Un beau dimanche après-midi à pique niquer au parc sous un Soleil de plomb avec le chien Lassie. Des sandwichs triangulaires, des boissons gazeuses et des chips. Peut-être même des barbotines, pourquoi pas ?
Sauf que le gazon c’est de la chair carbonisée qui hurle hurle HURLE qu’il a mal. Qui pleure pleure pleure à grosses larves pendant qu’on rigole à manger nos sandwichs pleins de mantes religieuses et de lames de rasoirs, à boire nos barbotines rouges rouges rouges dans lesquelles flottent des langues humaines qui grouillent encore. Le chien Lassie ne s’amuse pas beaucoup… Il ne bouge pas à vrai dire. OH, ses tripes liquéfiées lui sortent par son abdomen tout tailladé. Il y a déjà des mouches pondeuses qui viennent accomplir leur sombre destin dans le bourbier, les oeufs éclosent et les vers ondoyants transforment Lassie en un espèce de Casu Marzu expérimental.
Et puis les gens saignent de partout. Des yeux, de la bouche, du cul. Ebola Picnic. Le Soleil grossit dangereusement dans le ciel qui tombe soudainement en mode « combustion spontanée de type apocalyptique merci bonsoir ». Les flammes impies se délectent de la peau tuméfiée, de toute l’hémoglobine répandue sur le sol, des vomissures et autres chiures multiples. Le Soleil explose et tout devient ruines et cendres.
Un album étonnement très relaxant.
Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :
The Rita + Wilt – Werewolf in the Black SpaceControlled Bleeding – Plegm Bag SpatteredBasil Poledouris – Lassie (Original Motion Picture Soundtrack)
Style : Rock psychédélique, Opera Rock, Proto-Prog, Baroque Pop
Un des tout premiers albums conceptuel de l’histoire de la musique, « S.F. Sorrow » est une pure magnificence sonore made in Abbey Road. Là où les Pink Floyd venaient d’enregistrer leur mythique « Piper at the Gate of Dawn », Les jolies choses vont à leur tour prendre place et eux aussi se munir des services précieux de l’ingénieur son des Beatles, l’incréééédible Norman Smith (googlez ce nom mesdames et messieurs), pour créer un disque bourré jusqu’à plus soif d’effets studios explosivement orgasmiques, de folie mélodique, de riffs de guitares acides rappelant le Zeppelin de la grande époque, de sitar étincelant (c’est c’lui de George !), de flûte Jethro-tullesque avant l’heure, d’orgue atmosphérique, de batterie jouissive (2 batteurs et 1 percussionniste !!!), de chœurs vocaux irrévérencieux et surtout : de compos superbes.
L’album a un mix de fou. C’est le summum de ce qui pouvait se faire à l’époque. Aucun son à jeter. Tout est divin. Et il est aussi important de mentionner que comme bon nombre de disques psychédéliques de l’époque, c’est un album on ne peut plus sombre dans les thèmes. Et oui, la musique psyché, ce n’est pas que lolipops acidulés et adoration du Soleil. Il y a aussi une grande désillusion lysergique qui accompagne cette époque. Après, tout S.F. Sorrow , c’est l’histoire de Sorrow (ou Chagrin), ce jeune homme mal dans sa peau qui est confronté à l’amour, la guerre, la mort, le deuil, la démence et qui finit en vieillard misanthrope, seul face à un passé qui le dépasse.
Les 3 premières pièces, c’est la partie innocente de l’histoire : la naissance et la jeunesse de Sorrow. « S.F. Sorrow Is Born » est une géniale entrée en matière qui donne le ton. Des effets de claviers vachement planants et proto-prog-licieux, des grattes acoustiques, une basse inoubliable et un refrain fichtrement accrocheur. « Bracelets of Fingers » s’ouvre sur des chants de « Looove loove Loove » des plus décalés avant de nous présenter la jeunesse de notre protagoniste adorée, le tout rempli de ce sitar intoxiqué et de références (à peine voilées) à la masturbation. « She Says Good Morning », c’est là où Sorrow tombe en amour dans un gros élan Beatlesques époque Revolver (l’apport de sir Smith j’imagine), mais avec des solos de guitares beaucoup plus méchants et lourds que presque tout ce qu’on retrouve chez les Fab 4.
« Private Sorrow » est magnifique. Notre ami est appelé à la guerre. Les percus militaires, la flûte austère et la fausse joie prévalante nous rappellent que le temps de l’insouciance est terminé. C’est maintenant l’heure de l’ordre et du chaos. Et ce n’est pas ce clavier étrangement enfantin qui va nous redonner le sourire. « Balloon Burning » ou la mort de la copine de Sorrow dans ce Zeppelin en feu… Scène atroce portée par ces vocaux quasi spoken word monocordes et cette guitare sale qui rappelle le Velvet Underground. Toute bonne humeur est partie pour de bon. C’est ensuite l’heure des adieux déchirants et des funérailles sur un « Death » haut en émotions. Ces sitars funèbres et cette basse lancinante sont fabuleux de tristesse… Un grand moment de musique sombre.
La 2ème partie s’ouvre sur « Baron Saturday », sorte de revers nébuleux du « I Am the Walrus » de Lennon, qui dérive rapidement dans des méandres percussifs et tribaux avant de nous ramener sa mélodie saugrenue à la poire. « The Journey », c’est le début d’une descente dans les enfers de la folie et de la dépression pour le pauvre Sorrow. Le tout se poursuit dans la beauté cafardeuse d’un « I See You » qui combine à merveille passages acoustiques et électriques. Larmes, abîmes et peurs sont au rendez-vous. Et la pièce se termine par un épisode des plus médusant où l’on entend cette voix satanique, hyper-saturée et horriblement déformée, perforer la musique et l’ensevelir sous dix milles tonnes de malaises… Le puits de la destinée (« Well of Destiny ») est vraiment le moment le plus expérimental du disque : 1 minute 40 de musique concrète hyper glauque, que n’auraient pas reniée un certain groupe allemand du nom de Can sur un album appelé Tago Mago.
