Playlist

PLAYLIST #13 – Semaine du 19 juin 2023

SALADE D’ENDIVES

PHYSIQUE :

  • Schubert – Arpeggione Sonata, Trio No. 2 (Marie-Elisabeth Hecker, Antje Weithaas, Martin Helmchen) (Alpha Classics, CD)
  • Tchaikovsky – Symphonies Nos 1-3 (Gergiev, LSO) (LSO Live, 2 x SACD)
  • Miles Davis – Relaxin’ With The Miles Davis Quintet (Prestige, CD)
  • Miles Davis – Cookin’ With The Miles Davis Quintet (Prestige, CD)
  • Miles Davis – Workin’ With The Miles Davis Quintet (Prestige, CD)
  • Miles Davis – Steamin’ With The Miles Davis Quintet (Prestige, CD)
  • Miles Davis All Stars – Walkin’ (Essential Jazz Classics, CD)
  • Sun Ra And His Solar Arkestra – Horizon (Strut, Vinyle)
  • Sun Ra – Disco 3000: Complete Milan Concert 1978 (Art Yard, 2 x CD)
  • Magma – Ëmëhntëhtt-Ré (Seventh, CD)
  • The Can – Monster Movie (Spoon, Vinyle)
  • Renée Claude – Vol 2 (Select, Vinyle)
  • Andrée Champagne – Mots Simples, Mots D’Amour (Polydor, Vinyle)
  • Groupe De Recherches Musicales De La R.T.F. – Musique Expérimentale (Finders Keepers, Vinyle)
  • John Cage / Luciano Berio / Ilhan Mimaroglu – Electronic Music (Turnabout, Vinyle)
  • Marja Ahti – The Current Inside (Hallow Ground, Vinyle)
  • Nicholas Szczepanik – The Chiasmus (Basses Frequences, CD)
  • Romance – Once Upon A Time (Ecstatic, Vinyle)
  • Joy Division – Unknown Pleasures (London, CD)
  • Israthoum – Arrows From Below (New Era, Vinyle)
  • Silencer – Death – Pierce Me (Autopsy Kitchen, CD)
  • Gris – Il Était Une Forêt… (Sepulchral, CD)
  • Nico – The Marble Index (Elektra, CD)
  • Julia Holter – Have You In My Wilderness (Domino, CD)
  • Sly & The Family Stone – Fresh (MOV, Vinyle)
  • Autechre – Chiastic Slide (Warp, CD)
  • Merzbow – Expanded Musik 2 (スローダウン, CD)
  • Merzbow – StereoAkuma (Room40, CD)
  • Shinki Chen & His Friends – Shinki Chen (Universal Music, CD)
  • Haru Nemuri – 春と修羅 (Perfect Music, CD)
  • Midori Hara – MiDo (Triad, Vinyle)

GUILLAUME P. TRÉPANIER

Écoutes récentes en rafale, de gauche à droite:

  • L’index – Échos miroirs (2023) [QC]
    Groupe de post-punk trifluvien avec le magnifiquement chaussé de chaussettes Frédérik Roy. Ça sonne comme si Salvador Dali avait été le manager de Joy Division et qu’ils avaient viré une brosse sur le cidre.

  • Sigur Rós – Ágætis Byrjun (1999) [Islande]
    Classique ultime du groupe #1 de post-rock islandais. Chaque écoute feel comme si c’était la trame sonore de notre vie qui défilait devant nous, la perception du décor qui nous entoure change, tout devient soudainement magnifique et important. Grand disque.

  • Slipknot – Iowa (2001) [US]
    Probablement un des albums les plus violents de tous les temps, enregistré en des circonstances troubles tant pour le band que le gars derrière la console. Une décharge de haine et de colère qui s’avère très exutoire et qui au final, avouons-le, fait beaucoup de bien.

  • Dudu Tassa & Jonny Greenwood – Jarak Qaribak (2023) [Israël/UK]
    Collaboration entre le compositeur et musicien rock d’Israël Dudu Tassa et Jonny Greenwood, guitariste de Radiohead et compositeur de plusieurs bandes sonores originales. On y retrouve du jazz/pop dans les gammes arabes sous un fond subtil qui rappelle la touche électro de Radiohead et des cuivres vraiment enveloppants et surprenants.

  • Dennis Wilson – Pacific Ocean Blue (1977) [US]
    Clairement un des meilleurs albums pop/rock des années 70, mettant en vedette l’insoupçonné talent de frontman du drummer des Beach Boys. Il y avait certainement un excès de talent dans la famille Wilson.

  • Robert Wyatt – Shleep (1997) [UK]
    Mon deuxième préféré de Robert Wyatt après Rock Bottom, rien de moins. Shleep est pour moi l’album où il nous offre ses plus magnifiques chansons, tant au niveau des textes que de la musique. Un album doux, vivant, réfléchi et coloré.

  • The Beatles – Abbey Road (1969) [UK]
    Le classique des classiques, titre mérité, pour les Beatles qui y vont d’un de leur plus grand effort studio. Je ne m’étendrai pas sur le sujet, ceux qui connaissent connaissent, ceux qui haïssent haïssent, mais pour moi c’est un des albums les plus parfait de tous les temps sur tous les aspects.

  • Procol Harum – Exotic Birds And Fruits (1974) [UK]
    Pitchez-moi des roches, mais c’est un d’mes préférés de Procol Harum. Moins prog, plus pop, très « art rock », surtout catchy avec le focus mis sur la voix. Je le trouve magnifiquement bien exécuté et engageant.

  • Rush – 2112 (1976) [Canada]
    Un classique personnel de mon adolescence (même si j’ai été ado dans les années 2000). J’étais fasciné par à peu près tout : l’histoire derrière le texte de Peart pour la pièce titre, la basse heavy, rapide et technique de Geddy, la puissance du son et la dynamique du jeu d’Alex Lifeson… J’ai découvert 2112 vers 12-13 ans et je vais l’écouter jusqu’à la fin de mes jours.

  • The Districts – A Flourish And A Spoil (2015) [US]
    J’ai découvert The Districts sur les plaines d’Abraham en première partie des Rolling Stones. Le public des Stones semblaient vraiment ouvert à découvrir un jeune groupe underground (en fait non, pas du tout, c’était presque gênant). De mon bord, j’ai accroché solide, ils ont livré une performance hors du commun, très ressentie et leurs tunes étaient A1, instantanément gravées dans ma tête à jamais.

  • Steven Wilson – The Future Bites (2021) [UK]
    Album mitigée parce qu’électro/pop de l’artiste prog Steven Wilson. Je trouve que c’est une réussite, pièces catchy et production impeccable. C’est d’autant plus impressionnant quand on sait que Steven Wilson fait tout. Il compose, écrit, enregistre, mixe… Rares sont ceux qui font tout ça aussi bien que lui.

  • R.E.M. – Chronic Town (1982) [US]
    Premier EP d’R.E.M. Je ne suis pas le plus grand fan du groupe, j’adore certains albums et d’autres me laissent indifférent, mais ce petit lot de 5 morceaux jangle pop/post-punk de 1982 passe diablement bien sur le tourne-disque!

LÉON LECAMÉ

  • Godflesh – Purge (groove métal industriel)
  • Pupil Slicer – Blossom (blackened hardcore/post-metal)
  • Sigur Rós – Átta (ambiant/musique de chambre/post-rock)
  • From The Ages – II (instrumental/psychedelic/stoner rock)
  • M. Ward – Supernatural Thing (pop-rock/americana)
  • Lore – Lore (heavy psych stoner doom)
  • Delirium Tremenss – Do Drugs & Hate Your Local Government (psychotropic occult synth)
  • Mondernte – Canticles of Ecstasy (neofolk/ritual black ambient)
  • The Hu – Hellfest 2023 – ARTE Concert (folk metal)
    https://youtu.be/TlfzQaNlSxo
critiques

After Crying ‎– Megalázottak És Megszomorítottak

Année de parution : 1992
Pays d’origine : Hongrie
Édition : CD, EMI-Quint – 1992
Style : Rock Progressif, Prog de chambre, Jazz

Je suis un grand amateur d’art visuel, qu’on parle de photographie ou de dessin (sous toutes ses formes et anti-formes). Par conséquent, je suis fan de pochettes de disques. C’est une des principales raison me poussant à continuer d’acheter des disques, et non à les télécharger. Un disque, c’est un tout. Pas juste des chansons disparates sur un vulgaire morceau de plastique. C’est un savant assemblage d’ambiances et d’atmosphères, musicales avant tout, mais visuelles aussi. J’aime quand la pochette d’un album, en plus d’être belle, réussit à représenter parfaitement la musique qu’elle annonce. Elle devient par le fait même une extension de la musique – une sorte de fenêtre ouverte sur un monde sonore unique… Des fois, il m’est même arrivé d’acheter un disque sans, au préalable, connaître le groupe et sa musique – juste parce que la pochette m’intriguait, me parlait. Dans le cas du quatrième album d’After Crying, ce n’était pas le cas. J’avais déjà entendu la musique sublime de l’ensemble hongrois mais quand j’ai finalement acheté le disque, j’ai pu constater à quel point la photographie ornant sa pochette était évocatrice de ce qu’il contenait : des arbres morts, suspendus dans la brume hivernale et nocturne, faiblement éclairés par un rayon de lune… Tout cela, on l’entend dans la musique d’After Crying. On le ressent. On le voit.

