critiques

Ludwig Van Beethoven – Symphonie n°9

Interprètes : Herbert Von Karajan (direction), Orchestre philarmonique de Berlin, Anna Tomowa-Sintow (soprano), Agnès Baltsa (alto), Peter Schreier (ténor), José Van Dam (baryton-basse). Wiener Singverein (choeur)
Pays d’origine du compositeur : Allemagne
Écriture de l’oeuvre : 1822-1824
Enregistrement : 1977
Édition : Vinyle, Deutsche Grammophon – 1986
Style : Musique classique / romantique (symphonie)

Notes sur la version

Il existe plusieurs versions remarquables de cette symphonie (possiblement la plus connue mondialement ou du moins à égalité avec la 5ème de ce cher Ludwig Van). J’en possède d’ailleurs quelques versions. Pour cette critique, mon choix s’est arrêté sur Karajan, choix assez cliché s’il en est… Mais Karajan est le chef d’orchestre auquel on pense en premier en ce qui à trait Beethoven et ce, pour une bonne raison. Il a enregistré l’intégrale des symphonies du compositeur allemand pas moins de 4 fois (!!!) ; une fois par décennie plus précisément (des années 50 aux années 80). Cet enregistrement légendaire de 1977 date donc du troisième cycle et est probablement le plus célèbre. C’est aussi, à mon sens, la plus éblouissante version endisquée de cette oeuvre. Je recommande néanmoins chaudement sa version des années 1960 qui est hallucinante elle aussi.

Au niveau des versions « historiquement » plus exactes, je conseille fortement la version de John Eliot Gardiner avec l’Orchestre Révolutionnaire et Romantique (intégrale des symphonies paru initialement en 1994, en coffret CD). L’approche de Gardiner est toute autre que celle de Karajan, ce dernier étant plus « poussif » et prenant des libertés sur l’oeuvre de Beethoven. Gardiner, mi historien mi chef d’orchestre, tente de livrer un cycle symphonique TEL que Ludwig Von voyait ses oeuvres en son temps (instruments d’époque à l’appui). J’adore aussi cette approche et le travail d’orfèvrerie colossal que cela a du lui occasionner… Une version plus récente des symphonies qui vaut aussi son pesant d’or : celle de Kent Nagano (avec l’Orchestre symphonique de Montréal).


What you looking at, BEYOTCH !??

La 9ème… Dès qu’on prononce ces mots, on sait de qui et de quoi on parle. Nul besoin d’évoquer le mot « symphonie » pour savoir de quoi il est question : l’oeuvre musicale préférée de Alex DeLarge, anti-héros charismatique de l’Orange mécanique de Burgess ! « les anges aux trompettes, les démons aux trombones… vous êtes invitées! » proclame t’il à ces deux jeunes demoiselles/dévotchkas qui s’apprêtent à passer quelques moments torrides (à la vitesse grand V) avec lui… Et c’est tout à fait ça la 9ème. C’est luciférien par bouts et paradisiaque par d’autres ! C’est un voyage à travers le chaos originel (et ses ombres fugaces) avec comme destination finale : la lumière divine… Rien que ça.

La 9ème c’est contraste par dessus contraste. Ludwig n’était pas que sourd lorsqu’il a composé son « magnum opus ». Il était aussi bipolaire comme jamais il ne l’a été auparavant (du moins artistiquement parlant… je ne me prétends pas psychiatre sur le coup). On y trouve ses moments les plus violents, dramatiques, chaotiques, martelants, bestiaux même (coups de timbale à l’appui). Mais on y retrouve aussi ses instants les plus doux, sereins, voir angéliques. C’est une véritable guerre que se livrent ici ténèbres rutilantes et lumières salvatrices. La chape noire se voit transpercée épisodiquement de lueurs aux couleurs folles et oniriques…. Et tout ceci est subjuguant, fabuleux, euphorique, dantesque pour nos tympans gorgées à pâmoison d’une liesse sonore jusque là inusitée.

Prenez cet « Allegro ma non troppo » (le légendaire mouvement qui ouvre le bal). Des trémolos de cordes scintillantes qui s’élèvent dans la nuit originelle… Et puis cette célèbre intro orageuse vient nous happer en plein coeur, laissant place ensuite à ce thème ensorcelé qui nous assombri l’âme, oscillant entre subtilité méphistophélique et grandiloquence tellurique qui émerge et ré-émerge de manière toujours plus ahurissante. Ça monte, monte, monte comme un morceau de post-rock, mais avec des nuances tellement folles que le voyage vers l’apothéose est tout aussi fascinant que la destination en elle-même. Bon Dieu que ceci est riche. Chaque note a sa place dans un tout magistral de maitrise.

QUI sur terre n’a jamais entendu ce « Molto Vivace » foudroyant, à part peut être les fans du môme rocailleux (Kid Rock) et/ou les adeptes de QAnon ?!? C’est le hit numéro un de sieur Delarge (évoqué ci-haut), qu’il se mets en fond sonore alors qu’il se masturbe dans sa chambre en pensant à des scènes horribles. Cela a bien entendu laissé des traces sur la psyché du jeune adolescent impressionnable que j’étais… Grand moment de cinéma et musique de circonstance pour appuyer l’exaltation visuelle qui s’offre à nous. Ça va vite, très vite. Les cuivres sont sur les amphétamines. Les timbales sont des bourrasques de vent décoiffantes. Les cordes sont colère divine. Tout ceci est extatique en diable.

Place à la douceur céleste avec cet « Adagio molto e cantabile ». Que c’est beau, bordel. Les ténèbres sont vaincues (du moins momentanément). La lumière entre par tous les interstices, noyant tout doucereusement. L’élévation commence, en volupté. On quitte l’ébène, aspiré petit à petit par ce rayonnement séraphique. On vole au dessus d’étangs, de lacs, de vastes plaines, de petites bourgades encore endormies… puis au delà des montagnes aux cimes enneigés, au delà des nuages. La musique gagne en force (et en beauté azurée) alors qu’on monte toujours plus haut, vers un éden faîte de cordes et de cuivres élégiaques…

Le plus court « Presto » est rocambolesque à souhait. Une entrée en matière belliqueuse, dans le fracas de l’orchestre possédé. Puis, une version un brin inquiétante de « l’hymne à la joie » fait irruption…. saccadée par les derniers remous de noirceur hirsute et de doute lancinant… Cet hymne veut vivre et combat le mal pour pouvoir exister sans contrainte. C’est les cordes basses qui accouchent de sa version formelle d’abord…. il faut tendre l’oreille pour savourer cette prémisse. Puis les autres cordes s’en mêlent et l’étincelle prend vie. Et puis tout s’embrase. L’orchestre au grand complet. C’est un des plus beaux moments de l’histoire de la musique occidentale.