« Trust » initie le triptyque de la conclusion. Superbe chanson qui renoue musicalement avec l’euphorie du début, les paroles sont pourtant loin d’être très jojo (« Excuse me please as I wipe a tear, Away from an eye that sees there’s nothing left to trust, Finding that their minds are gray, And there’s no sorrow in the world that’s left to trust… » vous voyez le genre). « Old Man Going », avec ses airs d’hymne proto-Heavy-Metal et sa rythmique Amon Düül-esque, c’est le dernier souffle de notre héros, alors qu’il s’apprête à affronter sa propre fin, plein de rage, n’ayant rien compris à son passage sur la Terre. Le son est hyper-saturé et bien acerbe. Regrets, déceptions, frustrations, haine. Tout cela se ressent à la puissance dix à l’écoute de ce joyau de Space Rock.
L’album se termine magnifiquement avec un « Loneliest Person » beau à pleurer… Si cette piécette désespérée ne vous fait rien ressentir après l’épopée tragique et grandiose que vous venez de vivre, je ne veux pas vous connaître, qui que vous soyez.
Donc… « S.F. Sorrow », c’est un des GRANDS disques oubliés de l’ère psychédélique. À découvrir de toute urgence. Et à conseiller aussi à ceux qui pensaient que les sweet sixties, ce n’était qu’harmonie, fiestas, promiscuité et stupéfiants. Un bien beau wake-up call que cet album.
Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :
The Who – TommyJethro Tull – AqualungThe Small Faces – Ogdens’ Nut Gone Flake
Style : Black Metal Atmosphérique, Post-Black, Ambient
In a wintery Black Metal mood today, malgré le quasi-printemps hatif et les oiseaux qui gazouillent…
L’est assez indescriptible c’te disque… Autant il y a cet aspect atmosphérique-dépressif qui puise ses sources chez Burzum (ça « buzz » allègrement d’un bout à l’autre), autant on y retrouve aussi des touches gothiques (ce violon à la My Dying Bride qui ensorcelle fichtrement sur « Tortured by Solitude ») ou même shoegaze par bouts, comme si Slowdive avait décidé de se la jouer « ouais, on est EVIL et on brûle des églises maintenant ». De plus, ya comme un aspect très pop qui est caché derrière toute la mer de larsens et de hurlements robotiquement altérés façon Filosofem. La production, à mi-chemin entre lo-fi vaporeux et limpidité cristalline, sied merveilleusement bien à l’atmosphère prévalante ici. Les compos sont ultra simples mais bigrement efficaces et chargées d’émotion.
Émotion est le maître mot ici. Ce que ce Mélancolie au carré réussit le mieux, c’est sublimer le pathos. C’est rare qu’un disque de Black Metal soit aussi prenant émotionnellement. Et je dirais même que c’est inaccoutumé qu’un album de Black soit aussi « beau ». Par bouts, on dirait presque un M83 Black Metal. On pense même à l’album parenthèse de Sigur Rós. Pas nécessairement pour la musique en temps que tel mais pour ce qui s’en dégage : une mélancolie profonde et authentique… mais aussi une mélancolie euphorique, belle à nous couper le souffle, qui nous porte et nous entraîne ailleurs, vers ce monde merveilleux où l’esprit humain est libre de toute entrave.
Melancholie² se conclut sur une anomalie des plus bigarrées, « Escape », une espèce de suite post-rock teintée de beats trip-hop glacés, de guitares larmoyantes et de violons lancinants.
Chaudement recommandé à ceux qui cherchaient le petit frère du « Filosofem » de Burzum.
Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :
Burzum – FilosofemSigur Rós – ( )Woods of Desolation – As the Stars
Style : Noise Rock, Rock Alternatif, Expérimental, Post-Punk
Pour votre chroniqueur adoré, Sister, c’est le début de la sainte trinité sonic youth-ienne. C’est le premier opus discographique dans un triolet de disques quasi-parfaits et géniaux, où le groupe est au sommet de son art (Daydream Nation et Goo sont les deux autres). C’est sûr, le groupe a connu d’autres sommets vertigineux à travers son inépuisable discographie (qu’on pense à l’ambitieux Washing Machine ou au plus noir que noir Bad Moon Rising), mais c’est avec ces 3 albums que LE groupe alternatif par excellence a laissé sa marque sur le panorama musical et ce, à jamais. C’est ici que sera enfanté le grunge, après tout.
Sur le précédant album, le déjà superbe et bien nommé Evol, le groupe avait entamé son évolution vers des structures plus mélodiques et « composées » ; tout en conservant leur aspect bruitatif leur étant si cher (ces fameux feedbacks de guit, marque de commerce des New Yorkais). Sister s’inscrit dans le prolongement logique de cette démarche, confirmant à tous et toutes que Sonic Youth est un groupe de Rock avant tout, et non uniquement un ensemble de no wave avant-gardiste chevauchant des cascades de larsens. L’album débute de manière magistrale avec « Schizophrenia », un des plus grands morceaux de SY. Il y a d’abord CE putain de beat de batterie (doux et insistant) de Steve Shelley et puis arrive ces guitares reconnaissables entre mille, cette basse chaleureuse et la voix toujours blasée de Thurston Moore. Sous des allures on ne peut plus pop et apaisées, ce morceau est une tempête tranquille qui se termine dans un éclatement des plus jouissifs. Il y a aussi cette espèce de mélancolie étrange qui réside au cœur même de la composition, à travers ses paroles pleines de hargne et de confusion (Philip K. Dick en pleine crise d’adolescence), cette voix de sirène damnée (Kim Gordon qui fait ici penser à Nico) venant nous révéler des secrets brumeux… C’est comme si on avait toujours connu cette chanson, comme si elle avait habité dans notre imaginaire collectif pendant des années… Comment poursuivre après un tel monument ? Avec « Catholic Block », ni plus ni moins. Ça débute en chapeau de roue avec LE feedback de style « j’viens juste de plogger ma guit’ et ça enregistre déjà parce que je suis près à détruire tout sur mon passage !!! ». Rapide, punk, noisy à souhait, rempli à plus soif de dissonance : ça fait du bien par où ça passe. On tombe dans le plus introspectif avec « Beauty Lies in the Eye », où la voix envoûtante de Kim nous ouvre les portes de son âme :
« Do you want to see The explosions in my eye Do you want to see The reflection of How we used to be Beauty lies In the eyes of anothers dreams Beauty lies Lost in anothers dream »
– Beauty Lies in the Eyes
Le monde des rêves hallucinés, les amours morts ou perdus, l’irréel… Je ne sais pas à quoi ce titre fait référence mais c’est sacrément beau. Il est important de noter que le groupe était alors très inspiré par les écrits de Philip K. Dick (ci-haut mentionné), possiblement le plus grand auteur de science-fiction de tous les temps et aussi un des mecs les plus barges (ou lucide ?) que la Terre ait porté en son sein… L’univers de Dick est particulièrement présent à travers les paroles inspirées et l’atmosphère (chaos, folie, solitude, amour) de Sister. Le titre fait d’ailleurs référence à la sœur jumelle de K. Dick, morte en très bas âge (bien que l’auteur croyait mordicus que lui était mort et que c’est sa sœur qui était bien vivante… mais bon, ne nous égarons pas).
