critiques

Bašmu – Bašmu (compilation)

Année de parution : 2017
Pays d’origine : Canada (Ontario)
Édition : Vinyle, Amor Fati – 2017
Style : Black Metal de sorcellerie

Ce disque de Bašmu (un des nombreux projets solo d’un Canadien répondant au doux nom de Xülthys) compile ses deux premières démos parues en 2016 : « Draped in the Obsidian Black Cloak of the Abyss » et « Dissipation of Ethereal Mist ». La musique de Bašmu m’évoque le gris. Le gris d’un ciel morne et froid qui surplombe une forêt mourante d’arbres décharnés, dont le sol est recouvert de feuilles décolorées, humides, putrescentes… un sol qui, dans son tombeau, est transpercé par des racines qui sont en fait des tentacules grisâtres-verdoyantes qui oscillent funestement sous la chape de terre noire. Le sol de « La Couleur Tombée du Ciel » de Lovecraft, mais après le départ des êtres venus d’ailleurs… après que ceux-ci n’aient laissé que pourriture et désolation.

Cendres et vert de gris. Cadavres de batraciens perforés de partout et gémissant encore. Vers blancs liquéfiés. Squelettes d’oiseaux. Les anoraks des enfants perdus au gré des années qui se balancent sur les branches craquantes au gré du vent sournois. Des têtes de poupées clouées sur l’écorce. Et des constructions impies de pierres vaseuses érigées ça et là, de manière désordonnée. Des fois, la nuit, les arbres crient leur douleur dans l’abime, leurs corps littéralement empalés sur les entrailles de l’immondice gigantesque cachée sous l’humus protecteur ; celle qui est juste suggérée, qu’on ne verra jamais de nos propres yeux, question de ne pas les crever de notre propre plein gré.

Et dans ce cimetière anti-écologique désacralisé, se trouve une sorte de « prêtre ». Un moine encapuchonné qui y vit dans une petite grotte poisseuse. Il se nourrit de racines, de glaise et de crapauds. Il mijote des potions noires et marécageuses. Sur les murs de sa tanière, on retrouve des inscriptions incantatoires dans une langue qui n’a jamais vraiment existé mais qui transpercent quand même l’esprit humain de la plus insolite façon. Il possède aussi plusieurs ouvrages aux couvertes jaunis et moites qui, prétend-on, ne doivent jamais être ouverts car ils contiennent chacun leur lots d’ignominies purulentes prêtent à jaillir de chacune des pages froissées et à envahir notre réalité.

Il y conçoit aussi cette musique incroyablement bancale et morne. Une transmission de l’ailleurs retranscris approximativement (sous forme de son) par un homme qui préférait sa part d’abominable à son humanité. Des guitares bourbeuses qui sont plutôt utilisées comme une assise ambient (plutôt qu’un instrument mélodique), une batterie binaire en diable et sans résonance, des cris/geignements/râles extra-terrestres qui semblent provenir d’un brouillard infecté, une basse inexistante (un classique chez les raw black métalleux), quelques field recordings bien glaçants et une production qui se résume à « voici un 4 pistes qui est sur le bord de décéder, let’s press record »… La base, quoi. Mais une base ma foi fort bien utilisée par un sorcier sonore qui avait sa vision bien à lui d’une quelconque laideur euphorique.

Parfait pour un Halloween misérable sous la pluie. Comme le jour des morts qui demande son tribut à l’avance…


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :

Playlist

PLAYLIST #20 – Halloween 2023

SALADE D’ENDIVES

PHYSIQUE :

  • Fantômas – The Director’s Cut (Ipecac, CD) [2001]
    Un de mes classiques devant l’éternel ! Pour leur deuxième album, le super-groupe de Mike Patton (Faith No More, Mr. Bungle), King Buzzo (Melvins), Dave Lombardo (Slayer) et Trevor Dunn (Mr. Bungle, Secret Chiefs 3) nous offre des ré-interprétations totalement saugrenues, personnelles et passablement déjantées de musiques tirées de films de genre (horreur, science-fiction, arthouse, séries B, etc..). Un disque tellement mais tellement fun dont il est impossible de se lasser. Mentions particulières aux reprises de Rosemary’s Baby, The Godfather, Twin Peaks: Fire Walk With Me et The Omen. Parmi les plus intemporelles performances de Patton aussi (l’homme qui peut faire d’la corde à danser avec ses cordes vocales).

  • Halloween Nuggets: Monster Sixties a Go-Go (Rockbeat, 3 x CD) [2014]
    Une incroyable compilation de shock-rock n’roll, surf rock, rockabilly, rock garage et proto-punk ; le tout tournant évidemment autour du thème d’Halloween et du cinéma d’épouvante (avec quelques promo spots radiophoniques de films de genre série-B d’inclus à travers tout cela). Le plus fascinant là-dedans, c’est que la vaste majorité de ces titres proviennent du début/milieu des années 60 mais auraient aisément pu figurer sur des disques psychédéliques de la seconde moitié des sixties… Ces groupes (souvent obscurs), dans le but de bien rendre l’atmosphère un brin cinglée de la veille de la Toussaint, salissent leur son, expérimentent, font rugir les guitares fuzz, martèlent les batteries, usent de milles et uns effets sonores fantasmagoriques. Les chanteurs se veulent menaçant et oublient leurs bonnes manières. Bref, c’est du gros gros FUN.

  • John Carpenter – Halloween (Original Motion Picture Soundtrack) (Death Waltz, Vinyle) [1979]
    Le classique des classiques de c’te temps-ci de l’année ; temps qui m’est si cher. Pas fâché d’avoir conçu et réalisé un des plus énormes chef d’oeuvre de cinéma d’horreur (probablement le meilleur slasher de tous les temps), l’incroyable Jean Menuisier est aussi l’auteur de sa trame sonore légendaire. Armé de ses synthés analogiques FRETTES en diable, Carpenter nous pond des mélodies ultra minimalistes, répétitives, simplistes mais terriblement efficaces pour établir une atmosphère de suspense transi et de terreur absolue. Superbe pressing et pochette sur cette édition signée Death Waltz aussi.

  • Deicide – Legion (Roadrunner, CD) [1992]
    Un des 5 meilleurs disques de Death Metal, tout simplement. Un album court (moins de 30 minutes) mais absolument implacable. 8 pistes d’un death metal ultra rapide et sans relâche, bourré de riffs incisifs, de borborygmes vocaux démoniaques, de batterie technique et précise (et LOURDE), de basse aussi vrombissante qu’un moteur de bécane possédé par Pazuzu. Deicide veulent littéralement te gang-raper le conduit auditif. Et c’est délicieux.

  • Ulver – Scary Muzak (House of Mythology, Vinyle) [2021]
    L’essai « Horror-Synth » de Ulver est un petit régal sonore qu’il fait bon savourer par les temps qui rampent. On y retrouve 5 relectures/ré-interprétations très réussies de thèmes composés par le grand John Carpenter. Les 7 autres titres ici présents sont du cru de la bande de Trickster G. et flottent dans les mêmes eaux troubles et poisseuses.
    Vraiment un de mes groupes préférés de tous les temps ; qui a su se ré-inventer maintes et maintes fois à travers leur riche discographie, touchant à peu près à tous les styles possibles (à part la salsa et la city pop… j’ai hâte !).

  • Misfits – Walk Among Us (Ruby, Vinyle) [1982]
    Le premier album officiel (même si c’est le troisième qu’ils ont enregistré) des rois incontestés de l’horror punk. Et c’est juste jouissif. Un merveilleux mélange de punk hardcore et de rock n’roll 50s, des mélodies accrocheuses (presque pop par bouts), une énergie folle/débordante, la voix si caractéristique de Danzig (un genre de croisement entre Elvis et Jim Morrison) + l’aspect visuel et les paroles qui tournent toujours autour de l’horreur et de la série-B.

  • C. A. Quintet – Trip Thru Hell (Sundazed, CD) [1969]
    Un pur chef d’oeuvre de rock psychédélique et probablement un des 10 meilleurs albums dans le genre. L’unique opus discographique de ces joyeux fêlés du Minnesota est une des pierres angulaires du dark psych américain. Mélangeant avec brio acid rock, garage rock et expérimentations studio diverses, nos lascars nous invitent à prendre part à un voyage sonore dans LES ENFERS !!! (on y apprend au passage que c’est groovy en sale chez le YABLE pis qu’il aime ça la trompette dans son psych).
    Honnêtement, tous les morceaux sont fous, mais dur de ne pas tarir d’éloges la sublime pièce-titre, sorte de suite atmosphérique et instrumentale (scindées en deux parties) avec des relents pink floydiens. Sinon, je suis un fan fini de « Underground Music » avec son côté blue-eyed soul et ses freak outs de guitare.
    Le désavantage de cette version CD : on doit se limiter à voir la pochette (superbe) en plus petit
    L’avantage de cette version CD : c’est du Sundazed, donc ça sonne vraiment bien et il y a pleins de morceaux bonus EXCELLENTS comme cette reprise de « I Put A Spell On You » du Jay Hurleur préféré des petits et grands.

  • Lustmord – The Monstrous Soul (Soleilmoon, CD) [1992]
    It is the night of the demon
    It is the night of the demon
    It is the night of the demon
    It is the night of the demon
    It is the night of the demon

  • Clipping. – Visions Of Bodies Being Burned (Sub Pop, 2 x Vinyle) [2020]
    “Did you really think death would be so simple? No, it never stops”
    La pétrifiante suite du déjà cauchemardesque « There Existed an Addiction to Blood » va encore plus loin que son prédécesseur dans l’horreur brute et sans artifice. Alliant avec brio hip-hop expérimental, horrorcore, noise, dark ambient et beats industriels, le trio frappe très très fort avec un des disques de rap les plus puissants que j’ai entendu de ma vie.

  • Present – Triskaidekaphobie / Le Poison Qui Rend Fou (Cuneiform, CD) [1980/1985]
    Un des bands de RIO/Avant-Prog les plus sombres de tous les temps, Present est la bête immonde de Roger Trigaux, ex-guitariste des mythiques Univers Zéro. Cette édition CD parue sur l’excellente étiquette Cuneiform regroupe les deux premiers albums du groupe belge. On a affaire ici à un mélange de musique de chambre passablement cinglée et de rock progressif machiavélique porté par une guitare électrique tranchante (rappelant celle de Fripp de KC) et une section rythmique qui plaira fortement aux fans de Magma. À recommander chaudement aux amateurs de musique sans compromis, atmosphérique, inquiétante, répétitive/minimaliste, dissonante, oppressante et surannée.

  • Mayhem – De Mysteriis Dom Sathanas (Century Black, CD) [1994]
    Un disque qui sent la mort à plein nez. Paroles écrites par l’ex chanteur (Dead, un sobriquet qui lui allait comme un gant) qui s’était récemment suicidé d’un coup de fusil à pompe en plein crâne. Bassiste qui assassine le guitariste de 23 coups de couteau avant la sortie de l’album. La plupart des musiciens survivants arrêtés pour avoir participé à des incendies criminels d’églises… Bref, du joli. Mais au delà du macabre évident de l’envers du décor, il y a là l’album que plusieurs considèrent comme la pièce maîtresse du Black Métal norvégien… Un album glacé, cauchemardesque, morbide, à la fois rageur et hautement atmosphérique. Et les vocaux atypiques et hautement dérangés d’Attila sont la cerise schizophrénique sur le sundae funéraire.

  • Virgin Prunes – …If I Die, I Die (BMG, Vinyle) [1982]
    Excellent groupe de goth-rock/post-punk irlandais, mélangeant à tout rompre mélodies punk accessibles, ambiances darkwave de cabaret de la fin des temps et expérimentations qui lorgnent du côté de l’avant-garde. Résolument unique et joyeusement détraqué. Le chanteur/parolier, Gavin Friday, a vraiment une voix et un delivery totalement totalement uniques. Perso, j’adore.

  • Diamanda Galas – Diamanda Galas (Intravenal Sound Operations, CD) [1984]
    Dans la catégorie « Maman, j’ai peur », on ne présente plus la cantatrice des ténèbres indicibles Diamanda Galas. Cet album éponyme de la dame aux milles voix pandémoniaques est une de ces oeuvres sans concession aucune ; uniquement à recommander aux mélomanes qui n’ont pas froid dans le dos. Au menu : des déclamations désespérées dédiées aux vides, de l’opéra-mort, des voix démultipliées qui s’entrechoquent dans un abysse d’anti matière, des chuchotements/ricanements sataniques déstructurés au possibles et triturés d’effets avant-gardistes ; le tout avec du power electronics, de la noise et de l’indus très très FRETTE et primaire en fond sonore.
    En écoutant Diamanda, on a l’impression de se tenir constamment à un pas d’un précipice sans fond. Un précipice qui n’est qu’infinie noirceur. Avec un couteau de boucher qui nous chatouille la nuque.

  • Sonic Youth – Bad Moon Rising (Geffen, CD) [1985]
    L’album le plus gris et trouble de Sonic Youth ? Après la noirceur brute de leur débuts no-wave, « Bad Moon Rising » est un disque de transition entre le SY ultra expérimental et le SY qui, sur le prochain album, se dirigera dans une trajectoire « noise rock alternative » un peu plus accessible. C’est un de mes albums préférés du groupe et je trouve qu’on en parle trop peu… Il y a un côté post-punk (presque goth même parfois), un côté krautrock sombre et désespéré et des influences drone et psychédéliques. En plus, on y retrouve certains de mes titres fétiches du groupe : « Brave Men Run (In My Family) », « I Love Her All the Time » et « Death Valley ’69 » (en plus de la géniale « Hallowe’en » dans les bonus tracks de la version CEUDÉ). ESSENTIAL STUFF !!!

  • Pierre Henry – Maléfices (Cacophonic, Vinyle) [1962]
    Trame sonore bien spooky-licious de musique concrète pour le thriller de Henri Decoin (film que je n’ai pas vu, hélas). C’est austère, brumeux et parfois démoniaque. Et c’est vraiment tripant d’entendre Henry dans un contexte un tantinet plus musical que ses oeuvres typiques qui elles, se font un malin plaisir à déconstruire la forme musicale elle même. À suggérer aux fans de BO de Giallo (beaucoup de ressemblances, en plus sauté) et de musique expérimentale biscornue.

  • The Vampires Of Dartmoore – Dracula’s Music Cabinet (B-Music, CD) [1969]
    Que voilà là un curieux objet sonore non identifié… Les fans de kitsch rococo et de bizarreries musicales apprécieront ce petit bijou d’horrotica allemand qui mélange avec peu de finesse rock psychédélique funky, jazz-lounge, space age pop ; le tout avec une ribambelle d’effets sonores détraqués et bon nombre d’hurlements vampiriques. À recommander de toute urgence aux fans de Jess Franco et de Jean Rollin.

  • Pumpkin Witch – Final Strike Of The Pumpkin Witch (Deathbomb Arc, 2 x Vinyle) [2019]
    Et on termine avec une autre espièglerie… De la PUMPKIN-SYNTH !?!? Mais oui, messieurs-dames !
    Ce groupe qui est à la naissance de ce sous-genre du Dungeon Synth est composé de trois acolytes mystérieux : The Vampire Tyrant au clavier, Haunter of Darkened Forests au synthétiseur et The Disgraced Scientist aux effets sonores. Leur musique réussi le délicat pari de sonner à la fois rigolote/enfantine et inquiétante/épeurante. L’incorporation d’éléments noise vient forcément me parler. Et que dire de cette pochette ? Il me faut toute la discographie !!!

STREAMING :


GUILLAUME P. TRÉPANIER

Sélection Halloween :

Vinyles :

  • Fabio Frizzi – The Beyond (1981) [Italie]
  • Diablo Swing Orchestra – The Butcher’s Ballroom (2006) [Suède]
  • The Ghost – When You’re Dead/One Second (1970) [UK]
  • Slipknot – Mate. Feed. Kill. Repeat. (1996) [US]
  • Dissection – Storm of the Light’s Bane (1995) [Suède]
  • Cemican – In ohtli teoyohtica in miquiztli (2019) [Mexique]
  • Gravediggaz – 6 Feet Deep (1994) [US]
  • Josefus – Dead Man (1970) [US]
  • Alice Cooper – Killer (1971) [US]
  • Bulbous Creation – You Won’t Remember Dying (1971) [US]
  • Black Sabbath – Black Sabbath (1970) [UK]
  • Dream Widow – Dream Widow (2022) [US]

Cassettes :

  • V/A – Melkor’s Dungeon : You Wake Up In A Crypt (2023) [US]
  • Apocalyptic Fear – Decayed Existence (1992) [QC]
  • Paths of the Eternal – Gloom Omen (2021) [US]
  • Old Distant Weep – Bliss In Eternal (2020) [Pologne]

CDs :

  • Rob Zombie – Hellbilly Deluxe (1998) [US]
  • Cornbugs – Skeleton Farm (2005) [US]
  • Deli Creeps – Dawn of the Deli Creeps (2005) [US]
  • Buckethead – The Cuckoo Clocks of Hell (2004) [US]

LÉON LECAMÉ

  • Sigh – Scorn Defeat (black metal japonais suprême)
  • Darkness Enshroud – Ancient Kingdoms (occult ambient/blackbient)
  • Ghostwound – The Way Back – Demo I (black metal atmosphérique/dungeon synth)
  • Hail Spirit Noir – Mayhem In Blue (black metal psychédélique)
  • Theatres des Vampires – Bloody Lunatic Asylum (black metal symphonique)
  • SurgeryHead – Lords of the Video Wasteland (slasherwave)
  • Macabre – Sinister Slaughter (grind/death metal)
  • Dismal Euphony – All Little Devils (mélodique/gothique black metal)
  • Church of Misery – Master of Brutality (stoner/doom/sludge de serial killer)
  • Blackbeard Wizard – Blackbeard Wizard (occult doom metal)
  • Energie Noire & FZR Sethi – Witches Brew (dark jazz/occult ambient)
  • Bestattungsinstitut ‎– Dedicated To Andreas Vesal-Soundtrack For A Non-Existing Film (expérimental/ambiant/électronica/cinématique)
  • Dance with the Dead – Driven to Madness (horrorsynth/dance metal)
  • Plumb – Strigoi Madness (keller synth)
  • Demented Are Go – Welcome Back To Insanity Hall (psychobilly)
  • Pazuzu – And All Was Silent… (darkwave/medieval ambient)
Mixtapes, Psychédéliquement vôtre

Psychédéliquement vôtre – Épisode 5 – Spécial Halloween

5ème épisode de « Psychédéliquement vôtre » et pas le moindre, mesdames, messieurs et poulpes cosmiques géants ! Comme vous l’aurez sans doute lu dans le titre (duh), cette incursion au pays du psych se déroule dans ses recoins les plus sombres et damnés… L’oncle Salade, dans sa marmite surréaliste, vous a mijoté un mix avec une trentaine de titres qui font soit référence à l’univers de l’horreur et/ou qui, musicalement et atmosphériquement, comportent des baroqueries, fulgurances et étrangetés qui les font basculer du côté sombre de la force.

Alors, sans plus tarder… bonne écoute à tous les écureuils géants dévoreurs de laitiers sataniques !

Tracklist:

  1. Delia Derbyshire – Delia’s Psychadelian Waltz
  2. Donovan – Season Of The Witch
  3. Fifty Foot Hose – If Not This Time
  4. The C.A. Quintet – Trip Thru Hell (Part I)
  5. Pink Floyd – Lucifer Sam
  6. Uncle Acid & The Deadbeats – 13 Candles
  7. Lucifer – Voices Of The Dead (The Medium)
  8. Hamilton Streetcar – Invisible people
  9. Churchill’s – Straight People
  10. Les Champignons – Le Château Hanté
  11. Electric Prunes – I Had Too Much to Dream (Last Night)
  12. The Freak Scene – A Million Grains Of Sand
  13. Broadcast – According To No Plan
  14. Mark Fry – The Witch
  15. Morgen – Purple
  16. The Doors – Not To Touch The Earth
  17. Exuma – Mama Loi, Papa Loi
  18. Coven – Black Sabbath
  19. The Zombies – Butcher’s Tale
  20. Bloodrock – D.O.A
  21. White Noise – The Visitations
  22. The Chocolate Watchband – Expo 2000
  23. The Kords – Boris The Spider
  24. The Maze – Whispering Shadows
  25. Salem Mass – Witch Burning
  26. Os Mutantes – Dia 36
  27. H.P. Lovecraft – At the Mountains of Madness
  28. Frankie and the Witch Fingers – Dracula Drug
  29. The Wizards From Kansas – She Rides With Witches
  30. Black Sabbath – Planet Caravan
critiques

Artiste(s) inconnu(s) – Japanese Temple Music (Zen, Nembutsu And Yamabushi Chants)

Année de parution : inconnue
Pays d’origine : Japon
Édition : Vinyle, Lyrichord
Style : Field recordings, Shōmyō, musique traditionnelle japonaise, Drone

Ok. À la première écoute, ce disque fait peur en TABARNAK. Je sais que ce recueil de musiques pratiquées dans les temples japonais est censé être « Zen » (c’est dans le sous-titre, pardi)… mais je sais pas… Pour moi, on dirait la musique qui pourrait jouer en fond sonore dans un petit village, en pleine nuit, alors que les yōkai (démons japonais malveillants, aux attributs physiques se rapportant autant aux humains qu’au animaux) enlèvent et dévorent des enfants sous la lune vague… Différences culturelles notoires qui me séparent des Nippons, qui eux, voient là une musique invitant au calme, à la sérénité ; à faire le « vide » en soi… Alors que moi, petit blanc-bec nord-américain, j’imagine une pléiade de scénarios plus cauchemardesques les uns que les autres.

Cette musique est bien évidemment « autre » pour moi (et pour beaucoup d’entre vous, chers lecteurs). C’est de la musique d’un autre temps, de l’autre bout du monde, de l’est lointain ; qui nous provient des racines folkloriques du pays le plus fascinant du monde, le pays le plus fou, le plus énigmatique, le plus ensorcelant… Et ensorcelante, cette musique l’est. On peut s’y perdre littéralement, à mi chemin entre délice extatique et vertige troublant.

Sanctuaire shinto de Fushimi Inari à Kyoto, v. 1880

Les enregistrements ici gravés ont été enregistrés à Kyoto, ville japonaise de la région du Kansai, au centre de Honshū (la plus grande île du Japon). Ancienne capitale impériale du pays (de 794 à 1868), elle demeure aujourd’hui un joyau d’histoire et de culture, avec ses palais impériaux, ses nombreux temples boudhistes et ses sanctuaires shinto… Kyoto demeure le centre religieux de tout le Japon. À travers le disque ici chroniqué, on se concentre uniquement sur l’aspect bouddhiste de la chose.

On à donc affaire à des field recordings de chants bouddhistes tout ce qu’il y a de plus authentiques, accompagnés d’instruments traditionnels tels le « Kei » (un lourd bol métallique martelé), le « Mokugyo » ou « poisson de bois » (un instrument percussif taillé dans le bois et générant des sons caverneux), le « Taiko » (un tambour), le « Rin » (une petite clochette), le « Horagai » (instrument à vent fabriqué à partir d’une coquille de Triton géant pêché en mer) ou encore le « Shakujo » (un sistre composé de multiples anneaux qui produisent des sons métalliques en s’entrechoquant ; le Shakujo est aussi la partie supérieure d’un bâton de pèlerin appelé « khakkhara »)… Bon, même si tout ceci me fascine au plus haut point, j’ai du en perdre plusieurs. Mais cette énumération d’instruments totalement atypiques pour nos pauvres oreilles occidentales nous rappelle qu’on est totalement « ailleurs » ici… La langue est différente, le vocabulaire sonore l’est tout autant.

Provenant de Chine, les chants bouddhistes (ou « Shōmyō ») sont introduits au Japon au VIème siècle. Après 894, le Shōmyō japonais se détache des influences chinoises (car le Japon cesse alors définitivement ses missions en Chine). Le style évolue alors à sa manière à travers les siècles ; selon différentes écoles de pensée (qui s’affrontent parfois)… Le Shōmyō est un plain-chant pentatonique qui peut s’apparenter (un peu) aux chants grégoriens. Mais bon, ne vous attendez pas à entendre du Hildegarde von Bingen par ici…

Le tout se déroule ainsi : en guise d’ouverture, un instrument percussif est frappé de manière répétée ; de plus en plus vite. Puis une cloche solennelle (et disons le, un peu austère) lui répond dans l’obscurité… Elle introduit le chant des moines. Les voix sont parfois superposées, parfois en canon. Elles déclament des poèmes (les « wakas ») de la manière la plus astringente possible. Il n’y a pas d’émotion ici. Pas de lyrisme. C’est un chant qui renvoie à la discipline de soi, à la foi, à la purification de l’être… Un espèce de long drone vocal qui recouvre tout, qui peut troubler à première écoute mais qui nous entraîne imperceptiblement vers un état de grâce léthargique/neurasthénique. Le gong, les clochettes et autres instruments refont surface ça et là au travers du mur vocal quasi monocorde… Et bordel que c’est spécial. Magnifique et spécial. En fait, ces instruments marquent la transition entre un poème chanté et le subséquent. Et après la série de courts chants, un tintamarre sinistre et presque proto-industriel (composé de Rin, de Nyo et de Shakujo) retentit pour signaler la fin de la prière… Les échos s’en vont mourir dans l’éther.

Le disque comprend aussi un chant solitaire, celui d’un vieux prêtre respecté par ses pairs, qui s’accompagne lui-même au Kei et au Mokugyo. En temps que soliste, il se permets une plus grande flexibilité dans ses choix de sutras (ou sujets de discours). Le martèlement constant des instruments me fait ici presque penser à des oeuvres proto-électroniques (Varèse, Cage, etc…).

Je ne vais pas m’épancher davantage mais ce disque, c’est définitivement une porte ouverte sur un autre monde, une autre époque, une autre spiritualité, une autre manière de voir la vie. C’est le genre d’expérience sonore subjuguante que tout mélomane ayant les oreilles VRAIMENT ouvertes se doit de vivre subito presto… J’en suis à mon cinquième tour de platine et je suis de plus en plus envouté ; la tête gorgée d’images qui ne sont plus des clichés de films d’épouvantes… mais des images pas moins perturbantes ni fantasques. Un vide intersidéral. Des volutes de fumées éternelles. Un trou noir qui grandit, grandit, grandit en moi. Et le recueillement qui vient, malgré l’aridité…


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :

15 Fréquences, Mixtapes

15 Fréquences Ultimes – Épisode 15 – Isabelle Clermont

Quel plaisir de recommencer cette série de mixtapes avec les sélections de mon amie Isabelle, la femme aux milles drones et aux dix milles talents ! Artiste visuelle audacieuse, doctorante en arts de la scène et de l’écran, multi instrumentiste ubiquiste, compositrice/créatrice de paysages sonores hallucinés, improvisatrice chevronnée, membre du collectif Tendancielle (qui s’est récemment illustré lors de la 39ème édition du légendaire FIMAV)… Dois-je continuer ? Parce ce que tout ça ne résume qu’une petite partie du personnage fascinant.

On est chanceux d’avoir une artiste de la trempe d’Isabelle en trifluvie. Et en plus, je peux vous dire avec confiance qu’elle n’est pas qu’une merveilleuse artiste mais aussi une personne formidablement gentille et profondément humaine.

À l’écoute de cette mixtape éclectique, vous pourrez découvrir les influences multiples de mamzelle Clermont, passant de l’expérimental à la pop électronique/atmosphérique, à la musique minimaliste, au drone/ambient et à la musique du monde. Un régal sonore !

Bonne écoute les amis (y compris les écrevisses à transmodulation vectorielle).

P.S. : Aussi, vous vous DEVEZ d’écouter son album « Devenir paysage » (paru sur la super étiquette trifluvienne « Les Cassettes Magiques »), une des meilleures sorties de cette année.

Tracklist:

  1. Björk – Pleasure Is All Mine
  2. Meredith Monk – Turtle Dreams
  3. Kid Koala & Emilíana Torrini – Satellite
  4. Laurie Anderson – From The Air
  5. Robin Hayward & Christopher Williams – Reidemeister Move
  6. Brian Eno – Music for Airports
  7. Daniel Lanois – The Deadly Nightshade
  8. FKA Twigs – Lights On
  9. Terry Riley – In C
  10. Zeena Parkins – Firebrat
  11. Fanfare Pourpour – Tango de l’avion
  12. René Lussier et Pierre Tanguay – La vie qui bat: Chevreuil
  13. Caroline Loeb – C’est la Ouate
  14. Jun Miyake – Lillies Of The Valley
  15. Lhasa de Sela – Rising
  16. Arvö Part – Silentium

Vous pouvez suivre et encourager Isabelle Clermont sur son site web ou encore sur sa page Soundcloud

critiques

Univers Zéro – 1313

Année de parution : 1977
Pays d’origine : Belgique
Édition : CD, Cuneiform – 1989
Style : Rock in Opposition, Avant-Prog, Musique de chambre, Contemporain, Gothique, Dark Zeuhl

Ça vous dirait d’entendre un orchestre de chambre possédé jouer la musique la plus radicalement sombre, aride et sans compromis possible ? Et bien, j’ai le groupe pour vous, mais chers amis avides de ténèbres galopantes ! Dès cette première offrande discographique, la musique d’Univers Zéro fait froid dans le dos. Les Belges maudits, adorateurs de Lovecraft (ils s’appelaient « Necronomicon » avant, d’ailleurs) ne font pas dans la facilité ni dans la dentelle. On est pas (mais VRAIMENT pas) chez Yes ou Camel ici ! Leurs univers sonore des plus sordide emprunte surtout aux structures et ambiances de la musique contemporaine et/ou folkloriste : Bartók (leur plus grande influence), Stravinsky, Penderecki… En fait, sur cet album, il n’y a pas grand chose qu’on pourrait rattacher au rock, si ce n’est l’aspect très propulsif de la batterie de Daniel Denis, tête pensante de la formation. Au niveau des compositions, c’est hyper progressif, certes (bien plus que chez bien des poncifs du genre), mais l’instrumentation déployée est vraiment atypique : basson, violon, violoncelle, hautbois et harmonium. On dénote cependant des petites touches crimsonienne dans la guitare inhumaine, distante et froide de sire Roger Trigaux (un autre mec important dans le domaine des musiques « difficiles » ; j’y reviendrai dans de futures chroniques). UZ ne s’embarrassent pas d’un chanteur non plus. Leur musique est purement instrumentale. Et presque complètement acoustique sur cette première galette.

L’album débute de manière magistrale avec « Ronde », un morceau-fleuve qui introduit à merveille le macrocosme diabolique de la troupe. À travers ces 15 minutes quasi-insoutenables pour le fan moyen d’Abba (qui se retrouvera bien vite en position foetale, à geindre sur le sol mat), UZ semblent s’amuser à construire un immense malaise sonore toujours grandissant et de plus en plus étoffé. On dirait la bande son d’un film occulte traitant de la sorcellerie au Moyen-Âge. Au menu : un violoncelle funeste, un harmonium atmosphérico-angoissant, des violons dissonants en diable, un basson dément et un réel talent à alterner des passages cycliques hypnotiques/nauséeux et des éclats soudains qui veulent terrasser l’auditeur. Du délicieux masochisme sonore mais quand c’est aussi bien fait, on en redemande !

Nous ne sommes pas en reste puisque le restant de l’album nous assène 4 autres pièces plus courtes mais pas moins efficaces pour autant. Mention spéciale à la bien nommée « Malaise » (on en parlait justement plus haut) qui est très explosive et qui ne semble pas dénuée d’une pointe d’humour carnassier (façon Shostakovitch mais version zombifié, les dents noires et avec des gros vers bien gras qui tombent de sa glotte trouée).

Voilà là un album qui torche le gouvernement Couillard de 2014-2018 en matière d’austérité pure et dure ! Et l’art sonore d’Univers Zéro n’a pas fini de nous surprendre. Ce n’est que le début d’une carrière aussi riche que tétanisante. Ils feront mieux ; et encore plus sombre…


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :

critiques

Scientist – Scientist Rids The World Of The Evil Curse Of The Vampires

Année de parution : 1981
Pays d’origine : Jamaïque
Édition : Vinyle, Мирумир – 2014
Style : Halloween Dub

Votre party d’Halloween vire au ganja-fest ? Vos convives momifiés ou munis de crocs en plastok dansent de manière désordonnée dans un épais brouillard de fumée psychotrope ? Et bien, j’ai le disque PARFAIT pour accompagner le moment ! Ce dixième album de Scientist (en seulement 2 ans de carrière !!!) est probablement son plus légendaire. Et si on se fie aux internets (du moins chez RYM), il s’agirait du meilleur disque dub de tous les temps. Dur d’être en désaccord avec cette affirmation à l’écoute d’une telle merveille… et de toute manière, les volutes émanées par ces infra basses ne donnent pas forcément envie de s’adonner à quelconque débat sur la chose… On a juste le goût de se dandiner mollement ou encore mieux : à s’écraser bien mollement (encore) sur un divan soyeux et à laisser le SON nous recouvrir l’être tout entier.

Déjà le concept de la chose est fabuleux : mélanger dub enfumé de haut calibre et épouvante (vampires, fantômes, la créature de Frankenstein, momies, loups-garous… sans oublier ces chers zombies). Et cette pochette INCRÉDIBLE qui rappelle autant les films de la série Hammer qu’un épisode de Scooby Doo première génération ! Comment ne pas aimer déjà la sainte galette avant même d’avoir apposé l’aiguille dessus ? Et bien, l’écoute ne fait que confirmer qu’on est en présence d’un chef d’oeuvre total dans le genre dub.

Scientist, en bon Vincent Price de fortune, annonce chaque morceau de sa voix démoniaquement reverb-licieuse (« THIS IS THE CURSE…. OF THE MUMMY !), le tout souvent suivi d’un rire méphistophélique. Puis s’ensuit systématiquement un morceau bourré de basse torride et de batterie hypnagogique qui se frayent mollement (toujours) un chemin dans l’humidité électrique des claviers déréglés, du tintement insistant des pianos désaccordés, des percussions tonitruantes/opiacées et de ces cuivres surréalistes qui semblent provenir d’une autre galaxie. Et cette voix endormie, très peu présente, qui décide des fois de pousser la chansonnette un moment avant de retourner dans ses limbes originelles… Raaaah, lovely !

Bon Dieu que tout ceci est magique. Paresseusement magique. Un « lazy » late night classic, autant pour l’Halloween que pour n’importe quel autre soir de l’année. L’essence même du dub. À écouter TRÈS FORT (comme je fais présentement).


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Autres Mixes, Mixtapes

L’Halloween psychotronique de Léon LeCamé : mixtape

Léon LeCamé, précieux collaborateur des Paradis Étranges, nous présente ici ses morceaux préférés d’Halloween ! Au menu : trames sonores de films d’épouvantes, électro-industriel, keller synth, black metal symphonique, dark nü-jazz, illbient post-industriel, dungeon synth gothico-métallique, ambient rituel, psychobilly, doomy Neue Deutsche Welle, Rhythm & Blues diabolique et horror synth.

Bonne écoute !

Tracklist

  1. Evol – The Present Age
  2. I Am The Way, extrait de Hellraiser II
  3. Ben Lovett – Blood Box (Hellraiser)
  4. Jerry Goldsmith – The Sentence (Warlock)
  5. Elliot Goldenthal – Lestat´s Tarantella (Interview With The Vampire)
  6. Evol – Through Foggy Plains and Mystic Woods He Rides
  7. Hexentanz – Mark Of The Witch
  8. Scorn – Delivered
  9. The Electric Hellfire Club – Invocation/Age of Fire
  10. Charles Bernstein – Main Title (Nightmare On Elm Street)
  11. Warning – Wild Roses For The Exit
  12. DKMD – Mirrorball Massacre
  13. Southern Culture On The Skids – Zombified
  14. Nekromantix – Murder for Breakfast
  15. Danny Elfman – Carnival Underground (Nightbreed)
  16. Energie Noire & FZR Sethi – Wrac’h Noz I / Entering The Spells
  17. Screamin’ Jay Hawkins – I Put A Spell on You
  18. Cradle of Filth – The Rape And Ruin Of Angels (Hosannas In Extremis)
  19. Hexenmeister – Daum Des Geistes

*Mixtape montée Salade d’endives / sélections de sieur LeCamé.

critiques

Mobb Deep – The Infamous

Année de parution : 1995
Pays d’origine : États-Unis
Édition : CD, Loud – 1995
Style : East Coast Hip Hop, Hardcore Rap, Boom Bap, Gangsta Rap

La poisse… Ce disque, c’est la poisse suprême. Du hip-hop façon Silent Hill. Un cauchemar urbain de tôle et de rouille comme on en entend peu ; comme on a peine à imaginer, mué dans nos petites vies bourgeoises bien rangées… C’est Wu-Tang sans l’humour et les samples de kung-fu. Ici, on garde juste l’essence de la chose. Les rues froides et sombres de New York, sa violence gratuite, son nihilisme, sa paranoia, ses combats de rues qui se terminent au coutelas alors que le sang coule à grandes lampées sur le pavé mouillé, ses deals de drogue foireux, sa ribambelle de personnages secondaires déchus qui vivent leur vaine destinée aux tréfonds d’une nuit sans lune bienveillante… Ce disque est tension. Ce disque est danger. Ce disque est abysse. Ce disque est errance crépusculaire, la main posée sur le flingue, l’autre serrant la main émaciée de la faucheuse… Et on s’y perd un peu plus (avec délice) à chaque écoute toujours plus addictive que la précédente. Accoutumance des plus vicieuses.

Le Boom Bap est probablement mon genre de rap préférée… Du Hardcore rap sublimé par une atmosphère libidineuse, vaporeuse et vaguement endormie/opiacée (c’est d’la musique qui s’écoute mieux après minuit de toute façon), ses beats répétitifs clairsemés de basses écrasantes, ses samples de vieux soul désincarné et de jazz enfumé, ses choeurs de sirènes noctambules et ses sublimes motifs de piano dépressifs/hantés. « The Infamous », c’est la quintessence du style. Le disque à détrôner sur le podium du Boom Bap. Je ne crois pas qu’il y ait eu rien d’aussi génial dans le créneau, ni avant, ni après (à part le 3ème de Cypress Hill, autre vertige sonore des plus probants).

Prodigy et Havoc sont deux MCs de haut calibre, qui veulent vraiment prouver leur point ici. Ce disque est important pour eux. Ils savent que la fin peut arriver à tout moment, au détour d’une ruelle sombre ou d’un vol à main armé qui tourne au vinaigre. Chaque pièce sera leur ultime testament, livrée avec l’urgence et l’euphorie d’une mort imminente. Pas pour rien que ça sent le macchabée tout frais à pleins nasaux… Nos jeunes hommes racontent leur réalité et celle de leurs proches, sans fioritures, sans bouffonnerie, sans la glorifier ni édulcorer le propos ; mais avec une poésie east coast tout à fait séduisante et unique. Deux énormes talents qui brûleront toute leur urgence artistique sur le présent disque et le suivant, encore plus crade (on ne pensait pas cela possible).

Supportés par des featurings de Q-Tip de l’énorme Tribe Called Quest, un Big Noyd tout jeunot (qui a au moins autant la rage qu’eux), le légendaire Nas et les parrains de Wu-Tang Clan (Raekwon et le tueur au faciès fantomatique), ces pistes se suivent comme des brûlots hyper personnel écrits dans un journal intime maculé de sang et de poudre… Tout est  magistral mais on retiendra la misérable « Survival of the Fittest », statement sans équivoque sur fond de piano funéraire, « Right Back at you » (la plus « Silent Hill » du lot), le classique « From the Cradle to the Grave » (Du berceau au tombeau… résumé d’une existence futile) et l’hymne gangsta « Shook Ones, Pt. II ».

Un disque-tombeau. Époustouflant d’un bout à l’autre. Étouffant. Une terre noire gorgée de vers blancs… qui vous emplit la bouche… l’estomac et les poumons.


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :

Autres Mixes, Mixtapes

Les Paradis Étranges présentent…. RAP DE CANIVEAU

Avec la veillée de la Toussaint qui arrive à grands pas, j’ai pensé vous concocter une petite mixtape qui peut faire office d’introduction au versant sombre et ténébreux du hip-hop… Au menu : hardcore rap rempli de fiel et d’ultra violence, horrorcore perfide débordant de samples de films d’épouvante, underground rap croustillant à la production approximative et aux beats faisandés/visqueux, rap expérimental déstructuré et glaçant.

Je vous souhaite à toutes et à tous une très inconfortable et frissonnante écoute !

Tracklist:

  1. Playa Posse – Bigga and Betta Thangs
  2. Flatlinerz – Satanic Verses
  3. Graveyard Productions – Children Of The Corn
  4. DJ Armok – Misery ft. MC Holocaust
  5. Gravediggaz – Diary of a Madman
  6. $uicideboy$ – The Nail to the Cross
  7. Three 6 Mafia – Live by Yo Rep
  8. Natas – Doubelieveingod
  9. Onyx – All We Got Iz Us (Evil Streets)
  10. Flatbush Zombies – Death 2
  11. clipping. – Run for Your Life
  12. Esham – I’ll Be Glad When You Dead (Closed Casket)
  13. Children of the Corn – Wicked Ways (Remix)
  14. Blackout – Kronik City
  15. Disciples of the Sick – Devils Playground
  16. Bone Thugs-n-Harmony – Mo’ Murda
  17. Death Grips – Lock Your Doors
  18. XXXTENTACION – King Of The Dead
  19. Lord Infamous – Drag ‘Em From the River
  20. Danny Brown – Really Doe
  21. Kinghood Cykoz – Nightmare in Kinghood
  22. Mobb Deep – Right Back at You
  23. Brotha Lynch Hung – Locc 2 Da Brain
  24. Lil Ugly Mane – Bitch I’m Lugubrious
  25. Geto Boys – Assassins
  26. Dr. Octagon – 3000
  27. Ten Wanted Men – Nine 2 Yo Skull
  28. Big L – Da Graveyard
  29. Delusional Thomas – Halo
  30. Flesh-n-Bone – Mystic Spirits
  31. Tyler, the Creator – Yonkers
  32. Koopsta Knicca – Crucifix
  33. Sadistik – Pet Sematary
  34. Jedi Mind Tricks – Serenity in Murder
  35. Dr. Dooom – Body Bag
  36. Backxwash – NYAMA
  37. Eminem – Kim
critiques

Nurse With Wound ‎– Salt Marie Celeste

Année de parution : 2003
Pays d’origine : Royaume-Uni
Édition : CD, Jnana – 2005
Style : Dark Ambient, Drone, Minimalisme, Expérimental, Paralysie du Sommeil

Vous, est-ce que vous en avez des disques qui vous effraient ? Je veux dire : sérieusement là. Je ne parle pas ici de Death Metal gloupide et faisandé qui vous file des malins petits frissons de plaisir vu son côté déliquescent-purulent. Je ne parle pas non plus de la vaste majorité de ce qui se fait en dark ambient qui, malgré une aura somme toute maléfique, ne va pas jusqu’à vous glacer les sens tout entier. Moi qui se considère un peu comme un expert en matière de musique sombre et dérangée, il n’y a pas beaucoup d’albums qui vont aller vraiment jusqu’au bout… au bout de mes craintes, de mon malaise… au delà de ce que je juge confortable (et il faut d’ores et déjà dire que j’ai le confort élargi par rapport à la vaste majorité des mélomanes).

« Salt Marie Celeste » est un de ceux-là. Une (seule) longue piste dronesque et ULTRA-minimaliste que je qualifierais d’ambient de « perdition ». C’est une oeuvre qui fut créée pour la gallerie d’art expérimentale Horse Hospital à Londres. Et c’est un objet sonore totalement à part dans la très vaste (et très éclectique) discographie de Steven Stapleton. C’est en quelque sorte la version (complètement) assombrie, occulte et sans espoir du « Sinking of the Titanic » de Gavin Bryars. Une version dépourvue de toute humanité, de toute merci, de toute délivrance/catharsis.

Je vous dresse le portrait : vous êtes sur un navire fantôme qui dérive inlassablement dans la nuit originelle. Vous êtes seul, terriblement seul. Le reste de l’équipage a depuis longtemps déserté les lieux (ou bien il y a t’il déjà eu un équipage ?). La tempête fait rage dans toute son épouvantable constance. Comme seuls bruits environnants : le ressac nauséeux des vagues noires qui effritent la coque, le vent gémissant qui semble vous susurrer à l’oreille que votre heure est proche… et puis… les bruits tétanisants de l’embarcation qui commence petit à petit à se disloquer… Le bois qui craque violemment, les mats qui grincent sournoisement, l’eau salée qui s’infiltre partout… Vous êtes complètement impuissant devant ce spectacle sordide. Vous ne pouvez qu’y assister, paralysé, engourdi, grelottant, la morve au nez, les larmes aux yeux. L’horreur du trépas inévitable, du moment où vous, comme votre vaisseau mourant, irez retrouver les limbes, les poumons gorgés d’écume.

La première fois que j’ai écouté ce disque, ça n’allait pas super bien dans ma tête. Je traversais une période dite d’anxiété généralisée. Je n’étais pas loin de la psychose. En proie à de violentes et persistantes crises panique, je décidai un soir d’automne de m’étendre dans mon lit en me mettant un petit disque d’ambient, question de relaxer… C’est là que j’ai découvert Salt Marie Celeste, dans cet étrange état d’esprit où déjà, je croyais me noyer en moi. J’ai fermé les yeux et j’ai vu toute la scène évoquée ci-haut. Et quand, après 15 ou 20 minutes, les bruits de bois craquelants (très hauts dans le mix) sont arrivés sans crier gare, j’ai ressenti de la terreur, de la vraie. Comme je n’en ai jamais vécu (avant ou après) en écoutant un vulgaire disque de musique.


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critiques

Luboš Fišer – Morgiana: The Final Hallucinogenic Horror Feature of the Czech New Wave

Année de parution : 2013
Enregistrement : 1971
Pays d’origine : République-Tchèque
Édition : Vinyle 10″, Finders Keepers – 2013
Style : Trame Sonore, Musique de chambre, Psychédélique, Impressionnisme

La nouvelle vague tchèque de la fin des années 60, c’était quelque chose. Des films éclatés, profondément originaux/expérimentaux, qui mélangeaient allègrement surréalisme et psychédélisme au folklore typique de ce pays de l’est si intriguant pour votre humble serviteur. On n’a qu’à penser à l’incroyable « Valerie and her week of Wonders » de Jaromil Jires (décidément le film d’horreur le plus lumineux/magique que j’ai vu de ma vie… et aussi l’un de mes 10 films préférés, toute époque confondue)… ou encore au très monochrome « The Cremator » de Juraj Herz, un genre de pastiche de film expressionniste allemand d’une étrangeté aussi flottante que glaçante/surannée…

On doit au compositeur émérite Luboš Fišer la trame sonore culte de « Valerie ». Mais aussi celle, moins connue (mais pas moins fascinante), de ce « Morgiana », thriller gothico-psychédélique réalisé par Herz. Morgiana, sortie en salles le 1er septembre 1972, est souvent cité comme le dernier film de cette nouvelle vague. C’est une trame sonore assez courte ; elle figure d’ailleurs dans son entièreté sur ce joli disque 10 pouces paru chez nos amis de chez Finders Keepers (évidemment, qui d’autre ?)

Les amateurs de la BO de « Valerie » ne seront pas dépaysés ici… On retrouve cette même ambiance un brin irréelle ; entre rêves opiacés et cauchemars obtus. On navigue doucereusement à travers cette série de piécettes surnaturelles ; une sortie de musique de chambre hors du temps qui marie allègrement les genres et les époques : valses fantomatiques déglinguées, musique folklorique tchèque, orfèvreries baroques-goth-rococo, impressionnisme, musique classique de l’ère romantique, classique contemporain, psychédélikeries discrètes et musique de bibliothèque… C’est absolument magnifique. Et comme chez Valerie, on passe souvent de la lumière la plus éblouissante aux ténèbres les plus confuses en deux temps trois mouvements. Cela procure à la musique (et au film) ce côté toujours surprenant et confondant.

Petite différence cependant par rapport à la bande son de « Valerie » : comme Morgiana a un aspect « film noir / thriller », cela s’entend aussi dans sa musique, qui semble puiser ses inspirations du côté des trames sonores de giallos (bonjour messieurs Morricone, Nicolai, Alessandroni et compagnie). Et cela n’est définitivement pas pour me déplaire, moi qui raffole du genre en question.

Voilà là une superbe bande son pour un film qui ne l’est pas moins. Je vous promets de vous parler un jour de mon amour pour celle de « Valerie », le chef d’oeuvre de sieur Fiser… Mais je dois encore réfléchir à la manière optimale d’aborder cette oeuvre colossale avec de vulgaires mots… Une oeuvre que j’aime comme on peut aimer un beau secret enfoui en soi.


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :