blonde étions allée à la tournée de 2018 qui suivait leur spectaculaire série de 5 albums. Nous connaissions toutes les chansons de Flying Microtonal Banana par coeur, c’était un gros happening de les voir, plein de nos amis étaient quelque part dans la même salle, entrain de virer fou dans une foule complètement déchaînée.
    Ce que nous ne savions pas : ma blonde était enceinte et nous allions l’apprendre quelques jours plus tard.
    Aujourd’hui, j’écoute ça avec mes deux filles, qui adorent cette « musique de serpent » autant que nous.

  • Nazareth – Razamanaz (1973) [Écosse]
    Bien connus pour leur gros hit « Love Hurts », les gars de Nazareth n’étaient pourtant pas des doux.
    Ils appartiennent au courant « Led Zep/Sabbath/Deep Purple » et le disque Razamanaz en témoigne bien.
    C’est du gros hard rock énergique et tonitruant avec des flammes sur le côté. T’sais, celui-là.
    Pas un essentiel, mais ça défoule bien quoi!

  • Taï Phong – Windows (1976) [France]
    Fondé en France par deux frères vietnamiens, Taï Phong a su produire ce brillant album de prog symphonique. On y retrouve des passages instrumentaux magnifiques, expressifs, mélancoliques et plutôt doux pour le genre.
    On est aussi au milieu des années 70, alors un inévitablement sentiment « pop » se dégage de tout ça, pour le plaisir d’une écoute catchy qui coule bien.

LÉON LECAMÉ

  • Midnattsol – Where Twilight Dwells (folk métal symphonique)
  • Eros Necropsique – Crises De Lucidité (avant-garde/neofolk/rock en opposition)
  • Nuclear Man – Démo 2023 (hXc punk)
  • Coil – Moon’s Milk (drone ambient/avant-garde/industriel)
  • VA – Living is Hard (West-african music in Britain 1927-1929)
  • Les Secrétaires Volantes – Thermoplastique (garage punk/danse rock/yéyé)
  • Acid Blood – S/T (crossover metal)
  • Tori Amos – Under the Pink (art-pop)
  • Abyssos – Fhinsthanian Nightbreed (black metal mélodique)
  • Dobacaracol – Le Calme-Son (musique du monde/reggae)
  • Les Breastfeeders – Déjeuner sur L’herbe (garage punk/danse rock/yéyé)
  • Black Magick SS – Rainbow Night (occult psych rock/avant-garde)

critiques

Tyshawn Sorey – The Inner Spectrum Of Variables

Année de parution : 2016
Pays d’origine : États-Unis
Édition : 2 CDs, Pi Recordings – 2016
Style : Modern Creative, Chamber Music, Chamber Jazz, Avant-Garde, Improv

Tyshawn Sorey est un des musiciens les plus intéressants actifs actuellement. Batteur de génie à la frappe résolument unique qu’on a pu entendre chez John Zorn, Wadada Leo Smith, Vijay Iyer, Anthony Braxton, Butch Morris et Steve Coleman. Il est aussi récipiendaire d’un « Master » en composition de l’Université Wesleyan (dans le Connecticut) et directeur musical ou participant dans différents groupuscules jazz/contemporain/avant-gardistes à la géométrie variable (International Contemporary Ensemble, Paradoxical Frog, Fieldwork, Flaga… pour ne nommer que ceux là). Cet homme touche à tout et ce, de belle et fascinante façon.

Ce doublé paru chez Pi Recordings (label toujours fort intéressant) met de l’avant une composition « libre » de Sorey sur toute sa durée. « The Inner Spectrum Of Variables » s’inspire autant de l’approche improvisatrice de mecs comme Lawrence D. « Butch » Morris, Harold Budd et Anthony Braxton que de courants musicaux aussi disparates que le jazz éthiopien modal, le klezmer et la musique classique occidentale. On y retrouve plusieurs approches d’écriture musicale et de méthodes improvisatoires : ouverte, dirigée, modale, prescrite, relationnelle… C’est un captivant univers sonore qui en rappelle bien d’autres tout en avançant sa propre gestuelle propre à lui.

Sorey, tout discret (et juste) derrière les fûts, est secondé par un quatuor à cordes contemporain (violon, alto, violoncelle, contrebasse) et le piano aussi impressionniste que minimaliste de Cory Smythe qui prend ici une place de choix comme « ancre » de l’oeuvre ; le Soleil autour duquel tous les autres planètes-instruments évoluent, celui qui « porte » le tout dans une nuit sibylline et truculente.

Comme toujours chez Sorey, on a droit à de la très grande musique. Une musique aventureuse, follement belle, riche mais aussi contrôlée, qui, comme chez Arvo Pärt, invite au recueillement suprême. Et je crois qu’on tient là un album de choix à quiconque veut s’initier au « Modern Creative » vu que l’oeuvre présentée est tout de même accessible malgré sa profondeur.

Très très beau disque.


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :

Article

UgUrGkuliktavikt – Noli metuere mox invictum cor meum, pro magnis quam exspectationibus

J’avais oublié de vous partager ce court morceau de UgUrGkuliktavikt qui vient clore le triptyque consacré à la déconstruction complète, irrémédiable et totale d’archives sonores immémorés… Sur cette piste (qui fait office de « coda » après les deux premières pistes beaucoup plus longues), le chant choral de « Videmus nunc per speculum in aenigmate » et l’orgue de « Organum Psychosis » se rencontrent à mi-chemin entre paradis et enfer.

Bonne écoute aux spectres incandescents, aux entités cosmiques et aussi aux hamsters. N’hésitez pas à visiter la page Bandcamp d’UgUrGkuliktavikt pour d’autres festins bruitatifs. Je vous rappelle aussi que vous pouvez aussi acheter une copie cassette de mon album De Vermis Mysteriis sur le Bandcamp des Cassettes Magiques (à savourer en lisant un p’tit Lovecraft !)..

critiques

Pharoah Sanders – Karma

Année de parution : 1969
Pays d’origine : États-Unis
Édition : CD, Impulse! – 1995
Style : Free Jazz, Spiritual Jazz, Soul Jazz

En 1967, l’étoile filante qu’est John Coltrane s’éteint. Le jazz (et la musique en général) est en deuil. Christian Vander quitte tout pour l’Italie et commence à cogiter Magma dans sa tête, en l’honneur de son héros disparu. Les Archie Shepp, Albert Ayler, Sun Ra, Peter Brötzmann, Cecil Taylor, Paul Bley et Sonny Sharrock de ce monde continuent de faire évoluer ce Jazz libre, qui a puisé ses origines chez Coltrane et Ornette Coleman, respectivement… Mais c’est le disciple saxophonique de John et ancien membre d’un de ses meilleurs groupes, Pharoah, qui va rallumer la comète Coltrane et reprendre le flambeau de ce Jazz spirituel si singulier qui caractérisait la dernière période de la discographie de celui que le meilleur batteur de tout les temps à baptisé « l’homme suprême ».

Après un premier jet superbe (« Tauhid », en 1967), Sanders revient en 1969 avec son coup de maître, l’orgasmique « Karma ». Il y exprime là toute sa fougue, toute sa vision d’un jazz devenue communion spirituelle, son vocabulaire sonore éblouissant, sa vision d’une musique tout ce qu’il y a de plus coltranesque mais bien personnelle à la fois. À la tête d’une horde de musiciens investis jusqu’à la moelle (avec, entre autres, Ron Carter et Richard Davis à la contrebasse, Lonnie Liston Smith au piano, Leon Thomas aux percus et au chant habité, Billy Hart et Freddie Waits à la batterie, James Spaulding à la flûte, Zoot Sims au sax ténor et un certain Julius au cor anglais), le pharaon du sax va donner vie à une musique métissée, qui va puiser ses racines dans des cultures diverses, qui rend hommage aux divinités célestes et qui sera érigée de manière totalement libre et ouverte, comme une sorte de messe Jazz qui évolue vers la transe jubilatoire.