Ça se poursuit dans le bruit avec « Stereo Sanctity » et « Pipeline », deux morceaux qui butent sévèrement. Il y a de la rage ici mais aussi de la tristesse, du mal-être, de la paranoïa, du malsain… « Tuff Gnarl » est un aut’ monument. Début pop nostalgique rappelant la pièce introductrice de l’album, la chanson se mute en un véritable ouragan de larsens transgéniques. Les mecs et la fille de Sonic Youth ont bien compris comment recréer le phénomène de l’orgasme en musique, et ils ne s’empêchent pas de le mélanger avec l’univers du cauchemar. « Pacific Coast Highway », c’est du grand n’importe quoi épique ou plutôt c’est « Sister Ray » des Velvet passé dans le malaxeur des années 80. Kim a sa voix de prêtresse bipolaire cochonne et glaciale (comme je l’aime). La musique accompagnant ses proclamations est un espèce de mantra chaotique et hypnotique. S’ensuit alors le cœur de la pièce : un passage plus downtempo et instrumental renversant qui vient nous percuter en plein coeur… « Hot Wire My Heart », c’est Thurston qui se la joue Stooges et Ramones. Simple, con, dissonant et diablement efficace.
« Cotton Crown » est ce qui se rapproche le plus d’une chanson d’amour chez SY (« Angels are dreaming of you » répètent les deux tourtereaux). Kim et Thurston chantent tous deux ce qui pourraient être leur version de « I got you Babe », murs de guitares en lame de rasoir (signés Moore et Renaldo) en prime. Niveau ambiance, on est pas loin du grand Loveless de My Bloody Valentine. L’album se termine dans le chaos avec un « White Cross » qui te décrasse le système bien comme il faut. Et c’est déjà fini. Et c’était foutrement bon.
Sister est un chef d’oeuvre intemporel du Rock alternatif. C’est aussi l’album de Sonic Youth que je recommanderais à tous ceux qui veulent s’initier au groupe. Il y a tout ce qui fait leur magie là-dessus.
Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :
My Bloody Valentine – Isn’t AnythingMudhoney – Superfuzz BigmuffDinosaur Jr. – You’re Living All Over Me
Il y a toujours une genèse dans l’élaboration de nos goûts musicaux les plus obsessifs. Le premier album qui nous introduit à un style qui se révèle fascinant ou encore : le premier disque du genre qui fait mouche sur tous les tableaux. En frais de dub, cette compile du génial Augustus Pablo a été cette porte d’entrée parfaite pour votre humble serviteur qui aimerait tant pouvoir se taper un petit oinj’ de white widow en vous écrivant cette critique mais qui, hélas, ne donne plus dans le créneau depuis plusieurs années (les antidep et le tabac qui rigole ne font définitivement pas bon ménage par ici). Je me contente donc d’une Pale Ale qui, l’odeur du houblon aidant, me rappelle mes belles années « au vert ».
« Meets the Rockers Uptown », c’est ni plus ni moins la quintessence du dub dans son essence vrombissante même. Le dub, c’est avant tout un son. Une vibration. Une atmosphère. Une pulsation (de basse). Avant même qu’il existe un style nommé « bass music » par des journaleux, le dub c’était encore plus ça que ça. Une basse langoureuse, frémissante, enveloppante, envoûtante, céleste… qui se répercute dans des échos chatoyants, dans la nuit originelle. C’est l’assise de tout le reste ; la base quoi (oh, le vilain jeu de mot !). La basse comme religion. Comme absolu en soi.
À cela se greffe une batterie mollassonne toute de reverb recouverte (s’y noyant presque parfois), de la guitare soul en mode « staccato », des brass tonitruants qui percent légèrement l’épais voile de fumée opaque des horizons sonores environnants, des notes de piano endormi et d’orgue fantôme, quelques voix chopped and screwed bien opiacées (perdues au loin) qui repartent aussitôt arrivées et puis, dans le cas de ce cher m’sieur Pablo, ce mélodica emblématique au son si caractéristique ; qui rajoute une touche de mysticisme sur une musique déjà on ne peut plus brumeuse… Mais parfois tout le reste s’estompe momentanément et on revient à la source : la basse. C’est elle la star de l’ensemble. C’est elle qui est porteuse de cette musique si unique, qui, selon moi, a une proche parenté avec la musique dite « ambient ». Une musique dont l’influence se fait maintenant reconnaître presque partout.
Qui aurait cru un jour que ce garçon de 15 ans qui traînait autour d’un magasin de disque de Kingston (« Aquarius »), son mélodica à la bouche (reçu en cadeau d’une fillette), deviendrait un jour le plus grand producteur de Dub de tous les temps ? Un mec qui maitriserait le studio comme un grand chef sa cuisine. Un innovateur forcené en matière de techniques de prod et d’enregistrement. Un empileur de « couches sonores » qui s’enchevêtrent tellement bien qu’on a l’impression qu’elles font l’amour dans (et à) nos oreilles. Un créateur de soundscapes dans lesquelles il fait bon se perdre éternellement. LE pionnier en matière de « remixing ». Un mec qui travaille le son comme l’argile un sculpteur.
Disque charnière.
Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande bien languissamment (bien sûûûûr) :
Keith Hudson – Pick A DubYabby You & The Prophets – Conquering LionScientist – Heavyweight Dub Champion
Interprètes : Rafael Kubelík (direction), Orchestre Philharmonique Tchèque
Pays d’origine du compositeur : République-Tchèque
Écriture de l’oeuvre :1874-1879
Enregistrement : 12 mai 1990
Édition : CD, Supraphon – 1990
Style : Musique classique orchestrale / romantique, poème symphonique
Notes sur la version
Rafael Kubelík est reconnu comme étant le maître incontesté de Má Vlast. Il dirigea le cycle en spectacle et l’endisqua un grand nombre de fois, avec différents orchestres… Mais c’est cet enregistrement sur Supraphon qu’il faut prioriser car, en plus de la performance remarquable et de la joie communicative qui existe entre les musiciens, le chef et le public tchèque, cet enregistrement représente le retour de Kubelík en République-Tchèque à la tombée du rideau de fer (1990), après de nombreuses années d’exil. C’est une véritable célébration de retrouvailles, pleine de vie, de bonheur débordant et, évidemment, de musique euphorique (parmi la plus belle au monde).
J’aime ma patrie, yo !
Má Vlast… Ma patrie… Ce cycle de 6 poèmes symphoniques que le compositeur tchèque Bedřich Smetana a dédié à son pays bien-aimé demeure son oeuvre la plus distinctive et emblématique. À l’instar de ce cher Ludwig van Beethoven, Smetana compléta son oeuvre la plus célèbre alors qu’il était devenu sourd… C’est vous dire le degré de connaissance de l’art de la composition et la capacité d’imaginer une musique aussi puissante à même son « cerveau musical », sans l’appui de son sens le plus capital.
Má Vlast est réputé et révéré en République-Tchèque (avec raison !) mais moins connu au delà des frontières du pays… À part pour le 2ème poème de la série, « Vltava » (ou « La Moldau »), qu’on retrouve plus souvent dans les programmes de différents orchestres de renom ou encore : au cinéma. Je dois avouer avoir moi-même découvert cette oeuvre somptueuse lors d’un visionnement d’une scène tirée du très beau film « The Tree of Life » de Terence Malick… Sublime adéquation d’une musique évocatrice de milles splendeurs et des images d’un réalisateur qu’on pourrait qualifier lui-aussi de créateur de « poèmes » (cinématographiques, dans son cas).
Cette musique (autant que le film) m’a longuement hanté post-visionnement… J’ai donc voulu découvrir le cycle complet. Et, force est d’admettre qu’il est merveilleux d’un bout à l’autre. Cela commence avec « Vyšehrad », nom d’un quartier au sud du centre historique de Prague, là où on retrouve le château du même nom, construit au 10ème siècle, au sommet d’une colline à proximité de la rivière Vltava. Le tout s’ouvre sur un auguste motif à la harpe, qui, après une minute trouve ses complices en la forme d’une section de cuivres élégiaques. Puis les cordes arrivent, majestueuses, célestes… Finalement tout l’orchestre explose, rendant hommage à l’éclat et à l’histoire du château, qui fut la demeure des premiers rois tchèques. Le tout se transforme en marche rutilante, parfois lumineuse, parfois ténébreuse… On s’approche d’un climax foudroyant, qui est pourtant stoppé soudainement, évoquant le château en ruines… Et la harpe revient, douce et mélodieuse, pour nous rappeler les gloires passées de ce lieu important de l’histoire de Prague.
La Vltava ensuite… rivière qui traverse la Bohème du sud au nord, qui traverse de ce fait Prague au complet. Deux thèmes qui se répondent et finissent par s’enchevêtrer, pour illustrer les deux sources de la rivière qui font éventuellement confluence pour devenir un tout imposant et ample. Puissance incantatoire d’une musique qui se passe de paroles pour dépeindre des scènes d’une folle beauté… On suit alors le cours d’eau alors qu’il traverse forêts, hameaux et villes, pour finalement atteindre Prague la radieuse. Smetana ré-adapte ici la mélodie « La Mantovana », vieil air de la renaissance italienne (et qui sera aussi l’inspiration de l’hymne national israélien).
« Šárka », 3ème poème ; nommé ainsi en honneur à la guerrière mythique de la « guerre des Demoiselles », légende tchèque où Šárka venge la reine Libuše, assassinée par le prince Ctirad. Musique guerroyante, tragique, pontifiante, victorieuse… mais entrecoupée de passages atmosphériques assez ravissants merci. Cela se conclut dans l’euphorie, alors que Šárka et les militantes à sa solde parviennent à leurs fins. « Z českých luhů a hájů » (des forêts et prairies de Bohême), 4ème piste, nous offre un voyage éclair de 12 minutes à travers la lande tchèque, la beauté de sa nature, de ses forêts, de ses champs et des petits villages peuplés de gens en fête, à l’approche d’un festival. Tout plein de petites scènettes fabuleuses.
Les deux derniers poèmes sont complémentaires et représentent la portion « guerroyante » du cycle. « Tábor », très austère et belliqueuse, porte le nom d’une ville de la région de Bohême-du-Sud qui jadis connu des combats opposants les représentants de l’église catholique et féodaux aux hussites (paysans et partisans de Jan Hus, un héros nationaliste et un martyr de la libre-pensée, mort sur le bûcher en 1415). On entend et ressent tout l’esprit de combativité et la fierté des hussites à travers une partition haletante, émotive et parfois tragique. « Blaník », dernière piste… C’est le nom de la montagne au coeur de laquelle (la légende nous dit que) les guerriers hussites dorment depuis des siècles, prêt à se réveiller et à reprendre les armes si la patrie est attaquée. C’est une pièce beaucoup plus calme et bucolique, malgré quelques fulgurances par ci par là, comme ce beau final triomphal.
Une oeuvre majestueuse et féérique, absolument essentielle pour tout explorateur de musique romantique.
Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :
SIBELIUS – Symphonie #5 (dir. Sir Colin Davis)RIMSKY-KORSAKOV – Scheherazade (dir. Ansermet)DEBUSSY – La Mer (dir. Gergiev)
Édition : 2 x CD, The Alphabet Business Concern – 1996
Style : OVNI, Art Punk, Rock Progressif, Expérimental, Psychédélique, Post-Punk, Pop, Zolo, Frank Zappa et les Chipmunks qui font du tricycle sur les anneaux de Saturne
NOTE D’UNE IMPORTANCE CAPITALE : Cette chronique a été écrite il y a de cela plusieurs années. Elle déplore la discontinuité du présent album ; discontinuité qui est, actuellement (en Février 2024), chose du PASSÉ !!! Avant de célébrer cette nouvelle fabuleuse en dansant un espèce de merengue-technoïde-expérimental-en-9/8 en compagnie de vous-même (tout en vous gorgeant de jus de pamplemousse faisandé), RUEZ-VOUS sur le site du groupe pour vous procurer la discographie entière de ces malades mentaux délicieusement atteints. C’est un ordre ! Ça se passe ici : http://www.cardiacs.net/
Une des plus grandes injustices en ce bas monde (à part la famine, la pollution, la corruption, la maladie, la désintégration du tissu social engendrée par la modernité et toutes ces choses tristes et consternantes, s’entend), c’est que cet album ait été dis-continué et par le fait même introuvable depuis des lustres (tout comme l’intégralité de la discographie du groupe le plus sous-estimé de tous les temps)… Comment la Terre a t’elle pu continuer de tourner alors que la race humaine entière ne chante pas les louanges et les hymnes des irremplaçables Cardiacs ? Ce disque est une incroyable tuerie, un condensé de folie pure, une violente ode au bonheur, un coup de poing souriant en plein visage. C’est le magnum opus de Tim Smith et de sa bande de joyeux lurons déglingués. Dur de définir l’incroyable claque que j’ai pris lorsque j’ai écouté ce disque pour la première fois de ma vie (il y à peine quelques mois) ; claque que tu prendras toi aussi, lecteur curieux et avide de nouvelles sensations musicales. Pour te préparer un tout petit peu : Imagine que Brian Eno époque Roxy Music, les Sparks, les Residents, Faust, XTC, Devin Townsend, Frank Zappa, Carl Stalling (le mec qui composait la musique des cartoons de Warner Brothers) et un quatuor à cordes se retrouvaient enfermés tous ensemble dans un studio pour une semaine, qu’ils ingéraient une importante quantité de champagne, de speeds et d’hélium et qu’ils décidaient de créer un opéra rock chrétien sur le thème du Big Bang. Imagine que le studio est hanté par des milliers de fantômes de lamas qui crachent des confettis multicolores partout, partout, partout… Imagine qu’après avoir joué comme des malades mentaux profonds pendant trois jours, ils se commandent une pizza et que le livreur soit en fait Alvin, accompagné de ses inséparables Chipmunks (qui sont aussitôt recrutés comme « guest vocalists »). Imagine la fin des temps, le dernier jugement, mais avec le sourire. Ferme les yeux et imagine tout ça. Bien… Cela se rapproche à peine de l’expérience que représente l’écoute des deux CDs qui constituent Sing to God.
Rarement disque m’aura autant fait penser à l’acte de regarder des Ciné-Cadeaux sous l’influence du LSD (pendant qu’une tempête de neige cosmique bat son plein à l’extérieur)… euh enfin, aucun autre disque n’a jamais eu cet effet si particulier sur ma psyché. Ce qui étonne, tout d’abord, c’est la grandiosité du truc. Ici, tout est grandiloquence, démesure, opulence du son dans toute sa splendeur. Bref, on ne se prive pas : production en béton, orchestrations raffinées, chœurs déments avec ses voix complètement illuminées qui montent à n’en plus finir (pour notre plus grand bonheur), paroles aussi épiques que débiles (ce chien qu’on appelle Sparky !), guitares rugissantes, solos aussi complexes qu’énergiques, incursions zappa-iennes par ci par là (la fin de « Odd Even » et « Fairy Mary Mag » vont faire vibrer plus d’un fan du célèbre moustachu), claviers surpuissants qui englobent tout, batterie virtuose, piano style « Schroeder de Charlie Brown », orgues, cordes, bandonéons, canons à la Gentle Giant, sans oublier les CUIVRES !!!, mélodies pop sucrées à souhait mais boostées au Metal, rythmiques post-punk, dissonances psychédéliques insolentes, explosions de rires biscornus… Tout ici est GRAND et PUISSANT et DANS TA GUEULE.
Et les morceaux… des joyaux de composition, TOUS. Pas un moment faible à travers les quelques 90 minutes que dure l’album. Après l’intro (« Eden on the air ») qui nous ouvre les portes d’un paradis lysergique, on se frotte à un « Eat it up worms hero » qui donne la couleur… enfin tout le spectre des couleurs des Cardiacs version nineties. Cette pièce, c’est une visite du cirque le plus dérangé de tous les temps (les membres de Queen grimés en clowns décadents et jonglant avec des moustaches géantes, Serj Tankian nu dans un costume de lion tout déchiré, le chapiteau qui a des dents de vampire, des nuages en barbe-à-papa qui surplombent la scène) couplée à un bad trip de champis mais tout ça passé en fast forward. S’ensuit alors « Dog Like sparky », avec toute sa candeur contagieuse, sa structure alambiquée et son côté « refrain de la mort qui tue ». C’est un hymne tellement attachant qui me reste joyeusement coincé dans le cerveau pendant des jours (souvent) mais dont je ne me lasse jamais. « Fiery Gun Hand » est un délire d’une rare puissance, où les voix tarées des tachycardes atteignent des sommets de démence (et ce n’est qu’un début…). Un solo de guitare effréné plus tard et le délire se poursuit avec les insectes et Lassie. Zappa qui joue du Ska dans l’espace avec Tim Burton ? Et pui koi encore !!! À vrai dire le délire ci-mentionné ne s’arrête jamais les amis ! Tout ce premier disque est un long moment de bonheur et d’euphorie qui régale et qui fait peur en même temps (la peur de redescendre brutalement après être monté si haut !). À noter les magnifiques incursions vocales de Claire Lemmon un peu partout ainsi que l’hommage à une des chansons les plus connus de Faust (« je n’ai plus peur de perdre mes dents ») sur « Wireless »…
Le deuxième disque, un tantinet (à peine) plus tranquille par moments, est aussi le plus varié des deux. Ça commence superbement avec « Dirty Boy », morceau é-p-i-q-u-e jusqu’à la moelle et rivalisant avec les moments les plus impossibles du Infinity de Devin Townsend. S’ensuit des morceaux oscillant entre le bordel maniaque du premier CD et d’autres rappelant les travaux plus eighties du groupe mais updatées à leur sauce moderne. Mais il y a tout de même des étrangetés encore plus étranges à travers ce CD : l’élégant et beatlesque « No Gold » avec son espèce de nuage de cordes en suspension, l’audacieux et sombre « Nurses Whispering Verses » qui est presqu’une symphonie à lui tout seul, ainsi que cet espèce d’interlude franchement malsain, « Quiet as a Mouse », qui rappelle « After School Special » de Disco Volante de nos amis californiens préférés (album sorti à peu près en même temps). Patton est d’ailleurs très fan ; il devait d’ailleurs réédité toute leur discographie sur Ipecac, le bougre ! Kes kil attend ?
Bon… Je me suis encore étendu un peu trop… Mais c’est de bonne guerre. Tout l’amour et l’admiration que je voue à cette musique et à ces êtres se devait de sortir un jour ou l’autre. En gros, ruez vous sur ce Sing to God in-cré-diii-ble tout de suite et sur les autres albums du groupe !!!!
Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :
Mr. Bungle – Disco VolanteDeep Turtle – There’s a Vomitsprinkler in My Liverriver Faust – IV
Style : Pagan Black Metal, Black Metal atmosphérique
Raaaah…. Cette démo/EP !!! Pour moi, elle représente la quintessence du son Graveland des débuts. Le Graveland cru, mystique, obtus, rageur, lunatique, rêveur, véloce… J’ai beau apprécier grandement l’évolution du son des Polonais au travers des années, reste que parfois, ça me prend une dose de early Graveland pour me replonger dans les premiers émois adolescents de ma découverte du black metal ; le grand vertige initial en somme. Cette galette en particulier, avec sa pochette ensorcelante, aura longtemps hanté mes songes incubes. On dirait qu’elle m’appelle, qu’elle m’invite dans cet univers médiévalo-celtique-surréaliste gris-terne, où un ciel lourd et enneigé surplombe diverses scènes fantasques : la forêt brumeuse qui, en son sein, abrite des divinités pas si bienveillantes que ça… les épées maculées de sang qui s’entrechoquent sur un champ de bataille couvert de corps décharnés et transis… Des villages fantômes ayant été pillés ou visités par la faucheuse qui revêt le masque déformé de la peste noire… Bref, ce genre de choses joyeuses qui excitaient le jeune homme avide de sensations fortes que j’étais.
Ça part avec la meilleure intro synthé-donjonnée de l’histoire du Black Metal (juste ça). Les claviers (glacés) du jeune Robbie-le-raciste instaurent déjà toute l’atmosphère vaporeuse du disque. Les quelques samples viennent raffiner et parfaire le tableau funeste. Ça donne des frissons. Nous sommes dans une ère de sang, de famine et de froid. L’homme est un loup pour l’homme. Et c’est sans compter les autres dangers (le climat polaire, la maladie, les bêtes affamées, la colère des Dieux anciens) qui font de l’existence quelque chose de bref, de brutal et de souffreteux.
Et puis ça part pour vrai. 5 morceaux d’un black metal mid-tempo hargneux et vorace (+ un petit « Prolog » tribalo-païen-sympathique qui initie ce qui était la Face B de la cassette). C’est cru, granuleux et bien croustillant ; comme mon métal noir préféré. C’est bourré de riffs simples mais bigrement efficaces. La voix est très très râpeuse et écorchée. Darken était encore dans sa phase « hurlements fantomatique de canis lupus » (c’était avant qu’il développe ses espèces de croassements de guerrier batracien, par la suite). La batterie, distante et binaire, vient appuyer judicieusement la machine à riffs. Et il ne faut surtout pas oublier ces foutus synthés atmosphérico-orgasmiques qui viennent conférer aux compositions une teinte ambient des plus succulentes. J’adore aussi quand ça vire « orgue gothique rococo vampirique » dans ces moments où les mecs veulent vraiment appuyer l’ambiance cauchemardesque. Comme Vargounet de Burzum, les mecs de Graveland ne sont pas des grands musiciens ; mais en tant que créateurs d’atmosphères cafardeuses, ils sont pas loin d’être des génies.
La démo se conclue sur un « The Return of Funeral Winds » magistral qui demeure un de mes morceaux préférés du groupe, toutes époques confondues. On tient vraiment là une des 10 meilleures démos de l’histoire du Black Métal et une des sorties les plus cultes de la discographie de Graveland.
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Burzum – Det som engang varVornat – VornatMoonblood – Nosferatu
Travis Miller (et ses dix milles alias) est un des MC / producteur les plus talentueux des 10 dernières années. C’est aussi un homme qui n’est pas doué pour le bonheur… Sa production gargantuesque, pourtant plébiscitée par la frange underground, en témoigne. On le pensait parti pour ses brumes originelles après un Oblivion Access en forme de requiem rap suicidaire-nihiliste… Le voici qui nous revient de ses entrailles sous ce nouveau pseudonyme et diantre, ça ne va franchement pas mieux. Bedwetter… un nom qui pourrait faire sourire tant il semble manquer de sérieux mais dès qu’on appuie sur « Play », le sourire en coin disparaît assez rapidement merci. Et cette pochette toute Jandekienne vient rajouter au malaise perçu.
J’ai rarement entendu un disque aussi claustrophobique et expiatoire. C’est une violente mise à nue de tous les malaises internes d’un mec qui n’a clairement pas eu de plaisir à créer ce ramassis de mélancolie glauque et à écrire ce journal intime cauchemardesque en diable… Fallait juste que ça sorte. C’était nécessaire. Et on se sent un peu voyeur d’écouter tout cela, malgré la qualité évidente du machin. Comme regarder des vieilles VHS mal calibrées d’un gars qui s’est filmé tout seul dans sa chambre dont il ne sort plus depuis des semaines, broyant du noir, laissant aux fantômes du passé le contrôle sur tout son être, petit à petit…
Après une intro des plus catho-malsaines (« John »), le meilleur morceau de l’album nous est déjà assené en pleine gueule (« Man wearing a helmet »). La pluie qui bat tristement, des samples de conversations confuses, de pleurs, des regrets sonores… et Travis nous plonge dans un traumatisme d’enfance particulièrement douloureux, sous fond de berceuse neurasthénique. L’histoire relatée devient de plus en plus horrible ; le protagoniste (Travis lui-même) étant totalement impuissant, laissé à lui même, dans le coffre arrière de la voiture d’un inconnu… On sent la hargne monter dans le flow ; on sent le vécu remonter comme autant de bile dans la gorge. Et dans son paroxysme, le fond sonore change brutalement. Ça devient vraiment plus lourd et dérangé, incorporant un espèce de piano jazzy des ténèbres vraiment inoubliable.
