Playlist

PLAYLIST #35

SALADE D’ENDIVES

PHYSIQUE

  • David Bowie – Station To Station (Parlophone, Vinyle) [1976]
    L’album de transition entre la phase white funk / plastic soul de Bowie et la trilogie berlinoise. Un génial amalgame de ce qu’on a pu apprécier sur « Young Americans » (surtout grâce à la présence toujours appréciée du guitariste Carlos Alomar) et la musique plus expérimentale et froide qu’on retrouvera ensuite sur les albums « Low », « Heroes » et « Lodger ».
    La pièce-titre est un morceau d’anthologie du Thin White Duke ; une longue suite dystopique de cabaret-art-glam-kraut-funk-cocainé-à-l’os. La suite n’est pas en reste ! Des ballades somptueuses (« Word on a Wing » et la reprise de Nina Simone « Wild is the Wind »), un morceau complètement fou qui parle d’une télévision mangeuse d’êtres humains (« TVC 15 »), la fantastique « Stay » (du cocaine-art-funk à son meilleur) et le très chaud et dansant « Golden Years » (whap-whap). Du grand Bowie, comme toujours quand on parle des 70s.

  • Selda – Selda (Pharaway Sounds, Vinyle) [1976]
    Ce premier de deux albums éponyme paru par la grande chanteuse turque Selda Bağcan en 76 est une pure tuerie et aisément un des 10 meilleurs albums de « anatolian rock ». Une voix incroyable, une fusion complètement génialissime entre musique folklorique turque et rock psychédélique bien « fuzzy » (merci les Moğollar en support !), des claviers ultra kitsch et addictifs, des compositions de génie… Du gros gros fun et un disque qui n’a pas pris une ride. Essentiel.

  • Count Five – Psychotic Reaction (Craft Recordings, Vinyle) [1966]
    Un excellent disque de garage rock / proto-punk / early psych avec quelques sympathiques covers des Who, des compos originales très efficaces et une chanson titre absolument ultime ! Un must pour tout amateur de rock de garage 60s.

  • Modified Magic – Modified Magic (Library Of The Occult, Vinyle) [2024]
    Très chouette album de goth-surf-rock psychédélique instrumental / post-punk krautrockish / horror synth. Comme toujours, les sorties des bibliothécaires de l’occulte valent l’investissement !

  • King Crimson – In The Wake Of Poseidon (Discipline Global Mobile, Vinyle) [1970]
    Le deuxième album du souverain cramoisi est très similaire à « In The Court » dans sa construction donc forcément moins révolutionnaire mais proposant tout de même des pièces d’anthologie comme la très schizo-jazzy « Pictures of a City », la magnifique ballade folk-prog « Cadence and Cascade », la pièce-titre très épique et mélancolique en diable, la délurée et délirante « Cat Food » ainsi que (potentiellement) leur pièce la plus sombre et démoniaque : « The Devil’s Triangle », qui est en fait une reprise de « Mars » du compositeur Gustav Holst. Peut-être un Crimson mineur mais tout de même un sacré album que tout fan de prog se doit de posséder.

  • Nominon – Daemons (Livor Mortis, Vinyle) [2021]
    Compilation qui regroupe les trois premières démos de ce cultissime groupe de death métal suédois ; le matériel allant de 1993 à 1996. On a affaire ici à du death profondément malsain, primitif, marécageux, graveleux, ordurier ; avec quelques petits interludes ambient lo-fi méphitiques à souhait. Un régal pour tout amateur de noirceur opaque et démente !

  • Des Gens Comme Vous Et Moi – Des Gens Comme Vous Et Moi (Escales, Vinyle) [1971]
    Une magnifique obscurité québécoise… Un pressage privé de ce seul et unique album de ce groupe d’auteurs-compositeurs de la Mauricie (Cap-de-la-madeleine REPREZENT !) qui nous servent ici des perles de psych-folk-pop mélancoliques et/ou bucoliques ainsi que des piécettes yé-yé jazzy fort sympas. À noter la présence ici de René Dupéré, André Dumont et Jean Piché, qui seront ensuite de l’aventure « Agape », groupe qui produira un seul album de prog-psych-folk-chrétien assez weird merci (que je cherche activement !!!).

  • Ceramic Hello – The Absence Of A Canary (Ice Machine Records, Vinyle) [1981]
    TOUT amateur de synthés analogiques froids, de minimalisme, de pop synthétique, de John Foxx et de Kraftwerk se DOIT de poser ses oreilles sur cette petite merveille insolite et injustement méconnue. Duo ontarien composé de Roger Humphreys et Brett Wickens, Ceramic Hello n’aura sorti que cet unique album mais il s’agit là d’un des meilleurs disques de minimal synth jamais produit de tous les temps.

  • Dany Placard – J’Connais Rien À L’Astronomie (Simone Records, Vinyle) [2020]
    Sieur Placard en mode space-prog-psych-rock, pour mon plus grand bonheur ! Un des meilleurs albums québécois des dernières années.

  • Farouq Salama (فاروق سلامة) – مع الانغام الحلوه (Sono Cairo, Vinyle) [1972]
    Légendaire compositeur et accordéoniste égyptien, Farouq Salama nous sert ici un magnifique album de danses orientales folkloriques, le tout bourré de percussions hypnotiques et d’accordéon enchanteur.

  • Joanna Brouk – The Space Between (Numero Group, Vinyle) [1981]
    Un des meilleurs disques de new age de tous les temps, initialement paru en cassette au début des années 80 et réédité par les bons soins de Numero Group en 2019. Une merveille dronesque, portée par un piano délicat, du synthétiseur et des carillons.La pièce-titre qui occupe toute la Face A est un de mes morceaux ambient préféré de tous les temps.

  • Saor – Guardians (Season Of Mist, 2 x Vinyle) [2016]
    Très bon 3ème album pour ce projet de black métal atmosphérique écossais qui incorpore de fortes influences celtiques dans sa musique. Les arrangements sont magnifiques et la présence de la cornemuse et des violons vient donner une touche très unique pour un album de black métal.

  • Franz Liszt – Klavierkonzerte Nos 1 & 2 · Totentanz · Piano Concertos · Concertos Pour Piano (Krystian Zimerman, Seiji Ozawa & Boston Symphony Orchestra) (Deutsche Grammophon, CD) [1988]
    Grandiose. Mon chef d’orchestre « violent » préféré (je l’ai même qualifié de « Grindcore » dans son approche du Sacre du Printemps de Strav ; sa version demeurant MA version de référence) associé à un pianiste de génie qui est surtout reconnu pour son raffinement, sa technicité exemplaire et son élégance mais qui ici laisse tomber son naturel (du moins un peu) pour se plonger corps et âme dans le pathos primaire et l’émotivité brute de la musique du compositeur hongrois… Dans les passages plus tranquilles, il joue avec sensibilité et poésie. Et dans les passages plus intenses, son jeu est musclé, agressif, envolé, viril, puissant… Bref, il est PARFAIT pour ce que la musique de Liszt est : un concentré brut d’émotion et d’impétuosité.
    Et « Totentaz » ! Bordel !!! Si c’est pas la meilleure version de cette oeuvre incomparable, je donne mon âme à n’importe quelle entité méphistophélique ! Zimerman à son plus TÉNÉBREUX et Ozawa en plein dans son élément.
    Une rencontre au sommet entre deux maîtres qui rendent justice à un de mes compositeurs préférés de tous les temps.

  • Michel Polnareff – Polnareff’s (Universal, CD) [1971]
    Un chef d’oeuvre complet et total sur tous les niveaux…. Possiblement le meilleur disque de musique populaire française de tous les temps (oui, encore plus que Gainsbourg). Je n’en reviens pas encore de cette production absolument démentielle (quais impossible que ça sonne aussi bien pour 71). On dirait que les muzikos sont dans ma salle d’écoute, à me caresser les tympans avec cette basse ondoyante, ces cuivres intempestifs, ces claviers ronronnants, cette batterie funky-véloce, ce piano enchanteur…. C’est presque érotique comme sensation par moments.
    Les arrangements sont absolument prodigieux, les chansons complètement folles de maitrise, la voix si particulière de Polna est PARFAITE.
    Un tour-de-force et le meilleur album de pop baroque EVER.

  • Joe McPhee – Nation Time (Atavistic, CD) [1971]
    Dans la foulée des révolutions « Bitches Brew » et « A Love Supreme », le début des années 70 était un terreau fertile pour de grands déploiements de Jazz hors norme. C’est le cas de ce succulent disque en pestak du grand saxophoniste américain Joe McPhee qui mélange ici avec adresse jazz libre, jazz-funk, spiritual jazz ; le tout avec un groove assez fantasque et une intensité palpable.

  • Halo Manash – Language Of Red Goats (Aural Hypnox, CD) [2008]
  • Halo Manash – Am Kha Astrie (Aural Hypnox, CD) [2008]
  • Halo Manash – Taiwaskivi (Aural Hypnox, CD) [2009]
    Cette trilogie d’albums de Halo Manash occupe une place de choix dans mon coeur (noir). Mélangeant avec adresse et originalité ambient rituel, dark ambient et drone, ces Finlandais sont des maîtres incontestés dans l’art de créer des bandes son cauchemardesques et lovecraftiennes à fond… Il s’agit là d’une influence avouée pour mes élucubrations sonores les plus minimalistes pondues du côté de UgUrGkuliktavikt. À écouter de préférence au beau milieu de la nuit, dans une obscurité quasi totale.

STREAMING

LIVE

  • Ichiko Aoba, Maison Symphonique (Place Des Arts), Montréal (6 juillet)

GUILLAUME P. TRÉPANIER

LE MUR DU SON / écoutes récentes en rafale.
On a des disques en commun dans cette sélection?

  • Alice Coltrane – A Monastic Trio (1968) [US]
    J’ai un ami qui joue de la harpe et un jour, on a décidé de se faire un jam drum/harpe. On avait joué tout l’après-midi, au Soleil, dans la forêt de mon village natal. J’en garde un très bon souvenir. J’étais jeune et j’avais beaucoup aimé la relation « drum et harpe », je trouvais ça original et j’avais jamais entendu quelque chose du genre.
    C’est ensuite qu’un autre ami m’a dit : « ah, mais connais-tu A Monastic Trio d’Alice Coltrane? ».
    Je suis allé écouté et je suis tombé automatiquement en amour. Ça a ouvert au moins 10 portes de mon cerveau en même temps.
    Très heureux de l’avoir enfin en vinyle celui-là… et j’espère en trouver beaucoup d’autres d’Alice Coltrane, dont je suis maintenant très beaucoup pas pire fan.

  • Colonel Bagshot – Oh What A Lovely War (1971) [UK]
    Avec une ouverture magnifique nommée « Six Days War », cet album ce distingue par sa thématique sur la guerre des Six Jours, conflit historique de 1967 entre Israël et les pays aux alentours.
    Sous de superbes mélodies baignées dans la pop, le psyché, le rock et le folk, ces hippies de Liverpool dénonçaient la guerre.
    Tout ça est évidemment très cliché, mais j’peux pas m’empêcher de trouver ça beau. Surtout pour un sujet cruellement d’actualité.

  • Burnin’ Red Ivanhoe – Burnin’ Red Ivanhoe (1970) [Danemark]
    Cet album ouvre qui ouvre avec un des meilleurs riffs du monde nous provient directement de Copenhague et nous plonge dans un univers aux multiples influences : jazz, rock, psych, prog, pop, R&B, folk, blues…
    Plutôt difficile à catégoriser, disons que Burnin Red Ivanhoe est un band qui sonne 1970 dans toute ses facettes. Le duo de saxophonistes et l’utilisation d’un trombone rendent les morceaux particulièrement distinctifs.

  • Indian Summer – Indian Summer (1971) [UK]
    Indian Summer est une vraie perle heavy prog des early 70s. Aillant publié un seul album sur le même label underground que Spring et Tonton Macoute, ce groupe comparable à Uriah Heep nous garroche aux visages des passages instrumentaux hallucinants bourrés d’orgue pesant et de drum ultra-dynamique. Le chanteur a un timbre de voix digne des grands de l’époque.
    Très belle pépite de l’époque, pour les curieux.

  • Malajube – La Caverne (2011) [QC]
    La Caverne est un album à l’aura très particulier, car il est à la fois pop-électro très bonbon et à la fois très sombre, tumultueux et tourmenté. Il me fait penser à leur album d’avant, Labyrinthe, mais en plus sucré.
    Un tour de force de Malajube dont seul Malajube est capable.
    J’ai toujours adoré cette ligne de texte de Mineau : « Ma bouche est remplie de dents contre toi ».

  • Hiroshi Yoshimura – Green (1986) [Japon]
    Ambiant mélodique avec un fond de post-minimalisme de par ses fresques plus rapides et répétitives, des sons enveloppants rappelant subtilement les bandes sonores des premiers jeux vidéos… Une pochette avec une plante verte!
    Bref, cet album a tout pour me plaire, m’inspirer et me mettre dans un bon mood.

  • Barbara & Ernie – Prelude To… (1971) [US]
    Énorme coup de coeur pour ce disque cruellement méconnu de soul et folk-rock sous un chapeau « psychedelia ».
    Le mood est incroyable, les subtilités de tous les instruments, tel un sitar électrique, et les multiples layers de voix procurent aux chansons une richesse remarquable.
    Mais c’est qui ce duo?
    Barbara Massey a été choriste pour Jimi Hendrix, Cat Stevens et Herbie Hancock.
    Ernie Calabria est un guitariste jazz qui a collaboré avec Nina Simone et Harry Belafonte.
    Faites-vous au moins la faveur d’écouter la chanson « For You », présente sur ce disque.

  • Soft Machine – Third (1970) [UK]
    Un d’mes meilleurs albums à vie, celui avec lequel j’ai découvert le grand Robert Wyatt.
    Prog/Jazz « canterbury » expérimental unique et sans compromis, Third est une oeuvre complètement champ gauche et éclatée.
    Écouter Wyatt chanter Moon In June en jouant du drum me renverse à chaque écoute.

  • Yes – Yes (1969) [UK]
    Le tout premier Yes et pourtant, on se fait déjà garrocher leur drive phénoménale à la figure dès les premières minutes avec la fantastique pièce d’ouverture « Beyond And Before ». L’alliance Bill Bruford et Chris Squire produit son effet dans un groove impeccable et hallucinant.
    S’en suit d’une reprise épique et retravaillée aux détails près d’une chanson de David Crosby écrite pour The Byrds.
    En troisième lieu le groupe révèle une seconde composition originale, Yesterday And Today, que je considère parmi mes favorites de la formation.
    Bon, je ne passerai pas toutes les chansons, mais c’est pour dire à quel point ça été un excellent départ pour leur prolifique carrière qui allait suivre.

  • Plume Latraverse – Chirurgie Plastique (1980) [QC]
    Plume a entamé les années 80 avec un album au son peu représentatif de cette époque, mais plutôt intemporel.
    Gros rock, ballades acoustiques, épopée bluesy en actes de 11min, clin d’oeil cha-cha, chansonnette… Le bonhomme fait ce qu’il veut, comme d’habitude.
    En résulte ce qui est considéré par les fans comme un de ses classiques.
    Perso, « Chanson longue et plate » est une de mes favorites et « Assis ent’ deux chaises » est aisément une de ses plus belles tunes.

  • Klaatu – 3:47 E.S.T. (1976) [Canada]
    On a tous un disque qu’on conserve pour une seule chanson… Voici le miens! Je n’ai jamais été un grand fan de Klaatu, mais je ne pourrais me passer de l’espèce de ballade psycho-space-pop scifi qu’est « Calling Occupants Of Interplanetary Craft ».

  • The Rolling Stones – Tattoo You (1981) [UK]
    Un autre dans la catégorie que je garde pour un seul titre. Bon ok, peut-être deux avec celui-ci, car Start Me Up demeure tout un opener et un excellent hit.
    À travers le blues-rock générique, arrive miraculeusement la magnifique chanson « Heaven », probablement la plus éthérée et planante des Rolling Stones. Complètement hors-marché de son époque, et même ovni sur son propre album. À chaque fois, elle feel comme une surprise même si je la connais déjà.

LÉON LECAMÉ

  • UgUrGkuliktavikt – Deux berceuses dé​personnalisées pour nuits fermentées (dark ambient / drone / musique concrète hantée)
  • Gjendød – Livskramper (black metal)
  • Life Is Hell – Anthology (crust black metal)
  • Cytoplasm – Tlakuani [Demo 2024] (slam-death metal)
  • WITNESS – Demo Cassette Tape (crust punk)
  • Feculent Orchiectomy – Superluminal Antinecrodeleuzian Hyperjungian Copremesisesis (avant-garde goregrind)
  • Jacula – In Cauda Semper Stat Venenum (prog synth occulte)
  • Nächtlich – Exaltation of Evil (black metal)
  • Urine Mask – Future Trauma (crust punk)

Playlist

PLAYLIST #34

Coucou nous revoilou ! Avec une nouvelle playlist qui est, ma foi, assez en retard (la dernière datant déjà de fin avril).

Un énorme DÉSOLÉ pour notre absence des dernières semaines/mois. Votre humble serviteur a vécu quelques aléas qui l’ont plongé dans un état mental un brin moribond… Et mes (trop) rares moments libres des dernières semaines furent consacrés à mon projet sonore UgUrGkuliktavikt, exutoire ténébreux suprême s’il en est. Je vous reparlerai d’ailleurs de toutes les fascinantes et infâââââmes sorties d’UgUrGkuliktavikt que vous avez manqué ces derniers temps dans de futures publications…

Une nouvelle toute fraîche pour le blog : J’ai décidé que j’allais arrêter de donner des « notes » aux disques dans mes chroniques/critiques. Alors que j’évolue encore plus profondément et « symbiotiquement » dans mon amour (suprême) du 4ème art (le meilleur), je trouve de plus en plus trivial et ridicule le fait de sentir le besoin de « noter » un album sur 10 ou sur 100…

La musique, ce n’est pas un concours. La musique, c’est bien plus que cela. C’est émotion pure (qu’elle soit positive ou négative), c’est splendeur fait de splendosité, c’est un médicament pour l’âme, c’est un monde infini de possibles, un chavirement de l’être, de la poésie sous forme bruitative, un moment de bonheur qu’on s’offre à soi seul (ou entre amis), le grand frisson transcendant tout… Et je trouve que c’est un peu (beaucoup) manquer de respect à cet art (et aux artistes qui l’exercent) de coller des notes ou scores à ces objets (matériels ou dématérialisés) qui n’existent pas pour être notés mais bien pour être écoutés avant tout… De plus, je pense que souvent, quand on note le disque, les gens vont aller regarder la note avant même de lire la critique ; voir même en passant outre sur cette dernière (qui pourtant, représente le travail réel du chroniqueur). Au même titre qu’il est quasi-impensable de donner une note sur 100 à un tableau ou une sculpture, je ne comprends plus ce besoin de noter des disques de musique…

Bref, je suis tanné des critiques/journalistes de musique qui étalent leur « bon goût » sur la place publique avec suffisance en y déversant des 10 sur 10 à tout rompre ou des 2 sur 10 lapidaires (et gratuits)… Moi, je vois plutôt comme un passionné invétéré qui tente de toute ses forces et de tout son être de communiquer cet amour de la musique aux quelques lecteurs qui passent par ici… Et comme un auteur (avec ses qualités et ses défauts) de textes qui ont le but premier de donner envie au lecteur d’écouter les disques dont il est question, je trouve contre-productif de les noter… Inviter les gens dans un perpétuel voyage de découvertes sonores folles, telle est ma mission. Pas de hiérarchiser ces merveilles selon une grille de critères emmerdants au possible.

Je vais donc, dès que possible, retirer les notes des nombreuses critiques déjà publiées sur le site. Seuls les textes (et infos complémentaires) demeureront. Je n’exclu par le fait d’ajouter des petites mentions/logo du genre « disque d’île déserte », « disque sous-estimé », « plaisir coupable », « prod de fou » ou ce genre de chose à l’avenir (je réfléchi encore à cela en compagnie de moi-même et je vous reviens).

Dernier point avant de passer à nos sélections : le blog sera probablement moins actif un peu qu’il l’était initialement… Bon un peu plus que ces deux derniers mois, espérons le… Mais pour tout dire : je suis présentement en processus de recherche d’emploi et il y a fort à parier que mon nouveau poste sera en « présentiel »… ahem… Donc fini la belle époque où je pouvais écouter des disques dans mon bureau à longueur de journée (snif, snif, snif). Gros gros deuil pour ma part. Mais qu’à ne cela tienne, dès qu’un petit temps libre pointera le bout de son minois, je vais faire touner mes galettes et vous en parler m’sieur-dames. Promis-juré-craché (même si c’est malpoli).

Bon, assez jacté. Voici ma playlist et celles de mes amis Guillaume et Léon ! Enjoy !

SALADE D’ENDIVES

PHYSIQUE

  • Ensemble Accentus, Thomas Wimmer – Sephardic Romances – Traditional Jewish Music From Spain (Naxos, CD) [1996]
    Un splendide album de cet ensemble autrichien se spécialisant dans la musique ancienne (antiquité, moyen-âge, renaissance). On a ici affaire à la musique s’inspirant des traditions juives, turques, arabes, africaines, grecques et européennes. En se basant sur les documents historiques, l’ensemble tente de redonner vie à ce à quoi pouvait ressembler la musique profane en Espagne alors que le pays abritait bon nombre de ressortissants juifs. Un fantastique voyage dans le temps !

  • Brahms – The Complete Symphonies (Herbert von Karajan & Berliner Philharmoniker) (Deutsche Grammophon, 2 x CD) [1978]
    Johannes Brahms, en bon perfectionniste notoire, n’écrira que 4 symphonies. Il passa 14 ans à peaufiner sa première avant de la terminer en 1876 ! Les deux premières symphonies, de facture très classique, sont très belles et inspirées de Beethoven, considéré à juste titre comme le maître du genre…. À partir de la 3ème, Brahms est au sommet de sa créativité et nous pond une oeuvre très romantique, lumineuse et personnelle ; souvent citée comme un des chef d’oeuvres de l’Allemand. Pour terminer, la quatrième est la plus tumultueuse/impétueuse ; un retour à la forme classique mais incorporant aussi des éléments romantiques et de l’innovation dans l’orchestration et dans la profusion rythmique. C’est ma préférée.
    Très belle interprétation du bon Herbert et de l’orchestre berlinois, comme toujours.

  • William Basinski – Watermusic (2062, CD) [2001]
    Un drone-ambient d’une heure, tranquille, duveteux, scintillant, ressourçant, magnifique. La musique de Basinski est un médicament pour l’âme. Et j’avais amplement besoin de ce médicament ces derniers temps.

  • Ichiko Aoba – qp (Speedstar, Vinyle) [2018]
    La beauté pure, brute, vraie… dans sa forme élémentaire. La lumière du jour filtrée par une forêt millénaire, où il fait bon se perdre. Un des plus magnifiques albums de dream-psych-folk moderne de tous les temps. Une voix qui te chavire tous les sens. Une guitare qui te fera pleurer de bonheur. Des compos absolument merveilleuses. Chef d’oeuvre. CHEF D’OEUVRE.

  • Ulver – Bergtatt – Et Eeventyr I 5 Capitler (Head Not Found, CD) [1995]
    Le début d’une des épopées musicales les plus palpitantes des (bientôt) 30 dernières années. Premier album du groupe norvégien aux milles et unes identités musicales, Bergtatt est un chef d’oeuvre incontesté de black metal atmosphérique (fortement imprégné de dark folk) et clairement un des meilleurs albums du genre. Ces 5 morceaux sont des monuments d’émotivité, d’ingéniosité mélodique, d’euphorie galvanisante et de beauté irradiante. Parce ce que oui, rares sont les albums de BM qui sont aussi BEAUX. Toujours aussi phénoménal après toutes ces années.

  • Miles Davis – Sorcerer (Columbia, CD) [1967]
    Troisième album du 2ème grand quintet de Miles et celui où le « prince of darkness » laisse le plus la place aux membres de son groupe. Miles tripait solidement sa vie de collaborer avec des musiciens aussi exquis et novateurs. Il leur laisse donc champ libre pour explorer leur talent, leur inventivité et leur flair. Sur Sorcerer, il ne compose rien. C’est surtout Wayne Shorter qui s’y colle, signant ici 4 morceaux particulièrement réussis. Mais Herbie Hancock nous montre aussi à quel point il est un compositeur de génie ; nous offrant de sa plume le morceau-titre absolument magique/mystique… et Tony Williams est l’auteur de l’énigmatique ballade « Pee Wee », ballade qui a ceci de particulier : Miles ne joue même pas dessus !
    On tient là un autre album fabuleux du Quintet en pleine gestation, lui qui prendra bientôt la voie de l’électricité (Bitches Brew n’est pas bien loin).

  • Kraftwerk – Ralf & Florian (Philips, Vinyle) [1973]
    Troisième album de Kraftwerk et mon 2ème préféré de la formation (après « Trans Europa Express » qui demeure pour moi leur plus grand chef d’oeuvre). Le groupe est alors en pleine mutation ; évoluant de leurs débuts psychédéliques vers la musique électronique qui sera leur marque de commerce à partir d’Autobahn. Mais on est à milles lieux de la synth-pop ici. L’album rappelle Cluster pour le côté expérimental, le foisonnement d’idées et la forme très « libre » des douces expérimentations sonores ici présentes. Ce qui fait la magie de « Ralf & Florian », c’est entre autre l’enchevêtrement d’instruments acoustiques (flûte, instrus à cordes, batterie) à ces claviers, vocoders et autres instruments électroniques. C’est le Kraftwerk le plus humain, le plus posé, le plus frais. Une merveille.
    Oh, et « Tanzmusik » est ma pièce préférée de Kraftwerk, toutes époques confondues.

  • The Smile – Wall Of Eyes (XL Recordings, Vinyle) [2024]
    L’excellent trio composé de Thom Yorke, Jonny Greenwood (tous deux de Radiohead) et Tom Skinner (Sons of Kemet) signe déjà ici son deuxième album. Moins jazzy et tendu que leur premier disque, ce « Mur de Yeux » est dans une veine plus posée, post-rock/art-rock planant, psych, éthéré ; le tout porté par une production époustouflante et pleine de petits détails fantasques. Un album introspectif qu’il fait bon de savourer en ces jours de printemps gris qui rappellent la fin d’automne.

  • Vetala – Satanic Morbid Metal (Harvest Of Death, Vinyle) [2010]
    Aaah, ces Portugais… Vraiment les maîtres actuels dans le domaine du black metal lo-fi, noisy, déstructuré, sale, gloupide, batracien et délicieusement infect. Vetala est une de ces hordes (à un membre) qui oeuvre à concevoir une musique infiniment malsaine et cauchemardesque ; un mélange hideux de cris glaçants, de black noise pétrifiant, de Bathory-worship version atonal, d’espèces de passages post-punk/no wave/DIY en roue libre… Parfait pour ceux qui aiment s’enfoncer dans des marécages déments et grouillants de milles immondices.

  • Souls Of Mischief – 93 ‘Til Infinity (Jive, CD) [1993]
    Le plus « east coast » des albums de « west coast » de tous les temps. Prod boom-bap/jazz-rap ; grosse basse, batterie « phat » et cuivres ensorcelants. Les MCs sont excellents. Un classique de rap 90s, à ranger avec vos A Tribe Called Quest, Digable Planets et The Pharcyde.

  • The Cure – Three Imaginary Boys (Fiction, CD) [1979]
    Excellentissime premier album du Remède, alors que le groupe est à son plus minimaliste, livrant un rock alternatif anguleux teinté de new wave et de post-punk. Des chansons énormes, la voix du jeune Robert Smith déjà reconnaissable entre milles, des guitares très « jangle » et des paroles déjà très sombres et nihilistes.

  • Low – C’mon (Sub Pop, Vinyle) [2011]
    Le plus « dream pop » des albums de Low. Beau, mélancolique, planant ; avec des harmonies vocales à tomber par terre. Une autre réussite pour un des meilleurs groupes alternatifs de tous les temps.

  • Second Hand – Reality (Trading Places, Vinyle) [1968]
    Une merveilleuse obscurité britannique de la fin des années 60 qui mélange avec succès proto-rock progressif, garage rock, pop baroque et heavy psych. Pour les fans : y’a du délicieux mellotron et de l’orgue un peu partout ! Message à Guillaume Trép : ajoute ça à ta collection au plus CRISS, si tu ne connais pas !

  • Earthen Vessel – Hard Rock / Everlasting Life (Gear Fab, CD) [1971]
    Groupe heavy psych / acid rock du Michigan qui n’a produit que ce seul album complètement démentiel et rempli à rabord de guitares fuzz (à la gloire de Dieu, amen!). Le duo chanteuse/chanteur fait penser à Jefferson Airplane mais la musique est plus lourde. C’est rare d’entendre des fous de Jésus produire une musique aussi rentre-dedans.

  • The Mothers Of Invention – We’re Only In It For The Money (Rykodisc, CD) [1968]
    Un des grands classiques de Zappa et ses Mamans Inventives, ce troisième opus du groupe est une critique musicale surréaliste et très acerbe du climat de l’époque. En bon satiriste, l’oncle Frank tire sur tout ce qui bouge : les politiciens de droite arriérés, de même que la gauche supposément progressive et son mouvement hippie qui se fait récupérer par le système… Musicalement, on a droit à un délectable mish-mash de doo-wop absurde, de musique concrète, de pop-rock psych, de jazz et de collage sonore saugrenu. Intemporel.
    What’s the ugliest part of your body ? I think it’s your miiiiiiiiiiiind….

