critiques

Chthe’ilist – Le dernier crépuscule

Année de parution : 2016
Pays d’origine : Canada (Québec)
Édition : CD, Profound Lore – 2016
Style : Death Doom Metal technique et schizoïde

Des recoins les plus insondables de mothafuckin Longueuil nous proviennent Chthe’ilist (super sympa à prononcer à répétition avec 28 biscuits soda dans la bouche). Vous vous en douterez au nom, on a affaire à des mecs de goût qui vouent un culte à ce bon vieux H.P. Lovecraft, un de mes top 5 auteurs préférés. Mais nos tympans incrédules font surtout face ici à une sorte d’ovni Death Metal cosmico-schizoïde-doom-fuligineux-arachnéen de grande envolée. Le genre de disque sournois qui se loge dans ton cortex et qui te hante la matière grise de ses immondices rutilantes.

Ce disque sonne comme RIEN d’autre d’autre dans le genre. Il y a bien sûr des relents surannés de Gorguts, Demilich et tiens, pourquoi pas, Leviathan et son chef d’oeuvre d’aliénation « Scar Sighted »… mais la démence savante de ces types donne naissance ici à une sorte de Death Metal technique nouveau genre, avec ses voix tout en vomissements batraciens qui sortent d’une brume millénaire, cette batterie hystériquement vôtre, cette basse de fou qui l’accompagne dans cette espèce de grande danse macabre déstructurée et surtout, SURTOUT : ces riffs de guitare complètement atonaux, inhumains, aussi robotiques qu’un Autechre meilleur cru (dans un tout autre genre). Ah oui, impossible de passer sous silence ces moments ambient où on a l’impression de suffoquer dans un marécage électrique sur Yuggoth, sous dix tonnes de glaise fumante, avec des espèces de gémissements croassants au loin. Bref, le genre de disque qui me file de malins petits frissons. Mais bon, je vous avais déjà dit que j’étais un dangereux psychopathe, n’est-ce pas ?


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Amon Düül II – Yeti

Année de parution : 1970
Pays d’origine : Allemagne
Édition : CD, Repertoire – 1992
Style : Kraut-Rock, Psychédélique, Prog, Space-Rock

Yeti est un monstrueux album-double, le deuxième de cette légendaire formation allemande. C’est l’album qui, accompagné de son comparse Faust IV (autre pièce maîtresse) a grand, très grand ouvert la porte de mes tympans au « Kraut-Rock » (alias Rock-Choucroute), ce courant teutonique des années 60-70 qui était foutrement en avance sur son temps et qui demeure une de mes obsessions musicales pour les siècles et les siècles, amen… Il est donc normal que ce bon vieux Yeti occupe une place de choix dans mon cœur.

C’est un album qui fait très TRÈS mal (dans le bon sens du terme) et facilement un des 10 plus grands disques de Kraut-Rock. Le genre d’album qui, à la première écoute, te jette littéralement sur le cul et te met dans un état de transe fort singulier… Où chaque son qui le constitue te percute et te chavire les sens. Le genre d’album que tu sais « important » à la toute première minute d’écoute intensive et jouissive…

Vous ne pouvez pas écouter ce disque en faisant la vaisselle, à moins que du robinet de l’évier ne coule un lac de LSD et que vous entreteniez une conversation fort politisée avec les ustensiles (surtout les couteaux) tout en portant un costume de chef Inca. Non. Cet album va chercher votre attention et ne vous laisse pas tranquille jusqu’à la dernière et délicieuse divagation sonore. Les synthétiseurs planants, les chants possédés, la rythmique basse-batterie tribale et le violon délirant : tout ici n’est que pure folie (savamment orchestrée).

L’album se divise entre une première portion rock-folk-prog plus composée et une seconde constituée de longues improvisations. Le partie « compos » débute dans le chaos avec « Soap Shop Rock », une suite psychédélique de 12 minutes qui part dans tous les sens en même temps, alternant entre des passages énergétiques aux tempos rapides et des passages glauques, lyriques et contemplatifs. La structure alambiquée a de quoi rappeler le mythique « Interstellar Overdrive » du Floyd… S’ensuit alors 6 morceaux plus courts, comprenant entre autre le sinistre « Archangels Thunderbird » (avec les vocaux très « stoner rock » de Renate Knaup) et l’acoustique « Cerberus ». La partie « impro » (les 3 derniers titres) est aussi (sinon plus) géniale et captivante. Le tout se termine avec « Sandoz in the Rain » (en référence au Laboratoire Sandoz qui a découvert le LSD précédemment mentionné), longue piste initiatique (du genre « trip d’opium proto-ambiant dans la jungle cosmique située dans la barbe de l’univers ») où les musiciens sont rejoints par des anciens compères d’Amon Düül I, question de donner au tout une ambiance encore plus free-foutraque. Du grand art, finement poilu et drogué.

Yeti, c’est du délire authentique à 127%. L’écouter, c’est comme recevoir une grande claque étoilée sur la gueule (mais une claque qui fait du bien quand même). Amateurs de musique expérimentale, libre et violente, Yeti vous est tout indiqué. Voilà là Amon Düül II à son zénith.


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Taake – Nattestid ser porten vid…

Année de parution : 1999
Pays d’origine : Norvège
Édition : CD, Wounded Love – 1999
Style : Black Metal

Je vois un peu ce premier jet de Taake comme la quintessence du Black Metal norvégien des années 90, l’album qui réussit à réunir en son sein tous les éléments des grands groupes BM de la deuxième vague. Ici, dans cette suite de pièces superbement menées, on retrouve toute la rage glacée de Darkthrone, le côté atmosphérique-mur de son de Burzum (et oui, Varg est le Phil Spector du Métal norvégien !), l’élégance racée de Satyricon, l’efficacité brute et presque poppy d’Immortal, le côté épico-grandiloquent d’Enslaved ainsi que la sophistication et la technicité d’Emperor.