Le reste de l’album n’est pas en reste et enchaîne les morceaux instrumentaux et ces courtes pièces narrées sorties tout droit du pathos d’un homme seul, rongé par son passé, sa dépression et ses pensées obsédantes. L’habillage sonore Cloud Rap / Illbient (voir même un peu Trip-Hop) est vaporeux, diffus, faussement rassurant ou tout bonnement glauque par moments…
L’album, est excellent, bien qu’il a un côté inachevé… ce qui n’est pas nécessairement une mauvaise chose en soi. Cet aspect renforce le côté soudain et exutoire de l’oeuvre (soulevé ci-haut).
À l’écoute d’un tel disque, il n’y a qu’une chose à dire… Get well soon Travis.
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Eminem – The Marshall Mathers LPbilly woods & Kenny Segal – Hiding PlacesAkira Yamaoka – Silent Hil 3 (BO)
Vague à l’âme. Mélancolie. Tristesse résignée… Ce disque en est emplit. Ça sort de tous les pores ; de tous les sillons. Album hanté, qui semble avoir déjà trop vécu. Notre Townes est abattu, maussade, triste comme les pierres. Mais de tout ce mal-être existentiel s’érigent ces chansons douce-amères, minimalistes mais profondes, percutantes, étrangement réconfortantes… Un carnet d’errances et de perdition, dont l’auteur, au plus creux de ses déboires, parvient à transformer en chef d’oeuvre luminescent, extirpant toute la beauté sublime du pathos. Chanter malgré la désillusion, les échecs et les larmes… for the sake of the song. Car la beauté est dans toute chose.
Je vois en cet éponyme de Townes Van Zandt le reflet outre-atlantique du « Five Leaves Left » de l’ami Nick Drake. Mais là où l’amertume de Nick provenait d’une dépression profonde, celle de Townes vient de ses relations brisées et de ses multiples addictions (héroïne, boisson). Deux hommes qui souffrent. Deux génies musicaux qui subliment cette souffrance en chansons magnifiques, renversantes, indémodables ; qui vivront éternellement, influençant générations et générations d’artistes, réussissant à atteindre l’âme (et les tripes) de tout mélomane. Car la souffrance est universelle. Et l’être humain (dans une vaste proportion, désolé messieurs les sociopathes) est capable d’empathie pour son prochain ; et aussi pour soi. Et quand les humains vivent des déceptions, des coups de blues, des revers… Ils ont parfois besoin de pleurer un bon coup, de se bercer dans ces univers cafardeux (mais hautement poétiques) un moment, d’entendre une voix leur dire « ça ne va pas trop moi non plus. Mais c’est aussi cela parfois, vivre ».
La vie est parfois dure et cruelle… Mais la vie est aussi beauté infinie. Donc fermez les yeux, et écoutez Townes jouer de la guitare et chanter toute la misère du monde. Vous l’entendrez alors, cette infinie beauté.
Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :
Nick Drake – Five Leaves LeftVic Chesnutt – West of Rome Mickey Newbury – Looks Like Rain
Aaaaaaah…. le vieux Graveland. Le Graveland vicieux, cru, guerrier, acariâtre, antipathique, acerbe, renégat, suranné, occulte à l’osssssss. Cette démo est une des plus légendaires du style. Elle est laide. Magnifiquement laide. Lo-fi au boutte. Nom d’album (et pochette) sans équivoque, faisant référence aux petites sauteries nocturnes de leurs collègues norvégiens. Une intro où on entend le joyeux crépitement des flammes, des chants médiévaux et des cris (grotesques) de femme qu’on imagine au bucher. Superbe entrée en matière. Et puis ça part…. le morceau titre. Compressé à l’os. C’est comme si tous les instruments sont pris dans un gros pain de boulangère bien compact (et dont la « mordée » vous arrache une dent). Et il y a ces… ahem… vocaux ? Est-ce qu’on peut qualifier ça de vocaux au juste ? Ce sont des cris de canard haut perchés, abominables, ignominieux, orduriers, presque ridicules dans leur côté jusqu’au boutiste. Bordel, c’est TELLEMENT HAINEUX. Et il y a les claviers atmosphériques de perdus dans la bouillie sonore infâme… En fait, tout est perdu sous la nuage lo-fi (production ? C’est quoi une production ?!?). TOUT. la basse n’existe juste pas. La guitare est en 8-bits. Les claviers victorieux de donjon de J-RPG semblent être diffusés par un gramophone antique qui ne tourne plus rond. Bordel que j’aime ça. Il n’y a que les vocaux horripilants qui triomphent et qui semblent être sur le point de faire fondre la mothafuckin’ cassette.
Ensuite, c’est « The Night of Fullmoon ». Sous la pleine lune, les riffs sont assassins et Rob Darken se prend pour un loup-garou ; un loup-garou dont la gorge semble cracher des grumeaux morveux de Coronavirus (restons d’actualité). Un « middle break » complètement jouissif survient alors que le chaos sonore approximatif menace de l’occulter à tout moment. Capricornus y va de passes de batterie très atypiques (du moins pour du BM Raw). On a toujours l’impression que la bande va rendre l’âme, comme si autant de rage caverneuse ne peut tout simplement pas « fitter » sur le format… Voici venir l’intermède « The Dark Dusk Abyss », là où le bon Robert est à son plus « Castlevania ». Clavier moisi réglé en mode « orgue crousti-licieux ». On imagine Simon Belmont, le visage barbouillé de corpse paint, pourfendre des créatures malséantes avec son fouet taché de sang noir et recouvert de bouts de peau faisandée.
Reprise des hostilités avec un « Through the Occult Veil » bien cafardeux et cryptique. Magnifique morceau de Black Metal mid-tempo que voilà. Le mur de son de Phil Spector au service du mal absolu. Quand on dit que le Black Metal cru est en fait de l’Ambient primitif, on ne se trompe pas. Tous les instruments sont tellement enchevêtrés en un tout difforme et hypnotique que cela peut s’apparenter effectivement à de l’ambient… de l’ambient mort, pourri, détérioré, corrompu… « For Pagan and Heretic’s Blood », dernier morceau de la démo cassette d’origine fait ensuite irruption dans notre appareil auditif. C’est fichtrement punky, avec un Rob Darken qui vomi copieusement un texte bien rageur envers et contre ces satanés Chrétiens (toujours eux) qui ont, jadis, détruit la riche culture païenne à laquelle il tient tant.
Sur mon édition CD de No Colours, on a droit à 3 morceaux bonus (de la même époque). D’abord, un instrumental bien glauque et transi, très Burzumien, et qui laisse présager les réalisations futures de Lord Wind (le projet Dungeon Synth / Néoclassique de Darken). Puis, le black monochrome refait surface dans nos enceintes poisseuses avec un « Hordes of Empire » qui ressemble à une fusion froide entre Ildjarn et le Emperor des débuts. Et on termine avec un de mes morceaux préférés de Graveland, « The Gates to the Kingdom of Darkness ». C’est l’amalgame de tout ce qui est jouissif du BM raw et atmosphérique. De la rage, du grain, de l’épique, de la déraison, de la fougue, une certaine forme de noblesse pervertie, de l’incohésion fabuleuse et véloce, de la folie… J’adore quand l’orgue casio revient pour tout englober de ses ronronnements doucereux… Et puis ça se termine avec « L’outro ». Retour à la grande fête païenne, avec le vent qui balaie les décombres du village brûlé et la poussière des moribonds calcinés. De la joie mesquine, perfide, evenimée…
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Disque historique que voilà. D’abord, c’est un album du second grand quintet de Miles, donc par défaut, c’est un disque légendaire. Ensuite, ce Nefertiti représente la fin d’une époque glorieuse. C’est (à ma connaissance) le dernier album purement acoustique de Davis et compagnie. Après Nefertiti, Miles prendra progressivement le tournant électrique pour aboutir éventuellement à des chef d’oeuvres tels que In A Silent Way et Bitches Brew.
Quand ce disque de Post-Bop raffiné et crépusculaire paraît début 68, le Jazz at large est en train de vivre de grands chamboulements stylistiques. Ornette, Ayler, Shepp, Cherry et Taylor oeuvrent alors déjà dans le Free Jazz et/ou le Spiritual depuis quelques années… Coltrane fait du Coltrane, du Free comme lui seul sait le faire (inventeur de vocabulaires sonores ahurissants, comme toujours). Et Sun Ra est la bibitte étrange qui fait ses affaires cosmiques dans son coin, dans l’ombre de tout ce beau monde… Miles, très attaché au Jazz Modal et réfractaire à cette « nouvelle musique de fous criarde et déstructurée » (je parabole), est presque vu comme un réac. Mais que nenni ! Il continue de faire évoluer sa musique petit à petit, méticuleusement, album par album ; avec l’aide de ses précieux collaborateurs du quintet. Un album comme Nefertiti est d’une richesse absolument inouïe et d’une complexité saisissante (bien que pas toujours apparente au premier coup d’oreille).
Le quintet a alors dans son sein 3 jeunes compositeurs de génie : Wayne Shorter, Herbie Hancock et Tony Williams. Chaque pièce du présent album est créditée à l’un de ces 3 petits prodiges. Miles, loin d’être un leader archi-contrôlant/dictatorial comme un Mingus, permet à ses jeunes acolytes d’explorer tout leur talent instrumental ainsi que leur talent d’écriture au sein du quintet. Il les guide comme un bon père de famille, freine parfois leurs élans trop dithyrambiques mais les encourage aussi à d’autres moments à aller chercher plus loin en eux, à se dépasser et à explorer d’autres mondes sonores.
Nefertiti est justement un album d’exploration et de recherche. Sous des abords séraphiques et accessibles, il y a quelque chose qui bouille en dessous, des dissonances biscornues, un groove fuligineux, des sous-historiettes surréelles… Et ces mecs réussissent à donner vie à des morceaux fabuleux qui, malgré des mélodies évidentes et imparables, cachent discrètement leur trouble. Prenez la pièce titre par exemple : Davis et Shorter jouent le thème principal (magnifique) de la manière la plus stoïque possible, sans improviser. Sur 8 minutes, ils ne feront que ça, le répétant encore et encore… avec un léger décalage entre les deux musiciens qui s’installe progressivement et qui vient donner un côté légèrement « égaré » à la compo… Ils laissent surtout toute la place à Hancock et Williams pour créer une tapisserie sonore hallucinée derrière. Le tandem batterie et piano est d’abord tout en retenu, classieux, simpliste. Puis petit à petit, les feux d’artifices s’élèvent dans la nuit jazz. Herbie et Tony deviennent plus sauvages, plus volubiles, plus libres. Incroyable morceau que voilà. Et le reste du disque n’est pas en reste. Du Hard-Bop grand cru propulsé par une bande de muzikos qui sont juste au sommet de leur art. 5 types qui maîtrisent leurs instrus à perfection mais qui, au lieu de s’asseoir sur leurs lauriers et de se laisser irradier par un Soleil bienfaiteur, s’enfoncent dans des sentiers insolites et brumeux, jamais satisfaits de faire du sur-place, jamais contentés de leur dernière découverte phonique… Des mecs qui poussent toujours plus loin mais en respectant la structure du jazz modal qu’ils ont tous à coeur… Par contre, toute bonne chose a une fin. Et bientôt, le jazz modal prendra le bord… Miles s’apprête à évoluer à la vitesse grand V !
Pour résumer Nefertiti : C’est Miles Davis avec son second grand Quintet. Vous savez ce qu’il vous reste à faire !
Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :
Wayne Shorter – Speak No EvilAnthony Williams – SpringHerbie Hancock – Speak Like A Child