Megalázottak és megszomorítottak (digne d’un titre de Godspeed en hongrois !) est un disque résolument unique dans le schéma progressif moderne. Les mecs d’After Crying s’inspirent des plus grands de la première vague de prog anglais (King Crimson, ELP, Genesis), de la musique classique (milieu dont les membres du groupe proviennent) et du jazz (on sent l’influence de Miles !) pour créer un album de prog mélancolique et atmosphérique à souhait. Les compositions sont longues, planantes et somptueuses. Dès les premières secondes d’ « A gadarai megszállott », pièce maîtresse du disque, on est transporté dans cette forêt ci-haut illustrée où froideur et chaleur, tristesse et beauté s’entremêlent au gré des notes sorties d’un piano fantôme, des cordes (violoncelle / violon) et des voix humaines éparses. Ça ne se presse pas – ça monte, en douceur et en émotion, petit à petit… Soudain, à travers cette magnificence sonore, s’élèvent une horde de cuivres déchaînés et de bois schizoïdes (trompette, trombone, basson, flute) rappelant autant la période Lizard du roi pourpre que Bitches Brew, l’éternel.


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :

15 Fréquences, Mixtapes

15 Fréquences Ultimes – Épisode 11 – Lysandre

Hey les cocos ! C’est l’heure de votre régal sonore hebdomadaire ! Et cette semaine, je suis complètement euphorique car j’ai la chance inouïe de vous présenter les sélections musicales fort éclatées de l’éblouissante Lysandre Ménard. En plus d’être une personne hautement sympathique, Lysandre est musicienne de formation classique (en piano, qu’elle a notamment étudié au Royal Academy of Music, à Londres) et une comédienne de talent. Elle nous a gratifié d’un premier disque solo dangereusement magnifique l’an passé : « Sans Oublier » (mon meilleur album québécois de 2022). Sinon, elle joue aussi du clavier dans le groupe de gamer jazz Ping Pong Go et accompagne souvent notre Klô Pelgag chérie en pestak. Et ça, c’est sans compter toutes ses autres collaborations musicales… Elle trouve même le temps d’accueillir avec bienveillance mes (trop) nombreuses suggestions musicales dans nos épisodiques conversations Messenger. Bref, voilà la une femme occupée et on ne s’en plaindra pas quand le résultat est aussi fabuleux pour nos tympans gorgées jusqu’à plus soif de toute cette liesse sonore généreuse et abondante.

Fun fact : Lysandre a inspiré (subliminalement) le nom du présent blogue musical. Vous irez écouter sa superbe pièce « La pointe du monde » où elle les chantaient déjà ces paradis étranges (avant même que ce petit coin du web n’existe)…

La mixtape de Lysandre, c’est un peu comme un beau film insolite. Au début, ya un générique un peu space et new agey, gracieuseté de Beverly-Glenn Copeland, ce génie qu’on a eu la chance de redécouvrir ces dernières années avec les belles rééditions qui sont sortis (quelle voix !). Notre film s’ouvre sur un plan de nature fantasque et un brin surréaliste (Arthur Russell en fond sonore). Puis, notre protagoniste principale apparaît à l’écran. Situation initiale : on découvre sa personnalité, sa famille, ses amis à travers la musique de la Galloise Cate Le Bon ; et son monde intérieur, ses joies, ses peines, ses rêves (parfaitement illustrés par Steve Reich)… Élément déclencheur : Oneohtrix Point Never (annonciateur des dangers futurs) commence à faire chavirer notre héroïne dans la tourmente. Succession de plans expérimentaux, autant diurnes que nocturnes, parfois urbains, parfois forestiers… Après quoi, c’est le point de rupture avec Messiaen. Obsédante, ensorcelante, troublante Oraison que voilà. Dur de se sortir de cet espèce de trou noir où s’entremêlent doute et torpeur languissante… Mais l’amour salvateur (via les garçons du bus mielleux) arrive sans crier gare et réussit à élever notre personnage principal ; du moins provisoirement. Moment de bonheur furtif, hélas, car voilà le moment un tantinet ÉPEURANT du film. Un monstre art rock nommé SUUNS fait irruption ! Dans la fuite crépusculaire sonorisée par Beak>, nos amants sont séparés. Retour à l’incertitude, à la mélancolie et aux regrets du passé (Molly Drake)… Au terme de cet épisode mélodramatique, l’espoir renaît avec du Mbira ravissant et solennel. On s’approche petit à petit du dénouement, où notre héroïne adorée réussi à conquérir ses démons intérieurs et à devenir la meilleure version d’elle-même (avec l’aide de Björk). Elle arrive toute bad-ass, en dansant sur du Jeanette, et s’apprête à botter le cul du monstre (désolé SUUNS de vous faire porter le chapeau du méchant). Après un combat pour le moins épique (au travers duquel un taille-bordure, une paire de mocassins, une flûte et un pédalo sont utilisés), le mal est enfin vaincu ! Place au calme miséricordieux de Linda Perhacs. Et ça fini avec le plus grand Soleil du monde, alors que l’épais linceul d’une nuit qu’on croyait éternelle se retrouve transpercé par un jour nouveau (Ravel). Générique. FIN.

Écoutez cette mixtape les amis ! Vous allez voir que c’est LA MEILLEURE AFFAIRE !!!

Tracklist:

  1. Beverly Glenn-Copeland – Ever New
  2. Arthur Russell – A Little Lost
  3. Cate Le Bon – Home to You
  4. Steve Reich – Music for 18 Musicians (extrait)
  5. Oneohtrix Point Never – Zebra
  6. Olivier Messiaen – Oraison
  7. Honeybus – Be Thou by My Side
  8. SUUNS – Translate
  9. Beak> – When We Fall
  10. Molly Drake – I Remember
  11. Mbira dzeNharira – Toputika Neshungu
  12. Björk – Human Behaviour
  13. Jeanette – Porqué te vas
  14. Linda Perhacs – Dolphin
  15. Maurice Ravel – Ma Mère L’Oye, Apothéose: Le Jardin Féerique

Vous pouvez suivre et encourager Lysandre sur son Bandcamp, son Instagram ou encore sa page Facebook.

Playlist

PLAYLIST #12 – Semaine du 12 juin 2023

SALADE D’ENDIVES

PHYSIQUE :

