Après m’avoir surpris par la qualité, la richesse et la maturité de son précédent opus (“Scum Fuck Flower Boy”, 2017), Tyler le Créateur me jette maintenant carrément sur le cul avec sa dernière offrande musicale intitulée “Igor”. Ce 6ème album du rappeur, chanteur et producteur de L.A. se veut un disque à la lisière du hip-hop, de la pop psychédélique, du Soul et du R&B. C’est aussi un breakup album des plus fastueux, un des meilleurs que j’ai entendu dans ce créneau depuis très longtemps. La rupture amoureuse décrite par Tyler à travers les 12 pistes (débordantes d’idées) ici présentes semble particulièrement traumatique… Mais autant l’album est lyriquement sombre à fond, musicalement il est plutôt ensoleillé et halluciné. Tristesse sous un Soleil de plomb ; l’esprit dérivant sur les opiacés. Magnifique dichotomie d’un disque qui ne l’est pas moins. Et je ne sais pas pour vous, mais la tristesse vient toujours me chercher plus lorsqu’elle avoisine de près le bonheur. Je trouve que généralement, la nostalgie ou une douce mélancolie estivale sont plus percutantes qu’un désespoir tenace et profond…
Avec “Igor” (nom qui semble être inspiré par le célèbre assistant bossu du docteur Frankenstein), Tyler se créé un nouvel alter-ego pour exprimer toute sa rage et son manque. “Igor”, c’est le monstre qu’il a fini par devenir à force d’évoluer dans cette relation destructrice. Ce monstre incarne aussi ses sentiments négatifs (jalousie, dépendance affective, doute, haine de soi) et je crois que Tyler essaie de s’en affranchir en se révélant autant sur ce disque.
Musicalement, c’est complètement jouissif. La prod est plus chaotique et lo-fi que celle de “Flower Boy”. C’est presque punky même comme approche de la pop ; dans cet amalgame grotesque de genres et d’influences empilées à qui mieux mieux les unes sur les autres. Les compos sont parfaites. Tyler chante mieux que jamais, avec ses tripes et son coeur en mille miettes. On retrouve des samples de fous à travers tout le disque (In The Court of the Crimson King sur “Puppet” !). Et impossible de passer sous silence ces passages élégiaques et émotifs au piano qui viennent sublimer la plupart des morceaux.
Vraiment mon grower de l’année et un disque que je vais écouter jusqu’à ma mort. Intemporel.
Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :
Kids See Ghosts – Kids See GhostsFrank Ocean – BlondKendrick Lamar – To Pimp A Butterfly
Ce premier album de la Machine Molle (merci à William S. Burroughs pour avoir inspiré le nom du groupe) sera une véritable matrice par laquelle naitra un courant musical hyper important dans l’histoire du prog et du jazz-rock : le Canterbury. Pourquoi ce nom ? Parce que c’est celui du quartier londonien d’où sont originaires les mecs de Soft Machine et de Caravan (autre groupe majeur rattaché au style). D’autres groupes et artistes britanniques s’inspireront de ce qu’on appellera « L’école de Canterbury », comme Egg, Nucleus, Khan, National Health, Camel et Henry Cow. Ces derniers érigeront d’ailleurs les fondations d’un autre style (inspiré du Canterbury) : Le Rock in Opposition… mais c’est une histoire pour une autre chronique ça
Le Canterbury sera d’ailleurs exporté un peu partout. Du côté des Pays-Bas, il y a eu Supersister et Ekseption. Chez les Français, il y a les très rigolos Moving Gelatine Plates. Les Italiens ne sont pas en reste avec deux groupes assez exceptionnels : Picchio dal Pozzo et Area. Les Américains ont eu les Muffins. On retrouve même un groupe de Canterbury assez tardif (fin 80s) au Japon : Mr. Sirius (groupe dont la seule mention peut donner des orgasmes puissants à mes confrères Guillaume et Fred).
Et on ne peut passer sous silence le plus important exemple hors-UK : Gong. Ce groupe fut créé en France par l’Australien Daevid Allen, qui était alors membre de Soft Machine ! Ce dernier tentait de rejoindre le Royaume-Uni (pour réintégrer le groupe) après un séjour sur le vieux continent… mais son passeport n’était pas valide alors il demeura en France et fonda sa propre « version » du groupe (bien différente, ceci dit). Je me demande parfois à quoi aurait ressemblé un univers sans Gong mais avec un Soft Machine influencé par les idées et concepts de Allen le déluré.
Le groupe à ses débuts… alors que Daevid Allen était encore de la partie
Je vous donne tous ces noms mais le Canterbury, ça sonne comment exactement ? Et bien, comme une tonne de choses en fait… Un peu comme avec le Rock Progressif (dont le Canterbury est un sous-genre ou plutôt une sous-scène), c’est assez vaste. Les groupes ne se ressemblent pas tous et certains sont même très différents les uns des autres au niveau de la musique. Les points de ressemblances sont les suivants : une étrangeté loufoque (habillement, thèmes abordés), un côté psychédélique fort prononcé, des paroles obscures et/ou délirantes (le dadaïsme et le surréalisme sont deux influences majeures) et des pièces qui mélangent à merveille des passages jazz improvisés à des moments ouvertement pop et accessibles.
Bref, la minute historique maintenant passée, qu’en est-il de ce disque-genèse du Canterbury ?