Dernier mouvement. Place à la voix. Quoi ?!? Des voix humaines dans une symphonie ? À l’époque, cela était une grosse entrave au format symphonique qui sévissait… Beethoven, en fin de vie, possiblement aigri, sourdingue… en avait marre des conventions de la forme classique. Il défie les règles, donne tout ce qu’il a, tout ce qu’il lui reste de grandiose en lui ; que cela déplaise ou non aux intégristes… Ici, il mets bas au romantisme (et à tous ses excès émotifs). Et cette naissance est ravissante jusqu’à plus soif. C’est un feu d’artifices qui explose de partout. Les voix humaines triomphantes, l’orchestre en transe, le chef qui se tricote une future tendinite. C’est orgasme par-dessus orgasme. Du squirt symphonique. Ça jute de partout. Tout le monde est éclaboussé. C’est presque trop (diront certains) mais c’est exactement ce dont la musique « at large » avait besoin. D’une autre révolution. De la plus belle des révolutions.

Je sais que ma chronique n’est qu’une énième tentative d’exprimer toute la folle génialité de cette oeuvre (avec de vulgaire mots)… C’était destiné à échouer. Mais je tenais à vous communiquer tout de même mon amour débordant pour ma 9ème chérie. Et je voulais à tout prix que cet exploit phonique se retrouve chroniqué sur notre petit coin du web.


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critiques

Blut Aus Nord – Hallucinogen

Année de parution : 2019
Pays d’origine : France
Édition : 2 x Vinyle, Debemur Morti Productions – 2019
Style : Black Metal Atmosphérique et Cosmique, Progressif, Psychédélique

Il y avait deux Blut Aus Nord… Il y avait le BAN atmosphérique, épique et hautement mélodique old school des débuts (« Ultima Thulée », La série des « Memoria Vetusta »), puisant toute sa magie dans les fables normandes gelées et dans la nature céleste. Il y a eu le BAN industriel-avant-black-électro-dark-ambient ultra glauque et inhumain/urbain (« MoRT », la série des « 777 », « Deus salutis meæ ») et aussi quelques hybrides à mi-chemin entre ces deux univers à travers leur riche et fascinante discographie. Maintenant, il y a un troisième Blut aus Nord. Un BAN toujours atmosphérique, mais qui quitte définitivement notre planisphère pour aller se perdre avec délice dans un cosmos psychédéliko-proggy-vespéral teinté de couleurs impossibles. Cette nouvelle évolution de BAN est la bienvenue parce que, même si les albums précédents demeuraient excellents, le groupe commençait à montrer quelques signes de fatigue créatrice… Ici, il n’en est rien. Ce disque est juste incroyable.

La particularité première de ce disque, c’est d’abord que la musique, aussi rageuse soit elle par moments, est infiniment BELLE. L’univers astral dépeint par nos Français adorés n’est plus seulement d’ébène et de rouille… Ça brille de partout. Pourpre, cramoisi, vert émeraude, jaune étincelant, blanc éclatant, bleu surréel, orange brulée… Presque tout le spectre y passe. Cette pluralité de couleurs s’exprime à travers une musique on ne peut plus planante/aérienne, qui, même si elle fait la part belle à la structure (des compositions superbement construites et maitrisées) laisse aussi une place de choix au « paysage sonore », ce côté « ambient actif » sous-jacent qui vient sublimer l’oeuvre entière et qui lui confère son rapport hypnotique. Un autre aspect complètement audacieux de ce « Hallucinogen », c’est les voix… Il n’y a pratiquement PAS de vocaux criards en ces lieux (comme on serait en droit de s’attendre d’un disque de Black Metal). Il n’y a que cette espèce de chorale fantomatique-surnaturaliste qui est en retrait… qui vogue au dessus de cette mer d’instruments en délicieuse perdition. Des voix claires mais diffuses, réverbérantes, augustines, chimériques ; presque des chants grégoriens désacralisés qui viennent parfaire une ambiance déjà truculente. Je n’ai jamais entendu un groupe de Black user de cette technique pour la durée complète d’un album. Et je dois dire que c’est franchement réussi.

Le côté ouvertement psychédélique de la chose est une source de bonheur inépuisable pour votre chroniqueur. Je dois professer un amour débordant pour cette vague de groupe qui incorporent des éléments de musique psych dans leur vocabulaire sonore. Et ici, même si on perçoit des influences potentielles qui sont les bienvenues (Enslaved, Oranssi Pazuzu, Ved Buens Ende, Hail Spirit Noir, Darkspace), les mecs de Blut Aus Nord réussissent à livrer une vision extrêmement personnelle/unique d’un métissage entre psychédélisme et métal extrême… Cela s’exprime autant dans la production très ample qu’à travers la guitare singulièrement orgiaque/extatique. Il y a des riffs complètement renversants ici mes amis… La guitare fait plus ou moins office d’instrument soliste (en remplacement de la voix qui, comme évoqué plus haut, est plus un élément atmosphérique de l’oeuvre). Elle est tour à tour émotive, mélodique, obtuse, épique, insaisissable, victorieuse, mystérieuse…

Bref, on tient là un des meilleurs albums de Blut Aus Nord. Le genre de disque qui replace le groupe dans la liste des plus grands ayant officié dans le genre… J’ai tellement hâte d’entendre le second chapitre de cette nouvelle évolution. D’ici là, je sens que je vais flotter souvent à travers les méandres d’« Hallucinogen ».


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critiques

Tanya Tagaq – Retribution

Année de parution : 2016
Pays d’origine : Canada (Nunavut)
Édition : CD, Six Shooter – 2016
Style : Chant de gorge possédé, Avant-Rock, Expérimental, Folk Rock, Musique des Premières Nations, Rap, Industriel

Le disque le plus éprouvant de 2016 ? Probablement. Ce truc atteint une intensité quasi-insoutenable par moments. Mais c’est aussi un des trucs les plus puissant et cathartique que j’ai entendu dans ma vie. Tanya Tagaq est une chanteuse qui nous provient du Nunavut. Experte en chants de gorge traditionnels, cette artiste multidisciplinaire (peinture, photographie) a déjà collaboré avec Björk et Mike Patton dans le passé… Avec ce cinquième album, la belle nous crie toute son indignation et sa rage en pleine gueule. Cela parle de « reckoning » (comptes à rendre), de notre tendre société malade, du meurtre culturel de son peuple, du génocide et viol en masse des femmes amérindiennes qui est un problème ignoré largement par les médias canadiens (cette reprise bouleversante de « Rape Me » de Nirvana en clôture). Bref, c’est pas joyeux.

Musicalement, c’est un amalgame abrasif de chants de gorge gutturaux hyper techniques, de post-rock tribal, de math rock strident, d’avant-garde (avec une touche de hip-hop sur la très réussie « Centre »)… Bref, imaginez Diamanda Galas réincarnée en chanteuse du grand nord qui serait front-woman pour les Swans, avec la section de cordes de Godspeed You! Black Emperor en support. Rajouter autant d’intensité que les pièces les plus tendues de Penderecki et vous avez une approximation de ce qui vous attend sur ce brûlot discographique suffocant.


