critiques

Summoning – Dol Guldur

Année de parution : 1997
Pays d’origine : Autriche
Édition : CD, Napalm – 1997
Style : Black Metal Atmosphérique, Dungeon Synth, Black Metal Symphonique

Ça ne devrait pas fonctionner… Non. Ces synthés nineties tout simplistes qui se veulent pourtant grandioses et porteurs de symphonies fantasmatiques. Cette batterie programmée cheap à l’os. Le côté hyper répétitif et monotone des morceaux. Et pourtant… pourtant… Bordel que ça marche ! Avec ce troisième album longue-durée, les Autrichiens de Summoning livrent selon moi leur plus belle offrande discographique (du moins, à ce jour). Tous les éléments sonores kitschouilles évoqués ci-haut s’enchevêtrent à merveille à ce Black Métal atmosphérique racé en diable. Le résultat final est proprement bluffant. Bienvenue sur la Terre du milieu et plus précisément, bienvenue à Dol Guldur, la « Colline de la Sorcellerie » ; forteresse de ce cher Sauron (au sud-ouest de la Forêt Noire).

Parce que oui, les gars de Summoning sont des fans finis de Tolkien et de sa cosmogonie. Dans le beau monde du Métal (et du Dungeon Synth, accessoirement), on retrouve un nombre assez élevé de formations qui ont été grandement influencés par la bibliographie colossale de John Ronald Reuel. On peut citer Black Sabbath, Cirith Ungol, Burzum, Amon Amarth, Blind Guardian et Gorgoroth… Mais aucun de ces groupes n’a réussi à capturer aussi bien l’essence même de l’univers de Tolkien que Summoning… L’entièreté de leur discographie est dédiée au monde fantastique dépeint par l’écrivain britannique.

L’oeuvre de Tolkien est maximaliste et épique. Le territoire décrit est immense et disparate… Villages idylliques, montagnes aux cimes enneigés, grottes/cavernes ténébreuses, châteaux fortifiés, forêts mystérieuses, marécages brumeux, landes dévastées… Les personnages (provenant de différentes races) sont légion. Les intrigues les concernant sont fabuleuses et rocambolesques.

Pour illustrer tout cela avec des sons, cela prenait bien évidemment une musique tout aussi maximaliste/épique. Et Summoning n’avait pas vraiment les moyens de leurs ambitions… Qu’à cela ne tienne ! Les claviers deviendront la matière première des rêves les plus fous. Ils se feront tantôt trompettes victorieuses, tantôt choeurs austères. Ils invoquent les cordes, les cuivres, les instruments à vent, les clochettes, l’orgue et le piano. Bref, il y a ici du synthé. ÉNORMÉMENT de synthé. C’était un pari risqué. Ils auraient pu tellement se planter. Je me répète mais : que nenni ! C’est une réussite totale. OUI, c’est parfois très niais et même rigolo… mais bordel qu’on y croit et qu’on se laisse transporter remarquablement facilement par cette musique éthérée/onirique jusqu’à la moelle.

Au programme : la visite de la sombre citadelle s’effectuera sous l’assaut des milles et uns claviers multicolores des deux acolytes (Silenius et Protector). Une voix black métallique très criarde s’ajoutera alors au tableau, elle même secondée par cette drum-machine martiale, cette basse monocorde et des guitares aussi mélodieuses que triomphales. Dans tout ça, on retrouvera aussi du Heavy Metal, de l’ambient tribal, du darkwave néo-classique, du néo-folk païen et un peu de la bande son de vos J-RPGS préférés (époque Super Nintendo). Bref, c’est la rencontre absurde et inespérée entre Mortiis, Burzum, Dead Can Dance, Richard Wagner, la trame sonore de Conan le Barbare, Nobuo Uematsu et Iron Maiden. Juste ça.

À part une intro tout ce qu’il y a de plus primaire (et qui pourtant, hantera longuement l’adolescent romantique que j’étais) et un autre interlude pianissimo à mi-chemin, l’album se décline en 6 morceaux monolithiques de plus de 8 minutes chacun. Ils sont tous excellents, pleins à rabord de cette ambiance chimérique qui occupait l’esprit de nos deux lascars mégalomanes. Le disque est long et se savoure sans heurt d’un bout à l’autre, avec délectation.

Je vous recommande fortement d’écouter l’album lors d’une longue marche forestière. Frissons et émois garantis. Et évidemment, en vous replongeant les yeux et l’esprit dans les pages du Seigneur des Anneaux. Et oui. Il n’y a pas que James Horner qui a réussi à illustrer parfaitement la Terre du milieu en musique.


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The Field – From Here We Go Sublime

Année de parution : 2007
Pays d’origine : Suède
Édition : CD, Kompakt – 2007
Style : Minimal Techno, Tech House, Ambient Techno, Trance, Microhouse

Survoler l’Antarctique dans un X-15 en verre limpide ; le Soleil noyant toutes visions dans son irradiance veloutée. Destination : Dieu.