Et bien, il est moins ouvertement jazzy que ce qui suivra. C’est avant tout un redoutable disque de rock-pop psychédélique fortement influencé de la scène beat. C’est aussi un grand condensé de bonheur et aisément un des disques les plus diablement joyeux de ma collection. Impossible ne pas avoir un gros sourire de défoncé sur la tronche à l’écoute ! On est ici à mi-chemin entre les berceuses acides du Pink Floyd mouture Barrett, de la pop psychédélique des Byrds et du rock des Doors ; mais en beaucoup plus aventureux et avec une plus grande maitrise technique.
Après le départ non prévu de Allen, le groupe est maintenant un trio dont chaque membre a son style et sa personnalité propre. Il y a le légendaire Robert Wyatt, chanteur à la voix résolument unique (reconnaissable en une nanoseconde) et batteur fortement inspiré par le be-bop et le hard-bop. Il y a le guitariste/bassiste fantaisiste Kevin Ayers, un peu le Syd Barrett du groupe et celui qui donne au disque ce côté « berceuses lysergiques pour enfants pas sages ». Et pour finir, l’impérial Mike Ratledge aux claviers, l’éminence sombre du groupe qui aime bien expérimenter/improviser à fond avec ses joujoux électriques.
Les titres s’enchaînent sans interruption, ce qui fait que l’album se sépare en deux longs mouvements composés chacun de petites piécettes dadaïstes, de ritournelles hallucinogènes et d’envolées flamboyantes d’acid-rock semi-improvisé. La batterie est particulièrement orgiaque à travers tout le disque. Gros coup de coeur perso pour « So Boot If at All », la pièce de résistance du disque (7 min et demie) où les inclinaisons futures du groupe transparaissent le plus (c’est jazzy-licieux). Et je suis aussi un fan fini de « We dit it again » qui sonne très Gong avec son côté hypnotique-répétitif-cyclique. Est-ce qu’Ayers a volé cette compo à Allen ?
Vraiment un excellent disque de rock/pop psychédélique et une oeuvre historique dans l’élaboration d’un genre (avec le premier Caravan). J’ai longuement hésite à lui mettre la note maximale… mais finalement, je me garde une petite gêne parce que la suite est encore plus remarquable. Cependant, c’est un album à posséder d’urgence pour tout fan de musique psychédélique et/ou de prog !
Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :
Caravan – CaravanKevin Ayers – Joy of a ToyPink Floyd – Piper at the Gates of Dawn
Bonjour, mon nom est Salade d’endives et je dois me confesser. J’aime beaucoup beaucoup la lutte professionnelle ; surtout la lutte japonaise avec des môsieurs en maillot noir qui se frappent très très fort à coups de pieds sur le torse et à grosses claques au visage ; du genre qui pourraient donner des commotions cérébrales au commun des mortels. Cependant, j’aime aussi beaucoup Boris Vian et Eugène Ionesco. Et je ne connais personne qui réussit à combiner ces deux univers (qui semblent diamétralement opposés, mais pourtant !) avec une facilité aussi déconcertante que mon bon ami Jonathan Divertissement, alias Monsieur D., alias « feu » le cuistot, alias Jonathan de Montréal-Nord.
Comme nous rêvions tous deux de convergence diabolique entre nos deux coins de web paumés, j’ai proposé à Jo d’écrire un truc è propos de la musique sur les Paradis et lui m’a invité à pondre un truc de lutte pour « Divertissement Sportif Québec » (ça reste à venir dans mon cas !). Alors voici sans plus tarder cette relecture un brin folle de « Everyday Normal Guy » de Jon Lajoie (que nous avons tristement connu dans l’Auberge du Chien Noir avant de réaliser qu’il était pas mal FUNNÉ sur Youtube par la suite).
Amusez-vous bien mes petits Romanichels à la graisse de renoncule !
-Salade d’endives
Bonjour! Je me présente, Jonathan Divertissement et je vais vous présenter ma version d’un succès d’un autre Jonathan un brin plus connu. Toutefois, je dois avouer que sa popularité est en chute libre, et la mienne à l’air d’une grosse érection avec une étrange curve vers les cieux!! Alors, voilà ma version de Everyday Normal Guy. Ouin, je fais rien pareil comme les autres. Je suis le mouton blanc parmi tous les moutons noirs. N’ayez crainte, je ne suis pas dangereux pour autant. Bonne lecture!
Ça part de même:
Yo
Je suis juste un gars bin ordinaire
(Vrai)
Rien de spécial à propos de moi, bande d’enculés!
(Vrai)
Je suis juste un gars bin ordinaire de tous les jours
(Vrai)
Quand j’va din clubs, je fais la file bande d’enculés!!
(Vrai)
J’ai 600 piastres dans mon compte bande d’enculés!!!
(À peu près ça)
Et mes performances sexuelles sont moyennes
(Sûrement pas aussi bonnes que ça pour être honnête)
Je fais du service à la clientèle pour une compagnie de téléphone!
(J’ai fait du service à la clientèle EN MASSE et je travaille pour une compagnie de téléphone! Incroyable hasard.)
J’fais 12 piastres de l’heure, mais j’ai pas besoin de plus!
(Je fais un peu plus que ça malheureusement…)
J’habite dans un petit appartement sur une rue tranquille!
(Pas si petit que ça là là!)
Chu pas sorteux, j’aime regarder la TV!
(On n’aurait pas pu mieux me décrire!)
J’ai pas les moyens d’avoir un char, je prends les transports en commun!
(Totalement faux!)
Ça me dérange pas, je lis jusqu’à ma destination!