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critiques

Sharhabil Ahmed – The King of Sudanese Jazz

Année de parution : 2020
Pays d’origine : Soudan
Édition : Vinyle, Habibi Funk – 2020
Style : Haqiba, Jazz, Rock & Roll, Soul, Cool Cool Stuff

Ouais les potes ! Y’a pas que le ethio-jazz dans la vie (même si ça bute sévèrement, on s’entend là-dessus). Le Soudan, pays voisin de l’Éthiopie, a aussi eu une scène musicale sixties/seventies des plus survoltées. À travers cette grande période de renouveau culturel qui secouait toute l’Afrique tel un cocotier, la jeunesse soudanaise s’abreuvait autant du côté de l’occident (jazz, rock, surf, soul, R&B, samba brésilienne) que de celui de leur riche tradition musicale subsaharienne. En effet, le Haqiba, style traditionnel très porté sur le vocal (qui avait la cote à l’époque) se voit ici confronté/mixé à toutes ces influences modernes venant d’ailleurs… et le résultat est bluffant, festif, hypnotique, sucré, dansant, jovial et terriblement fun.

Sharhabil Ahmed est un peu le papa de ce mariage sonore des plus sympathiques. Celui qu’on a surnommé le « Roi » du Jazz soudanais est avant tout un excellent guitariste rock & roll et sa musique, bien que portée aussi par plusieurs instruments typiquement associés au jazz (les cuiiiiiivres !) ressemble davantage à du Surf Rock bien funky qu’à du Hard-Bop. De ce côté là, on peut donc voir une différence majeure dans le son de la scène soudanaise 60s quand on la compare avec la majorité de ce qu’on entendait chez leurs voisins éthiopiens qui eux, bien que tout aussi funky, étaient résolument plus jazzy dans leur approche. Reste que nos Africains de l’est, Soudanais ou Éthiopiens, sont tous aussi groovy les uns que les autres, ce qui ne sera pas pour vous déplaire !

Cette sublissime compile parue chez Habibi Funk (décidément un label à creuser) sonne merveilleusement bien. Il est quasi impossible de ne pas avoir la fièvre au tibia lorsqu’on se laisse porter par ces morceaux ensoleillés (presque garage rock) qu’on imagine aisément servir de bande son aux mariages, bals et autres fêtes populaires… à ces soirées dans les petits club branchés de Khartoum, là où une jeunesse fougueuse veillait jusqu’aux heures pâles de la nuit, le coeur et l’esprit emplis d’espoir pour un avenir qui semblait alors radieux. Une magnifique « capsule temporelle » d’une époque révolue et fiévreuse.


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critiques

Philippe B – Variations fantômes

Année de parution : 2011
Pays d’origine : Canada (Québec)
Édition : Vinyle, Bonsound – 2021
Style : Folk de chambre, Classique, Pop

La rupture amoureuse est un des sujets les plus sur-utilisé en musique mais rares sont les artistes qui y dédient un album complet. La référence évidente est Beck Hansen et son « Sea Change » désenchanté mais on peut aussi penser à « Disintegration » des Cure (avec son « Pictures of You » déchirant) ou encore au « Blood on the Tracks » de Bob Dylan, qui relate en grande partie son divorce.

Avec ses « Variations fantômes », Philippe B inscrit son nom dans cette liste illustre et nous pond un petit chef d’oeuvre émotif qui nous fait vivre toutes les étapes du deuil amoureux : l’impression de rêve éveillé quand la nouvelle arrive, la douleur du choc, la dépression, la solitude, le repli sur soi, l’analyse anthropologique de la relation dans tous ses détails (qu’ils soient extatiques ou douloureux), le sentiment de manque, les souvenirs qui nous envahissent puis la tristesse résignée à l’idée de cet être aimé dont le parcours a pris un autre chemin de traverse… Tout cela, notre auteur-compositeur réussit à l’illustrer de manière poignante, avec autant de simplicité que de grandiloquence, à travers les pièces magiques de ce beau disque.

De plus, en plus de s’adonner à la confection d’une oeuvre cathartique jusqu’au bout des ongles, monsieur B voulait expérimenter avec cet album. Grand amateur de musique classique, il a lu que le célèbre compositeur allemand Robert Schumann disait, à la fin de sa vie, qu’il se sentait habité par les fantômes d’anciens compositeurs disparus qui le guidaient à travers l’écriture de sa propre musique. Trouvant l’idée bigrement intéressante, il a décidé d’injecter une dose (aussi discrète que délicieuse) de classique dans sa musique. Ainsi, les chansons de Philippe se retrouvent hantées par les spectres de Ravel, Tchaïkovski, Strauss, Vivaldi… Des passages magnifiques tirés d’œuvres de ces géants viennent se greffer au pop-folk mélancolique et dépouillé de notre homme. Mais il ne s’agit pas ici à proprement parler de « fusion » entre les 2 genres… Les moments orchestraux viennent plutôt sublimer les pièces du Québécois, les tapissant de couleurs irréelles et surréelles.

Il suffit d’entendre la gracieuse pièce d’ouverture, « Hypnagogie », pour s’apercevoir avec délectation que la démarche de monsieur B est un franc succès. Le tout s’ouvre avec simplicité sur cette guitare automnale et cette voix qui déclame un texte qui te va droit à l’âme puis… la magie opère… On est enseveli sous une mer de cuivres et de cordes majestueuses. Et ensuite, c’est le retour au minimalisme du duo voix/guitare qui te ronge les tripes. Moment incroyable que la première écoute de cette pièce pour votre humble chroniqueur. La suite n’est pas en reste, avec cet été triste comme les pierres, ou Rimbaud vie sa saison en enfer à Montréal. « La ballerine » est un amalgame savoureux du cygne noir (d’un compositeur Russe bien torturé comme il faut) et des meilleurs opus de Richard Desjardins.

« Petite Leçon de Ténèbres », c’est les tourments de la Renaissance réinterprétés au quotidien d’un homme contemporain qui s’emmure dans son appartement et s’apprête à laisser une autre nuit sans lune le recouvrir complètement, corps et âme. « Mort et transfiguration (d’un chanteur semi-populaire) » est désarmant de beauté et de naïveté. Philippe laisse son égo tomber au sol et se fout d’avoir l’air ridicule… Il pense à son ex-copine qui écoute sa chanson à la radio et qui danse dans sa chambre. Délicieuse tendance qu’à le cerveau de créer des scènes fantasques pour transcender la douleur du présent. Moment horriblement attendrissant que ce « Nocturne #632 » qui rappelle un peu ce qu’à fait l’excellent Jon Brion pour la trame sonore de « Eternal Sunshine of the Spotless Mind » (reflet cinématographique de cet album, s’il en est).

Après un bref interlude musical tout en douceur et en splendeur (« Le tombeau de Nick Drake »), « Reprise » nous offre un peu de fraîcheur pop kitschouille sympathique. « Ma photographe » est le retour au minimalisme avec cette guitare rappelant le génial sieur Drake ci-haut cité (un mec qui pourrait arracher des larmes à Genghis Khan). « Chanson pathétique » est un des points d’ancrage du disque et aussi la pièce la plus orchestrée d’un bout à l’autre. Sorte de messe des morts dédiée à la fin de la relation, ce morceau juxtapose milles orfèvreries sonores miraculées sur un texte aussi ambiguë que beau.