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Tyler, the Creator – Igor

Année de parution : 2019
Pays d’origine : États-Unis
Édition : Vinyle, Columbia – 2019
Style : Neo-Soul Psychédélique Incandescente, Hip-Hop, Pop, Synth Funk

Après m’avoir surpris par la qualité, la richesse et la maturité de son précédent opus (“Scum Fuck Flower Boy”, 2017), Tyler le Créateur me jette maintenant carrément sur le cul avec sa dernière offrande musicale intitulée “Igor”. Ce 6ème album du rappeur, chanteur et producteur de L.A. se veut un disque à la lisière du hip-hop, de la pop psychédélique, du Soul et du R&B. C’est aussi un breakup album des plus fastueux, un des meilleurs que j’ai entendu dans ce créneau depuis très longtemps. La rupture amoureuse décrite par Tyler à travers les 12 pistes (débordantes d’idées) ici présentes semble particulièrement traumatique… Mais autant l’album est lyriquement sombre à fond, musicalement il est plutôt ensoleillé et halluciné. Tristesse sous un Soleil de plomb ; l’esprit dérivant sur les opiacés. Magnifique dichotomie d’un disque qui ne l’est pas moins. Et je ne sais pas pour vous, mais la tristesse vient toujours me chercher plus lorsqu’elle avoisine de près le bonheur. Je trouve que généralement, la nostalgie ou une douce mélancolie estivale sont plus percutantes qu’un désespoir tenace et profond…

Avec “Igor” (nom qui semble être inspiré par le célèbre assistant bossu du docteur Frankenstein), Tyler se créé un nouvel alter-ego pour exprimer toute sa rage et son manque. “Igor”, c’est le monstre qu’il a fini par devenir à force d’évoluer dans cette relation destructrice. Ce monstre incarne aussi ses sentiments négatifs (jalousie, dépendance affective, doute, haine de soi) et je crois que Tyler essaie de s’en affranchir en se révélant autant sur ce disque.

Musicalement, c’est complètement jouissif. La prod est plus chaotique et lo-fi que celle de “Flower Boy”. C’est presque punky même comme approche de la pop ; dans cet amalgame grotesque de genres et d’influences empilées à qui mieux mieux les unes sur les autres. Les compos sont parfaites. Tyler chante mieux que jamais, avec ses tripes et son coeur en mille miettes. On retrouve des samples de fous à travers tout le disque (In The Court of the Crimson King sur “Puppet” !). Et impossible de passer sous silence ces passages élégiaques et émotifs au piano qui viennent sublimer la plupart des morceaux.

Vraiment mon grower de l’année et un disque que je vais écouter jusqu’à ma mort. Intemporel.


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Soft Machine – The Soft Machine

Année de parution : 1968
Pays d’origine : Royaume-Uni
Édition : CD, Big Beat – 1989
Style : Rock Psychédélique, Progressif, Jazz

Attention : disque majeur !

Ce premier album de la Machine Molle (merci à William S. Burroughs pour avoir inspiré le nom du groupe) sera une véritable matrice par laquelle naitra un courant musical hyper important dans l’histoire du prog et du jazz-rock : le Canterbury. Pourquoi ce nom ? Parce que c’est celui du quartier londonien d’où sont originaires les mecs de Soft Machine et de Caravan (autre groupe majeur rattaché au style). D’autres groupes et artistes britanniques s’inspireront de ce qu’on appellera « L’école de Canterbury », comme Egg, Nucleus, Khan, National Health, Camel et Henry Cow. Ces derniers érigeront d’ailleurs les fondations d’un autre style (inspiré du Canterbury) : Le Rock in Opposition… mais c’est une histoire pour une autre chronique ça 

Le Canterbury sera d’ailleurs exporté un peu partout. Du côté des Pays-Bas, il y a eu Supersister et Ekseption. Chez les Français, il y a les très rigolos Moving Gelatine Plates. Les Italiens ne sont pas en reste avec deux groupes assez exceptionnels : Picchio dal Pozzo et Area. Les Américains ont eu les Muffins. On retrouve même un groupe de Canterbury assez tardif (fin 80s) au Japon : Mr. Sirius (groupe dont la seule mention peut donner des orgasmes puissants à mes confrères Guillaume et Fred).

Et on ne peut passer sous silence le plus important exemple hors-UK : Gong. Ce groupe fut créé en France par l’Australien Daevid Allen, qui était alors membre de Soft Machine ! Ce dernier tentait de rejoindre le Royaume-Uni (pour réintégrer le groupe) après un séjour sur le vieux continent… mais son passeport n’était pas valide alors il demeura en France et fonda sa propre « version » du groupe (bien différente, ceci dit). Je me demande parfois à quoi aurait ressemblé un univers sans Gong mais avec un Soft Machine influencé par les idées et concepts de Allen le déluré.

Le groupe à ses débuts… alors que Daevid Allen était encore de la partie

Je vous donne tous ces noms mais le Canterbury, ça sonne comment exactement ? Et bien, comme une tonne de choses en fait… Un peu comme avec le Rock Progressif (dont le Canterbury est un sous-genre ou plutôt une sous-scène), c’est assez vaste. Les groupes ne se ressemblent pas tous et certains sont même très différents les uns des autres au niveau de la musique. Les points de ressemblances sont les suivants : une étrangeté loufoque (habillement, thèmes abordés), un côté psychédélique fort prononcé, des paroles obscures et/ou délirantes (le dadaïsme et le surréalisme sont deux influences majeures) et des pièces qui mélangent à merveille des passages jazz improvisés à des moments ouvertement pop et accessibles.

Bref, la minute historique maintenant passée, qu’en est-il de ce disque-genèse du Canterbury ?

Et bien, il est moins ouvertement jazzy que ce qui suivra. C’est avant tout un redoutable disque de rock-pop psychédélique fortement influencé de la scène beat. C’est aussi un grand condensé de bonheur et aisément un des disques les plus diablement joyeux de ma collection. Impossible ne pas avoir un gros sourire de défoncé sur la tronche à l’écoute ! On est ici à mi-chemin entre les berceuses acides du Pink Floyd mouture Barrett, de la pop psychédélique des Byrds et du rock des Doors ; mais en beaucoup plus aventureux et avec une plus grande maitrise technique.

Après le départ non prévu de Allen, le groupe est maintenant un trio dont chaque membre a son style et sa personnalité propre. Il y a le légendaire Robert Wyatt, chanteur à la voix résolument unique (reconnaissable en une nanoseconde) et batteur fortement inspiré par le be-bop et le hard-bop. Il y a le guitariste/bassiste fantaisiste Kevin Ayers, un peu le Syd Barrett du groupe et celui qui donne au disque ce côté « berceuses lysergiques pour enfants pas sages ». Et pour finir, l’impérial Mike Ratledge aux claviers, l’éminence sombre du groupe qui aime bien expérimenter/improviser à fond avec ses joujoux électriques.

Les titres s’enchaînent sans interruption, ce qui fait que l’album se sépare en deux longs mouvements composés chacun de petites piécettes dadaïstes, de ritournelles hallucinogènes et d’envolées flamboyantes d’acid-rock semi-improvisé. La batterie est particulièrement orgiaque à travers tout le disque. Gros coup de coeur perso pour « So Boot If at All », la pièce de résistance du disque (7 min et demie) où les inclinaisons futures du groupe transparaissent le plus (c’est jazzy-licieux). Et je suis aussi un fan fini de « We dit it again » qui sonne très Gong avec son côté hypnotique-répétitif-cyclique. Est-ce qu’Ayers a volé cette compo à Allen ?

Vraiment un excellent disque de rock/pop psychédélique et une oeuvre historique dans l’élaboration d’un genre (avec le premier Caravan). J’ai longuement hésite à lui mettre la note maximale… mais finalement, je me garde une petite gêne parce que la suite est encore plus remarquable. Cependant, c’est un album à posséder d’urgence pour tout fan de musique psychédélique et/ou de prog !


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John Coltrane – Blue Train

Année de parution : 1958
Pays d’origine : États-Unis
Édition : CD, Blue Note – 1997
Style : Jazz, Hard-Bop

Il faut bien commencer quelque part avec les géants de la musique qui ont des discographies titanesques et exhaustives. De mon côté, j’ai débuté mes « coltraneries » avec ce Blue Train, seul disque studio du grand John enregistré pour la célèbre étiquette Blue Note records.  J’avais commandé ce CD en 2000-2001 (sur le défunt club Columbia, never FORGET !) alors que je commençais à peine à m’initier au Jazz. J’avais déjà les deux pieds dans la disco de Miles Davis (encore plus exhaustive celle-là ; mais pas moins géniale) et je trouvais le saxophoniste vraiment débilement bon. Il était temps que je me frotte à ce que Coltrane pouvait faire comme leader au sein d’un groupe. Heureusement, on peut difficilement faire un meilleur choix que de commencer avec ce petit bijou de Hard-Bop !

Blue Train est le premier véritable album de la carrière perso de John. En fait, outre ses contributions légendaires au sein du premier quintet de Miles, il avait aussi enregistré des trucs parus sous son nom mais les conditions étaient moches (musiciens imposés) et le coeur n’y était pas. Ces sessions étaient surtout alimentaires… si on peut considérer l’alcool et l’héroïne comme partie intégrante du guide alimentaire américain de l’époque… Ce train d’azur serait donc le premier grand « statement » de Coltrane en temps que chef de meute. Toutes les compositions sont de lui (à part une très belle reprise de la ballade « I’m Old Fashioned ») et il a choisi personnellement tous les musiciens de session. À côté de John au sax ténor, on y retrouve les expérimentés Kenny Drew (piano) et Philly Joe Jones (batterie) ainsi que des petits jeunots pas piqués des vers : Lee Morgan (trompette), Curtis Fuller (trombone) et Paul Chambers (basse). Un line-up de feu composé de musiciens solides en crissss. Là-dessus, on peut dire que Coltrane s’est inspiré du modus operandi de son compère Miles Davis, qui savait s’entourer des meilleurs et les encourager à se dépasser et à prendre le plus de place possible.

Le disque débute par la pièce-titre. Raaaah, cette intro ! Du tout bon. Le mood est très proto Kind of Blue. Nocturne, brumeux, clope à la gueule, film noir. Rapidement, on part sur un solo de Coltrane pétrifiant de bonheur.  La maitrise de ce mec est bluffante. Et dire qu’il n’est qu’au début de l’élaboration de son vocabulaire sonore (on est encore bien loin de la période Impulse!). John est ensuite relayé par un Lee Morgan en pleine possession de ses moyens (alors qu’il n’a alors que 19 ans !). S’ensuit un solo de trombone très inspiré de son acolyte Curtis Fuller. Le bluesy Kenny Drew vient colorer la musique d’une remarquable façon (bleu foncé, comme il se doit). La section rythmique est une assise véloce à travers tout cela. Grand titre que voilà !

Le reste de l’album n’est pas en reste : « Moment’s Notice », « Locomotion », « I’m Old Fashioned » et surtout le titre de cloture, « Lazy Bird » (qui démarre en trombe avec la plus belle contribution de Morgan au disque) sont de grands moments de bonheur pour tout fan de jazz qui se respecte.

