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Nicholas Szczepanik – The Chiasmus

Année de parution : 2009
Pays d’origine : États-Unis
Édition : CD, SRA – 2009
Style : Drone, Ambient

L’existence ; se résoudre à exister… Ces journées-cimetières où on ne se sent ni mal, ni bien, où l’âme devient un concept abstrait et abscons. Tu te mates dans une glace et tu vois un automate, un androïde, une contrefaçon rigoureusement parfaite mais ôh combien sordide d’un être humain typique. Et tu te mets à avoir de légers frissons qui te parcourent l’échine. Tu regardes cette peau blafarde qui semble morte, ces cernes larges et éclatées sous les yeux, les fissures un peu partout, cet eczéma qui te défigure un peu plus chaque année… Si tu regardes trop longtemps ou trop près, tu peux presque commencer à apercevoir un monstre. Tu repenses à ce cauchemar éveillé fait lors de l’adolescence… ce cadavre en putréfaction qui se balançait horriblement sur sa chaise, dans l’obscurité de la pièce d’a côté, avec ce sourire dément en plein visage… Tu te souviens qu’il avait finit par se lever pour venir te regarder dormir et c’est à ce moment la que tu avais perdu connaissance… Il ne faut pas, pas… pas focuser sur ces images néfastes… L’angoisse commence déjà à s’installer ; tu la sens monter petit à petit. Tu n’y échapperas pas. Tu quittes vite la salle de bain pour faire quoi ? Aller où ? Tu n’as envie de rien. RIEN. Tu erres dans l’appartement gris et terne – qui fait office de chambre mortuaire pour l’occasion. Le cinéma intérieur bat son plein. La guerre quotidienne (et inutile) se joue à l’intérieur de ton cerveau malade, rongé par des doutes qui, après des années à s’alimenter de ta faiblesse et de ton mal-être, sont devenus des ogres… Tu aimerais, si possible, abrèger cette phase obsolète qui ne fait que rallonger ta souffrance. Les spasmes nerveux recommencent. Tu sens ta chair fissurée, chaude et malade, qui pourrit tranquillement. Tu respires un grand coup et essais de chasser les pensées anxiogènes une ultime fois… Tu respires lentement, tu imagines cette journée parfaite d’automne il y a 3 ans où la lumière avait une teinte divine, tu respire profondément et leeeentement… Tu es inutile, ton existence est vaine, ton esprit vacille et ton corps se liquéfie tranquillement. NON ! Il.. faut combattre… Trop tard. La crise, comme une vague meurtrière, te happe tout entier et t’envoie au tapis. Pathétique. Tu étouffes, tu trembles de partout, tu sues abondamment, les sons et les images deviennent une brume opaque. Tu délires grave, prisonnier de ton propre corps, de ta propre (et insignifiante) faiblesse. Tu te sens comme si tu allais te noyer en toi, comme si le fait d’être, seulement « d’être » toi-même, était un insurmontable fardeau… Après un long, long moment ; après que les dernières trépidations agitent grotesquement ta carcasse de long en large et que les larmes, finalement, aient coulées jusque sur le plancher du salon, tu commences à te lever, péniblement. Tu réussis à te faire un café, tu t’assois sur ton divan et tu penses à Unica Zürn, en regardant discrètement la neige molle tomber lourdement à travers le filtre vaporeux de ta fenêtre.


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Dødheimsgard – A Umbra Omega

Année de parution : 2015
Pays d’origine : Norvège
Édition : CD, Peaceville – 2015
Style : Black Metal, Progressif, Avant-Garde, Industriel, Jazz?!?, WTF

Le grand bal arctique a commencé à minuit moins 5. C’était sur la plage de Ramberg, dans les îles Lofoten. La mer était agitée de vagues un brin insolites. En fait, les vagues étaient littéralement en feu (si, si !), ce qui recouvrait la plage d’un spectre chatoyant des plus romantique. On avait eu la riche idée de déverser dix mille tonnes de fuel dans l’océan (+ une copieuse quantité de cannabis) et un mec déguisé en une sorte de mime triste et barbouillé de mascara multicolore a sorti une GI-GAN-TESQUE et énooooorme allumette de son sac à surprises (du genre qu’on verrait dans les cartoons), a regardé la caméra d’une moue mi-comique mi-cosmique un petit moment puis a incendié les flots environnants.

Des types en costard, cheveux longs, monocles pour certain, martinis ensanglantés à la main, sont arrivés sur les lieux, tout sourire. Ils étaient suivis par une caravane conduite par des chameaux zombifiés qui contenait une impressionnante quantité d’instruments de musique et derrière, un piano à queue porté par 6 moines nains qui ressemblaient en tout point à ces Jawas de Tatooine que C-3PO détestait tant. Tout le bataclan installé, nos hommes entamèrent leur sound check alors que les convives commençaient à affluer de tous les sens cardinaux. Les môssieurs étaient habillés de manière disparate, mais tous avec élégance. Le style « Cthulhu Vutton » étant très en vogue en cet an de grâce 2142, plusieurs portaient des redingotes en poussière d’étoile noire et/ou des cardigans en peau de pieuvre écarlate. Les hauts-de-forme en chair humaine faisaient presque l’unanimité, bien qu’une partie d’originaux préféraient se parer de Fez électriques aux couleurs changeantes selon l’heure ou le positionnement sur leurs caboches. Les demoiselles étaient magnifiques, robes de viande crue à l’appui, les bras décharnés de toute peau ou muscle, laissant entrevoir le squelette (le summum de la sensualité « nouveau riche » en ce 22ème siècle fou fou fou).

De sa voix impérialement dérangée, Sir Kvohst salua tout ce beau monde alors que le Vicotnik-Orchestra s’apprêtait à lancer leur offensive musicale. Après une brève et séduisante intro toute en mélopées mystérieuses, le groupe adoré des petits et grands se lança tête première dans un de leur morceau de bravoure. Black « Math » Metal cryptique, Jazz enfumé des ténèbres, Goth Rococo, envolées pianistiques Debussy-esque et vocaux de canard égorgé étaient au goût de la nuit ; le tout couronné de passages guitaristiques qu’un certain Fred Frith (musicien du 20ème siècle) n’aurait pas renié. Les invités se mirent à danser frénétiquement sur la Playa recouverte de fumée toxiquement psychotrope. Les hors d’œuvre furent servis (gaspacho de chauve-souris/céleri-rave, foie gras de goéland transgénique, tartare de mygale, joues d’écureuils carbonisées à la torche, yeux de chinchillas faisandés dans le vinaigre noir, purée de légumes extra-terrestre… bref, la classe). Tous se régalèrent en se dandinant le popotin sous les assauts soniques de nos comparses touchés par la grâce, le regard perdu dans l’infini vermeil. La fête allait bon train.

Les pièces de l’orchestre étaient franchement bizarroïdes. Longues, bourrées de dissonances élégantes et de mélodies inextricable, bordées d’ambiances schizoïdes, architecturalement Gaudi-esques, lisses et froides comme le scalpel qui vous caresse l’échine… sans véritable début, ni fin, sans paroxysme euphorique… Elles renfermaient toutes en leur cœur une multiplicité d’autres morceaux sous-jacents qui accouchaient/s’avortaient sans cesse… C’était glacé. Et pourtant grisant et chaleureux à la fois. Dualité magistrale d’une musique qui veut faire la fiesta et vous découper en petits morceaux en même temps. Sous les assauts prog-métallico-gothico-victoriens-impressionnistes, les danseurs étaient maintenant possédés. Certains se tapaient dessus avec des maillets. Des crânes éclataient et la matière grise éclaboussait les convives épars qui s’en délectaient. D’autres se lançaient des duels à l’arquebuse et le tout se terminait bien souvent avec le gagnant qui partageait une bonne bouteille de sauvignon avec le perdant qui lui, empêchait ses tripes de se répandre sur le sable en les tenant d’une main tuméfiée. De la violence gratuite, jouissive mais contrôlée ; du genre qu’on partageait de bonne grâce entre amis consentants.

Vers 1 heure du mat, alors que les muzicos étaient à la moitié de leur set-list, englués dans un passage de piano sirupeux que surplombaient des vocaux « sous hélium » (dignes des premiers disques de Frank Zappa et les Mères de l’Invention, autre groupe antique appartenant à une époque qui n’avait pas encore connu la fusion des dimensions et la guerre céleste qui s’en était ensuivi), des centaines de papillons de nuits géants fondirent d’un ciel orangé-grisâtre et emportèrent certains des invités pour les dévorer grotesquement. Un des aléas de ces nuits post-apocalyptiques. On ne leur en tint pas rigueur car le met de résistance allait être servi et ça en ferait plus pour tout le monde encore présent/vivant. Alors qu’on se régalait de méchoui de Bison de la planète Nibiru et de quenouilles frites (importées d’Italie), le groupe livrait une musique plus introspective, secouée par des relents moyenâgeux, des vocaux féminins séraphiques (une cantatrice albinos s’était emparé d’un micro) et des passages à la guitare vraiment sublissimes.

Les réjouissances reprirent de plus belle alors que la musique prenait des grandeurs orchestrales. On dansait. On riait. On s’injectait des drogues impossibles dans les yeux avec des aiguilles de cristal. On s’égorgeait à qui mieux-mieux. On discutait du guide des restos Michelin de Venus, de tapisserie égyptienne, de la néo-peste qui ravageait Séoul, des tendances à venir en matière de mocassin, de miss Univers 2141 qui était en fait un poulpe géant, du Brodway-Musical dédié à Nyarlathotep (musique composée par un Andrew Lloyd Weber au regard de suie, ressuscité d’entre les morts par les pierres damnées retrouvées dans le lac des suppliciés au Laos). Dans leur désir d’oublier l’inutilité totale de leurs vies et de profiter jusqu’à plus soif des célébrations, les convives n’avaient pas remarqué que la marée commençait à monter… Les flammes encore puissantes que les flots crachaient à qui mieux-mieux s’attaquaient aux habits chics, aux jupons et s’invitèrent bientôt sur la chair… Un véritable tableau vivant de Beksinski se dressait maintenant sous le regard amusé des musiciens, qui étaient perchés sur leur dune, en retrait. C’était devenu une grande mascarade infernale où les danseurs, dévorés par les flammes, la peau carbonisée, les yeux fondants sous la chaleur, continuaient de valser funestement jusqu’à plus soif, jusqu’au bout de la nuit. L’odeur était épouvantable ; une sorte de smog humain avec des relents maltés/sucrés.

Au petit matin, alors que le groupe parachevait une autre compo délurée et rutilante, il ne restait plus sur la plage que des décombres rapiécés : poussière cendreuse et ossements encore brûlants. L’incendie maritime avait cessé. Notre mime plus tôt évoqué arriva avec un balai et un porte poussière et se mit à ramasser toute cette déconfiture post-humanoïde. Un danseur de merengue encore vivant, brûlé au 3ème degré, se faisait déchiqueter par des hyènes affamées. Pendant ce temps, nos musiciens rangeaient tout leur attirail et s’apprêtèrent à quitter les lieux… Le lendemain, ils avaient un mariage à Bergen.