  • Pomerium – Musical Book Of Hours (Archiv Produktion, CD)
  • Josquin Des Prez – Miserere Mei Deus (Cappella Amsterdam, Daniel Reuss) (Harmonia Mundi, CD)
  • Current 93 – Soft Black Stars (Durtro, CD)
  • Batsumi – Batsumi (Matsuli Music, Vinyle)
  • Jim O’Rourke / Apartment House – Best That You Do This For Me (Another Timbre, CD)
  • Hermann Nitsch – Orgelkonzert (I Dischi Di Angelica, CD)
  • Ichiko Aoba – 0 (Speedstar, CD)
  • Gal Costa – Gal Costa (Philips, CD)
  • Beverly Copeland – Beverly Copeland (Return To Analog, Vinyle)
  • Pa Vesh En – Pyrefication (Iron Bonehead, Vinyle)
  • Mobb Deep – The Infamous (Loud, CD)
  • Marconi Notaro – No Sub Reino Dos Metazoários (Fatiado Discos, Vinyle)
  • Sleep – Dopesmoker (Tee Pee, CD)
  • New Risen Throne – Whispers Of The Approaching Wastefulness (Cyclic Law, CD)
  • Christian Death – Ashes (Season Of Mist, Vinyle)
  • Jimmy Radway & The Fe Me Time All Stars – Dub I (Pressure Sounds, Vinyle)
  • Liaisons Dangereuses – Liaisons Dangereuses (Soulsheriff, Vinyle)
  • Bobby Hutcherson – Happenings (Blue Note, Vinyle)
  • Les Goules – Les Animaux (P572, Vinyle)
  • Sonic Youth – Confusion Is Sex (Plus Kill Yr. Idols) (Geffen, CD)
  • Dead Kennedys – Fresh Fruit For Rotting Vegetables (Cleopatra, CD)
  • Bollywood Bloodbath (Finders Keepers, CD)
  • Queen – Queen II (Hollywood, CD)
  • King Crimson – Islands (Steven Wilson & Robert Fripp Remix) (Discipline Global Mobile, Vinyle)
  • Evilfeast – Lost Horizons Of Wisdom (Eisenwald, CD)
  • Vrörsaath – Moonlight’s Wrath (ASRAR, Vinyle)
  • Jorge Trasante – Folklore Afro Uruguayo (Lion Productions, Vinyle)
  • Zeena Parkins & Ikue Mori – Phantom Orchard (Mego, CD)
  • Pharoah Sanders – Thembi / Black Unity (Impulse! 2-On-1, CD)
  • Big Star – #1 Record (Fantasy, CD)
  • Roedelius – Wenn Der Südwind Weht (Bureau B, Vinyle)
  • The Mars Volta – De-Loused In The Comatorium (Universal, CD)
  • C’est Chic! (French Girl Singers Of The 1960s) (Ace, Vinyle)

STREAMING :


GUILLAUME P. TRÉPANIER

Écoutes récentes en rafale, de gauche à droite:

  • Naujawanan Baidar – Khedmat Be Khalq (2022) [US/Afghanistan]
    Naujawanan Baidar est le projet de N. R. Safi, membre du groupe The Myrrors, où il tire ses influences directement de ses origines afghanes. Heavy psych, noise rock, pashto-folk… ça donne un son et une expérience assez unique, digne des cassettes obscures du Moyen-Orient dans les 70s-80s.

  • HMLTD – The Worm (2023) [UK]
    Ici, nous avons un album-concept ultra ambitieux de la formation HMLTD. Opéra rock, glam, prog, musique symphonique, art pop… Extrêmement difficile à décrire et même à saisir. Je dois admettre qu’il m’a fallu au moins 3 écoutes avant d’être séduit au point de me procurer le disque. Je trouve ça fascinant de voir un groupe de rock actuel s’engager dans une aventure aussi monumentale pour l’enregistrement d’un album. Qu’on aime ou pas, il s’agit ici d’un travail colossal, sans aucun doute.

  • Altın Gün – Aşk (2023) [Pays-Bas]
    La formation qui reprend des chansons turques rétro pour leur donner une seconde vie sous forme de rock psychédélique anatolien en arrive déjà à son 4e opus. On sent ici un retour aux sources du son de leur premier album. Ça beau être exécuté dans un style plus niché, je recommande ce groupe à absolument tout le monde. Du bonbon qui s’écoute n’importe quand.

  • Dopey’s Robe – Velvet Skinner (2020) [Canada]
    Groupe cruellement méconnu dû à une sortie d’album en pleine pandémie, sans tournée promotionnelle. Du rock psychédélique bien transcendant qui saura certainement plaire aux fans de King Gizzard et de psych plus heavy actuel.

  • Blue – Blue (1973) [Écosse]
    Entre 1973 et 1976, il y a eu une genre de vague « soft rock », pop et folk. Un peu à la Murray Head, pour donner un exemple. J’suis pas nécessairement un fan de soft rock, mais j’apprécie beaucoup cette vague particulière. Souvent, ça donnait des maudites belles tunes qui font du bien, aux harmonies vocales incroyables. C’est le cas de Blue. Sur ce disque, il y a des méchantes bonnes tunes pop, rock et folk. Très feel good, qui s’écoutent comme une brise en été. Je ne vois pas comment on peut écouter des chansons comme « Sunset Regret » ou « The Way Things Are » sans se sentir en paix et avoir le goût de chanter.

  • John Williams – Close Encounter Of The Third Kind (1977) [US]
    Je suis dans une phase John Williams, alors pourquoi pas! Je trouve que celle-ci est sa bande sonore la plus sombre et mystérieuse, parfois menaçante, parfois atmosphérique et floue. Surtout, assez iconique comme à l’habitude, grâce aux sons avec lesquels les extraterrestres communiquent. Quand quelque chose de bizarre se produit, je fredonne souvent à la blague la fameuse petite mélodie thématique.

  • John Williams – Indiana Jones : Raiders Of The Lost Ark (1981) [US]
    On ne peut pas parler de maître Williams sans passer par l’emblématique thème d’Indiana Jones. À la suite de la mélodie iconique, on a ici une musique qui suit pas à pas le célèbre aventurier, on ressent l’action à travers la musique, c’est directement lié, on devine l’histoire à travers elle. Une réussite totale.

  • The Beach Boys – Surf’s Up (1971) [US]
    Un des meilleurs albums des Beach Boys. Bien qu’il s’agisse d’un album définitivement pop, on sent ici que Brian Wilson et ses acolytes se sont concentrés uniquement sur l’aboutissement d’arrangements plus soignés et raffinés plutôt que de pondre le prochain hit radio de l’heure.

  • Temples – Volcano (2017) [UK]
    En 2017, Temples étaient attendus avec une brique et un fanal par les fans, qui ne désiraient qu’un album encore meilleur que leur tout premier, Sun Structure. Le changement de direction vers l’électro-pop a été plutôt mal accueilli. Et pourtant, il est tellement excellent et savoureux ce disque, des riffs et des tones super catchy. Dommage pour eux, mais chez nous ça tourne encore!

  • The Wings – Back To The Egg (1979) [UK]
    Le tout dernier disque des Wings après une magnifique aventure ancrée à jamais dans les 70s. Un album semi-concept ou thématique ou en tout cas… qui flirte avec les tendances new-wave/punk de l’époque. Paul était rendu là et il faut le dire, c’est plutôt réussi même s’il ne s’agit pas de ses plus grandes chansons ou de son œuvre la mieux accueillie par les critiques.

  • R.E.M. – Green (1988) [US]
    Mon préféré d’R.E.M. Les moments plus acoustiques et naturels viennent beaucoup me chercher. Les hits sont excellents sans être « overplayed ». Gros must chez nous.

  • Gong – Shamal (1976) [UK]
    Oui, d’accord, Daevid Allen n’est pas là, mais… ça reste de l’excellent jazz-rock de la scène Canterbury alors, qu’est-ce tu veux. Je l’aime beaucoup! Shamal demeure riche en arrangements et accrocheur même si majoritairement instrumental.

LÉON LECAMÉ

  • Witan – Alchemy (dungeon synth/cosmic ambient)
  • Snakemother – Snakemother (doom metal/sludge/tribal ambient)
  • Absølutiøn – This Eternal Decay (gothic rock/postpunk/darkwave)
  • Fact Pattern – From Where You’re Hiding (post-industriel/post-rock)
  • Pillar of Men – ਐѪ〠 (pre-columbian/dungeon synth)
  • Leena Malak Feat. Gasan Mamedov – Arabic Tango (1998)
  • Flowers Of Rust – Putrescence (blackened sludge metal)
  • Minyo Crusaders – Echoes of Japan (folk nippon/world/fusion)
  • Count Spookula – Monster a Go-Go (heavy/psych/doom metal)
  • Menk – Mental Paradigm FULL EP (2023 – Deathgrind)
  • So Violento – Elegía Moderna single (postpunk)
  • Anubiz – Leid (métal gothique symphonique)
critiques

Flešš – Volume 1

Année de parution : 2017
Pays d’origine : Canada (Ontario)
Édition : Vinyle, Les Fleurs du Mal / Amor Fati – 2019
Style : Black Metal vampirique

Un vieux château en ruines aux abords d’un marais frelaté, n’appartenant à aucun temps ; aucune époque, englouti dans une brume grisâtre et maladive. Une masse de pierre noire qui s’élève au dessus du smog, semblant vouloir caresser un ciel gris et informe. Aucune fenêtre, juste une énorme porte de rouille qui grince atrocement à l’ouverture. À l’intérieur : des murs spongieux et avariés. On dirait de le chair boursoufflée, tarie, brunâtre. Une puanteur terrible règne sur les lieux. L’eau viciée s’est infiltrée partout ; une glaise grasse et grouillante recouvre les planchers du premier étage ; des crapauds corrompus et étrangement luminescents se promènent ça et là, avancent à tâtons, rendus aveugles par des années de régression, croassent dans leur nuit éternelle.