  • Art Bears – Winter Songs (ReR Megacorp, CD) [1979]
    De l’avant-prog/rock in opposition de très haut calibre, avec une chanteuse complètement folle et atypique au possible (Dagmar Krause) et 2 lascars qu’on ne présente plus (Fred Frith et Chris Cutler, tous deux issus de Henry Cow). Une ambiance cauchemardesque, obtuse et très dense règne à travers ces morceaux courts mais étoffés à fond. À recommander aux fans de This Heat, Univers Zéro, Samla Mammas Manna, Captain Beefheart et les Residents.

  • Roxy Music – Roxy Music (Virgin, CD) [1972]
    Bon Dieu que je l’ai écouté souvent c’t’album et je le trouve toujours aussi frais, avant-gardiste, novateur, génial, ultra inspiré… Regardez moi cette photo des muzikos à l’intérieur de la pochette : accoutrements vestimentaires complètement éclatés mais chacun a son style bien à lui, comme si chaque membre faisait partie d’un groupe différent… Et cela s’entend… Il y a ici des personnalités artistiques fortes et uniques qui réussissent à co-habiter sans trop de discorde (bien que pour Eno et Ferry, le combat de coqs ne durera que deux albums). Tout ici est complètement fou et ne devrait pas si bien fonctionner ensemble et pourtant… ça marche… Que ce soit les bidouillages expérimentaux de synthés et de bandes d’Eno, la voix hautaine et théâtrale de Ferry, le hautbois et le sax enchanteur du très classieux Mackay, la guitare rock orgasmique de Manzanera, la batterie à la fois agile et tonitruante de Thompson et la basse racée/groovy de Simpson… Tout ceci est au service de chansons superbement composées, avec des retournements complètement ahurissants vu leurs structures passablement éclatées. Il y a du fun, du fou, du triste comme les pierre, du décadent, du planant, du rentre-dedans… Un chef d’oeuvre total et complet d’art-rock et le meilleur album du groupe.

  • François Dompierre – Dompierre (Barclay, 2 x Vinyle) [1975]
    Un grand disque québécois du compositeur aux milles talents ! Musique instrumentale prog-library hyper variée (des pastiches de tous les genres) avec des passages tantôt funky, enjoué, planant, épiques, festif, mélancolique. Les arrangements sont orgiaques, la production fabuleuse et la personnalité si unique de Dompierre déborde de tout bord tout côté.
    En plus, vous pouvez aisément mettre la main là-dessus dans les bacs à 1$, donc ne boudez pas votre plaisir.

  • Mons & MYLD – The Hanging Gardens of Babylon (Fantasy Audio Magazine, Cassette) [2023]
    Très beau split de synth-muzik fantaisiste mettant en scène deux projets franchement excellents qui créent ici une tapisserie sonore très introspective et rêveuse en hommage aux jardins suspendus de Babylone, une des sept merveilles du monde. Un album rassurant et calmant, parfait pour accompagner les douces journées de pluie estivales.

  • Earthen Shield – A Bitter Withered Eve (WereGnome Records, Cassette) [2024]
    Side-project winter synth absolument merveilleux de ce cher Nicholas Pahman, alias Hermit Knight et Magic Caster ; un des musiciens les plus actifs de la scène DS actuelle et aussi le propriétaire de l’étiquette « WereGnome Records » qui nous livre de l’excellence et des étrangetés biscornues sur bande depuis déjà 4 belles années…
    Earthen Shield c’est le pendant plus tragique/hivernal de Hermit Knight… On a droit ici à 4 pistes mélancoliques, émotives à souhait, planantes, méditatives, ensorcelantes… Un enchantement.

  • Cetăți Dacice Din Munții Orăștiei – The Seventh Obsidian Fortress Of Ancient Dacian Nightmare (GoatowaRex, Cassette) [2020]
    Un pur concentré de chaos, de laideur extatique, d’avilissement indompté, de primitivisme moribond, d’atonalité rayonnante sous des lumières blafardes et périmées… Ce projet de dungeon synth / black ambient qui nous provient de Normandie fait vraiment une musique très très amateur/DIY et maléfique, qui rappelle beaucoup l’esthétique des sorties des Légions Noires (surtout les projets ambient-lo-fi comme Moëvöt). Absolument génial.

  • Narghaash – Over The Magick Solitude (Ancient Meadow, Cassette) [2021]
    Très belle collection de démos de ce projet de DS mélancolique-minimaliste-lo-fi allemand, qui incorpore des influences néo-folk à sa musique qui plaira aux amateurs de dungeon synth old school. Les fans de Vargounet seront aussi ravis par une série de covers de Burzum en conclusion de la Face B.

  • Satyricon – Dark Medieval Times (Moonfog Productions, CD) [1993]
    Génial et glaçant premier album pour les black métalleux norvégiens légendaires. Cet opus originel est très primitif, très cru et incisif. Cela dit, on retrouve déjà le drumming virtuose si unique de Frost et toute l’inventivité du multi-instrumentiste et hurleur Satyr ; un petit génie dans l’art de la création d’atmosphères blafardes en diable. L’album rappelle le premier Burzum dans son côté aride/froid/brut mais avec une maitrise technique plus évidente et des éléments symphoniques ça et là. Un super album.

  • Magma – Zëss (Le Jour Du Néant) (Seventh Records, CD) [2019]
    L’oeuvre est un véritable ovni dans la carrière du groupe. Premièrement, on y retrouve un orchestre symphonique (l’orchestre philharmonique de Prague) en support. Deuxième particularité, pour la toute première fois, Vander n’est pas derrière les futs ! Il fait appel à Morgan Ågren (batteur de la formation progressive suédoise Kaipa) qui le remplace à la batterie, ce qui donne une rythmique métronomique complètement différente à ce qu’on a l’habitude d’entendre avec Magma. Christian s’attribuera plutôt le rôle de chanteur soliste et de « prophète » déclamant un long poème apocalyptique/mystique (surtout en français !) à travers la première moitié de l’oeuvre. Se joignent à eux de précieux acolytes comme Simon Goubert au piano, Rudy Blas à la guitare et Philippe Bussonnet à la basse. Et on retrouve aussi un ensemble vocal comprenant certaines des plus belles voix de Magma à travers sa riche histoire (Stella Vander, Isabelle Feuillebois et Hervé Aknin).
    On tient là un chef d’oeuvre de plus dans une discographie déjà légendaire. Un genre d’amalgame complètement renversant de Carl Orff, Richard Wagner, Steve Reich, John Coltrane, de Gospel, de Prog et de Pop Baroque.

STREAMING


GUILLAUME P. TRÉPANIER

LE MUR DU SON / écoutes récentes en rafale
On a des disques en commun dans cette sélection?

  • Jeff Buckley – Grace (1994) [US]
    Il faut vraiment avoir un coeur de marbre froid ou être mort par en dedans pour que ce disque ne fasse pas une forte impression sur nous.
    C’est chose de rare qu’un artiste possède un talent de composition de ce calibre soutenu par une voix aussi bouleversante et unique, mais ça arrive.

  • Ice Cube – Amerikkka’s Most Wanted (1990) [US]
    ENFIN! Ce disque est entré dans ma collection.
    Premier Ice Cube suite à son départ d’N.W.A.
    Ça nous laisse comprendre qu’une bonne part de leur côté intello/bad-ass provenait de ce dernier.
    Soutenu par The Bomb Squad (même team de prod que Public Enemy), cet album, c’est du lourd.
    Avec Amerikkka, l’auditeur se frottre à du gangsta rap politiquement engagé, avec des morceaux traitant de racisme institutionnel, de drogue, de pauvreté et de critiques médiatiques.
    Ice Cube, rappeur, auteur, acteur, producteur, figure publique engagée, c’est toute une tête et cet oeuvre en témoigne bien.

  • Little Albert – Swamp King (2020) [Italie]
    Je ne pensais jamais aimer et encore moins acheter un album de blues récent. Le blues plus moderne me fait rarement accrocher.
    Le dernier album de blues que j’ai aimé date de 2010, se nomme « Living Proof » et nous provient du vétéran Buddy Guy, alors…
    Alors, Little Albert! Puissant, bien senti, passages doux comme heavy, des vocals qui rappellent Alice In Chains par moment, mais le tout sur du blues. Magnifique. Des tones de voix et de guitare parfaits, grungy sur les bords. Ça vire stoner par moment, ce qui apporte une belle intensité.
    J’ai écouté Swamp King à maintes reprises pendant la pandémie et c’est devenu un classique, du moins, dans ma kallax!

  • Roy Buchanan – Roy Buchanan (1972) [US]
    Un album dans la catégorie « les frissons me pognent à tout coup ».
    Roy Buchanan est un guitariste blues, mais au son et au playing très distinctif.
    C’est comme avoir tout le feeling que le blues peut donner, mais avec un esprit qui va ailleurs, une façon d’aborder la guitare très artistique et éclectique.
    Je considère la pièce « The Messiah Will Come Again » comme un game changer dans mon cheminement musical, l’ayant entendu et joué à maintes reprises avec des amis lorsque j’étais ado.

  • Please – 1968/1969 (1996) [UK]
    Compilation d’enregistrements inédits du groupe Please, mené par le talentueux Peter Dunton (Neon Pearl, Please, Gun, T2).
    Un peu comme sur leur album Seeing Stars, les morceaux sont d’une simplicité désarmante, les riffs d’orgue catchy et Peter Dunton chante avec son timbre captivant, doux et mélancolique tout en s’occupant de maintenir un rythme solide à la batterie.
    Je suis certain que le fait que Peter soit un drummer/chanteur qui compose les parties d’orgue apporte vraiment une autre dimension au psychédélisme de Please, qui n’essaie jamais d’impressionner via des compétences musicales ou des effets sonores.

  • The Sacred Mushroom – The Sacred Mushroom (1969) [US]
    Groupe de blues psychédélique dont les membres vivaient dans une maison/commune qu’ils appelaient la « Mushroom House ». Ils habitaient une ville très industrialisée (Cincinnati, Ohio) et cette initiative s’avérait être leur réponse typique mouvement hippie à toute cette ambiance grise et capitaliste.
    J’ai découvert cet album lorsque j’étais ado et que je m’étais mis à fouiller le psych obscur sur des vieux sites internet de fans. J’avais été immédiatement fasciné par la pochette, le nom et l’histoire du band et bien que musicalement, il n’y ait rien qui se démarque tant que ça là-dessus, je suis très heureux de l’avoir enfin dans ma collection.
    Merci au Explo!

  • Plume Latraverse – Autopsie Canalisée (1983) [QC]
    Disque publié entre deux Métamorphoses à l’écriture soignée et la même année que le monumental live avec Offenbach, Autopsie Canalisée est un autre incroyable testament du poète maudit qui ose passer au scalpel tout ce qui le dérange ou le fascine.
    Sous la bannière du rock sombre, jeansé/cuiré, Plume n’a pas la langue dans sa poche. Écrire « Laxatif Rock », faut le faire.
    À travers les classiques comme Les avaleurs d’asphalte, Dis-Moé, On peut pas tout avoir ou encore La chanson de Jean-Claude, on peut distinguer de petites perles telles que Les yeux cloches, Mémoire courte, La Décade Danse ou, une de mes préférées, Dans n’importe quelle ville.
    Bref, une magnifique collection de chansons à déguster avec une stout, de préférence!

  • Maston & L’Éclair – Souvenir (2021) [US]
    Un autre dans ma série « disque de pandémie », qui a tourné à profusion lorsqu’on était dans l’isolement et l’inconnu.
    Musique envoûtante, doucement psychédélique, mélancolique lumineuse… du groove de yeux clos.
    Cet un album tout court qui fait du bien tout le long de l’âme!
    Je le recommande à tout le monde, littéralement.

  • Jean-Michel Jarre – Équinoxe (1978) [France]
    Quand t’es dans un trip de « progressive electronic »… c’est assez incontournable.
    Bien que parfois très « upbeat », il s’agit d’un beau voyage futuriste, hypnotique et atmosphérique.

  • Communicant – Sun Goes Out (2021) [US]
    Alors là, on parle d’un petit chef-d’œuvre pop/rock psychédélique, parmi les tops des albums modernes du genre.
    La pochette est aussi belle que la musique à l’intérieur. Des morceaux puissants et magnifiquement construits avec des gros hooks et des bridges hallucinants. La chanson « Sleepwalker » en est un bon exemple!
    Les textes sont aussi très imagés, avec une plume plutôt varié, évasive et unique, qui ne tombe pas dans les clichés faciles du genre.
    C’est un album où tout se tient et qu’on peut écouter à nombreuse reprises sans se lasser.
    Gros coup de coeur!

  • Men At Work – Cargo (1983) [Australie]
    Y’a des disques qu’on fait jouer parce que c’est juste du gros fun et celui-ci en fait partie. Pas un chef-d’œuvre, mais une excellente remise en forme sonore quand on a le clapet bas.
    Jangle reggae rock new wave alouette… dynamisme et énergie au rendez-vous!

  • Simon & Garfunkel – Greatest Hits (1972) [US]
    Je ne suis pas très compilation de type « Greatest Hits », mais ici, j’y trouve tout ce qu’il me faut de ce duo mythique. Et il se feel très bien comme un album de folk/pop doux, mélancolique et introspectif.
    Mrs. Robinson, The Boxer, The Sound of Silence, I Am A Rock, Scarborough Fair, Bridge Over Troubled Water… tout y est.
    L’exemple parfait d’un disque à 2$ qui peut s’avérer être un essentiel.

LÉON LECAMÉ

  • Vaurien – L’esprit et le Béton (raw black metal/blackened punk)
  • Spit – For the Masses (punk black metal)
  • Uncertain – The Descending Spirals of Time (ritual ambient/drone/sound collage)
  • Flower – Hardly a Dream (hxcpunk)
  • Stockhausen – Prozession (experimental/electronic/classique contemporain)
  • Laudanum Quilt & fencepost [&] – Diegetic Sound. (aNr66) (indus/drone/noise)
  • Youth Avoiders – Relentless (hardcore punk)
  • Brume / C. Renou – No Zen Machine (dark ambient/musique concrète/avant-garde)

Playlist

PLAYLIST #33

SALADE D’ENDIVES

PHYSIQUE

  • Charpentier – Te Deum (Les Arts Florissants, William Christie) (Harmonia Mundi, CD) [1989]
    Parmi les grands chef d’oeuvres de la musique sacrée, le Te Deum de Marc-Antoine Charpentier a assurément une place de choix. Cette version par m. Christie (pas celui des bons biscuits… oh boy, cette blague est absolument terrible) et les Arts Florissants demeure selon moi la version de référence. Les amateurs de musique baroque sacrée se doivent de savourer le tout. Qui plus est, le présent disque nous offre aussi deux oeuvres du compositeur, celles là dédiées à la vierge (une messe et une série de litanie). De la musique qui élève et qui nous fait rêver à une certaine forme de paradis (qu’on soit croyant ou non).

  • Alkan – Chanson De La Folle Au Bord De La Mer (Vincenzo Maltempo) (Piano Classics, CD) [2015]
    Programme d’oeuvres excentriques pour piano de Charles-Valentin Alkan, interprétées par un excellent pianiste se spécialisant justement dans le corpus du compositeur français. Tout comme Chopin, Alkan a surtout composé pour le piano seul. Certaines de ses oeuvres sont typiques de l’esprit du temps (on parle ici du 19ème siècle) mais d’autres sont vraiment en avance sur leur époque ; voir qu’on dirait qu’elles n’appartiennent à aucune époque… La pièce qui donne aussi son titre à l’album est une de ces étrangetés glaçantes et totalement unique… Une litanie morose, dérangée, troublante, inquiétante mais aussi pleine de compassion et d’humanité.

  • Orchestre Volta-Jazz – Air Volta (Numero Group, Vinyle) [2022]
    Excellente compile de nos amis de Numero Group (toujours en lice pour meilleur label de tous les temps) qui met l’emphase sur ce super groupe de Soukous en provenance de Bobo-Dioulasso (Burkina Faso), qui, dans la deuxième moitié des années 70, a sorti un album et plusieurs singles. L’ensemble combine avec une adresse folle la rhumba congolaise, le « son » cubain, le jazz-funk, le r’n’b américain et les traditions musicales Mandingues et Senufo. Au menu : rythmes hypnotiques, ambiances chaleureuses, harmonies vocales entraînantes et surtout un fun contagieux.

  • Cosmic Church – Vigilia (Kuunpalvelus, Vinyle) [2015]
    Très solide EP de black metal atmosphérique gracieuseté du projet de celui qu’on surnomme Luxixul Sumering Auter et dont on voit la silhouette encapuchonnée (tout en rouge, ça rappelle « Don’t Look Now » de Roeg) se promener dans une forêt lumineuse sur la pochette. On a ici droit à 4 pistes assez longues d’un BM superbement composé, très mélodique et émotif, avec une production assez claire/scintillante, des synthés atmosphériques savoureux et des riffs de guitare triomphants. Ce projet (maintenant inactif) n’a sorti que du bon donc les amateurs du genre se doivent de se pencher sur une disco sans faille.

  • BBC Radiophonic Workshop – BBC Radiophonic Music (Silva Screen / BBC Records, CD) [1968]
    La BBC Radiophonic Workshop a été co-fondée par Daphne Oram et Desmond Briscoe vers la fin des années 50, afin d’alimenter la station radio d’État (et éventuellement la chaîne télé) en bruitages sonores et musiques d’habillage pour des programmes et émissions. Ce Workshop fut un fascinant laboratoire de création et de recherche sonore ; un terrain expérimental fertile au développement de la musique électronique et des musiques nouvelles at large. On leur doit aussi la musique de la célèbre émission « Dr. Who ». Parmi ses membres, on compte entre autres Delia Derbyshire (qui sera aussi de l’aventure White Noise !), John Baker, David Cain et Glynis Jones.
    Ce sublime disque compile plusieurs pistes de library music, de musique « pour bande » et autres courtes oeuvres proto-électroniques produites par ces musiciens novateurs. C’est aussi le premier CD d’un super coffret de 6 disques paru en 2020 et consacré à la musique du Workshop. Fascinant, divertissant, parfois oppressant, ludique et essentiel.

  • John Cage / Dieter Schnebel – Atlas Eclipticalis • Winter Music • Cartridge Music / Glossolalie (Ensemble Musica Negativa, Rainer Riehn) (Deutsche Grammophon, CD) [1969]
    J’suis rendu au 8ème CD du sardanapalesque coffret « Avant-Garde » de DGG et cette fois-ci, c’est au tour d’un de mes préférés : Jean l’Encagé ! Jean a composé l’oeuvre présente ici en se basant sur un atlas des étoiles d’un astronome tchèque, en superposant des portées musicales sur ses cartes stellaires… Comme si c’était pas assez weird de même, l’oeuvre peut (ou non) être jouée en même temps qu’une autre de ses compos (« Winter Music »), comme c’est le cas ici. La partition de « Winter Music » est constituée de 20 pages non numérotées plus une page de titre avec des instructions d’exécution. Ces 20 pages peuvent être utilisées en tout ou en partie par 1 à 20 pianistes… Mais comme ce n’était pas assez WTF, ces deux partitions sont joués simultanément aussi avec « Cartridge Music »… le mot « Cartouche » dans le titre fait référence à la cartouche des capteurs phonographiques, dans l’ouverture de laquelle est insérée une aiguille. L’interprète doit ici insérer divers petits objets non spécifiés dans la dite cartouche (cure-pipes, allumettes, plumes, fils, etc…) et les sons sont amplifiés…
    Bref, trois oeuvres complètement folles de John Cage jouées en MÊME TEMPS. Désorientant au possible et fascinant.
    Le disque comprend aussi une oeuvre vocale vachement chouette et folichonne de l’Allemand Dieter Schnebel (avec un p’tit bout qui ressemble à du Diamanda Galas).

  • 10cc – The Original Soundtrack (Mercury, CD) [1975]
    Un petit bijou de art-pop ! Ces mecs étaient des maîtres invétérés au niveau de la compo, des arrangements et de la production. Je pourrais les comparer à Frank Zappa dans ce département (si l’oncle Frank s’était focalisé surtout sur l’aspect pop dans sa riche et exhaustive carrière).
    Le tout débute en force avec la suite progressive de 8 minutes et demie : Une nuit à Paris (avec ses sous-sections qui parodient le genre « prog » avec une insolence à peine dissimulée). On y reconnaît tout le génie mélodique des Anglais, ainsi que leur sens de l’humour. S’ensuit LA pièce du groupe que tout le monde connaît : I’m Not in Love. On dirait ce qu’on voudra mais je trouve que ce morceau est juste absolument parfait. De la proto dream-pop avec toutes ses couches sonores qui s’enchevêtrent pour créer un espèce de monde sonore lisse et fou dans lequel il fait bon se perdre… Du soft-rock complètement psych-ambient-interstellaire… Le reste de l’album n’est pas en reste. De la criss de bonne pop 70s, efficace en diable.

  • Caetano Veloso – Caetano Veloso (Lilith, CD) [1968]
    Avec le premier album d’Os Mutantes et la compilation légendaire « Panis et Circencis », ce premier album éponyme de Caetano Veloso est une des pierres fondatrices du mouvement de contre-culture social/musical/artistique dit « tropicaliste ». Un tour-de-force de pop psychédélique croisée à de la bossa nova pour un mariage des plus réussis ! La voix de Veloso, c’est du miel, littéralement. Grand disque.

  • Opeth – Watershed (Roadrunner, CD) [2008]
    Le magnifique disque de transition des Suédois, voguant de leur death métal mélodique teinté d’influences progressives vers une musique qui, depuis, semble avoir abandonné l’aspect métallique et agressif pour se concentrer sur ses caractères rétro-prog et dark-folk. Ici, les deux facettes sont encore très très présentes. C’est un disque qui met de l’avant cette dualité, avec certains des moments death les plus épiques et dissonants de l’histoire de la troupe ; et d’autres vraiment très très prog old school et forestier. La flûte et les passages acoustiques sont renversants et quand le mellotron austère/hanté vient se pointer le minois, on a toujours des frissons. Une des plus belles réussites en carrière pour Opeth et un disque dont je trouve qu’on parle trop peu.

  • Eric Dolphy – Out To Lunch! (Blue Note, CD) [1964]
    Un disque de free jazz avant-gardiste qu’on ne présente plus tant il est légendaire et vénéré ! Ce « Parti déjeuner » de Dolphy et sa bande de musiciens extraordinaires (Tony Williams à la batterie, Freddie Hubbard à la trompette, Bobby Hutcherson au vibraphone et Richard Davis à la contrebasse) est un des albums les plus importants dans l’évolution de la musique expérimentale et abstraite. Les muzikos défont toutes les conventions du Bop avec une folle adresse et une chimie du diable règne entre eux. L’album est plus doux que plusieurs disques de Free qui s’ensuivront mais pas moins obtus… La douceur ici amène sa part de mystère insondable et brumeuse.

  • Capcom Sound Team – Mega Man 2 + Mega Man 3 (Laced, 2 x Vinyle) [1988 / 1990]
    OLD SCHOOL GEEK ALERT et retour dans ma tendre enfance !!!! Les trames sonores des Mega Man sont toutes absolument folles, en particulier celles de ces deux épisodes de la série légendaire (et aussi une de mes préférées). Je ne sais pas comment le Capcom Sound Team s’y sont pris mais rares sont les jeux de NES qui sonnent aussi bien. Quels sont vos thèmes préférés ? Moi je suis un fan fini des thèmes de Quick Man, Bubble Man, Spark Man, Gemini Man… Sans oublier le Dr. Wily Stage 1 de Mega Man 2 (une des meilleures musiques de JV EVER).

  • Oh Sees – Orc (Castle Face, 2 x Vinyle) [2017]
    Un des meilleurs albums de ceux qui changent de nom de band à toutes les 5 minutes. Un voyage hautement lysergique, enjoué et coloré à travers space-stoner-rock, heavy psych, prog-rock, krautrock et garage punk. Le tout est superbement maitrisé ; chaque piste distillant son propre petit univers sonore unique et luxuriant dans nos tympans en liesse.

  • Труп Колдуна (Warlock Corpse) – Bloody Tears of the Desert (WereGnome, Cassette) [2024]
    Dungeon synth russe résolument unique avec un côté darkwave-goth-80s et (parfois) des vocaux black métal. Comme tout ce qui paraît chez WereGnome, on ne se trompe pas (mais il faut faire vite vite vite car tout disparaît à la vitesse grand V !).

  • An Old Sad Ghost – Totentänze Akt I: Les Fleurs Du Mal & Erlweihe (Gondolin, Cassette) [2023]
    Compilation de deux courts EP (parus initialement en 2019) par ce projet autrichien fabuleux, maître incontesté des atmosphères néoclassiques maussades et éplorées. Parfait pour une journée morne et pluvieuse.

  • Gulguhk – Tuk Muk Guhk (Cursed Blood, Cassette) [2021]
    Un des nombreux projets de Finian Patraic (Ifernach, Maeströ Cröque Mört, Oldfir, Nox Morbum), Gulguhk nous abreuve ici de deux morceaux de dungeon synth gelé/transi et mélancolique à souhait, avec une atmosphère très « old school ». Les fans des instrumentaux de Burzum (« Tomhet » en particulier) vont adorer (et moi donc !)

  • Perdition Oracle – Unlight (Tour De Garde, Cassette) [2016]
    Ce qui frappe avant tout avec « Unlight » de ce groupe australien, c’est la production complètement brumeuse, fantomatique, lointaine et crue… J’utilise souvent cette image mais elle s’applique particulièrement bien ici : on a l’impression d’entendre une transmission (parasitée d’interférences) en provenance d’un autre univers très mystérieux et très ancien. Au programme : black métal furieux aux riffs acerbes (très « première vague de BM »), claviers gothico-symphoniques-antédiluviens, passages atmosphériques glaçants, batterie très punk et même un côté death metal dissonant (à la Portal). Assez grandiose et totalement inconnu des masses. Cette sortie mérite l’attention de tous les amateurs de musique extrême.

  • Hellberg – Elixir (Hellberg, cassette) [2023]
    Drone/dark-ambient absolument stupéfiant et hanté à fond. Un grand malaise suranné et ancestral ; avec des relents (anti-) liturgiques au travers. Aucune explication du créateur, si ce n’est cette missive obtus :
    “ There is no coincidence.
    Every path is predetermined. Everything happens when it has to happen. In the right place at the right time. As if the tapestry of the world were a network of infinite threads. Everyone in their place. But very few of us know where we are headed.“

  • Avog – Demo I (Avog, Cassette) [2024]
    Synthé donjonné / dark ambient suédois très fantaisiste/médiéval/relaxant, avec des morceaux empreints de cette atmosphère Castlevania-esque (cet orgue y est pour quelque chose). J’ai déjà hâte à la suite.

  • Curtis Mayfield – Curtis (Rhino, CD) [1970]
    Le premier album solo de Curtis Mayfield est un coup de maître et un des disques de soul-psych-funk les plus importants de tous les temps. Doté d’une production absolument incroyable, d’arrangements fastueux, de chansons formidables et emblématiques, de musiciens hors pair… J’en reviens encore pas. Chef d’oeuvre total et complet.

  • Melt-Banana – Cell-Scape (A-Zap, CD) [2003]
    Aaaah, le Japon ! Il n’y a que ce pays de fous furieux pour nous produire de tels disques. Cell-Scape, c’est cinglé-pop-punk-noisecore-kawaii-hardcore-art-space-rigolo-violent-FUN-abrasif-glitch-fanfare-électro-psych-rose-bonbon. Si l’expérience d’ingérer 8 double-expressos en 10 secondes se traduisait sous forme musicale, ça donnerait Melt Banana. Une certaine forme de Nirvana.

  • Enya – Enya (Atlantic / New Age, CD) [1986]
    Premier album d’Enya (rebaptisé « The Celts » dans sa réédition) après son bref passage au sein de Clannad. C’est en réalité la bande sonore accompagnant un documentaire de la BBC, ce qui explique la grande proportion de morceaux instrumentaux. Même si ça fait de moi quelqu’un de supposément archi-NOT-cool, je dois avouer mon amour invétéré à la demoiselle (Enya ist krieg!). J’admire toute sa discographie. Mais j’ai un attachement certain à ce premier essai très doux, planant et cinématographique.

  • Turkish Ladies. Female Singers from Turkey 1974 – 1988 (Epic Istanbul, Vinyle) [2018]
    Éblouissante compile de anatolian pop qui met l’emphase sur différentes chanteuses turques des années 70-80. Au programme : des arrangements somptueux et sirupeux, ces adorables claviers analogiques très kitsch, des voix émotives et puissantes. Du gros gros fun.

  • Sonic Youth – Daydream Nation (Geffen, CD) [1988]
    Considéré par plusieurs comme leur chef d’oeuvre incontesté ; comme l’album qu’il faut posséder de SY. Je ne suis pas de cet avis. Je serais plutôt de ceux qui disent qu’il faut avoir la discographie complète de SY, parce ce qu’elle est essentielle de long en large. Cela dit, J’ADORE Daydream Nation. Comment ne pas aimer un si colossal album ? C’est un hybride particulièrement réussi entre le meilleur de ce qui se faisait en rock alternatif à la fin des années 80 et le meilleur de ce qui se faisait en musique expérimentale… Noise rock, psych, post-punk, art punk, slacker punk, rock « atonal », proto-shoegaze, sensibilités pop… Tout cela s’enchevêtre à travers des morceaux superbes, mémorables, émotifs en diable, puissants, planants, introspectifs, vertigineux… Le tout est tellement hypnotique et addictif qu’on ne voit pas passer les 70 minutes de ce disque-expérience, ce qui, vous en conviendrez, est assez rare pour un album double. Un disque qui mérite sa place dans toute discothèque qui se respecte un tant soit peu.

  • Emahoy Tsege-Mariam Gebru – Jerusalem (Mississippi Records, CD) [Archival / 2023]
    Disque d’archive de la pianiste/compositrice éthiopienne dont le style de jeu est si saisissant… Mélangeant le minimalisme d’un Satie et l’impressionnisme d’un Debussy aux traditions musicales religieuses et profanes de l’Afrique de l’Est, Emahoy Gebru nous amène dans un univers très particulier, entre calme, mystère, émotion brute et dévotion. Cette musique est sincérité même. On découvre aussi une nouvelle facette de la musicienne, qu’on entend chanter pour la première fois sur « Quand La Mer Furieuse » (pièce magnifique).

  • Ben Frost – By The Throat (Bedroom Community, CD) [2009]
    Par dessus une musique faîte toute en tension soutenue, à mi-chemin entre le techno minimal, l’ambient, l’industriel et les trames sonores de Badalamenti (référence devant l’éternel), Ben Frost laisse déferler sa propre meute transgénique de loups électriques hurlant majestueusement dans une nuit sans fin. À l’aide de milles et un bidouillages et samples, il ré-assemble le loup électroniquement : son chant nocturne, ses grognements bestiaux, ses pas dans la neige, sa rapidité alors qu’il fonce sur une proie, sa férocité sans borgne lorsqu’il la déchire, sa violence sauvage et dénuée de sentiment. Le résultat : un album foutrement original et inquiétant – une musique qui veut te sauter à la gorge à tout moment… qui t’ensorcèle et t’oppresse en même temps, à la fois glaciale, vorace, minimale, orchestrée, énigmatique, nostalgique et cinématographique.

  • Maxine Funke – River Said (Disciples, Vinyle) [2023]
    Maxine continue d’enregistrer des disques de folk fantomatique ultra lo-fi dans un relatif anonymat et moi je continue d’être irrémédiablement captivé par son art… Cette fois, en plus de nous offrir 5 magnifiques pièces dignes de Linda Perhacs et Vashti Bunyan, notre Néo-Zélandaise préférée nous sert deux pistes de cloture dans un registre « ambient/new age-esques », le tout saupoudré d’enregistrement de terrain naturalistes beaux à pleurer toutes les petites larmes de son corps… Le dernier morceau se transforme en espèce de dream avant-folk qui va m’obséder longtemps.

  • Saints Martyrs – Mythologie De Dernier Recours (Folivora, Vinyle) [2022]
    Un album « coup de massue », probablement mon disque québécois préféré de 2022. Un glorieux condensé de rock « artistique-théâtral-virulent, de punk hardcore, de black métal poussiéreux de hargne, de no wave libidineuse, de post-punk mécaniquement décalibré, de goth-rock des abysses et de chanson française avariée… Et ces textes, TUDIEU ! Percutants, poétiques, audacieux, pertinents, imagés à outrance, noirs comme la suie… Il n’y a aucun groupe comme les Saints Martyrs.

  • Rachel’s – Handwriting LP (Quarterstick, CD) [1995]
    Cet ensemble de musique de chambre / post-rock / dark-jazz (avec un soupçon de musique concrète) m’a tout de suite séduit avec ce premier album. En provenance de Louisville, Kentucky (une ville très célèbre pour sa scène alternative novatrice dans les années 90), Rachel’s est surtout composé de musiciens issus de cette scène mais produisant une musique à milles lieux du rock, du punk ou du hardcore… Ici, on a droit à des pièces de classique contemporain très épurées et portées par le piano, le vibraphone, la clarinette, la contrebasse, le violon, le violoncelle et la viole. L’ambiance est automnale, mélancolique (voir parfois très triste/dépressive/amère), mystérieuse, blafarde, cinématographique… Un très très beau disque.

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GUILLAUME P. TRÉPANIER

Un autre petit « mur du son » de mes écoutes récentes 😎

  • Gift – Gift (1972) [Allemagne]
    Leur premier nom, « Phallus Dei », leur a valu bien des refus auprès des maisons de disques. C’est finalement sous le nom de Gift que cette formation allemande heavy psych/proto-metal aux passages kraut a pu produire un album.
    Leur son a tout pour vous donner envie de donner des coups de poings dans le vide en dansant!

  • B.F. Trike – B. F. Trike (1971) [US]
    Une des mes sorties Guerssen favorites, on a ici un album non publié à sa sortie, d’un groupe qui renaissait des cendres d’Hickory Wind, une formation garage/psych épatante aillant lancé un album en 1969.
    Avec B.F. Trike, c’est une voix au timbre unique, du gros riffage où la basse et la guitare se poussent mutuellement vers le haut en parfaite symbiose et un drum bien tapageur, mais appuyé et précis. Le feeling qui se dégage des tunes a quelque chose de particulièrement énergisant.

  • Euclid – Heavy Equipment (1970) [US]
    Un disque qui porte très bien son nom, cet album d’Euclid nous garroche du rock très crasseux, énergique, cru et heavy pour l’époque. Ça vient du Maine et ça respire l’authenticité.
    Je serais déçu d’apprendre que ces gars-là prenaient une douche régulièrement.
    Ce genre là, t’sais?
    En tout cas, belle petite perle obscure de 1970.

  • Liraz – Zan (2020) [Israël]
    Liraz est une chanteuse et actrice israélienne d’origine iranienne qui produit de la musique à la fois électro, pop, un brin psychédélique… tout en conservant une esthétique propre au moyen-orient.
    Il est intéressant de mentionner que Zan contient des collaborations clandestines avec des musiciens iraniens. Des fois, il faut ce qu’il faut!
    Son nouvel album, Roya, sorti l’an dernier, m’a donné le goût de faire tourner celui-ci en attendant de le recevoir.
    Si vous aimez Altin Gün, Kit Sebastian ou la musique du moyent-orient en général, go!

  • Banco Del Mutuo Soccorso – Orlando : Le Forme Dell’Amore (2022) [Italie]
    Dernier opus d’un de mes groupes italiens favoris, Banco Del Mutuo Soccorso.
    Une formation qui vieillit extrêmement bien et qui ne cesse de produire des disques de qualité dans une esthétique bien propre à elle.
    Un son toujours progressif, bien orchestré avec de l’orgue pur et sans effet, élégant et introspectif.
    Je n’aurais jamais cru qu’ils tiendraient aussi bien le volant jusqu’en 2022.

  • Haruomi Hosono, Shigeru Suzuki & Tatsuro Yamashita – Pacific (1978) [Japon]
    Album culte réunissant 3 grands musiciens japonais, Pacific plonge son auditeur dans une ambiance chaleureusement bleutée.
    Avec des morceaux style « city pop », soft jazz ou funk garnis de quelques pointes d’électro, c’est une oeuvre qui peut s’écouter à l’infini sans aucune chance de s’en lasser.
    En plus, du côté d’Hosono, il est très intéressant d’entendre son matériel pré-Yellow Magic Orchestra!

  • Matt Berry – Simplicity (2023) [UK]
    Un d’mes artistes préférés des dernières années, Matt Berry s’est surtout illustré dans le monde du folk-rock, avec un détour dans le monde de l’ambiant.
    Il nous revient ici avec un album kpm « Library Music » fantastique. Bien qu’instrumental, Simplicity est à son image : sympathique, invitant, léger, mais brillant.
    La basse bien groovy et dansante, des effets « flanger » dans le snare, les percussions diverse style « woodblock » et tambourins, mellotron… tout est là pour passer un bon moment.

  • Conventum – Le Bureau central des utopies (1979) [QC]
    Enfin, le deuxième Conventum joint les rangs de ma collection, avec quelques petits rubans, mais vu la rareté, je m’en contente.
    Avec sa magnifique pochette et son titre intriguant, ce disque livre un produit assez unique où la formation navigue à travers l’avantgarde, le prog, l’électro, le folk, l’expérimental et le trad. Les musiciens sont en maîtrise de leurs instruments, ça je vous le dis.
    Belle petite pépite québécoise!

  • Paul McCartney – McCartney (1970) [UK]
    Un album plus « lofi/slacker » de Paul, qui l’eut cru. Très différent et rafraîchissant par rapport à son matériel habituel.
    Plein de bonnes tunes, bien senties.
    2 classiques : Junk et Maybe I’m Amazed. Du gros fun.

  • King Gizzard & The Lizard Wizard – Flying Microtonal Banana (2017) [Australie]
    Que de beaux souvenirs liés à cet album. Moi et ma blonde étions allée à la tournée de 2018 qui suivait leur spectaculaire série de 5 albums. Nous connaissions toutes les chansons de Flying Microtonal Banana par coeur, c’était un gros happening de les voir, plein de nos amis étaient quelque part dans la même salle, entrain de virer fou dans une foule complètement déchaînée.
    Ce que nous ne savions pas : ma blonde était enceinte et nous allions l’apprendre quelques jours plus tard.
    Aujourd’hui, j’écoute ça avec mes deux filles, qui adorent cette « musique de serpent » autant que nous.

  • Nazareth – Razamanaz (1973) [Écosse]
    Bien connus pour leur gros hit « Love Hurts », les gars de Nazareth n’étaient pourtant pas des doux.
    Ils appartiennent au courant « Led Zep/Sabbath/Deep Purple » et le disque Razamanaz en témoigne bien.
    C’est du gros hard rock énergique et tonitruant avec des flammes sur le côté. T’sais, celui-là.
    Pas un essentiel, mais ça défoule bien quoi!

  • Taï Phong – Windows (1976) [France]
    Fondé en France par deux frères vietnamiens, Taï Phong a su produire ce brillant album de prog symphonique. On y retrouve des passages instrumentaux magnifiques, expressifs, mélancoliques et plutôt doux pour le genre.
    On est aussi au milieu des années 70, alors un inévitablement sentiment « pop » se dégage de tout ça, pour le plaisir d’une écoute catchy qui coule bien.

LÉON LECAMÉ

  • Midnattsol – Where Twilight Dwells (folk métal symphonique)
  • Eros Necropsique – Crises De Lucidité (avant-garde/neofolk/rock en opposition)
  • Nuclear Man – Démo 2023 (hXc punk)
  • Coil – Moon’s Milk (drone ambient/avant-garde/industriel)
  • VA – Living is Hard (West-african music in Britain 1927-1929)
  • Les Secrétaires Volantes – Thermoplastique (garage punk/danse rock/yéyé)
  • Acid Blood – S/T (crossover metal)
  • Tori Amos – Under the Pink (art-pop)
  • Abyssos – Fhinsthanian Nightbreed (black metal mélodique)
  • Dobacaracol – Le Calme-Son (musique du monde/reggae)
  • Les Breastfeeders – Déjeuner sur L’herbe (garage punk/danse rock/yéyé)
  • Black Magick SS – Rainbow Night (occult psych rock/avant-garde)

Playlist

PLAYLIST #32

SALADE D’ENDIVES

PHYSIQUE

  • Maria João Pires, Schubert – Le Voyage Magnifique (Schubert • Impromptus) (Deutsche Grammophon, 2 x CD) [1997]
    Parmi les oeuvres romantiques pour piano seul, les Impromptus de l’Autrichien Franz Schubert sont aisément dans le top 5 de ce qui fut composé dans le genre. Il existe plusieurs versions splendides, comme celle très fluide et délicate de Alfred Brendel ou encore celle très personnelle de l’excellent Radu Lupu… mais la plus magnifique, poétique et « juste » selon moi, c’est celle-ci. La pianiste portugaise rend pleinement justice au miraculeux de Schubert. Laissez-vous emporter dans ce voyage magnifique…

  • Bernd Alois Zimmermann – Ballet blanc en cinq scènes pour violon, violoncelle et piano; Intercomunicazione per violoncello et pianoforte (Deutsche Grammophon, CD) [1969]
    7ème CD du fantabulesque coffret « Avant-Garde » de DGG présentant cette fois deux oeuvres de musique de chambre très austères (voir démoniaques, parfois !) pour piano et cordes d’un compositeur allemand trop méconnu encore. Ce ballet blanc et ce Intercomunicazione vont vous surprendre, vous faire frémir et vont assurément activer tout un cinéma intérieur dans vos petites matières grises… Malheureusement, Zimmermann se donnera la mort en 1970, soit un an après la sortie de ce disque. Je crois que je vais devoir plonger plus en profondeur dans son corpus, car je suis sous le charme (suranné) de ce disque on ne peut plus perturbant.

  • Mike Oldfield – Tubular Bells (Virgin, CD) [1973]
    Je me replonge dans mes amours de jeunesse… Fut un temps où ma discothèque était uniquement composée d’une dizaine de CDs et Tubular Bells était l’un deux. Quel plaisir de réécouter ce disque… C’est comme retrouver un vieil ami (dans la joie et l’euphorie) et réaliser qu’on est encore tout à fait complémentaires, que le plaisir est toujours intact, que la magie opère exactement de la même manière qu’il y a (bientôt) 25 ans !
    Mike était juste un génie. Le petit salaud n’était même pas majeur quand il a commencé à concevoir son « cycle » magistral. Oeuvre accouchée dans la douleur, dans le mal-être, à travers les larmes et le désespoir probant… Le mal de vivre, c’était le lot du jeune Oldfield à l’époque. Et la musique : sa muse, son refuge… ce qui l’aidait à outrepasser sa souffrance. Et cette souffrance, on l’entend à travers cette oeuvre incroyable. L’émotivité y est à fleur de peau. MO a absolument tout donné pour créer Tubular Bells. Sa santé physique et mentale, son âme, son énergie vitale… Des nuits blanches d’enregistrement, de multi-tracking, de prod. On comprend que c’est l’album d’une vie (même si il réussira même à faire mieux par la suite ! si-si !), un « statement » musical à tout rompre ; comme certains compositeurs vont livrer à la fin d’un long parcours de création… mais rappelons ici qu’il s’agit d’un tout premier album solo pour un type qui a alors uniquement 19 ans lorsqu’il l’enregistre… Fou, fou, FOU.
    Et la musique ? Un savant et très personnel hybride de folk onirique, de rock progressif, de proto-ambient, de musique répétitive-minimaliste (influence avouée de Terry Riley), de musique classique, de proto-musique du monde et j’en passe. Mike joue d’une vingtaine d’instruments et crie aussi comme un homme des cavernes (de manière proto Death Métallique, comme si cet album n’était pas déjà assez fou comme ça). Je vais arrêter d’écrire parce ce que ça commence à ressembler à une critique dithyrambique ou à une lettre d’amour… Bref, oeuvre COLOSSALE.

  • Negură Bunget – ‘n Crugu Bradului (Code666, CD) [2002]
    Génial groupe qui nous provient de Transylvanie (on peut difficilement faire mieux niveau « origine géographique » pour un band de BM !). Les Roumains nous offrent ici un black metal atmosphérique assez grandiose et biscornu, mélangeant plusieurs styles et influences… Il y a du prog-rock (la durée des morceaux, leur côté architectural), de l’avant-gardisme (ces riffs dissonants et ces changements de tempos), du folk traditionnel, de l’ambient, du black sympho, du doom… C’est un beau chaos vespéral et fantasmagorique ; très désordonné mais très ambitieux… et surtout jouissif.

  • Bill Evans – Trio 64 (Verve Records / UMe, Vinyle) [1964]
    Quoi de mieux pour finir une soirée de musique dans le calme et le bonheur que le grand Bill Evans en mode cool jazz/post-bop très smooth et accessible, accompagné par les excellents Paul Motian à la batterie et Gary Peacock à la contrebasse ? impossible de ne pas passer un agréable moment avec de si grandes pointures, même si ils sont en mode « comfortable » ici. Je me dois aussi de recommander ce pressing (datant de 2021) qui sonne littéralement comme si les trois dudes jouaient dans ma salle d’écoute.

  • Les Diables Du Rythme – Pa Appuyé Sous Dos’m (Marc Records, Vinyle) [1971]
    Un des meilleurs albums de compas haïtien que j’ai entendu dans ma vie. Le groove est sans pareil. Ça pue le swag à plein nez. Les arrangements sont grandioses, le clavier sublimissime, les vocaux de Raymond Dormus et Jean-Larose sont magnifiques. À expérimenter de toute urgence pour quiconque s’intéresse (ou souhaite commencer à s’intéresser) à la musique caribéenne des années 70.

  • Unwound – New Plastic Ideas (Kill Rock Stars, CD) [1994]
    2ème album en carrière pour l’un de mes groupes rock préférés des années 90. Le son d’Unwound est un savant et irrésistible mélange de post-hardcore, de noise-rock anguleux, de post-rock (à la Slint) et de emo ; avec un soupçon de slowcore. Les riffs sont énormes, le drumming de Sara Lund est complètement fou, les tounes sont immenses et l’émotion brute est au rendez-vous d’un bout à l’autre.

  • John Zorn – Baphomet (Tzadik, CD) [2020]
    Composition de 39 minutes de Sieur Zornounet pour le groupe Simulacrum, composé de l’organiste John Medeski (Medeski, Martin & Wood), du guitariste Matt Hollenberg (Cleric, Shardik) et du batteur Kenny Grohowski (Imperial Triumphant). Ce trio de musiciens ARCHI-excellentissimes sont ici en mode « avant-brutal-prog-free-jazz-métallique-dans-ta-gueule-jeune-con ». Les fans de Naked City, de Painkiller et de Moonchild (autres projets de John Zorn) vont ADORER ce nouveau projet qui ratisse large.

  • Battiato – Sulle Corde Di Aries (Sony Music, CD) [1973]
    Prog-folk italien expérimental, minimaliste et très space-rock, avec une vertigineuse première piste de 16 minutes en ouverture qui sonne comme un glorieux mélange de Mike Oldfield, Tangerine Dream et Ash Ra Tempel. Les fans de prog avant-gardiste et de musique planante doivent absolument explorer ce petit bijou de toute urgence !

  • High Rise – High Rise II (Black Editions, Vinyle) [1986]
    Du gros garage-noise-punk-psych-rock japonais avec de la guitare hendrixienne tranchante hyper jouissive et un son très très cru. Un classique du genre, réédité par les bons soins de Black Editions.

  • Funkadelic – Standing On The Verge Of Getting It On (Westbound Records, Vinyle) [1974]
    Les maîtres incontestés du groove nous servent ici une autre platée de leur P-Funk à la croisée des chemins du rock psych, de la funk et du hard rock. Eddie Hazel (un des meilleurs guitaristes de tous les temps) est dans une forme remarquable tout le long. Les pièces courtes sont fabuleusement entrainantes/dansantes et les pistes plus longues sont renversantes. Quand on mets un Funkadelic ou un Parliament sur la table, on ne se trompe jamais !

  • Immolation – Here In After (Metal Blade, CD) [1996]
    Ce deuxième album de la légendaire horde américaine est un grand cru. Du Death Metal technique, caverneux, oppressif, dissonant, dévastateur ; avec un drumming magistralement inventif et des riffs hallucinogènes. Everything you want in a Death Metal record.

  • Nina Simone – Baltimore (CTI Records, CD) [1978]
    Un excellent Nina tardif, doté d’une production très lisse, avec une cantatrice souvent en mode pop-soul. La pièce titre, fabuleuse, a un beat reggae bien groovy qui restera imprimé dans votre cerveau à jamais.

  • Julia Holter – Have You In My Wilderness (Domino, CD) [2015]
    Un disque de art pop baroque moderne absolument renversant que je considère comme un des meilleurs du genre et auquel je reviens très très souvent. Julia vient d’un background plus expérimental mais « In My Wilderness » est vraiment son opus le plus accessible mais pas moins recherché pour autant. Les pièces sont magnifiquement composées, bourrées de petits détails sonores splendides et supportées par une instrumentation riche et une prod luxuriante. En 2015, Kate Bush a finalement trouvé une rivale de calibre en frais de pop artistique, libre et hyper-inventive.

  • Michael Pisaro, Oswald Egger, Julia Holter – The Middle Of Life (Die Ganze Zeit) (Gravity Wave, CD) [2013]
    On retrouve Julia Holter dans son versant plus expérimental, alors qu’elle co-compose avec l’Américain Michael Pisaro une oeuvre basée sur des poèmes de l’Italien Oswald Egger.
    La pièce de presque 50 minutes s’articule autour de deux enregistrements de terrain naturalistes. Le premier est prélevé depuis les rives de la rivière Große Mühl (côté autrichien) ; le second, enregistré 500 mètres plus loin, toujours aux abords de la rivière.
    Ces deux field recordings (reposants, hypnagogique et parfois mystérieux) accompagnent une musique très minimaliste, qui se décline en drones paisibles, façonnés d’instruments distants (piano, guitare, flute), de tons sinusoïdaux et de samples d’autres oeuvres de Pisaro. La narration des poèmes de Egger (en différentes langues, par différents intervenants, dont Egger lui même) vient parfaire le tableau.
    Puis, à 39 minutes environ, on entend la voix de Holter qui chante un air magnifique, aux sonorités médiévales. Elle est ensuite relayée par Pisaro au piano, qui interprète « For One or More Voices » (une compo de Holter) et c’est immensément beau. Le tout se conclue comme cela a commencé, dans cette mer de sons aquatiques, de chants d’oiseaux, de vent gémissant… Paisiblement, sereinement.

  • Trhä – Endlhëdëhaj Qáshmëna Ëlh Vim Innivte (Ixiol Productions, Vinyle) [2022]
    10ème album de mon one man band préféré en frais de black métal atmosphérique (mais pas que !). Trhä c’est le projet musical le plus prolifique de Damián Antón Ojeda, qui oeuvre aussi sous une dizaine de noms d’emprunts, tels que Sadness (blackgaze, post-metal dépressif), Life (screamo, post-rock), Nänmëë (ambient) et Comforting (black noise, indus), pour ne nommer que ceux là… On parle donc d’un musicien hyper-polyvalent et workaholic à outrance…
    Y’a rien comme Trhä. C’est un mélange de black atmo HYPER lo-fi, de dungeon/winter/comfy synth, de screamo avec des relents de blackgaze et d’experimentations sonores diverses ; du genre qu’on n’entendrait pas sur un disque « normal » de BM (Il y a un morceau ici qui sonne comme un générique d’animé japonais tout Kawai, pour vous donner une idée).
    Si pour vous l’idée d’entendre Varg Vikernes s’amuser avec des boîtes à musique de Noël tout en écoutant Elfend Lied sonne comme une bonne chose, Trhä vous est TOTALEMENT conseillé.

  • NTM – Suprême NTM (Epic, 2 x Vinyle) [1998]
    Chant du cygne pour le duo Kool Shen et Joey Starr. Gros gros classique du rap français, avec une prod et un son Boom Bap / Hardcore très east coast (les fans de Mobb Deep seront en territoire connu). Je ne suis pas le plus gros connaisseur/amateur de rap français, mais je pense que ce disque est un essentiel pour tout collectionneur pour voir ce que la scène offrait de mieux dans les années 90.

  • Ithildin – Arda’s Herbarium : A Musical Guide To The Mystical Garden Of Middle-Earth And Stranger Places Vol. III (Voices Of The Ainur, Cassette) [2022]
    Pour avoir échangé virtuellement plusieurs fois avec le mystérieux monsieur Ithildin, je pense que je peux dire avec certitude qu’on retrouve vraiment beaucoup de sa personnalité dans sa musique : ses côtés rêveur, enfantin, amoureux de la nature, mystérieux, enchanteur, geek, fan de jeux vidéos (même si il n’a jamais le temps d’y jouer… et moi donc), fan de psych/prog, fan de Tolkien/SF (bin kin !) et fan du Plantasia de Mort Garson.
    La série « Arda’s Herbarium » est sans conteste une des plus belles suites d’albums (toujours en cours) dans le merveilleux domaine du synthé donjonné-forestier-confortable. Ces courtes vignettes sonores dédiées à toutes les plantes qu’on retrouve dans la Terre du Milieu sont un vrai régal. Des petits tableaux tantôt espiègles ou féériques, souvent cocasses, parfois mélancoliques/nostalgiques, mais toujours fascinants et immersifs.

  • Crystalline Thunderbolts Pierce The Sacred Mountain – Blessed Hands Touch The Ophanim Under The Golden Rainbows (Phantom Lure, Cassette) [2023]
    Le nouveau projet Keller Synth / EDM-Black-Métal-Schizo-Avant-Gardiste de Maurice de Jong (aussi seul maître à bord de Gnaw Their Tongues, Grand Celestial Nightmare, De Magia Veterum et au moins 10 autres projets de musique extrême tous plus fous les uns que les autres). C’est absolument cinglé, aussi ridicule que génial, speedé à mort, glorieusement jouissif et désorientant. Comme une game de Tetris satanique sur l’acide et sur les uppers.

  • Solid Space – Space Museum (Dark Entries, Vinyle) [1982]
    Groupe ultra obscur londonien qui n’a produit que ce seul album mais QUEL album ! Le meilleur mélange de minimal synth, de post-punk, de new wave et de néo-psychédélisme que j’ai entendu de ma vie, je crois bien. Un des aspects qui me fait le plus triper, c’est l’adéquation de sons électroniques (claviers FRETTES, synth-drum, oscillateurs) et acoustiques (guitare, basse, batterie, saxophone, clarinette). J’ai jamais entendu ces deux univers instrumentaux enchevêtrés comme ça, ni avant, ni après. Les tounes sont folles, à la fois très pop et vachement biscornues. Et l’ambiance, la thématique et le visuel (très spatial, lunaire, science-fiction) viennent rajouter à l’atmosphère d’un disque que je considère comme un quasi chef d’oeuvre DIY oublié. Très chaudement recommandé.

  • Ralf Wehowsky, Lionel Marchetti – Vier Vorspiele / L’Oeil Retourné (Selektion, CD) [1998]
    Oeuvre de musique concrète très dronesque de 24 minutes de sieur Marchetti, réalisée pour une installation plastique de Pierre-Jean Giloux, au Fort Beauregard de Besancon. En préambule, la réponse sonore à cette oeuvre par l’Allemand Ralf Wehowsky. Fascinating stuff pour ceux qui n’ont pas peur des musiques électro-acoustiques très minimalistes. Mon épouse dit que ça fait mal à la tête.

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GUILLAUME P. TRÉPANIER

Sélection récente, de gauche à droite :

  • Majic Ship – Majic Ship (1970) [US]
    Majic Ship, dont la vie prie fin à la suite d’un incendie qui consuma tout ses instruments, est une formation tristement méconnue, mais ô combien fantastique.
    On a ici du acid rock de jeunes gringalets trippeux aux compositions fortes et maîtrisées, avec un feeling rappelant un Everybody Knows This Is Nowhere de Neil Young. L’album contient d’ailleurs une puissante reprise de Down By The River.
    J’ai spinné mon disque 3 fois de suite à la suite de mon achat, ça s’écoute comme du beurre dans poêle.

  • The Power of Zeus – The Gospel According to Zeus (1970) [US]
    Puissante et intimidante formation de Détroit dans la même veine que Cream ou Black Sabbath, The Power of Zeus s’adonne au hard rock saupoudré de musique psychédélique pour le plus grand plaisir de surprendre son audience.

  • Bachdenkel – Lemmings (1973) [UK/France]
    Enregistré en 1970, mais publié pour la toute première fois en 1973, Lemmings est le premier opus du groupe anglais Bachdenkel, qui vivait alors en France.
    La formation se distingue comme un power trio au son pesant, sombre, contrasté et aventureux, qui se promène entre le hard rock, le psych et le prog.
    J’ai toujours eu un faible pour cette pochette mystérieuse et dark. Belle illustration!

  • The Mops – Psychedelic Sounds In Japan (1968) [Japon]
    Disque assez heavy pour l’époque, les Mops ont un son bien fuzzé, dynamique et catchy.
    L’album ouvre en lion avec l’engageante « Asamade Matenai » et conserve son énergie jusqu’à la toute fin, avec au passage deux reprises de Jefferson Airplane et une des Doors, bien cuisinées à leur façon.
    Quelle pochette cool et tape à l’oeil en plus!

  • Neon Pearl – 1967 Recordings (1967) [UK]
    Premier disque où on peut entendre le génie du batteur/compositeur/chanteur Peter Dunton à l’oeuvre. Du early-psych simple, minimaliste et ultra-efficace, envoûtant, catchy. Je possède la pire réédition et heureusement, Guerssen ont ressorti une édition « belle pochette » plus tard.

  • Please – Seeing Stars (1969/2000) [UK]
    Je suis un fan fini de Peter Dunton (Neon Pearl, Please, Gun, T2) et je n’en reviens pas que ce disque enregistré en 1969 n’ait ou voir le jour qu’en l’an 2000.
    C’est un d’mes albums préférés du genre, des riffs puissants et d’une simplicité désarmante. Tout est misé sur les riffs d’orgue catchy, le drum bien boomy de Peter Dunton et sa voix unique et captivante.
    Je suis certain que le fait que Peter soit un drummer/chanteur qui compose les parties d’orgue apporte vraiment une autre dimension au psychédélisme de Please, qui n’essaie jamais d’impressionner via des compétences musicales ou des effets sonores.

  • Feu Doux – Feu Doux (2018) [QC]
    Vous souvenez-vous de ce duo éphémère de musique d’ambiance douce et complètement enivrante que formait Christophe Lamarche-Ledoux (Chocolat) et Stéphane Lafleur (Avec pas d’casque)
    Personnellement, c’est un album instrumental auquel je suis très attaché, il m’enveloppe d’une grosse couverture pour un p’tit temps et ça fait énormément de bien.
    Est-ce qu’il y en a d’autres qui ont ce vinyle ici?

  • John Prine – John Prine (1971) [US]
    « When I woke up this morning, things were lookin’ bad
    Seem like total silence was the only friend I had » sont les premières lignes avec lesquelles John Prine entame son disque éponyme.
    S’en suit une série de textes poignants et interprétés avec une sincérité désarmante.
    La chanson « Hello In There » est peut-être une des plus belles chansons country-folk du monde.
    Une écoute accompagnée d’un café noir est fortement recommandée.

  • Brian Eno – Ambient 1, Music For Airports (1979) [UK]
    À une époque où tout ce qui pouvait se raccrocher à la pop dominait le marché, Brian Eno s’est dirigé vers la conception d’une oeuvre extrêmement minimaliste où l’atmosphère est reine.
    Bien qu’il ne se passe pas grand chose dans cette musique, ça s’est avéré être un game-changer pour tout ce qui touche au monde de l’ambient avec un grand « A ».
    Bonus : on retrouve mon idole Robert Wyatt au piano sur la première pièce.

  • Vangelis – Soil Festivities (1984) [Grèce]
    Vangelis possédait un don exceptionnel pour nous plonger dans un monde ou une ambiance bien précise. Polyvalent sur les thématiques, il nous offre ici des pièces dans un esprit bio/éco/nature à petite échelle.
    Très inspirant dans la création de ma propre musique, c’est un top 3 de Vangelis pour moi.

  • Santana – Santana III (1971) [US]
    Il n’y a pas très longtemps, je soutenais encore que mon meilleur Santana était le premier, mais ce troisième opus m’a fait changé d’avis.
    C’est devenu mon préféré.
    Heavy psych, prog, jazz et musique latine s’enchaînent à merveille pour créer des morceaux éclatés et puissants.

  • Jefferson Airplane – Bark (1971) [US]
    Une pochette qui pourrait témoigner d’un album plus sombre, déglingué ou satirique, mais non… c’est peut-être un des plus « feelgood » du band.
    Très acid folk/rock, on y retrouve des excellentes cut telles que Law Man (une de mes préférées de JA), Feel So Good, Pretty As You Feel, Crazy Miranda ou encore Wild Turkey.
    Évidemment pas leur meilleur, mais je ne peux m’empêcher de lui donner un spin de temps à autre.

LÉON LECAMÉ

  • Malconfort – Humanism (avant-garde black metal)
  • INANNA – Transfigured In A Thousand Delusions (folk death metal)
  • Insidius Infernus – Pale Grieving Moon (hellenic black metal, ambient black metal)
  • Black Macha – Corundum Asteria (power electronics, distorted beats)
  • UgUrGkuliktavikt – Organum Psychosis (dark ambient, organ drone, field recordings)
  • smr.tni – unrelieving (death industrial, noise, heavy electronics)
  • LSD March – Nikutai No Tubomi (drone, psychedelic rock, free improv)
  • Anteomedroma / Angnath – split (black metal)
  • Vladimir Bozar ‘N’ Ze Sheraf Orkestär – Universal Sprache (avant-garde metal, bossa nova, klezmer, dub, lounge, musique de cirque)

Playlist

PLAYLIST #31

SALADE D’ENDIVES

PHYSIQUE

  • Jordi Savall, La Capella Reial De Catalunya, Hespèrion XXI & Montserrat Figueras – Jérusalem – La Ville Des Deux Paix : La Paix Céleste Et La Paix Terrestre (Alia Vox, 2 x SACD) [2008]
    Un projet assez faramineux de notre violiste, chef d’orchestre et historien sonore adoré : raconter musicalement toute la riche et complexe histoire de Jérusalem en deux disques. Ouf. Méchant projet ! Savall réussit pourtant haut la main le coriace défi en arpentant chronologiquement (avec rigueur) le récit de la ville sainte en partant de la Jérusalem biblique d’avant JC, en passant par la Jérusalem juive, chrétienne, arabe/musulmane… pour aboutir sur une conclusion qui se veut porteuse d’espoir pour son futur… espoir qui, on se le dira, est dur de ressentir en ces temps incertains…
    Musicalement, c’est un fascinant voyage à travers multiple genres et pratiques musicales, de langues diverses (grec, turc, français, hébreu, arabe). Les instrumentistes, qu’ils soient britanniques, espagnols, italiens, marocains, syriens, irakiens ou arméniens nous ouvrent grand les portes sur leur univers et leurs traditions.

  • Gruppe Nuova Consonanza – Improvisationen (Deutsche Grammophon, CD) [1969]
    Rendu au sixième disque de mon périple à travers le grandiose coffret « Avant-Garde » de DGG et pas le moindre ! Il s’agit de l’ensemble de free improvisation italien Gruppo di Improvvisazione Nuova Consonanza (aussi connu sous le nom plus court de « The Group ») qui avait en son sein Franco Evangelisti au piano, Egisto Macchi aux percussions et un certain Ennio Morricone à la trompette (oui, on parle bien du plus grand compositeur de trames sonores du 20ème siècle). Au programme ici : un amalgame très azimuté de musique sérielle, de musique concrète, de « sonorisme » et de musique électronique aride. Fascinant et déroutant. On est loin du Morricone lounge ou western spag.

  • Zizia – Genera (Zizia, Cassette) [2023]
    Mystérieux duo composé de Amber Wolfe Rounds (O You Villain) et de Jarrod Fowler (Pisaura), Zizia crée de la musique expérimentale et de l’art sonore écologique inspiré de l’agriculture biodynamique pour donner naissance à une forme de musique concrète très unique à travers laquelle la nature même semble s’exprimer… Superposant des enregistrements effectués par 36 ensembles sonores (34 trio et 2 quatuors, juste ça), les deux artistes sonore y ajoutent une grosse louche d’échantillonnage sonore, de synthés monophoniques, de bourdonnement d’abeilles, de boucles de bandes analogiques, de diapasons planétaires (?) et quelques instruments acoustiques contrôlés en tension. À l’écoute de ce périlleux et singulier album, on a l’impression très nette de s’enfoncer petit à petit dans la terre, la laissant nous digérer doucereusement, nous décomposer tels un tas de feuilles mortes. Humus sonore suprême.

  • The Camarata Contemporary Chamber Orchestra – The Electronic Spirit Of Erik Satie Featuring The Moog Synthesizer (Deram, Vinyle) [1972]
    Le genre d’album dont je raffole ! Des arrangements pour moog de Satie ; avec un orchestre de chambre qui accompagne le synthétiseur-soliste avec autant de raffinement que d’humour, respectant par le fait même l’esprit rigoureusement éclaté du compositeur français à barbichette préféré de tous.

  • Aphex Twin – Selected Ambient Works 85-92 (Apollo, CD) [1992]
    Disque marquant dans l’histoire du techno et de la musique électronique at large, ce premier opus discographique de Richard D. James sous le pseudonyme Aphex Twin est un album magnifique et indémodable. Près de 75 minutes d’ambient techno minimaliste propulsé par des textures savoureuses/rêveuses, des beats narcotiquement hypnotiques, des mélodies étranges et belles… Un jalon de l’histoire de la musique.

  • Yes – Close To The Edge (Atlantic, CD) [1972]
    Mon Yes préféré. Une classe des maîtres de prog symphonique britannique composée de trois longues pistes fabuleuses où s’entremêlent rock/pop psychédélique, musique classique, jazz et avant-garde. La pièce-titre de près de 19 minutes est le meilleur truc que le groupe ait jamais pondu… une suite mystique et féérique avec des passages instrumentaux complètement cinglés, des moments hautement émotifs (I get uuuupppp…. I get dowwwwn) et les paroles les plus WTF de Jon Anderson ever : « Une sorcière chevronnée pourrait t’appeler du plus profond de ta disgrâce, et réorganiser ton foie vers la grâce mentale solide »…. Euh…. KESSÉ T’AS FUMÉ JON , CALISS ?!?!?
    Juste un des 10 disques de prog les plus importants ever. Et un régal sonore à chaque écoute.

  • Ildjarn – Ildjarn (Norse League Productions, CD) [1995]
    Premier album éponyme pour LE projet norvégien le plus légendaire en frais de black métal ULTRA-primitif, cru, rageur, minimaliste/binaire, acerbe, aride, underground et lo-fi jusqu’à la moelle. Si vous trouviez que « Deathcrush » de Mayhem est cru, il sonne presque comme un album de jazz de la belle époque Blue Note à côté de cet opus morbide, fantomatique et crasseux…
    À travers ces 27 courtes pistes à l’esthétique très DIY/Hardcore Punk, Vidar Våer alias Ildjarn nous livre sa vision très personnelle et sans compromis de son art sombre… Les morceaux, surtout rapides niveau tempo, sont presque interchangeables. Ils semblent avoir déjà commencé quand on les aborde et se terminent abruptement, avant leur fin logique. Tout le long, on y entend ces mêmes battements ultra-simplistes de « batterie » qui sonnent presque comme un tiroir à ustensiles qu’on secoue. Les riffs de guitare sont incroyablement répétitifs. La voix cracheuse de venin et de poussière, paradoxalement, semble très proche (mais semble aussi avoir été enregistrée dans un cercueil six pieds sous terre, avec le pire micro de l’histoire). C’est donc pour public (très) averti. Mais selon moi, après un certain temps, cette musique, de par sa simplicité et sa structure cyclique, devient une forme d’ambient-muziK damnée et livreuse d’ivresse. Un grand grand album pour moi.

  • Sun Ra – The Magic City (Pan Am Records, Vinyle) [1966]
    Sieur Ra à son plus démentiellement out there, entre free jazz jusqu’au boutiste et musique contemporaine aride/abstraite/surréaliste. Un grand cru, avec une Face A qui fait grogner de peur/haine mon vieux chihuahua (true story) et une Face B un tantinet moins déconstruite mais quand même givrée à plus soif.

  • Album – Portrait De L’Artiste (Telephone Explosion Records, Vinyle) [2023]
    Délicieusement confus et sybillin… perdu dans son indicible brouillard contrôlé, où co-habitent des cuivres-libellules surnaturalistes voletant ça et là, des ombres ricanantes qui tapissent les murs vermeils, des fantômes jazz-noctambules et un homme en costard qui se tient dans un coin de la pièce chimérique – l’homme en costard de suie a une tête de cheval et il fume des cigarettes en peau humaine… Toujours ce sentiment d’être un funambule sur une corde invisible ; d’un côté le rêve et l’autre, le cauchemar… Les réminiscences opiacés d’un film noir expérimental qui n’a jamais existé… Chaque seconde (grisante) est une nouvelle perte de repère. On se demande comment telle musique peut exister et alors qu’on la laisse nous envahir, on finit par se demander si on existe nous-même…

  • Nick Cave & The Bad Seeds – Henry’s Dream (Mute, CD) [1992]
    Après un « The Good Sod » magnifique mais un peu plus assagi, les fans du Nicolas virulent seront ravis par ce rêve d’Henry qui renoue avec l’agression des Bad Seeds d’antan, mais tout en conservant les avancées sonores et l’instrumentation plus variée du précédent opus. Le songwriting de Nick ne fait que s’affiner et sa plume est plus acerbe que jamais. Il l’a fait aller de la plus belle façon sur ces ballades folk meurtrières et ces pépites punk blues damnées.

  • The Delfonics – Sound Of Sexy Soul (Philly Groove Records, Vinyle) [1969]
    Un superbe album de Smooth Soul avec une prod complètement luxuriante, des arrangements de cordes sirupeux, ces cuivres funky-sexy-addictifs et les harmonies vocales plus-magnifique-que-ça-tu-meurs des Delfonics, un de mes groupes préféré de tous les temps dans le département des cordes vocales.

  • The Men From S.P.E.C.T.R.E. – Magnetic Sunshine (Library Of The Occult, Vinyle) [2024]
    Les bibliothécaires de l’occulte frappent un autre coup de circuit avec cette somptueuse sortie des mecs en provenance de S.P.E.C.T.R.E. Ces Suisses laissent de côté leur neutralité un moment le temps de nous asséner une bonne grosse dose de psych en pleine poire. Au menu : space-rock, krautrock, dark-prog-rock avec flûtiau, funk obscur, orgue Hammond à la pelle, bongos et guitares bien acides… Comme la trame sonore d’un film série-Z mettant en scène un agent (très) spécial arborant une splendide et gigantesque ‘STACHE, des verres fumés et un revolver fuchsia à la main ; prêt à canailler les hommes-piranhas cracheurs de feu, les vampires danseurs de merengue et les sorciers vaudous trafiquants de jus d’étoile.

  • Ancient Iron – Endless Hunger For Conquest (Moonworshipper Records, Cassette) [2023]
    Une longue pièce (25 min.) de dungeon synth old school, extrêmement minimaliste, rudimentaire et mélancolique ; avec des passages très dark ambient. Le tout a une véritable aura maléfique et mystérieuse ; une présence spectrale luminescente dans les bois flétris et oubliés par les siècles… I just LIVE for this kind of thing !

  • Hermit Knight – Upon The Dawn Of The Vermilion Glaive (WereGnome Records, Cassette) [2023]
    Album complètement chef d’oeuvriffique de dungeon/comfy synth du chevalier ermite, projet solo du propriétaire de l’excellente étiquette WereGnome. C’est une oeuvre lumineuse, profondément humaine, épique, introspective, aux milles reliefs chatoyants… Le genre de musique qui m’évoque le passage de la vie à la mort, mais sans douleur ni regret ; juste en s’y abandonnant pleinement, la tête emplie de tous nos souvenirs, joies, peines et errances passées…
    Vraiment un des meilleurs projets actif sur la scène actuellement.

  • Fairport Convention – Liege & Lief (Island Records, CD) [1969]
    Un des plus importants groupes du renouveau folk britannique de la fin des années 60/début 70, Fairport Convention a frappé fort en 1969 en sortant trois excellents disques. Ceci est le dernier de cette superbe trilogie. Mélangeant tradition et modernité, les Anglais livrent un folk-rock progessivo-psychédélique, planant, hypnotique, rêveur et éthéré ; le tout sublimé par la performance vocale sans pareille de la chanteuse Sandy Denny.

  • Swans – Various Failures 1988-1992 (Young God Records, 2 x CD) [1999]
    Géniale compile de la période « lapin » des Cygnes, alors que la troupe de Gira/Jarboe officiait dans un registre néo-folk/goth/post-punk un tantinet plus accessible que leurs débuts complètement noisy-indus-no-wave-proto-sludge et la période post-rock-cyclique-répétitif-jusqu’au-boutiste qui allait s’ensuivre. On trouve ici plusieurs pépites des albums « White Light From The Mouth of Infinity », « 10 Songs For Another World », « Love of Life » et « The Burning World », ainsi que plusieurs singles issus de cette même phase créatrice d’un des groupes expérimentaux les plus importants de tous les temps.

  • Les Baxter & 101 Strings – Que Mango! (Vinyl Exotica Records, Vinyle) [1970]
    Un superbe album d’Exotica sirupeux à souhait (avec des arrangements et des orchestrations fantasques) paru à une époque où le genre n’avait plus vraiment la cote. Les Baxter et ses cordes y vont avec une vibe « Amérique du Sud » très sympa. Un disque vraiment super le fun et qui sonne merveilleusement bien (chapeau pour la réédition !). À conseiller à tous les fans de kitsch grandiloquent.

  • Kreator – Pleasure To Kill (Noise / BMG, CD) [1986]
    Quand je pense au Mont Rushmore des albums de Trash Metal, « Pleasure To Kill » fait définitivement partie du lot. Plus brutaux, cru, sauvages, démoniaques et rapides que les Metallica et Megadeth de ce monde, les Allemands de Kreator nous convient ici à une boucherie de riffs orgasmiques, de vocaux hargneux, de batterie furieuse… le tout avec une attitude très punk et in-your-face. Un délicieux concentré d’ultra-violence. Mon édition comprend aussi le EP « Flag Of Hate », tout aussi essentiel.

  • Rorqual – Perles & Diamants (Les Cassettes Magiques, Cassette) [2024]
    Le premier album de cet élégant quatuor trifluvien est un must absolu ! Mélangeant avec une agilité peu commune le noise-rock, l’emo, le post-punk, le post-hardcore à travers des compositions vertigineuses et arabesques, Rorqual livre la marchandise en TABARNAK ! Les amateurs des styles nommés précédemment ne peuvent que passer un moment d’extase avec ces perles diamantées totalement euphoriques.

  • Cardiacs – A Little Man And A House And The Whole World Window (The Alphabet Business Concern, CD) [1988]
    Un des groupes les plus génialement givrés de tous les temps…. Du PRUNK ? Késako ? Depuis leur arrivée dans le monde de la musique underground britannique au tout début des années 80, les Tachycardes mélangent (pour votre plus grand plaisir) rock progressif, post-punk, no wave, ska déjanté/2 tone, jazz de carnaval loufoque, musique de cabaret et avant-pop… le tout avec un leader-compositeur-chef-d’orchestre-guitariste-flûtiste-et-chanteur complètement détraqué en la forme de ce cher Tim Smith. C’est comme le mariage polygame et hors norme de Frank Zappa, Mr. Bungle, Carl Stalling, XTC, Gentle Giant, Faust, Henry Cow, les Residents et Devo. (juste ça)…
    Ah oui, sinon : à chaque fois que j’écoute R.E.S., je me dis que c’est genre la meilleure toune de tous les temps !!!

  • Faceless Entity – Demented Incantations (Argento Records, Vinyle) [2014]
    La réédition du premier EP de cette horde black métallique « sans visage » en provenance des Pays-Bas qui était initialement paru au format cassette sur l’étiquette « The Throat ».
    Demented Incantations, c’est un seul (long) morceau qui est en quelque sorte une transmission entre le monde des mourants et celui des morts, le tout parasité d’interférences incantatoires abstraites et immondes… Du BM très atmosphérique et primitif (comme je l’aime) mais sublimé par cette aura fantomatique ; cette espèce d’impression que l’enregistrement nous provient de très loin (d’une autre réalité) et qu’on en perd des bribes à travers les vents cosmiques et les différents vortex temporels qui relient cette musique à nos oreilles… Il y a définitivement une présence maléfique à travers ces 32 minutes de fureur opiacée mais aussi presque ambient à cause de la distance évoquée ci-haut. Les amateurs de Black Cilice, Candelabrum et Darvulia seront en territoire connu.

STREAMING


GUILLAUME P. TRÉPANIER

Sélection thématique ROCK PROGRESSIF SOMBRE (partie 1)

  • Van Der Graaf Generator – H To He Who Am The Only One (1970) [UK]
  • Semiramis – Dedicato A Frazz (1973) [Italie]
  • Pollen – Pollen (1976) [QC)
  • King Crimson – Red (1974) [UK]
  • Soft Machine – Third (1970) [UK]
  • Kracq – Circumvision (1978) [Pays-Bas]
  • Genesis – Trespass (1970) [UK]
  • Le Orme – Felona E Sorona (1973) [Italie]
  • The Mars Volta – Frances The Mute (2005) [US]
  • Banco Del Mutuo Soccorso – Darwin! (1972) [Italie]
  • Anekdoten – Vemod (1993) [Suède]
  • Magma – Mekanïk Destruktïẁ Kommandöh (1973) [France]

J’ai toujours eu un faible pour le prog « dark twisted », glauque, dramatique, hanté, amer, angoissant, poignant, tragique… Que ce soit dirigé comme une pièce de théâtre ou alors seulement comme un cri du coeur bien personnel.

Avez-vous un préféré parmi cette sélection?


LÉON LECAMÉ

  • ГНЁТ (Gnyot) – Бремя (black metal atmosphérique)
  • Don Haugen – Schadenfreude (harsh noise)
  • coffret de bijoux – J’aeae cr​à​iserais j’squa je n’a​ï​e pluxe d’e vie​,​.​,​.​, perssonage n’ex sembleple s’enne pr​é​onccuxperale (ambient black metal)
  • Master Grave Services – On The Subject Of Pestilence (harsh noise)
  • CT57 – distant sounds of desolation (vaporwave, drone ambient)
  • EBOLA – Distorted Romance (suicidal depressive black metal)
  • Leslie Keffer – Veiled Matter (industrial folk)
  • Gates And Mystic Doors – Keys To The Astral Gates And Mystic Doors (black metal atmosphérique)
  • Труп Колдуна – Древний Костолом (keller synth, black ambient, dungeon synth)

Playlist

PLAYLIST #30

SALADE D’ENDIVES

PHYSIQUE

  • J.S. Bach – Passion Selon Saint Jean (Philippe Herreweghe & Collegium Vocale Gent) (Harmonia Mundi, 2 x CD) [2001]
    L’une des oeuvres les plus majestueuses du plus grand compositeur de tous les temps et donc, aussi l’un des plus grands chef d’oeuvres musicaux at large ; toutes époques confondues. Rarement musique aura été aussi belle, profonde, spirituelle, introspective, désarmante de beauté et d’émotion brute.

  • Mauricio Kagel – Match Für 3 Spieler / Musik Für Renaissance-Instrumente (Deutsche Grammophon, CD) [1968]
    5ème CD du monumental coffret « Avantgarde » de DGG qui nous assène à la gueule deux oeuvres longue durée assourdissantes de l’argentin Maurico Kagel. Ça débute avec « Match Für 3 Spieler », oeuvre pour 2 violoncellistes et 1 percussionniste (+ un shitload d’effets électroniques et/ou sonores décousus et jouissifs) nous fait basculer dans le vide ; dans une chute éperdue et sans repères, à travers une musique post-moderniste folle folle folle. Ensuite, « Musik Für Renaissance-Instrumente » est une exploration sonoriste/dronesque mystérieuse pour un petit orchestre jouant des instruments issus de la Renaissance… Mais on est bien loin des madrigaux, des motets et de chansons polyphoniques ici. Fascinant chaos vespéral.

  • The Miles Davis Sextet – Someday My Prince Will Come (Columbia, CD) [1961]
    Un Miles jugé mineur de sa période où il était en exploration, entre ses deux grands quintettes. Ce disque ravissant est bien moins aventureux et révolutionnaire que « Kind of Blue » et « Sketches of Spain » qui viennent juste avant, mais ça reste du Miles FUCKIN Davis, avec une ribambelle de musiciens légendaires (Coltrane, Mobley, Cobb, Chambers, Kelly). La session est en mode relax, gentil, smooth et sans prise de tête. Tout est bon mais on retiendra surtout la pièce-titre et « Teo », superbe.

  • Dinosaur Jr. – Farm (Jagjaguwar, CD) [2009]
    En 2007, Dino Jr. se sont reformés pour le plaisir de tous et ont montré qu’ils n’avaient rien perdu de leur habileté à produire des albums de rock alternatif noisy géniaux (avec des passages de guit complètement extatiques). « Farm », le second album post-réunion, est tout simplement l’un de leurs meilleurs disques en carrière. Des chansons énormes, de la guit incroyable, la voix si caractéristique (et si peu versatile) de J. Mascis. On est chez les potes et on est peinard !

  • Lunar Aurora – Andacht (Cold Dimensions, CD) [2007]
    Probablement mon album préféré de ces black métalleux allemands. Un chef d’oeuvre de métal noir atmosphérique, avec un réel soin apporté aux arrangements de claviers et à l’enrobage dark ambient narcotique qui vient parfaire ces 6 morceaux assez longs et diablement bien composés ; dans un genre symphonique/cosmique parfois très rageur et souvent très émotif.

  • Grouper – Grid Of Points (Kranky, Vinyle) [2018]
    De tous les millions de projets ambient existant actuellement, je crois que Grouper (l’entité créatrice principale de la musicienne et artiste visuelle américaine Liz Harris) est mon préféré. « Grid On Points » est la suite logique du précédent album « Ruins » (probablement son meilleur album) et propose des ballades ambient pop éthérées et minimalistes en diable, supportées pour la plupart par un piano fantomatique. Tout aussi intimiste que « Ruins », mais plus glacé et fragmenté.

  • Beck – Mutations (Geffen, CD) [1998]
    J’aime mon Beck acoustique. Ce n’est pas pour rien que « One Foot in the Grave » est mon Beck fétiche. Et « Mutations » arrive tout de suite après dans mon palmarès du môssieur. Un pied dans l’tombeau, c’était Beck en mode slacker-folk lo-fi. « Mutations » est plus ample, vaste et hyper varié. « Nobody’s Fault But My Own » est une litanie folk désenchantée et brumeuse qui emprunte au raga indien (avec sitar, tambura et cloches). « O Maria » a une ambiance très jazz/swing. « Canceled Check » est un bon vieux country d’la vieille école avec sa steel guitare, son piano à queue et son harmonica. « Cold Brains » a un aspect folk psych vraiment splendide. « We Live Again » emprunte à la pop baroque des Left Banke et des Four Seasons. Et la perle « Tropicalia » (nommée en hommage au courant de contre-culture brésilien de la fin des années 60) est une bossa nova de haut calibre.
    All in all, on tient là un album fabuleux de sieur Hansen, avec une toune cachée complètement euphorique et giallo-noisy-licieuse à la fin.

  • Chrome – Half Machine Lip Moves (Cleopatra, Vinyle) [1979]
    Du post-punk acide, psychédélique, futuriste, expérimental, expérimental, givré, dystopique, kraut-rock-y, industrialisé, déstructuré, chaotique, dissonant, apocalyptique, noisy, dense, dense, DENSE.
    Chrome est un GRAND groupe m’sieurs-dames ! Avec une disco pléthorique remplie de perles avant-gardistes. Mais je crois que le meilleur point d’entrée dans leur univers résolument cinglé, c’est ce « Mouvements de babine semi-machinal ». Du plaisir pour toute la famille ! YOU’VE ALL BEEN DUPLICATED !!!

  • Franco & Orchestre O.K. Jazz – L’Afrique Danse N° 6 (African, Vinyle) [1968]
    Excellent disque de Soukous et de Rumba congolaise par un des orchestres les plus prolifiques et respectés dans le domaine. Si vous voyez des albums de Franco avec L’OK Jazz à bon prix, jetez vous là-dessus ! C’est joyeux, funky-smooth, estival, relaxant et ça ne peut pas faire autrement que de vous faire afficher un large sourire sur la tronche.

  • Nik Bärtsch’s Ronin – Rea (Ronin Rhythm Records, CD) [2004]
    Ça vous dirait d’entendre ce que Steve Reich et Philip Glass feraient dans un contexte « jazz minimaliste-cyclique de chambre » ? Alors, chers amis, laissez moi vous parler du quatuor dit « zen funk » du suisse Nik Bärtsch. Piano, saxo et clarinette basse, batterie et basse sont au service d’une musique hypnotique-hyper-tonale complètement cinématographique et ensorcelante au possible, toute en nuances rythmiques, invitant à la transe incantatoire et exutoire.

  • Vanishing Amulet – Nocturnal Heritage (Out Of Season, Cassette) [2022]
    Un court et merveilleux EP de « Romantic Dungeon Synth » qui sonne exactement comme un truc qui aurait pu sortir en 1994-95. Beau, atmosphérique, magique, tragique. Je suis amoureux fou de ce projet et j’ai hâte à la suite !

  • Wands Of The Minor Arcana – Into the Gloaming Isle (Voices Of The Ainur, Cassette) [2023]
    C’est BEAUUUUUU !!! Ce joyau de fantasy/comfy (sometimes uncomfy) synth nous raconte l’histoire de la mystérieuse « île du crépuscule » située au bout du monde ; là où les braves explorateurs ont jadis mis pied afin de trouver or et trésors… Mais cette île est inhospitalière pour tous ceux qui osent s’aventurer trop profondément dans les bois touffus… Disparitions, maléfices opaques, Dieux d’ébène ancestraux, voix désincarnées s’élevant du coeur de la forêt… Le tableau est mis en place pour vous faire vivre un dépaysant voyage sonore, à travers cette musique qui semble rassurante mais qui cache en son coeur son lot de ténèbres…

  • Cenobite – The Labyrinth (Gulik Records, Cassette) [2017]
    Du synthé donjonné très particulier, expérimental et un brin déphasé, comme c’est souvent le cas chez nos amis de Gulik (une étiquette qui mérite une plus grande reconnaissance !!!). Ce sombre duo s’inspire de l’univers macabre d’Hellraiser (de Clive Barker) pour créer cet hybride glauquissime de dungeon synth, de dark ambient et de darkwave néo-classique. À écouter aux heures pâles de la nuit pour en apprécier toute l’ambiance cauchemardesque.

  • Daedric Chamber – Black Marsh Eternal (WereGnome Records, Cassette) [2024]
    Du black metal basé sur l’univers de la série de jeux vidéos Elder Scrolls ! Quand rage tellurique et geekdom se rencontrent autour d’un bon verre de Stout, ça donne quelque chose comme ceci. Ce one-man band est l’oeuvre de Snitz, aussi maître à bord au sein de Wizardkeep.
    C’est un très très bon disque de raw black metal avec des claviers assez atypiques pour le genre (très synthé donjonné/JV, on est chez WereGnome après tout !), des passages à la guitare acoustique et un aspect « comfy » vraiment sympa. Un projet à surveiller de très près.

  • Woodland Spells & Morbærsanger – Sylvan Wanderers (Moonworshipper Records, Cassette) [2023]
    Un split absolument-totalement-irrémédiablement essentiel entre deux entités qui offrent un dungeon synth opiacé, rêveur, très ambient et onirique.
    Woodland Spells (qui occupe la face A avec trois morceaux) est un des nombreux projets de Evergreen, qui est probablement la personne qui produit la musique la plus recherchée dans tout la scène synth. On lui doit des heures et des heures de merveilleuse musique avec Fogweaver, Snowspire, Hideous Gomphidius, Keys To Oneiria, Athshean (et j’en passe). Woodland Spells fait dans le forest synth très très très brumeux… La trame sonore d’une impossible forêt suspendue dans un brouillard cosmique qui recouvre tout.
    Sur la face B, Morbærsanger nous offre une longue piste très ambient de synthé donjonné très ambient, avec des field recordings naturalistes, des claviers transis et un peu de guitare sèche. Le traitement sonore très lo-fi fait en sorte qu’on dirait qu’on entend une captation sonore distante en provenance d’un autre monde très ancien et très mystérieux.
    Vraiment une des plus belles sorties dans le style en 2023 !

  • The Fallen Angels – The Fallen Angels (Jackpot Records, Vinyle) [1967]
    Génial premier album de cet excellent groupe de psych-garage-baroque-pop en provenance de Washington, D.C.
    Le tout possède une vibe parfois mélancolique/rêveuse ; parfois entraînante et drolatique. L’album se démarque par ses changements de temps biscornus, ses arrangements très chouettes (et parfois cocasses) de cuivres, son charme lo-fi/amateur et son utilisation d’une pléiade d’effets psychédéliques.

  • King Gizzard And The Lizard Wizard – Paper Mâché Dream Balloon (Flightless, 2 x Vinyle) [2015]
    Le Gizz en mode acoustico-jazzy-psych-sunshine-pop-relax-pantouflard-du-dimanche-matin. J’adore cet exercice tout frais et léger, avec tout plein de flûte et de clarinette. Les compos sont géniales, comme toujours chez KGLW. Tout ici est mignon et délicat, à part les paroles qui sont très macabres, ce qui créé une dichotomie très intéressante. Un d’mes Gizz préférés ! Et en plus l’album vient avec un deuxième disque qui comprend uniquement les pistes instrumentales (ça ferait des supers loops de rap, ça !).

  • Clark – Body Riddle (Warp Records, CD) [2006]
    Un des plus grands albums d’IDM de tous les temps, avec des délicieuses touches de Glitch Hop et de Nu Jazz disséminées ça et là dans la matière sonore brute et flottante, pour le grand bonheur de tout mélomane aventureux. Un disque absolument fascinant d’un bout à l’autre, qui réussit à être très atmosphérique tout en étant très « actif » et rythmé. Clark créé un univers sonore extra-terrestre qui est totalement unique sur ce « Body Riddle » qui n’a pas pris une ride.

  • R.E.M. – Document (I.R.S. Records, CD) [1987]
    Cinquième album de ce légendaire groupe de rock alternatif américain. « Document » est le disque de la consécration pour R.E.M. qui réussit ici à avoir deux hits radiophoniques en la forme de « It’s the End of the World as We Know It (And I Feel Fine) » et « The One I Love » (deux excellentes chansons). Cela dit, tout le reste est merveilleux ici. C’est l’album de transition entre les débuts très « jangle/indie » et leur période « pop/arena-rock », gracieuseté de cette production très propre et lumineuse (signée Scott Litt) qui met la voix de Michael Stipe vraiment à l’avant dans le mix. Cependant, R.E.M. ne perd rien de ce qui fait sa magie : un songwriting de grande qualité et une émotivité à fleur de peau.

  • Sigh – Scorn Defeat (Peaceville, Vinyle) [1993]
    Premier album du groupe de black metal japonais Sigh, qui était initialement paru sur Deathlike Silence Productions (le label de ce cher Euronymous). Dès leurs débuts, on sent que les mecs sont à côté d’la track bien comme il faut. On est dans un black metal un brin plus classique ici que ce qui s’ensuivra dans leur disco, avec des gros relents de trash et de doom cependant. Les claviers atmosphérique sont complètement orgasmiques et la voix de Mirai est tellement unique… Et il y a cette étrangeté déjà qui sommeille… les breaks atypiques, les passages « style clavecin rococo », le piano presque romantique, la prod basique mais étraaaaange, les bouts qui font presque « J-RPG »… Raaah que j’aime ces mecs. Personne ne fait de la musique comme eux. Un super bon album qui initie une des discographies les plus singulièrement fascinantes dans le créneau.

  • Eazy-E – Eazy-Duz-It (Priority Records, CD) [1988]
    Gros gros classique de gangsta rap old school avec des beats old school complètement fous et le MC le plus vulgaire, le plus extrême, le plus insensible et le plus coloré du collectif N.W.A. Du gros GROS fun mais oreilles sensibles s’abstenir !

  • Inade – The Crackling Of The Anonymous (Loki Foundation, CD) [2001]
    Du dark ambient allemand de très grand cru, assez suffocant merci, dans l’esthétique des maîtres que sont Lustmord et raison d’être ; avec une touche bienvenue d’Archon Satani au travers. Cet album va vous aspirer l’être tout entier dans une forêt opaque et infinie, où rien n’est rassurant, où tous les repères sont bannis ; une forêt qui sent le soufre et la putréfaction, où dans l’obscurité complète et totale, on ne peut qu’entre-apercevoir des ombres furtives, ricanantes, incubes… Joyeux cauchemars à tous.

  • Harry Manfredini – Friday The 13th Part II (Waxwork Records, Vinyle) [1981]
    Trame sonore du deuxième volet de la série de slashers par excellence (celui avec Jason en version « sac de jute » plutôt que « masque de hockey »). Possiblement mon film préféré de la franchise. Manfredini emprunte beaucoup au travail de Bernard Herrmann sur la BO de Psycho de Hitchcock. Donc beaucoup de cordes diaboliques mais avec l’apport des synthés typiques de l’époque où le film est sorti. Un régal ! Et que dire de la sublime pochette, comme c’est toujours le cas chez Waxwork !

  • Hiroshi Yoshimura – Soundscape 1: Surround (Temporal Drift, CD) [1986]
    Réédition fort attendue de cette merveille de new age/ambient japonais qui donne à l’auditeur l’impression de se perdre dans une forêt mystérieuse, sereine et brumeuse, avec ces petits cours d’eau et ses arbres millénaires. Beautiful stuff.

  • Claude Léveillée – Black Sun (Polydor, Vinyle) [1978]
    Le Claude version prog-instrumental = le BEST Claude. Un petit bijou québécois qui mérite sa place dans toute discothèque !

STREAMING


GUILLAUME P. TRÉPANIER

Sélection récente, de gauche à droite :

  • EABS meets Jaubi – In Search Of A Better Tomorrow (2023) [Pologne/Pakistan]
    Impressionnante collaboration entre le groupe de jazz fusion polonais EABS et la formation indo jazz pakistanaise Jaubi. Dans une esthétique “spiritual jazz”, ce duo nous offre ici un des meilleurs albums de jazz de 2023, un produit engageant, atmosphérique, riche et complexe.

  • Alice Coltrane – Kirtan: Turiya Sings (1982/2021) [US]
    Ça fait longtemps que j’admire Alice Coltrane, mais je n’avais pas osé me lancer dans sa phase de musique de dévotion plus new age. Ça été le coup de foudre. Turiya Sings est devenu mon disque préféré d’Alice. Je n’ai pas beaucoup de mots pour le décrire… Ça nous transporte dans un autre monde. Je n’avais jamais rencontré auparavant un disque méditatif aussi réussi et prenant. C’est presqu’une entrée au paradis.

  • Alex Maas – Luca (2020) [US]
    L’album solo du chanteur des Black Angels. Je dois admettre que j’y suis plus attaché qu’à n’importe quel de son groupe. Du dark folk épuré et doux, honnête, émotif. Parfait pour s’offrir le luxe de souffrir en paix.

  • Josephine Premice – Caribe (1957) [US]
    Vedette calypso des années 50, Josephine Premice était une femme élégante, raffinée et plutôt avant-gardiste. Sa musique est excellente, mais l’écouter parler en entrevue ou la lire demeure le point le plus fascinant de sa carrière.

  • Neil Young & Crazy Horse – Everybody Knows This Is Nowhere (1969) [Canada]
    Un des ultimes classique de Neil Young, je ne vois pas comment on peut ne pas aimer cet album. Les compositions au sommet, un feeling raw et mélancolique, le country qui tend la main au hard rock en dansant sur le folk. Chef-d’oeuvre.

  • Jean-Pierre Ferland – La pleine lune (1977) [QC]
    La “chanson” avec un grand “C” avait une esthétique très colorée à la fin des 70s et ce disque en témoigne bien. Avec André Perry qui participe activement à la création de l’album et des collaborateurs comme David Spinozza, Nanette Workman ou Marty Simon, le résultat ne peut pas être ordinaire.

  • Fantasy – Fantasy (1970) [US]
    Formation psych/prog assez dark et occulte de Miami, en Floride, mais dont la musique n’est vraiment pas en concordance avec tous les clichés qu’on peut s’imaginer de leur ville d’origine. La chanteuse Lydia Janene Miller, qui n’avait alors que 16 ans, offre une performance impressionnante, naïve et assez unique. Un son pile de son année, guitare fuzzée, drum reverbé!

  • Roy Rutanen – Roy Rutanen (1971) [Australie]
    Artiste folk-rock méconnu aux tendances psychédéliques, Roy Rutanen est pas mal le seul auteur-compositeur qui me fait penser à Shawn Phillips dans sa façon d’écrire et d’interpréter. Merci aux disques PQR pour cette première et unique réédition d’un album que l’on croyait perdu à jamais.

  • Pink Floyd – Live At Concertgebouw Amsterdam (1969) [UK]
    Il faut vraiment que je cesse d’acheter des lives de Pink Floyd, mais je n’ai pas eu le choix, encore une fois. Très chouette bootleg contenant des titres qu’on entend moins souvent en live sur les albums officiels comme Granchester Meadows, Biding My Time, Cymbaline, Green Is The Color et The Narrow Way.

  • Peter Gabriel – Ein Deutsches Album (1980) [UK]
    Version allemande du classique “Melt” de Peter Gabriel. Je n’y comprends rien, mais le mixe est différent de l’album anglo… Je l’ai trouvé, je suis un fan du monsieur, alors pourquoi pas le garder au chaud et en sûreté dans ma kallax.

  • Peter Gabriel – Peter Gabriel (1978) [UK]
    Second opus solo de l’ex-Genesis, Peter offre ici de l’art rock mélodique, éclectique, complexe et accrocheur. Lancé seulement un an après son premier, l’inspiration était toujours au rendez-vous pour “Scratch” et allait l’être encore plus pour la suite avec “Melt”.

  • The Beatles – Yellow Submarine (1969) [UK]
    Oeuvre très connue, mais aussi très singulière. Une face avec des chansons psycho-pop des Beatles et l’autre, avec de la musique classique cinématique de George Martin. Pourtant, tout fonctionne et j’adore les deux côtés de la rondelle. C’est la soundtrack d’un film qu’il faut absolument voir au moins une fois dans sa vie!

LÉON LECAMÉ

  • LITOVSK – S/T (post-punk)
  • Pissed-off Orgasm – Pornonomicon (noisecore)
  • Deathranch – A Prisoner (industriel/ambiant)
  • Child Cemetery – Rebirthed Revived Rekilled (goregrind)
  • Sombre Proie – Bataille Épique (dark ambient/coldwave/medieval synth)
  • Amour Sale – S/T (rock industriel/expérimental)
  • Scald Hymn – Pangs Of Wet Ash (noise/industriel)
  • The Hypersexual Nymphomaniacs – Triple Assassinat (nowave/industriel/power electronics)
  • Caroline K – Now Wait For Last Year (drone ambient/tapeloops)
  • Drunk Mums – Beer Baby (punk-rock vieille école)

Playlist

PLAYLIST #29

SALADE D’ENDIVES

PHYSIQUE :

  • Béla Bartók – Konzert Für Orchester / Musik Für Saiteninstrumente Schlagzeug Und Celesta (RIAS Symphonie-Orchester Berlin, Radio-Symphonie-Orchester Berlin, Ferenc Fricsay) (Deutsche Grammophon, CD) [1954-1957]
    Performances remarquables de deux oeuvres orchestrales impressionnantes et révolutionnaires de l’ami Bartók, compositeur hongrois de génie qui, au travers d’une carrière trouble ponctuée d’oeuvres puissantes et expérimentales à souhait, réussira à synthétiser musique post-romantique, dodécaphonisme et folklorisme en un style totalement unique et personnel…
    Le concerto pour orchestre est une de ses dernières oeuvres, composée en 1943 (deux ans avant sa mort), pendant sa période d’exil aux États-Unis… C’est un monument de noirceur opaque et de violence parfois tonitruante, qui, créé tel un dédale de couloirs labyrinthiques infinis, enserre l’auditeur progressivement dans un étau cauchemardesque. Fun times.
    La « Musique pour cordes, percussion et celesta », peut-être encore plus troublante, fut composée pendant une période archi-sombre (1936) : montée de l’Allemagne nazie, purges staliniennes, guerres civiles à droite à gauche… On sent dans cette musique désespérée et fêlée qu’elle n’est que le reflet d’un monde en déroute, qui se prépare à vivre sa page d’histoire la plus cauchemardesque (seconde guerre mondiale). Absolument pétrifiant.

  • Smetana – Má Vlast (Rafael Kubelík, Czech Philharmonic Orchestra) (Supraphon, CD) [1990]
    Má Vlast… Ma patrie… Superbe série de 6 poèmes symphoniques que le compositeur tchèque Bedřich Smetana a dédié à son pays bien-aimé. Très patriotique, Smetana fut le premier compositeur à utiliser des éléments tirés du folklore tchèque dans sa musique. On lui doit près de 150 oeuvres et son influence se fera sentir chez ses compatriotes Antonín Dvořák et Zdeněk Fibich ; mais aussi chez l’Autrichien Arnold Schönberg.
    Kubelík, chef d’orchestre, est reconnu comme étant le maître incontesté de Má Vlast. Il dirigea le cycle en spectacle et l’endisqua un grand nombre de fois, avec différents orchestres… Mais c’est cet enregistrement sur Supraphon qu’il faut prioriser car, en plus de la performance remarquable et de la joie communicative qui existe entre les musiciens, le chef et le public tchèque, cet enregistrement représente le retour de Kubelík en République-Tchèque à la tombée du rideau de fer (1990), après de nombreuses années d’exil. C’est une véritable célébration de retrouvailles, pleine de vie, de bonheur débordant et, évidemment, de musique euphorique (parmi la plus belle au monde).

  • Vinko Globokar, Luciano Berio, Karlheinz Stockhausen, Carlos Roqué Alsina – Discours II / Sequenza V / Solo Für Melodie-Instrument Mit Rückkopplung / Consecuenza (Deutsche Grammophon, CD) [1969]
    Je continue mon périple audacieux à travers le coffret « Avantgarde » de DGG avec ce quatrième CD qui propose des oeuvres disparates et fascinantes pour le trombone, instrument que vous allez entendre ici comme jamais auparavant. En premier, nos tympans ébahis assistent à un discours pour 5 pistes de trombones superposées, gracieuseté du tromboniste français d’origine slovène Vinko Globokar. On est ensuite aspiré dans l’univers foutraque et aride de l’Italien Luciano Berio, avec l’une de ses fameuses « Sequenzas », celle-ci pour trombone solo. Le son du trombone fait presque penser à la voix des adultes dans Peanuts (Snoopy Rulz !) mais on entend pas toujours à rire avec ces notes basses et dronesques. On poursuit dans le trouble, l’incertitude et les ténèbres avec deux pièces de musique concrète pétrifiantes de l’Allemand Karlheinz Stockhausen, clairement mon moment préféré du disque. Stockhausen utilise avec brio le « tape delay » (et des vois austères et fantomatiques) pour déconstruire le solo de trombone et lui donner des teintes surréelles… On termine le disque avec le compositeur français d’origine argentine Carlos Roqué Alsina, pour trois courtes pistes qui nous ramènent un peu à l’esthétique de celle de Berio.

  • Neil Young – Comes A Time (Reprise, CD) [1978]
    Neil en mode country, un peu électrique par bouts, surtout acoustique…. Neil qui chante des chansons simples, touchantes, belles, belles, belles (oh, à part « Motorcycle Mama » qui dépareille un brin mais que j’aime quand même tendrement). Un album tout à fait charmant, avec une production très ample et étagée, des musiciens hors pair (le Cheval Fou est de la partie sur certaines pièces !) et les back-vocals magiques de Nicolette Larson.

  • Lucid Dreams – Lucid Dreams (Astral Industries, 2 x Vinyle) [1996]
    Je veux absolument tout posséder en provenance de Astral Industries mais malheureusement, j’aime aussi me nourrir et avoir un toit au dessus de ma tête, donc je dois me limiter à seulement quelques unes de leurs mirifiques sorties… Je n’ai cependant pas pu résister à cette belle réédition de ce très étrange (et très particulier) disque de spoken word / drone ambient cosmique. On entend ici l’écrivaine et philosophique Celia Green (ainsi que d’autres) narrer des passages de son bouquin « Lucid Dreaming: The Paradox of Consciousness During Sleep » (paru en 1968). Cela parle de rêve éveillé, d’états hallucinatoires, d’apparitions, d’expériences « out of body » et de perception extrasensorielle… Et la musique, elle aussi très rêveuse, confuse et fantasmatique, est une parfaite assise au texte narré. Un beau voyage un peu troublant vers d’autres états de conscience. À recommander à ceux qui ont aimé « Invention for Radio No. 1: The Dreams » de Delia Derbyshire.

  • Roberto Zahurim & Stephen Murphy – ATLANTIAN: Thérapie vibrasonique (Les Distributions CELEST, Cassette) [année inconnue]
    Une merveilleuse cassette de New Age québécois que j’ai trouvé jadis, à l’époque où je ramassais à peu près tout du genre sur quoi je pouvais mettre la main. Zahurim et Murphy nous convient à un beau voyage sonore très planant et mélancolique, le tout agrémenté de signaux sonores censés inviter notre corps et notre être tout entier à un équilibre (et ce genre de choses auquel on croit ou non). Les synthétiseurs assez froids (très Klaus Schulze 80s-style) sont la principale matière sonore exploitée ici, avec quelques vocaux disséminés ça et là. Le genre de truc qui pourrait sortir en tant qu’album de DS fantaisiste demain matin et qui remporterait un fort succès.
    L’album prend une tournure très dronesque/mystique/weird à mi-chemin cependant, ce qui me plaît énormément. J’adore en particulier ce long drone (avec déflagrations de claviers biscornues) au début la face B, avec field reocrdings d’eau et de nature en prime.

  • Hole Dweller – Flies The Coop (Dungeons Deep Records, Vinyle) [2019]
    L’un des albums de DS les plus célébrés des 5 dernières années et une magnifique entrée en matière pour une des discographies les plus riches dans le créneau. Ce premier opus de Hole Dweller est fabuleux : des mélodies enfantines et enchanteresses, portées par ces claviers analogiques croustillants et lo-fi (très 80s) ; avec des field recordings forestiers en fond sonore. Il y a cette nostalgie, cette féérie chez Hole Dweller qui rend le projet tellement attachant. C’est comme une ballade dans un sous-bois brumeux, mystérieux mais accueillant.

  • Til Det Bergens Skyggene – Vandringen I (Skoglandskap) (Voldsom Musikk, Cassette) [2011]
    Incroyable EP de monsieur Voldsom (alias mon artiste/label préféré dans le genre, disons à égalité avec l’ultra-prolifique Evergreen). Du synthé donjonné atmosphérico-nostalgique-épique-planant-ravissant-old-school. Le genre de musique dont je ne me lasse jamais.

  • Criptadel – Brutal Imperium (Gondolin Records, Cassette) [2023]
    Dungeon synth fantaisiste-martial-guerroyant-oppressif-cinématographique. On imagine une armée d’orcs se préparant à envahir le monde libre, leurs haches de guerre à la main, le sourire perfide au coin d’la bouche (aux dents acérées, of course). Comme toujours, Gondolin ne sort que la crème de la crème.

  • The Microphones – « The Glow » Pt. 2 (K, CD) [2001]
    Souvent considéré comme le meilleur disque pour entrer dans l’univers très particulier et personnel de Phil Elverum / Microphones / Mount Eerie. On tient là un énorme chef d’oeuvre d’indie folk mélangeant avec brio slacker rock psychédélique, avant-folk lo-fi et noise-rock. Elverum est un des meilleurs compositeurs et auteurs de sa génération. Le maître mot ici est : ÉMOTION.

  • Mount Eerie – A Crow Looked At Me (P.W. Elverum & Sun, Ltd., Vinyle) [2017]
    Un disque très éprouvant que je n’ai pas écouté depuis 2020, pour des raisons personnelles. Est-ce de la musique ? Est-ce plutôt une thérapie sur disque ? Un journal intime que nous, auditeurs, pouvons consulter, avec l’impression d’être presque des voyeurs ?
    Cet album que Phil Elverum a enregistré rapidement, dans la tourmente, après la mort de sa femme Geneviève, c’est une tentative d’exprimer ses impressions, sentiments et réflexions de la manière qu’il (je crois) connaît le mieux : la musique.
    Comme il le dit : ce n’est pas pas de l’art. La mort, c’est vrai (et final). Quelqu’un est là et puis soudain, non. Et il ne sera plus jamais là. Peu importe qu’on ait partagé sa vie intime et tout ce que ça implique de profond et de personnel, peu importe que cette personne vive métaphoriquement dans nos souvenirs… La réalité, c’est qu’on ne la reverra plus jamais. Ouf.
    Tenter de ré-apprivoiser le quotidien, les habitudes de la vie, les obligations ; tout en digérant son deuil en filigrane, le sentiment de manque, l’absence de l’autre ; en sachant que nous ne serons plus jamais pareil. Se reconstruire, dans l’anéantissement de soi. Voici ce que ce disque-expérience tente de faire. Un truc incroyablement humain, profond, beau, essentiel… mais aussi tellement crève-coeur et tellement (trop?) personnel qu’il faudrait être profondément sociopathe pour ne pas écouter sans avoir tout le poids du monde sur l’âme.
    Mais encore une fois, pour vous parler franchement très personnellement (Phil et moi, on a vécu des choses très similaires), ce disque est nécessaire.

  • Bekëth Nexëhmü – Dauþuz (Purity Through Fire, CD) [2016]
    La première démo d’un de mes projets de black metal atmosphérique préféré de tous les temps, fronté par le superbe Swartadauþuz (aka « the hardest working man in Black Metal today »). On comprend que dès sa formation (quasi improvisée, à en croire les liner notes), Bekëth Nexëhmü avait un son qui leur était totalement propre : black metal hivernal, anguleux, racé, très freeform mid-tempo, dark ambient à ses heures, toujours hypnotique et hautement inspiré.
    Le tout a été enregistré en 2010 originellement, en une soirée de déchéance et de déraison.

  • Gab Paquet – La Force d’Éros (Duprince, Vinyle) [2021]
    La LUXURE, la LUBRICITÉ, la CONCUPISCENCE et la VOLUPTÉ LIBIDINEUSE sous forme sonore, que le célèbre chanteur de charme le plus excentrique de la province a réussi à matérialiser sur ce beau disque d’un rose éclatant et fantasque. Meilleur que toutes les ballades FM 90s sirupeuses du monde entier, aussi exalté et charnel que Gainsbourg en mode quasi-Gainsbarre… Appelez Gab au 1-800-666-SEXE et vous vivrez une nuit inoubliable.

  • Novos Bahianos – Novos Bahianos (Som Livre, CD) [1970]
    Court EP de ce légendaire groupe brésilien qui nous livrent 4 excellentes pièces d’Acid Rock ensoleillé croisé à du Blues et d’la Samba psychédélique. Essential stuff pour tous ceux qui s’intéressent à la musique brésilienne de la contre-culture des sixties et seventies.

  • Novos Baianos – Acabou Chorare (Som Livre, CD) [1972]
    Encore eux ! Un des disques meilleurs disques brésiliens de tous les temps et le magnum opus des Nouveaux Bahianais. Ce qui fait la magie de l’album, c’est ce côté effortless tellement rafraichissant ; on dirait des amis qui ont juste du gros fun à faire de la musique, ne sachant pas qu’ils sont en fait d’enregistrer un album d’une importance capitale. Les chansons ? Toutes formidables et débordant à rabord d’harmonies vocales éblouissantes, de guitares festives, de percussions exaltantes, de basse sautillante, d’énergie folle et de candeur galvanisante. Impossible de ne pas tomber éperduemment en amour avec ce disque dès la première écoute ; et avec le Brésil tout entier par le fait même ! Même mon fils de 5 ans (le très cool James Finn Pélissier) est un gros fan de « Tinindo trincando ».

  • Frank Zappa – Hot Rats (Rykodisc, CD) [1969]
    Un des meilleurs de l’oncle Frank. Un album qu’on ne présente plus. Chef d’oeuvre absolu de Jazz Fusion bizarroïde et folichon (Jazz is not dead, it just smells funny, de dire Zappa), avec ses compositions incroyables remplies à rabord de mélodies singulièrement excentriques, livrées par une cohorte d’instrumentistes absolument fabuleux (Ian Underwood, John Guerin, Don « Sugarcane » Harris, Jean-Luc Ponty, Paul Humphrey, Ron Selico, Shuggie Otis et Max Bennett… what a DREAM TEAM !!!).

  • Banco Del Mutuo Soccorso – Io Sono Nato Libero (BMG Ricordi S.p.A., CD) [1973]
    Prog italien de très très haut calibre, avec un premier morceau monumental de plus de 15 minutes (« Canto nomade per un prigioniero politico ») qui est une petite symphonie en soi, alternant entre passages folk pastoral ultra mélancoliques/touchants (avec cette chaleur toute méditerranéenne) et d’autres beaucoup plus alambiquées, sombre, ultra complexes et même avant-gardistes (par bouts). L’atmosphère est absolument indescriptible (entre tension, angoisse, mystère et beauté brute). On tient là un des plus gros joyaux de toute la scène prog italienne. Le reste de l’album est presqu’aussi excellent. Est-ce leur meilleur album ? Selon moi, ça se joue entre lui et « Darwin », le précédent.

  • Shape Of Despair – Angels Of Distress (Hammerheart Records, Vinyle) [2001]
    Préparez vos mouchoirs car les doomeux-gothico-funéraleux de Shape of Despair vont vous asséner une grosse dose de pathos à l’état brut en pleine gueule ! Dans le genre « lent », « magnifique » et « atmosphérique », on fait difficilement mieux que les Finlandais. Rythme extrêmement lent, vocaux d’outre-tombes éplorés, voix féminines sublimes qui volent au dessus du précipice langoureux, claviers mortuaires omniprésents, guitares écrasantes… Tout est finement utilisé ici pour transporter l’auditeur métaphoriquement dans un cimetière surréaliste en suspension dans un quelconque brouillard victorien.

  • Aretha Franklin – Aretha Now (Atlantic, CD) [1968]
    Juste un masterclass total de southern pop soul de la plus grande chanteuse américaine (disons ex-aequo avec Nina et Billie). Une première moitié en forme de paradis sonore (Think, I Say a Little Prayer, See Saw, etc…) et une deuxième Face qui est presque aussi incroyable. Absolument rien à jeter ici.

  • Merzbow & Oren Ambarchi – Cat’s Squirrel (Hospital Hill, CD) [2013]
    Première collaboration juste en duo pour le Japonais Merzbow et l’Australien Oren Ambarchi, deux sommités en matière de musique expérimentale et aussi deux mecs qui sont dans la compétition non-officielle des mecs avec la discographie la plus longue de tous les temps (Masami est en avance !). On est ici en mode « gros mur de son noise psychédélico-chaotique bourré de reverb », ce qui n’est forcément pas pour me déplaire. J’ai passé un EXCELLENT moment.

  • Merzbow – Peace For Animals (I Shall Sing Until My Land Is Free, CD) [2007]
    Comme je suis un dangereux psychopathe, une dose de Merzbow n’est pas toujours suffisante. Donc le revoici, pourfendant nos conduits auditifs de sa harsh noise céleste et pro-animalière. Trois pistes pleines d’idées folles, de grandeur architecturale et d’abrasions diverses, chacune possédant une atmosphère qui lui est propre. Le morceau de bravoure, « No More Exploitation of Animals » (33 minutes et des poussières) est une de mes pièces préférées du maître, avec des espèces de voix chantantes déconstruites au possible, des sirènes apocalyptiques, du drone sous-jacent bien gloupide et des passages où la basse bien chaotique te laboure l’être tout entier.

  • Sleepytime Gorilla Museum – Of The Last Human Being (Avant Night, CD) [2024]
    J’aime ça moi des retours inespérés comme ça ! Après une pause discographique de 17 ans, nos amis du cirque sonore déjanté qu’est le Musée du Gorille (endormi) ressurgissent de leur néant obtus et livrent ici un de leurs meilleurs albums ; juste comme ça. RKO OUTTA NOWHERE ! Ça sonne comment la musique de SGM ? Comme un beau mélange complètement givré de Henry Cow/Art Bears, Swans, Korn, Danny Elfman, Gentle Giant, Einstürzende Neubauten, Univers Zéro, Tom Waits, Frank Zappa, Diamanda Galas, Taraf de Haïdouks, Mayhem et Stravinsky. Désorientant au possible, mais délicieusement.

  • Piero Umiliani – Il Marchio Di Kriminal (Dagored, Vinyle) [1967]
    Trame sonore très jazzy-bossa-nova-funky d’un Giallo par monsieur « musique de bibliothèque » en personne ? Que demander de mieux pour terminer un deux semaines de musique folle folle folle ?

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GUILLAUME P. TRÉPANIER

Sélection récente, de gauche à droite :

  • Snail Mail – Lush (2018) [US]
    Alors qu’elle n’avait que 18 ans, Lindsey Jordan alias Snail Mail lance son premier album, Lush. Une oeuvre indie rock mélancolique et sombre qui témoigne d’une grande maturité malgré son jeune âge. S’il y a des fans de l’album Rather Ripped de Sonic Youth dans la salle, vous ne serez pas dépaysé avec celui-ci.

  • The Chronicles Of Father Robin – The Songs & Tales Of Airoea – Book 1: The Tale Of Father Robin (2023) [Norvège]
    Épopée conceptuelle en 3 volumes par un supergroupe de prog norvégien actuel. Avec une carte de référence style « fantasy » à l’intérieur, le magnifique artwork de Lars Bigum Kvernberg et une musique puissante style rétro, ce premier opus représente un des plus belle lettre d’amour au rock progressif que je connaisse.

  • The Chronicles Of Father Robin – The Songs & Tales Of Airoea – Book II: Ocean Traveller (Metamorphosis) (2023) [Norvège]
    Je ressens des influences subtiles de Robert Wyatt, Camel et Gentle Giant à travers ce deuxième volume de Chronicles of Father Robin, mais avec des compositions originales, magnifiques et super engageantes. J’ai été totalement charmé par Ocean Traveller.

  • The Beatles – Now & Then (2023) [UK]
    Je ne m’étais fait aucune attente face à la sortie d’une tune inédite des Beatles, je n’avais pas fait de recherches à savoir de quoi il s’agit. J’ai ouvert l’onglet YouTube par principe en me disant que ça allait être le fun, sans plus.
    À la fin de mon écoute, j’me suis surpris à être ému et bouleversé.
    Fuck, une tune de John qui parle nébuleusement de deuil, d’amitié, de reconnaissance. Paul qui chante avec lui, George et son mélancolique solo, Ringo qui Ringotte, des arrangements de cordes fantomatiques. Ok, je vais l’acheter votre mausus de single.

  • Nome Noma 2 Québec Post-Punk et New Wave (compilation de 2023) [QC]
    J’attendais ce volume 2 avec impatience et je n’ai pas été déçu. Solide sélection, peut-être encore plus osée que le premier. J’adore faire la découverte de bijoux cachés d’ici, alors je suis servi.
    Gros coup de coeur, encore une fois, pour le visuel/graphisme du livret d’informations et de la pochette!

  • Akira Yamaoka – Silent Hill (1999) [Japon]
    Bande sonore mythique pour le premier Silent Hill, jeu vidéo publié sur la Playstation 1. Dark ambient, drone, noise, trip hop… avec des tones de synth surprenant! La force de Yamaoka est de passer par différentes gammes d’émotions à travers tout ces genres… On y ressent tant de l’espoir que de la mélancolie ou de l’horreur et du suspense.

  • Akira Yamaoka – Silent Hill II (2001) [Japon]
    Suite logique au premier opus, Yamaoka pousse la note encore plus loin ici en ajoutant à sa recette des moments un brin « alternative rock » à la guitare. Encore plus mélodique que Silent Hill 1, ce deuxième volume est ce qu’on appelle un chef-d’œuvre dans le monde des bandes sonores de jeu. Un incontournable!

  • John Williams – Home Alone (1990) [US]
    Après Jaws, Star Wars, ET, Indiana Jones ou encore Rencontre du 3e type, John Williams aurait pu en laisser pour les autres, mais non! Il avait un autre classique à pondre dans le cadre d’un film de Noël.
    Suis-je fou ou j’entends des subtilités de sa future bande sonore pour Harry Potter là-dedans?

  • Green Day – Dookie Demos (1994) [US]
    Les démos de Dookie sont très intéressants à entendre pour les fans finis de Green Day. On y constate que certains textes ont complètement changé, comme dans me cas de Basket Case. Ou encore, on peut y découvrir la magnifique When It’s Time.

  • Green Day – Dookie Outtakes (1994) [US]
    Je ne le savais pas en me procurant le coffret, mais j’avais besoin des outtakes de Dookie.
    Des versions mieux produites de Christie Road et de 409 in Your Coffee Maker = oui.
    Je ne savais pas que leur reprise de Tired Of Waiting For You des Kinks originait des sessions de Dookie. J’ai toujours adoré leur version.
    JAR et On The Wagon sont deux petites perles cachées. Bref, merci!

  • Green Day – Woodstock 1994 (1994) [US]
    Un de mes lives préférés où le band est en feu et où tout part en déroute avec le fameux « mud fight ». Un concert historique, un essentiel pour les fans. La conclusion du disque avec Paper Lanters (de 8min) et Shit Show est épique.

  • Green Day – Live In Barcelona (1994) [US]
    Ce live à Barcelone est une belle surprise du coffret. Ce qui est surtout le fun, c’est d’entendre des tunes du premier album de Green Day, mais jouées avec plus d’expérience et surtout, Tré Cool au drum qui te leur donne tout un tork de plus.

LÉON LECAMÉ

  • Mysteria – Winds of the Void (black metal vampirique / dungeon synth)
  • SabaSaba – Unknown City (post industriel / darkwave) 
  • Monika Roscher Bigband – Of Monsters and Birds (experimental big band / prog / math rock / zeuhl)
  • Sleepytime Gorilla Museum – Of the Last Human Being (avant-prog-metal, RIO)
  • Raja Kirik – Phantasmagoria of Jathilan (post-Industriel, Kuda kepang, ritual ambient)
  • Inwendt Faerte – Of Nightfall And Shrouded Thoughts (dungeon synth)
  • The Recognition Test # 336 (drone / experimental / ambient)
  • Hainbach – The One Who Runs Away Is the Ghost Soundtrack (ambient soundscapes)
  • Pink Mass – Nympho Commando EP (blackened crust / grindcore)

Playlist

PLAYLIST #28 – Semaine du 19 février 2024

SALADE D’ENDIVES

PHYSIQUE :

  • J.S. Bach – Masaaki Suzuki Plays Bach Organ Works (BIS, SACD) [2015]
    Suzuki est un musicien exceptionnel, reconnu dans le créneau des musiques anciennes, classique et baroque. Il a fondé le département de musique ancienne de l’université de Tokyo et enseigne à l’école de musique sacrée de l’université de Yale. Il est surtout connu comme chef d’orchestre, ayant endisqué l’intégrale des cantates (sacrées et profanes) de Bach avec son ensemble Bach Collegium Japan. Mais il est aussi claveciniste et organiste. Ce premier volume des oeuvres pour orgue du plus grand compositeur ayant jamais vécu est un ravissement sans fin. Il fut enregistré au Pays-Bas sur un orgue datant de l’époque du maître (et restauré de 1976 à 1984). Le son est ample, chaleureux, grandiose, éclatant. Suzuki joue avec flegme et passion ; dans le respect de la vision de l’auteur de ces pièces (parmi les plus célèbres écrites pour cet instrument gigantesque). Essentiel pour les aficionados de Bach mais aussi pour tous ceux qui aiment la musique at large.

  • David Bedford – György Ligeti – Arne Mellnäs – Marek Kopelent – Two Poems For Chorus / Lux Aeterna / Succsim / Matka (Deutsche Grammophon, CD) [1968]
    Troisième CD du coffret « Avantgarde » de DGG, cette fois-ci se concentrant sur des oeuvres chorales contemporaines à donner l’frisson dans l’dos. Il y a bien sûr notre ami Ligeti (qui excelle toujours autant dans le macabre) avec le terrible « Lux Aeterna » mais on est pas en reste non plus avec les oeuvres de l’Anglais David Bedford (qui sera collaborateur de Mike Oldfield plus tard), du Suédois Arne Mellnäs et du Tchèque Marek Kopelent (qui vient mélanger des parties de flûtes quasi-impressionnistes au grand délire vocal cinglé, ajoutant ainsi un peu de variété au programme).

  • Doug Hammond & David Durrah – Reflections In The Sea Of Nurnen (Pure Pleasure, Vinyle) [1975]
    Un grandiose album de jazz spirituel, parfois instrumental et parfois chanté, distillant à merveille les influences soul, funk et fusion ; pour un tout mystérieux, sensuel, chaleureux, nocturne et légèrement psychédélique. Les amateurs de claviers planant dans leur jazz seront ravis !

  • Judee Sill – Judee Sill (Asylum, CD) [1971]
    Magnifique premier album de Judee, qui mélange avec brio folk de chambre, country et pop baroque. Inspirée par Bach, elle utilise souvent des overdubs de sa voix (incroyablement douce et belle) pour créer un effet « choral » ou « fugue » qui me donne toujours des frissons… Un album tendre, très porté sur le catéchisme, parfois très mélancolique aussi (à la manière de Nick Drake)… Sill, qui aura eu une existence difficile et turbulente (dépression, addictions, accidents routiers), mourra d’une overdose dans son appartement de North Hollywood en novembre 1979. Peu populaire de son vivant, la qualité de son matériel et son influence sur le genre folk demeurent indéniables.

  • 夢遊病者 – Noč Na Krayu Sveta (Sentient Ruin Laboratories, Vinyle) [2021]
    Groupe avant-garde post black métallique japonais (d’Osaka) qui mélange allègrement une demi-tonne de genres et de sous-genres pour le plus grand bonheur des amateurs de musique folle et libre. Il y a un fort ascendant « dark jazz » ici présent, mais complètement galvanisé par des déflagrations industrielles-métalliques et les vocaux hurlés (qu’on diraient enregistré six mille pieds sous l’océan). Vive l’instrumentation complètement atypique pour un disque Métal aussi : trompette, bouzouki, synthétiseur moog, orgue, flûte, clarinette basse, violon, oud, harpe juive (et j’en passe).

  • Brazil 70 (After Tropicalia – New Directions In Brazilian Music In The 1970s) (Soul Jazz Records, CD) [2007]
    Une de mes 10 compiles préférées de tous les temps, qui m’a grand ouvert les portes de la musique brésilienne moderne (MPB), me faisant par la suite acheter une copieuse quantité de CDs et de vinyles (et ma collection ne sera jamais finie !). Cette compilation des toujours excellents Soul Jazz met l’emphase sur la musique de la contre-culture brésilienne après la vague « tropicaliste » de la fin des années 60…. Ici, tout est possible : Samba-Rock psychédélique, Acid Hippie Folk ensoleillé et confus, Bossa Nova cosmique, Chamber Folk champêtre, Proto-Prog rythmé, Baroque Pop grandiloquent… Un coffre aux trésors que je conseille à tous ceux qui veulent découvrir le Brésil musical dans sa plus belle décennie.

  • Matching Mole – Matching Mole (Klimt, Vinyle) [1972]
    Premier album de ce groupe qui aura eu une carrière éclair (un seul autre album, paru la même année). C’est la première aventure de Robert Wyatt (ex-batteur/chanteur de Soft Machine) en tant que leader, qui est encore derrière les fûts mais joue aussi du mellotron et du piano. Il est accompagné par l’organiste/pianiste David Sinclair (ex-Caravan), le guitariste Phil Miller (ex-Delivery, futur Hatfield and the North) et le bassiste Bill MacCormick (Quiet Sun, Brian Eno). Line-up de rêve pour une musique immensément rêveuse justement… Les fans de l’incontestable chef d’oeuvre « Rock Bottom » trouveront ici une version plus prog-jazz-rock de l’opus par excellence de Wyatt. Un disque important de la « scène Canterbury ». Oh, et le nom est un jeu de mot franglo sur le nom de l’ancien groupe de Wyatt (Matching Mole…. Machine Molle…. Soft Machine).

  • Darkthrone – Plaguewielder (Peaceville, CD) [2001]
    Un Darkthrone considéré comme mineur… mais je ne suis loin d’être d’accord après réécoute, moi. Cette cuvée de 2001 de nos amis Fenriz et Nocturno Culto est pleine de riffs absolument mortels (avec une petite tendance black n’roll), de vocaux somptueusement ignobles, de drumming véloce (Fenriz est dans la zoooooone !) ; avec du songwriting ma foi assez inventif voir même progressif par bouts, bourré de petites dissonances jouissives et de revirements inattendus. Les pièces sont longues, agressives, atmosphériques/hypnotiques et évolutives. On passe vraiment un super moment. Bref, il n’y a pas de mauvais disques de Darkthrone mais celui-ci mérite particulièrement d’être réévalué. À prioriser : la superbe pochette de la réédition (celle que j’ai) plutôt que l’originale, assez beurk merci.

  • Old Sorcery – Dragon Citadel Elegies (Dungeons Deep, Cassette) [2022]
    Le plus récent opus synthé donjonné d’un Finlandais fort occupé (Juuso Peltola), aussi actif en tant que Warmoon Lord (black metal old school à tendance mélodique), Argenthorns (black metal symphonique), Vrajitor’s Tenebrarium (rock progressif) et Megahammer (synthwave horrifique). Je pense qu’on peut le qualifier de passionné !
    J’aime tous ses projets mais Old Sorcery demeure mon entité favorite. Ces Élégies de la Citadelle du Dragon sont le troisième volet d’une série d’albums de « dungeon synth de château ». À travers cinq plus ou moins longues pistes épiques et cinématographiques à souhait, Peltola réussit à créer des ambiances fantasques et recherchées. Il mélange à merveille le dungeon synth old school à plusieurs autres genres et styles musicaux (progressive electronic, berlin school, field recordings, folk, darkwave et même le prog horrifique de Goblin) pour un résultat tout à fait unique. Un excellent disque du genre, entre tradition et modernité.

  • Bleu Nuit – Le Jardin Des Mémoires (Requiem Pour Un Twister, Vinyle) [2019]
    Premier album du superbe trio montréalais qui nous assènent un post-punk très stylisé/artistique en pleine poire et au travers duquel on perçoit des influences diverses, tel la coldwave, le shoegaze, le noise-rock, le prog et le post-rock. Un disque mystérieux et diablement sexy, qui mise autant sur la qualité de ses compos surréalistes que sur son atmosphère libidineuse/brumeuse/noctambule. Réalisation somptueuse signée Julien Mineau (Malajube, Fontarabie).

  • Plastikman – Closer (Paper Bag Records, CD) [2003]
    Un lent et brumeux voyage dans les limbes d’une minimal techno cafardeuse et introspective, elle même contaminée par le spectre du dark ambient. Un disque qu’il FAUT écouter minuit passé pour comprendre l’univers qu’il propose. Moins immédiat que « Consumed », mais tout aussi essentiel.

  • Jeff Mills – Live At The Liquid Room (Tokyo) (React, CD) [1996]
    The one LIVE DJ MIX to RULE THEM ALL !!!! Un « cours de maître » de Detroit Techno (bien acide) de celui qu’on appelle le « sorcier » de la musique électronique. Un concentré d’énergie pure ponctué de passages atmosphériques fabuleux ; avec toujours cette pulsation primaire qui nous tient en haleine. Jeff Mills improvise avec ses table-tournantes comme John Coltrane le fait avec son saxo. C’est vous dire le degré d’ingéniosité, de liberté, de grandeur, d’euphorie et d’humanité qu’il y a dans cette musique… Pas mal le disque ultime pour quiconque veut s’initier à la Detroit Techno.

  • Ghash – Forest Of Perpetual Pains (Gungnir Productions, Cassette) [2002]
    Mystérieux projet de black metal atmosphérique/dépressif distant, hanté et filandreux à souhait ; perdu dans un quelconque brouillard fantomatique ambient qui recouvre tout et qui rend la transmission sonore incertaine et confuse… Il y a un côté presque « coldwave » à cette batterie binaire et à l’habillage bruitatif de la chose. On passe un excellent mauvais moment, un peu comme chez Striborg, qui serait le point de référence le plus proche.

  • Brånd – Urkraft (Tour De Garde, Cassette) [2019]
    Excellent EP de ce projet autrichien qui mélange avec succès black metal primaire/cru et post-punk nerveux/agressif. Vritra, seul membre à bord de Brånd, a aussi d’autres projets vraiment cool, comme Herrgottsblick (ambient/dungeon synth), Weathered Crest (black metal), Spectres & Teeth (black punk) et Concorde (synthpop/coldwave).

  • Ilana Avital – T’aimer (Hed-Arzi, Vinyle) [1978]
    Premier disque de cette chanteuse et actrice israélienne qui alterne entre ballades pop sirupeuses et pépites disco-funk diablement entraînantes. Une voix superbe et des arrangements kitsch grandioses !

  • Galaxie 500 – On Fire (20|20|20, Vinyle) [1989]
    Stone cold classssssic de slowcore/dream pop mélancolique, nostalgique, spleenétique… avec une section rythmique ultra simpliste-anesthésique et des envolées planantes de guitares psychédéliques (avec plein de reverb orgasmique). Les vocaux de Dean et Naomi sont tellement sincères et touchants… Un délicieux disque, très précurseur du genre qui explosera surtout dans les années 90.

  • 13th Floor Elevators – Easter Everywhere (Charly, 2 x CD) [1967]
    Deuxième album de ce légendaire groupe de garage rock psychédélique texan, fronté par le très excentrique Roky Erickson. Je le trouve aussi bon que le premier et il serait dur pour moi de choisir mon préféré entre les deux. Completely essential psychedelia. À noter que ma version CD propose la version mono ET la stéréo !

  • The Horace Silver Quintet + J.J. Johnson – The Cape Verdean Blues (Blues Note, Vinyle) [1965]
    Un succulent disque de Hard-Bop/Soul Jazz avec des petits relents latins et caribéens. Comme toujours, le bon Horace sait livrer une musique qui sonne cool et smooth à l’approche ; mais qui est ma foi fort complexe et recherchée. Il est bien entouré, avec un jeune Woody Shaw enthousiaste à la trompette, un Joe Henderson toujours classe au saxo, un Bob Cranshaw dynamique à la contrebasse et un Roger Humphries tout en nuances à la batterie. Vient s’ajouter à la troupe le sublissime tromboniste J.j. Johnson sur la face B, ce qui vient donner une chaleur toute particulière à la section de cuivres.
    Sinon, pochette ultra magnifique, comme c’est toujours le cas chez la Note Bleue.

STREAMING :


GUILLAUME P. TRÉPANIER

Sélection récente, de gauche à droite :

  • Le Blanc + Lalancette – Words And Music (1976) [QC]
    La version anglophone de l’album « Le Soleil au-dessus de nous ». Ce disque renferme du folk assez dark, tragique et engagé.
    Le groupe qui les accompagne? Les musiciens d’Opus 5, rien de moins! Aussi, Richard Provençal, batteur de Charlebois, Diane Dufresne et Jean-Pierre Ferland. Et même le fameux Michel Robidoux, chevalier de l’ombre de la musique d’ici.

  • Cosmophone – Feu toi, feu moi (2023) [QC]
    La dernière sortie de la formation trifluvienne Cosmophone, qui réussi plus que jamais a forger un son puissant et riche en alliant la pop, la musique électronique, les arrangements à cordes classiques et des textes francophones brillants et intègres. Un album touchant, engageant et reluisant de créativité.

  • Rostro Del Sol – Rostro Del Sol (2021) [Mexique]
    Premier opus du band de prog/psych mexicain, Rostro Del Sol. Un début, mais déjà, on en reçoit plein la gueule avec un son qui va parfois rejoindre aussi le jazz et le funk. Ils ont une approche assez rétro, comparable à quelques moments du premier King Crimson ou à Atomic Rooster.

  • Rostro Del Sol – Blue Storm (2023) [Mexique]
    Le tout nouvel album de cette formation mexicaine prog-psyché. Blue Storm a une approche plutôt vintage et moins tape à l’oeil que le premier, mais il demeure majestueux et merveilleusement accompli. On pourrait citer une nouvelle influence du groupe suite à ces 4 nouvelles pièces : Camel.

  • Haystacks Balboa – Haystacks Balboa (1970) [US]
    Groupe plutôt obscur de heavy psych de l’époque 67-71. Haystacks Balboa demeurera éternellement underground de par la façon du groupe assez étrange de monter une chanson et de l’interpréter. Comparable aux sons des débuts de Deep Purple, Cream, Beatles, Iron Butterfly et Led Zep.

  • Various – The Voices And Drums Of Africa (1962) [Afrique]
    Une « compil » pas commercialisée comme une compil, ce disque renferme de la musique en provenance de divers pays : Cameroun, Dahomey (maintenant faisant partie du Bénin), Niger, Guinée et Casamance (Sénégal). Tout ça s’adresse aux amoureux de la musique traditionnelle africaine, mais aussi, on y retrouve du vieux blues acoustique très surprenant avec Kante Facelli et son ensemble africain.

  • Les Napoléons – Les Napoléons À Go-Go (1966) [QC]
    Ça, c’est vraiment une petite perle 60s d’ici. Avec une guitare féroce (pour l’époque), j’aime appeler Les Napoléons « nos Kinks québécois ». Même les deux reprises des Beatles en mode franco sont magnifiques.

  • John Williams – Indiana Jones And The Temples Of Doom (1984) [US]
    Avec l’histoire plutôt diabolique/sectaire derrière ce film d’Indiana Jones, John Williams a pu explorer un son plus chamanique et cérémoniale, pour ainsi pondre une bande sonore qui sort de son registre habituel. Très intéressant et différent pour ses fans comme moi. Le tout en continuant de donner le ton avec les fameux thèmes classiques de la série. Une autre soundtrack géniale signée Williams.

  • Vangelis – Antarctica (1983) [Grèce]
    Classique new age/progressive electronic de Vangelis. Antarctica, c’est là où les mélodies rencontrent l’ambient atmosphérique sous un thème froid et hivernal. L’album se déguste comme une douce brise glaciale.

  • Vangelis – Invisible Connections (1985) [Grèce]
    En ma connaissance, l’œuvre la plus décalée de Vangelis. Dark ambient, électroacoustique, drone… On est très loin du synthétiseur ou de la composition de mélodies thématiques. Je ne l’écoute pas à tous les jours, mais le fan que je suis ne peut s’empêcher d’y tendre une oreille et de voir jusqu’où le grand Vangelis peut aller dans ses explorations.

  • Claude Léveillée – Black Sun (1978) [QC]
    Quand le célèbre auteur-compositeur-interprète québécois s’adonne au rock symphonique/progressif, ça donne toujours un résultat grandiose, brillant et étonnamment doux. Sur cette œuvre, on retrouve, entre autres, Michel LeFrançois qui interprète plein d’instruments et s’occupe des orchestrations. Un essentiel de la musique québécoise.

  • Simon Brouillard – Luxembourg (1971) [QC]
    Le chanteur du fameux groupe de garage rock québécois, Les Lutins, en solo. Pas mal soft pour un ex-lutins, mais il y a quand même quelques moments psyché-pop à se mettre sous la dent. En ma connaissance, les musiciens sur l’album demeurent inconnus. Quelqu’un a des infos là-dessus?

LÉON LECAMÉ

  • VINNTASH – 誰も知らない (vaporjazz/barber beats)
  • Ici Chien Chien – Brunch Expert, Author and Father of None (raw punk/hXC) 
  • Éphemeride – Chansonnettes pour les solitaires de noël et les orphelins (dark ambient/churchsynth) 
  • Platinium Crack – Electropunk EP (electropunk/industriel/noise/digital hxc) 
  • Avenpitch – Butterfly Radio (electropunk/synth rock) 
  • Acid Magus – Hope Is Heavy (stoner rock/heavy psych/doom metal) 
  • Causa Sui – Return To Sky (heavy psych/prog rock/instrumental) 
  • Of The Wand And The Moon – Behold The Trees (neofolk)
  • Stupeflip – Paléo Festival Nyon – 2013 (rap hardcore/alt-rock/electronica)
    https://youtu.be/ILxYKRnHvnM?si=E-9h9nHFaTg62JWd

Playlist

PLAYLIST #27 – Semaine du 12 février 2024

SALADE D’ENDIVES

PHYSIQUE :

  • Philippe Verdelot – Madrigals For Four Voices (Profeti Della Quinta) (Pan Classics, CD) [2020]
    Très bel album de l’ensemble vocal Profeti Della Quinta proposant des oeuvres du compositeur français P. Verdelot qui passa la majeure partie de sa vie en Italie, où il fut considéré comme le père du madrigal italien. Un essentiel pour les amateurs de musique de la renaissance. Prise de son somptueuse, voix splendides ; à donner le frisson.

  • Machaut – Songs From Le Voir Dit (The Orlando Consort) (Hyperion, CD) [2013]
    Guillaume de Machaut, poète et musicien ayant vécu au 14ème siècle, est considéré comme le premier grand compositeur français de l’histoire, autant du côté du répertoire sacré que du profane. Auteur d’un impressionnant catalogue (heureusement bien conservé), il demeure la figure de proue absolue de l’ars nova (« art nouveau »).
    Pour découvrir Machaut, on peut difficilement faire mieux que de savourer un des nombreux disques que l’Orlando Consort (superbe ensemble vocal britannique) a consacré à son oeuvre. Ce recueil de chansons lyriques tirées du « Voir Dit » (le plus célèbre recueil de Machaut) est particulièrement impressionnant, ravissant et émouvant. L’ensemble est on ne peut plus juste, la prise de son est impeccable et le matériel fabuleux. Le tour de force ici demeure « Lay de Bon Esperance », une piste de plus de 20 minutes pour une voix (un Angus Smith subjuguant, tout en maitrise et en retenu).

  • Gerd Zacher – Mauricio Kagel / Juan Allende-Blin / György Ligeti – Phantasie Für Orgel Mit Obbligati / Sonorités / Volumina • Étude Nr.1 (« Harmonies ») (Deutsche Grammophon, CD) [1968]
    Deuxième CD du sublime coffret « Avantgarde » (réédité l’an passé par DGG) qui fait la part belle à des oeuvres pour orgue contemporain. Moi, j’aime mon orgue dissonant, troublant et limite épeurant. Et on peut dire que Gerd livre la marchandise avec ces créations crissement sautées de Kagel, Ligeti et Allende-Blin. À donner des frissons d’extases, en particulier sur Volumina, pas mal l’oeuvre d’orgue ultime dans le genre « maman, j’ai peur ».

  • Blut Aus Nord – The Work Which Transforms God (Candlelight Records, CD) [2003]
    Un de mes groupes de black métal préféré ; un groupe évolutif, schizophrène, aux multiples personnalités : viking black atmosphérique, industriel, avant-garde, progressif, spatial, ambient, psychédélique… Ici, on a le versant indus-urbain-black-métallique de la chose, avec des relents de Godflesh et de dark ambient ULTRA-suranné au travers, pour une atmosphère complètement mortifère et post-apocalyptique. Du grand art ténébreux. Et une armée de riff anguleux.

  • Townes Van Zandt – Townes Van Zandt (Fat Possum Records, Vinyle) [1969]
    Vague à l’âme. Mélancolie. Tristesse résignée… Ce disque en est emplit. Ça sort de tous les pores ; de tous les sillons. Album hanté, qui semble avoir déjà trop vécu. Notre Townes est abattu, maussade, triste comme les pierres. Mais de tout ce mal-être existentiel s’érigent ces chansons douce-amères, minimalistes mais profondes, percutantes, étrangement réconfortantes… Un carnet d’errances et de perdition, dont l’auteur, au plus creux de ses déboires, parvient à transformer en chef d’oeuvre luminescent, extirpant toute la beauté sublime du pathos. Chanter malgré la désillusion, les échecs et les larmes… for the sake of the song. Car la beauté est dans toute chose.

  • Can – Tago Mago (Spoon Records, 2 x Vinyle) [1971]
    Cet album dépasse tout, confond tout, détruit tout ; toutes les limites et frontières musicales possibles… Rock psychédélique, prog, musique concrète, pop, proto-électronique, free jazz, musique tribale (celle qui est enfouie dans les zones les plus reculées du cerveau humain et ce, depuis des siècles). C’est un énorme morceau de bravoure, de folie, d’expérimentation brute, de plaisir, de rêve, de cauchemar, d’euphorie, de noirceur et de transe (surtout). C’est ce qui en musique s’approche le plus de l’envoûtement voodoo. C’est un truc 10 ans en avance sur son temps (voir même mille). C’est le Disco Volante des jeunes années 70. C’est aussi probablement le Sgt Pepper du Kraut-Rock – l’album qui représente le mieux l’étendue de ce genre musical influent qui n’en est pas vraiment un. C’est la musique que produirait des psychiatres qui bossent à l’aile des schizos si ils formaient un groupe de rock avec leurs patients les plus atteints (ce mélange génie-démence-rigueur-liberté qui marche à tout coup). Ça peut être la porte d’entrée à un million de trucs qui peuvent changer la vie d’un mélomane : le kraut-rock, le prog, la musique classique moderne, la musique électronique, le math-rock, la musique tribale (de tout pays), etc… J’insiste : vous devez au moins expérimenter une fois dans votre vie les méandres de Tago Mago. Vous allez peut-être adorer. Vous allez peut-être détester. Mais surtout, vous n’en sortirez pas indemne, je vous le promets.
    RIP DAMO SUZUKI

  • The Doors – Strange Days (Elektra, CD) [1967]
    Fort possiblement mon album préféré des PORTES, même si n’importe lequel des trois premiers peut se retrouver au top de mon palmarès dépendamment du jour de la semaine. Des pièces énormes, comme la chanson-titre qui est presque proto-gothic-rock, la complainte tristounette/mélancolique/drolatique « People Are Strange », la ballade psych-rock « You’re Lost Little Girl », la très bluesy « Moonlight Drive » et bien sûr, le monument épique-apocalyptique qu’est « When the Music’s Over », piste dont l’écoute a poussé Keiji Haino à abandonner le théâtre expérimental pour se consacrer à la musique (si on en croit la légende). Donc, merci les Doors de nous avoir donné Haino.

  • Keiji Haino – Beginning And End, Interwoven (Streamline, CD) [1994]
    Parlant de notre homme en noir… Le voici adossé au mur, pour une de ses rares pochettes en couleur, avec une attitude désinvolte au possible. L’album est une excellente porte d’entrée dans l’univers du chanteur/guitariste/chamane sonore japonais, proposant des pistes assez courtes (pour la plupart) qui montrent la plupart des facettes de l’art bruitatif que notre musicien exerçait à cette époque : free-noise-rock-bluesy-ambient mettant beaucoup l’emphase sur des feedbacks de guitare hallucinogènes, supportés par ces espèces vocaux de fantôme hululant sous la pleine lune. Il n’y a rien qui sonne comme Haino. Il est son propre genre musical à lui tout seul.

  • Ennio Morricone – End Of The Game (Dagored, Vinyle) [1975]
    Magnifique trame sonore de maestro Morricone pour un film noir (que je n’ai pas vu) mettant en scène John Voigt et Jacqueline Bisset. Dès qu’Edda Dell’Orso prend part au voyage, je sais que je DOIS me procurer le disque. La fructueuse collaboration entre Ennio et sa muse n’a produit que des miracles, et la première piste ici (« Sul Ponte Di Istanbul ») n’est pas en reste dans le département. S’alternent ensuite des pistes mélancoliques, mystérieuses et planantes (qu’on imagine bien habiller un film qui semble truffé d’intrigues). On retrouve aussi certains morceaux plus pop-psych-funky qui sont une des marques de commerce de l’Ennio 70s (sa meilleure décennie) et d’autres qui font « jazz de fête foraine cocasse mais un brin dérangée ».

  • Harold Budd, Elizabeth Fraser, Robin Guthrie & Simon Raymonde – The Moon And The Melodies (4AD, CD) [1986]
    Un des plus grands compositeurs/architecte ambient de tous les temps qui fait équipe avec les Jumeaux Cocteau pour un disque littéralement paradisiaque qui réunit le meilleur des deux univers (hyper compatibles) des deux entités ? Moi, je dis oui puissance MILLE ! Une couche de rêve de plus sur la meilleure Dream Pop de tous les temps. Dans les meilleures sorties de Budd et des Cocteau Twins.

  • The Idle Race – The Birthday Party (Parlophone, Vinyle) [1968]
    Génial groupe un brin obscur de pop baroque/proto « twee pop » doucement psychédélique, aux arrangements somptueux et aux paroles parfois surréalistes à souhait. On y retrouve le sublissime guitariste/chanteur Jeff Lynne encore tout jeunot ; lui qui fondera les plus célèbres The Move qui se transformeront progressivement ensuite en Electric Light Orchestra. À recommander aux fans des Kinks, Tomorrow, The Left Banke et The Blossom Toes.

  • Moonboil – The Wizard’s Citadel (Neverwood, Cassette) [2021]
    Dungeon synth médiéval très rêveur et atmosphérique à fond. Ce projet de Los Angeles n’a que ce merveilleux EP à son actif (on en veut plus !!!).

  • Kanye West – The College Dropout (Roc-A-Fella, CD) [2004]
    Peu importe ce que vous pensez de Ye actuellement (et croyez moi, on peut en penser des choses !), force est d’admettre que ce premier album est un incommensurable tour de force, un chef d’oeuvre de production total et complet et un disque fort important dans l’histoire du hip-hop. Une mini-révolution dans le genre. Et cela s’écoute toujours aussi bien en 2024 qu’il y a 20 ans.

  • Boris – Akuma No Uta (Southern Lord, CD) [2003]
    Un des mes albums préférés de ce fantastique band de stoner rock psychédélique japonais, avec une pochette qui pastiche élégamment celle de « Bryter Layter » de Nick Drake. Un jouissif mélange de heavy psych, de garage rock bien noisy, de drone, de punk… avec une guitare orgasmique qui t’aligne des riffs lourds en pleine gueule. Du beau grand bruit.

  • Lisa LeBlanc – Chiac Disco (Bonsound, Vinyle) [2022]
    Le plus récent (et meilleur !!!) album de notre Lisa adorée, qui a réussi haut la main le pari pourtant risqué de combiner son folk rock caractéristique avec du disco-funk de haut calibre. Ce disque est un énorme coup de coeur, avec des chansons absolument ÉNORMES et une prod de fou.

STREAMING :


GUILLAUME P. TRÉPANIER

Écoutes récentes en rafale, de gauche à droite :

  • David Turel – Reflections (2021) [US]
    Un album très haut dans mon top 2021. Du pop/rock psychédélique, un peu folk sur les bords. Un certain David Turel qui arrive littéralement de nul part, il n’est pas dans un autre projet à ma connaissance et c’est son premier album. Il maîtrise le genre avec une aisance déroutante, surtout pour un premier opus. Ses compositions et mélodies sont excellentes. Les tones dont il fait usage au synth, mellotron, guitare, basse sont parfaitement « on point » et sa voix est sublime.

  • Pierre Lapointe – Sentiments humains (2009) [QC]
    « Ô Barcelone, Quand tu m’as accueilli sous ton toit
    Tu as pris chacun de mes sourires
    Pour les brûler devant moi
    Pour en faire un feu de joie
    Pour me montrer qu’ici-bas
    L’amour peut devenir combat »

  • Fuudge – EP (2015) [QC]
    J’me souviens du moi de 2016 qui découvre Fuudge et qui tombe en amour dès les premières notes, et surtout, les premiers mots avec « Man ostie qu’la côte est tough à monter ».
    Gros stoner mellotroné et bien québécois. Rien ne sonne comme eux.

  • Jonathan Personne – Jonathan Personne (2022) [QC]
    3e album de Jonathan Personne, cette fois-ci éponyme, où l’artiste décoche de grandes lignes de mellotron et de guitare bourrées de reverb et tonées à la perfection. De la musique digne d’une brise où il fait bon se perdre tranquillement.

  • Grave Flowers Bongo Band – Strength Of Spring (2021) [US]
    Gros stock psyché récent entre la pièce rodée et le jam éclaté. Produit par le fameux Ty Segall, les fans du genre ne risquent pas de rester sur leur faim avec cette explosion colorée qu’est le Grave Flowers Bongo Band.

  • Daniel Romano’s Outfit – La Luna (2022) [Canada]
    Daniel Romano qui pond une longue pièce country/prog épique de 33 minutes. Impossible que ça ne pique pas notre curiosité et le résultat est brillant et réussi.

  • Rialzu – Rialzu (1978) [France]
    Heureusement que le label Disques Plus-que-réels était là pour rééditer ce petit bijou français de prog/zeuhl. Digne d’un gros cantique religieux, cette relique oubliée vaut son pesant d’or et ne laissera personne indifférent sur son passage.

  • Tommy James & The Shondells – Crimson & Clover (1969) [US]
    Ma blonde qui adore le pop/rock psyché ascendant flower-power 60s… ce disque est un classique de notre modeste salon. Comment ne pas aimer Tommy James et ses Shondells?

  • David Gilmour – David Gilmour (1978) [UK]
    Les oeuvres solistes de monsieur Gilmour ne sont pas des masterpieces, mais tout de même, il faut admettre qu’elles bercent bien l’oreille avec cette voix et cette guitare dont seul lui possède la recette.

  • Shawn Phillips – Faces (1972) [US]
    Les disques de Shawn Phillips sont tous magnifiques à leur façon, tous.
    Sur celui-ci, on y retrouve un côté légèrement plus poussé et expérimental que les autres avec la longue pièce « Parisien Plight II ». Il ose aussi se servir de sa fameuse voix falsetto comme d’un instrument à un point que je n’ai jamais entendu nul part ailleurs. Une belle expérience introspective.

  • Death – Human (1991) [US]
    On peut tous s’entendre qu’il s’agit ici d’un des meilleurs albums metal de tous les temps? La guitare méchante, le drum excentrique et déglingué, les paroles bien senties qui nous font haïr toute, les riffs uniques et hors de ce monde!

LÉON LECAMÉ


RIP Damo Suzuki, expérimentateur fou jusqu’aux derniers retranchements

RIP Seiji Ozawa, un des plus grands chef d’orchestres et celui qui nous aura donné le plus beau « Sacre du Printemps » de Strav

Playlist

PLAYLIST #26 – Semaine du 5 février 2024

SALADE D’ENDIVES

PHYSIQUE :

  • Giacomo Puccini – Turandot (Maria Callas, Eugenio Fernandi, Elisabeth Schwarzkopf, Giuseppe Nessi) (Warner Classics, 2 x CD) [1958]
    Le dernier opéra de Puccini, complété (par Franco Alfano) après son décès, demeure un incommensurable triomphe dans le genre et une des meilleurs oeuvres à écouter pour s’initier à l’opéra italien. Cette version mono mettant en scène certaines des voix les plus emblématiques du 20ème siècle comblera tous vos désirs en matière de puissance vocale, d’émotivité et de grandeur orchestrale. Callas et Schwarzkopf sont particulièrement renversantes, as always… À recommander aussi, la très réputée version de Zubin Metha, avec Joan Sutherland dans le rôle de Turandot et Pavarotti dans celui de Calaf.

  • Lutosławski / Penderecki / Mayuzumi (Lasalle Quartet) – String Quartet / Quartetto Per Archi / Prelude For String Quartet (Deutsche Grammophon, CD) [1968]
    Le disque numéro un du massif coffret « The Avantgarde Series » de DGG (la plus belle réédition de 2023, comme mon top en témoignage) nous convie à des oeuvres pour cordes atypiques/modernes/spectrales/sérielles de trois compositeurs légendaires du siècle dernier. Le quatuor Lasalle maitrise à la perfection un répertoire qui n’est pas des plus aisés et avec eux comme guides-musiciens, on arpente ces territoires sonores tendus/arides, l’esprit toujours sur le qui-vive ; le coeur et les tripes sur la corde raide.

  • John Coltrane – Crescent (Impulse!, Vinyle) [1964]
    La méditation crépusculaire et stoïque avant l’ascension vers l’au-delà de « A Love Supreme », ce « Crescent » est un disque à part dans la discographie de Coltrane. Un disque solennel, tout en retenu, sentimental, très très intérieur (alors qu’après, la démarche de John sera très « universelle » et toute en ouverture). C’est peut-être son disque le plus personnel, avec certains de ses titres les plus forts. Il y a ici une gravité, une mélancolie profonde (l’adieu à une certaine forme de normalité ?), un malaise insondable et une émotivité à fleur de peau… Chaque musicien brille ici d’une manière éblouissante (McCoy Tyner sur « Wise One », Jimmy Garrison sur « Lonnie’s Lament » et Elvin Jones sur « The Drum Thing »), nous prouvant encore une fois qu’on a affaire à un des plus grands groupes de musique de tous les temps. Dans mon top 10 albums du maître.

  • Slowdive – Just For A Day (Cherry Red, 2 x CD) [1991]
    Premier opus de mon groupe de shoegaze préféré de tous les temps, dans une version sur 2 disques qui propose pratiquement tout le matériel enregistré à la même époque (EPs, Peel Sessions), pour mon plus grand bonheur. Le début d’une discographie parfaite, selon moi. De la pop gothique-psychédélique-fantomatique-rêveuse, noyée dans un vaporeux reverb, perdue entre désir, mélancolie et contemplation.

  • Devil Doll – The Girl Who Was… Death (Hurdy Gurdy Records, CD) [1988]
    Second album de la poupée du YABLE (après un premier disque limité à UNE SEULE COPIE !), le groupe-créature du mystérieux Mr. Doctor, un bien étrange être (humain?) qui ne fait définitivement rien comme les autres… Devil Doll, c’est deux ensembles musicaux enchevêtrés, l’un basé en Italie, l’autre en Yougoslavie ; dont les musiciens ont été recrutés de la plus étrange façon, si on en croit les rumeurs les plus folles… Mélangeant goth-rock, rock progressif symphonique, heavy metal, classique, opera damné, post-punk, darkwave et cabaret surréaliste, la troupe produit une musique qui leur est totalement propre. La voix de monsieur Docteur est particulièrement unique et excentrique, avec un phrasé expressionniste « over the top » à souhait, alternant entre voix de fausset et murmures rauques, dans un style mi-chanté mi-narré. L’album est constitué d’une seule longue piste euphorique, sorte de symphonie macabre des temps modernes. À recommander à ceux qui n’ont pas peur des mariages sonores insolites et qui raffolent de fromage excentrique à souhait. Ou bien ceux qui rêvent d’entendre ce que donnerait une fusion lysergique de toutes ces entités : Danny Elfman, Rozz Williams, Goblin, Mercyful Fate et Prokofiev.

  • Floh De Cologne – Fließbandbabys Beat-Show (Ohr, Vinyle) [1970]
    Très sympathique disque de krautrock/spoken word irrévérencieux (mais incompréhensible pour le néophyte en langue allemande que je suis). Un audacieux mélange de psych-rock nerveux, de prog folichon, de cabaret, de beat music, de hippie folk, d’avant-garde et de garage rock. Le genre d’album tellement fun et kaléidoscopique vu les changements stylistiques incessants. Love that organ as well (et les voix de fausset !).

  • Ostots – Madarikazioa (Altare, Vinyle) [2022]
    Black Metal atmosphérique, cru, rageur et dépressif en provenance du Pays basque. Comme toujours chez Altare, on ne déconne pas et on ne sert que la crème de la crème en matière de métal noir. Ostots tire son épingle du jeu en livrant un album superbement composé, avec des riffs de fou (très Black n’roll) et des claviers distants/fantomatiques qui viennent parfaire cette ambiance mortuaire insolite. Du succulent BM, qui réussit à combiner le meilleur de la deuxième vague (plus lo-fi) et de la scène moderne.

  • Alèmayèhu Eshèté – Éthiopiques 9 (1969-1974) (Buda Musique, CD) [2001]
    Le 9ème volume de la meilleure série de compilations de tous les temps se concentre sur celui qu’on surnommait le « James Brown éthiopien » ou encore le « Elvis Presley éthiopien », à cause de son style vestimentaire, de son charisme et de sa manière de chanter. Vous n’avez qu’à voir le pays de provenance et la période temporelle couverte pour savoir que ce disque va groover sans bon sens. De l’ethio-jazz/tizita bien saccadé et jouissif comme il faut.

  • Meitei – Kwaidan 怪談 (Kitchen. Label, CD) [2018]
    Réédition parue l’an passé de l’excellent premier album du projet ambient/plunderphonics japonais Meitei. Très différent des oeuvres futures de l’entité, « Kwaidan », comme son nom l’indique, s’inspire de vieux contes folkloriques japonais tournant autour de l’horreur, des fantômes et des démons… Donc on navigue ici en territoire plus hostile et trouble, dans cet espèce de mélange halluciné entre ambient confus ; où s’alternent des field recordings naturalistes, des samples vocaux biscornus au pitch toujours changeant et plusieurs influences gagaku. Un très beau voyage dans les ténèbres scintillantes.

  • Jenny Rock – Rendez-Vous Avec Toi (Apex, Vinyle) [1966]
    Super album yé-yé de la très très cool Jenny Rock, native de St-Hyacinthe, elle qui eut l’insigne honneur de faire jadis la première partie des Rolling Stones à l’Aréna Maurice-Richard en 1965. J’adore la pop féminine sixties, en particulier le versant franco de la chose. Je n’en ai jamais assez.

  • Fred Frith – Guitar Solos (ReR Megacorp, CD) [1974]
    Un de mes 10 guitaristes préférés sur Terre (et aussi l’un des plus atypiques) qui exerce son art uniquement à l’aide de son instrument de prédilection ? Count me in ! Sur ce premier opus en solo, sieur Frith déconstruit les conventions de la guitare une à une à un point tel qu’on a souvent l’impression d’écouter un disque avec 10 instruments (dont aucun n’est la guitare). Expérimentations de pédales, tunings hors normes, jeu arythmique, explorations drone… Frith utilise tout cela pour nous servir un album génialement dément et inventif, dont chaque piste est un petit paysage sonore unique et entier.

  • Silent Garden – Alice’s Pure Dream (Cosmic Ocean, Cassette) [2023]
    Une de mes sorties dungeon/comfy synth préférée de l’année passée. Ce projet indonésien ne produit que des merveilles nocturnes et vivifiantes depuis sa première publication en 2022. Cette version cassette comprend aussi le tout premier démo du silencieux jardin.

  • Gary Numan – The Pleasure Principle (Beggars Banquet, Vinyle) [1979]
    Gros gros classique de synthpop/new wave atmosphérique qui marie avec brio la pop arty des albums chantés d’Eno avec les sonorités robotiques de Kraftwerk. Il y a bien sûr l’énorme « Cars » là-dessus mais tout le reste est génial. À recommander à ceux qui raffolent de claviers analogiques FROIDS utilisés à bon escient.

STREAMING :


GUILLAUME P. TRÉPANIER

Sélection récente du temps des fêtes, mais en retard… 🙃 De gauche à droite :

  • Pierre Lapointe – Chansons hivernales (2020) [QC]
    Avec une réalisation signée Emmanuel Éthier et le talent sans limite de Pierre Lapointe, cet album était une promesse de qualité, mais je ne pensais pas que ça allait être aussi fort et engageant que ça. C’est mon meilleur Pierre Lapointe depuis Punkt et peut-être un d’mes préférés tout court. La légèreté côtoie la chanson avec un grand « C », les arrangements sont A1, les textes demeurent à la hauteur de l’artiste et certaines pièces sont incroyablement catchy, comme la magnifique Noël Lougawou en duo avec Mélissa Laveaux.Hard rock anglais obscur, un peu niais et crasseux, qui flirte avec le prog et le protonde chez proto-metal. J’aime beaucoup le vieux hard rock early 70s, on y retrouve toujours un sentiment de rébellion et une grosse volonté de défoncer des portes closes chez les groupes.

  • Crayola Eyes – Gushing (2023) [Indonésie]
    Pop/rock psychédélique un peu « slacker » d’Indonésie, fraîchement publié sur Fuzz Club. Ça sonne comme si Brian Jonestown Massacre avait été leadé par un bon gars.

  • The Beatles – Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band (1967) [UK]
    Un album « game changer » dans ma vie et dans l’histoire de la musique tout court. Une imagerie forte, une certaine théâtralité, des chansons engageantes aux arrangements éclatés et nouveaux, un concept, des libertés, des risques… Plus rien n’allait être pareil après la parution du Club des coeurs seuls du sergent Poivre!

  • The Beatles – Past Masters (1988) [UK]
    Compilation de tous les singles des Beatles hors-albums en carrière, c’est aussi un essentiel dans la discographie de tout fan du fab four, puisque beaucoup de chansons marquantes se retrouvent sur ce double LP.

  • Michel Fugain & Le Big Bazar – Vol. 1 à 4 (1972 à 1976) [France]
    La chanson française a pris toute une voie alternative avec Michel Fugain dans les années 70 et pour le mieux. Une vraie machine à succès et à vers d’oreille, le Big Bazar est le compagnon parfait pour se remettre de bonne humeur et chantonner l’esprit léger.

  • Procol Harum – Broken Barricades (1971) [UK]
    Un album qui démarre en lion avec « Simple Sister », un riff catchy, du bon piano qui cogne et des arrangements orchestraux subtilement puissants. Broken Barricades propose une ambiance rythmée, mais apaisante, dont seul Procol Harum a la recette.

  • Cano – Tous dans l’même bateau (1976) [Canada]
    Un d’mes albums folk préférés de par son authenticité et sa sincérité. Des compositions soignées et interprétées avec brio.

  • Pink Floyd – Paris Theater 1970 (1970) [UK]
    Un d’mes bootlegs de Pink Floyd préférés. De magnifiques versions de The Embryo, Fat Old Sun, Green Is The Colour et If constituent la face A.
    La face B est quant à elle occupée par une version live d’Atom Heart Mother à en faire shaker le cerveau, orchestre et chorale qui accompagnent le band.

  • The Beach Boys – The Beach Boys’ Christmas Album (1964) [US]
    Un top 5 d’albums de Noël pour moi. Le groupe s’est approprié complètement les chansons interprétées. Des harmonies vocales si impeccables qu’on se demande si c’est réel.

LÉON LECAMÉ

  • DJ Krush & Toshinori Kondo – Ki Oku (jazz-hop/trip-hop)
  • Manu Dibango {Papa Groove} – Soul Makossa (world jazz)
  • Visit Venus – Music For Space Tourism Vol. 1 (future jazz/trip-hop)
  • Prince – 1977-1978 Vault (funky pop soul delights)
  • Moderator – Midnight Madness (trip-hop/downtempo)
  • Fat Freddys Drop – Based On A True Story (reggae dub)
  • Sierra – A Story Of Anger (darkwave/ebm)
  • Mdou Moctar – « Live in Niamey, Niger » (folk rock berbère/blues touareg)
    https://youtu.be/DFZobgLF5Vc?si=UC8R3tRNF35tfNPW
  • DELADY • ‘Danza de Ancestros’ Organic Downtempo Techno | Folktronica | Tribal | Live Instruments
    https://youtu.be/FZ7wsKuS41c?si=fTinsAj0yonYLxuv
Playlist

PLAYLIST #25 – Semaine du 29 janvier 2024

SALADE D’ENDIVES

PHYSIQUE :

  • Alamire, Clare Wilkinson, Jacob Heringman, Kirsty Whatley, David Skinner – Anne Boleyn’s Songbook (Obsidian, 2 x CD) [2015]
    Anne Boleyn… deuxième épouse d’Henry VIII (et la plus célèbre). Femme de culture et de coeur, intelligente, sensible, qui fit son éducation artistique au Pays-Bas et en France, y découvrant les plus grands compositeurs flamands et français de l’époque : des Près, Brumel, Mouton, Févin, Compère, etc… Avant de connaître son destin tragique, Boleyn compila au fil des ans un recueil de ses oeuvres musicales préférées, qu’elles soient profanes ou sacrées, instrumentales ou vocales. Ce très beau disque double de l’ensemble vocal Alamire propose un programme musical extirpé à 100% de ce « Songbook » (toujours conservé à la bibliothèque du Royal College of Music de Londres).

  • Billie Holiday – Lady In Satin (Columbia, CD) [1958]
    Chef d’oeuvre incontesté de jazz vocal et un des disques les plus « douloureux » à écouter (malgré la beauté des arrangements)… C’est Billie à la fin de sa vie, un an avant son décès, la voix éreintée et détruite, le corps meurtri par l’abus de drogues, le coeur brisé en milles millions de miettes qui ne pourront plus jamais être recollées. Si vous vous demandiez si on peut enregistrer de la douleur authentique sur disque, écoutez moi ce Lady in Satin au plus vite. Ce disque sent la MORT. Et jamais mort n’aura été aussi belle.

  • Magma – Mekanïk Destruktïẁ Kommandöh (Seventh, CD) [1973]
    Malgré toute la violence du propos, cette oeuvre explose dans une forme d’allégresse grisante. Jamais cataclysme n’aura autant été illustré avec tant de lumière folle et de béatitude exaltante. Nos tympans ravis jusqu’à plus soif sont conviés à une véritable célébration orgiaque de la destruction complète et totale d’un univers bientôt révolu… Cet album est une charge émotive forte qu’on reçoit en plein dans la gueule (avec délice, il va sans dire) : chorale kobaïenne frénétiquement possédée, section d’assaut rythmique qui tel un Tank détruit tout sur son passage (l’ineffable duo Vander-Top), cuivres en transe, guitare chatoyante de Claude Olmos, Klaus Blasquiz qui joue à la corde-à-danser avec ses cordes vocales et ce piano martelé à qui mieux-mieux qui trône au dessus de la masse sonore… Tout cela ne fait qu’un tout effervescent. Tout cela s’enchevêtre dans l’éther pour devenir une espèce de Supernova musicale que rien ne peut arrêter…

  • Fela Kuti & The Africa 70 – Shakara / London Scene (Knitting Factory, CD) [1973/1971]
  • Fela Kuti & The Africa 70 – Opposite People / Sorrow Tears And Blood (Knitting Factory, CD) [1977]
    Quatre albums fabuleux du légendaire maître incontesté de l’Afrobeat ; une bien petite portion de mon sublissime coffret intégral de l’oeuvre de l’homme (parce ce que TOUT est essentiel chez Fela donc : pourquoi se priver). Une discographie dont l’écoute s’avère absolument nécessaire pour tout fan de musique africaine qui se respecte un tant soit peu. Groovy-funky-licieux.

  • Spoils Of War – The Spoils Of War II (Shadoks Music, 2 x Vinyle) [Archival, 2002]
    *Matériel enregistré entre 1967 et 1971
    Excellent groupe de rock psychédélique expérimental (mené par le multi-instrumentiste Jim Cuomo) qui n’a hélas jamais pu publier sa musique durant son existence. Merci donc à Shadoks d’avoir pu rendre ces merveilles disponibles à un plus vaste auditoire. Le « butin de guerre », c’est en plein le genre de psych qui me parle beaucoup. Hyper éclaté et varié, dans la veine de groupes tels que West Coast Experimental Pop Art Band, United States of America, White Noise, Silver Apples, Fifty Foot Hose, etc… Un superbe mélange de acid rock, de proto-prog, de moogsploitation/space age pop, de proto-électronique, de folk timbré et de jazz-rock ; le tout avec des guitare bien fuzz et de l’orgue électrique en masse. Le genre de truc qui va parler aux fans de Broadcast et Vanishing Twin.

  • The Roots – Phrenology (MCA, CD) [2002]
    Après le sommet qu’était l’album précédent (Things Fall Apart), les Racines auraient aisément pu s’asseoir sur leurs lauriers et continuer dans cette voie. Mais les Roots ne font pas ça. Ils sont beaucoup trop curieux, imaginatifs et avides d’explorations sonores pour cela. Phrenology est un laboratoire d’expérimentations diverses et fascinantes, proposant des beats rugueux et lourds ainsi que des moments inusités ; comme un morceau punk de 24 secondes nommé « !!!!!!! » ou encore « Water », piste de 10 minutes qui prend éventuellement un virage abstrait-psych-jazz-électro-maximaliste-plunderphonics avec la présence de guitares folles ! La production est juste sublime. Les lyrics de Black Thought sont incroyables, ce dernier s’imposant ici comme LE parolier ultime des Roots. Grand album et un de mes préférés du groupe.

  • Trhä – Tálcunnana Dëhajma Tun Dejl Bënatsë Abcul’han Dlhenisë Ëlh Inagat, Jahadlhë Adrhasha Dauzglën Nu Dlhevusao Ibajngra Nava Líeshtamhan Ëf Novejhan Conetsë Danëctsë Kin, Ëf Tu Dlhicadëtrhënna Bë Ablhundrhaba Judjenan Alhëtangrasë Shidandlhamësë Inkom (Ixiol Productions, Vinyle) [2022]
    Possiblement mon projet de black métal préféré actuellement, le très (trop diront certains) prolifique one-man band Trhä produit une quantité impressionnante d’albums et de splits depuis la sortie de son premier opus Nvenlanëg en 2020. Sa musique, totalement unique et mystique, mélange bon nombre de genres et d’influences : black métal atmosphérique lo-fi avec une forte ascendance ambient (rappelant les travaux de Paysage d’Hiver ou encore Bekëth Nexëhmü), dungeon/winter/comfy synth, Black Screamo (à la Sadness), Darkwave néo-classique, Blackgaze et Ambient pur. Et tout ceci s’enchevêtre dans la marmite magique de Trhä pour créer un tout hyper personnel, unique et un brin psychédélique/opiacé/confus.
    Cet album au nom presque comiquement trop long (dans une langue inventée, qui plus est) est consisté d’une seule piste absolument renversante et assez stupéfiante, qui juxtapose des sons de synthés nostalgiques/joyeux (qui sonnent presque « disque de new age de Noël ») à un black metal cru et mélancolique en diable. Le résultat fera fuir certains mais pour moi, ça fait MOUCHE. C’est comme se retrouver enfermé dans une boule à neige qui se fait violemment « shaker »… être désorienté, se faire virevolter de tout bord tout côté dans la neige folle… puis errer dans ce monde féérique et sibyllin, qui met en scène un père Noël grimé de corpse paint qui livre des cadeaux à des enfants nains de jardins.

  • Hilary Woods – Acts Of Light (Sacred Bones, Vinyle) [2023]
    L’album le plus sombre de 2023 et aussi un de mes préférés… Musique de rituel assombri et occulte dans les bois perdus, faiblement éclairés par une lune de suie. 9 pistes funéraires très drone et mettant en scène une contrebasse sous-terraine, du violoncelle éploré, des field recordings, des murmures de perdition et une chorale fantomatique qui semble gémir dans la nuit éternelle, sous dix milles couches de ténèbres rampantes.

  • Barbara Monk Feldman (GBSR Duo with Mira Benjamin) – Verses (Another Timbre, CD) [2021]
    Délicate suite de 5 pièces pour piano, percussion et violon, composée par la veuve de l’immense Morton Feldman entre 1988 et 1997, en hommage à son défunt mari. Les amateurs de Morton se retrouveront pleinement dans cette oeuvre où l’intimité et le mystère sont palpables.

  • Pierrot Lunaire – Pierrot Lunaire (Sony Music, CD) [1974]
    Un premier album de facture plus classique que leur second chef d’oeuvre d’avant-prog (Gudrun, paru en 1977) pour ce groupe italien. Cela demeure tout de même un excellent disque de rock/folk progressif très pastoral, parfois festif (ne vous fiez pas à la pochette vachement inquiétante) et parfois mélancolique ; proposant de très belles mélodies portées par ce piano entêtant (très mis de l’avant) et par une ribambelles de guitares (12 cordes, acoustique, électrique, mandoline, sitar).

  • John Zorn – The Unknown Masada (Tzadik, CD) [2003]
    Pour célébrer en grand les 10 ans de la formation free jazz hébraïque Masada, tonton Zornounet a décidé de nous faire offrande de plusieurs albums « anniversaires ». Ceci est le troisième volume de cette sublime série de disques qui marqueront les esprits des mélomanes particulièrement cauteleux de 2003 à 2005 (et en particulier le mien). Ce Masada « inconnu » porte bien son nom car il nous présente des compos inédites mais interprétés non pas par le miraculeux quatuor mais plutôt par divers artistes/groupes de l’écurie Tzadik (mais pas que)… Regardez-moi le line-up de fou furieux : le violoncelliste énorme Erik Friendlander, le violoniste polymorphe Eyvind Kang, le super-groupe expérimentalo-métalo-foutraque Fantômas, le batteur japonais punk-zeuhl-timbré Yoshida Tatsuya (des légendaires Ruins), le précieux acolyte trompettiste Dave Douglas (accompagné de Zorn lui-même au saxo), Jamie Saft (claviériste dans Electric FUCKING Masada), la bidouilleuse électronique Ikue Mori, le compositeur/trompettiste légendaire Wadada Leo Smith ET J’EN PASSE. À travers les pattes de ces musiciens immenses (la crème de l’avant-garde), les compos néo-klezmer-jazz-ultra-complexes de Zorn prennent différentes teintes kaléidoscopiques psychotropes. Mais on entend toujours la facture complètement inimitable d’un des plus grands muzikos et compositeurs des 40 dernières années. Absolument magistral.

  • Earth – Earth 2: Special Low Frequency Version (Sub Pop, CD) [1993]
    Amateurs de drone dooooooom Metal, les deux premiers albums de Earth représentent la genèse du style et sont donc essentiels à votre culture musicale. À l’ardoise sur ce Earth 2 : trois longues pistes leeeeentes, pesantes, monolithiques, où les riffs de guitares durent éternellement et se perdent dans l’horizon, se percutent, s’entrechoquent, devenant par le fait même un espèce de grunge-ambient tari, désertique et post-apocalyptique. C’est comme un album de Black Sabbath que tu fais jouer en 10 fois plus lent, en montant la basse au MAXIMUM. De leur propre aveu, Sunn o))) n’existerait pas si Earth n’avait pas sorti cet album.

  • The Smashing Pumpkins – Mellon Collie And The Infinite Sadness (Virgin, 2 x CD) [1995]
    N’en déplaise à plusieurs, j’ai toujours préféré Smashing à Nirvana (oui, vous pouvez me lapider) et je considère Siamese Dream comme le meilleur album grunge de tous les temps (en plus d’être un chef d’oeuvre de Shoegaze). Melon Collie est ultimement moins parfait que son prédécesseur et certains le trouvent trop long… mais pour moi, c’est un régal d’un bout à l’autre. Je salue aussi l’audace de sortir un album concept double dans le contexte de l’époque (c’est un move très très « prog » ça). Il y a des morceaux absolument incroyables là-dessus et un son de guitare qui me fait brailler de bonheur. Faut vraiment qu’un album soit superbement composé et produit pour que je réussisse à me farcir un aussi médiocre chanteur pendant plus de 2 heures.

  • Poppet – They Merrilly Prance OST (Gulik, Cassette) [2022]
    Une trame sonore pour un jeu de horror-folk text-based. Poppet mélange avec brio le dungeon synth, le horror synth et le dark ambient, en incluant aussi une pièce de goth-rock d’un groupe fictif (Dissipation) qui fait parti du récit du jeu en question. Très très fun.

  • The Toors – Dwarves and Plants (Phantom Lure, Cassette) [2023]
    ADORABLE EP de ce projet de comfy synth qui fait immédiatement penser au génial Plantasia de Mort Garson. Ce truc est tellement sympathique et addictif. Le genre de musique qui te fait sourire même si tu viens de vivre une journée de merde absolue.

  • Malokarpatan – Krupinské Ohne (The Ajna Offensive, CD) [2020]
    Je me passe ce troisième album de ce génial groupe slovaque en attendant leur quatrième opus. À chaque offrande discographique, Malokarpatan réussissent avec brio le pari très risqué d’être à la fois hyper divertissants/fun et hyper artistiquement accomplis, ce qui font d’eux l’un des groupes les plus intéressants de la scène Métal actuelle.
    Krupinské Ohne est un album incroyablement maitrisé qui fusionne une quantité assez ahurissante de genres musicaux : black métal atmosphérique, rock progressif, speed/heavy metal 80s (très NWOBHM), folk/trash métal Bathory-esque, musique folklorique slave + quelques passages dark ambient cinématographiques. Bref, c’est un peu un genre de Iron Maiden slave fronté par Quorthon. Délicieux.

  • Eyávbëg – Olhuetétuhe: Útgustdëtii Inhúmilitæ Ëyamdirbésara Pótientæ (APOTT / GoatowaRex, Cassette) [2016]
    Raw lo-fi black metal mexicain irrémédiablement noisy/dissonant/sursaturé/WTF et toujours à la limite de l’effondrement complet. Pour ceux qui trouvent que le black metal est rendu trop propre, jetez votre oreille du côté ce marécage sonore suppuré et peuplé de créatures impossibles et grouillantes. Écouter Eyávbëg, c’est comme se trouver dans le noir absolu, ligoté dans un cachot humide et purulent, dont les murs sont faits de chair grise, chaude et malade… Et des brèches sanguinolentes qui se forment dans cette chair tuméfiée, s’échappent des milliers d’insectes avides et d’araignées aux yeux malveillants et stupides. Pour masochistes seulement (j’en suis).

  • Pere Ubu – The Modern Dance (Geffen, CD) [1978]
    Quel putain de disque génialement tordu que voilà ! C’est genre Grover de Sesame Street (mon préféré) qui serait chanteur du Roxy Music des débuts (les trois premiers albums) mais dans les late 70s, en mode art-punk avec des relents de free jazz, de no wave et de garage rock dissonant. Euphorique, torturé et très très TRÈS fun. Le genre de truc tellement en avance sur son temps que ça pourrait sortir demain matin qu’on l’encenserait (à juste titre) comme une merveille bizarroïde de haut calibre.

  • Paul Beaver & Bernard L. Krause – The Nonesuch Guide To Electronic Music (Nonesuch, 2 x Vinyle) [1968]
    Un disque très très important dans l’évolution de la (alors jeune) musique électronique. Paul CASTOR et son comparse Bernard(-l’ermite) Krause ont voulu faire un genre de guide sonore des capacités/possibilités des synthétiseurs modulaires Moog, alors à la fine pointe de la technologie. Il n’y a qu’une seule pièce musicale en soi, « Peace Three » (répétée deux fois). Le reste, c’est un geek-fest : les différents sons électroniques produits par le synthé mis de l’avant, isolés des autres. C’est le début d’un monde sonore nouveau, qui allait bientôt influencer la musique at large dans tous ses styles et déclinaisons.
    Un achat essentiel pour tout fan de musique électronique ou quiconque se cherche des samples old school électro !
    P.S. : les fans de jeux vidéos de plus de 35 ans seront surpris de réaliser à l’écoute à quel point certains de ces sons ressemblent à ce qu’on retrouvait effets sonores et bandes sons de jeux Nes, Atari, Coleco Vision, etc…

  • Merzbow | Shora – Switching Rethorics (Bisect Bleep Industries, CD) [2002]
    Magistral split de notre ami Masami avec Shora, groupe post-hardcore/mathcore suisse. Ça te décrasse le système bien comme il faut. Le maître incontesté du Harsh Noise Japonais est en train grande forme et Shora (qui ont connu une bien trop courte carrière) sont positivement renversants. Le meilleur de deux mondes sonores extrêmes réunis pour notre plus grand bonheur acouphèné.

  • HMLTD – The Worm (Lucky Number, Vinyle) [2023]
    Un opéra rock à propos du ver qui sommeille en chacun de nous (non, on ne parle pas de santé gastrique ici)… Un album à la fois affreusement génial et glorieusement insupportable, mais qui créé une forte addiction chez tous les fans de musique rocambolesque, grandiloquente, alambiquée. Un genre de croisement illicite entre black midi, Radiohead et Black Country, New Road… mélangeant art pop, prog symphonique, glam et post-punk nerveux. Le Lamb Lies Down on Broadway d’une nouvelle génération.

  • Les Musiciens Du Nil – Egypte (Ocora, Vinyle) [1977]
    Originaires de la région de Louxor et des villages avoisinants, les Musiciens du Nil font de la musique traditionnelle (instrumentale ou chantée) et de la musique de danse, en utilisant entre autres la vièle rababa (l’ancêtre du violon) et multiple percussions. On navigue ici dans le vrai, dans l’authentique… à travers l’histoire et le partage des traditions musicales ancestrales. Merci Ocora de toujours proposer de si beaux voyages sonores à travers ces cultures étrangères fascinantes.

  • Henry Flynt – You Are My Everlovin (Superior Viaduct, CD) [1986]
    Attention : chef d’oeuvre total, complet et ahurissant de minimalisme / avant-garde / drone / psych-avant-folk / musique classique hindoustanie croisée célestement au primitivisme américain d’une si unique façon. Le trip total. Un disque IMPORTANT.

STREAMING :


GUILLAUME P. TRÉPANIER

Écoutes récentes, de gauche à droite :

  • Pluto – Pluto (1971) [UK]
    Hard rock anglais obscur, un peu niais et crasseux, qui flirte avec le prog et le protonde chez proto-metal. J’aime beaucoup le vieux hard rock early 70s, on y retrouve toujours un sentiment de rébellion et une grosse volonté de défoncer des portes closes chez les groupes.

  • The Mars Volta – The Mars Volta (2022) [US]
    Pour citer Cedric Bixler-Zavala : « We wanted to make a sunday morning record ».
    Well, si c’était ça l’intention, c’est plutôt réussi. C’est la première fois qu’on ne me demande pas d’arrêter la musique dès les 2 premières minutes où je fais jouer du Mars Volta.

  • The Mars Volta – Que Dios Te Maldiga Mi Corazon (2023) [US]
    Pour ceux qui n’ont pas apprécié le dernier Volta, je recommande fortement sa version acoustique. En fait, c’est même ici que ça se passe. Un album ancré dans les racines latines de ses créateurs, l’émotion dans le tapis.

  • Jordsjø – Pastoralia (2021) [Norvège]
    Groupe de prog norvégien actuel dans la veine de Jethro Tull, mais un peu plus jazzé. Pastoralia contient des riffs catchy, des arrangements époustouflants aux instruments à vent et de la guitare jazz-rock éblouissante.

  • Yves Laferrière – Yves Laferrière (1978) [QC]
    Un de mes albums québécois préférés par un des plus grands bassistes de tous les temps. Yves Laferrière et sa musique douce, engageante, hors du commun et ultra mélodique. Quand on chante un air de basse, t’sais.

  • Population II – À La Ô Terre (2020) [QC]
    Après avoir apprécié fortement leur nouvel album complètement cerveau-fondant, j’ai réécouté À La Ô Terre. Ce disque me rend jaloux. C’est rare que je dis ça, mais J’aurais aimé jouer dessus et y participer. C’est teeeellement mon genre.

  • Manu Dibango – O Boso / Soul Makossa (1972) [Cameroun]
    Je recommande à tous cette perle jazz-funk afrobeat ascendant calypso ultra mélodique et groovy. Que du bonheur!

  • Djo – Twenty Twenty (2019) [US]
    Twenty Twenty est un album électro/pop ascendant psychédélique de l’ancien membre des Post Animals, le fameux Joe Keery. À côté de son talent de comédien dans la célèbre série Stranger Things, le gars est aussi un fantastique musicien.

  • Jimmy Hunt – Le Silence (2021) [QC]
    Avant même de connaître l’annonce d’un nouvel album surprise de Jimmy Hunt, j’ai fait tourner celui-ci. Une œuvre courte, des petites phrases poétiques, des mélodies douces, une voix en retrait. Ça s’écoute l’oreille grande ouverte et ça nous enveloppe pour l’hiver.

  • The Alan Parsons Project – Pyramid (1978) [UK]
    Certainement parmi mes meilleurs de Mr. Parsons. Pyramid délaisse un peu le prog pour un son entièrement pop et de son temps, la fin des 70s, mais il est tellement catchy, transportant et bien arrangé avec des sonorités intéressantes, qu’on ne peut s’y plonger avec passion.

  • Syd Barrett – Opel (compilation de 1988) [UK]
    De l’histoire de la musique, Syd Barrett est un des artistes qui me fascine le plus. Cette compilation officielle contenant du matériel auparavant inédit enregistré entre 1968 et 1970 est donc un essentiel pour moi. Particulièrement pour la pièce étrange et envoûtante « Lanky » ou encore la magnifique « Milky Way ».

  • Mirkwood – Mirkwood (1973) [UK]
    Groupe hard rock aux accents psych, blues et garage, qui sonnent comme l’époque 67-71, mais qui semblent avoir publié leur truc plus tardivement, en 1973. Il y avait tout un guitariste dans cette formation, les solos et les riffs sont épatants, la production est parfaitement imparfaite et le produit est certifié 100% authentique.

LÉON LECAMÉ

  • Steven Lynn – Soundtrack from an Imaginary Western (cinematic)
  • Rakta – Falha Comum (industrial folk/power electronics/tribal)
  • Special Request – What Time Is Love? Sessions (techno/ambient/idm)
  • Housecat – Songs in a Quiet Key (guitares lounge/jazz)
  • James Demon – After Life (ebm/dark techno)
  • Drachenorden – A Knight Tales (blackambient/medieval/dungeon synth)
  • Niladri Kumar – Revelation (sitar/folk indien)
  • Aura Merlin – Illuminations (medieval/dungeon synth)
  • Atomiste – Midnight Here We Come (dark jazz/bigband)
  • Departure Chandelier – Satan Soldier Of Fortune (black metal)
  • Magnum Innominandum – إمبراطورية مستحضر الأرواح (downtempo/barber beats)
  • Fatoumata Diawara – Sissoko Segal Parisien & Peirani – Siân Pottok-Les Concerts Volants – ARTE Concert
    https://www.youtube.com/live/v5AhGb_kTcs?si=hOYprRu4nOmFmHbq
Playlist

PLAYLIST #24 – Semaine du 27 novembre 2023

SALADE D’ENDIVES

PHYSIQUE :

  • Shostakovich – String Quartets (Complete) Volume 1 Nos. 4, 6 & 7 (Éder Quartet) (Naxos, CD) [1994]
  • Shostakovich – String Quartets (Complete) Volume 2 Nos. 1, 8 & 9 (Éder Quartet) (Naxos, CD) [1994]
  • Shostakovich – String Quartets (Complete) Volume 3 Nos. 3 & 5 (Éder Quartet) (Naxos, CD) [1995]
  • Shostakovich – String Quartets (Complete) Volume 4 Nos. 2 & 12 (Éder Quartet) (Naxos, CD) [1996]
  • Shostakovich – String Quartets (Complete) Volume 5 Nos. 14 & 15 (Éder Quartet) (Naxos, CD) [1998]
  • Shostakovich – String Quartets (Complete) Volume 6 Nos. 10, 11 & 13 (Éder Quartet) (Naxos, CD) [1998]
    J’suis un fan fini de quatuor à cordes. Plusieurs cycles sont légendaires : Beethoven (avec ses 16 quatuors) frise la perfection de cette forme de musique de chambre pour cordes. Haydn, c’est la base, la classe, la constance (il en aura écrit 68 !!!). Mozart, avec ses 23, a poursuit le travail de son prédécesseur de belle manière, avec tout le raffinement et le génie qu’on lui connaît. Schubert en aura écrit des chef d’oeuvres dans le créneau ; on a qu’à penser à « La Jeune Fille et la Mort » (sous-titre donné à son 14ème quatuor à cordes). Oh, et Stockhausen s’est permis la totale avec son Helikopter-Streichquartett (à voir et entendre au moins une fois dans sa vie… pure folie !).
    Je me dois aussi de mentionner Brahms, Ligeti, Schumann, Schoenberg, Janacek, Carter, Dvorak, Mendelssohn et Scelsi qui ont tous excellé dans le style.
    Mais mes deux BESTS niveau quatuor cordé, c’est Bartók et Shostakovitch. Et si il ne devait en rester qu’un, c’est Dmitri qui remporterait la palme. J’ai beau adorer ses Symphonies à grand déploiement, c’est vraiment dans ses quatuors à cordes, oeuvres plus personnelles, libres et dépouillées, qu’on découvre tout le génie de son esprit troublé. Une musique complexe, abstraite, torturée, souvent triste à mourir, parfois transpercée d’éclats lumineux salvateurs, chavirante, surprenante et BELLE à en pleurer toutes les larmes de son petit corps. Shostakovitch est allé plus loin que quiconque (avant ou après) pour tirer le maximum de pathos existentiel et de beauté irradiante de ces deux violons, de cette viole et de ce violoncelle. Pas besoin de rien d’autre pour aller à l’essentiel et explorer milles et un univers sonores éblouissants.

  • John Coltrane – Infinity (Impulse!, CD) [1972]
    Un disque posthume magnifique et assez particulier de John. En fait, c’est tout autant un album de la géniale Alice Coltrane qui ici, sublime la musique de son défunt époux avec des arrangements pour cordes à la fois chaotiques et paradisiaques. Les enregistrements de John datent quant à eux de 1965 (avec son quatuor légendaire incluant Elvin Jones, McCoy Tyner et Jimmy Garrison) et de 1966 (avec l’ensemble qui comptait parmi ses membres Alice, Rashied Ali, Pharoah Sanders, Garrison toujours et le percussionniste Ray Appleton)… Album décrié par la critique à l’époque (les cons) mais complètement essentiel.

  • Anatole – Alexandre Martel (Duprince, CD) [2022]
    Le testament nous l’avait annoncé. Anatole l’excentrique troubadour surréaliste (tel qu’on le connaissait jadis) n’est plus. Les masques tombent, le fard à joue a coulé sous la pluie… Anatole et Alexandre Martel ne font plus qu’un. Mise à nu. Un disque de tounes ; des tounes belles, légères, enjouées, tristes, mélancoliques, savamment composées, profondes, qui touchent l’essentiel. Un enrobage pop jazzy seventies savoureux (les claviers !), des textes oniriques à souhait et une humanité débordante qui irradie de chaque seconde de cette merveille sonore. Pari risqué de quitter la froideur architecturale du personnage devenu légendaire mais pari réussi. Son meilleur album.

  • Current 93 – Sleep Has His House (Durtro / Jnana, CD) [2000]
    « Have pity for the dead, sleep has his house… »
    Dur pour moi de parler d’un album qui me chavire autant… C’est le disque le plus personnel, intimiste et le plus émouvant de la carrière de David Tibet. Un album « dédié à son père bien-aimé », alors récemment décédé. Sur fond de dark folk éplorée et d’harmonium minimaliste et dronesque, Tibet déclame ses textes poétiques et philosophico-spirituels… réfléchissant à voix haute sur le sens de la vie, sur la mort, sur l’après, sur Dieu… C’est incroyablement touchant, humain, habité, profond… Le deuil sublimé en musique.

  • Current 93 – How I Devoured Apocalypse Balloon (Durtro Jnana, 2 x CD) [2005]
    Un magnifique album live enregistré à Toronto en 2004 avec un line-up sublime : David Tibet (évidemment), John Contreras, Michael Cashmore, Ben Chasny, Graham Jeffery et Simon Finn. C93 en mode « ensemble de musique de chambre désespéré et poétique » (avec guitare, violoncelle et piano). Un premier disque très centré sur ce qui était alors le matériel plus récent de C93 et le second qui fait la part belle à des morceaux plus anciens ou obscurs. Bon Dieu que j’aime Current 93 (A ‿ Ω)

  • Marillion – Misplaced Childhood (Parlophone, CD) [1985]
    Pas mal le disque le plus populaire du plus célèbre des groupes de néo-prog. Ça sonne comme si le Genesis late 70s n’avait pas abandonné le prog finalement. Album concept boursoufflé, grandiloquent mais accessible, jouissivement kitsch, alternant des passages atmosphériques mélancoliques et des moments rock-pop enlevants.

  • Margo Guryan – Take A Picture (Oglio, CD) [1968]
    The one sunshine pop record to RULE THEM ALL !
    Ce seul et unique album de la belle Margo est un chef d’oeuvre absolu de lazy baroque pop gentiment jazzy et psychédélique. Le genre de disque qui a du influencer fortement les Stereolab, Beach House et Broadcast de ce monde. Irrésistible !

  • Taj Mahal Travellers – August 1974 (Phoenix, 2 x CD) [1975]
    Une bande de hippies japonais illuminés qui créent un épais brouillard sonore ambient/kraut/drone/psych/free folk, armés de violons électriques, timbales, contrebasse, trompette, tuba, harmonica, guitare, mandoline, synthétiseur, percussions diverses et autres effets/gadgets électroniques. Musique de rituel enfumé et mystique, rappelant les premiers essais expérimentaux de Cluster et Kraftwerk. Délicieusement confus et opaque.

  • Mattias Petersson – Triangular Progressions (Hallow Ground, Vinyle) [2023]
    Chaque sortie de l’étiquette suisse Hallow Ground mérite l’attention des mélomanes les plus aventureux. Ici, monsieur Petersson fait du drone fort troublant en se basant sur sa passion/fascination/obsession des triangles (la forme géométrique et non l’instrument)… Bref, j’ai pas tout compris la démarche académique mais reste que ce truc est assez fou mes amis. Calme mais dérangeant. Serein dans son malaise.

  • Bill Laswell (Sacred System) – Chapter One: Book Of Entrance (ROIR USA, CD) [1996]
    Laswell en studio qui nous pond une quarantaine de minutes d’un dub ambient planant, libidineux, narcotique, crépusculaire… Ça se prend toujours bien et ça passe tout seul. Emplissez vos enceintes de cette drogue sonore et vous allez passer à coup sûr un très agréable moment !

  • Thantifaxath – Hive Mind Narcosis (Dark Descent, CD) [2023]
    On a du attendre presque 10 ans pour la suite du pétrifiant « Sacred White Noise ». Et bien, ce nouvel opus ne déçoit pas (c’est le moins que l’on puisse dire). « Hive Mind » va plus loin dans le dérèglement suprême et dans le jusqu’au boutisme sépulcral… Thantifaxath construisent des cathédrales sonores dissonantes, hasardeuses, vertigineuses, euphoriques… Des constructions post-musicales étourdissantes et gloupissantes qui vous donneront le tournis, vous feront perdre tous vos repaires, vous glaceront les sangs. Un monument de black métal schizoïde-technico-progressif-atmosphérique-rutilant et un des meilleurs albums de métal extrême de l’année, sans conteste.

  • Lena Platonos – Εξισορροπιστές (Balancers) (Dark Entries, Vinyle) [2021]
    Excellente compilation de démos enregistrés entre 1982 et 1985 par la légendaire et influente compositrice de musique électronique grecque. Platonos est en mode très dépouillé ici, récitant sa poésie sur fond de minimal synth noctambule et très ambient/planant.

  • David Lynch & Alan R. Splet – Eraserhead Original Soundtrack Recording (Sacred Bones, CD) [1982]
    Sure, just cut them up like regular chickens!
    Un film aussi unique se devait d’avoir une bande son unique. Ici, le réalisateur Lynch s’est attelé lui-même à la tâche, accompagné de son comparse Alan Splet. Au menu : des paysages sonores froids, dystopiques et industriels, du dark ambient mortifié, du drone cauchemardesque, des field recordings, de la musique concrète sinistre, des bruits distants de fête foraine surréaliste, de carnaval mortifères, de trains fantôme… et cette chanson (« In Heaven »), sublime, surréaliste, triste et belle, seule lueur d’humanité dans le panorama glacé.

STREAMING :


GUILLAUME P. TRÉPANIER

Mur de mes écoutes récentes et trop long texte, de gauche à droite :

  • Deafheaven – Sunbather (2013) [US]
    Chef-d’œuvre blackgaze et/ou post-metal, appelez ça comme vous le désirez.
    Quand on mélange si bien le black metal à un son aérien et lumineux, ça donne un résultat fantastique et unique.

  • Jakszyk, Fripp & Collins – A Scarcity of Miracles, A King Crimson ProjeKct (2011) [UK]
    Side-project de King Crimson, voici un album prog et jazz où Mel Collins est le héro. On y retrouve aussi Tony Levin et Gavin Harrison de Porcupine Tree pour brillamment compléter la formation. Côté son, c’est plutôt smooth, ambiant et enveloppant, tout en étant super bien construit et pensé.

  • Psychedelic Porn Crumpets – High Visceral (Part 1 & Part 2) [Australie]
    Album-double comprenant les deux premiers opus de l’énergique et surréaliste formation australienne, les Psychedelic Porn Crumpets. Mettre ce disque sur la platine, c’est avoir le sentiment d’aller faire son jogging dans l’espace.

  • Gaahl’s WYRD – The Humming Mountain (2021) [Norvège]
    Gaahl’s WYRD est ma meilleure formation black metal actuellement. Tout se joue sur l’ambiance, l’émotion, l’espace… on se croirait au sommet d’une montagne norvégienne tout au long de l’écoute. Gaahl est au sommet de son art, alliant ici son talent pour le chant et l’écriture et son amour pour l’art bien exécuté

  • John Williams – Star Wars (1977) [US]
    En 1977, les gens découvraient le nouveau film Star Wars au cinéma, ne sachant pas encore que le morceau d’introduction allait être inscrit à jamais dans leur tête dès la toute première note. Mais, John Williams n’a pas seulement initié le film avec une pièce épique, il l’a soutenu tout au long. Des bribes de la marche impériale, le morceau upbeat du « Cantina Band », le thème de la princesse Leia… et une de mes œuvres préférées de Mr. Williams, le thème des Jawas ou « The Desert and the Robot Auction ».

  • John Williams – The Empire Strikes Back (1980) [US]
    Peut-être la meilleure bande sonore de tous les films Star Wars, John Williams a tout donné. La marche impériale complète, les élans de cuivres lors des batailles enneigées, le thème de Yoda, celui de Boba Fett… la musique sensationnelle du champ d’astéroïdes.

  • John Williams – Return of the Jedi (1983) [US]
    Pour une troisième fois de suite, Williams en met plein les oreilles aux fans de la série avec une autre série de nouveautés qui s’allient aux thèmes les plus connus. Le film, tout comme sa bande sonore, a profondément marqué mon enfance. J’adore retourner au palais de Jabba ou visiter la forêt des ewoks via la musique.

  • Steve Reich – Drumming (1987) [US]
    Musique classique post-moderne comme seul Steve Reich sait la manier. Cette œuvre est principalement axée sur les fameuses « phases » du compositeur, mais aux percussions. Un essentiel pour les fans et un à éviter pour les non-initiés.

  • Vangelis – Mask (1985) [Grèce]
    Album de musique classique grandiose et étonnant du compositeur aux milles facettes, Vangelis. On trouve ici un son plutôt épique avec des subtilités électro 80s qui flottent au travers. Pour les fans, n’hésitez surtout pas si vous le voyez traîner dans les bacs.

  • Claude Léveillée – Contact (1972) [QC]
    Quand Claude nous offre un disque instrumental au piano qui oscille entre la musique classique, baroque et le prog des années 70, on tend l’oreille et on écoute. De la musique fort imagée d’une grande beauté.

  • Paul & Linda McCartney – Ram (1971) [UK]
    Indéniablement un des meilleurs de la discographie de McCartney, cet album aux compositions catchy et aux arrangements du tonnerre contient beaucoup de chansons auxquelles je suis attaché, telles que Too Many People, 3 Legs, Dear Boy, Uncle Albert et la puissante et énigmatique Monkberry Moon Delight!

  • Jethro Tull – Heavy Horses (1978) [UK]
    Un disque au son classique de Jethro Tull, prog rock et folk avec d’inévitables fresques de voix et de flûte du leader Ian Anderson. Ce n’est pas un chef-d’oeuvre, mais il y a quelques morceaux particulièrement forts comme Acres Wild, Heavy Horses ou Weathercock. C’est bien d’y retourner de temps en temps, mais c’est pour les fans seulement.

LÉON LECAMÉ

  • Usurpr – Era of Conquest (black/death metal)
  • Sadistiko – Abhorraciones (black/death metal)
  • Tel – Widower (post-metal)
  • H31R – HeadSpace (experimental hiphop)
  • ZÖJ – Fil O Fenjoon (experimental ambient/iranian folk/drone)
  • Brian Wenner {aka Prism House} – Age Of Execution (experimental/idm/modular synth)
  • Exulansis – Hymns Of Collapse (neofolk/chamber music)
  • Tensei – ReARTiculations (instrumental hiphop/jazz/trip-hop)
  • Yellow Eyes – Master’s Murmur (blackbient/industrial)