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The Damned – Machine Gun Etiquette

Année de parution : 1979
Pays d’origine : Royaume-Uni
Édition : Vinyle, Chiswick – 2016
Style : Punk, Post-Punk, Art Punk, Pop Couillue

Ça c’est du punk comme je l’aime. Inventif, audacieux, irrévérencieux, vicieux, énergique, cartoonesque jusqu’à la moelle, oh so very very british ; mais aussi bourré de mélodies imparables qui te restent scotchées à jamais dans le cortex (cette sensibilité « pop » qu’on retrouve aussi chez les Buzzcocks). Ce troisième album de nos damnés chéris n’a failli jamais voir le jour. Après leur second album mi figue mi raisin (que j’aime bien cependant), le guitariste et compositeur Brian James avait quitté le navire… Notre bon Capitaine Sensible a passé de la basse à la gratte principale. Lemmy de Motorhead a rejoint le groupe en mutation en temps que bassiste pour un gros 5 minutes… Puis les tentatives de recrutement d’un bassiste permanent ont finalement abouti avec l’excellent Algy Ward (ex Saints) qu’on retrouve sur ce Machine Gun Etiquette le cul assis sur 4 chaises en permanence.

Pourquoi donc cette allégorie d’arrière train ? Parce que c’t’album est à la croisée des chemins. C’est l’album de transition (réussi) par excellence. Ce n’est plus du tout le punk garage pur et dur de « Damned Damned Damned » (1977). Ce n’est pas tout à fait du post-punk (pour ce que ça veut dire). C’est un mélange de tout ça mais c’est aussi plein de pop muzik rutilante/couillue, d’explosions de clavier qui pourraient aussi figurer sur un disque prog ou psych (ce farfisa !), de solos de guitare jouissifs, de théâtralité grandiloquente et même de petits relents du futur goth-rock/new wave de la troupe.

Musicalement, ce mix improbable aurait pu résulter en une catastrophe ambulante entre les mains de muzikos moins fabuleux. Mais les Damned ont réussi leur pari et livrent ici la marchandise comme les petits Dieux bien baveux et mal élevés qu’ils sont. Il y des TOUNES incroyables sur toute la galette, mes amis. Pas un seul moment faiblounet. La créativité de ces gars là était tellement débordante que le disque a du faire pâlir d’envie toute la compétition à l’époque (à part les Pénis Buzzés ci haut mentionnés car ils butent tout aussi sévèrement).

Les fans de Punk pur jus seront ravis par une pléiade de morceaux bigrement efficaces : « Love Song » (la plus émouvante chanson d’amour de l’histoire moderne), la pièce titre très rentre-dedans (avec les garçons de The Clash aux choeurs !), la classique « Noise Noise Noise » (presqu’impossible de ne pas l’écouter deux fois de file) ou encore « Liar » qui sonne très très Sextolets Pistuels.

Mais prenez ensuite un truc comme « I Just Can’t be Happy Today »… VAT IS DISS ? Le chant hanté/habité de Vanian vachement proto-goth, l’orgue psychotronique à la Stranglers, la batterie véloce de notre rat galeux préféré… On est vraiment ailleurs et pourtant, on ne perd pas le côté très « immédiat » du punk. Sublime enchevêtrement de pleins d’influences disparates que voilà. Sinon, t’as « Melody Lee » qui débute presque comme une pièce d’Elton John avec ce piano grandiloquent avant de se muter en chanson pop punk géniale ponctuée de passes de gratte folle de m’sieur Sensible (un homme que j’aime beaucoup). Oh, et vous aimez faire des bad trip de mush au cirque ? « These Hands » est là juste pour vous mes chers. Ah-ah-ah-ah-oh-oh-oh-ooooh !

La pièce de résistance (selon moi) du divin disque, c’est ce « Plan 9 Channel 7 » qui rend un vibrant hommage au classique cinématographique de monsieur Ed Boisé (featuring Bela Lugosi et aussi le dentiste d’Ed). Ici, on a affaire à du goth-rock catchy en diable qui monte progressivement en intensité, porté par une section rythmique implacable et une lead guitare savoureuse, avant d’atteindre son apogée dans les mugissements d’un clavier fantomatique et les hululements de cette voix de fausset en extase.

Pas juste un des meilleurs albums de punk de tous les temps mais aussi un très grand disque de musique.


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Longing for the Shadow: Ryūkōka Recordings, 1921​-​1939

Année de parution : 2021
Pays d’origine : Japon
Édition : CD-R, Death Is Not The End – 2021
Style : Ryūkōka

Bienvenue au tout début de l’industrie du disque au Japon, là où le ryūkōka était le style de prédilection des chanteurs et chanteuses du pays du soleil levant. C’est quoi le ryūkōka ? Cela veut littéralement dire « chanson populaire ». Dans les années 20 jusqu’au début des années 60, le ryūkōka est une hybridation de musique traditionnelle japonaise et de styles musicaux occidentaux, tels la musique classique, le blues, le jazz, le folk. Le genre se scindera ensuite en deux sous-genres importants : l’enka et le poppusu.

Cette compilation de nos amis de Death Is Not The End (toujours défricheurs de trésors sonores poussiéreux ceux là) nous offre un survol fascinant de la scène musicale japonaise populaire de la période d’entre-deux-guerres. Ces enregistrements d’époque, souvent croustillants et spectraux, sont aussi ensorcelants que révélateurs d’un Japon qui commence à peine son timide processus d’ouverture au monde extérieur. Nos tympans choyés assistent en quelque sorte ici à la genèse de ce métissage.

Il y a quelque chose de magique avec ces vieux enregistrements… Une mélancolie toute automnale recouvre ces pistes où la voix des solistes, très expressive et théâtrale, est à l’avant scène. Une douce instrumentation folk accompagnée d’orchestrations stoïques vient appuyer l’interprète de belle façon. Malgré le nettoyage des bandes, on entend les délicieuses craquelures caractéristiques des disques phonographiques 78 tours, ce qui confère à la musique ce côté « habité/hanté » que j’apprécie tant.

Voilà là une compile essentielle pour quiconque s’intéresse à la musique et à l’histoire du Japon. C’est une superbe capsule temporaire d’une époque intrigante et foisonnante.


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Warmoon Lord – Burning Banners of the Funereal War

Année de parution : 2019
Pays d’origine : Finlande
Édition : CD, Wolfspell – 2019
Style : Black Metal (à l’ancienne), Black Symphonique

La scène Black Metal finlandaise a toujours été une des plus intéressantes (autant dans le Black classique que dans l’expérimental). Et c’est pas ce petit nouveau venu qui va me faire changer d’avis sur le sujet ! Oh que non, messires ! Le Seigneur de la lune (guerrière) signe ici un de mes disques de Black Métal préféré de l’année 2019. Et ce n’est pas rien quand on considère qu’il s’agit du tout premier album de ce one-man band qui réussit ici l’exploit de synthétiser avec brio tout ce qui me ravit dans le Black old-school. Parce que c’est bien beau le Blackgaze, le Post-Black, le Black Orthodoxe et toutes ces conneries (je raille un peu gratuitement ; j’aime quand même pas mal de trucs dans ces créneaux) mais des fois, ce dont on a envie, c’est de ressentir à nouveau la magie de nos premiers émois satanico-nordiques. Vous savez ce grand vertige qu’on a eu lorsqu’on a découvert Burzum, Darkthrone, Emperor, Enslaved et Mayhem ? Warmoon Lord a compris notre besoin. Il nous donne ce qu’on réclame en toute concupiscence.

Pourquoi ce disque est si bon ? De un, la prod est juste parfaite. Brute et ample en même temps. Le meilleur Black, c’est un peu comme une armée de moustiques amplifiée (banchée sur le 220V). Faut qu’il y ait ce bourdonnement électrifié en quasi-permanence. Et ici, on est servis. Ça grouille mes frères ! Et malgré l’immuable buzz, on peut savourer tous les merveilleux petits détails sonores hirsutes au coeur de l’oeuvre.

De deux : l’atmosphère est juste géniale. Brumeuse et froide. Diaboliquement joyeuse. Comme une samba nocturne sur la pente d’une montagne enneigée à -40 degrés celsius, alors que le ciel est lézardé d’éclairs fous et d’aurores boréales (j’ai des fantasmes visuels très précis). Il y a cette mélancolie typique du Black Métal grand cru et ce côté épico-fantasque aussi. C’est juste BEAU.

De trois : Les compos sont absolument magnifiques ! C’est riche, c’est fouillé et c’est bourré de riffs anthologiques, de vocaux criards superbement maitrisés, de claviers éthérés comme j’en raffole (un peu niais et victorieux à la fois !), de cette batterie véloce en diable et de samples doucereux. Les titres, plutôt longs (à part les classiques intro/outro) font la part belle aux mélodies grandiloquentes et rageusement splendides, mais aussi aux passages plus planants qui viennent faire respirer l’oeuvre d’une belle façon. Warmoon Lord a trouvé le parfait équilibre entre lourdeur et volupté.

Toutes les pièces de ce très court disque (on en redemande) sont des merveilles. En particulier « Funereal Blood » qui me donne la trique comme pas un et qui, à mon avis, va direct au panthéon des plus grands morceaux de Black Metal EVEUR. Il y a une telle énergie ici… Les claviers ont ce petit côté « extra-terrestre » et m’évoquent « La couleur tombée du ciel » de Lovecraft, pour une obscure raison. Certains riffs sont tellement homériques que j’ai le goût de me maquiller en panda et d’aller faire une danse du sabre (avec une épée en mousse) dans la forêt avoisinant ma chaumière. Et que dire de cette finale dark ambiant… C’est splendeur fait de splendosité.

BREF, un satané bon disque que voilà. Ma note en témoigne et va peut-être même augmenter au fil des écoutes. Les amateurs de métal noir doivent absolument s’initier à la musique de cet homme dont la trajectoire discographique sera à suivre de très près. I’m watching you Warmoon Lord… I know where you live…


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Panda Bear – Person Pitch

Année de parution : 2007
Pays d’origine : États-Unis
Édition : CD, Paw Tracks – 2007
Style : Collage surréaliste, Psychédélique, Surf Pop, Sunshine Pop, Ambient, Exotica, Disque expérience

Bonjour / Good Morning chers passagers. Vous pouvez déboucler vos ceintures en laine minérale et ornées de fleurs hawaïennes. Vous êtes arrivés à destination : le cerveau de Brian Wilson pendant les enregistrements chaotiques de « Smile » première mouture (n’oubliez pas votre casque de pompier !!!)… Noah Lennox est votre sympathique pilote mais il préfère vous avertir : il y avait du LSD dans tous les articles du menu servi à bord (oui ! même dans le « sans gluten » !). Si vous vous disiez justement que ça brillait drôlement dans votre champ de vision (en plus des zèbres qui explosent en firmaments laiteux et des ours chapeautés de FEZ multicolores et jouant du glockenspiel avec une ferveur toujours renouvelée), vous en connaissez maintenant la raison !

Percussionniste et chanteur du groupe Animal Collective, Noah (alias l’Ours Panda) livre son deuxième album solo en la forme de ce « Person Pitch » psychédéliquement vôtre. Ce disque est un sale trip, mes amis. Un genre de croisement contre-nature entre « Martine à la plage » et « 2001 Space Odyssey », avec en prime (et pour le même prix !) un peu de ukulélé pour les amateurs. Ou si vous préférez : c’est un pique-nique embrumé sur une plage interstellaire (et bordée par une mer d’astéroïdes) où dansent des chamans habillés de toges en diamants. Et au loin, on entend d’irréels chants de baleines fantômes s’entrechoquant au scintillement sonore des étoiles. Je sais… il n’y a pas réellement de sons dans l’espace. Mais « Person Pitch » est loin d’être réel. C’est plutôt un beau rêve dont on se réveille armé d’un sourire de défoncé mental et dont on à peine à se rappeler les moindres détails. On sait juste que c’était plaisant et positif. Et qu’on aurait donc le goût de manger 18 toasts sur un restant de braises de feu de camp.

Basé à 90% de samples diverses, l’oeuvre se veut un hommage ambiant-maximaliste à la Beach Muzik des années 60. Ce n’est pas un album à écouter en faisant votre vaisselle ou en faisant le ménage de votre chaumière (à part si vous accordez des qualités lysergiques à ces tâches ménagères… et là, je vous trouverais encore plus bizarroïdes que moi). L’écoute se fait mieux alors que votre postérieur est solidement posé sur un divan moelleux ou même dans votre lit, dans un état semi-comateux (avec l’apport non négligeable de bons écouteurs). Et là, vous entendrez la magie s’opérer. Et vous aussi, vous serez porté par ces guitares apaisantes, ces xylophones sucrés, ces chants électro-grégoriens, ces percussions tribales branchées sur un voltage très approximatif, ces synthés dérangés, cette voix qui se permute en milles et unes galaxies bruitatives… Et vous tomberez en amour avec cette ambiance cosmique totalement unique.

Un album à ranger à côté de « California » de Mr. Bungle et bien évidemment, « Pet Sounds » des Beach Boys.


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Aksak Maboul – Onze Danses Pour Combattre la Migraine

Année de parution : 1977
Pays d’origine : Belgique
Édition : CD, Crammed – 2003
Style : Avant-Prog (de chambre) / Rock in Opposition, Musique des Balkans

Souvent, lors d’une journée de weekend morne et pluvieuse, mon cerveau part à la recherche d’un support sonore qui sied bien à l’atmosphère qui trône. Il y a ces pluies glaciales et austères d’Octobre qui s’agrémentent parfaitement d’une succulente missive de Black Sabbath, qu’on déguste en lisant du Lovecraft et du Poe. Il y a ces journées abjectes de Novembre où la mélancolie nous porte à se perdre dans la noirceur opaque du Black Metal et dans le néant existentiel de Joy Division / The Cure. Sans oublier les pluies douces d’été où l’on se laisse bercer par les Gymnopédies et les Gnosiennes d’Érik Satie… Mais il y aussi ces jours où la pluie n’est que nostalgie scintillante nous plongeant tête première dans notre imaginaire d’enfant. Je parle de cette enfance révolue (hélas !), où tout nous semblait merveilleux et magique. Ces jours grisounets où l’on avait qu’une envie : enfiler notre imper, sortir de notre chaumière et aller s’amuser tout seul dans un univers empreint de cette magie… Patauger dans les flaques d’eau et laisser les éléments nous inspirer des aventures fantastiques, peuplées de créatures chimériques et de lieux impossibles. S’imaginer que le nain de jardin de la cour est devenu vivant et nous parle dans un dialecte étranger, que des dragons vermeilles vont sortir à tout moment des puisards, que le vent qui agite les arbres d’une aussi singulière façon est notre allié…

Lorsque je suis touché par cette nostalgie toute particulière et que je consulte mon illustre discothèque, immanquablement, mon regard finit par se porter sur cette pochette étrange et surréalisante. Je contemple ces onze danse pour combattre la migraine (arborées fièrement par l’homme mystère, qui semble nous dire « Allez mon jeune ami, viens t’amuser dans notre parc d’attractions – tous les manèges ont étés construits par Salvador Dali ! »). Difficile de résister à cette invitation vers un inconnu qui nous semble aussi sympathique qu’insaisissable. Dès qu’on appuie sur « Play », on est transporté chez le Roi Dagobert – réinterprété façon « Pablo Picasso se la joue grave sur un Fender Rhodes » (Mercredi Matin). S’ensuit alors une suite quasi-parfaite de micro-piécettes et de morceaux plus ambitieux, fruits d’un métissage sonore des plus savoureux et inusités. À travers ce lot de comptines dadaïstes et d’impros délurées, on dénote une foule d’influences disparates : jazz, musiques balkaniques, musiques cycliques et minimales (à la Steve Reich), Erik Satie (mentionné plus-haut), percussions africaines, musique électronique (particulièrement dans l’utilisation des claviers) et classique (surtout le courant folkloriste qui donne ici naissance à quelques « bartokeries » assez splendides). Important aussi de mentionner la multitude d’instruments utilisés par Marc Hollander (maestro du projet) et ses comparses : farfisa, piano, darbuka, guitare, boîte à rythme, saxophone alto et soprano, clarinette, flûte, mandoline, dumbeg, xylophone, violon, violoncelle, accordéon… sans compter les nombreuses voix féminines venant se greffer à la masse sonore engendrée par cet attirail à divers moments-clés, entre autres sur le très marrant « Tous les trucs qu’il y a là dehors », où une fillette d’environ 7 ans improvise une chansonnette sur l’importance du travail et de l’argent alors que Marc essaie de la suivre au Fender… et que la petite le réprimande parce que ce n’est pas à son goût.

Aksak Maboul fait bien du RIO, mais demeure à milles lieux de leurs contemporains ténébreux (Henry Cow, Univers Zero et Present). On pourrait dire qu’ils oeuvrent dans une forme de RIO naïf et intimiste… bref : du RIO de salon ! Je suis sûr que si le professeur Tournesol avait eu un groupe de rock, ça aurait beaucoup ressemblé à du Aksak Maboul !


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Ana Roxanne – ~​~​~

Année de parution : 2019
Pays d’origine : États-Unis
Édition : Vinyle, Leaving – 2019
Style : Ambient, New Age, Field Recordings, Spoken Word

2019 est une grande année pour l’ambient. On a eu droit à une multitude d’albums de grande qualité de la part de Saba Alizadeh, Nivhek (alias Grouper / Liz Harris), Tim Hecker, Oren Ambarchi, Jonny Nash, Matthew Sullivan, The Chi Factory, Fennesz, Caterina Barbieri et j’en passe… Mais à travers tous ces trésors sonores, une demoiselle s’est selon moi élevée au dessus du lot.

Le magnifique EP d’Ana Roxanne est une de mes plus belles découvertes musicales de 2019, ni plus ni moins. J’ai été drogué à ce disque tout le printemps et tout l’été de cette année. Je l’ai écouté un nombre incalculable de fois. Ce fut un disque-médicament ; celui qui arrivait à me calmer dans mes moments d’angoisse et d’égarement, celui qui me faisait goûter pleinement aux fins délices de la vie. Et dire que cette jeune demoiselle hésitait à publier ces travaux initialement, pensant que ça n’allait plaire à personne… Que nenni Ana !

« ~​~​~ », c’est pur et limpide. C’est éthéré. C’est infiniment beau et sincère. À travers les 6 morceaux de cette offrande discographique, Ana Roxanne nous fait voyager à travers son ambient unique et émotif, à mi-chemin entre le New Age de la fin 70s/début 80s (avec ses claviers analogiques chaleureux), le Dream Pop dans sa forme la plus minimale (pensez à du Cocteau Twins en plus lent et sublimé) et l’Ambient moderne. Le tout est aussi saupoudré de jolis passages de spoken word oniriques et de field recordings hypnotiques. Il y a aussi un côté presque spirituel à cette musique. Peut-être est-ce en partie du au fait que la musicienne a par le passé vécu et étudié à Uttarkhand (Inde) auprès d’un professeur vocal spécialisé en chant « Hindustani ». D’ailleurs, la voix d’Ana, qui n’apparaît pas sur toutes les pièces, est simplement somptueuse.

Ce qui est fascinant avec ce disque (au delà de ses qualités musicales évidentes), c’est son côté très personnel. On a vraiment l’impression que la Californienne nous ouvre une fenêtre sur son monde intérieur. Un panorama sur ses joies, ses peines, ses aspirations, son recueillement, ses passions. Ce n’est pas une mise à nue grandiloquente et théâtrale. C’est juste elle dans ces moments précieux de la vie : au piano alors que le Soleil se couche tranquillement, au jardin à pique-niquer et chantonner avec sa famille alors que le vent effleure les carillons ça et là, dans son lit alors qu’elle réfléchit à Dieu et aux mathématiques, où lorsqu’elle fredonne un vieil air de R&B en marchant dans la rue un matin brumeux et magique… On vit ces quelques instants avec elle. Et c’est un bonheur renouvelé à chaque fois.


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Françoise Hardy – Comment te dire adieu

Année de parution : 1968
Pays d’origine : France
Édition : Vinyle, Reprise – 1970
Style : Chanson française, Pop Baroque, Chamber Folk

Aaaaaah Françoise… Le fantasme parfait. La chanteuse au coeur éploré, à la fois éteinte et lumineuse, belle comme milles univers en gestation, l’âme empreinte de saudade qu’un Soleil irradiant ne fait que sublimer. On s’entend tous pour dire que monsieur Dutronc en avait bien de la chance ! Pratiquement tous les disques des 60s et early 70s de la demoiselle sont merveilleux. On y retrouve un bel amalgame de chansons pop baroque (empreintes d’un ravissement sans pareil), de pépites yé-yé mélancoliques et de morceaux très « folk de chambre » (majestueux).

Cet autre éponyme ici critiqué (plus connu sous le nom de la première piste de l’album) n’est pas en reste dans la discographie de la déesse française. Sur les 12 titres présents, on ne compte que deux compos de Françoise (superbes). Le reste consiste en des compositions de collègues francophiles et des versions francophones de morceaux anglo. Et QUELLES versions messieurs-dames !

Françoise a toujours su s’entourer de producteurs/compositeurs merveilleux (britanniques pour la plupart, ainsi que quelques acolytes français). Si ce disque sonne aussi bien c’est en grande partie grâce à ce Dream Team : Arthur Greenslade, Jean Pierre Sabar, Mike Vickers, John Cameron, Serge Gainsbourg et Patrick Modiano.

Pour en parler un peu de ces fabuleuses pièces… Premièrement, impossible de passer sous silence les chansons signées Gainsbourg (la pièce titre ainsi que « L’anamour »). Ce sont des classiques indémodables ; marque de commerce de ce cher vieux vicieux de Serge. Le genre de truc que tu chantes par coeur sous la douche même si ça fait des mois/années que tu n’as pas entendu. Paroles génialement accrocheuses et gainsbourgiennes en diable (avec ses petits tics d’écriture si typiques) + arrangements pop-psych-bonbonnés. Adorable. Je ne sais pas si Gainsbourg était en studio avec Françoise, mais on s’entend qu’il a du s’essayer sur elle… J’imagine mon Jacques Dutronc en beau fusil, qui attend à la sortie du studio avec une batte de baseball (enrobée de barbelés).

« Où va la chance » (reprise de « There but for fortune » de Phil Ochs) est comme un rêve devenu chanson… Que c’est beau. Et bordel que cette voix satinée est ensorcelante. « Suzanne », (oui-oui, celle de Cohen), est digne de l’originale ; ce qui n’est pas peu dire. À ranger avec les meilleures reprises du montréalais (à côté de celle de « Famous Blue Raincoat » par Marissa Nadler). Introduite par ce petit piano automnal qui te secoue l’appareil émotif comme un cocotier, « Il n’y a pas d’amour heureux » est un poème d’Aragon mis en musique par Monsieur Brassens…

Si mon jardin composait une toune (un beau matin brumeux), il y a fort à parier que cela ressemblerait à « La Mésange ». C’est écrit par Chico Buarque et Carlos Jobim (rien que ça)… « Parlez-moi de lui », initialement popularisée par Dalida (et par Cher par la suite!), est un des moments les plus grandiloquents du disque. Kitsch, pompeux mais épatant/éclatant à la fois.

« À quoi ça sert » (compo de Françoise !!!) est toute folky-licieuse avant que les orchestrations opulentes fassent irruption (ce piano presque Rick Wakeman-esque !!! wow !). « Étonnez-moi Benoît… » est un des rares moments folichons/joyeux de ce disque ; avec ce petit côté « fanfare de ville » euphorique. On termine le disque sur la 2ème compo de la Hardy girl, « La mer, les étoiles et le vent ». Ce titre porte tellement bien son nom. Et c’est aussi une de mes chansons préférées de Françoise. L’équivalent musical d’une balade noctambule en barque (sous la pleine lune), tout près d’un petit port brésilien.

Bref, on tient là un super disque d’une des artistes essentielles des sixties. Une magnifique porte d’entrée à son univers doucereux…


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Nirvana – In Utero

Année de parution : 1993
Pays d’origine : États-Unis
Édition : CD, Geffen – 1993
Style : Rock Alternatif, Grunge

Que voilà là un album triste et dépressif… « In Utero », c’est l’écoeurement jusqu’au boutisme, la résignation de tout, le rejet de la vie dans son sens propre… Après tout, l’album devait au départ s’intituler « I hate myself and I want to die » (titre prophétique s’il en est) mais la maison de disque pensait que les fans du groupe prendrait les choses un peu trop au premier degré. Ce disque est bouleversant de vérité, mes amis.

C’est l’album où Kurt conchie « Smells Like… » et tout le succès engendré par ce hit qui est devenu la créature de Frankenstein du groupe. Kurt n’en à rien à foutre du succès. Il en a peur. Il ne sait que faire d’être « la voix de sa génération ». Il voulait seulement écrire des chansons pour extérioriser tout son mal-être, son angoisse sociale, son accablement constant. Et là, avec ces milliers de demoiselles en chaleur et de mecs à l’hygiène encore plus douteuse que la sienne qui le considèrent comme le nouveau Christ, il flippe grave. Crises panique amplifiées et maux d’estomac atroces. Il se drogue à l’héro pour pallier. 100$ par jour.

In Utero. Le testament de Nirvana. Revenir aux bases. Faire un disque abrasif, crade à souhait, bruitatif, méchant, sans espoir, plein de riffs corrosifs, de vocaux éreintés, de basse/batterie sans artifices et toujours, de chansons à la fois belles et laides. Aller chercher le Steve Albini de Shellac et Big Black, producteur-enregistreur minimaliste qui créé plus un espèce sonore sans entrave où le groupe peut être lui-même au lieu de produire réellement le truc. Envoyer chier Geffen Records et leurs campagnes de pub qui donnent la nausée aux 3 comparses. Voilà le but de cet espèce d’anti-album.

Plusieurs des plus grands moments de Nirvana figurent sur ce disque, à commencer par les plus connus : « Heart Shaped Box » et son magnifique vidéo-clip psychédélico-mort signé Anton Corbijn, « Rape Me » (ou le revers apathique de « Smells Like Teen Spirit »), de même que ce « All Apologies » émotif qui fait office d’adieu. Mais il ne faut pas passer sous silence les autres pièces, à commencer par l’introductoire et décapante « Serve the Servants » où Kurt déclame « Teenage angst has paid off well/Now I’m bored and old » (comment résumer Nirvana en 2 phrases), la dérangeante et tordue « Milk It » avec ses riffs anguleux et ses explosions Melvinnesques ou l’incroyable « Pennyroyal Tea », sorte de monument érigé en hommage à la haine de soi.

À l’écoute de l’album, je ne peux m’empêcher de penser à la scène tellement déchirante du « Last Days » de Gus Van Sant où Michael Pitt joue tout seul une complainte éplorée et pluvieuse dans son home-studio crasseux…

Un grand disque.


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critiques

Oren Ambarchi – Live Hubris

Année de parution : 2021
Pays d’origine : Australie
Édition : Vinyle, Black Truffle – 2021
Style : Krautrock, Rock Expérimental, Progressive Electronic + un soupçon de Jazz Libre

Non mais… regardez moi c’line-up ! C’est à en faire baver tout fan de musique expérimentale qui se respecte. Mon beau Oren chéri à la gratte, accompagné de super Jiminounet (O’Rourkounet) au guitar synth (j’imagine que c’est comme un piano-guitare, mais en moins AOR), Eiko Ishibashi au flutiau, Andreas Werliin de l’orchestre en FEU! à la batterie métronomiquement votre, Albert FUCKING Marcœur à la gratte, Konrad Sprenger aux bidouillages électroniques, William « électro-acoustique » Guthrie derrière les fûts lui aussi, le saxophoniste free jazz fou fou fou Mats Gustafsson et j’en passe parce que sinon, cette critique ne sera constituée que de name droppin de gens dont la mention excite une bien faible proportion de la population terrestre (mais les connaisseurs risquent de mourir d’une trop nombreuse série d’orgasmes à la chaîne avant même d’avoir écouté ne serait-ce qu’une seule note de cette merveille faîte disque « live »).

Bref, c’est beaucoup BEAUCOUP de beau monde qui sont conviés à cette performance « en PESTAK » on ne peut plus endiablée et réjouissante d’une des oeuvres les plus célébrées de l’Australien prolifique. Cette prestation atomise la (pourtant excellente) version studio de la bête motoriKe. Hubris, c’est ce qui arrive quand des muzikos souvent très sérieux provenant de champs très gauche (Drone, EAI, électro-acoustique, Free Improv, Jazz d’Avant-Garde) décident de se la jouer rockers choucroutés le temps d’un disque jubilatoire et hypnotique.

L’oeuvre se décline en deux longues pistes, scindées par un bref interlude Albert Marcoeur-licieux (oui oui, ce terme existe pour vrai et je ne viens pas tout juste de l’inventer ; j’vous jure) où des arpèges de guitare syncopés accompagnent une tentative hésitante de conversation téléphonique en fond sonore. Ce délicieux (et essentiel) apéritif sonore est idéal entre les deux morceaux de bravoure que sont Hubris 1 et Hubris 3…. Là, c’est dense de chez dense. Les pulsations électroniques de sieur Sprenger sont l’assise parfaite aux entrelacements des nombreuses guitares électriques (7 si je ne m’abuse) qui tournoient passionnément dans un espèce de banquet flottant cinglé de polyrythmies en sourdine enchevêtrées. Tout est ondulations kraftwerkiennes. Tout évolue fabuleusement au fil de ces lignes guitaristiques étroitement liées mais métriquement distinctes ; aux accents changeants subtilement, ricochant les unes sur les autres, le long de l’impulsion centrale sans fin. Et éventuellement, les batteries viennent s’en mêler ; pour notre plus grand bonheur auditif et sensoriel. Et le tout vire encore plus électro. Plus « funk de robots ». Plus Halleluwah (de Can, si il faut les nommer) en somme, mais un Halleluwah version moderne Kosmigroov (avec le saxooooooo) ; comme si on était transporté dans les sessions du On The Corner de Miles (se déroulant dans une station spatiale orbitant Jupiter & Beyond).

CALISSE que c’est bon. Une tuerie qui vous rendra tout aussi joyeusement et rythmiquement siphonné que moi. De la très grande musique.


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Oren Ambarchi – Triste

Année de parution : 2003
Pays d’origine : Australie
Édition : CD, Southern Lord – 2005
Style : Drone, Ambient, Reductionism, EAI

Oren est triste et seul. Oui, les sons ici présent découlent d’une performance « live » mais on dirait plutôt qu’ils proviennent d’une session solitaire où notre homme errait dans un appartement assombri et dépouillé ; avec la pluie gelée de Novembre qui bat dehors… Toutes lumières fermées, ne reste que celle de l’enregistreuse qui illumine à peine l’ébène de ces lieux engourdis. « Triste », c’est deux pistes cafardeuses au possible. Deux incursions dans l’inertie des nuits mourantes. Deux plongées dans le chagrin ; mais dépouillées de toute théâtralité. On va ici à l’essentiel du sentiment, de l’état… Sans grandiloquence. Sans rage. Juste une vision exacte de ce que ça peut remuer en dedans, dans les tripes, dans le coeur, dans la tête. Et c’est aussi beau que neurasthénique.

Des notes de basse qui émergent du vide. Lentes et longues ; allant s’effacer progressivement dans le silence qui ici, devient un autre couleur (essentielle) dans la palette d’un artiste sonore qui l’a toujours utilisé avec escient. Les notes/fréquences se multiplient, s’enchevêtrent, se superposent, s’effilochent en particules électriques craquantes. La pièce meurt et renaît à plusieurs reprises, frêle mais tenace/patiente qu’elle est. Les résonances finissent par m’évoquer un espèce de piano éploré figé dans un nuage de bruine presque solide, qui est suspendu au dessus d’un plancher de verglas croustillant. Gris bleuté limpide et fantomatique.

Puis, la partie deux… la première mais en plus chaotique, moins immobile, avec plus d’éléments, plus de particules grésillantes, plus de « clicks » et de « cracks ». Un drone subsonique bien opaque s’installe petit à petit et recouvre tout. Du givre auditif, en quelque sorte. Sine waves, feedbacks noisy et fréquences hautes sont au rendez-vous. La piste se fond (et se conclue) sur un passage électro-acoustique bluffant (que n’aurait pas renié un certain Edgard Varèse).

La version CD (ici critiquée) contient aussi deux remixes savoureux de Tom Recchion. Ces altérations, moins minimalistes et plus touffues, sont encore plus obtuses (mais tout aussi dignes d’intérêt).


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