« California Girl » ouvre la tétralogie de la conclusion, là où le protagoniste a passé outre la pire période, mais se voit confronté à des remembrances du passé glorieux et a encore ses moments de faiblesses. « Croix de chemin » n’est que piano élégiaque et références christiques obtuses. Et c’est fichtrement ravissant, avec cet harmonica qui se retrouve accompagné par des ondes Martenot (où est-ce de la scie ?). Je vois « Marie » comme la fin d’un long parcours de tribulations. Le texte, qui révèle les mystères insondables qu’évoque toujours l’autre malgré des années de vie commune, est particulièrement réussi. L’album se termine avec « L’amour est un fantôme » qui est la synthèse apaisée de tout ce que vous avez entendu jusqu’à présent.

Je vous en conjure, chers amis. Laissez-vous envahir par ce disque fantomatique. Vous en ressortirez ému et grandi. Vraiment un des meilleurs artistes québécois actuels.


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critiques

Portal – Vexovoid

Année de parution : 2013
Pays d’origine : Australie
Édition : Vinyle, Profound Lore – 2013
Style : Death Metal des abysses

Ça a commencé par un vulgaire trou dans le mur de la cave. J’ai acheté cette vieille maison dans la campagne profonde pour y trouver le repos après la mort de Anne. Je voulais le calme absolu, m’éloigner du train rutilant de la vie mondaine, des dix milles crétins bienveillants qui me demandant comment je vais, comment ça évolue mon sacro-saint deuil. Marre de cette mer de cons qui s’auto-congratulent de faire une bonne action, de supporter le pauvre jeune veuf éploré. À vrai dire, j’ai fui parce que je ne savais pas comment ça allait réellement chez moi, là-haut. Je ne ressentais rien. Absolument rien. Je ne pleurais pas. J’étais juste vide. Vide et fatigué.

La maison était le reflet de mon égarement mental. Vide, délabrée, rustique, antique, sans chaleur, sans âme et surtout : loin de tout, nichée entre deux monts couverts d’arbres morts. J’y ai emménage à l’été mais c’est surtout à l’automne que son aspect brutalement mélancolique a commencé à m’investir. Les jours y sont longs ; les nuits terrifiantes de solitude, le temps y étant comme suspendu. On s’y sent comme à nul part ailleurs ; comme si on y existait pas vraiment. Cette sensation s’estompait quand j’allais au village mais revenait de manière fugace dès que j’étais de retour sur mes terres.

Pour en revenir à ce trou dans les murs… C’était la mi-Novembre. Dehors, la journée grise et maladive était agitée par le mugissement austère d’un vent froid et extra-terrestre. Il devait être 2 heures de l’après-midi à ce moment. J’étais à la cave en train de remiser mon bois de chauffage quand j’ai remarqué une ouverture dans une des façades. Je m’approchai et constatai que le trou ne devait pas faire plus de quelques centimètres de circonférence. Il semblait pourtant profond. En y glissant un de mes doigts, j’ai tout de suite senti une sorte de soufflé glacé et en même temps, j’entendis un espèce de bruit caoutchouteux et mouillé qui semblait provenir de l’autre bout mais très loin et diffus… Je me suis tout de suite senti extrêmement mal. Ma tête tourbillonnait, mes pensées devenant incohérentes. C’est de peine et de misère que je réussis à m’extirper des ténèbres du sous-sol pour aller rejoindre ma chambre. Je dormis tout le restant de l’après-midi…

Je me réveillai en soirée. La scène de la cave n’étant plus qu’un espèce de songe irréel, qu’on aurait dit que je n’avais pas réellement vécu. Après un souper frugal (je n’ai plus beaucoup d’appétit), j’allai au salon pour fumer une cigarette et contempler ce qui était devenu une tempête ravager les monts environnants. Des éclairs cyclopéens sillonnaient un ciel dément teinté de vermeil et le vent continuait de battre son plein à travers branches et broussailles. Je laissai mon esprit vagabonder vers les méandres de la cave… Et si cet espèce de bruit vaguement humide laissait présager une fuite d’eau ? Je décidai de m’armer de courage et d’aller investiguer le tout.

Muni d’une lampe torche et d’une petite pioche, je descendis retrouver l’atmosphère spectrale des lieux. Seule une vieille chaise berçante oscillant funestement faisait office de mobilier ci-bas. Je m’attaquai alors à la faille. Rapidement, vu l’aspect complètement désuet de la construction, je réussis à l’agrandir. Une énergie bizarre s’emparait de moi. C’était comme s’y j’étais investi d’une force inconnue. Je perdis conscience du temps et mon esprit parti à la dérive à nouveau alors que je travaillais d’arrache-pied. Quand je revins à moi complètement, je réalisai qu’il était déjà 1 heure du matin. Je constatai qu’une luminescence obtuse et inqualifiable semblait irradier de la cavité qui laissait entrevoir les vestiges immémoriaux d’une porte en bois pourrie. Intrigué par cette nouvelle découverte, je terminai de déloger les monceaux de brique qui l’obstruait.

La maison devait bien avoir 120 ans mais cette porte cachée par les murs semblait être là depuis une éternité et demie. Un loquet plus que rouillé fermait l’accès. Quelques coups de pioche plus tard et le loquet était brisé et gisait par terre. Je poussai légèrement la porte qui alla s’effondrer sur le sol humide d’une antichambre des plus mystérieuse… Combien d’années avaient passées sans qu’un homme ne mette les pieds ici ? 300 ans ? 700 ans ? 1000 ? Juste le fait d’effleurer cette pensée me fit frissonner dans mon fort intérieur. Je pénétrai dans la petite pièce qui était construite de manière biscornue, comme si l’architecte qui l’avait conçue n’avait pas une idée très claire de ce qu’était les angles et la perspective. Le sentiment d’étrangeté croissait lorsque je réalisais que toute la salle baignait dans cette espèce de lumière défraîchie que j’avais entraperçu tout à l’heure… Même en fermant ma torche, on pouvait distinguer les détails odieux qui caractérisaient les lieux.

D’abord, il y avait ces peintures d’icônes à moitié pourris sur les murs ; sortes de pastiches-sacrilèges de très mauvais goût. On pouvait entre autre apercevoir le dernier repas de Jésus et ses apôtres mais la scène perdait tout de son côté rassembleur et biblique alors que le prophète et ses disciples avaient tous les yeux crevés et s’apprêtaient à se délecter de ce qui semblait être de la chair humaine… Un autre tableau mettait en scène l’apocalypse. Des démons ailés aux proportions gigantesques, arborant tentacules et regards d’insectes dénué de toute humanité, dévoraient des anges qui pleuraient des larmes de sang. Mais la plus troublante de toute était sans conteste celle où l’on voyait Marie tenir tendrement son bébé dans ses bras. Mais, l’enfant jésus avait été remplacé par un gigantesque ver blanc. Au dessous de cette esquisse troublante de réalisme, on pouvait lire l’inscription suivante : « De Vermis Mysteriis »…

Au centre de la pièce trônait un autel souillé sur lequel on retrouvait chandeliers poussiéreux et un livre qui semblait plus ancien que le temps lui même. Dès que je le touchai, le malaise évoqué ci-haut revint aussitôt mais de manière exponentielle. Je sentais la puissance de cet objet. J’ouvris le livre mais il était écrit dans une langue étrangère et cosmique. Je ne me souviens plus de tout mais il y avait ça d’écrit partout : « Cthulhu fhtagn ».