(J’ai fait ça en masse dans ma jeunesse!)
Parfois un journal, parfois un livre!
(Toujours un roman!)
Le montant d’argent que je sauve, j’viens fou comme d’la marde!
(Faux)
Et chu pas vraiment bon avec les femmes!
(Ça dépend ce qu’on entend par là?)
Je suis pas mal gêné et je parais juste correct!
(Définitivement!)
La dernière fois j’ai fourré c’était en 2003!
(Faux, fort heureusement!)
Et je suis gêné de l’admettre, c’était pas gratisss!
(Ah, faux encore! C’était tellement bien parti au début!)
Je suis juste un simple DUDE régulier du quotidien!
(Dude régulier je suis!)
Je deviens nerveux dans les lieux publics bande d’enculés!!!!
(Ça dépend lesquels!)
Je deviens constipé une fois par mois bande d’enculés!!!!!
(Plus comme à chaque demi-heure si on veut être honnête.)
Pis vous devriez goûter ma sauce à spag’ bande d’enculés!!!!!!
(La meilleure de TOUT le comté!)
Pis je pogne la chienne quand je vais voir le dentiste!
(J’aime ça me faire geler!)
Je suis le Pauly Shore de la vie de tous les jours!
(Fuck yeah!!!)
Facilement oubliable, et pas très peu apprécié!
(J’espère que non!)
J’ai le même type de personnalité que Gino Chouinard!
(Pas mal ça.)
Je suis aussi divertissant qu’une putain de ITS!
(Pas tant quand même! La go)
Si tu veux m’écoeurer, je pense que t’es capable
(Tout le monde est capable d’écoeurer n’importe qui non? Quand on veut, on peut!)
Parce que je manque de confiance et que je suis pas fort pour un homme
(Surtout comparé aux lutteurs!)
J’vais juste me rouler en boule pendant que tu me kick dans le dos
(J’espère que non!)
Ouin, honnêtement, je vais probablement même pas tenter de me défendre
(Quoi??? Moi je veux manger une volée debout, pas comme une BITCH! Mais je vais probablement faire comme toi Lajoie!)
Et j’ai pas beaucoup d’amis qui prendrait ma défense!
(C’est clair!)
Mon ami Dan le ferait, mais il n’a pas l’air très tough
(Il a l’air assez tough pour te casser la gueule mon ostie!)
Heille, tu veux y goûter, BITCH!
(Non.)
Si tu fourres rarement, balance tes mains dans les airs comme si tu don’t care!
(Si tu parles de ma vie en général, je garde mes mains dans les poches comme une Orange! Mais si tu parles des 2 derniers mois, fuck yeah! Throw your hands in the air like you simply don’t care!! Hey! Oh! Hey! Oh! Hip Hop Hurray – Oh! Hey! Oh! Ainsi de suite pendant 2 heures.)
Si t’es pas bien payé mets tes mains en l’air!
(Arrêtez donc de parler de mon salaire tabarnack!)
Si t’as un chat lèves les doigts!
(Oh yeah, j’ai les 4 doigts dans les airs comme Double A!)
Pis si t’as mal au dos, pointe-le comme Barry Ho!
(Depuis le temps que je rêve de faire ça! * se pointe le dos et a l’air con comme une balayeuse qui suce pas *)
Me suis fait mal au dos, y’a une coupe de premier juillette passés, en déménageant un réfrigérateur gros comme un truck de vidange!
(Moi le frigo était gros comme un autobus, mais oui, même chose pratiquement.)
Pis depuis ce temps-là. c »est juste pu pareil!
(Ça reviendra plus jamais, c’est clair, faut se faire à l’idée!)
Ça devient parfois sensible!
(Mets-en bro!)
Je suis simplement un gars bien ordinaire normal yo!
(On peut pas être plus simple mon ami!)
Mes parents sont des gens super gentils bande d’enculés!!!!!!!
(Ça dépend de qui on parle motherfucker!!)
J’ai une quelconque peur des hauteurs bande d’enculés!!!!!!!!
(Je vous en ai déjà probablement parlé, non?)
J’aime le merveilleux programme l’Auberge du Chien Noir bande d’enculés!!!!!!!!!
(Mon programme préféré de tous les temps!!!!!!)
Je suis juste un régulier de tous les jours, rien de plus normal, genre de gars, genre!
(Pas plus normal que moi bro!)
Pis je suis pas mal bon pour faire des tites avions en papier!
(Tellement pas!)
Ah oui! J’ai oublié de vous dire! La première voix c’est Vanessa Paradis et la deuxième, celle qui hurle les parenthèses, c’est le BEAU Pierre Lebeau après 2 paquets de cigarettes en 20 minutes. On va faire un TABAC de Marseille à la Place Versaille, je le sens! Ah, mon erreur! J’ai oublié de mettre du truc en super cancérigène qui sort d’un alliage étrange de plastique et de plastique quand on tourne une roulette de plastique qui fait sortir le truc à l’amiantose ou je ne sais trop quelle cochonnerie qui va tous vous tuer. Sur ce, à la Prochaine!
PS: Vous ai-je mentionné que j’écris sur la lutte d’habitude? KOBASHIIIIIIII!!!