Les Taakeux ne parviennent cependant pas à dépasser en qualité ou en originalité ses ainés mais livrent quand même un genre de best of de tout ce qui rendait le Black Metal 90s aussi magique et singulier. C’est là la grande force de ce groupe sur ce premier opus (et les 2 suivants).

Dès le départ, on nous en met plein les tympans. Riffs qui tuent. Ambiance de fou. Hurlements divins. Chœurs majestueux. Batterie véloce. Et production vraiment géniale, à mi-chemin entre le côté crade lo-fi qui est caractéristique du genre et une certaine forme d’ouverture (ce qui fait qu’on entend même la basse un peu ! oui-oui !). L’album nous jette sa superbe à la gueule titre après titre. Les compositions sont très fortes, empreintes de cette atmosphère sonore obtuse et brumeuse qu’on aime tendrement, tout en demeurant diablement concises, efficaces et accrocheuses.

Pour quelqu’un qui souhaiterait s’initier à ce courant musical qui demeure toujours un de mes préférés, il n’y a pas meilleure porte d’entrée que ce classique mineur made-in-Bergen.


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Arthur Verocai – Arthur Verocai

Année de parution : 1972
Pays d’origine : Brésil
Édition : Vinyle, Mr Bongo – 2017
Style : MPB, Psych Pop, Baroque Pop, Samba-Jazz, Folk

Une discographie d’un seul véritable album de 29 minutes à peine… « Leave them wanting more » est un moto qui résume bien la carrière solo de ce grand monsieur méconnu de la musique brésilienne. Compositeur et arrangeur pour plusieurs grands noms (Elis Regina, Jorge Ben, Marcos Valle et Gal Costa, pour ne nommer que ceux-là), Verocai est, au même titre qu’un Rogério Duprat, un des plus grands architectes sonores de la musique si riche de ce beau pays. Malgré des qualités indéniables que j’évoquerai ci-bas, cet album éponyme sera un échec commercial cuisant. Une injustice de plus dans le monde de la musique, qui en compte des milliers… L’album serait probablement demeuré aux oubliettes si ce n’était de crate diggers tels que MF Doom et Madlib, qui ont exhumé le joyau afin de le sampler copieusement. La hype s’est émoustillée autour du divin objet, comme c’est souvent le cas quand ces mecs se mettent de la partie… Et maintenant, ce bijou de Verocai est reconnu à juste titre (dans certains cercles) comme un des chef d’oeuvres inestimables de la MPB et un tour de force de studio.

C’est aussi un des disques les plus « cinématographiques » de ma collection. On dirait presque la trame sonore un brin psych et raffinée d’un film arthouse. En fait cela s’explique vu que Verocai travaillait alors pour la TV brésilienne à titre de compositeur pour les trames sonores de plusieurs publicités et telenovas. Ce côté « BO » n’est jamais bien loin dans les arrangements somptueux, émotifs et incantatoires de ce disque. Et Verocai aura les moyens de ses ambitions, gracieuseté du label Continental (alors très satisfait de son travail auprès d’autres artistes). Verocai veut un orchestre à cordes de 20 musiciens. Il veut s’entourer aussi d’une pléiade de musiciens de renom ; la crème de l’époque, comme le guitariste Toniho Horta (Clube da Esquina), les saxophonistes Paulo Moura et Oberdan Magalhães (tous deux du Banda Black Rio), les batteurs Robertinho Silva et Pascoal Meirelles, etc… Il aura droit à tout cela, à sa Dream Team de feu pour l’aider à faire naître sa merveille sonore.

L’album s’ouvre sur un « Caboclo » mélancolique à souhait… Une guitare éplorée et des modulations électroniques (vraiment « space ») font irruption dans le tympan déjà régalé. Puis une voix morne et désabusée s’élève pour nous raconter l’errance d’un homme dans ce petit matin terne et un brin surréaliste. C’est absolument magnifique. On est en pleine saudade (ce mot portugais inventé au Brésil qui illustre ce sentiment à la lisière de plusieurs : le manque, la nostalgie, la joie fragile, le spleen). La piste monte doucement en intensité et se transforme en une samba-jazz languissante. « Pelas sombras » (par les ombres) est, malgré son titre, un peu plus upbeat mais quand même empreinte de cette même aura cafardeuse enjouée (mi larme, mi sourire). C’est beau. Follement beau. Le piano électrique est funky-smooth en diable. Les cuivres sont chaleureux à souhait. Les cordes enrobent le tout d’une félicité séraphique. « Sylvia » est un superbe instrumental, à la fois très soul à l’américaine (cuivres) et très brésilien (guitare et percus). Et bordel : cette flûte traversière nous fait voyager haut et loin !

« Presente Grego » est la pièce la plus funk jusqu’ici. Un beau groove salace, mais avec toute la tristesse du monde qui plane en dessous (cette voix). La dernière piste de la Face A, « Dedicada A Ela » est un autre moment engourdi ; un assoupissement de début d’après-midi sous un Soleil de plomb (et les rêves opiacés qui viennent avec). Le saxo est particulièrement fantasque ici.

La Face B n’est pas en reste et recèle de pépites comme ce « Seriado » guilleret avec des percus bandantes et les vocaux de la jeune débutante Célia Regina Cruz (qui connaîtrait une belle carrière en solo par la suite), ce « Na Boca Do Sol » qui est presqu’une toune de proto Dream Pop (si tu remplaces les guitares saturées par des cordes langoureuses), ce « Velho Parente » morricone-esque, ce « O Mapa » au piano ensorcelant et… en guise de pièce de clôture, l’instrumental « Karina », morceau très enlevant/éblouissant, le plus long du disque. Un délire jazz-rock, proggyjammy, qui rappelle même le Waka Jawaka de Zappa (sorti la même année) !

Au vu de ma note, je ne vous ferai pas de grosse surprise quand je vous dirai que cet éponyme de Verocai est un des disques les plus importants de ma discothèque. Un disque sans point faible. 29 minutes de pur bonheur, de pure fraicheur. Une musique intemporelle ; qui sonnera toujours aussi bien dans 500 ans. Et un de mes 5 disques brésiliens préférés de tous les temps. Et un merci tout spécial Mr Bongo pour la qualité de la réédition (ça sonne du tonnerre !).


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The Kinks – Face to Face

Année de parution : 1966
Pays d’origine : Royaume-Uni
Édition : Vinyle, BMG – 2015
Style : Mod, Pop psychédélique, Pop baroque

British Pop Perfection !!!

Déjà sur « The Kink Kontroversy », l’écriture de Ray Davies s’était raffinée… On savait qu’on avait maintenant affaire à un des plus grands compositeurs/paroliers britanniques de sa génération (et je mets de l’emphase sur le mot « britannique » ; parce qu’il y a pas plus british que Ray frickin Davies). Face to Face sera l’album de la consécration de son génie ; le premier quasi chef d’oeuvre de Ray et ses plis (ouais, ça a définitivement plus de gueule en anglais). On quitte ici le garage où les Kinks tous jeunots s’amusaillaient à se la jouer rockers… On tombe maintenant dans le psychédélisme, les deux pieds délicieusement enfouis dans une pop baroque riche et sucrée ; mais sans perdre le côté bon enfant, ni l’aspect beat/mod, ni l’humour typiquement anglais. De la satire, il y en a même plus. De la critique sociale aussi. Des textes forts, pertinents, percutants, parfois rigolos, parfois « gratte-bobo » en diable (« Too Much on My Mind » fesse toujours aussi fort à chaque écoute). Et tout ça est juste terriblement catchy (du début à la fin).

Cela débute avec un « Party Line » festif et entrainant. Un putain de bon opener efficace que vous chanterez sous la douche jusqu’à la fin de vos jours (c’est une promesse). Puis on découvre l’aspect nouvellement baroque-rococo des Kinks avec un « Rosie Won’t You Please Come Home » mélancolique, mi-tempo, légèrement endormi et affable ; avec les vocaux si typiques de ce cher Ray. Voilà une bien belle rencontre entre mod rock et gentle psychedelia (ce clavecin !). « Dandy » c’est un Soleil qui ne finit plus de briller dans un azur bleuté jusqu’à plus soif… Et pourtant, pourquoi j’ai presque le moton en l’écoutant ? La musique des Kinks me file souvent le cafard ; mais un cafard confortable et ouaté, comme si je revis des beaux souvenirs d’un passé qui n’a jamais vraiment existé, qui n’est pas mien mais qui a pourtant un impact tellement singulier sur ma petite personne.

Le moton, je l’ai pour vrai cependant avec « Too much on my mind »… La perle sous-estimée de l’album (et possiblement de la discographie complète du groupe). Une pièce de pop baroque absolument parfaite et essentielle, avec un petit côté folky (on dirait presque du Gene Clark solo). Ici, Ray laisse tomber l’ironie et est brutalement honnête. « There’s too much on my mind / And there’s nothing I can do about it ». Tombent les masques… Touchant, à filer des frissons sur l’échine ; tout ça avec une mélodie évidemment imparable.

Parlons un peu de quelques autres merveilles du disque (qui ne contient pratiquement que cela)… « Rainy Day in June » est vraiment cool avec ses effets sonores, sa guitare enfumée et son espèce de côté gospel. « House in the Country », « Session Man » et « Holiday in Waikiki », c’est du Kinks pur jus. Trois morceaux accrocheurs, burlesques, désopilants. De la pop comme seule la bande des Davies pouvait en faire. « Fancy » c’est un genre de raga similaire aux pièces de George Harrison de la même époque. C’est beau, flottant, dronesque. Un morceau superbe. Et bien sûr, impossible de passer sous silence « Sunny Afternoon », le gros hit de l’album (et aussi l’un des meilleurs titres ici présent). Une genre de réplique rêveuse au Taxman des Beatles. Un refrain beau comme un gros nuage blanc qui se promène mollement dans le ciel bleu évoqué ci-haut.

Un très grand disque de pop. Et un très grand disque anglais.


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Throbbing Gristle – 20 Jazz Funk Greats

Année de parution : 1979
Pays d’origine : Royaume-Uni
Édition : 2 x CD, Industrial – 2011
Style : Industrial, Minimal Synth, Ambient

Titre ironique pour album carnassier mais qui n’en a pas l’air… Membres de TG tout sourires sur une pochette qui, au premier regard, semble être plus appropriée pour un quatuor de sunshine pop que pour les parrains/marraines de l’Industriel. TG has gone pop, folks. C’est un peu ça, ce disque. Mais ne vous laissez pas avoir, crédules auditeurs… La pop façon TG, elle est tartufe, sournoise, fielleuse… Pour mieux pervertir vos esprits, elle s’amuse à cacher ses impuretés vénales sous un habillement des plus mielleux. Et puis, cette succulente pochette, elle perd tout son côté rassurant quand on apprend que le joli promontoire donnant sur la mer a la sordide réputation d’être un des sites de suicide les plus connus du monde (« Beachy Head » que ça s’appelle pour les wiki-curieux ; c’est aussi le titre d’une piste du présent album).

Insidieux, le disque. Avant, TG faisait dans l’horreur explicite, toutes machines hurlantes déployées, farfouillant à genoux dans un brumeux capharnaüm porté par l’écho langoureux des claviers mutants, des gémissements désincarnés, des violons païen nouveau genre et de bandes magnétiques qui expirent dans la nuit des temps… le tout dans une atmosphère quasi-indescriptible d’orgie romaine antique transposée dans un univers dystopique à souhait. 20 Jazz Funk Greats, ce n’est pas ça. 20 Jazz Funk Great, c’est le serial killer qui va, chemise blanche et cravate à pois, au bureau le lundi matin avec, dans sa boîte à lunch, un chili con carne à base de prostituées (les restants du weekend fort chargé) et comme dessert : un oeil humain.

Ça part tout en douceur avec la pièce-titre. Presque Yello sur les bords (autre grand groupe trompeur ceux-là). Minimal beat. Sexy-Jazzy. Voix suave à l’appui (YEAH!). Mais on sent déjà pointer le malaise… La pub de rasoir jetable se disloque comme une vieille VHS en manque de tracking alors que le beau modèle commence à se couper la gorge avec son Gillette (mais en gardant le sourire). Ensuite : petit séjour à la plage avec « Beachy Head »… mais le ciel est gris et chargé, les vagues trop fortes et surtout : une nuée de goélands est en train de se repaître de cette charogne échouée, la peau grisâtre et la langue gonflée comme une saucisse pas fraîche. « Still Walking », c’est Kraftwerk en version « surdose de trifluopérazine ». Presque dansant si on oublie les frissons qui nous parcourent l’échine. Miaulements de chatons damnés et basse death-funky sur « Tanith ». TG veulent faire du Jazz mais comme dirait l’oncle Zappa : ça sent drôle…

Grand morceau de minimal synth, « Convincing People » repose sur un motif de synthétiseur extrêmement bancal et diablement efficace. Ces voix désintéressées et pourtant maniaques déblatère un texte qui te vole une petite parcelle d’âme à chaque écoute… « Exotica » ? Oh, c’est le retour de Martin Denny et de Les Baxter ! Je les vois arriver, marchant comme des automates, clopinant au ralenti. Oh ! Mais ils sont tout pourris. Le regard vitreux et absent. Il y a des asticots qui sortent de tous leurs pores. Et ils sentent un peu comme ce bout de fromage que j’avais laissé traîner toute une semaine sur le comptoir. Et pourquoi il y a autant de brouillard soudainement ?

« Hot On Heels of Love », c’est un putain de tube. Pure cyprine sonore. Vocaux de succube de Cosey Fanni Tutti qui donne de malins petits frissons. Musique de striptease surréaliste tel qu’imaginé par Man Ray. Giorgio Moroder n’aurait pas fait mieux. « Persuasion », c’est le moment le plus « Maman, j’ai peur » d’un disque qui contient déjà bon nombre de pépites dans le genre. C’est la version zombifiée de « Satisfaction » des Stones. Un Genesis P-Orridge fortement dérangé s’adresse ici à une demoiselle terrifiée (cris et pleurs distordus à l’appui) alors que deux horribles notes de synthétiseur semblent se permuter à l’infini… Tonton Genesis nous parle d’abus sexuel (du point de vue de l’abuseur) et de son fétiche évident pour les petites culottes. Assez troublant.

« Walkabout » : grillons électriques en ouverture pour un des morceaux les plus Kraftwerkiens (pensez époque Ralf & Florian) du groupe. Un bonheur passager sur un disque qui n’est pas très porté sur la joie de vivre.

Je sais que je parle beaucoup de Silent Hill dans mes chroniques… mais « What a Day », si Akira Yamaoka ne s’est pas inspiré de cela pour composer la trame sonore de la célèbre série de jeux vidéos, je suis près (sur le champ) à m’éclater un testicule au marteau. C’est vraiment malsain. Le désespoir des jours ; toujours les mêmes. WHAT A DAY WHAT A DAY WHAT A DAY WHAT A DAY. Mantra nihiliste sur fond de musique tribalo-robotique… On termine le tout avec un « Six Six Sixties » très Current 93 (peut-être l’aspect déclamatoire de la chose)… Un fond post-punk-noisy avec Genesis qui nous dit des choses comme : “Pain is the stimulus of pain / But then, of course, nothing is cured.” BREF, le genre de truc qui te casse un party bien comme il faut (à essayer si vous souhaitez vous débarrasser de convives qui traînent un peu trop longtemps chez vous).

VOILÀ là un des plus grands disques mensongers de tous les temps… L’album fourbe qui au lieu détruire avec une avalanche de décibels, provoque un réel malaise chez l’auditeur. Et qui s’y prend avec volupté et douceur… Une magnifique usine à cauchemars surannés.


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Emptiness – Nothing but the Whole

Année de parution : 2014
Pays d’origine : Belgique
Édition : CD, Dark Descent – 2014
Style : Death Metal, Black Metal, Industriel, Prog Metal damné

Ce disque est une anomalie terrible. Ce disque est un long couloir de glace, possiblement sans fin, qui s’enfonce dans le cratère Wunda sur Umbriel. D’un noir parfois impénétrable et à d’autres moments recouvert d’une luminosité blafarde semblant provenir des confins de ces murs frigorifiés qui scellent ce qu’il y a en dessous depuis des milliards d’années… Des choses que l’être humain ne saurait voir, ne pourrait expliquer ou comprendre. Des choses qui le forcerait à cesser de contempler ce monde d’un œil bienveillant et purement scientifique… Des choses qui remettraient tout en perspective… Des choses qui l’amènerait fort probablement à arracher sa combinaison spatiale et ainsi laisser la non-atmosphère environnante déchirer tous ses tissus corporels à une vitesse fulgurante, seule délivrance possible pour son âme tarie… Des visages monstrueux, aux proportions titanesques, grimaçants et hurlant silencieusement au fin fond de la glace. Des apparitions spectrales, grotesques, qu’on ne fait qu’entrevoir une parcelle de moment dans le miroir gelé… mais qui ne prennent qu’une milliseconde pour s’épanouir dans vos iris gorgés d’abominable. Des visions d’agonie qui vous hantent jusqu’au delà de la mort. Le chant suranné du néant intergalactique qui vous recouvre tout entier, éternellement..

Ce disque est une gigantesque maison hantée flottant dans une masse d’anti-matière où même toi ne peut t’entendre hurler. Ce machin là, tout post-moderne qu’il est (avec ses allures de Blut Aus Nord dark metal), nous ramène à la conception primaire de la terreur : la peur du vide. Insidieux, cliniquement vicieux, il te parasite l’esprit avec son atmosphère gothique d’outre-espace pétrifiante et y fait naître des cauchemars insondables. La musique du groupe est proprement indéfinissable. On peut entrevoir des relents opiacés des sus-cités BAN, mais aussi Impetuous Ritual, Dolorian, Morbid Angel, Leviathan, voir même Godflesh… et pourquoi pas… la froideur infinie d’un Joy Division qui aurait pris une tangente autrement plus abyssale. Relents de post-punk-mort en forme de riffs zombifiés, angoisses métallicos-industrielles qui te martèlent les sens à la dérive, ténèbres atmosphériques d’un Black Metal congelé à 7000 degrés sous zéro… Et surtout, constructions labyrinthiques toute Death Metalliennes-nouveau genre… Mais bon, dans ce courant dédié au chaos qui est sorti de cette brèche interstellaire que les monstres de Portal ont ouvert (en cette année damnée que fut 2003), Emptiness sortent résolument du lot. Leur truc est aussi fou, seulement, il est plus subtil… Et c’est cette subtilité (bourrée d’immondices) qui fait mouche ici.

À écouter dans le noir complet, à 2 heures du matin, la bouche pleine de glaise et de vers blancs.


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Fugazi – Repeater + 3 Songs

Année de parution : 1990
Pays d’origine : États-Unis
Édition : CD, Dischord – 2005
Style : Emocore, Post-Hardcore, Punk Rock

Là où Minor Threat donnait dans la rapidité et la rage victorieuse (durée moyenne des morceaux : 1 min. 30 secondes), Fugazi est un tout autre type d’animal. Fugazi est à la fois tendu, introspectif, émotif, cérébral, complexe, nuancé… Mais parfois, Fugazi éclate soudainement (surtout sur ce premier album encore très punk), sans avertir et vomit sa rage acerbe avant de replonger dans son mid-tempo doucereux. Et Fugazi est aussi plus groovy que jamais ! Il est même funky parfois. Fugazi est multiple, quoi. Le groupe de Ian MacKaye (guitare, vocaux) et ses acolytes Joe Lally (basse, voix), Guy Picciotto (guitare, voix) et Brendan Canty (batterie) a fait évoluer le post-hardcore plus qu’aucun groupe. C’est mon humble opinion.

Pour ceux qui disent que les Punks ne savent pas jouer… Écoutez mes musiciens, bordel ! Une chimie totale. Une maitrise technique à couper le souffle. Ils sont totalement investi dans leur art. Une section rythmique qui groove sans bon sens (cette basse, nom de Dieu) et qui est une assise de choix pour les deux guitares corrosives qui se chevauchent, se percutent, se font la part belle. Même si Fugazi est le bébé de MacKaye (à la base), ce dernier n’a jamais voulu être la « star du groupe » car il partage autant le lead guitar que le lead vocals avec son collègue Guy Picciotto. La personnalité des 4 musiciens est vraiment mis de l’avant et est au service de la musique avant tout.

« Repeater » (et ce EP sobrement intitulé « 3 Songs » greffé à la toute fin de mon édition CD), c’est le groupe qui a transcendé sa version embryonnaire (celle qu’on entend sur la compil « 13 Songs ») mais qui est encore en transition vers sa maturité totale (qui, selon moi, survient sur « In on the Kill Taker », 1993). On a donc un Fugazi le cul entre deux chaises ici. Encore très punky-fun-sautillant par bouts, et mortellement sérieux par d’autres. Personnellement, j’adore cette dichotomie.

L’album débute de la plus magistrale façon, avec un « Turnover » tout discret au départ (mais lourd de menaces) qui voit son agitation rapidement gonfler à bloc… Le ciel s’assombri, le vent se lève. Et puis on se prend plusieurs mini décharges électriques en pleine gueule, des mini explosions calibrées avec une minutie hors du commun. Revirements de situations éclairs, alternance entre passages froidement mathématiques et d’autres tissés d’émotions brutes (la genèse de ce qu’on appelle aujourd’hui l’emocore). Et, pendant les 40 prochaines minutes, MacKaye et ses potes ne démordront pas… parce que ces jeunes types sont trop fiers pour lâcher l’os qu’ils tiennent jalousement dans leurs gueules voraces, la rage viscérale dans le sang, l’esprit bien aiguisé par le monde illogique qui les abrite, le venin toujours prêt à fuser de toute part, l’oeil rivé sur les cibles à abattre.

Ouais les mecs, Fugazi est grand. Et ce premier album nous le confirme. Comme tous leurs albums d’ailleurs. Le meilleur groupe de post-hardcore de tous les temps.


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Gentle Giant – Gentle Giant

Année de parution : 1970
Pays d’origine : Royaume-Uni
Édition : CD, Vertigo – 1990
Style : Rock Progressif

Dans le dictionnaire des genres musicaux, à côté de « rock progressif » il devrait y avoir une photo des membres de Gentle Giant. Selon moi, aucun groupe n’incarne aussi bien le genre dans toute sa globalité. Musiciens accomplis et amants d’art bruitatif de tous azimuts, ces Anglais réussissent dès ce premier album éponyme à faire évoluer le Rock (avec brio) vers d’autres sphères fascinantes en y greffant une tonne d’autres influences disparates : le folk, le jazz, le blues, la musique du Moyen-Âge et de la Renaissance, la musique celtique et le classique.

Écoutez moi juste le second morceau (« Funny Ways ») pour avoir un aperçu du vocabulaire sonore ahurissant de la troupe… À travers la même piste, on passe d’un folk de chambre automnal richement orchestré (avec de belles fioritures à la trompette !) à un jam psyché-proggy jazzy-licieux… et ce, sans crier gare. Le tout s’enchevêtre pourtant à merveille ; sans hésitation aucune. C’est là un des aspects qui fait la magie du Gentil Géant : des compositions hautes en couleurs, hyper variés et superbement maitrisés.

Un peu d’histoire avant de poursuivre : Gentle Giant est né des cendres de Simon Dupree and the Big Sound, un groupe qui oeuvrait initialement dans un rhythm n’ blues peu inspiré avant de prendre une tournure psychédélique avec le très bon single « Kites » (qui connu un succès mineur). Au sein de ce groupe évoluaient trois frères : Derek, Ray et Phil Shulman.

Après la fin de l’aventure « Dupree », les frérots Shulman s’allient avec deux nouveaux multi-instrumentistes : le claviériste-violoncelliste Kerry Minnear et le guitariste-flûtiste Gary Green. Le batteur Martin Smith (ancien collègue de Simon Dupree) les rejoint alors. Ça commence à faire du monde à la messe ! Et beaucoup d’instruments avec lesquels faire joujou… Les Shulman bros décident de se diversifier eux aussi : Derek s’entraîne au saxophone et à la flûte à bec. Ray à la basse et au violon. Puis Phil à la clarinette, à la trompette et au saxo (lui aussi).

Autre aspect vraiment génial : le groupe dispose de 3 chanteurs principaux. Derek, Phil et Kerry se partagent le rôle de frontman selon la pièce. Et vu le talent assez assourdissant des trois hommes pour l’art vocal, ils s’adonnent aussi à des harmonies vocales exceptionnelles (que les Beach Boys n’auraient pas renié).

Bref, on a 6 mecs au background musical très disparate… à titre d’exemple, Kerry Minnear a eu une formation classique. Gary Green, quant à lui, est un musicien de blues autodidacte. Et tout ce beau monde (provenant de divers champs gauches) vont pourtant rapidement réussir à gagner une cohésion d’écriture assez fabuleuse, ainsi qu’une chimie musicale presque inégalée.

Cela s’entend sur la pièce d’ouverture « Giant » qui, à l’instar d’un 21th Century Schizoid Man de King Crimson (dont le premier album est paru l’année précédente), réussit avec brio à nous faire basculer dans le petit monde si biscornu de la troupe. « Alucard » (« Dracula » à l’envers) nous montre le penchant schizophrénique-jazzy de nos comparses. Grand morceau sombre et opaque que voilà (mais pas moins fun pour autant !). « Isn’t it quiet and cold ? » est une petite perle beatle-esque qui nous montre bien la sensibilité pop de nos amis barbus. Du haut de ses 9 minutes, la pièce de résistance « Nothing at all » nous entraîne dans un blues mélancolique et automnal, avec quelques fulgurances Hendrix-iennes par ci par là. Très chouette morceau mais Gentle fera mieux niveau pièces fleuves par la suite. « Why Not ? » est une excellente piste Hard-Rock avec des passages de clavier entêtants.

Un magnifique premier jet qui pose les bases d’une des discographies les plus importantes de l’histoire de la musique progressive et… de la musique tout court.


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critiques

Sunn O))) – Monoliths & Dimensions

Année de parution : 2009
Pays d’origine : États-Unis
Édition : CD, Southern Lord – 2009
Style : Drone Metal, Dark Ambient, Plain-chant désacralisé

Les paysans du coin disaient que la vieille église abandonnée n’était plus un lieu sacré… qu’un mal millénaire, enfoui au tréfonds de la Terre, s’était emparé d’elle et l’avait recouverte de ses ténèbres indicibles. Amusé par ces ragots, j’empruntai un matin de Novembre la vieille route cahoteuse qui y menait. La grisaille infinie d’un ciel funeste et impie me recouvrait entièrement. Pas âme qui vive dans les parages. J’étais seul… impitoyablement seul. Seuls les gémissements insolites d’un vent glacial envahissaient mes tympans, semblant m’annoncer un éventuel déluge… La neige, tout comme la nuit, commençait à tomber lorsque se dressa enfin devant moi le bâtiment en ruines…

Lorsque j’entrai dans la demeure du Malin, je fus secoué par les incantations nauséeuses des druides déments… Visiblement en transe, ils ne se souciaient pas de ma présence. L’église était un foutoir immonde… Statue du Christ étalée sur le sol poussiéreux, vitraux éclatées, bancs retournés dans tous les sens et icônes désacralisées (les yeux des personnages bibliques étaient noirs comme la suie)… Un tremblement sonore infâme me tira alors de mon état de consternation et me projeta alors dans l’horreur la plus absolue… Les druides aux visages impassibles s’étaient emparés d’instruments diverses et s’activaient à créer une anti-musique démoniaque…. aussi lente que perfide… Des cadavres animés sortirent alors d’un trou circulaire énorme, sorte d’immense tombeau creusé à même le sol de l’église… Commença alors une symphonie apocalyptique, portée par le chant des moribonds et le drone irréel des cordes possédées… C’était comme une lente et pénible agonie… s’emparant tranquillement de votre âme et vous laissant comme paralysé… Je fermai les yeux devant le spectacle obscène mais à travers la musique, je POUVAIS VOIR…. Les cuivres se dressèrent et se portèrent aux lèvres putrides de ceux venus d’ailleurs… La voix des religieuses mortes depuis des siècles vinrent s’enchevêtrer à la mascarade infernale… J’ENTENDAIS LES MOUCHES VOLER…. JE SENTAIS L’ODEUR PUTRIDE DE MA PROPRE MORT… JE….


Lorsque je repris connaissance, c’était le petit matin. J’étais seul dans l’église. Je m’approchai de l’autel. À sa droite se dressait un grand miroir… En y contemplant mon reflet, je n’y vis que démence insensée… mes cheveux étaient d’un blanc vaporeux, des rides caverneuses défiguraient mon faciès et mes yeux… mes yeux n’étaient que trous noirs infinis… ouvrant la porte vers le néant indomptable…


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critiques

The Pop Group – Y

Année de parution : 1979
Pays d’origine : Royaume-Uni
Édition : CD, Rhino – 2007
Style : Post-Punk, No Wave, Rock Expérimental, Dub, Funk, Art Punk, Free Jazz

Bristol, 1977… Il devait il y avoir quelque chose de vicié dans l’eau ou un contaminant chimique dans l’air. Sinon, comment expliquer ÇA ? Comment expliquer sinon la formation de cette bande de joyeux drilles déglingués/atypiques/schizoïdes à souhait ? (et le mot « schizoïde » n’est pas choisi au hasard m’sieurs-dames ! Suis-je le seul à déceler ici des relents de la pièce d’ouverture du premier disque du Roi Pourpre ?).

Le groupe Pop, c’est 5 jeunots tous plus barges les uns que les autres. Il y a le chanteur Mark Stewart, le guitariste John Waddington, le bassiste Simon Underwood, le guitariste/saxophoniste Gareth Sager et le batteur Bruce Smith. Ces sympathiques messieurs sont friands de funk, de dub, d’avant-garde et de Jazz libre. Au lieu de se choisir un créneau à travers tout cela, ils ont décidé de mettre l’intégralité à la poêle (le rond à « high ») et de déglacer avec une généreuse portion de ce qu’on appellera bientôt le Post-Punk (un « style » qui n’en est pas vraiment un ; vu la grande disparité musicale des groupes à qui ont a affublé l’appellation)

Produit par un mec plutôt versé dans le reggae (le barbadien Dennis Bovell, membre du groupe Matumbi et collaborateur régulier de Linton Kwesi Johnson), ce premier album de nos comparses anglais est un véritable malstrom d’idées confuses et jusqu’au boutistes, de styles musicaux disparates qui baisent entre eux dans une perpétuelle orgie sonore, de cris et gloussements folichons de défoncé mental sévère, de guitare atonale qui te décape le conduit auditif « drano-style », de saxo free jazz rappelant James Chance/White, de basse funky à la James Brun, de percussions tribales sèchement sociopathes ET de passages glauquissimes de quasi « musique concrète » où presque toute forme de structure disparaissait au profit d’un délicieux malaise…

Et malgré tout, on ne peut pas s’empêcher d’avoir le goût de DANSER pendant l’écoute de ce monument de « What The Fuck ». DANSER comme des fous, de manière désordonnée, en boxer-shorts, dans les rues, un scalpel bien effilé dans la main droite ; un milkshake choco-banane dans l’autre. DANSER toute la nuit si il le faut. Pour citer l’animatrice maison qui a jadis co-interprété le méga-tube-des-z-internets Ma Colombe est Blessée : « C’est des musiques TELLEMENT entraînantes »

Parce que OUI, milles fois OUI : The Pop Group, malgré toute sa grandiloquente DÉMENCE, porte bien son nom. Car le côté pop-dansant-quasi-surf-rock, il est partout (sur la Face A ; la B peut-être moins). Ça sort de tous les pores de cette musique-fléau. On peut facilement penser aux Talking Heads…. mais genre le frère jumeau un brin retardé/asperger/dangereux/louche de Tête parlante premier du nom…. celui qui gamin aimait courir à poil dans l’appart avec des ciseaux dans les mains, la bouche pleine de corn flakes, en écoutant un disque vEnyle d’Albert Ayler à plein volume.

Chaque morceau ici présent est une petite maladie mentale en soi.

Il y a d’abord la spasmodique « She Is Beyond Good & Evil » qui ouvre le bal de belle façon avec sa rythmique syncopée (presque caribéenne), sa guitare fuselée qui est tellement à l’avant scène dans le mix qu’on sursaute à chacune de ses apparitions, cette basse funky en retrait, ce reverb dub-licieux, et bien sûr : l’arsenal vocal complètement déluré de Mark Stewart (le chanteur qui veut te péter la gueule avec sa voix qui change de tonalité aux 2 secondes). « Thief of Fire » est un autre morceau funk-punk HYPER tendu de haute volée…. mais on commence à sentir ici qu’on est pas chez Gang of Four ou The Wire… le trouble commence à s’installer. Le saxo foutraque fait son apparition… le déstructure prend le dessus sur la normalité. Une tonne d’effets sonores bien siphonnés font irruption (échos, reverb, samples de voix). Ce disque n’a pas fini de nous surprendre.

« Snowgirl », on dirait deux bands complètement différents qui essaient de s’enterrer l’un l’autre. Un qui officie dans le cool-jazz de bar enfumé et l’autre dans le noise-rock-improv. Ils finissent par s’accorder ensemble juste quand le morceau s’achève sous notre psyché ébahie. « Blood Money », c’est du quasi industrial-free-jazz. Terriblement accrocheur, « We Are Time » a ce petit côté rockabilly-surf-50s que j’affectionne temps.

Flashback d’un séjour irréel dans un hôpital psychiatrique hanté avec « Savage Sea » (moment le plus neurasthénique du disque… et mon morceau préféré de la troupe) où la mélancolie d’un piano effleuré façon « Vince Guaraldi sur le buvard » est recouvert par les brumes opaques des murmures chaotiques, des échos fantomatiques, des quasi chants grégoriens zombifiés et de la belle musique concrète comme je l’aime.

Avec la Face B, on plonge dans le No Wave tête première, sans jamais vraiment en ressortir… On se croirait chez les fous de Mars ou de DNA (versant british). Ceux qui aiment les mélodies, les jolies compositions et l’ordre vont abandonner ici leur écoute (si ce n’était pas déjà fait avant). Inutile de commenter chaque pièce. C’est un tout compact, sans réel début ni fin. Les mauvaises langues diront que c’est du foutage de gueule. Pour moi, c’est de la grande musique de « crétins géniaux »

VERDICT : « Y » est un disque essentiel pour tout fan de musique dérangée. Un ÉNORME disque de post-punk expérimental et un bel exemple de l’influence de la scène no-wave new yorkaise outre-Atlantique. Un quasi chef d’oeuvre.


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critiques

Blonde Redhead – Melody of Certain Damaged Lemons

Année de parution : 2000
Pays d’origine : États-Unis
Édition : CD, Touch & Go – 2000
Style : Art Rock/Pop un brin bipolaire, Rock alternatif, Post-Punk, Noise Rock

Ma découverte de la musique de Blonde Redhead s’est fait (bizarrement) par l’entremise de ce disque assez singulier ; facilement le plus atypique de leur discographie. C’est aussi celui que je ressors le plus souvent. J’y suis attaché à ce disque un tantinet mal-aimé, pas carré du tout, tristounet, un peu neurasthénique… On sent qu’avec cet album mi-figue mi-raisin, les membres du groupe sont à la croisée des chemins ; un pied encore dans leur passé rock noisy et l’autre dans leur avenir électro/dream-pop/trip-hop alternative. Mais ce n’est pas juste ça… Ce disque est une oeuvre au gris… froide et presque désintéressée… Un disque de pop parfait pour ces jours brumeux de Novembre. À travers toutes ces pièces (mêmes celles qui sont un peu plus rock ou électro-pop), on ressent un espèce d’accablement résigné. Et moi qui aime la musique triste et belle, ça vient me chercher.

L’album commence avec cette étrange intro électro affectée/somnolente (claviers mutants + échantillonnage sonore abstrait) avant de se muter en un de mes morceaux préférés de l’histoire du trio : « In Particular ». C’est une petite pépite pop à la rythmique biscornue, bancale, syncopée, obsessive-compulsive même (forcément, ça me parle). Avec sa voix enfantine et sérieuse, Kazu Makino entonne un texte mystérieux, avec ses allitérations sur le prénom « Alex » et ses références à la dépression et la paranoia…. Troisième piste, « Melody of Certain Three » est beaucoup plus rock et rappelle les oeuvres précédentes du trio, mais on sent cette langueur surannée s’instaurer petit à petit à travers… « Hated Because of Great Qualities » continue dans la grisaille. C’est un morceau post-punky  avec un habillage sonore extrêmement minimaliste. Batterie lancinante à l’avant-plan, basse funèbre et guitare éplorée (qui intervient pas mal juste durant le refrain). Très beau.

« Loved Despite of Great Faults » est le revers un brin plus entraînant de sa pièce-soeur, mais avec Amedeo Pace au chant cette fois (info complémentaire: Blonde Redhead est un groupe à 2 chanteurs). La « ballade des citrons » est un interlude similaire à l’intro, le genre de bidouillage sonore qu’on aurait pu entendre sur un disque du BBC Radiophonic Worshop vers le milieu des années 60. « This Is Not », c’est la piste la plus accessible du disque, même si le spleen n’est jamais loin et la recouvre parfois de son ébène… C’est une jolie ritournelle électro-pop avec ses synthétiseurs kraftwerkiens.

« A Cure » est un autre moment fort de l’album. Très Sonic Youth mid-tempo, avec un clavier analogue vieillot qui tapisse le fond sonore d’une singulière façon. Les deux chanteurs interviennent à divers moments. Il y a aussi ce petit côté Math-Rock savoureux (on est chez Touch & Go aussi… et c’est Guy Picciotto de Fugazi à la prod). « For The Damaged » est une ballade mélancolique guitare/piano/voix (féminine), magnifiquement dépouillée. Cela fait mouche à chaque écoute.

Brutalement, sans crier gare, l’accablement laisse place à une colère brute sur l’avant-dernier titre (« Mother »). Lo-fi as FUCK. Volontairement mal enregistré. Ça gueule. Ça rugit. Ça tabasse. Basse en forme de vertiges. Batterie étouffante et étouffée. La tristesse s’est mutée en haine, le temps d’un 2 minutes assez essoufflant. Et puis… On revient au piano sépulcral qui nous introduit la complainte de cloture, « For the Damaged Coda ». L’album se referme sur son trouble.

La « Mélodie de ces certains citrons endommagés » est un disque hautement recommendable d’un très très bon groupe qui mérite d’être connu par tout mélomane. Normalement, je recommanderais plutôt de commencer avec un « Misery is a Butterfly » (plus mélodique) ou un « Fake can be just as good » (pour leur période Noise-Rock) mais comme ce disque a fonctionné comme porte d’entrée pour votre humble serviteur, il pourrait potentiellement faire de même pour vous.


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