Un disque important qui représente l’envol de la carrière du Trane ; qui, dans les années suivantes, s’évertuera à réinventer totalement tous les codes de ce genre musical fascinant, le réinventant même pour en faire quelque chose de totalement autre (une expérience spirituelle oserais-je dire). Un MUST-HAVE pour tout mélomane !


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Liaisons Dangereuses – Liaisons Dangereuses

Année de parution : 1981
Pays d’origine : Allemagne
Édition : Vinyle, Soulsheriff Records – 2015
Style : Neue Deutsche Welle, Minimal Wave, Synth Punk, EBM, New Wave

Liaisons Dangereuses, c’est un projet d’un seul album CULTE ; et un genre de super-groupe underground composé de membres de Einstürzende Neubauten et de D.A.F. (Deutsch Amerikanische Freundschaft). Liaisons Dangereuses, ce sont des expérimentateurs forcenés qui décident de se faire plaisir en pondant un disque de pop… Mais de la pop malsaine, venimeuse, déshumanisée, sordide et pourtant bigrement dansante. Autre particularité assez inhabituelle : on a affaire ici à des Allemands qui chantent (ou « déclament » plutôt, bien souvent) des textes soient en espagnol ou en français (selon la pièce). Bref, on tient ici une bien drôle de bestiole.

Cela débute avec un « Mystère dans le Brouillard » froid et martial. La rythmique industrielle hypnotique (toute de claviers tissée) embarque dès la première seconde. Et puis, il y a cette voix féminine enfantine qui chante (faussement) le titre de la pièce, elle même secondée par la voix d’un homme visiblement dérangé quelque peu. Ce dernier nous récite un texte en français (avec un fort accent) qui fait autant sourire que frissonner : « Comme un aveugle à tâtons… Essaye en vain de trouver… Une lueur un chemin… Tout seul, tout seul… » (alors qu’en arrière, la piste musicale se disloque, devient de plus en plus schizo et démoniaque, se voit gratifiée de pleins d’effets sonores chaotiques puis finit par imploser dans la noirceur opaque).

Vient ensuite LE hit de l’album, « Los niños del parque » (les enfants du parc). GROS groove proto-techno-hardcore ici. Le genre de truc qui aurait pu figurer parfaitement dans la trame sonore du jeu vidéo hyper-violent et psychotronique Hotline Miami. Paroles narrées en espagnol, petits cris de gamine de fond de ruelle ravagée par la méthamphétamine, rythmique binaire maladivement entraînante. Du Soft Cell hispanique et déchu. Un grand morceau. Le rave nihiliste se poursuit avec « Être assis ou danser » qui nous raconte l’histoire d’un garçon qui ne pouvait pas arrêter de danser (et qui finit par crever), le tout sublimé par des petites explosions de sax qui rappellent autant Palais Schaumburg que James Chances et ses Contorsions.

Retour dans le territoire de la langueur perfide avec « Apéritif de la mort »…. « Je vis dans une montagne russe, je suis un glaçon qui fond » nous dit le narrateur alors que des ondes de claviers pourrissants nous recouvre l’âme ternie. Bon Dieu que c’est sombre… Sombre et totalement blasé en même temps. « Kess Kill fé show » pue la sueur, le vomi, la folie et la nuit moite. Une jungle synthétique où l’on se perd avec délice avec sa « pocket calculator » en poche.

La Face B, au moins aussi poisseuse et encore plus sautée, commence avec « Peut être…pas ». C’est minimaliste, funky désincarné, toujours glacé comme un gélato italo-disco. « Avant – après Mars » est peut-être la piste qui fait le plus « asile psychiatrique » du lot. On dirait un patient en pleine déréalisation qui se récite à lui-même une description Wikipédia (inventée) d’une Atlantide qui, dans sa tête, serait bien réelle. Le tout accompagné par ce funk clinicien-intoxiqué (milles et une pilules de couleurs diverses), ces samples douceâtres et ces sons électroniques qui évoquent des autos de course au loin (ou une perceuse ?).

« El macho y la neva » (le mâle et la neige) c’est de la porn-ultra-gay-bondage-avec-moustache-humide sous le Soleil impie des tropiques. Impudique, expérimental à fond, vicieux, défoncé, crasseux, rutilant. Facilement le moment le plus OVNI-esque du disque. « Dupont » poursuit dans le dérèglement le plus singulier. C’est un espèce de trou noir cyberpunk. La bande son d’un film fictif d’exploitation early 80s avec un flic corrompu/psycho qui collectionne des scalps de prostituées et qui se fait un trip de poudreuse avec ses potes mafieux dans un taudis malfamé. La courte pièce titre vient clore le tout et nous rappelle un peu TG ou les premiers disques de Coil.

Ce seul essai discographique du trio est un passage obligé pour toute personne voulant explorer les recoins les plus fétides de la cold wave.


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Kammarheit – The Starwheel

Année de parution : 2005
Pays d’origine : Suède
Édition : CD, Cyclic Law – 2005
Style : Dark Ambient

2003 et son été vaporeux. Je m’en rappelle plutôt mal… comme si c’était un film que j’avais vu à moitié endormi il y a longtemps… Les pires insomnies de ma vie. La solitude volontaire. L’enlisement dans soi. Les ballades en « bécyk »  à 3-4 heures du mat ; seul (toujours seul). Les marches sur la voie ferré. La nuit qui, au lieu de porter conseil, ne te laisse qu’errer furtivement en son sein, spectatrice muette et désintéressée. Mes pensées diffuses se répercutant dans un vide toujours plus abyssal. Cannabis à fond + visionnement de la scène du Winkie’s dans Mulholland Drive (pour la première fois… tétanisant). Quelques J-RPG sur Playstation 1 pour occuper le temps. Des bouquins de Poe. Du Black Metal et de l’Ambient comme fond sonore.

Quelques soirées sociales éparses aussi, mais où je n’ai pas vraiment l’impression d’être là. Dépersonnalisation dans toute sa splendeur clinique.  l’impression de visionner encore un film (toujours des films) avec une contrefaçon grossière de moi qui joue le rôle de moi et d’autres acteurs de série Z qui jouent (mal) mes connaissances de l’époque. Abus de substances. L’esprit qui vole autour de la pièce. Manquer des bouts… Se retrouver seul à 3 heures du mat, étendu sur le gazon devant une maison qui semble la seule électrifiée dans toute la rue mortifère de cette banlieue-tombeau.

Ce n’est pas vraiment une dépression. C’est juste de l’inexistence. De la fatigue. La fatigue comme mode de vie ; comme mode de perception des choses. Un genre d’envoûtement vaudou. De la brume qui n’est pas vraiment là mais que mon iris commence à apposer sur toute vision qui le traverse. Et cette pensée folle que je suis probablement déjà mort sans le savoir.

Le moment culminant de cet été là… L’hallucination la plus réaliste que j’ai vu de ma vie. Je me demande encore parfois si ce n’était pas réel… Il est entre 3 et 4 heures du matin. J’arpente les rues trifluviennes moribondes, chevauchant mon fidèle vélo. Pas loin de ce qui était jadis l’hippodrome, dans un quartier lorgnant la piste cyclable, j’aperçois soudainement une douzaine d’enfants (8-10 ans) alors que je tourne un coin de rue… La scène est particulièrement saugrenue (vue l’heure tardive évidemment). Mais ce n’est que le début du malaise. Ces enfants ont vraiment un truc qui cloche : visages impassibles, regard froid et absent… aucune interaction verbale entre eux. Ils marchent tous vers la même direction; formant une étrange procession funèbre ; aussi lente que silencieuse. Alors que je peine à comprendre le pourquoi du comment, je vois que les 2 derniers du peloton portent des masques neutres blancs… Grand frisson qui parcoure l’échine… et je les perds alors de vue. Le face-à-face n’a duré que quelques secondes.

Je poursuis ma chevauchée surréaliste au bout de ma nuit ; les enfants damnés s’en sont retourné vers leurs brumes originelles… Que faisait-il là ? À quel sombre Dieu païen ou mésopotamien s’étaient t’ils voués ? Personne ne le saura jamais… et moi même ne saura jamais si ils ont réellement existé ou si c’était mon état mental défaillant qui m’a fait les apercevoir…

Pourquoi je vous parle de tout cela me direz-vous ? Et bien premièrement, « The Starwheel » est un peu la bande son idéale de cet été maudit. C’est sombre à souhait, enveloppant, mystique, habité mais c’est aussi distant et diffus, un peu comme ma matière grise évoquée ci-haut… Et ce n’est pas surprenant que cela provienne de Suède, comme beaucoup de canons du style. Les sous-bois scandinaves recèlent de bien lugubres secrets on dirait bien…

Deuxièmement, je préfère vous relater des souvenirs épars et confus (même si vous en avez rien à foutre) en parlant de dark ambient plutôt que de vous sortir le verbiage éculé du style, comme : ya des boucles, des nappes sonores envoutantes, c’est onirique, c’est bô, ça fait planer, etc… Bref, tout cela vous pourrez le constater à l’écoute de cet excellent disque de Kammarheit.

Quand tous vos cauchemars et tous vos rêves se seront entredévorées et qu’il ne restera plus que le vide… sublimez le avec cette roue étoilée… Vous m’en donnerez des nouvelles (ou pas).


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Exuma – Exuma

Année de parution : 1970
Pays d’origine : Bahamas
Édition : CD, Repertoire – 2003
Style : Freak Folk caribéen des ténèbres, Psychedelik-muzik, Junkanoo, Calypso, TRIBAL, Outsider Art, OVNI

Dieu, Satan, Shangô… ils sont dans ma tête à tout jamais ; se délectent de mes péchés, de mon âme tarie, de tout mon être perfide… Les percussions tribales sont terriblement lourdes ; mes visions plus fantasques que jamais. Je perçois les lumières multiples que seul le troisième oeil  peut saisir dans la nuit opaque. Visions de zombies putrides, rituels vaudou, sacrifices humains, fantômes psychédéliques, électriiiiiiiiiictié ET étoiles qui virevoltent à vitesse grand V, se percutent en supernovas, s’inversent en trous noirs qui m’avalent l’esprit un peu plus à chaque fois…. ÇA VA VITE ET LOIN EN MOI. Grand prêtres squelettiques se déhanchants follement autour du feu originel. Grimés comme les morts qu’ils incarnent à merveille. Parfois visibles d’un coin d’iris, parfois indiscernables. Leurs yeux noirs brillant de milles galaxies fabuleuses et pétrifiantes. La grandeur absurde de cet infini qui n’a pas fini de me ravager. Ils marmonnent des merveilles d’obscurantisme, animent la chair faisandée… boivent l’ayahuasca à grande lampées dans ces crânes pas tout à fait décharnées faisant office de coupes… se livrent à des vérités ancestrales que mon pauvre cerveau de blanc-bec peine à comprendre dans leur globalité étourdissante… Ils rigolent et jacassent dans un argot coloré alors que la fumée opiacée recouvrent leurs silhouettes émaciées. Ils rient, crient, pleurent… et ils chantent. Oooooh. Ils chantent mes frères ! Et c’est beau. Inquiétant comme une plaie ouverte et infectée, certes, mais triste, TRISTE…. et beau, surtout. Le spectre des orishas les accompagnent dans cette danse macabre et me vrillent les sens.

Je ne suis plus tout là depuis quelques lunes, prisonnier de cette jungle maudite. Ils sont venus me trouver sur ces rochers, alors que j’étais affaibli, entre la vie et les étoiles. Horribles et délectables souffrances que je traverse présentement grâce à eux… j’ai marché sur les chardons ardents. Mes talons noircies en sont ressortis glacés d’une étrange façon… La peau recouvrant mon entité corporelle n’étant plus une nécessité, ils ont commencé à la retirer petit à petit pour s’en délecter… Des oreilles de criss…. ça sent comme les oreilles de criss alors que ça grésillle sur le feu de bois !!!!!

Les drogues liquides qu’ils me font boire ou m’injectent m’ont donné le 3ème oeil… Et je crois qu’un quatrième me pousse dans la paume droite. Je vois de partout maintenant. Plus de jour. Plus de nuit. Plus de réalité. Plus de spatio-temporalité. Les grands anciens sont venus se nourrir à même mes souvenirs. Je délire grave. Et je sais que cela n’aura pas vraiment de fin car il n’y a plus de début maintenant.


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Obituary – Cause Of Death

Année de parution : 1990
Pays d’origine : États-Unis
Édition : CD, Roadrunner – 1997
Style : Death Metal

Les marécages des Everglades recouvert d’une brume poisseuse et lymphatique. Une déformation terrible et contre-nature est en train de se produire ; entraînée par cette brouillasse qui est tout droit venue d’un anti-monde où les lois terrestres ne s’appliquent plus. L’avilissement suprême se produit, sans retour possible, transformant tout l’environ immédiat en une pourriture céleste divinement flétrie. Les arbres, spongieux et fétides, semblent être faits de chair moribonde brunâtre-violacée, elle même recouverte de millions de spores aux couleurs chatoyantes. Champignons cosmiques qui vomissent épisodiquement une épaisse fumée psychotrope dont le moindre reniflement plonge l’aventurier dans divers états de détérioration physique et mentale. Perte de repères, étourdissements, nausée, rêves éveillés de Grands Anciens et autres Dieux-insectes qui te rongent la matière grise avec leur dents avides et rectilignes, désir bouillant d’auto-cannibalisme se concluant toujours par le retrait violent et soudain (à même ses doigts) de ses propres globes oculaires ; pour les engloutir et les croquer en caquetant dans une langue inexistante. Les altérations, terribles, touchent aussi la faune limitrophe. Les oiseaux, semblant être recouverts de goudron fumant, ont les ailes flétries et granuleuses. Des tentacules roses et juteux qui poussent de leurs entrailles sont maintenant leur seul moyen de se mouvoir de manière patibulaire. Et ils poussent des cris à vous glacer les sens… Des cris qui n’ont rien de notre monde. On dirait le grognement primaire, vorace et stupide des étoiles elles-mêmes… Les alligators ont pris une taille vertigineuse. De plus, ils ont la peau recouverte intégralement de yeux. Des milliers de yeux globuleux regardant dans toutes les directions en même temps. Des petits, des moyens, des gros ; tous jaunâtres, furtifs et méchants. Et dans leurs gueules insatiables, chaque dent acérée est couverte de yeux rouges qui vous regardent avec délice pendant qu’ils vous broient les chairs et les os… Ne parlons même pas des araignées, si ce n’est qu’elle peuvent aisément vous recouvrir l’être tout entier en quelques secondes et se frayer un chemin sous l’épiderme pour y pondre leur progéniture acide qui vous fait fondre de l’intérieur et dégueuler des bébés mygales maculées de sang et de tissus stomacaux/pulmonaires.

En s’enfonçant toujours plus loin dans le marais fuligineux, alors que chaque nouveau pas dans l’indicible peut entraîner la perte totale de la raison (et celle de chaque membre du corps, arraché par une paire de dents venue du grand vide), on finit par oublier ce qu’il y avait avant, ce qu’on a été avant. On erre dans ces limbes de suie et d’humidité saumâtre. Et au centre du marais, on découvre le monument de pierre, sorte de tour approximative aux angles et à la structure impossibles.. Sa construction remonte à des temps plus anciens que le temps lui-même. Le susurrement fielleux de la bête qui y habite finit de faire fondre le peu de matière grise qu’il vous restait. Et là, dans un vrombissement batracien, l’énorme sangsue ailée sort de son tombeau et fonce droit sur vous, sa peau couleur ténèbres lézardée d’appendices rosâtres impatients de se repaître. Tout devient lambeaux et jus d’organes. Le monstre vous liquéfie pour mieux vous boire tout entier.


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After Crying ‎– Megalázottak És Megszomorítottak

Année de parution : 1992
Pays d’origine : Hongrie
Édition : CD, EMI-Quint – 1992
Style : Rock Progressif, Prog de chambre, Jazz

Je suis un grand amateur d’art visuel, qu’on parle de photographie ou de dessin (sous toutes ses formes et anti-formes). Par conséquent, je suis fan de pochettes de disques. C’est une des principales raison me poussant à continuer d’acheter des disques, et non à les télécharger. Un disque, c’est un tout. Pas juste des chansons disparates sur un vulgaire morceau de plastique. C’est un savant assemblage d’ambiances et d’atmosphères, musicales avant tout, mais visuelles aussi. J’aime quand la pochette d’un album, en plus d’être belle, réussit à représenter parfaitement la musique qu’elle annonce. Elle devient par le fait même une extension de la musique – une sorte de fenêtre ouverte sur un monde sonore unique… Des fois, il m’est même arrivé d’acheter un disque sans, au préalable, connaître le groupe et sa musique – juste parce que la pochette m’intriguait, me parlait. Dans le cas du quatrième album d’After Crying, ce n’était pas le cas. J’avais déjà entendu la musique sublime de l’ensemble hongrois mais quand j’ai finalement acheté le disque, j’ai pu constater à quel point la photographie ornant sa pochette était évocatrice de ce qu’il contenait : des arbres morts, suspendus dans la brume hivernale et nocturne, faiblement éclairés par un rayon de lune… Tout cela, on l’entend dans la musique d’After Crying. On le ressent. On le voit.

Megalázottak és megszomorítottak (digne d’un titre de Godspeed en hongrois !) est un disque résolument unique dans le schéma progressif moderne. Les mecs d’After Crying s’inspirent des plus grands de la première vague de prog anglais (King Crimson, ELP, Genesis), de la musique classique (milieu dont les membres du groupe proviennent) et du jazz (on sent l’influence de Miles !) pour créer un album de prog mélancolique et atmosphérique à souhait. Les compositions sont longues, planantes et somptueuses. Dès les premières secondes d’ « A gadarai megszállott », pièce maîtresse du disque, on est transporté dans cette forêt ci-haut illustrée où froideur et chaleur, tristesse et beauté s’entremêlent au gré des notes sorties d’un piano fantôme, des cordes (violoncelle / violon) et des voix humaines éparses. Ça ne se presse pas – ça monte, en douceur et en émotion, petit à petit… Soudain, à travers cette magnificence sonore, s’élèvent une horde de cuivres déchaînés et de bois schizoïdes (trompette, trombone, basson, flute) rappelant autant la période Lizard du roi pourpre que Bitches Brew, l’éternel.


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critiques

Flešš – Volume 1

Année de parution : 2017
Pays d’origine : Canada (Ontario)
Édition : Vinyle, Les Fleurs du Mal / Amor Fati – 2019
Style : Black Metal vampirique

Un vieux château en ruines aux abords d’un marais frelaté, n’appartenant à aucun temps ; aucune époque, englouti dans une brume grisâtre et maladive. Une masse de pierre noire qui s’élève au dessus du smog, semblant vouloir caresser un ciel gris et informe. Aucune fenêtre, juste une énorme porte de rouille qui grince atrocement à l’ouverture. À l’intérieur : des murs spongieux et avariés. On dirait de le chair boursoufflée, tarie, brunâtre. Une puanteur terrible règne sur les lieux. L’eau viciée s’est infiltrée partout ; une glaise grasse et grouillante recouvre les planchers du premier étage ; des crapauds corrompus et étrangement luminescents se promènent ça et là, avancent à tâtons, rendus aveugles par des années de régression, croassent dans leur nuit éternelle.

Une visite des étages supérieurs révèle la démence des derniers habitants du château… Ossements multiples, rideaux tailladés, meubles fracassés, morceaux de chair fossilisés (des langues, surtout), murs tapissés de sang séché, amas spongieux recouvrant ce qui jadis était probablement des carcasses humaines, statuettes de pierre à l’effigie d’un quelconque Dieu insectoïde délirant que des mots maladroits ne pourraient décrire tant le malaise éprend l’âme de quiconque ose les regarder trop longtemps… Ici, Il fait… presque chaud… Malgré le froid de fin d’automne et le vent larmoyant qui sévit à l’extérieur, malgré la pluie… à l’intérieur, il y cette tiédeur fiévreuse, comme si toute la construction impie était vivante mais agonisante, atteinte d’un mal terrible.

Un cri lointain semble provenir de la cave… Là, c’est l’obscurité totale mais il fait encore plus chaud. La lampe torche révèle les horribles gravures sacrilèges qui recouvrent murs et plancher. Des dessins grotesques, qui montrent des hommes-créatures aux dents acérées se repaître d’enfants, des excisions de langues et d’oreilles, des crapauds géants ailés au yeux crevés drapés de casques d’étain… Plus on longe le mur et plus la technique du graveur semble devenir discordante, dépravée, dégénérée … Signe d’une régression inéluctable et profonde. On ne comprend plus ce qu’on voit, si ce n’est qu’une espèce de mare de tentacules surréalistes avec, aux extrémités, des crocs aiguisés.

Ici, il y a encore plus d’eau et des crapauds encore plus gros qui montrent les signes d’une dégénérescence physique perfide. Stupides, patibulaires, ils se cognent les uns aux autres, parfois s’attaquent, s’entredévorent, parfois se déchirent eux-même les pattes avec leur bouches munies de dents jaunâtres et coupantes… Au milieu du cachot, se trouve une crevasse profonde, possiblement sans fond. Les cris viennent de là. Ils sont plus clairs à présent. Des cris à la fois vampiriques et batraciens. À glacer le sang. Comme des petits coups de couteau sur l’échine. Une espèce d’anti-musique s’élève de ce puit des morts ; ou plutôt un vrombissement qui ne ressemble à rien d’autre, qui se suffit à soi même. Un bourdonnement satisfait, gloupide et tari qui se délecte dans sa déviance, qui se plaît à roucouler dans les ténèbres originelles des ombres inaltérables.

Savourer l’euphorie de l’inexistence. Se gorger de folie rampante. Glorifier toute déchéance. Nourrir le chaos jusqu’à lui asservir sa propre chair, lui permettant d’y pondre un million d’immondices moribondes. Redonner naissance à ce qui est mort pour célébrer le voir périr de nouveau.

This is Flešš.


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critiques

Dick Hyman – The Age of Electronicus

Année de parution : 1969
Pays d’origine : États-Unis
Édition : Vinyle, Command – 1969
Style : Électronique, MOOG-muzik, Space Age Pop

Anyone ready for some good ol’ kitschy super-moog fun times ?

De toute la flopée de disques de moog sortis à cette époque (fin 60s/début 70s), cet album de Dick Hyman est un de mes préférés. Et je suis peut-être vraiment juvénile/con mais bordel que j’aime le fait que le gars s’appelle plus ou moins PÉNIS HYMEN !!! ahem… Donc monsieur Hyman nous livre ici des versions électronico-lounge-expé-psychotroniques hautes en couleur de chansons populaires de l’époque avec en prime, une pièce complètement chef d’oeuvrifique de son cru (nous y reviendrons tout à l’heure).

La Face A débute avec une reprise de la mal-aimée « Ob-La-Di, Ob-La-Da » des Beatles (un petit groupe underground de Liverpool). C’est ARCHI-kétaine mais aussi ULTRA-délicieux-sirupeux comme vous pouvez vous en douter. Le Moog (merveilleux instrument que j’aimerais posséder) est utilisé à plein escient, transformant la pièce en genre de musique d’interlude de la série animée « Les Jetsons ». On tombe ensuite dans les méandres troubles d’une version COLOSSALE de « Give It Up, Turn It Loose » de ce cher James Brown. C’est un des sommets du disque à mon avis. Une magistrale transformation de la pièce d’origine qui devient ici quelque chose de complètement différent… Genre : La bande son funky d’un boss-fight impétueux de Mega Man 2 sur le LSD.

Autre cover ensuite des garçons dans l’vent avec « Blackbird ». C’est fromagé-cute, mais on perd totalement le côté hautement émotif de l’originale. S’ensuit une autre innombrable reprise de « Aquarius » (de la comédie musicale « Hair »), pièce qui je crois a été la plus reprise par des musiciens électro de l’époque (je ne compte plus les différentes déclinaisons). La version Hyman est une des meilleures moutures à mon sens (avec son petit aspect proto-kraftwerkien en filigrane). Le côté d’galette se termine avec la géniale « Green Onions » (initialement popularisée par Booker T. and the M.G.’s). Rencontre au sommet entre Rhythm & Blues et musique proto-électronique… Pour ramener une référence vidéoludique (on y pense souvent quand on parle de ce genre de disques), cela ne m’aurait guère étonné de voir le célèbre band bluesy-surréaliste de Earthbound, le Runaway Five, jouer cet air de cette manière bien particulière.

On passe ensuite aux choses sérieuses sur la Face B avec en ouverture : la seule pièce tirée du cru perso de monsieur Hyman… et QUEL morceau ! « Kolumbo » est LE chef d’oeuvre absolu de l’album et aussi une de mes pièces électroniques préférées de tous les temps. Beaucoup plus austère et expérimentale que le restant du disque (qui cultive une ambiance plutôt « bon enfant »). On plonge ici en plein coeur de la machine, du filage, des connexions, du calibrage électrique et de la psyché d’un homme qui tente de créer vraiment quelque chose de complètement nouveau… C’est un peu le bad-trip de LSD d’un ordinateur ce truc. Et ça a du être un sérieux bordel à programmer tout cela. Chapeau ! C’est même presque proto-techno par bouts avec cet espèce de drum-machine ultra primaire… À l’écoute, on pense autant aux moments les plus azimutés du Tago Mago de Can qu’à des trucs que des gars comme Varèse ou Perrey ont pu pondre en leur temps. GRAND. Et pour les fans de rap, l’inspecteur « Kolumbo » a été samplé par des mecs comme Dilla et Kanye.

On termine le disque avec trois autres covers vraiment réussis. Un autre de Booker T. et compagnie (« Time is Tight ») dont l’écoute me donne furieusement le goût de jouer à Mario Tennis 64 (pour une obscure raison). « Alfie » de sieur Bacharach devient une espèce de valse binaire bien rêveuse et sucrée comme il faut. Et pour conclure, notre cher Dick réussit à rendre justice (à sa manière) à la sublime « Both Sides Now » de ma Joni Mitchell adorée. On perd le pathos de l’originale mais on gagne sur le côté rococo/grandiloquent/rocambolesque.

Bref, The Age of Electronicus, c’est de la bonne. Surtout « Kolumbo » qui est une écoute obligatoire pour quiconque veut s’initier aux débuts de la musique électronique ! Il y a des tonnes de disques de moog dans ces années. Je les aime pratiquement tous… mais celui là va toujours garder une place de choix dans ma discothèque.


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