L’album se résume surtout à un morceau audacieusement épique, l’éternel  « The Creator Has a Master Plan ». Cette exaltation de presque 33 minutes est un véritable maelstrom sonore qui prend des teintes multiples à travers son passage ouraganesque. Il n’y a pas de trame narrative à proprement parler. C’est un capharnaüm bouillonnant d’excès et de splendosité qui nous arrache à nos pompes et nous fait voyager à travers diverses Terres, diverses constellations étoilées, divers univers tous plus charnus les uns que les autres.  On se laisse porter par cette musique, tout simplement. Et dieu que c’est bon. À travers l’épopée, Sanders explose de ses milles rages bienveillantes, hurle dans son instrument, refaçonne la manière de jouer du sax comme si il s’agissait d’un instrument nouveau. Il monte tellement haut et loin. C’est absolument époustouflant.

L’album s’achève sur un coda tout en douceur, le bien nommé « Colors », qui irradie de beauté nocturne et qui vient clore le premier grand cycle de la carrière de sieur Sanders. Plusieurs autres s’ensuivront…


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :

Playlist

PLAYLIST #32

SALADE D’ENDIVES

PHYSIQUE

  • Maria João Pires, Schubert – Le Voyage Magnifique (Schubert • Impromptus) (Deutsche Grammophon, 2 x CD) [1997]
    Parmi les oeuvres romantiques pour piano seul, les Impromptus de l’Autrichien Franz Schubert sont aisément dans le top 5 de ce qui fut composé dans le genre. Il existe plusieurs versions splendides, comme celle très fluide et délicate de Alfred Brendel ou encore celle très personnelle de l’excellent Radu Lupu… mais la plus magnifique, poétique et « juste » selon moi, c’est celle-ci. La pianiste portugaise rend pleinement justice au miraculeux de Schubert. Laissez-vous emporter dans ce voyage magnifique…

  • Bernd Alois Zimmermann – Ballet blanc en cinq scènes pour violon, violoncelle et piano; Intercomunicazione per violoncello et pianoforte (Deutsche Grammophon, CD) [1969]
    7ème CD du fantabulesque coffret « Avant-Garde » de DGG présentant cette fois deux oeuvres de musique de chambre très austères (voir démoniaques, parfois !) pour piano et cordes d’un compositeur allemand trop méconnu encore. Ce ballet blanc et ce Intercomunicazione vont vous surprendre, vous faire frémir et vont assurément activer tout un cinéma intérieur dans vos petites matières grises… Malheureusement, Zimmermann se donnera la mort en 1970, soit un an après la sortie de ce disque. Je crois que je vais devoir plonger plus en profondeur dans son corpus, car je suis sous le charme (suranné) de ce disque on ne peut plus perturbant.

  • Mike Oldfield – Tubular Bells (Virgin, CD) [1973]
    Je me replonge dans mes amours de jeunesse… Fut un temps où ma discothèque était uniquement composée d’une dizaine de CDs et Tubular Bells était l’un deux. Quel plaisir de réécouter ce disque… C’est comme retrouver un vieil ami (dans la joie et l’euphorie) et réaliser qu’on est encore tout à fait complémentaires, que le plaisir est toujours intact, que la magie opère exactement de la même manière qu’il y a (bientôt) 25 ans !
    Mike était juste un génie. Le petit salaud n’était même pas majeur quand il a commencé à concevoir son « cycle » magistral. Oeuvre accouchée dans la douleur, dans le mal-être, à travers les larmes et le désespoir probant… Le mal de vivre, c’était le lot du jeune Oldfield à l’époque. Et la musique : sa muse, son refuge… ce qui l’aidait à outrepasser sa souffrance. Et cette souffrance, on l’entend à travers cette oeuvre incroyable. L’émotivité y est à fleur de peau. MO a absolument tout donné pour créer Tubular Bells. Sa santé physique et mentale, son âme, son énergie vitale… Des nuits blanches d’enregistrement, de multi-tracking, de prod. On comprend que c’est l’album d’une vie (même si il réussira même à faire mieux par la suite ! si-si !), un « statement » musical à tout rompre ; comme certains compositeurs vont livrer à la fin d’un long parcours de création… mais rappelons ici qu’il s’agit d’un tout premier album solo pour un type qui a alors uniquement 19 ans lorsqu’il l’enregistre… Fou, fou, FOU.
    Et la musique ? Un savant et très personnel hybride de folk onirique, de rock progressif, de proto-ambient, de musique répétitive-minimaliste (influence avouée de Terry Riley), de musique classique, de proto-musique du monde et j’en passe. Mike joue d’une vingtaine d’instruments et crie aussi comme un homme des cavernes (de manière proto Death Métallique, comme si cet album n’était pas déjà assez fou comme ça). Je vais arrêter d’écrire parce ce que ça commence à ressembler à une critique dithyrambique ou à une lettre d’amour… Bref, oeuvre COLOSSALE.

  • Negură Bunget – ‘n Crugu Bradului (Code666, CD) [2002]
    Génial groupe qui nous provient de Transylvanie (on peut difficilement faire mieux niveau « origine géographique » pour un band de BM !). Les Roumains nous offrent ici un black metal atmosphérique assez grandiose et biscornu, mélangeant plusieurs styles et influences… Il y a du prog-rock (la durée des morceaux, leur côté architectural), de l’avant-gardisme (ces riffs dissonants et ces changements de tempos), du folk traditionnel, de l’ambient, du black sympho, du doom… C’est un beau chaos vespéral et fantasmagorique ; très désordonné mais très ambitieux… et surtout jouissif.

  • Bill Evans – Trio 64 (Verve Records / UMe, Vinyle) [1964]
    Quoi de mieux pour finir une soirée de musique dans le calme et le bonheur que le grand Bill Evans en mode cool jazz/post-bop très smooth et accessible, accompagné par les excellents Paul Motian à la batterie et Gary Peacock à la contrebasse ? impossible de ne pas passer un agréable moment avec de si grandes pointures, même si ils sont en mode « comfortable » ici. Je me dois aussi de recommander ce pressing (datant de 2021) qui sonne littéralement comme si les trois dudes jouaient dans ma salle d’écoute.

  • Les Diables Du Rythme – Pa Appuyé Sous Dos’m (Marc Records, Vinyle) [1971]
    Un des meilleurs albums de compas haïtien que j’ai entendu dans ma vie. Le groove est sans pareil. Ça pue le swag à plein nez. Les arrangements sont grandioses, le clavier sublimissime, les vocaux de Raymond Dormus et Jean-Larose sont magnifiques. À expérimenter de toute urgence pour quiconque s’intéresse (ou souhaite commencer à s’intéresser) à la musique caribéenne des années 70.

  • Unwound – New Plastic Ideas (Kill Rock Stars, CD) [1994]
    2ème album en carrière pour l’un de mes groupes rock préférés des années 90. Le son d’Unwound est un savant et irrésistible mélange de post-hardcore, de noise-rock anguleux, de post-rock (à la Slint) et de emo ; avec un soupçon de slowcore. Les riffs sont énormes, le drumming de Sara Lund est complètement fou, les tounes sont immenses et l’émotion brute est au rendez-vous d’un bout à l’autre.