Un mal de tête puissant me vrillait les méninges. J’étais complètement ébranlé, nauséeux, affolé. Malgré cela, ma curiosité morbide (ou ma folie naissante ? qui sait ?) mixée à cette énergie incohérente qui m’habitait me forçaient à continuer ma sombre enquête. Le sol de cette pièce était aqueux et couvert d’une vase grise et nauséabonde. C’est comme si quelque chose de gluant avait rampé ici. On pouvait aussi distinguer ce qui semblait être des pas ci et là. Certains avaient des proportions humaines, d’autres faisaient penser à des traces qu’auraient laissé des palmes… Il y avait donc des gens… ou plutôt : des êtres… qui étaient venus ici.

C’est derrière l’autel que je découvris la trappe. Bafouant ma raison et tous mes sens (qui, de toute façon, étaient en pleine débandade), je la soulevai et un escalier en pierre se présenta à moi. Je l’empruntai. Chacune de ses marches étaient couvertes de cette étrange substance vaseuse. L’escalier semblait descendre éternellement et à chaque mètre de profondeur parcourue, je sentais une plus grande parcelle de mon esprit cartésien disparaître à jamais… Quelques fois, j’entendais quelque chose vibrer plus bas… puis il y avait ces espèce de gloussements de crapauds et ces bruits mouillés dégueulasses… Au fil de la descente, les sons se précisaient, me faisaient toucher les confins d’un cauchemar toujours renouvelé.

Arrivé au terme d’une plongée quasi géologique, je me retrouvai face à une autre porte (de pierre celle là) sur laquelle était gravée des symboles qu’on auraient dit tout droit sortis de l’Égypte ancienne ou de la Mésopotamie. De l’autre côté, les bruits étaient terribles, horripilants. Ça grouillait, ça couinait, ça chuchotait dans des voix batraciennes, ça suintait…

Je sais maintenant que j’aurais du fuir à ce moment là. Mon esprit n’était peut-être pas trop atteint encore pour que je sois sauvé. Mais j’ouvris la porte, bien tranquillement… Et je les vis.

Ils étaient tous là, dans leur espèce de cathédrale damnée et souterraine, taillée à même le roc, avec son plafond de stalagmites et de stalactites. Ils étaient là, créatures fantasques et impossibles, culmination affreuse de toutes les hallucinations schizophrènes, de tous les songes-morts, de toutes les abominations putréfiées. La dépravation n’avait t’elle donc pas de limite ? ILS ÉTAIENT LÀ JE VOUS LE DIS !!!! Hommes-poissons grouillants avec des tentacules gris-verdâtre sortant de tous leurs orifices, crapauds géants ailés et casqués de couronnes d’étain, druides mi-amphibiens avec des mains en forme de pinces déformées. Ils riaient, roucoulaient, copulaient entre eux dans une mer de sons obscènes, s’entre dévoraient, arrachant des lambeaux de chair purulente à leurs semblables. Et ils imploraient leurs Dieux venus d’ailleurs de leurs gémissements boueux. Certains avaient probablement déjà été des êtres humains, jadis. Mais l’heure de l’avilissement physique avait sonné.

Et au centre d’eux grouillait le ver géant, ignominie visuelle suprême. Gigantesque, exsangue, nervuré, d’un blanc fantomatique, prêt à enfanter d’autres abominations. Alors que montaient les chants rituels (« Ph’nglui mglw’nafh Cthulhu R’lyeh wgah’nagl fhtagn » hurlaient-ils), ma psyché dévastée repris le dessus momentanément et je pris la fuite. Certains durent m’entendre à ce moment parce que pendant ma longue montée j’entendais certaines de ces créatures me pourchasser, poussant des cris avides. Arrivé dans la crypte, je refermai la trappe et déplaçai le lourd autel sur elle, dans le but de la sceller, du moins temporairement.

J’allai chercher les bidons d’essence dans le cabanon. De retour dans la salle maudite, les choses cognaient de toute leur force pour déloger l’autel. Je profitai de la petite ouverture encore visible dans la trappe pour y répandre le contenu du premier bidon. Alors que je versais le tout, je vis leurs yeux globuleux (en fait, certains d’entre eux seulement avaient des yeux ; les autres avaient… évolué) me scruter et je me mis à rire nerveusement sans pouvoir m’arrêter. Un rire incontrôlable et souffrant. Un rire dément de malade mental. Je versai le 2ème bidon sur les monstres qui poussaient des miaulements irréels. Puis, toujours en riant sans cesse, je grattai l’allumette que je jetai dans la fissure de la trappe.

Des bruits stridents, se rapprochant de celui d’une sirène d’avant-bombardement, s’échappèrent de la voûte. Je n’oublierai jamais ces sons, jamais… Une odeur fétide de poisson pourri grillé s’éleva dans l’éther alors que les flammes dévastaient tout. J’étais assis en petit bonhomme à côté de la trappe et je riais, et je pleurais, et je riais… Je réussis à m’extirper de la pièce quand les flammes devenaient trop colossales ; et il restait 3 autres bidons justement sur le sol. Ouh, le beau feu d’artifice !!!

J’assistai à l’incendie de la maison assis sur l’herbe de la cour, me balançant grotesquement. Quand les policiers et les ambulanciers m’ont trouvé devant sa carcasse fumante, quelques heures plus tard, il paraît que j’étais en train de m’arracher les cheveux à deux mains et que je les mangeais à grandes bouchées…


Nous sommes à la mi-Décembre. Je suis dans dans une autre petite pièce fermée à clé et je sais que je vais y rester. De toute façon, je ne veux plus sortir. Pas dans un monde où ÇA a le droit d’exister. Je sais très bien que j’ai seulement tué quelques-uns d’entre eux (mais peut-on vraiment les tuer au juste ? Peut-on tuer la mort elle-même ?). La plupart doivent encore être vivants là-bas, en dessous. Et le VER. Le VER céleste. Il vient toujours me hanter dans mes rêves. J’ai l’impression qu’il grouille dans ma tête, qu’il grossit à chaque jour, qu’il me bouffe les neurones un à un, qu’il y pond ses œufs et m’envahit le cortex de ses monstruosités infinies…

Ils me traitent bien ici. J’ai des pilules de toutes les couleurs, formes et grandeurs différentes. Je n’ai pas le droit d’avoir de couteau, ni même de cuillère et de fourchette. J’ai essayé de me crever les yeux à cause des hallucinations que j’ai de manière quasi constante mais c’est inutile. Je verrais quand même parce que maintenant, j’ai les yeux intérieurs. Et des images, mes amis. Ooooh, j’en ai tous pleins. Des tas de clichés qui vont rester là pour toujours.

Ils m’ont dit que c’était le stress post-traumatique couplé à la dépression. Les pauvres. Ils ne croient pas à mon histoire. Paraît qu’il n’y avait pas d’autre pièce dans le sous-sol. Mais je le savais, ça. oh oui JE SAIS !!! La pièce, elle était pas vraiment là là là. La pièce, c’était juste un passage entre les 2 mondes. Le leur et le nôtre. Et des passages comme ça, y doit il y en avoir tout pleins, partout ! Ahahahahahahahahah !

Un jour je sais qu’ils vont passer une de ces brèches pour de bon. Ils vont étirer leurs tentacules sur notre monde et ils vont le refaçonner à leur image… Et les gens me croiront enfin. Les étoiles mourront. Les anges seront massacrés par eux. Notre monde sera leur pourriture. J’espère seulement avoir assez de cachets ce jour là… J’ai commencé à en cacher…


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Michael Pisaro / Reinier van Houdt – The Earth and the Sky

Année de parution : 2016
Pays d’origine : États-Unis (Pisaro), Pays-Bas (van Houdt)
Édition : 3 x CD, Erstwhile – 2016
Style : Classique contemporain, drone-piano, lowercase, field recordings, réductionnisme

Un trottoir la nuit. Une ville. Les lampadaires qui grésillent comme pour répondre à l’appel du vent mugissant. La lune a été dévorée par des nuages invisibles. C’est un soir de Juin. Peut-être le dernier soir du monde ou encore : le premier. Un chat noir escalade les toits en tôle dans un silence quasi religieux. Aucun son… Ah oui, tiens, quelques notes d’un piano éploré qui proviennent d’une maison au loin. Sorte d’Erik Satie neurasthénique. Le son s’évanouit, comme tout d’ailleurs.

La une d’un quotidien effeuillé au sol parle du désastre. Les lumières éparses s’échappant de quelques fenêtres sont la seule preuve de l’existence humaine. Le temps est frais. 7 degrés Celsius. Le petit pont de pierre qui surplombe le lac t’appelle furtivement. De là, tu contemples l’étendue d’ébène qui se dresse sous tes iris. Tu regardes un reflet diffus et flou de toi-même dans la mare étrangère et tu te dis que tu es composé de molécules. Tu regardes ta montre. 2 heures 42 minutes. Tu n’es pas allé au rendez-vous. La loterie pour avoir ta place dans un des abris. Du temps passe encore. Et encore un peu. Tu penses à tes amours, ta famille, tes amis, ta vie machinale, au goût de ton repas préféré, à des animaux, aux atomes, aux protons et neutrons, à ce film d’Antonioni qui t’avait marqué et à cette nuit où les étoiles semblaient si proches qu’on pouvait les toucher. Septembre 2007. Ce sera l’image que tu voudras garder avec toi à la fin. Tu regardes maintenant le ciel actuel si vide et morne.

C’est l’heure. La lumière blanche vient soudainement pourfendre cette masse immobile et bizarrement, tu n’as pas peur quand elle t’englobe toute. Tu souris même alors que ta peau fond et que ton être tout entier se désintègre en un éclair, s’en allant retrouver la nuit des temps.


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critiques

Charles Mingus – The Clown

Année de parution : 1957
Pays d’origine : États-Unis
Édition : CD, Rhino Records – 1999
Style : Jazz, Post-Bop, Hard Bop, Spoken Word

On ne parle pas assez du Clown de Mingus, le deuxième disque que le célèbre contrebassiste/pianiste/compositeur/chef d’orchestre (oui, on peut l’appeler ainsi) a enregistré pour l’étiquette Atlantic dans cette formidable série d’albums allant de 1956 à 1961… Certes moins légendaire que son grand frère « Pithecanthropus Erectus », moins populaire que le classieux « Mingus ah um » ou moins novateur/renversant que l’incroyable « The black saint and the sinner lady » (chronique à venir quand j’aurai trouvé les bons mots pour parler d’une chose aussi phénoménale), « The Clown » n’en demeure pas moins un sensationnel album de Post-Bop raffiné à souhait, dont les quatre longues pistes se déclinent comme des petites pièces de théâtres à multiples tableaux. La musique de Mingus a toujours été comme ça… Intrigante, foisonnante, bourrées de petits détails qui font office de saynètes dans une plus large histoire complexe. Il y a narration ici. Seulement elle est purement musicale (à part pour la pièce-titre, ponctuée par la voix de l’animateur de radio Jean Shepherd. Nous y reviendrons plus tard).

L’album débute avec un des grands morceaux de bravoures de Mingus, le sublime « Haitian Fight Song ». On ouvre le rideau sur la basse solitaire du maestro. Il cherche un groove et quand il le trouve, il ne lâche pas l’os le bougre ! Dur de résister à l’envie de taper du pied… Les muzikos (Dannie Richmond à la batterie, Wade Legge au piano, Jimmy Knepper au trombone et Shafi Hadi au saxophone) réussissent avec brio à virevolter majestueusement autour de la contrebasse (point d’ancrage), dans une folle valse et ce, tout en ajoutant leur saveur bien à eux à la piste. En parlant de son solo mythique (au coeur de la pièce), Mingus dira : « Je suis profondément concentré en le faisant. Je ne peux le jouer correctement sans penser aux préjugés, à la haine et à la persécution ; à quel point c’est injuste. Il y a de la tristesse et des pleurs là-dedans ; mais aussi de la détermination »… On savait Mingus très investi dans la lutte antiraciste. Cela s’entend à travers ce solo foudroyant… Et quand les autres instrumentistes reviennent en renfort à la fin, c’est un moment incroyablement puissant et solennel. Grand grand morceau que voilà.

« Blue Cee » est un joli moment de détente bluesy après ce catharsis expiatoire. Ici, on est à smooth-land. Le trombone coloré de Jimmy est super sympa alors que la contrebasse orgasmique et le piano noctambule portent la pièce. « Reincarnation of a Lovebird » débute de manière archi-moderne et avant-gardiste, presqu’en mode classique contemporain (avec ce piano prog-classique qui s’enguirlande avec la contrebasse orageuse/obtuse). Et puis, ça repart pour un autre blues cinématographique. C’est mélancolique, c’est éblouissant, c’est majestueux. Le morceau a été écrit alors que Mingus pensait à ce cher Charlie « Bird » Parker.

La pièce-titre maintenant… Une des plus divises du répertoire de Mingus. Moi je salue l’audace et l’ambition. Et j’adore ! Incorporer un récit narré (à propos d’un clown… et aussi à propos de la maladie mentale, sujet risqué) à une composition à la fois très cocasse et hyper rigoureuse, il fallait le faire. Ça a du en surprendre plus d’un à l’époque. Même moi, à ma première écoute, je ne savais pas ce qui m’attendais, n’ayant pas vraiment lu sur l’album au préalable. C’est un véritable petit cinéma pour les oreilles. À la fois troublant, touchant, rêveur, évocateur… Shepherd compare le clown de l’histoire à ces musiciens de jazz qui tentent de divertir l’assistance mais que personne n’apprécie à part lorsqu’ils sont morts… Triste et malheureusement souvent vrai. La fin ouverte est gracieuseté de Shepherd ; Mingus lui ayant laissé le droit à l’improvisation (comme un vrai jazzman). Bref, c’est un super morceau, totalement unique dans le corpus de l’artiste. Et encore une fois, tout le monde joue superbement de la musique archi compliquée et finement orchestrée (avec le coeur et les tripes).

Sur mon édition CD, deux bonus (tirés des mêmes sessions) sont ajoutés : « Passions of a Woman Loved » et « Tonight at Noon ». Deux morceaux ultra-dynamiques, bourrés de fioritures célestes et de dissonances enivrantes. Deux joyaux qui brillent de milles couleurs plus éclatantes les unes que les autres. Ces deux pistes sont tout aussi essentielles que les 4 officielles de l’album et sont, pour moi, part intégrante du périple sonore qu’est « The Clown ».

Un excellent Mingus (comme toujours).


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critiques

La Reverdie – Knights, Maids and Miracles: The Spring of Middle Ages

Année de parution : 2016
Pays d’origine : Italie
Édition : 5 x CD, Arcana – 2016
Style : Musique médiévale, Ars nova

Fondé en 1986 par deux paires de soeurs (Claudia et Livia Caffagni, Elisabetta et Ella de Mircovich), la Reverdie est un des meilleurs ensembles de musique médiévale actif actuellement. Accompagnées de différents collaborateurs (dont le précieux Doron David Sherwin au chant et au cornet à bouquin), les quatre chanteuses et multi-instrumentistes se spécialisent surtout dans le répertoire profane de l’Italie et de la France du 13ème et 14ème siècle. Le chant, parfois a capella, parfois secondé par une instrumentation tout ce qu’il y a de plus authentique (luth, psaltérion, harpe gothique, vièle à archet, flûte à bec) demeure central à travers une bonne proportion de la musique de l’ensemble qui nous montre sa maîtrise évidente et sa virtuosité en matière d’interprétation polyphonique.

Pour célébrer leur 20 ans d’existence, La Reverdie nous a fait cadeau en 2016 de ce magnifique coffret de 5 disques qui met en lumière chaque pan de leur discographie déjà bien garnie. Je dirais qu’il s’agit là d’un achat absolument essentiel à quiconque aime la musique médiévale profane et encore plus à ceux qui souhaiteraient s’initier au genre, tant ce survol à travers différents genres, sous-genres, thématiques est complet et fascinant (en plus du prix plus qu’accessible du dit objet !). C’est un superbe voyage dans le temps, un regard unique et singulier sur le Moyen-Âge, sa musique (évidemment) mais aussi sa poésie, sa culture, sa philosophie…

On à affaire ici à presque 6 heures d’une musique riche, foisonnante, diaphane, aérienne, fantasmatique ; une musique à la fois riche et dépouillée, réflective et volage. Et vu la grande pluralité de répertoires et de thèmes explorés ici, on se s’ennuie pas une seconde et c’est un véritable régal sonore de s’enfiler les 5 CDs tour à tour.


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critiques

Wolves In The Throne Room – Diadem of 12 Stars

Année de parution : 2006
Pays d’origine : États-Unis
Édition : CD, Vendlus – 2006
Style : Black Metal atmosphérique

Après deux démos qui laissaient déjà entrevoir les promesses d’un futur radieux, c’est par ici que les choses sérieuses commencent réellement pour nos Canis lupus adorés. Vu le côté très polarisant du milieu black métallique, je vais peut-être me faire des ennemis en proclamant ceci mais allons y tout de même : Wolves in the Throne Room est le meilleur groupe de Black Metal américain de tous les temps (avec peut-être Leviathan qui réussit à le talonner un peu).

À travers une riche carrière (toujours bien vivante), ces 3 mecs de l’état du Washington ont réussit à s’approprier pleinement mon sous-genre préféré du BM (le versant atmosphérique), à le peaufiner somptueusement, à le sublimer pour en faire quelque chose de complètement unique et renversant… En effet, on associe souvent Black Metal avec laideur extatique. Pourtant, la musique de WITTR est belle, belle, belle… et même apaisante à sa façon ! Et malgré cet aspect pour le moins surprenant, elle ne perd rien de la rage sculpturale et de la nostalgie séraphique qui sont chères au Black Metal depuis que le genre est genre.

Côté influence, on pense tout de suite à Burzum (bien entendu). Tant au niveau des longues compositions minimalistes et répétitives, que de l’ambiance hautement nostalgique. Mais nous ne sommes pas ici dans les noires forêts norvégiennes. On erre plutôt dans les monts brumeux et les forêts mythiques de la côte nord-ouest américaine. Cette musique est ode à la nature ; communion profonde avec elle… Après tout, si on en croit la rumeur, les membres du groupe sont tellement épris de nature qu’ils habitent en commune sur leur petite ferme écologique, vivant en autarcie avec les éléments environnants. Des gentils hippies écolos en somme ! Ça change des meurtriers et des vilains racistes disons le.

Autre influence musicale assez évidente sur ce disque : Weakling. Autre légendaire groupe de black atmosphérique américain qui fut un des (sinon le) premiers à oeuvrer dans ce créneau en Amérique. Je trouve même que ce « Diadem of 12 Stars » est en quelque sorte le petit frère de « Dead as Dreams » (unique album de Weakling) tant la ressemblance est frappante entre les deux.

« Diadem » est un voyage sonore qui se vit en quatre temps. 4 pistes pour près de 60 minutes de musique ! Et on ne s’ennuie pas une seconde tant ces morceaux sont superbement fignolés et bourrés de petits détails sous-jacents qu’on découvre à chaque nouvelle écoute fascinante. Il apparaît évident dès ce premier opus discographique que les mecs de WITTR conçoivent leurs albums comme des « touts » organiques qui s’écoutent et se savourent d’une traite ; sans interruption possible. Chacun de leur disque est une « fenêtre » distincte sur leur monde intérieur nébuleux et fantasque ; monde qui se dévoile petit à petit à nos tympans, album après album.

Le son est un tantinet plus cru ici que sur les réalisations suivantes de la troupe, ce qui confère à l’album un charme très « Black Metal à l’ancienne ». Les deux guitares (Nathan Weaver et Rick Dahlin), véloces et hypnotiques, sont émotives en diable. Comme dit précédemment, on sent l’influence de la Bergen-school (Burzum) avec ces couches et ces sous-couches de riffs lymphatiques gorgées d’électricité mal calibrée qui se superposent les unes par dessus les autres. Des passages de guitare sèche viennent parfois nous chatouiller l’appareil auditif de belle façon aussi, nous plongeant l’âme dans une mélancolie des plus délicieuses. La batterie (l’autre frérot Weaver, Aaron), royalement maitrisée, est une des forces indéniables de la troupe. Le mec est juste technique comme il faut (sans jamais perdre en feeling) et nous sert des blast beats de grande qualité mais sait aussi se montrer versatile dans des passages plus lents et doomy ou d’autres qu’on sent inspirés par le trash metal (voir même le prog par bouts très discrets). Les transitions entre ces différents passages teintés d’influences diverses sont juste parfaites, toutes en finesse, et révèlent la grande versatilité d’un musicien qui mériterait qu’on l’encense plus fréquemment. (Bref, BIG LUV to you Aaron !).

Le vocaliste principal de la formation, Nathan, y va de cris spectraux/fantomatiques haut perchés et assez loins dans le mix ; comme si il les hurlaient du fond d’une grotte poisseuse en plein coeur d’une forêt millénaire. Cela convient merveilleusement bien à venir subtilement colorer la musique qui est ici le personnage principal. Parfois Rick Dahlen l’accompagne avec des interventions vocales plus gutturales (et donc « death métalliques »), comme dans ce superbe passage central de « Queen of the Borrowed Light », pièce d’intro du disque. Cette dualité de voix masculines sera un aspect unique à ce premier album de WITTR ; car Dahlen quittera l’ensemble avant l’enregistrement de leur second album… Et on retrouve aussi une voix féminine très belle (celle de Jamie Myers du groupe Hammers of Misfortune), qui viendra parfois se poser sur des passages plus doux, aériens et enchanteurs. Cet apport sera exploité par le groupe sur les réalisations suivantes et ce, avec encore plus de succès.

On tient là un album que tout fan de black atmosphérique se doit de posséder de toute urgence et un premier album d’une qualité assez stupéfiante. Et dire que ce n’est que le début d’une belle et grande épopée mystique qui, je l’espère, ne se terminera jamais…


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John Coltrane – Interstellar Space

Enregistrement : 1967
Année de parution : 1974
Pays d’origine : États-Unis
Édition : CD, Impulse! – 2000
Style : Free Jazz SUPRÊME

Tiré des ultimes sessions studio de Coltrane (en 1967) avant son départ soudain pour d’autres sphères, Interstellar Space aura dû attendre 7 longues années avant de mériter sa sortie dans les bacs. Et pourtant, il s’agit là d’une des meilleures offrandes discographiques du plus grand saxophoniste de tous les temps. Le 22 Février de cette année, Coltrane est entré au studio, accompagné seulement du percussionniste/batteur Rashied Ali (musicien exceptionnel et pierre angulaire de la dernière période de la carrière de John). Ce qui s’est passé cette journée d’hiver n’est que pure magie. Composé uniquement d’une série improvisées de duos sax/drum ahurissants, Interstellar Space nous fait goûter, plus que jamais auparavant, cet ailleurs inouï qu’évoque la musique fiévreuse de l’homme suprême (dixit Christian Vander).

Aussi bizarre que cela puisse paraître, dans mon introduction à Coltrane, j’ai d’abord écouté le très classique et enfumé Blue Train, grand disque de Hard-Bop puis j’ai sauté directement à la case intergalactique avec ce disque (sans passer par les cases obligées « Giant Steps », « Africa/Brass » et « A Love Supreme » au préalable). En musique, j’ai toujours été un pique-assiette intrépide, faut dire. Mes jeunes oreilles ont littéralement été déviergées en l’an de grâce 2002 par cet album plus grand que nature et, fait encore plus étrange… j’ai adoré. J’ai découvert le Jazz Libre avec Interstellar Space et j’ai découvert aussi à ce moment que j’adorais cette forme de musique complètement jusqu’au boutiste, extrémiste à souhait, sans entrave aucune, chaotiquement belle et qui dépasse toute forme de frontière mélodique… Cet album m’a grand ouvert les portes sacrées des « For Alto » de Braxton, du « Karma » de Sanders, du « Spiritual Unity » de Ayler et j’en passe. Et je ne remercierai jamais assez Coltrane pour cela.

Rashied et John, en pleine lévitation sonore…

Le choc est rude, en effet. On est assailli par la batterie polymorphe du démon-batteur qu’est sieur Ali ainsi que les cris saxophoniques multiples d’un Coltrane en transe. « Mars », planète de la guerre, se pointe à l’horizon, introduite (comme toutes les pistes) par ces bruissement de cymbales. Devant ce foutoir pouvant sembler incohérent, on peut avoir le goût de prendre nos jambes à notre cou et de se sauver loin loin (pour écouter un vieux Miles Davis de l’époque « Prestige », bien plus rassurant)… Mais il suffit de tenir bon et de se laisser porter célestement à travers la stratosphère de ces planètes et ces nébuleuses réinventées (de manière sonore) par nos deux compères qui vont toujours plus loin dans l’innommable et l’inconcevable.  Et on finit par y voir briller dix millions de couleurs fantasques, d’en apprécier les contours brumeux, de saisir ce dialogue fou qui sévit entre les deux instruments. On finit par le trouver beau, cet abîme de sons démentiels. Oui, il faut juste fermer les yeux et se laisser porter là où John et Rashied sont en train de se porter eux-mêmes…

Ce disque est voyage initiatique. Ce disque est beauté suspendue en apesanteur, une beauté féroce que seul Coltrane savait atteindre. Achetez vos billets et préparez vous à partir loin, loin, loin…


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Valerio Tricoli – Clonic Earth

Année de parution : 2016
Pays d’origine : Italie
Édition : 2 x Vinyle, PAN – 2016
Style : Musique concrète, électro-acoustique, Dark Ambient, Field Recordings

La beauté dans la fugacité des sons qui se perdent, se meurent, renaissent transfigurés, se fondent dans la nuit vaporeuse pour y trouver le repos éternel. Ce disque, c’est un long voyage qu’on vit, moitié réveillé-moitié endormi, vers un ailleurs qui se redéfinit constamment. Vous avez déjà eu de ces rêves surréels ou vous êtes en constant mouvement et où vous flottez rapidement à travers diverses propositions visuelles toutes plus saisissantes les unes que les autres ? Ce disque, c’est ça mais en sons (parce que « musique » n’est peut-être pas le terme approprié ici). On passe à travers des grottes glacées surplombées de stalactites millénaires, des geysers d’anti-matière, des mers d’ébènes aux reflets extra-terrestres, des forêts de lierre de cristal, des lunes diaphanes qui entourent un Soleil pourpre, des villages impies peuplés de végétaux animés, des cathédrales maudites enfouies au tréfonds de déserts de givre. Il y a des voix désincarnées aussi par ci par là, qui nous rappellent une présence vaguement humaine… Mais ce n’est qu’une transmission déformée du monde réel, qu’on reçoit de plus d’un million d’années lumières, preuve supplémentaire qu’on est loin, si loin derrière tout ça. Aussi effrayant qu’apaisant.

Juste impossible de parler vraiment de cette chose étrange en usant des termes techniques… Je n’ai pas les connaissances requises. Et même quelqu’un qui a l’oreille aiguisée ne pourra pas départager l’analogique du numérique, le field recordings mutant de l’instrument remodelé. Cette musique est matière insaisissable. Cet océan bruitatif est confusion. Et c’est là toute la magie de cette gestation sonore qui invite au rêve (et parfois au cauchemar)…

En arpentant les courbes anti-anguleuses de cet album, je revois cette cité caribéenne fantasmatique et son escalier de pierre qui semble se perdre dans les flots marins et que j’emprunte furtivement aux heures pâles d’une nuit d’espionnage, pour fuir ces guérilleros qui me soupçonnent… Je revois aussi la cabine téléphonique en métal-rouillé qui se trouve dans cette énorme pièce vide dans le sous-sol d’un immeuble abandonné au fond des bois, avec la sonnerie du téléphone qui se met à résonner grotesquement, s’adressant à moi comme un funeste présage… Je revois ce cheval agonisant dans la neige, entouré de barbelés et de coquillages géants… Je pense à ce songe (aussi fascinant que pétrifiant) dans lequel une partie du mur de mon ancien appartement se mets à noircir puis pourrir, laissant apparaître un trou noir en expansion d’où s’échappe une fumée spectrale puis éventuellement… des araignées et des mains humaines qui tentent de se frayer un chemin.

Le sommeil paradoxal métamorphosé en album, ni plus ni moins.


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