Une visite des étages supérieurs révèle la démence des derniers habitants du château… Ossements multiples, rideaux tailladés, meubles fracassés, morceaux de chair fossilisés (des langues, surtout), murs tapissés de sang séché, amas spongieux recouvrant ce qui jadis était probablement des carcasses humaines, statuettes de pierre à l’effigie d’un quelconque Dieu insectoïde délirant que des mots maladroits ne pourraient décrire tant le malaise éprend l’âme de quiconque ose les regarder trop longtemps… Ici, Il fait… presque chaud… Malgré le froid de fin d’automne et le vent larmoyant qui sévit à l’extérieur, malgré la pluie… à l’intérieur, il y cette tiédeur fiévreuse, comme si toute la construction impie était vivante mais agonisante, atteinte d’un mal terrible.

Un cri lointain semble provenir de la cave… Là, c’est l’obscurité totale mais il fait encore plus chaud. La lampe torche révèle les horribles gravures sacrilèges qui recouvrent murs et plancher. Des dessins grotesques, qui montrent des hommes-créatures aux dents acérées se repaître d’enfants, des excisions de langues et d’oreilles, des crapauds géants ailés au yeux crevés drapés de casques d’étain… Plus on longe le mur et plus la technique du graveur semble devenir discordante, dépravée, dégénérée … Signe d’une régression inéluctable et profonde. On ne comprend plus ce qu’on voit, si ce n’est qu’une espèce de mare de tentacules surréalistes avec, aux extrémités, des crocs aiguisés.

Ici, il y a encore plus d’eau et des crapauds encore plus gros qui montrent les signes d’une dégénérescence physique perfide. Stupides, patibulaires, ils se cognent les uns aux autres, parfois s’attaquent, s’entredévorent, parfois se déchirent eux-même les pattes avec leur bouches munies de dents jaunâtres et coupantes… Au milieu du cachot, se trouve une crevasse profonde, possiblement sans fond. Les cris viennent de là. Ils sont plus clairs à présent. Des cris à la fois vampiriques et batraciens. À glacer le sang. Comme des petits coups de couteau sur l’échine. Une espèce d’anti-musique s’élève de ce puit des morts ; ou plutôt un vrombissement qui ne ressemble à rien d’autre, qui se suffit à soi même. Un bourdonnement satisfait, gloupide et tari qui se délecte dans sa déviance, qui se plaît à roucouler dans les ténèbres originelles des ombres inaltérables.

Savourer l’euphorie de l’inexistence. Se gorger de folie rampante. Glorifier toute déchéance. Nourrir le chaos jusqu’à lui asservir sa propre chair, lui permettant d’y pondre un million d’immondices moribondes. Redonner naissance à ce qui est mort pour célébrer le voir périr de nouveau.

This is Flešš.


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :

critiques

Dick Hyman – The Age of Electronicus

Année de parution : 1969
Pays d’origine : États-Unis
Édition : Vinyle, Command – 1969
Style : Électronique, MOOG-muzik, Space Age Pop

Anyone ready for some good ol’ kitschy super-moog fun times ?

De toute la flopée de disques de moog sortis à cette époque (fin 60s/début 70s), cet album de Dick Hyman est un de mes préférés. Et je suis peut-être vraiment juvénile/con mais bordel que j’aime le fait que le gars s’appelle plus ou moins PÉNIS HYMEN !!! ahem… Donc monsieur Hyman nous livre ici des versions électronico-lounge-expé-psychotroniques hautes en couleur de chansons populaires de l’époque avec en prime, une pièce complètement chef d’oeuvrifique de son cru (nous y reviendrons tout à l’heure).

La Face A débute avec une reprise de la mal-aimée « Ob-La-Di, Ob-La-Da » des Beatles (un petit groupe underground de Liverpool). C’est ARCHI-kétaine mais aussi ULTRA-délicieux-sirupeux comme vous pouvez vous en douter. Le Moog (merveilleux instrument que j’aimerais posséder) est utilisé à plein escient, transformant la pièce en genre de musique d’interlude de la série animée « Les Jetsons ». On tombe ensuite dans les méandres troubles d’une version COLOSSALE de « Give It Up, Turn It Loose » de ce cher James Brown. C’est un des sommets du disque à mon avis. Une magistrale transformation de la pièce d’origine qui devient ici quelque chose de complètement différent… Genre : La bande son funky d’un boss-fight impétueux de Mega Man 2 sur le LSD.

Autre cover ensuite des garçons dans l’vent avec « Blackbird ». C’est fromagé-cute, mais on perd totalement le côté hautement émotif de l’originale. S’ensuit une autre innombrable reprise de « Aquarius » (de la comédie musicale « Hair »), pièce qui je crois a été la plus reprise par des musiciens électro de l’époque (je ne compte plus les différentes déclinaisons). La version Hyman est une des meilleures moutures à mon sens (avec son petit aspect proto-kraftwerkien en filigrane). Le côté d’galette se termine avec la géniale « Green Onions » (initialement popularisée par Booker T. and the M.G.’s). Rencontre au sommet entre Rhythm & Blues et musique proto-électronique… Pour ramener une référence vidéoludique (on y pense souvent quand on parle de ce genre de disques), cela ne m’aurait guère étonné de voir le célèbre band bluesy-surréaliste de Earthbound, le Runaway Five, jouer cet air de cette manière bien particulière.

On passe ensuite aux choses sérieuses sur la Face B avec en ouverture : la seule pièce tirée du cru perso de monsieur Hyman… et QUEL morceau ! « Kolumbo » est LE chef d’oeuvre absolu de l’album et aussi une de mes pièces électroniques préférées de tous les temps. Beaucoup plus austère et expérimentale que le restant du disque (qui cultive une ambiance plutôt « bon enfant »). On plonge ici en plein coeur de la machine, du filage, des connexions, du calibrage électrique et de la psyché d’un homme qui tente de créer vraiment quelque chose de complètement nouveau… C’est un peu le bad-trip de LSD d’un ordinateur ce truc. Et ça a du être un sérieux bordel à programmer tout cela. Chapeau ! C’est même presque proto-techno par bouts avec cet espèce de drum-machine ultra primaire… À l’écoute, on pense autant aux moments les plus azimutés du Tago Mago de Can qu’à des trucs que des gars comme Varèse ou Perrey ont pu pondre en leur temps. GRAND. Et pour les fans de rap, l’inspecteur « Kolumbo » a été samplé par des mecs comme Dilla et Kanye.

On termine le disque avec trois autres covers vraiment réussis. Un autre de Booker T. et compagnie (« Time is Tight ») dont l’écoute me donne furieusement le goût de jouer à Mario Tennis 64 (pour une obscure raison). « Alfie » de sieur Bacharach devient une espèce de valse binaire bien rêveuse et sucrée comme il faut. Et pour conclure, notre cher Dick réussit à rendre justice (à sa manière) à la sublime « Both Sides Now » de ma Joni Mitchell adorée. On perd le pathos de l’originale mais on gagne sur le côté rococo/grandiloquent/rocambolesque.

Bref, The Age of Electronicus, c’est de la bonne. Surtout « Kolumbo » qui est une écoute obligatoire pour quiconque veut s’initier aux débuts de la musique électronique ! Il y a des tonnes de disques de moog dans ces années. Je les aime pratiquement tous… mais celui là va toujours garder une place de choix dans ma discothèque.