  • John Zorn – Baphomet (Tzadik, CD) [2020]
    Composition de 39 minutes de Sieur Zornounet pour le groupe Simulacrum, composé de l’organiste John Medeski (Medeski, Martin & Wood), du guitariste Matt Hollenberg (Cleric, Shardik) et du batteur Kenny Grohowski (Imperial Triumphant). Ce trio de musiciens ARCHI-excellentissimes sont ici en mode « avant-brutal-prog-free-jazz-métallique-dans-ta-gueule-jeune-con ». Les fans de Naked City, de Painkiller et de Moonchild (autres projets de John Zorn) vont ADORER ce nouveau projet qui ratisse large.

  • Battiato – Sulle Corde Di Aries (Sony Music, CD) [1973]
    Prog-folk italien expérimental, minimaliste et très space-rock, avec une vertigineuse première piste de 16 minutes en ouverture qui sonne comme un glorieux mélange de Mike Oldfield, Tangerine Dream et Ash Ra Tempel. Les fans de prog avant-gardiste et de musique planante doivent absolument explorer ce petit bijou de toute urgence !

  • High Rise – High Rise II (Black Editions, Vinyle) [1986]
    Du gros garage-noise-punk-psych-rock japonais avec de la guitare hendrixienne tranchante hyper jouissive et un son très très cru. Un classique du genre, réédité par les bons soins de Black Editions.

  • Funkadelic – Standing On The Verge Of Getting It On (Westbound Records, Vinyle) [1974]
    Les maîtres incontestés du groove nous servent ici une autre platée de leur P-Funk à la croisée des chemins du rock psych, de la funk et du hard rock. Eddie Hazel (un des meilleurs guitaristes de tous les temps) est dans une forme remarquable tout le long. Les pièces courtes sont fabuleusement entrainantes/dansantes et les pistes plus longues sont renversantes. Quand on mets un Funkadelic ou un Parliament sur la table, on ne se trompe jamais !

  • Immolation – Here In After (Metal Blade, CD) [1996]
    Ce deuxième album de la légendaire horde américaine est un grand cru. Du Death Metal technique, caverneux, oppressif, dissonant, dévastateur ; avec un drumming magistralement inventif et des riffs hallucinogènes. Everything you want in a Death Metal record.

  • Nina Simone – Baltimore (CTI Records, CD) [1978]
    Un excellent Nina tardif, doté d’une production très lisse, avec une cantatrice souvent en mode pop-soul. La pièce titre, fabuleuse, a un beat reggae bien groovy qui restera imprimé dans votre cerveau à jamais.

  • Julia Holter – Have You In My Wilderness (Domino, CD) [2015]
    Un disque de art pop baroque moderne absolument renversant que je considère comme un des meilleurs du genre et auquel je reviens très très souvent. Julia vient d’un background plus expérimental mais « In My Wilderness » est vraiment son opus le plus accessible mais pas moins recherché pour autant. Les pièces sont magnifiquement composées, bourrées de petits détails sonores splendides et supportées par une instrumentation riche et une prod luxuriante. En 2015, Kate Bush a finalement trouvé une rivale de calibre en frais de pop artistique, libre et hyper-inventive.

  • Michael Pisaro, Oswald Egger, Julia Holter – The Middle Of Life (Die Ganze Zeit) (Gravity Wave, CD) [2013]
    On retrouve Julia Holter dans son versant plus expérimental, alors qu’elle co-compose avec l’Américain Michael Pisaro une oeuvre basée sur des poèmes de l’Italien Oswald Egger.
    La pièce de presque 50 minutes s’articule autour de deux enregistrements de terrain naturalistes. Le premier est prélevé depuis les rives de la rivière Große Mühl (côté autrichien) ; le second, enregistré 500 mètres plus loin, toujours aux abords de la rivière.
    Ces deux field recordings (reposants, hypnagogique et parfois mystérieux) accompagnent une musique très minimaliste, qui se décline en drones paisibles, façonnés d’instruments distants (piano, guitare, flute), de tons sinusoïdaux et de samples d’autres oeuvres de Pisaro. La narration des poèmes de Egger (en différentes langues, par différents intervenants, dont Egger lui même) vient parfaire le tableau.
    Puis, à 39 minutes environ, on entend la voix de Holter qui chante un air magnifique, aux sonorités médiévales. Elle est ensuite relayée par Pisaro au piano, qui interprète « For One or More Voices » (une compo de Holter) et c’est immensément beau. Le tout se conclue comme cela a commencé, dans cette mer de sons aquatiques, de chants d’oiseaux, de vent gémissant… Paisiblement, sereinement.

  • Trhä – Endlhëdëhaj Qáshmëna Ëlh Vim Innivte (Ixiol Productions, Vinyle) [2022]
    10ème album de mon one man band préféré en frais de black métal atmosphérique (mais pas que !). Trhä c’est le projet musical le plus prolifique de Damián Antón Ojeda, qui oeuvre aussi sous une dizaine de noms d’emprunts, tels que Sadness (blackgaze, post-metal dépressif), Life (screamo, post-rock), Nänmëë (ambient) et Comforting (black noise, indus), pour ne nommer que ceux là… On parle donc d’un musicien hyper-polyvalent et workaholic à outrance…
    Y’a rien comme Trhä. C’est un mélange de black atmo HYPER lo-fi, de dungeon/winter/comfy synth, de screamo avec des relents de blackgaze et d’experimentations sonores diverses ; du genre qu’on n’entendrait pas sur un disque « normal » de BM (Il y a un morceau ici qui sonne comme un générique d’animé japonais tout Kawai, pour vous donner une idée).
    Si pour vous l’idée d’entendre Varg Vikernes s’amuser avec des boîtes à musique de Noël tout en écoutant Elfend Lied sonne comme une bonne chose, Trhä vous est TOTALEMENT conseillé.

  • NTM – Suprême NTM (Epic, 2 x Vinyle) [1998]
    Chant du cygne pour le duo Kool Shen et Joey Starr. Gros gros classique du rap français, avec une prod et un son Boom Bap / Hardcore très east coast (les fans de Mobb Deep seront en territoire connu). Je ne suis pas le plus gros connaisseur/amateur de rap français, mais je pense que ce disque est un essentiel pour tout collectionneur pour voir ce que la scène offrait de mieux dans les années 90.

  • Ithildin – Arda’s Herbarium : A Musical Guide To The Mystical Garden Of Middle-Earth And Stranger Places Vol. III (Voices Of The Ainur, Cassette) [2022]
    Pour avoir échangé virtuellement plusieurs fois avec le mystérieux monsieur Ithildin, je pense que je peux dire avec certitude qu’on retrouve vraiment beaucoup de sa personnalité dans sa musique : ses côtés rêveur, enfantin, amoureux de la nature, mystérieux, enchanteur, geek, fan de jeux vidéos (même si il n’a jamais le temps d’y jouer… et moi donc), fan de psych/prog, fan de Tolkien/SF (bin kin !) et fan du Plantasia de Mort Garson.
    La série « Arda’s Herbarium » est sans conteste une des plus belles suites d’albums (toujours en cours) dans le merveilleux domaine du synthé donjonné-forestier-confortable. Ces courtes vignettes sonores dédiées à toutes les plantes qu’on retrouve dans la Terre du Milieu sont un vrai régal. Des petits tableaux tantôt espiègles ou féériques, souvent cocasses, parfois mélancoliques/nostalgiques, mais toujours fascinants et immersifs.