Il faut bien commencer quelque part avec les géants de la musique qui ont des discographies titanesques et exhaustives. De mon côté, j’ai débuté mes « coltraneries » avec ce Blue Train, seul disque studio du grand John enregistré pour la célèbre étiquette Blue Note records. J’avais commandé ce CD en 2000-2001 (sur le défunt club Columbia, never FORGET !) alors que je commençais à peine à m’initier au Jazz. J’avais déjà les deux pieds dans la disco de Miles Davis (encore plus exhaustive celle-là ; mais pas moins géniale) et je trouvais le saxophoniste vraiment débilement bon. Il était temps que je me frotte à ce que Coltrane pouvait faire comme leader au sein d’un groupe. Heureusement, on peut difficilement faire un meilleur choix que de commencer avec ce petit bijou de Hard-Bop !
Blue Train est le premier véritable album de la carrière perso de John. En fait, outre ses contributions légendaires au sein du premier quintet de Miles, il avait aussi enregistré des trucs parus sous son nom mais les conditions étaient moches (musiciens imposés) et le coeur n’y était pas. Ces sessions étaient surtout alimentaires… si on peut considérer l’alcool et l’héroïne comme partie intégrante du guide alimentaire américain de l’époque… Ce train d’azur serait donc le premier grand « statement » de Coltrane en temps que chef de meute. Toutes les compositions sont de lui (à part une très belle reprise de la ballade « I’m Old Fashioned ») et il a choisi personnellement tous les musiciens de session. À côté de John au sax ténor, on y retrouve les expérimentés Kenny Drew (piano) et Philly Joe Jones (batterie) ainsi que des petits jeunots pas piqués des vers : Lee Morgan (trompette), Curtis Fuller (trombone) et Paul Chambers (basse). Un line-up de feu composé de musiciens solides en crissss. Là-dessus, on peut dire que Coltrane s’est inspiré du modus operandi de son compère Miles Davis, qui savait s’entourer des meilleurs et les encourager à se dépasser et à prendre le plus de place possible.
Le disque débute par la pièce-titre. Raaaah, cette intro ! Du tout bon. Le mood est très proto Kind of Blue. Nocturne, brumeux, clope à la gueule, film noir. Rapidement, on part sur un solo de Coltrane pétrifiant de bonheur. La maitrise de ce mec est bluffante. Et dire qu’il n’est qu’au début de l’élaboration de son vocabulaire sonore (on est encore bien loin de la période Impulse!). John est ensuite relayé par un Lee Morgan en pleine possession de ses moyens (alors qu’il n’a alors que 19 ans !). S’ensuit un solo de trombone très inspiré de son acolyte Curtis Fuller. Le bluesy Kenny Drew vient colorer la musique d’une remarquable façon (bleu foncé, comme il se doit). La section rythmique est une assise véloce à travers tout cela. Grand titre que voilà !
Le reste de l’album n’est pas en reste : « Moment’s Notice », « Locomotion », « I’m Old Fashioned » et surtout le titre de cloture, « Lazy Bird » (qui démarre en trombe avec la plus belle contribution de Morgan au disque) sont de grands moments de bonheur pour tout fan de jazz qui se respecte.
Un disque important qui représente l’envol de la carrière du Trane ; qui, dans les années suivantes, s’évertuera à réinventer totalement tous les codes de ce genre musical fascinant, le réinventant même pour en faire quelque chose de totalement autre (une expérience spirituelle oserais-je dire). Un MUST-HAVE pour tout mélomane !
Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :
Miles Davis – Kind of BlueSonny Rollins – The BridgeCannonball Adderley – Somethin’ Else
Yes – Going For The One (1977) [UK] Album marquant le retour de Rick Wakeman (qui avait quitté depuis 1974). Un Yes que j’aime beaucoup, très direct, léger et accessible. La chanson titre est incroyablement catchy et Wonderous Stories très charmante.
Nas – Illmatic (1994) [US] Dans les plus grands disques de hip-hop de tous les temps. Et c’était son premier… hallucinant, presqu’un miracle. Les textes, le flow et les beats frôlent la perfection du début à la fin.
The Bee Gees – Horizontal (1968) [UK/Australie] Une très belle phase des Bee Gees se trouve à la fin des années 60. Le groupe faisait de la « baroque pop » qui effleurait le psychédélisme et c’était très réussi, charmant et enivrant.
Michael Jackson – Off The Wall (1979) [US] Mon préféré de ce héros de la pop. Sur Off The Wall, on dirait que Michael et son band sont en feu, ils veulent détruire le mur du son.
Meco – The Wizard Of Oz (1978) [US] Les disques Meco, beau, bon, pas cher et toujours le fun pour les curieux d’entre nous. Et pour les amateurs de savoureuses pochettes scifi!
Uriah Heep – Salisbury (1971) [UK] Sans aucun doute dans le top 3 de l’imposante discographie d’Uriah Heep. La pièce éponyme épique garnie de cuivres est d’une puissance inouïe.
The Beatles – The Beatles In Italy (1965) [UK] Une compilation de singles à la Past Masters, mais spécialement dédiée à l’Italie de l’an 1965. Pourquoi j’ai ça alors que je possède les Past Masters? Parce que je l’ai trouvé. C’est pas mal tout.
The Ventures – Surfing (1963) [US] Groupe classique de l’ère « surf ». Si tu n’aimes pas la guitare après avoir écouté ça, je ne peux rien pour toi.
Vangelis – Opera Sauvage (1979) [Grèce] Musique de film ambient qui tire sur le « progressive electronic » du grand Vangelis en personne. Un de mes préférés de ce compositeur, les émotions bien ancrées dans l’synthétiseur comme seul lui sait le faire.
Les Jaguars – Mer morte / Pour la danse (1964) [QC] Pas mal le band de surf rock numéro 1 au Québec. De la guitare enlevante avec des effets cool et des riffs à tout casser. Classique queb, dans mon livre à moi.
The Corvairs – Mashed Potatoes Time (1963) [QC] Un autre groupe instrumental de type surf qui a dû en faire déhancher plus d’un dans le Québec du début des années 60. Je n’aurai jamais assez de disques dans ce genre là.
Les Clover Boys – Parade De Succès (1963) [QC] Et je termine avec, encore une fois, une formation rétro de Montréal. Cette fois, il y a du chant et on se dirige plus en territoire rock’n’roll bien saxophoné, dansant et bien pop. Une autre belle relique de l’époque.
LÉON LECAMÉ
Beau Nectar – Two Lips LP (electropop/synthpop)
Seek – Kokyou De Shinu Otoko (post-black metal/sludge)
Aphex Twin – Blackbox Life Recorder 21f (dnb/idm/ambient)
Severed Sound System – Bob Moog’s Birthday Live Set ~ 25/06/23 Picnic (electronica)
Bonobo – Dial M for Monkey (downtempo/chill ambient)
Êtes-vous prêt pour une forte dose de DooooooOOOOooooooM, de rock psychédélique, de funk acide, de hardcore punk, de rap enfumé d’la côte est et de métal extrême ??? Ce 13ème épisode des 15 Fréquences vous est alors tout indiqué ! Sébastien Dallaire (Marécages, Badass Commander, Stoned Horses, Fistfuck ; entre autres) vous convie à un rituel haute fréquence où lourdeur primitive s’enchevêtre à merveille à la léthargie lymphatique des esprits les plus embrouillés par multiples substances psychotropes et/ou alcoolisées.
Fermez les lumières, ouvrez-vous une bonne bière de micro, roulez vous un tarpé… et laissez ce marais sonore vertigineusement opiacé vous recouvrir les oreilles, les intestins et la matière grise toute entière.
Bonne écoute tout le monde (y compris les statues de l’île de Pâques).
Tracklist:
Black Sabbath – Cornucopia
Pink Floyd – Interstellar Overdrive
Suffocation – Liege of Inveracity
The Locust – Aotkpta
Genius/Gza – Liquid Swords
Napalm Death – Lucid Fairytale
Arthur Brown – Fire
Sleep – Sonic Titan
Bastard Noise – Earth On A Stretcher
Discharge – Doomsday
Betty Davis – If I’m In Luck I Might Get Picked Up
Incantation – Golgotha
Charles Bronson – Fuck Technology, I’ll Keep My Pocket Change
Style : Neue Deutsche Welle, Minimal Wave, Synth Punk, EBM, New Wave
Liaisons Dangereuses, c’est un projet d’un seul album CULTE ; et un genre de super-groupe underground composé de membres de Einstürzende Neubauten et de D.A.F. (Deutsch Amerikanische Freundschaft). Liaisons Dangereuses, ce sont des expérimentateurs forcenés qui décident de se faire plaisir en pondant un disque de pop… Mais de la pop malsaine, venimeuse, déshumanisée, sordide et pourtant bigrement dansante. Autre particularité assez inhabituelle : on a affaire ici à des Allemands qui chantent (ou « déclament » plutôt, bien souvent) des textes soient en espagnol ou en français (selon la pièce). Bref, on tient ici une bien drôle de bestiole.
Cela débute avec un « Mystère dans le Brouillard » froid et martial. La rythmique industrielle hypnotique (toute de claviers tissée) embarque dès la première seconde. Et puis, il y a cette voix féminine enfantine qui chante (faussement) le titre de la pièce, elle même secondée par la voix d’un homme visiblement dérangé quelque peu. Ce dernier nous récite un texte en français (avec un fort accent) qui fait autant sourire que frissonner : « Comme un aveugle à tâtons… Essaye en vain de trouver… Une lueur un chemin… Tout seul, tout seul… » (alors qu’en arrière, la piste musicale se disloque, devient de plus en plus schizo et démoniaque, se voit gratifiée de pleins d’effets sonores chaotiques puis finit par imploser dans la noirceur opaque).
Vient ensuite LE hit de l’album, « Los niños del parque » (les enfants du parc). GROS groove proto-techno-hardcore ici. Le genre de truc qui aurait pu figurer parfaitement dans la trame sonore du jeu vidéo hyper-violent et psychotronique Hotline Miami. Paroles narrées en espagnol, petits cris de gamine de fond de ruelle ravagée par la méthamphétamine, rythmique binaire maladivement entraînante. Du Soft Cell hispanique et déchu. Un grand morceau. Le rave nihiliste se poursuit avec « Être assis ou danser » qui nous raconte l’histoire d’un garçon qui ne pouvait pas arrêter de danser (et qui finit par crever), le tout sublimé par des petites explosions de sax qui rappellent autant Palais Schaumburg que James Chances et ses Contorsions.
Retour dans le territoire de la langueur perfide avec « Apéritif de la mort »…. « Je vis dans une montagne russe, je suis un glaçon qui fond » nous dit le narrateur alors que des ondes de claviers pourrissants nous recouvre l’âme ternie. Bon Dieu que c’est sombre… Sombre et totalement blasé en même temps. « Kess Kill fé show » pue la sueur, le vomi, la folie et la nuit moite. Une jungle synthétique où l’on se perd avec délice avec sa « pocket calculator » en poche.
La Face B, au moins aussi poisseuse et encore plus sautée, commence avec « Peut être…pas ». C’est minimaliste, funky désincarné, toujours glacé comme un gélato italo-disco. « Avant – après Mars » est peut-être la piste qui fait le plus « asile psychiatrique » du lot. On dirait un patient en pleine déréalisation qui se récite à lui-même une description Wikipédia (inventée) d’une Atlantide qui, dans sa tête, serait bien réelle. Le tout accompagné par ce funk clinicien-intoxiqué (milles et une pilules de couleurs diverses), ces samples douceâtres et ces sons électroniques qui évoquent des autos de course au loin (ou une perceuse ?).
« El macho y la neva » (le mâle et la neige) c’est de la porn-ultra-gay-bondage-avec-moustache-humide sous le Soleil impie des tropiques. Impudique, expérimental à fond, vicieux, défoncé, crasseux, rutilant. Facilement le moment le plus OVNI-esque du disque. « Dupont » poursuit dans le dérèglement le plus singulier. C’est un espèce de trou noir cyberpunk. La bande son d’un film fictif d’exploitation early 80s avec un flic corrompu/psycho qui collectionne des scalps de prostituées et qui se fait un trip de poudreuse avec ses potes mafieux dans un taudis malfamé. La courte pièce titre vient clore le tout et nous rappelle un peu TG ou les premiers disques de Coil.
Ce seul essai discographique du trio est un passage obligé pour toute personne voulant explorer les recoins les plus fétides de la cold wave.
Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :
D.A.F. – Alles Ist GutSuicide – SuicideAlain Bashung – Play Blessures
2003 et son été vaporeux. Je m’en rappelle plutôt mal… comme si c’était un film que j’avais vu à moitié endormi il y a longtemps… Les pires insomnies de ma vie. La solitude volontaire. L’enlisement dans soi. Les ballades en « bécyk » à 3-4 heures du mat ; seul (toujours seul). Les marches sur la voie ferré. La nuit qui, au lieu de porter conseil, ne te laisse qu’errer furtivement en son sein, spectatrice muette et désintéressée. Mes pensées diffuses se répercutant dans un vide toujours plus abyssal. Cannabis à fond + visionnement de la scène du Winkie’s dans Mulholland Drive (pour la première fois… tétanisant). Quelques J-RPG sur Playstation 1 pour occuper le temps. Des bouquins de Poe. Du Black Metal et de l’Ambient comme fond sonore.
Quelques soirées sociales éparses aussi, mais où je n’ai pas vraiment l’impression d’être là. Dépersonnalisation dans toute sa splendeur clinique. l’impression de visionner encore un film (toujours des films) avec une contrefaçon grossière de moi qui joue le rôle de moi et d’autres acteurs de série Z qui jouent (mal) mes connaissances de l’époque. Abus de substances. L’esprit qui vole autour de la pièce. Manquer des bouts… Se retrouver seul à 3 heures du mat, étendu sur le gazon devant une maison qui semble la seule électrifiée dans toute la rue mortifère de cette banlieue-tombeau.
Ce n’est pas vraiment une dépression. C’est juste de l’inexistence. De la fatigue. La fatigue comme mode de vie ; comme mode de perception des choses. Un genre d’envoûtement vaudou. De la brume qui n’est pas vraiment là mais que mon iris commence à apposer sur toute vision qui le traverse. Et cette pensée folle que je suis probablement déjà mort sans le savoir.
Le moment culminant de cet été là… L’hallucination la plus réaliste que j’ai vu de ma vie. Je me demande encore parfois si ce n’était pas réel… Il est entre 3 et 4 heures du matin. J’arpente les rues trifluviennes moribondes, chevauchant mon fidèle vélo. Pas loin de ce qui était jadis l’hippodrome, dans un quartier lorgnant la piste cyclable, j’aperçois soudainement une douzaine d’enfants (8-10 ans) alors que je tourne un coin de rue… La scène est particulièrement saugrenue (vue l’heure tardive évidemment). Mais ce n’est que le début du malaise. Ces enfants ont vraiment un truc qui cloche : visages impassibles, regard froid et absent… aucune interaction verbale entre eux. Ils marchent tous vers la même direction; formant une étrange procession funèbre ; aussi lente que silencieuse. Alors que je peine à comprendre le pourquoi du comment, je vois que les 2 derniers du peloton portent des masques neutres blancs… Grand frisson qui parcoure l’échine… et je les perds alors de vue. Le face-à-face n’a duré que quelques secondes.
Je poursuis ma chevauchée surréaliste au bout de ma nuit ; les enfants damnés s’en sont retourné vers leurs brumes originelles… Que faisait-il là ? À quel sombre Dieu païen ou mésopotamien s’étaient t’ils voués ? Personne ne le saura jamais… et moi même ne saura jamais si ils ont réellement existé ou si c’était mon état mental défaillant qui m’a fait les apercevoir…
Pourquoi je vous parle de tout cela me direz-vous ? Et bien premièrement, « The Starwheel » est un peu la bande son idéale de cet été maudit. C’est sombre à souhait, enveloppant, mystique, habité mais c’est aussi distant et diffus, un peu comme ma matière grise évoquée ci-haut… Et ce n’est pas surprenant que cela provienne de Suède, comme beaucoup de canons du style. Les sous-bois scandinaves recèlent de bien lugubres secrets on dirait bien…
Deuxièmement, je préfère vous relater des souvenirs épars et confus (même si vous en avez rien à foutre) en parlant de dark ambient plutôt que de vous sortir le verbiage éculé du style, comme : ya des boucles, des nappes sonores envoutantes, c’est onirique, c’est bô, ça fait planer, etc… Bref, tout cela vous pourrez le constater à l’écoute de cet excellent disque de Kammarheit.
Quand tous vos cauchemars et tous vos rêves se seront entredévorées et qu’il ne restera plus que le vide… sublimez le avec cette roue étoilée… Vous m’en donnerez des nouvelles (ou pas).
Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :
Brian Eno – Apollo: Atmospheres and SoundtracksRobert Rich – Below ZeroRaison d’Être – Requiem for Abandoned Souls
Vos moribonds sont frais repassés (lombrics compris) ? Vous avez fait l’inventaire de vos haches de guerre ? Votre collection d’ossements humains est finalement classée comme il se doit ? Il est maintenant l’heure de vous offrir un délicieux moment de détente avec ce deuxième épisode d’Agonies Célestes, qui, encore une fois, vous entraînera dans le monde fascinant et polymorphe du Black Metal (à toutes les sauces), avec de sympathiques interludes de synthé donjonné.
Tracklist:
Ulver – Capitel I: I troldskog faren vild
Departure Chandelier – Forever Faithful To The Emperor
Satanic Warmaster – The Vampiric Tyrant
Trolldom – Ur Nattsvart Dimma, Mot Mossens Mörka Vatten
Fogweaver – The Shores of Selidor
Odz Manouk – I Will Crush To Marrow This Crow Of Ill
The Gloomy Radiance Of the Moon – As Quelling Light Devours All
Style : Freak Folk caribéen des ténèbres, Psychedelik-muzik, Junkanoo, Calypso, TRIBAL, Outsider Art, OVNI
Dieu, Satan, Shangô… ils sont dans ma tête à tout jamais ; se délectent de mes péchés, de mon âme tarie, de tout mon être perfide… Les percussions tribales sont terriblement lourdes ; mes visions plus fantasques que jamais. Je perçois les lumières multiples que seul le troisième oeil peut saisir dans la nuit opaque. Visions de zombies putrides, rituels vaudou, sacrifices humains, fantômes psychédéliques, électriiiiiiiiiictié ET étoiles qui virevoltent à vitesse grand V, se percutent en supernovas, s’inversent en trous noirs qui m’avalent l’esprit un peu plus à chaque fois…. ÇA VA VITE ET LOIN EN MOI. Grand prêtres squelettiques se déhanchants follement autour du feu originel. Grimés comme les morts qu’ils incarnent à merveille. Parfois visibles d’un coin d’iris, parfois indiscernables. Leurs yeux noirs brillant de milles galaxies fabuleuses et pétrifiantes. La grandeur absurde de cet infini qui n’a pas fini de me ravager. Ils marmonnent des merveilles d’obscurantisme, animent la chair faisandée… boivent l’ayahuasca à grande lampées dans ces crânes pas tout à fait décharnées faisant office de coupes… se livrent à des vérités ancestrales que mon pauvre cerveau de blanc-bec peine à comprendre dans leur globalité étourdissante… Ils rigolent et jacassent dans un argot coloré alors que la fumée opiacée recouvrent leurs silhouettes émaciées. Ils rient, crient, pleurent… et ils chantent. Oooooh. Ils chantent mes frères ! Et c’est beau. Inquiétant comme une plaie ouverte et infectée, certes, mais triste, TRISTE…. et beau, surtout. Le spectre des orishas les accompagnent dans cette danse macabre et me vrillent les sens.
Je ne suis plus tout là depuis quelques lunes, prisonnier de cette jungle maudite. Ils sont venus me trouver sur ces rochers, alors que j’étais affaibli, entre la vie et les étoiles. Horribles et délectables souffrances que je traverse présentement grâce à eux… j’ai marché sur les chardons ardents. Mes talons noircies en sont ressortis glacés d’une étrange façon… La peau recouvrant mon entité corporelle n’étant plus une nécessité, ils ont commencé à la retirer petit à petit pour s’en délecter… Des oreilles de criss…. ça sent comme les oreilles de criss alors que ça grésillle sur le feu de bois !!!!!
Les drogues liquides qu’ils me font boire ou m’injectent m’ont donné le 3ème oeil… Et je crois qu’un quatrième me pousse dans la paume droite. Je vois de partout maintenant. Plus de jour. Plus de nuit. Plus de réalité. Plus de spatio-temporalité. Les grands anciens sont venus se nourrir à même mes souvenirs. Je délire grave. Et je sais que cela n’aura pas vraiment de fin car il n’y a plus de début maintenant.
Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :
Dr. John – Gris-GrisLula Côrtes E Zé Ramalho – PaêbirúComus – First Utterance
Les marécages des Everglades recouvert d’une brume poisseuse et lymphatique. Une déformation terrible et contre-nature est en train de se produire ; entraînée par cette brouillasse qui est tout droit venue d’un anti-monde où les lois terrestres ne s’appliquent plus. L’avilissement suprême se produit, sans retour possible, transformant tout l’environ immédiat en une pourriture céleste divinement flétrie. Les arbres, spongieux et fétides, semblent être faits de chair moribonde brunâtre-violacée, elle même recouverte de millions de spores aux couleurs chatoyantes. Champignons cosmiques qui vomissent épisodiquement une épaisse fumée psychotrope dont le moindre reniflement plonge l’aventurier dans divers états de détérioration physique et mentale. Perte de repères, étourdissements, nausée, rêves éveillés de Grands Anciens et autres Dieux-insectes qui te rongent la matière grise avec leur dents avides et rectilignes, désir bouillant d’auto-cannibalisme se concluant toujours par le retrait violent et soudain (à même ses doigts) de ses propres globes oculaires ; pour les engloutir et les croquer en caquetant dans une langue inexistante. Les altérations, terribles, touchent aussi la faune limitrophe. Les oiseaux, semblant être recouverts de goudron fumant, ont les ailes flétries et granuleuses. Des tentacules roses et juteux qui poussent de leurs entrailles sont maintenant leur seul moyen de se mouvoir de manière patibulaire. Et ils poussent des cris à vous glacer les sens… Des cris qui n’ont rien de notre monde. On dirait le grognement primaire, vorace et stupide des étoiles elles-mêmes… Les alligators ont pris une taille vertigineuse. De plus, ils ont la peau recouverte intégralement de yeux. Des milliers de yeux globuleux regardant dans toutes les directions en même temps. Des petits, des moyens, des gros ; tous jaunâtres, furtifs et méchants. Et dans leurs gueules insatiables, chaque dent acérée est couverte de yeux rouges qui vous regardent avec délice pendant qu’ils vous broient les chairs et les os… Ne parlons même pas des araignées, si ce n’est qu’elle peuvent aisément vous recouvrir l’être tout entier en quelques secondes et se frayer un chemin sous l’épiderme pour y pondre leur progéniture acide qui vous fait fondre de l’intérieur et dégueuler des bébés mygales maculées de sang et de tissus stomacaux/pulmonaires.
En s’enfonçant toujours plus loin dans le marais fuligineux, alors que chaque nouveau pas dans l’indicible peut entraîner la perte totale de la raison (et celle de chaque membre du corps, arraché par une paire de dents venue du grand vide), on finit par oublier ce qu’il y avait avant, ce qu’on a été avant. On erre dans ces limbes de suie et d’humidité saumâtre. Et au centre du marais, on découvre le monument de pierre, sorte de tour approximative aux angles et à la structure impossibles.. Sa construction remonte à des temps plus anciens que le temps lui-même. Le susurrement fielleux de la bête qui y habite finit de faire fondre le peu de matière grise qu’il vous restait. Et là, dans un vrombissement batracien, l’énorme sangsue ailée sort de son tombeau et fonce droit sur vous, sa peau couleur ténèbres lézardée d’appendices rosâtres impatients de se repaître. Tout devient lambeaux et jus d’organes. Le monstre vous liquéfie pour mieux vous boire tout entier.
Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :
Death – Scream Bloody GoreMorbid Angel – Altars of MadnessCeltic Frost – To Mega Therion
Nous en sommes déjà au 12ème épisode des 15 Fréquences Ultimes et je préfère vous avertir : c’est un épisode MAMMOUTH !!! L’ébouriffant et ineffable Jean-Sébastien Truchy (Le Fly Pan Am, Red Mass, Avec Le Soleil Sortant De Sa Bouche, Set Fire To Flames, Wisigoth, Souffle, Labios, Molasses, E.S. / I.S.) nous convie à près de 7 heures (!!!) de musique (6 heures, 54 minutes et 34 secondes plus exactement). Je mets tous les futurs candidates et candidats au défi de battre ça !
JS Truchy est un musicien polymorphe qui est présent sur les scènes rock expérimentale, électronique et avant-gardiste (at large) depuis le milieu des années 90. Je suis fan de ses divers projets sonores depuis le début des années 2000 et c’est donc pour moi un honneur grandiose de pouvoir publier ce mix fascinant qui va dans tous les sens : rock n’ roll, ambient, musique électronique et électro acoustique, drone, microsound, harsh noise, crust punk, minimalisme, poésie sonore/spoken word, folk baroque, powerviolence, rock choucroute et Scott Walker (parce que ce monsieur est un style à lui tout seul !).
Notre plus que sympathique compère nous a aussi écrit un beau texte accompagnateur :
Un choix difficile. J’ai opté pour certains titres qui m’ont marqués pour différentes raisons. Quelques fois le choix de ces titres, comme Headphones de Bjork, remplie plusieurs fonctions en soulignant un style de musique faisant écho à plusieurs styles, à plusieurs artistes (Pan Sonic, Ryoji Ikeda) que j’aurais voulu inclure. Cette liste fait aussi fi de mon amour pour la musique (pop ou non) orchestrée (bien que celle-ci soit représentée avec la pièce de Joanna Newsom), ainsi que de mon amour pour la musique rythmique, que celle-ci soit électronique ou non, et finalement de mon amour pour la musique dite du monde.
Merci pour cette occasion de repasser au travers de ces moments clés qui m’accompagnent toujours aujourd’hui.
Bonne écoute à tous et à toutes, qui que vous soyez (et en particulier aux funambules unijambistes bulgares).
Tracklist:
Little Richard – Keep a Knockin’
Merzbow – Ananga Ranga
Crossed Out – Practiced Hatred
Union of Uranus – Panacea
John Zorn – Redbird
Bernhard Günter – Untitled I_92
Björk – Headphones (Remix)
John Cage – Empty Words (1974-79) – Part III
Bernard Heidsieck – Vaduz
Alvin Lucier – I Am Sitting In A Room
Eliane Radigue – Mila’s Journey Inspired by
Giusto Pio – Motore Immobile
Tony Conrad With Faust – From the Side of Man And Womankind