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :

critiques

Nicholas Szczepanik – The Chiasmus

Année de parution : 2009
Pays d’origine : États-Unis
Édition : CD, SRA – 2009
Style : Drone, Ambient

L’existence ; se résoudre à exister… Ces journées-cimetières où on ne se sent ni mal, ni bien, où l’âme devient un concept abstrait et abscons. Tu te mates dans une glace et tu vois un automate, un androïde, une contrefaçon rigoureusement parfaite mais ôh combien sordide d’un être humain typique. Et tu te mets à avoir de légers frissons qui te parcourent l’échine. Tu regardes cette peau blafarde qui semble morte, ces cernes larges et éclatées sous les yeux, les fissures un peu partout, cet eczéma qui te défigure un peu plus chaque année… Si tu regardes trop longtemps ou trop près, tu peux presque commencer à apercevoir un monstre. Tu repenses à ce cauchemar éveillé fait lors de l’adolescence… ce cadavre en putréfaction qui se balançait horriblement sur sa chaise, dans l’obscurité de la pièce d’a côté, avec ce sourire dément en plein visage… Tu te souviens qu’il avait finit par se lever pour venir te regarder dormir et c’est à ce moment la que tu avais perdu connaissance… Il ne faut pas, pas… pas focuser sur ces images néfastes… L’angoisse commence déjà à s’installer ; tu la sens monter petit à petit. Tu n’y échapperas pas. Tu quittes vite la salle de bain pour faire quoi ? Aller où ? Tu n’as envie de rien. RIEN. Tu erres dans l’appartement gris et terne – qui fait office de chambre mortuaire pour l’occasion. Le cinéma intérieur bat son plein. La guerre quotidienne (et inutile) se joue à l’intérieur de ton cerveau malade, rongé par des doutes qui, après des années à s’alimenter de ta faiblesse et de ton mal-être, sont devenus des ogres… Tu aimerais, si possible, abrèger cette phase obsolète qui ne fait que rallonger ta souffrance. Les spasmes nerveux recommencent. Tu sens ta chair fissurée, chaude et malade, qui pourrit tranquillement. Tu respires un grand coup et essais de chasser les pensées anxiogènes une ultime fois… Tu respires lentement, tu imagines cette journée parfaite d’automne il y a 3 ans où la lumière avait une teinte divine, tu respire profondément et leeeentement… Tu es inutile, ton existence est vaine, ton esprit vacille et ton corps se liquéfie tranquillement. NON ! Il.. faut combattre… Trop tard. La crise, comme une vague meurtrière, te happe tout entier et t’envoie au tapis. Pathétique. Tu étouffes, tu trembles de partout, tu sues abondamment, les sons et les images deviennent une brume opaque. Tu délires grave, prisonnier de ton propre corps, de ta propre (et insignifiante) faiblesse. Tu te sens comme si tu allais te noyer en toi, comme si le fait d’être, seulement « d’être » toi-même, était un insurmontable fardeau… Après un long, long moment ; après que les dernières trépidations agitent grotesquement ta carcasse de long en large et que les larmes, finalement, aient coulées jusque sur le plancher du salon, tu commences à te lever, péniblement. Tu réussis à te faire un café, tu t’assois sur ton divan et tu penses à Unica Zürn, en regardant discrètement la neige molle tomber lourdement à travers le filtre vaporeux de ta fenêtre.


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :

Playlist

PLAYLIST #11 – Semaine du 5 juin 2023

SALADE D’ENDIVES

PHYSIQUE :

  • Morton Feldman (Arne Deforce & Yutaka Oya) – Patterns In A Chromatic Field (æon, 2 x CD)
  • Burzum – Filosofem (Misanthropy, CD)
  • Devil Doll – Dies Irae (Hurdy Gurdy, CD)
  • Alice Coltrane – A Monastic Trio (Audio Clarity, Vinyle)
  • Yo La Tengo – This Stupid World (Matador, CD)
  • Funereal Presence – Achatius (Sepulchral Voice / The Ajna Offensive, Vinyle)
  • Lysandre – Sans Oublier (Chivi Chivi, Vinyle)
  • Merzbow – Wildwood (Dirter Promotions, CD)
  • AOKI takamasa + Tujiko Noriko – 28 (FatCat, CD)
  • New Life Trio – Visions Of The Third Eye (Early Future / Finders Keepers, Vinyle)
  • The Damned – Machine Gun Etiquette (Chiswick, Vinyle)
  • Van Der Graaf Generator – Still Life (Charisma, CD)
  • Tortoise – Millions Now Living Will Never Die (Thrill Jockey, Vinyle)
  • Charlie Haden – Liberation Music Orchestra (Impulse!, CD)
  • Frank Zappa & The Mothers Of Invention – Absolutely Free (Rykodisc, CD)
  • Walter Rizzati – The House By The Cemetery (Ship To Shore Phonograph Co., 2 x Vinyle)
  • Bohren & Der Club Of Gore – Black Earth (Ipecac, CD)
  • The Magic Mixture – This Is The Magic Mixture (Morgan Blue Town, CD)
  • The Red Crayola – Parable Of Arable Land (Collectables, CD)
  • Panda Bear – Person Pitch (Paw Tracks, CD)
  • Serge Gainsbourg – N°2 (Universal, Vinyle)
  • Neige Et Noirceur – La Seigneurie Des Loups (Les Productions Hérétiques, Cassette)
  • Tangerine Dream – Phaedra (Virgin, CD)
  • Hawkwind – Hawkwind (Parlophone, CD)
  • Wydraddear – The Promises Of Aliaakta (CDr)

STREAMING :

LIVE :

  • Daniel Bélanger, Amphithéâtre Cogeco, Trois-Rivières (8 juin)

GUILLAUME P. TRÉPANIER

Écoutes récentes en rafale, de gauche à droite:

  • Vanishing Twin – Tell Me Not Here (2023) [UK]
    Quand Vanishing Twin sortent quelque chose, j’achète automatiquement. C’est toujours bon et « out of this world ». Dans ce cas-ci, j’ai bien fait. Un lathe cut en 50 copies seulement. Ambient, progressive electronic, psychedelia, Dream Pop… bref, un son complètement unique et fascinant.

  • Habibi Funk, An Eclectic Selection From The Arab World (Vol. 1 + Vol. 2) (compilations de 2017 et 2021)
    Magnifiques compilation du label Habibi Funk, qui contient du synth funk, rock, soul, disco. Que de belles découvertes surprenantes du début à la fin avec livrets d’informations et d’histoire très étoffés. Merci Mathieu D’Amours pour la découverte!

  • Hole Dweller – Flies The Coop II (2020) [US]
    Mon album préféré d’une des plus grandes figures du genre « dungeon synth ». Un album totalement instrumental super immersif que l’on peut fredonner du début à la fin tellement c’est catchy. Des tones de clavier magnifiques.

  • John Williams – E.T. The Extraterrestrial Soundtrack (1982) [US]
    Une de mes trames sonores favorites par celui que je considère comme un des plus grands compositeurs de tous les temps, le grand John Williams. La musique d’E.T. est grandiose, mais dévoile une sensibilité hors du commun qui me ramène à mon enfance à chaque fois.

  • Anekdoten – Nucleus (1995) [Suède]
    En mai dernier, j’ai eu l’immense chance de voir Anekdoten en spectacle avec le bien chaussée Frédérik Roy dans une petite chapelle à Québec. Que de bonheur! Je considère que c’est LE band prog des années 90. Du mellotron tragique, une voix hantée, de la guitare/basse super heavy…

  • Anekdoten – Vemod (1993) [Suède]
    Et justement, le spectacle que j’ai vu célébrait le 30e anniversaire de cet album. Le groupe l’a joué au complet et c’était toute une expérience. On peut presque dire que c’est du prog gothique, ce qui est assez inhabituel. Puissant spectacle!

  • Thom Yorke – Anima (2019) [UK]
    Troisième opus en solo pour le chanteur/guitariste de Radiohead. Thom Yorke, fidèle à ses habitudes, ne pond que de l’or avec ce magnifique album ambient/IDM électronique. Beaucoup de moments poignants et captivants.

  • Half Moon Run – Dark Eyes (2013) [Canada]
    Il y a longtemps que je n’étais pas retourné à cet album qui m’avait marqué à l’époque. Le groupe était tout nouveau, jeunes et talentueux. Des musiciens live d’un calibre exceptionnel, des chanteurs hors-pairs aux harmonies raffinées. Un disque qu’on sent aussi très honnête de la part du groupe, les trips sur la table comme on dit.

  • Temples – Sun Structures (2014) [UK]
    En voici un autre « mid 2010s » qui m’avait marqué et même donné le goût de jouer du psych moi-même… le premier Temples! 12 morceaux éclatants, brillamment arrangés et composés, lumineux. Dans mes albums préférés à vie, étampé dans mon cerveau à jamais.

  • Psychedelic Porn Crumpets – Night Gnomes (2022) [Australie]
    On revient dans le plus récent… le groupe garage/heavy psych d’Australie nous a livré l’an dernier un petit bijou énergique. Le genre que le tourne-disque prend en feu et on laisse brûler.

  • Neil Young – Harvest Moon (1992) [Canada]
    Les vieux artistes folk l’ont eu difficile dans les années 90 parce que Neil Young a décidé de tout garder pour lui seul. Il a décidé de livrer quelques-uns de ses plus grands albums à cette époque, dont celui-ci, qui est une pure merveille du début à la fin. Il contient une de mes chansons préférées à vie : « Natural Beauty ». Si tous les humains connaissaient cette chanson, il y aurait paix dans le monde.

LÉON LECAMÉ

  • Monomorte – The Wiccan (witch house/industriel)
  • Cybergoth – Wired Percussion (idm/breakcore/dnb)
  • EVA808 – Ödruvísi (idm/trap/cinematic)
  • SW2 ft. Joke Amon-Jones – Hither Green Glide/For The People (electrojazz/tech house/dubstep)
  • Hallucination Maze – S/T (keller synth)
  • Gioli & Assia – Live §unrise at the Sagesta (tech house/synthpop/coldwave)
  • Apashe – Renaissance (glitch hop/neurofunk/trap/néoclassique)
  • Implant – Oxynoxe-X (ebm/post-industriel/tech house)
  • Conan Le Barbare – Soundtrack (classique contemporain/cinématique)
  • La Plage – Soundtrack (compilation musique de film)
  • Arthur Brown – The Crazy World of Arthur Brown (proto-shockrock)
  • Nuages Électroniques – Prologue (electronica/ambient/dream folk)
  • Sexapil – BH-01 (psytechno/breaks)
15 Fréquences, Mixtapes

15 Fréquences Ultimes – Épisode 10 – François Zaidan

Aux Paradis Étranges, on célèbre en grand car ce 10ème épisode des 15 Fréquences Ultiiiiimes est composé des choix hétéroclitement vôtres de mon ami adoré François Zaidan, multi-instrumentiste dans l’orchestre d’Avion Tournevis et membre du Quattuor Tempora. En plus d’être beau, gentil, d’écrire très bien et de sentir bon, François est probablement le plus grand mélomane que je connaisse sur cette bonne vieille Terre ; next to me of course… J’vous le dis : y’a de quoi dans l’eau d’la Mauricie. Ça créé des mélomanes un peu sautés.

Francesco est aussi mon pusher de disques préféré, mon disquaire personnel (et celui de plusieurs autres personnes). Incroyable défricheur/chercheur de merveilles sonores aux confins du globe, il ne revient jamais bredouille de ses fabuleux « digs ». Je vous partage d’ailleurs son très élégant texte de présentation qu’il avait rédigé pour Bruit de Fond, l’ancien blogue sur lequel j’exerçais mon verbe et où il écrivait aussi parfois :

La musique avant tout. Ensuite la poussière, l’humidité, le froid qui engourdit les doigts lorsqu’on fouille à travers des milliers de disques abjects pour dénicher l’ultime, le précieux, l’obscure et l’inconnu. C’est dans les marchés aux puces à jouer à l’archéologue de sons étranges et oubliés qu’a commencé cette obsession ; cette douce et violente obsession qui perdure et qui induit toujours l’extase. Ca ne finit pas. Il ne faut pas que ça finisse. J’ai excavé des disques au Nunavut en contemplant l’immensité des eaux glacées, dans des campagnes Suisses regorgeant de free jazz et de private press psychés, au fond d’étroites ruelles à Shibuya, dans les souks Marocains entre des carcasses d’animaux et des meubles rongés par le temps, perché sur des échelles dans des appartements à Beyrouth et dans d’innombrables sous-sols Québécois. Le problème (ou la cure ?), c’est que je n’ai pas encore trouvé. Malgré la physicalité et la relative durabilité des supports, l’évanescence de la musique m’encourage toujours à chercher davantage et je me résous à ne jamais trouver.

C’est pas magnifique, tout cela ?

Et comme l’inventeur du ZAIDANATOR 3000 ™ ne fait jamais les choses à moitié, il vous a aussi composé des somptueux petits textes de présentation pour chaque piste du mix. Ils sont disponibles en bas du présent article. Je vous conseille fortement de lire le tout alors que vos tympans s’abreuvent (avec extase et délice) à même le monde sonore si particulier de sieur Zaidan.

Tracklist:

  1. Raul Lovisoni & Francesco Messina – Prati Bagnati Del Monte Analogo
  2. Fairuz – Saalouni El Nas
  3. Gateway – Backwoods Song
  4. Vis-A-Vis – Odo Gu Ahorow
  5. John Coltrane – Sun Ship
  6. Fred Frith – Open Ocean
  7. Wiliam Basinski – D|P 3 (extrait)
  8. L’Infonie – Paix (extrait)
  9. Peter Brötzmann Octet – Machine Gun
  10. Alvin Curan – Canti E Vedute Del Giardino Magnetico (Side 2)
  11. This Heat – Horizontal Hold
  12. Scott Walker – The Seventh Seal
  13. Can – Future Days
  14. Linda Perhacs – Chimacum Rain
  15. Fly Pan Am – Dans ses cheveux soixante circuits

Vous pouvez suivre et encourager François sur son Instagram (bourré de disques qui font vachement envie). Voici sinon quelques liens Bandcamp de projets auxquels il a participé ces dernières années : Klô Pelgag, Quattuor Tempora, Laurence-Anne.

Je repasse la « puck » à m’sieur Zaidan ci-bas. Bonne écoute et bonne lecture !


Raul Lovisoni & Francesco Messina – Prati Bagnati Del Monte Analogo

Cette pièce a toujours été en puissance, cachée ou enfouie quelque part n’attendant qu’à être découverte. Si bien que je ne me souviens plus exactement quand ni comment j’en suis venu à la découvrir. Elle est simplicité absolue et immanquable réconfort.

Fairuz – Saalouni El Nas

Avec les longues et lancinantes pièces d’Om Kolsoum, la profondeur de Wadi Al Safi et les guitares surfs d’Omar Khorshid, Fairuz fait partie de la trame sonore de mon enfance. Ça m’a pris un long moment avant de comprendre toute la puissance de la musique Libanaise (et plus largement de la musique moyenne-orientale), de discerner les inflexions poétiques, d’apprécier les mélodies presque systématiquement jouées à l’unisson, de me plonger dans l’univers des modes (des maqamat) et d’enfin ressentir le tarab (terme s’apparentant plus ou moins à l’extase rendue possible par la musique).

Gateway – Backwoods Song

Groupe dont la cohésion, la maîtrise et la liberté est à envier. À la limite du free jazz, avec une production pas trop scintillante (dans mes quelques doux reproches à ECM), cette pièce et cet album me semble toujours intemporel.

Vis-A-Vis – Odo Gu Ahorow

Sans trop savoir pourquoi ni comment je suis un jour tombé sur une pièce du groupe ghanéen Kyeremateng Stars (merci les algorithmes j’imagine…), la musique highlife m’a pris par surprise et profondément intrigué. Généralement basé sur des entrelacements de guitares assez jumpy, les voix qui s’y juxtaposent sont toujours empreintes d’une pointe de nostalgie. La pièce proposée ici de Vis-A-Vis en est un exemple remarquable. Et par la force des choses, ces pièces et le highlife ghanéen ont pavé la voie à ma découverte des musiques d’Afrique de l’Ouest et ont contribué à mon obsession actuelle avec les musiques maliennes.

John Coltrane – Sun Ship

Étrange découverte de jeunesse mais qui a néanmoins été particulièrement fondatrice dans mon parcours. Vers mes 14-15 ans, un professeur de guitare à qui j’ai demandé de me proposer des « trucs jazz bizarres » a mentionné Sun Ship de manière un peu désintéressée et ce fut je crois mon premier contact avec le free jazz. De ça découle mon appréciation des musiques improvisées (j’y reviendrai sous peu) et du jazz d’ordre plus « spirituel ».

Fred Frith – Open Ocean

Je dois la découverte de l’album Clearing de Fred Frith au même professeur de guitare mentionné précédemment. Cet album m’a sidéré en me démontrant que les possibilités de la guitare allaient bien au-delà des notes jouées sur le manche et d’une approche plus traditionnelle de l’instrument. Bien que je comprenne maintenant comment Frith s’y est pris techniquement, cet album demeure un des piliers indéniables de mon développement musical, de mes recherches académiques et de mon jeu instrumental.

Wiliam Basinski – D|P 3 (extrait)

La découverte du travail de Basinski et de ses fameux Desintegration Loops restera toujours gravée dans ma mémoire et est empreinte d’un brin de nostalgie (feeling très propice à cette musique j’imagine…!). Je venais d’arriver à Montréal pour étudier au Cégep et moi et mon ami Jef (qui s’est étrangement volatilisé de notre cercle d’amis) allions souvent assister à des concerts de free jazz, de noise et de musique contemporaine. En rentrant d’un concert à la Sala Rossa dans l’auto de Jef, une musique douce mais insistante jouait « en boucle » sur un poste de radio universitaire. Arrivé à destination, nous sommes restés silencieux pendant près d’une demi-heure attendant que la pièce termine pour enfin savoir qui était derrière la création de ce mystère.

L’Infonie – Paix (extrait)

À mon humble avis le groupe/collectif le plus unique et éclaté ayant foulé les scènes québécoises. Bien que très ancré dans une mouvance et dans une effervescence propre à la fin des années soixante, l’Infonie m’apparaît comme une des manifestations les plus tangibles et abouties d’une tentative de création totale et multidisciplinaire. Ce groupe n’était ni complètement free, ni baroque, ni résolument prog, ni musique contemporaine, mais plutôt vraiment TOUTTT!

Peter Brötzmann Octet – Machine Gun

Écouter ça à 6h30 du matin, dans l’autobus jaune pour aller à l’école secondaire me semble maintenant un peu troublant… mais bon, les musiques improvisées ont pris tellement de place dans mon parcours et dans mes intérêts que ce n’est peut-être pas si étrange après tout.

Alvin Curan – Canti E Vedute Del Giardino Magnetico (Side 2)

La pièce traversant les deux faces de ce disque provoque un réconfort similaire à la musique de Lovisoni & Messina. Une musique irréelle adéquate pour les temps doux et troubles.

This Heat – Horizontal Hold

Dans les plus gros coups de poing musicaux que j’ai reçu en pleine figure. Le parfait alliage entre une conception assez large des musiques « pop » et la musique d’avant-garde. Toutes leurs pièces auraient pu être choisies dans le cadre de ce mix, mais l’instrumental Horizontal Hold se glisse dans le tier supérieur de mon appréciation du groupe pour sa production lo-fi abrasive, pour les changements brusques et drastiques qui préfigurent le reste de leur output créatif (et même les projets solos subséquents des membres du groupe).

Scott Walker – The Seventh Seal

Bien que j’apprécie et respecte énormément tout ce qu’a fait Scott Walker, de ses reprises de Brel à l’étrangeté absolue de The Drift ou Bish Bosch, Scott 4 constitue toujours à mon humble avis l’apogée de sa carrière. L’orchestration y est parfois tendue et contraste à merveille avec la voix crooner de Walker. À la fois de son temps et intemporel.

Can – Future Days

Bon. Can devait faire acte de présence dans mes 15 fréquences ultimes. Mais quelle pièce ? Quel album ? Ege Bamyasi aurait évidemment fait bonne figure. Tago Mago est aussi un disque d’ile déserte. La période Mooney avec son songwriting aux limites de la folie mériterait une mention spéciale. MAIS, je reviens toujours à Future Days pour la consistance de ses quatre pièces et pour ce que je considère être le « génie » de Can : un alliage impeccable de rock, de musique d’avant-garde, de musique électronique et de songwriting ultra catchy.

Linda Perhacs – Chimacum Rain

Pour un peu de douceur folk 60’s/début-70’s, j’aurais pu choisir plusieurs pièces. J’ai hésité à mettre My Spirits Calling de Rodier, Earthpeople de Ramases, Janitor of Lunacy de Nico, Willie O’Winsbury d’Anne Briggs ou de nombreuses autres (ce n’est pas ça qui manque). Mais l’unique album des années 70 de Linda Perhacs possède un certain statut mythique et un mysticisme qui lui est propre et qui témoigne admirablement bien de cette vague folk légèrement en marge des sentiers plus achalandés de la décennie.

Fly Pan Am – Dans ses cheveux soixante circuits

Fly Pan Am est une autre des raisons pour laquelle j’ai décidé de faire de la musique, mais aussi une des raisons pour laquelle j’ai commencé à m’intéresser à certaines musiques plutôt qu’à d’autres. À réécouter ce mix et à relire mes courtes notes, je me rends compte que ce que j’aime avant tout en musique, c’est l’entre-deux, l’incertitude, l’éclatement, ou l’espace liminal entre les formes, les époques, les styles. Fly Pan Am est exactement tout ça. J’ai choisi cette pièce car elle termine parfaitement un mix : sur un point d’orgue, sur une suspension/tension, sur un désir d’en savoir plus. Je ne peux pas non plus omettre mon premier contact avec cette pièce : avec des amis d’enfance, dans une auto roulant en pleine forêt, sur une substance hallucinogène quelconque : un moment d’angoisse qui a vite laissé place à un moment de contemplation et à un désir d’en savoir plus.

MENTIONS SUPPLÉMENTAIRES :

Peter Grudzien – Kiss Me Another

Area – Luglio, Agosto, Settembre (Nero)

Group Doueh – Zayna Jumma

Mark Isham & Art Lande – Melancholy of Departure

critiques

Dødheimsgard – A Umbra Omega

Année de parution : 2015
Pays d’origine : Norvège
Édition : CD, Peaceville – 2015
Style : Black Metal, Progressif, Avant-Garde, Industriel, Jazz?!?, WTF

Le grand bal arctique a commencé à minuit moins 5. C’était sur la plage de Ramberg, dans les îles Lofoten. La mer était agitée de vagues un brin insolites. En fait, les vagues étaient littéralement en feu (si, si !), ce qui recouvrait la plage d’un spectre chatoyant des plus romantique. On avait eu la riche idée de déverser dix mille tonnes de fuel dans l’océan (+ une copieuse quantité de cannabis) et un mec déguisé en une sorte de mime triste et barbouillé de mascara multicolore a sorti une GI-GAN-TESQUE et énooooorme allumette de son sac à surprises (du genre qu’on verrait dans les cartoons), a regardé la caméra d’une moue mi-comique mi-cosmique un petit moment puis a incendié les flots environnants.

Des types en costard, cheveux longs, monocles pour certain, martinis ensanglantés à la main, sont arrivés sur les lieux, tout sourire. Ils étaient suivis par une caravane conduite par des chameaux zombifiés qui contenait une impressionnante quantité d’instruments de musique et derrière, un piano à queue porté par 6 moines nains qui ressemblaient en tout point à ces Jawas de Tatooine que C-3PO détestait tant. Tout le bataclan installé, nos hommes entamèrent leur sound check alors que les convives commençaient à affluer de tous les sens cardinaux. Les môssieurs étaient habillés de manière disparate, mais tous avec élégance. Le style « Cthulhu Vutton » étant très en vogue en cet an de grâce 2142, plusieurs portaient des redingotes en poussière d’étoile noire et/ou des cardigans en peau de pieuvre écarlate. Les hauts-de-forme en chair humaine faisaient presque l’unanimité, bien qu’une partie d’originaux préféraient se parer de Fez électriques aux couleurs changeantes selon l’heure ou le positionnement sur leurs caboches. Les demoiselles étaient magnifiques, robes de viande crue à l’appui, les bras décharnés de toute peau ou muscle, laissant entrevoir le squelette (le summum de la sensualité « nouveau riche » en ce 22ème siècle fou fou fou).

De sa voix impérialement dérangée, Sir Kvohst salua tout ce beau monde alors que le Vicotnik-Orchestra s’apprêtait à lancer leur offensive musicale. Après une brève et séduisante intro toute en mélopées mystérieuses, le groupe adoré des petits et grands se lança tête première dans un de leur morceau de bravoure. Black « Math » Metal cryptique, Jazz enfumé des ténèbres, Goth Rococo, envolées pianistiques Debussy-esque et vocaux de canard égorgé étaient au goût de la nuit ; le tout couronné de passages guitaristiques qu’un certain Fred Frith (musicien du 20ème siècle) n’aurait pas renié. Les invités se mirent à danser frénétiquement sur la Playa recouverte de fumée toxiquement psychotrope. Les hors d’œuvre furent servis (gaspacho de chauve-souris/céleri-rave, foie gras de goéland transgénique, tartare de mygale, joues d’écureuils carbonisées à la torche, yeux de chinchillas faisandés dans le vinaigre noir, purée de légumes extra-terrestre… bref, la classe). Tous se régalèrent en se dandinant le popotin sous les assauts soniques de nos comparses touchés par la grâce, le regard perdu dans l’infini vermeil. La fête allait bon train.

Les pièces de l’orchestre étaient franchement bizarroïdes. Longues, bourrées de dissonances élégantes et de mélodies inextricable, bordées d’ambiances schizoïdes, architecturalement Gaudi-esques, lisses et froides comme le scalpel qui vous caresse l’échine… sans véritable début, ni fin, sans paroxysme euphorique… Elles renfermaient toutes en leur cœur une multiplicité d’autres morceaux sous-jacents qui accouchaient/s’avortaient sans cesse… C’était glacé. Et pourtant grisant et chaleureux à la fois. Dualité magistrale d’une musique qui veut faire la fiesta et vous découper en petits morceaux en même temps. Sous les assauts prog-métallico-gothico-victoriens-impressionnistes, les danseurs étaient maintenant possédés. Certains se tapaient dessus avec des maillets. Des crânes éclataient et la matière grise éclaboussait les convives épars qui s’en délectaient. D’autres se lançaient des duels à l’arquebuse et le tout se terminait bien souvent avec le gagnant qui partageait une bonne bouteille de sauvignon avec le perdant qui lui, empêchait ses tripes de se répandre sur le sable en les tenant d’une main tuméfiée. De la violence gratuite, jouissive mais contrôlée ; du genre qu’on partageait de bonne grâce entre amis consentants.

Vers 1 heure du mat, alors que les muzicos étaient à la moitié de leur set-list, englués dans un passage de piano sirupeux que surplombaient des vocaux « sous hélium » (dignes des premiers disques de Frank Zappa et les Mères de l’Invention, autre groupe antique appartenant à une époque qui n’avait pas encore connu la fusion des dimensions et la guerre céleste qui s’en était ensuivi), des centaines de papillons de nuits géants fondirent d’un ciel orangé-grisâtre et emportèrent certains des invités pour les dévorer grotesquement. Un des aléas de ces nuits post-apocalyptiques. On ne leur en tint pas rigueur car le met de résistance allait être servi et ça en ferait plus pour tout le monde encore présent/vivant. Alors qu’on se régalait de méchoui de Bison de la planète Nibiru et de quenouilles frites (importées d’Italie), le groupe livrait une musique plus introspective, secouée par des relents moyenâgeux, des vocaux féminins séraphiques (une cantatrice albinos s’était emparé d’un micro) et des passages à la guitare vraiment sublissimes.

Les réjouissances reprirent de plus belle alors que la musique prenait des grandeurs orchestrales. On dansait. On riait. On s’injectait des drogues impossibles dans les yeux avec des aiguilles de cristal. On s’égorgeait à qui mieux-mieux. On discutait du guide des restos Michelin de Venus, de tapisserie égyptienne, de la néo-peste qui ravageait Séoul, des tendances à venir en matière de mocassin, de miss Univers 2141 qui était en fait un poulpe géant, du Brodway-Musical dédié à Nyarlathotep (musique composée par un Andrew Lloyd Weber au regard de suie, ressuscité d’entre les morts par les pierres damnées retrouvées dans le lac des suppliciés au Laos). Dans leur désir d’oublier l’inutilité totale de leurs vies et de profiter jusqu’à plus soif des célébrations, les convives n’avaient pas remarqué que la marée commençait à monter… Les flammes encore puissantes que les flots crachaient à qui mieux-mieux s’attaquaient aux habits chics, aux jupons et s’invitèrent bientôt sur la chair… Un véritable tableau vivant de Beksinski se dressait maintenant sous le regard amusé des musiciens, qui étaient perchés sur leur dune, en retrait. C’était devenu une grande mascarade infernale où les danseurs, dévorés par les flammes, la peau carbonisée, les yeux fondants sous la chaleur, continuaient de valser funestement jusqu’à plus soif, jusqu’au bout de la nuit. L’odeur était épouvantable ; une sorte de smog humain avec des relents maltés/sucrés.

Au petit matin, alors que le groupe parachevait une autre compo délurée et rutilante, il ne restait plus sur la plage que des décombres rapiécés : poussière cendreuse et ossements encore brûlants. L’incendie maritime avait cessé. Notre mime plus tôt évoqué arriva avec un balai et un porte poussière et se mit à ramasser toute cette déconfiture post-humanoïde. Un danseur de merengue encore vivant, brûlé au 3ème degré, se faisait déchiqueter par des hyènes affamées. Pendant ce temps, nos musiciens rangeaient tout leur attirail et s’apprêtèrent à quitter les lieux… Le lendemain, ils avaient un mariage à Bergen.


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :

Autres Mixes, Mixtapes

Les Paradis Étranges présentent…. VGA (Video Games Ambient)

Les gens qui me connaissent le savent : je suis un inconditionnel fan de musique ambient ET de jeux vidéos… Hélas sur ce dernier aspect, je dois vous avouer avoir environ 5 heures par an à y consacrer depuis que la paternité a fait irruption dans ma vie (no regrets, j’y gagne au change). Cependant, je continue de vivre ma passion vidéoludique à travers l’écoute de bandes sons de mes jeux préférés et même de jeux auxquels je n’ai même pas encore joué.

La qualité des trames sonores de jeux vidéos est souvent exceptionnelle. Avant l’arrivée des consoles plus modernes, les compositeurs devaient faire preuve d’ingéniosité et de retenu pour composer des mélodies marquantes et créer des atmosphères singulières malgré les limitations techniques de l’époque… Puis la technologie s’est raffinée et le médium a continué d’évoluer, permettant aux bandes sonores de JV de gagner en profondeur, en textures, en couches, en dimensions. De nos jours, la musique de jeux vidéos est pratiquement aussi respectée que les bandes sons de films, ce qui est amplement mérité !

Cette mixtape, j’ai eu beaucoup de plaisir à la monter. C’est un voyage surtout ambient, parfois néo-classique et toujours atmosphérique, à travers une multitude de bandes sonores de JV, le tout allant de la glorieuse époque des 16 bits (Super Nintendo, je t’aime d’amour !) à l’ère actuelle.

Les fans de JV s’y retrouveront avec plaisir mais mêmes les non-puristes qui sont fans de musique zen et planantes (parfois joyeuses et enfantines, parfois cauchemardesques et nébuleuses) seront ravis eux aussi !

Tracklist:

  1. Playstation Startup Screen
  2. Marcin Przybyłowicz – The Fields of Ard Skellig (The Witcher 3 : Wild Hunt)
  3. Shogo Sakai – Snowman (Earthbound)
  4. Toru Minegishi – Midna’s Lament (The Legend of Zelda : Twilight Princess)
  5. Martin Stieg Andersen – Menu (Limbo)
  6. Yasunori Mitsuda – Memories of Green (Chrono Trigger)
  7. Christopher Larkin – Dream (Hollow Knight)
  8. David Wise – Stickerbrush Symphony (Donkey Kong Country 2)
  9. Nobuo Uematsu – Reunion (Final Fantasy VII)
  10. ConcernedApe (Eric Barone) – Night Market (Stardew Valley)
  11. Akira Yamaoka – The Day of Night (Silent Hill 2)
  12. Kenji Yamamoto – Lower Brinstar (Super Metroid)
  13. Yann Van Der Cruyssen – Secret Lab (Stray)
  14. Manaka Kataoka – Waterfront Theme (The Legend of Zelda : Breath of the Wild)
  15. Nobuo Uematsu – Buried In The Snow (Final Fantasy VII)
  16. Toby Fox – Snowy (Undertale)
  17. Martin Stig Andersen & Søs Gunver Rydberg – Inside
  18. Shogo Sakai – Moonside Swing (Earthbound)
  19. C418 – Subwoofer Lullaby (Minecraft)
  20. Yasunori Mitsuda – On the Shores of a Dream – Another World (Chrono Cross)
  21. Capcom Sound Team – Serenity (Resident Evil 4)
  22. Gustavo Santaolalla – Vanishing Grace (The Last of Us)
  23. Akira Yamaoka – Sermon (Silent Hill 2)
  24. Michiru Oshima – Heal (ICO)
  25. Koji Kondo – Last Day (The Legend of Zelda: Majora’s Mask)
  26. Nobuo Uematsu – Fragments of Memories (Final Fantasy VIII)
  27. Jeremy Soule – Ancient Stones (The Elder Scrolls V: Skyrim)
  28. Akira Yamaoka – Pulsating Ambience (Silent Hill 4 : The Room)
  29. David Wise – Aquatic Ambiance (Donkey Kong Country)
  30. Disasterpeace – Compass (FEZ)
  31. Mario Galaxy Orchestra – Space Fantasy (Super Mario Galaxy)
  32. Lena Raine – The Empty Space Above (Celeste)
  33. Koji Kondo – Title Theme (Zelda : Ocarina of Time)