  • Crystalline Thunderbolts Pierce The Sacred Mountain – Blessed Hands Touch The Ophanim Under The Golden Rainbows (Phantom Lure, Cassette) [2023]
    Le nouveau projet Keller Synth / EDM-Black-Métal-Schizo-Avant-Gardiste de Maurice de Jong (aussi seul maître à bord de Gnaw Their Tongues, Grand Celestial Nightmare, De Magia Veterum et au moins 10 autres projets de musique extrême tous plus fous les uns que les autres). C’est absolument cinglé, aussi ridicule que génial, speedé à mort, glorieusement jouissif et désorientant. Comme une game de Tetris satanique sur l’acide et sur les uppers.

  • Solid Space – Space Museum (Dark Entries, Vinyle) [1982]
    Groupe ultra obscur londonien qui n’a produit que ce seul album mais QUEL album ! Le meilleur mélange de minimal synth, de post-punk, de new wave et de néo-psychédélisme que j’ai entendu de ma vie, je crois bien. Un des aspects qui me fait le plus triper, c’est l’adéquation de sons électroniques (claviers FRETTES, synth-drum, oscillateurs) et acoustiques (guitare, basse, batterie, saxophone, clarinette). J’ai jamais entendu ces deux univers instrumentaux enchevêtrés comme ça, ni avant, ni après. Les tounes sont folles, à la fois très pop et vachement biscornues. Et l’ambiance, la thématique et le visuel (très spatial, lunaire, science-fiction) viennent rajouter à l’atmosphère d’un disque que je considère comme un quasi chef d’oeuvre DIY oublié. Très chaudement recommandé.

  • Ralf Wehowsky, Lionel Marchetti – Vier Vorspiele / L’Oeil Retourné (Selektion, CD) [1998]
    Oeuvre de musique concrète très dronesque de 24 minutes de sieur Marchetti, réalisée pour une installation plastique de Pierre-Jean Giloux, au Fort Beauregard de Besancon. En préambule, la réponse sonore à cette oeuvre par l’Allemand Ralf Wehowsky. Fascinating stuff pour ceux qui n’ont pas peur des musiques électro-acoustiques très minimalistes. Mon épouse dit que ça fait mal à la tête.

STREAMING


GUILLAUME P. TRÉPANIER

Sélection récente, de gauche à droite :

  • Majic Ship – Majic Ship (1970) [US]
    Majic Ship, dont la vie prie fin à la suite d’un incendie qui consuma tout ses instruments, est une formation tristement méconnue, mais ô combien fantastique.
    On a ici du acid rock de jeunes gringalets trippeux aux compositions fortes et maîtrisées, avec un feeling rappelant un Everybody Knows This Is Nowhere de Neil Young. L’album contient d’ailleurs une puissante reprise de Down By The River.
    J’ai spinné mon disque 3 fois de suite à la suite de mon achat, ça s’écoute comme du beurre dans poêle.

  • The Power of Zeus – The Gospel According to Zeus (1970) [US]
    Puissante et intimidante formation de Détroit dans la même veine que Cream ou Black Sabbath, The Power of Zeus s’adonne au hard rock saupoudré de musique psychédélique pour le plus grand plaisir de surprendre son audience.

  • Bachdenkel – Lemmings (1973) [UK/France]
    Enregistré en 1970, mais publié pour la toute première fois en 1973, Lemmings est le premier opus du groupe anglais Bachdenkel, qui vivait alors en France.
    La formation se distingue comme un power trio au son pesant, sombre, contrasté et aventureux, qui se promène entre le hard rock, le psych et le prog.
    J’ai toujours eu un faible pour cette pochette mystérieuse et dark. Belle illustration!

  • The Mops – Psychedelic Sounds In Japan (1968) [Japon]
    Disque assez heavy pour l’époque, les Mops ont un son bien fuzzé, dynamique et catchy.
    L’album ouvre en lion avec l’engageante « Asamade Matenai » et conserve son énergie jusqu’à la toute fin, avec au passage deux reprises de Jefferson Airplane et une des Doors, bien cuisinées à leur façon.
    Quelle pochette cool et tape à l’oeil en plus!

  • Neon Pearl – 1967 Recordings (1967) [UK]
    Premier disque où on peut entendre le génie du batteur/compositeur/chanteur Peter Dunton à l’oeuvre. Du early-psych simple, minimaliste et ultra-efficace, envoûtant, catchy. Je possède la pire réédition et heureusement, Guerssen ont ressorti une édition « belle pochette » plus tard.

  • Please – Seeing Stars (1969/2000) [UK]
    Je suis un fan fini de Peter Dunton (Neon Pearl, Please, Gun, T2) et je n’en reviens pas que ce disque enregistré en 1969 n’ait ou voir le jour qu’en l’an 2000.
    C’est un d’mes albums préférés du genre, des riffs puissants et d’une simplicité désarmante. Tout est misé sur les riffs d’orgue catchy, le drum bien boomy de Peter Dunton et sa voix unique et captivante.
    Je suis certain que le fait que Peter soit un drummer/chanteur qui compose les parties d’orgue apporte vraiment une autre dimension au psychédélisme de Please, qui n’essaie jamais d’impressionner via des compétences musicales ou des effets sonores.

  • Feu Doux – Feu Doux (2018) [QC]
    Vous souvenez-vous de ce duo éphémère de musique d’ambiance douce et complètement enivrante que formait Christophe Lamarche-Ledoux (Chocolat) et Stéphane Lafleur (Avec pas d’casque)
    Personnellement, c’est un album instrumental auquel je suis très attaché, il m’enveloppe d’une grosse couverture pour un p’tit temps et ça fait énormément de bien.
    Est-ce qu’il y en a d’autres qui ont ce vinyle ici?

  • John Prine – John Prine (1971) [US]
    « When I woke up this morning, things were lookin’ bad
    Seem like total silence was the only friend I had » sont les premières lignes avec lesquelles John Prine entame son disque éponyme.
    S’en suit une série de textes poignants et interprétés avec une sincérité désarmante.
    La chanson « Hello In There » est peut-être une des plus belles chansons country-folk du monde.
    Une écoute accompagnée d’un café noir est fortement recommandée.

  • Brian Eno – Ambient 1, Music For Airports (1979) [UK]
    À une époque où tout ce qui pouvait se raccrocher à la pop dominait le marché, Brian Eno s’est dirigé vers la conception d’une oeuvre extrêmement minimaliste où l’atmosphère est reine.
    Bien qu’il ne se passe pas grand chose dans cette musique, ça s’est avéré être un game-changer pour tout ce qui touche au monde de l’ambient avec un grand « A ».
    Bonus : on retrouve mon idole Robert Wyatt au piano sur la première pièce.

  • Vangelis – Soil Festivities (1984) [Grèce]
    Vangelis possédait un don exceptionnel pour nous plonger dans un monde ou une ambiance bien précise. Polyvalent sur les thématiques, il nous offre ici des pièces dans un esprit bio/éco/nature à petite échelle.
    Très inspirant dans la création de ma propre musique, c’est un top 3 de Vangelis pour moi.

  • Santana – Santana III (1971) [US]
    Il n’y a pas très longtemps, je soutenais encore que mon meilleur Santana était le premier, mais ce troisième opus m’a fait changé d’avis.
    C’est devenu mon préféré.
    Heavy psych, prog, jazz et musique latine s’enchaînent à merveille pour créer des morceaux éclatés et puissants.

  • Jefferson Airplane – Bark (1971) [US]
    Une pochette qui pourrait témoigner d’un album plus sombre, déglingué ou satirique, mais non… c’est peut-être un des plus « feelgood » du band.
    Très acid folk/rock, on y retrouve des excellentes cut telles que Law Man (une de mes préférées de JA), Feel So Good, Pretty As You Feel, Crazy Miranda ou encore Wild Turkey.
    Évidemment pas leur meilleur, mais je ne peux m’empêcher de lui donner un spin de temps à autre.

LÉON LECAMÉ

  • Malconfort – Humanism (avant-garde black metal)
  • INANNA – Transfigured In A Thousand Delusions (folk death metal)
  • Insidius Infernus – Pale Grieving Moon (hellenic black metal, ambient black metal)
  • Black Macha – Corundum Asteria (power electronics, distorted beats)
  • UgUrGkuliktavikt – Organum Psychosis (dark ambient, organ drone, field recordings)
  • smr.tni – unrelieving (death industrial, noise, heavy electronics)
  • LSD March – Nikutai No Tubomi (drone, psychedelic rock, free improv)
  • Anteomedroma / Angnath – split (black metal)
  • Vladimir Bozar ‘N’ Ze Sheraf Orkestär – Universal Sprache (avant-garde metal, bossa nova, klezmer, dub, lounge, musique de cirque)

critiques

Flaming Lips – Embryonic

Année de parution : 2009
Pays d’origine : États-Unis
Édition : CD, Warner Bros. – 2009
Style : Rock Psychédélique, Expérimental, Noise Pop, Space-Rock, Krautrock

HOLY SHIT !!! Quelle surprise que fut cet album ! Après un opus aussi doucereux (et pourtant savoureux) que At War With The Mystics, je n’attendais pas (plus) à confronter mes tympans à un album aussi fucked up de la part de nos adorables lèvres brûlantes. C’est comme si, depuis l’incroyable Clouds Taste Metallic (et en excluant Zaireeka, leur monument de l’étrange en 4 disques dont il faut superposer l’écoute pour goûter au nirvana étoilé), les Flaming Lips s’étaient graduellement assagis et s’en étaient même tenus à leur formule psychédélico-pop-rock-bonbon-à-saveur-d’hymne-interstellaire (pourtant rudement efficace – ne voyez pas là une critique d’un de mes groupes préférés).

Du haut de ses 70 minutes aventureuses et fantasques, Embryonic est une anomalie discographique dans le parcours musical de Wayne Coyne et de sa bande de joyeux détraqués. L’album commence sur les chapeaux de roues avec « Convinced of the Hex », sorte de mantra acide ponctué d’explosions diverses et de « rock-choucrouteries » (une influence qui se fera prévaloir à travers tout le disque). Comme pièce d’intro, ça étonne (et ce n’est que le début !). S’ensuit alors une longue suite de jams alambiqués, de délires violents et instantanés, de divagations space-kraut planantes, de prog dadaïste, de mystères sonores, de ritournelles tristounettes et psychédéliques… Embryonic est une sorte d’amalgame obscur de Can, des Silver Apples, du Pink Floyd des débuts et d’une panoplie d’albums psychédéliques de la fin des sweet sixties, le tout relevé d’un soupçon de Bitches Brew (du grand Miles) pour son côté free.

C’est clair : on navigue en plein génie musical – mais un génie ténébreux et sauvage. L’album surprend d’abord par sa longueur, son côté expérimental et hyper-varié mais aussi par sa noirceur opaque. Fini l’optimisme aveugle et illusoire des précédents opus (Yeah Yeah Song). Les paroles, géniales, expriment un profond malaise par rapport à l’être humain (« people are evil – it’s true »). Ici, Wayne Coyne, en grand poète obsessionnel compulsif, allie métaphores cosmologiques et élucubrations métaphysiques (appuyés par des extraits de discours du mathématicien allemand Thorsten Wörmann) pour livrer sa noire vision d’un monde froid et dénaturalisé. Le tout est déclamé avec sa voix si caractéristique (mais dénudé de son côté cartoonesque habituel) et accompagne à merveille le foisonnement d’idées musicales… Bref, Embryonic est grand, très grand. À mon avis, le meilleur Flaming Lips depuis Soft Bulletin. Et leur dernier GRAND album à ce jour.


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :

critiques

Ben Frost – By The Throat

Année de parution : 2009
Pays d’origine : Australie
Édition : CD, Bedroom Community – 2009
Style : Dark Ambient, Musique Électronique, Post-Industriel, Drone, Noise, Musique de chambre

« Écoutez-les ! Les enfants de la nuit… En font-ils une musique ! »… Telles sont les paroles que notre bon ami Dracula emprunte pour rendre hommage aux hurlements nocturnes des loups (dans l’excellent bouquin de Bram Stoker). Dans toutes les cultures où il préfigure, ce noble canidé est source de fascination pour l’homme. Il est ancré au coeur même de la mythologie (voir les religions nordiques et leurs Dieux-loups), de la littérature et des arts en général… mais aussi les peurs et les fantasmes collectifs. Le loup est souvent source d’horreur – le messager ou serviteur des ténèbres…

Tout comme le comte Drac, Benoit Frosté semble partager cette appréciation pour ces prédateurs sans pitié. L’homme qui nous provient du froid (de l’Islande plus précisément) joue sur cet aspect sinistre du loup à travers ce By The Throat aussi somptueux que glaçant. Par dessus une musique faîte toute en tension soutenue, à mi-chemin entre le techno minimal, l’ambient, l’industriel et les trames sonores de Badalamenti (référence devant l’éternel), Ben Frost laisse déferler sa propre meute transgénique de loups électriques hurlant majestueusement dans une nuit sans fin. À l’aide de milles et un bidouillages et samples, il ré-assemble le loup électroniquement : son chant nocturne, ses grognements bestiaux, ses pas dans la neige, sa rapidité alors qu’il fonce sur une proie, sa férocité sans borgne lorsqu’il la déchire, sa violence sauvage et dénuée de sentiment. Le résultat : un album foutrement original et inquiétant – une musique qui veut te sauter à la gorge à tout moment… qui t’ensorcèle et t’oppresse en même temps, à la fois glaciale, vorace, minimale, orchestrée, énigmatique, nostalgique et cinématographique.


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :

Playlist

PLAYLIST #31

SALADE D’ENDIVES

PHYSIQUE

  • Jordi Savall, La Capella Reial De Catalunya, Hespèrion XXI & Montserrat Figueras – Jérusalem – La Ville Des Deux Paix : La Paix Céleste Et La Paix Terrestre (Alia Vox, 2 x SACD) [2008]
    Un projet assez faramineux de notre violiste, chef d’orchestre et historien sonore adoré : raconter musicalement toute la riche et complexe histoire de Jérusalem en deux disques. Ouf. Méchant projet ! Savall réussit pourtant haut la main le coriace défi en arpentant chronologiquement (avec rigueur) le récit de la ville sainte en partant de la Jérusalem biblique d’avant JC, en passant par la Jérusalem juive, chrétienne, arabe/musulmane… pour aboutir sur une conclusion qui se veut porteuse d’espoir pour son futur… espoir qui, on se le dira, est dur de ressentir en ces temps incertains…
    Musicalement, c’est un fascinant voyage à travers multiple genres et pratiques musicales, de langues diverses (grec, turc, français, hébreu, arabe). Les instrumentistes, qu’ils soient britanniques, espagnols, italiens, marocains, syriens, irakiens ou arméniens nous ouvrent grand les portes sur leur univers et leurs traditions.

  • Gruppe Nuova Consonanza – Improvisationen (Deutsche Grammophon, CD) [1969]
    Rendu au sixième disque de mon périple à travers le grandiose coffret « Avant-Garde » de DGG et pas le moindre ! Il s’agit de l’ensemble de free improvisation italien Gruppo di Improvvisazione Nuova Consonanza (aussi connu sous le nom plus court de « The Group ») qui avait en son sein Franco Evangelisti au piano, Egisto Macchi aux percussions et un certain Ennio Morricone à la trompette (oui, on parle bien du plus grand compositeur de trames sonores du 20ème siècle). Au programme ici : un amalgame très azimuté de musique sérielle, de musique concrète, de « sonorisme » et de musique électronique aride. Fascinant et déroutant. On est loin du Morricone lounge ou western spag.

  • Zizia – Genera (Zizia, Cassette) [2023]
    Mystérieux duo composé de Amber Wolfe Rounds (O You Villain) et de Jarrod Fowler (Pisaura), Zizia crée de la musique expérimentale et de l’art sonore écologique inspiré de l’agriculture biodynamique pour donner naissance à une forme de musique concrète très unique à travers laquelle la nature même semble s’exprimer… Superposant des enregistrements effectués par 36 ensembles sonores (34 trio et 2 quatuors, juste ça), les deux artistes sonore y ajoutent une grosse louche d’échantillonnage sonore, de synthés monophoniques, de bourdonnement d’abeilles, de boucles de bandes analogiques, de diapasons planétaires (?) et quelques instruments acoustiques contrôlés en tension. À l’écoute de ce périlleux et singulier album, on a l’impression très nette de s’enfoncer petit à petit dans la terre, la laissant nous digérer doucereusement, nous décomposer tels un tas de feuilles mortes. Humus sonore suprême.

  • The Camarata Contemporary Chamber Orchestra – The Electronic Spirit Of Erik Satie Featuring The Moog Synthesizer (Deram, Vinyle) [1972]
    Le genre d’album dont je raffole ! Des arrangements pour moog de Satie ; avec un orchestre de chambre qui accompagne le synthétiseur-soliste avec autant de raffinement que d’humour, respectant par le fait même l’esprit rigoureusement éclaté du compositeur français à barbichette préféré de tous.

  • Aphex Twin – Selected Ambient Works 85-92 (Apollo, CD) [1992]
    Disque marquant dans l’histoire du techno et de la musique électronique at large, ce premier opus discographique de Richard D. James sous le pseudonyme Aphex Twin est un album magnifique et indémodable. Près de 75 minutes d’ambient techno minimaliste propulsé par des textures savoureuses/rêveuses, des beats narcotiquement hypnotiques, des mélodies étranges et belles… Un jalon de l’histoire de la musique.

  • Yes – Close To The Edge (Atlantic, CD) [1972]
    Mon Yes préféré. Une classe des maîtres de prog symphonique britannique composée de trois longues pistes fabuleuses où s’entremêlent rock/pop psychédélique, musique classique, jazz et avant-garde. La pièce-titre de près de 19 minutes est le meilleur truc que le groupe ait jamais pondu… une suite mystique et féérique avec des passages instrumentaux complètement cinglés, des moments hautement émotifs (I get uuuupppp…. I get dowwwwn) et les paroles les plus WTF de Jon Anderson ever : « Une sorcière chevronnée pourrait t’appeler du plus profond de ta disgrâce, et réorganiser ton foie vers la grâce mentale solide »…. Euh…. KESSÉ T’AS FUMÉ JON , CALISS ?!?!?
    Juste un des 10 disques de prog les plus importants ever. Et un régal sonore à chaque écoute.

  • Ildjarn – Ildjarn (Norse League Productions, CD) [1995]
    Premier album éponyme pour LE projet norvégien le plus légendaire en frais de black métal ULTRA-primitif, cru, rageur, minimaliste/binaire, acerbe, aride, underground et lo-fi jusqu’à la moelle. Si vous trouviez que « Deathcrush » de Mayhem est cru, il sonne presque comme un album de jazz de la belle époque Blue Note à côté de cet opus morbide, fantomatique et crasseux…
    À travers ces 27 courtes pistes à l’esthétique très DIY/Hardcore Punk, Vidar Våer alias Ildjarn nous livre sa vision très personnelle et sans compromis de son art sombre… Les morceaux, surtout rapides niveau tempo, sont presque interchangeables. Ils semblent avoir déjà commencé quand on les aborde et se terminent abruptement, avant leur fin logique. Tout le long, on y entend ces mêmes battements ultra-simplistes de « batterie » qui sonnent presque comme un tiroir à ustensiles qu’on secoue. Les riffs de guitare sont incroyablement répétitifs. La voix cracheuse de venin et de poussière, paradoxalement, semble très proche (mais semble aussi avoir été enregistrée dans un cercueil six pieds sous terre, avec le pire micro de l’histoire). C’est donc pour public (très) averti. Mais selon moi, après un certain temps, cette musique, de par sa simplicité et sa structure cyclique, devient une forme d’ambient-muziK damnée et livreuse d’ivresse. Un grand grand album pour moi.

  • Sun Ra – The Magic City (Pan Am Records, Vinyle) [1966]
    Sieur Ra à son plus démentiellement out there, entre free jazz jusqu’au boutiste et musique contemporaine aride/abstraite/surréaliste. Un grand cru, avec une Face A qui fait grogner de peur/haine mon vieux chihuahua (true story) et une Face B un tantinet moins déconstruite mais quand même givrée à plus soif.

  • Album – Portrait De L’Artiste (Telephone Explosion Records, Vinyle) [2023]
    Délicieusement confus et sybillin… perdu dans son indicible brouillard contrôlé, où co-habitent des cuivres-libellules surnaturalistes voletant ça et là, des ombres ricanantes qui tapissent les murs vermeils, des fantômes jazz-noctambules et un homme en costard qui se tient dans un coin de la pièce chimérique – l’homme en costard de suie a une tête de cheval et il fume des cigarettes en peau humaine… Toujours ce sentiment d’être un funambule sur une corde invisible ; d’un côté le rêve et l’autre, le cauchemar… Les réminiscences opiacés d’un film noir expérimental qui n’a jamais existé… Chaque seconde (grisante) est une nouvelle perte de repère. On se demande comment telle musique peut exister et alors qu’on la laisse nous envahir, on finit par se demander si on existe nous-même…

  • Nick Cave & The Bad Seeds – Henry’s Dream (Mute, CD) [1992]
    Après un « The Good Sod » magnifique mais un peu plus assagi, les fans du Nicolas virulent seront ravis par ce rêve d’Henry qui renoue avec l’agression des Bad Seeds d’antan, mais tout en conservant les avancées sonores et l’instrumentation plus variée du précédent opus. Le songwriting de Nick ne fait que s’affiner et sa plume est plus acerbe que jamais. Il l’a fait aller de la plus belle façon sur ces ballades folk meurtrières et ces pépites punk blues damnées.

  • The Delfonics – Sound Of Sexy Soul (Philly Groove Records, Vinyle) [1969]
    Un superbe album de Smooth Soul avec une prod complètement luxuriante, des arrangements de cordes sirupeux, ces cuivres funky-sexy-addictifs et les harmonies vocales plus-magnifique-que-ça-tu-meurs des Delfonics, un de mes groupes préféré de tous les temps dans le département des cordes vocales.

  • The Men From S.P.E.C.T.R.E. – Magnetic Sunshine (Library Of The Occult, Vinyle) [2024]
    Les bibliothécaires de l’occulte frappent un autre coup de circuit avec cette somptueuse sortie des mecs en provenance de S.P.E.C.T.R.E. Ces Suisses laissent de côté leur neutralité un moment le temps de nous asséner une bonne grosse dose de psych en pleine poire. Au menu : space-rock, krautrock, dark-prog-rock avec flûtiau, funk obscur, orgue Hammond à la pelle, bongos et guitares bien acides… Comme la trame sonore d’un film série-Z mettant en scène un agent (très) spécial arborant une splendide et gigantesque ‘STACHE, des verres fumés et un revolver fuchsia à la main ; prêt à canailler les hommes-piranhas cracheurs de feu, les vampires danseurs de merengue et les sorciers vaudous trafiquants de jus d’étoile.

  • Ancient Iron – Endless Hunger For Conquest (Moonworshipper Records, Cassette) [2023]
    Une longue pièce (25 min.) de dungeon synth old school, extrêmement minimaliste, rudimentaire et mélancolique ; avec des passages très dark ambient. Le tout a une véritable aura maléfique et mystérieuse ; une présence spectrale luminescente dans les bois flétris et oubliés par les siècles… I just LIVE for this kind of thing !

  • Hermit Knight – Upon The Dawn Of The Vermilion Glaive (WereGnome Records, Cassette) [2023]
    Album complètement chef d’oeuvriffique de dungeon/comfy synth du chevalier ermite, projet solo du propriétaire de l’excellente étiquette WereGnome. C’est une oeuvre lumineuse, profondément humaine, épique, introspective, aux milles reliefs chatoyants… Le genre de musique qui m’évoque le passage de la vie à la mort, mais sans douleur ni regret ; juste en s’y abandonnant pleinement, la tête emplie de tous nos souvenirs, joies, peines et errances passées…
    Vraiment un des meilleurs projets actif sur la scène actuellement.

  • Fairport Convention – Liege & Lief (Island Records, CD) [1969]
    Un des plus importants groupes du renouveau folk britannique de la fin des années 60/début 70, Fairport Convention a frappé fort en 1969 en sortant trois excellents disques. Ceci est le dernier de cette superbe trilogie. Mélangeant tradition et modernité, les Anglais livrent un folk-rock progessivo-psychédélique, planant, hypnotique, rêveur et éthéré ; le tout sublimé par la performance vocale sans pareille de la chanteuse Sandy Denny.

  • Swans – Various Failures 1988-1992 (Young God Records, 2 x CD) [1999]
    Géniale compile de la période « lapin » des Cygnes, alors que la troupe de Gira/Jarboe officiait dans un registre néo-folk/goth/post-punk un tantinet plus accessible que leurs débuts complètement noisy-indus-no-wave-proto-sludge et la période post-rock-cyclique-répétitif-jusqu’au-boutiste qui allait s’ensuivre. On trouve ici plusieurs pépites des albums « White Light From The Mouth of Infinity », « 10 Songs For Another World », « Love of Life » et « The Burning World », ainsi que plusieurs singles issus de cette même phase créatrice d’un des groupes expérimentaux les plus importants de tous les temps.

  • Les Baxter & 101 Strings – Que Mango! (Vinyl Exotica Records, Vinyle) [1970]
    Un superbe album d’Exotica sirupeux à souhait (avec des arrangements et des orchestrations fantasques) paru à une époque où le genre n’avait plus vraiment la cote. Les Baxter et ses cordes y vont avec une vibe « Amérique du Sud » très sympa. Un disque vraiment super le fun et qui sonne merveilleusement bien (chapeau pour la réédition !). À conseiller à tous les fans de kitsch grandiloquent.

  • Kreator – Pleasure To Kill (Noise / BMG, CD) [1986]
    Quand je pense au Mont Rushmore des albums de Trash Metal, « Pleasure To Kill » fait définitivement partie du lot. Plus brutaux, cru, sauvages, démoniaques et rapides que les Metallica et Megadeth de ce monde, les Allemands de Kreator nous convient ici à une boucherie de riffs orgasmiques, de vocaux hargneux, de batterie furieuse… le tout avec une attitude très punk et in-your-face. Un délicieux concentré d’ultra-violence. Mon édition comprend aussi le EP « Flag Of Hate », tout aussi essentiel.

  • Rorqual – Perles & Diamants (Les Cassettes Magiques, Cassette) [2024]
    Le premier album de cet élégant quatuor trifluvien est un must absolu ! Mélangeant avec une agilité peu commune le noise-rock, l’emo, le post-punk, le post-hardcore à travers des compositions vertigineuses et arabesques, Rorqual livre la marchandise en TABARNAK ! Les amateurs des styles nommés précédemment ne peuvent que passer un moment d’extase avec ces perles diamantées totalement euphoriques.

  • Cardiacs – A Little Man And A House And The Whole World Window (The Alphabet Business Concern, CD) [1988]
    Un des groupes les plus génialement givrés de tous les temps…. Du PRUNK ? Késako ? Depuis leur arrivée dans le monde de la musique underground britannique au tout début des années 80, les Tachycardes mélangent (pour votre plus grand plaisir) rock progressif, post-punk, no wave, ska déjanté/2 tone, jazz de carnaval loufoque, musique de cabaret et avant-pop… le tout avec un leader-compositeur-chef-d’orchestre-guitariste-flûtiste-et-chanteur complètement détraqué en la forme de ce cher Tim Smith. C’est comme le mariage polygame et hors norme de Frank Zappa, Mr. Bungle, Carl Stalling, XTC, Gentle Giant, Faust, Henry Cow, les Residents et Devo. (juste ça)…
    Ah oui, sinon : à chaque fois que j’écoute R.E.S., je me dis que c’est genre la meilleure toune de tous les temps !!!

  • Faceless Entity – Demented Incantations (Argento Records, Vinyle) [2014]
    La réédition du premier EP de cette horde black métallique « sans visage » en provenance des Pays-Bas qui était initialement paru au format cassette sur l’étiquette « The Throat ».
    Demented Incantations, c’est un seul (long) morceau qui est en quelque sorte une transmission entre le monde des mourants et celui des morts, le tout parasité d’interférences incantatoires abstraites et immondes… Du BM très atmosphérique et primitif (comme je l’aime) mais sublimé par cette aura fantomatique ; cette espèce d’impression que l’enregistrement nous provient de très loin (d’une autre réalité) et qu’on en perd des bribes à travers les vents cosmiques et les différents vortex temporels qui relient cette musique à nos oreilles… Il y a définitivement une présence maléfique à travers ces 32 minutes de fureur opiacée mais aussi presque ambient à cause de la distance évoquée ci-haut. Les amateurs de Black Cilice, Candelabrum et Darvulia seront en territoire connu.

STREAMING


GUILLAUME P. TRÉPANIER

Sélection thématique ROCK PROGRESSIF SOMBRE (partie 1)

  • Van Der Graaf Generator – H To He Who Am The Only One (1970) [UK]
  • Semiramis – Dedicato A Frazz (1973) [Italie]
  • Pollen – Pollen (1976) [QC)
  • King Crimson – Red (1974) [UK]
  • Soft Machine – Third (1970) [UK]
  • Kracq – Circumvision (1978) [Pays-Bas]
  • Genesis – Trespass (1970) [UK]
  • Le Orme – Felona E Sorona (1973) [Italie]
  • The Mars Volta – Frances The Mute (2005) [US]
  • Banco Del Mutuo Soccorso – Darwin! (1972) [Italie]
  • Anekdoten – Vemod (1993) [Suède]
  • Magma – Mekanïk Destruktïẁ Kommandöh (1973) [France]

J’ai toujours eu un faible pour le prog « dark twisted », glauque, dramatique, hanté, amer, angoissant, poignant, tragique… Que ce soit dirigé comme une pièce de théâtre ou alors seulement comme un cri du coeur bien personnel.

Avez-vous un préféré parmi cette sélection?


LÉON LECAMÉ

  • ГНЁТ (Gnyot) – Бремя (black metal atmosphérique)
  • Don Haugen – Schadenfreude (harsh noise)
  • coffret de bijoux – J’aeae cr​à​iserais j’squa je n’a​ï​e pluxe d’e vie​,​.​,​.​, perssonage n’ex sembleple s’enne pr​é​onccuxperale (ambient black metal)
  • Master Grave Services – On The Subject Of Pestilence (harsh noise)
  • CT57 – distant sounds of desolation (vaporwave, drone ambient)
  • EBOLA – Distorted Romance (suicidal depressive black metal)
  • Leslie Keffer – Veiled Matter (industrial folk)
  • Gates And Mystic Doors – Keys To The Astral Gates And Mystic Doors (black metal atmosphérique)
  • Труп Колдуна – Древний Костолом (keller synth, black ambient, dungeon synth)

critiques

Grobschnitt – Solar Music – Live

Année de parution : 1978
Pays d’origine : Allemagne
Édition : Vinyle, Brain – 2009
Style : Psychédélique, Rock Progressif, Space-Rock, Krautrock

Oh que OUI !!! Un des meilleurs albums « live » de tous les temps et possiblement le meilleur truc que Grobschnitt (bordel que ce nom est l’fun à prononcer) ait jamais enregistré. Ces joyeux pyromanes (voir la pochette) amateurs de fumette et d’atmosphères intergalactiques nous livrent ici la version la plus endiablée de leur « suite solaire » (qu’on retrouvait initialement sur leur second album studio, « Ballermann », paru en 1974). Au menu ? Du Rock SPATIAL grand cru avec de la guitare complètement orgiaque, une batterie tribalo-kaléidoscopique, d’la basse choucroutée, des claviers qu’on dirait tout droit sortis d’une bande-annonce d’un film de sci-fi early 80s et des vocaux d’handicapés sévères. Sounds like a good time ? That’s because it is !

Ce n’est pas un vulgaire album en pestak où le groupe se contente de jouer les notes justes devant un public déjà conquis… Que nenni monseigneur ! Tout ici n’est que passion, communion, DROGUES, puissance brute, amour des sons libres et fous, incandescence, folie irradiante et irradiée. Ces gens sont FAITS pour le live. C’est leur champ de bataille. Leur chemin de croix. Leur laboratoire de catastrophe générale. Leur exutoire céleste.

Bordel que j’aime comment cela SONNE. La prise de son est énorme. Le mix de Eroc est splendissime. C’est sauvage tout en étant lisse comme la peau d’un bébé dauphin. Inutile de vous parler des pièces ! L’album n’est qu’un seul même bloc-morceau monolithique qui monte constamment en intensité, avec des moments de douceur où la tension demeure enfouie au coeur de la bête (sans jamais mourir).

La FACE A, après une brève intro rigolote (marque de commerce des galopins), prend tout son temps à installer son atmosphère céleste… Après un 5 minutes à voleter ci et là, la supernova sensorielle nous happe de plein fouet lorsque nos tympans arpentent la section nommée « Solar Music II ». C’est l’heure de se prendre une FORTE dose de Space Rock véloce et extatique en plein cortex chers amis ! Non mais écoutez cette guitare !!! Et cette batterie !!! Les autres muzikos ne sont pas en reste, aidant à tisser cette musique créatrice de mondes intérieurs ; de galaxies névralgiquement vôtres. Le côté UNO de la galette se finit en coït interrompu.

On retourne le disque venu d’ailleurs, on dépose l’aiguille et on repart exactement là où il nous avait laissé : à l’épicentre d’un quelconque vortex de galvanisante guitare électrique. Ensuite, on souffle un peu à travers des moments plus doux (« Golden Mist »), là où les claviers psychotroniques sont comme une fine pluie acide que des nimbostratus surréalistes déversent sur un volcan sur le bord de l’effusion… La batterie se fait encore plus énigmatique. La basse toujours constante, agissant comme assise précieuse à toute cette immensité. Les rires narcotiques sont salaces. Et ça finit par re-galoper dans une course effrénée, vers l’orgasme tant attendu (et désiré).

Et voilà que ça arrive juste au bon moment ! Les gars de Grobschnitt ont la décence de nous achever juste quand eux ils se calment aussi ; sans nous labourer ça inutilement post-jouissance. En guise de pillow talk, ils nous servent une petite dose d’ambiant rappelant le rêve de mandarine. Exquis. Ils savent recevoir ces chevelus garçons !

Donc… mes amis… Vous vous en serez douté vu mon côté dithyrambique en pleine action, ce disque est un MUST absolu pour tout amateur de musique de drogué, de kraut psyché, de Floyd et ersatz, de Hawkwind et compagnie. C’est rare que je dis cela mais si vous voulez vous initier à la musique de Grobschnitt, COMMENCEZ par ce disque live proprement ahurissant. GRAND.


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :

critiques

Album – Portrait de l’artiste

Année de parution : 2023
Pays d’origine : Canada (Québec)
Édition : Vinyle, Telephone Explosion – 2023
Style : Experimental, Jazz, Musique électronique, Improv, Psych, la nuit et le brouillard

Délicieusement confus et sybillin… perdu dans son indicible brouillard contrôlé, où co-habitent des cuivres-libellules surnaturalistes voletant ça et là, des ombres ricanantes qui tapissent les murs vermeils, des fantômes jazz-noctambules et un homme en costard qui se tient dans un coin de la pièce chimérique – l’homme en costard de suie a une tête de cheval et il fume des cigarettes en peau humaine… Toujours ce sentiment d’être un funambule sur une corde invisible ; d’un côté le rêve et l’autre, le cauchemar… Les réminiscences opiacés d’un film noir expérimental qui n’a jamais existé…

Les bobines défilent, s’entremêlent, sont coupées/ré-assemblées en direct dans nos tympans imprégnés d’une luxure sonore aussi diffuse que spectrale… Les ombres chuchotent dans le costumier des trépassés unijambistes hypnagogiques ; costumier dont les murs lézardés laissent s’échapper une épaisse fumée vermeille et psychotrope… celle qui fait entrevoir les pays lointains (ceux au delà des palissades de lierre liquide) à quiconque en inhale une trop copieuse quantité…

Une femme moitié translucide « glitch » dans un corridor connexe ; elle apparaît et disparaît constamment, scintillant, brillant ; ses yeux sont cousus avec du fil à pêche, un collier de perles maudites et de dents de singes capucins pend à son cou. Elle semble implorer son Dieu, qui prend la forme bien particulière d’un simulacre déformé de Charlie Parker… mais c’est comme si ce dernier avait fusionné avec Nyarlathotep… Il y a donc beaucoup de bouches et de crocs acérées ; beaucoup de tentacules et de micro-saxophones qui sortent de plusieurs orifices jusque là insoupçonnés….

Des nains de jardin aux sourires figés et aux regards impassibles s’emparent de cuivres et de divers anti-instruments. Ils se mettent alors à tisser un jazz insondable et kafkaïen, alors qu’une masse obscure et difforme (dont les orifices oculaires sont obstrués par des diamants brut) s’installe au clavier derrière eux, recouvrant leurs missives psychédéliques d’une couche atmosphérique fuligineuse ; tout en faux-fuyants duveteux-moelleux-languissants. C’est beau et incertain. Chaque seconde (grisante) est une nouvelle perte de repère. On se demande comment telle musique peut exister et alors qu’on la laisse nous envahir le cortex (à perpétuité), on finit par se demander si on existe nous-même…

Un Chien Andalou, mais filmé au dessus du convenience store de Fire Walk With Me. Un film produit et financé par les Grands Anciens.


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :