15 Fréquences, Mixtapes

15 Fréquences Ultimes – Épisode 3 – Vanille

Déjà le troisième épisode des 15 Fréquences Ultimes, cette fois avec les choix musicaux de la talentueuse auteure-compositrice Rachel Leblanc. Celle qu’on connaît sous le savoureux nom de Vanille nous assène une irrésistible dose de douceur directement dans les tympans ; ces derniers se retrouvant gorgés de liesse sonore brute et absolue. C’est une mixtape que je qualifierais de forestière et d’automnale. Ça lorgne du côté du folk psychédélique, du pop baroque, sunshine pop et autres déliciosités du genre… Bref, du psychédélisme « gentil » qu’il fait bon écouter le dimanche matin, café à la main, alors qu’on vient à peine d’émerger du monde des songes opiacés, l’esprit encore tout engourdi.

C’est aussi totalement à l’image de la musique ravissante de Vanille ; en particulier son plus récent opus « La clairière », un disque que vous devez absolument vous procurer à la vitesse grand V (et qui sera assurément dans mon Top Albums Québec de la fin de l’année).

Bonne écoute messieurs-dames et aussi aux cerfs de virginie, oiseaux de toutes les couleurs possibles et impossibles, coatis à nez blanc et tous les amateurs d’orchestrations voluptueuses et de flûte traversière !

Tracklist:

  1. The Millennium – 5 a.m.
  2. Kevin Ayers – Town Feeling
  3. The Beach Boys – Wonderful
  4. Buffalo Springfield – Expecting to Fly
  5. Sibylle Baier – Colour Green
  6. Fairport Convention – Who Knows Where The Time Goes?
  7. Nazz – If That’s The Way You Feel
  8. Shirley Collins – The Unquiet Grave
  9. Karen Beth – Nothing Lasts
  10. Vashti Bunyan – Timothy Grub
  11. Arthur – A Friend of Mine
  12. Jake Holmes – Did You Know
  13. Bridget St John – Autumn Lullaby
  14. Karen Dalton – Something On Your Mind
  15. Duncan Browne – The Ghost Walks

Vous pouvez suivre et encourager Vanille sur sa page Bandcamp, sa page Facebook ou sa page Instagram

critiques

La Reverdie – Knights, Maids and Miracles: The Spring of Middle Ages

Année de parution : 2016
Pays d’origine : Italie
Édition : 5 x CD, Arcana – 2016
Style : Musique médiévale, Ars nova

Fondé en 1986 par deux paires de soeurs (Claudia et Livia Caffagni, Elisabetta et Ella de Mircovich), la Reverdie est un des meilleurs ensembles de musique médiévale actif actuellement. Accompagnées de différents collaborateurs (dont le précieux Doron David Sherwin au chant et au cornet à bouquin), les quatre chanteuses et multi-instrumentistes se spécialisent surtout dans le répertoire profane de l’Italie et de la France du 13ème et 14ème siècle. Le chant, parfois a capella, parfois secondé par une instrumentation tout ce qu’il y a de plus authentique (luth, psaltérion, harpe gothique, vièle à archet, flûte à bec) demeure central à travers une bonne proportion de la musique de l’ensemble qui nous montre sa maîtrise évidente et sa virtuosité en matière d’interprétation polyphonique.

Pour célébrer leur 20 ans d’existence, La Reverdie nous a fait cadeau en 2016 de ce magnifique coffret de 5 disques qui met en lumière chaque pan de leur discographie déjà bien garnie. Je dirais qu’il s’agit là d’un achat absolument essentiel à quiconque aime la musique médiévale profane et encore plus à ceux qui souhaiteraient s’initier au genre, tant ce survol à travers différents genres, sous-genres, thématiques est complet et fascinant (en plus du prix plus qu’accessible du dit objet !). C’est un superbe voyage dans le temps, un regard unique et singulier sur le Moyen-Âge, sa musique (évidemment) mais aussi sa poésie, sa culture, sa philosophie…

On à affaire ici à presque 6 heures d’une musique riche, foisonnante, diaphane, aérienne, fantasmatique ; une musique à la fois riche et dépouillée, réflective et volage. Et vu la grande pluralité de répertoires et de thèmes explorés ici, on se s’ennuie pas une seconde et c’est un véritable régal sonore de s’enfiler les 5 CDs tour à tour.


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critiques

Wolves In The Throne Room – Diadem of 12 Stars

Année de parution : 2006
Pays d’origine : États-Unis
Édition : CD, Vendlus – 2006
Style : Black Metal atmosphérique

Après deux démos qui laissaient déjà entrevoir les promesses d’un futur radieux, c’est par ici que les choses sérieuses commencent réellement pour nos Canis lupus adorés. Vu le côté très polarisant du milieu black métallique, je vais peut-être me faire des ennemis en proclamant ceci mais allons y tout de même : Wolves in the Throne Room est le meilleur groupe de Black Metal américain de tous les temps (avec peut-être Leviathan qui réussit à le talonner un peu).

À travers une riche carrière (toujours bien vivante), ces 3 mecs de l’état du Washington ont réussit à s’approprier pleinement mon sous-genre préféré du BM (le versant atmosphérique), à le peaufiner somptueusement, à le sublimer pour en faire quelque chose de complètement unique et renversant… En effet, on associe souvent Black Metal avec laideur extatique. Pourtant, la musique de WITTR est belle, belle, belle… et même apaisante à sa façon ! Et malgré cet aspect pour le moins surprenant, elle ne perd rien de la rage sculpturale et de la nostalgie séraphique qui sont chères au Black Metal depuis que le genre est genre.

Côté influence, on pense tout de suite à Burzum (bien entendu). Tant au niveau des longues compositions minimalistes et répétitives, que de l’ambiance hautement nostalgique. Mais nous ne sommes pas ici dans les noires forêts norvégiennes. On erre plutôt dans les monts brumeux et les forêts mythiques de la côte nord-ouest américaine. Cette musique est ode à la nature ; communion profonde avec elle… Après tout, si on en croit la rumeur, les membres du groupe sont tellement épris de nature qu’ils habitent en commune sur leur petite ferme écologique, vivant en autarcie avec les éléments environnants. Des gentils hippies écolos en somme ! Ça change des meurtriers et des vilains racistes disons le.

Autre influence musicale assez évidente sur ce disque : Weakling. Autre légendaire groupe de black atmosphérique américain qui fut un des (sinon le) premiers à oeuvrer dans ce créneau en Amérique. Je trouve même que ce « Diadem of 12 Stars » est en quelque sorte le petit frère de « Dead as Dreams » (unique album de Weakling) tant la ressemblance est frappante entre les deux.

« Diadem » est un voyage sonore qui se vit en quatre temps. 4 pistes pour près de 60 minutes de musique ! Et on ne s’ennuie pas une seconde tant ces morceaux sont superbement fignolés et bourrés de petits détails sous-jacents qu’on découvre à chaque nouvelle écoute fascinante. Il apparaît évident dès ce premier opus discographique que les mecs de WITTR conçoivent leurs albums comme des « touts » organiques qui s’écoutent et se savourent d’une traite ; sans interruption possible. Chacun de leur disque est une « fenêtre » distincte sur leur monde intérieur nébuleux et fantasque ; monde qui se dévoile petit à petit à nos tympans, album après album.

Le son est un tantinet plus cru ici que sur les réalisations suivantes de la troupe, ce qui confère à l’album un charme très « Black Metal à l’ancienne ». Les deux guitares (Nathan Weaver et Rick Dahlin), véloces et hypnotiques, sont émotives en diable. Comme dit précédemment, on sent l’influence de la Bergen-school (Burzum) avec ces couches et ces sous-couches de riffs lymphatiques gorgées d’électricité mal calibrée qui se superposent les unes par dessus les autres. Des passages de guitare sèche viennent parfois nous chatouiller l’appareil auditif de belle façon aussi, nous plongeant l’âme dans une mélancolie des plus délicieuses. La batterie (l’autre frérot Weaver, Aaron), royalement maitrisée, est une des forces indéniables de la troupe. Le mec est juste technique comme il faut (sans jamais perdre en feeling) et nous sert des blast beats de grande qualité mais sait aussi se montrer versatile dans des passages plus lents et doomy ou d’autres qu’on sent inspirés par le trash metal (voir même le prog par bouts très discrets). Les transitions entre ces différents passages teintés d’influences diverses sont juste parfaites, toutes en finesse, et révèlent la grande versatilité d’un musicien qui mériterait qu’on l’encense plus fréquemment. (Bref, BIG LUV to you Aaron !).

Le vocaliste principal de la formation, Nathan, y va de cris spectraux/fantomatiques haut perchés et assez loins dans le mix ; comme si il les hurlaient du fond d’une grotte poisseuse en plein coeur d’une forêt millénaire. Cela convient merveilleusement bien à venir subtilement colorer la musique qui est ici le personnage principal. Parfois Rick Dahlen l’accompagne avec des interventions vocales plus gutturales (et donc « death métalliques »), comme dans ce superbe passage central de « Queen of the Borrowed Light », pièce d’intro du disque. Cette dualité de voix masculines sera un aspect unique à ce premier album de WITTR ; car Dahlen quittera l’ensemble avant l’enregistrement de leur second album… Et on retrouve aussi une voix féminine très belle (celle de Jamie Myers du groupe Hammers of Misfortune), qui viendra parfois se poser sur des passages plus doux, aériens et enchanteurs. Cet apport sera exploité par le groupe sur les réalisations suivantes et ce, avec encore plus de succès.

On tient là un album que tout fan de black atmosphérique se doit de posséder de toute urgence et un premier album d’une qualité assez stupéfiante. Et dire que ce n’est que le début d’une belle et grande épopée mystique qui, je l’espère, ne se terminera jamais…


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critiques

John Coltrane – Interstellar Space

Enregistrement : 1967
Année de parution : 1974
Pays d’origine : États-Unis
Édition : CD, Impulse! – 2000
Style : Free Jazz SUPRÊME

Tiré des ultimes sessions studio de Coltrane (en 1967) avant son départ soudain pour d’autres sphères, Interstellar Space aura dû attendre 7 longues années avant de mériter sa sortie dans les bacs. Et pourtant, il s’agit là d’une des meilleures offrandes discographiques du plus grand saxophoniste de tous les temps. Le 22 Février de cette année, Coltrane est entré au studio, accompagné seulement du percussionniste/batteur Rashied Ali (musicien exceptionnel et pierre angulaire de la dernière période de la carrière de John). Ce qui s’est passé cette journée d’hiver n’est que pure magie. Composé uniquement d’une série improvisées de duos sax/drum ahurissants, Interstellar Space nous fait goûter, plus que jamais auparavant, cet ailleurs inouï qu’évoque la musique fiévreuse de l’homme suprême (dixit Christian Vander).

Aussi bizarre que cela puisse paraître, dans mon introduction à Coltrane, j’ai d’abord écouté le très classique et enfumé Blue Train, grand disque de Hard-Bop puis j’ai sauté directement à la case intergalactique avec ce disque (sans passer par les cases obligées « Giant Steps », « Africa/Brass » et « A Love Supreme » au préalable). En musique, j’ai toujours été un pique-assiette intrépide, faut dire. Mes jeunes oreilles ont littéralement été déviergées en l’an de grâce 2002 par cet album plus grand que nature et, fait encore plus étrange… j’ai adoré. J’ai découvert le Jazz Libre avec Interstellar Space et j’ai découvert aussi à ce moment que j’adorais cette forme de musique complètement jusqu’au boutiste, extrémiste à souhait, sans entrave aucune, chaotiquement belle et qui dépasse toute forme de frontière mélodique… Cet album m’a grand ouvert les portes sacrées des « For Alto » de Braxton, du « Karma » de Sanders, du « Spiritual Unity » de Ayler et j’en passe. Et je ne remercierai jamais assez Coltrane pour cela.

Rashied et John, en pleine lévitation sonore…

Le choc est rude, en effet. On est assailli par la batterie polymorphe du démon-batteur qu’est sieur Ali ainsi que les cris saxophoniques multiples d’un Coltrane en transe. « Mars », planète de la guerre, se pointe à l’horizon, introduite (comme toutes les pistes) par ces bruissement de cymbales. Devant ce foutoir pouvant sembler incohérent, on peut avoir le goût de prendre nos jambes à notre cou et de se sauver loin loin (pour écouter un vieux Miles Davis de l’époque « Prestige », bien plus rassurant)… Mais il suffit de tenir bon et de se laisser porter célestement à travers la stratosphère de ces planètes et ces nébuleuses réinventées (de manière sonore) par nos deux compères qui vont toujours plus loin dans l’innommable et l’inconcevable.  Et on finit par y voir briller dix millions de couleurs fantasques, d’en apprécier les contours brumeux, de saisir ce dialogue fou qui sévit entre les deux instruments. On finit par le trouver beau, cet abîme de sons démentiels. Oui, il faut juste fermer les yeux et se laisser porter là où John et Rashied sont en train de se porter eux-mêmes…

Ce disque est voyage initiatique. Ce disque est beauté suspendue en apesanteur, une beauté féroce que seul Coltrane savait atteindre. Achetez vos billets et préparez vous à partir loin, loin, loin…


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Mixtapes, Psychédéliquement vôtre

Psychédéliquement vôtre – Épisode 1

Les Paradis Étranges ne sont pas peu fiers de vous présenter le premier épisode de Psychédéliquement vôtre, un voyage sonore à entreprendre régulièrement avec (ou sans) stupéfiant de votre choix ! Un parcours quasi-infini de la musique psychédélique at-large, tous sous-genres et toutes époques confondues : acid rock, early prog, folk psychée, pop baroque, yé yé, heavy psych, garage rock, néo-psych, krautrock, stoner rock, raga rock, freakbeat, psych-soul, tropicália, noise rock et autre merveilles du genre.

Bonne écoute !

Tracklist:

  1. The Electric Prunes – Dr. Do Good
  2. The Freeborne – Images
  3. The Turfits – If It’s Love You Want
  4. White Room – Thoughts of Yesterday
  5. The Joint Effort – The Third Eye
  6. Som Imaginário – Super-God
  7. Moonkyte – Where Will The Grass Grow
  8. Simon Dupree & The Big Sound – Kites
  9. Park Avenue Playground – The Trip
  10. Public Nuisance – Magical Music Box
  11. J.K. & Co. – Fly
  12. July – Dandelion Seeds
  13. King Gizzard & The Lizard Wizard – Let Me Mend the Past
  14. Ant Trip Ceremony – Locomotive Lamp
  15. Spacemen 3 – Sound of Confusion
  16. Michele – Fallen Angel
  17. The Village S.T.O.P. – Vibration
  18. The Calico Wall – I’m a Living Sickness
  19. The Deviants – Child of the Sky
  20. C.A. Quintet – Underground Music
  21. Shinki Chen & His Friends – Requiem of Confusion
  22. Fifty Foot Hose – Red The Sign Post (Alternate Take)
  23. Mercury Rev – Chasing a Bee
  24. Louise Forestier – From Santa to America
  25. The Strawberry Alarm Clock – Incense and Peppermints
critiques

Valerio Tricoli – Clonic Earth

Année de parution : 2016
Pays d’origine : Italie
Édition : 2 x Vinyle, PAN – 2016
Style : Musique concrète, électro-acoustique, Dark Ambient, Field Recordings

La beauté dans la fugacité des sons qui se perdent, se meurent, renaissent transfigurés, se fondent dans la nuit vaporeuse pour y trouver le repos éternel. Ce disque, c’est un long voyage qu’on vit, moitié réveillé-moitié endormi, vers un ailleurs qui se redéfinit constamment. Vous avez déjà eu de ces rêves surréels ou vous êtes en constant mouvement et où vous flottez rapidement à travers diverses propositions visuelles toutes plus saisissantes les unes que les autres ? Ce disque, c’est ça mais en sons (parce que « musique » n’est peut-être pas le terme approprié ici). On passe à travers des grottes glacées surplombées de stalactites millénaires, des geysers d’anti-matière, des mers d’ébènes aux reflets extra-terrestres, des forêts de lierre de cristal, des lunes diaphanes qui entourent un Soleil pourpre, des villages impies peuplés de végétaux animés, des cathédrales maudites enfouies au tréfonds de déserts de givre. Il y a des voix désincarnées aussi par ci par là, qui nous rappellent une présence vaguement humaine… Mais ce n’est qu’une transmission déformée du monde réel, qu’on reçoit de plus d’un million d’années lumières, preuve supplémentaire qu’on est loin, si loin derrière tout ça. Aussi effrayant qu’apaisant.

Juste impossible de parler vraiment de cette chose étrange en usant des termes techniques… Je n’ai pas les connaissances requises. Et même quelqu’un qui a l’oreille aiguisée ne pourra pas départager l’analogique du numérique, le field recordings mutant de l’instrument remodelé. Cette musique est matière insaisissable. Cet océan bruitatif est confusion. Et c’est là toute la magie de cette gestation sonore qui invite au rêve (et parfois au cauchemar)…

En arpentant les courbes anti-anguleuses de cet album, je revois cette cité caribéenne fantasmatique et son escalier de pierre qui semble se perdre dans les flots marins et que j’emprunte furtivement aux heures pâles d’une nuit d’espionnage, pour fuir ces guérilleros qui me soupçonnent… Je revois aussi la cabine téléphonique en métal-rouillé qui se trouve dans cette énorme pièce vide dans le sous-sol d’un immeuble abandonné au fond des bois, avec la sonnerie du téléphone qui se met à résonner grotesquement, s’adressant à moi comme un funeste présage… Je revois ce cheval agonisant dans la neige, entouré de barbelés et de coquillages géants… Je pense à ce songe (aussi fascinant que pétrifiant) dans lequel une partie du mur de mon ancien appartement se mets à noircir puis pourrir, laissant apparaître un trou noir en expansion d’où s’échappe une fumée spectrale puis éventuellement… des araignées et des mains humaines qui tentent de se frayer un chemin.

Le sommeil paradoxal métamorphosé en album, ni plus ni moins.


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critiques

OutKast – ATLiens

Année de parution : 1996
Pays d’origine : États-Unis
Édition : 2 x Vinyle, LaFace Records (VMP) – 2021
Style : Southern Hip Hop, Conscious Hip Hop

Ici, ils entrent dans la stratosphere. Le son s’est adouci, oscillant dans des sphères soul funky ; mais il est aussi devenu céleste, cosmique, plein de relief velouté. Des beats cinématographiques-en-IMAX-façon-hip-hop-90s viennent secouer le tympan dès l’intro portée par cette voix féminine sirupeuse. Puis c’est les flow incrédibles respectifs de Big Boy et Andre Benjamin qui viennent démolir tout sur leur passage, mais en conservant ce « swag » si caractéristique du premier album. Ils sont encore jeunes ici, mais ils sont à leur meilleur. Lyriquement, c’est juste une orgie. Tu peux pas te tromper avec les 6 premiers morceaux. C’est bombe après bombe. Ça s’enchaîne à perfection, comme 6 Hosomakis que t’engouffres avec délice tour à tour. OUMAMI pour tes oreilles, bro. Ça glisse à l’intérieur. Ça te jette le cerveau à terre. Ça coule de partout. Et ça sent l’arabica pur. Et la suite n’est pas en reste. Moins poppy, mais plus intellectuelle, plus VaPoReUsE et diffuse, obtuse même…

Tu dérives dans les méandres extra-terrestres de ces boucles hypnotiques, sussurées par les architectes d’un rap nouveau. Et pendant que t’es confortablement assis dans toute cette voluptueuse groovitude, ces 2 mecs et leurs amis t’assassinent avec leur flow léthargiquement violent. Et rarement mort n’aura été aussi délicieuse. Jazzy. Funky. Droguée. magique et sans douleur. Vaisseau spatial vermeil-cramoisi-mauve-jaune-éclatant qui fait des loopings au ralenti dans une mer de supernovas. Joie.


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critiques

Keith Fullerton Whitman – Lisbon

Année de parution : 2006
Pays d’origine : États-Unis
Édition : CD, Kranky – 2006
Style : Ambient, Drone, Glitch, EAI, Field Recordings

Un après-midi ensoleillée dans le parc Eduardo VII à Lisbonne. Sur la kétamine. Avec Keith Fullerton dans les oreilles. De la musique VERTE. Tout devient VERT. L’herbe grandit à vue d’oeil, recouvre les arbres, recouvre la ville au loin, les gens, les autos, les bâtisses, les statues… Puis, le Soleil même ; qui prend une teinte verdâtre lui aussi, qui envoie ses rayons électroniques transpercer les pores de ta peau. Ton corps qui s’emplit de lumière féconde. Tu te transformes. Ça se met à pousser partout, en toi et tout autour. L’instrumentalité végétale-robotique. Ton âme divague puis explose en dehors de ta peau gazonnée et tu voles au dessus de toi, au dessus des abimes, contemplant cet autre univers verdâtre qui s’agence sous toi. Tu vois les arbres nouveaux pousser. Grandioses, énormes, aux grandes branches impossibles, remplies de sève luxuriante et électrique, arborant des fruits d’un jaune à te faire éclater les iris…. Tes iris qui se perdent d’ailleurs dans les milliers de jardins difformes et de parcs surnaturels qui évoluent à la vitesse grand V, qui s’érigent tout seul, s’enchevêtrent, se perdent les uns dans les autres. Tout va tellement vite mais tu es serein, bien que puissamment dépassé par les événements. Délicieusement dépassé. Le ciel n’est plus qu’un bourdonnement exponentiel de synthétiseur analogique scintillant. Il se mets alors à neiger du pollen partout. Du pollen gelé. Le monde vert devient blanc. Puis lumière pure. Tout est irradié par la lumière. Et tu te réveilles de ton songe-isolation, le cul posé dans l’herbe. La tête lourde, la bave au coin, l’oeil hagard.

J’ai hâte de faire mon jardin cet été (en écoutant du drone)


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Playlist

PLAYLIST #3 – Semaine du 4 avril 2023

SALADE D’ENDIVES

PHYSIQUE :

  • Brahms – String Sextets (The Raphael Ensemble) (Hyperion, CD)
  • Debussy – Sonate Pour Flûte, Alto Et Harpe; Syrinx; Chansons de Bilitis (Harmonia Mundi, CD)
  • Stockhausen – Kommunion / Intensität (Aus Den Sieben Tagen) (Deutsche Grammophon, Vinyle)
  • Nara Leão – Nara (Elenco, CD)
  • Grouper – Dragging A Dead Deer Up A Hill (Type, CD)
  • Cluster & Eno – Cluster & Eno (Bureau B, Vinyle)
  • Emperor – Anthems To The Welkin At Dusk (Candlelight, CD)
  • Sonic Youth – Dirty (Geffen, CD)
  • Archie Shepp – The Way Ahead (Impulse!, CD)
  • Tyshawn Sorey ‎– Verisimilitude (Pi, CD)
  • Ennio Morricone – A Fistful Of Dollars (GDM, Vinyle)
  • Ennio Morricone – Escalation (Dagored, Vinyle)
  • Ennio Morricone – L’Assoluto Naturale (Cinevox, Vinyle)
  • Ennio Morricone – Vamos A Matar Compañeros (GDM, Vinyle)
  • Ennio Morricone – L’Uccello Dalle Piume Di Cristallo (Cinevox, Vinyle)
  • Günter Schlienz – Iglu (Cosima Pitz, Cassette)
  • Steven Halpern – Crystal Suite (Sound Rx, Cassette)
  • Etubom Rex Williams – Etubom Rex Williams & His Nigerian Artistes (We Are Busy Bodies, Vinyle)
  • Oriental Sunshine – Dedicated To The Bird We Love (Sunbeam, CD)
  • Gong – Flying Teapot: Radio Gnome Invisible Part 1 (Charly, CD)
  • Anekdoten – From Within (Virtalevy, Vinyle)
  • Magma – Üdü Ẁüdü (Seventh Records, CD)
  • Kylesa – Static Tensions (Heavy Psych Sounds, Vinyle)
  • Studio One Classics (Soul Jazz, CD)
  • Druadan Forest / Old Sorcery – Druadan Forest / Old Sorcery (Werewolf, CD)
  • Graveland – Thousand Swords (Inferna Profundus, Vinyle)
  • Asmorod – Derelict (Tesco, CD)

STREAMING :


GUILLAUME P. TRÉPANIER

Écoutes récentes en rafale, de gauche à droite:

  • Joël Vandroogenbroeck – Images Of Flute In Nature (1978) [Belgique] Enfin, mon compositeur d’ambiant préféré, fondateur du groupe Brainticket, voit son album Images Of Flute In Nature réédité. La « Kosmiche » library music à son meilleur.

  • Liraz – Roya (2022) [Israël]
    Chanteuse et actrice israélienne d’origine iranienne qui produit de la musique à la fois électro, pop, un brin psychédélique… tout en conservant une esthétique propre au moyen-orient. Son p’tit dernier de l’an passé, un délice!

  • Kaméléon – Kaméléon (1981) [QC]
    groupe québécois de new-wave, synthpop, mutant-disco. Des pièces extrêmement catchy, du synth tonitruants et des vocals distinctifs. Petite perle 80s de chez nous.

  • John Entwistle – Whistle Rymes (1972) [UK]
    Le bassiste des Who nous a concocté ici un album avec des passages classic rock comme d’autres psycho-médiévaux, le tout accompagné de nul autre que Peter Frampton. Plot twist : il y a des lignes de basses complètement hallucinantes sur l’album.

  • Anekdoten – Vemod (1993) [Suède]
    Probablement le groupe prog le plus important des 90s, Anekdoten sera bientôt en spectacle à Québec pour les 30 ans de Vemod. Moi et Fred on a pris nos billets, belle occasion pour spinner ça!

  • Kracq – Circumvision (1978) [Pays-Bas]
    Relique méconnue récemment rééditée par les Disques PQR, cet album offre un prog dark, surprenant, inhabituel. Beaucoup d’émotions dans les textes de cet oeuvre. Gros coup de coeur.

  • The Blue Macs – It’s The Real Time (1982) [US] + The Yardleys – Star Club (1979) [US]
    Deux perles de power pop des États-Unis merveilleusement disponibles sur les tablettes grâce à Meanbean Records, label québécois.

  • Malajube – Labyrinthes (2009) [QC]
    Oeuvre la plus sombre de la formation québécoise, Labyrinthes nous offre tout ce qu’il faut pour passer un bon samedi après-midi : des paroles d’une tristesse déconcertante sur un fond de rock décapant, mais raffiné.

  • Miles Davis – Kind Of Blue (1959) [US] Probablement le représentant #1 du jazz. On s’entend que je suis pas tout seul à faire jouer ça plusieurs fois par année?

  • Green Day – Dookie (1994) [US]
    fills de drum « I declare I don’t care no more » et puis on est crinqué pour affronter toutes les punchlines de Billie Joe Armstrong et les breakdowns de drum’n’bass hallucinants de Mike Dirt et Tré Cool. Maudit que j’aime cet album, en voiture de préférence!

  • Gab Paquet – La Force D’Éros (2021) [QC]
    Définitivement l’album le plus étoffé et réussi du chanteur de charme #1 au Québec, l’inimitable Gab Paquet. Laissez-vous transporter par la force d’Éros!

  • The Black Angels – Indigo Meadow (2013) [US]
    Probablement leur album le plus pop, mais qui demeure tout de même heavy psych. Plein de riffs catchy, bourré de farfisa. Envers et contre tous, c’est mon préféré!

LÉON LECAMÉ

  • Rancho Bizzarro – Four Dead Men (stoner rock)
  • Plume Latraverse – Les Plus Pires Succès De Plume (du plume)
  • Ramones – Ramones (punk-rock)
  • U.K. Subs – Riot (punk rock)
  • Wulfband – Wulfband EP (electropunk/ebm/industrial)
  • Kommand – Death Age (death metal primitif)
  • Keith Kouna – M​é​tastases (rock francophone)
  • Sorcier des Glaces – Sous la Lune Noire (black metal atmopshèrique)
  • Fâché – Rudoyé EP (Grindcore)
  • Deposed King – One Man’s Grief (prog/post-rock)
  • Green Yeti – Necropolitan (space/stoner rock/doom metal)
  • Gulguhk – Et flotteront les restes de ce monde lugubre​.​.​. (raw black metal)
  • Ad Hominem – Planet ZOG (black metal)
  • The Dwarfs Of East Agouza – Bes (electro/jazz/folk/worldbeat)
  • Liquify – Liquify (desert/psych/stoner rock)
  • Lou Reed – Rock n Roll Animal (du lou reed)
  • DR. Know – Burn EP (punk)
  • Spermbirds – Something To Prove (punk)
  • Mourn Gate – A Strange Dream (dungeon synth)
  • Carinha – Asterope (alternative/celtic folk)
  • SAUFKNAST – EP1 (hardcore punk)
  • Tristis – Das Schweigen Vieler (post-black/doom metal)
  • Feu de Saint-Antoine – Demo (black ambient/keller synth)
  • DRIFT KYIV – SUPERGLOSS | HÖR – Mar 1 / 2023 Live DJ (techno)
    https://www.youtube.com/watch?v=PuD4GeAw4ps

Bon voyage monsieur Shulman… Merci pour l’éternelle musique.

15 Fréquences, Mixtapes

15 Fréquences Ultimes – Épisode 2 – Roger Tellier-Craig

Pour ce second épisode des 15 Fréquences Ultimes, l’élégant, polymorphe et scintillant Roger Tellier-Craig (Fly Pan Am, Le Révélateur, Godspeed You! Black Emperor, Et Sans, Set Fire to Flames, Pas Chic Chic) nous invite à plonger dans ses souvenirs bruitatifs obtus et ses influences musicales on ne peut plus variées.

Le sympathique et talentueux gaillard nous a aussi concocté de magnifiques commentaires (ci-bas, sous la liste des pistes) pour accompagner son magnifique mix. À lire avec attention en savourant la délicieuse matière sonore.

Vous pouvez suivre le parcours artistique ahurissant de Roger sur son site web : https://rogertelliercraig.com/
Sa page Soundcloud : https://soundcloud.com/satz-ebene
La page Bandcamp de Fly Pan Am : https://flypanam.bandcamp.com/

Tracklist:

  1. Pink Floyd – Cirrus Minor
  2. Faust – No Harm
  3. Luc Ferrari – Hétérozygote (extrait)
  4. Bernhard Günter – Untitled I/92 (extrait)
  5. Oval – Line Extension
  6. My Bloody Valentine – All I Need
  7. Stereolab – Jenny Ondioline (Part I)
  8. David Tudor (feat. Takehisa Kosugi) – Pulsers (extrait)
  9. Brian Eno – Lizard Point
  10. Ennio Morricone – 1970 (extrait)
  11. Morton Feldman – For Samuel Beckett (extrait)
  12. Jim O’Rourke – Cede (extrait)
  13. Laurie Spiegel – Pentachrome
  14. Charlemagne Palestine – Fifths In The Rhythm Three Against Two For Bösendorfer Piano – Two
  15. Cluster – Im Süden

Pink Floyd – Cirrus Minor

Première vraie rencontre avec la magie du son. Je devais avoir 14 ans, c’était l’été et il faisait plein soleil, et j’étais assis à l’arrière de notre voiture familiale, les écouteurs aux oreilles. Ce morceau me transporta littéralement “ailleurs” dans un monde impossible, imaginaire, spécialement le passage instrumental de la fin. C’était le début de mon intérêt pour la musique psychédélique, étrange, “surréelle”. 

Faust – No Harm

Ce disque fut une grosse claque à l’époque pour moi. Pendant un certain temps j’avais écouté plusieurs groupes “prog” dans l’espoir de découvrir d’autres groupes comme Pink Floyd, mais j’étais resté insatisfait. Il ne faut pas oublier qu’à l’époque nous n’avions pas accès à l’internet, donc c’était beaucoup plus difficile de trouver le bon fil pour arriver à ce genre de découverte. J’avais découvert le Velvet Underground, ce qui m’avait sensibilisé à du rock plus “artsy”, mais à cette époque j’étais plutôt obsédé par Sonic Youth et les débuts du “indie rock”; Sebadoh, Pavement, Royal Trux, GBV, etc. Et c’est en lisant des reviews de “Westing (By Musket And Sextant)” que j’ai lu les noms de Can/Faust/Neu! pour la première fois. Quand j’entendis finalement l’album “So Far” je n’en revenais pas, c’était exactement ce que j’espérais et même plus; du rock répétitif, noisy, avec des passages psychédéliques, une approche collage avec des éléments électroacoustiques, des sections pop interrompues par des intrusions avant-gardistes. Ce disque informa totalement l’approche musicale de Fly Pan Am par la suite. 

Luc Ferrari – Hétérozygote (extrait)

À cette même époque j’ai eu la chance de mettre la main sur ce disque de Ferrari à l’Échange pour un maigre 5$. J’étais étudiant en arts visuels au Cégep et je ne jouais pas encore d’instrument de musique, quoique je m’étais quand même amusé à faire des “albums” lo-fi avec une guitare et un sampler Realistic hyper primitif. J’avais vraiment envie de faire de la musique abstraite mais vu que je n’étais pas musicien j’avais le syndrome de l’imposteur. Le texte à l’endos de la pochette fut hyper libérateur pour moi: “J’ai aussi appelé ça ma musique concrète du pauvre, vu qu’il n’y a pratiquement pas de manipulations et que cette bande aurait pu être réalisée dans un studio non professionnel. Il s’agissait dans mon idée d’ouvrir le chemin à la musique concrète d’amateur comme on fait des photos de vacances.”  La musique me transportait davantage dans ce monde impossible et surréel, où j’errais entre une multitude de fantômes et de traces de lieux. C’est à cette époque que j’ai décidé que je voulais faire de la musique électroacoustique, en grande partie à cause de ce disque. 

Bernhard Günter – Untitled I/92 (extrait)

De la musique au seuil de l’audible. C’était une toute nouvelle idée pour moi en 1995. Une musique qui s’hallucinait presque. Des sonorités microscopiques hyper tranchantes et futuristes, la précision de la musique numérique que je découvrais à ce moment. J’aimais cette idée d’une musique qui existerait à quelque part entre la présence et l’absence, une musique qui est là mais que nous n’entendons pas tout à fait. Plus tard j’ai découvert que Luigi Nono avait déjà travaillé cette idée auparavant, mais la musique de Günter reste encore à ce jour tout à fait singulière. 

Oval – Line Extension

Au Cégep j’avais découvert Godard, et un aspect de son oeuvre qui m’avait fortement marqué et inspiré était son intérêt à révéler le support du film, donc quand j’ai entendu Oval pour la première fois il y a automatiquement eu un déclic. Mais au-delà de l’aspect conceptuel, la musique elle-même me frappa de par son aspect si futuriste et singulière, pop et avant-gardiste à la fois. Comme avec Günter, c’était mon introduction aux sonorités plus numériques, mais c’était aussi la première fois que j’étais exposé aux sonorités de glitches/skips, ainsi que par le genre de phrasé musical qui était généré par le micro-sampling. 

My Bloody Valentine – All I Need

Comme beaucoup d’autres, la première fois que j’ai entendu “Loveless”, je pensais que ma cassette était défectueuse, surtout qu’en 1991 il n’y avait pas tant de gens qui connaissaient bien le groupe dans mon entourage. J’avais découvert “Only Shallow” à Nu Musik sur Musique Plus et ça m’avait totalement sidéré, mais je n’étais pas préparé pour le reste. Ce fut l’amour fou. J’étais complètement séduit par cette musique qui me dépassait, immense comme la mer, bruyante et totalement nouvelle. J’ai rapidement mis la main sur “Isn’t Anything” qui me dépassa tout autant, surtout ce morceau “All I Need”. C’était la première fois que j’entendais quelque chose d’aussi noisy et éthéré à la fois. Je pense que dans un sens ce fut ma première vraie rencontre avec le potentiel d’une certaine abstraction sonore, même si le morceau reste quand même très mélodique, mais c’était impossible pour moi à cette époque de comprendre quel instrument avait généré ces textures, et cela m’a vraiment ouvert sur les possibilités qu’offraient l’expérimentation sonore.

Stereolab – Jenny Ondioline (Part I)

Cet album de Stereolab fut ma première rencontre avec le “drone”. Je crois que j’ai acheté la cassette en 1993, quelque temps avant que Table of The Elements réédite “Outside The Dream Syndicate” de Tony Conrad et Faust. Je sentais à l’époque que j’avais fait le tour de la musique axée sur les chansons, et cela déclencha en moi une étrange crise “existentielle” musicale où j’avais l’impression que tout avait été fait – j’étais très naïf. Mais cet album de Stereolab, et tout particulèrement ce morceau, venait soulager ce tracas; il y avait quelque chose qui me paraissait nihiliste dans cette répétition, dans cette monotonie, quelque chose qui refusait cette idée “d’innovation”, dans un sens, tout en sonnant très futuriste à la fois, et je trouvais cela très libérateur. Le fait que Laetitia Sadier chante parfois en français fut aussi une aspect marquant pour moi. C’était la première fois que j’entendais de la musique francophone avec laquelle je pouvais m’identifier. C’était très inspirant. Et à travers eux j’ai découvert Brigitte Fontaine, qui me renversa totalement, et tout le reste suivit par la suite…

David Tudor (feat. Takehisa Kosugi) – Pulsers (extrait)

C’est Alexandre St-Onge qui m’a fait découvrir la musique électronique de Tudor. J’écoutais déjà Derek Bailey at AMM à l’époque mais je n’avais jamais entendu de musique électronique “free” comme ce que faisait Tudor. Ce fut une grosse claque. Je ne comprenais pas ce que j’entendais; cette pièce me faisait penser à du techno, genre les débuts de Panasonic, mais la structure était totalement imprévisible et c’était tellement plus sale et noisy, et en plus au 1/3 du morceau il y a Takehisa Kosugi qui embarque avec son solo de violon sci-fi. Ce disque eut une profonde influence sur le type de matériau électronique que j’allais produire pour des années à venir. Et c’était tellement inspirant pour quelqu’un comme moi, qui se sentait imposteur, de voir un virtuose comme Tudor abandonner la musique instrumentale pour consacrer la reste de sa vie à ce qui me paraissait à l’époque comme l’antithèse de la virtuosité. 

Brian Eno – Lizard Point

Autre grosse découverte lors de mes années au Cégep. J’étais déjà fan de ses albums rock mais la découverte de “On Land” m’a vraiment emmené dans une autre zone. Je crois que c’est en découvrant cet album que j’ai décidé d’assumer que je voulais faire de la musique. Eno parlait de faire de la musique tout en étant “non-musicien”, et cette musique plus impressionniste, sans “chops” évidente, semblait plus accessible pour un non-musicien comme moi. Je sentais que c’était possible pour moi enfin de faire du son de manière autodidacte. Je me mis donc à faire de la musique “abstraite” suite à cette découverte, produisant deux cassette pour mon propre plaisir sous le nom de Cumulus, et le nom de mon “studio” d’ailleurs était “Lizard Point”.

Ennio Morricone – 1970 (extrait)

J’aurais pu choisir une multitude de morceaux de Morricone, mais celui-ci semblait être un bon compromis qui illustre bien la nature hybride de sa musique, à quelque part entre la musique pop, jazz et contemporaine. Je connaissais déjà Morricone pour ses fameuses BO de “spaghetti western” mais c’est en regardant “Teorema” de Pasolini que j’ai découvert Morricone. Le fait que Morricone puisse passer aussi aisément d’une chanson pop 60’s hyper catchy à un passage de musique contemporaine me fascinait. Cette fluidité entre les styles fut hyper inspirante pour moi. J’ai toujours perçu Morricone un peu comme un Jim O’Rourke ou un John Zorn, mais bien avant eux. 

Morton Feldman – For Samuel Beckett (extrait)

Encore une fois j’aurais pu choisir plusieurs morceaux de Feldman, mais j’ai choisi celui-ci pour sa singularité, même dans l’oeuvre de Feldman. La musique de Feldman m’a vraiment emmené à penser la composition autrement, autant au niveau de la temporalité, des contrastes dynamiques, de la durée et des tensions harmoniques. Ce fut aussi une toute nouvelle manière pour moi de penser la répétition, cette tendance dans sa musique à répéter ces motifs qui se voient toujours légèrement reconfigurés dans leurs durées et structure, souvent interrompus par des silences. Il y a aussi une sorte de neutralité émotive dans la musique de Feldman qui m’a toujours inspiré, et qui me rappelle en quelque sorte l’indifférence de la nature. 

Jim O’Rourke – Cede (extrait)

J’ai d’abord pensé inclure un morceau de Gastr Del Sol mais je trouve que cette pièce de O’Rourke contient davantage tous les éléments qui ont eu une grande influence sur ma sensibilité pour des années à venir. Pour un non-musicien comme moi, intimidé par les prouesses de la musique académique, cette pièce de O’Rourke était très inspirante de par son apparente simplicité et son refus de vouloir impressionner. Il y avait quelque chose de presque punk dans l’attitude de ce morceau pour moi, autant dans son minimalisme que dans l’utilisation des “plunderphonics”, pour faire des passages flirtant avec le ambient, et ces sections au seuil de l’audible. Disons que nous étions assez loin des tendances en musique acousmatique de l’époque. Sans oublier que O’Rourke pouvait aussi facilement produire une disque de rock électroacoustique d’un groupe comme Faust, passer d’un gig de “free improv” à une compo électroacoustique, d’une musique avant pop de Gastr De Sol à une compo minimaliste solo “mélangeant” John Fahey avec Tony Conrad, etc. Tout comme Morricone ou Faust, il représentait parfaitement pour moi cette approche non-hiérarchique des styles qui m’inspirait tant, travaillant l’hybridité et les contrastes, et touchant même à la citation, et non comme un simple geste empreint de nostalgie, mais plutôt comme une manière de démontrer l’inépuisable potentiel du matériau socio-musical. 

Laurie Spiegel – Pentachrome

Tous les autres morceaux que j’ai choisis proviennent d’une époque où je découvrais la musique qui allait définir mes sensibilités jusqu’à ce jour, à quelque part entre mes 14-23 ans. Tout ce qui suivit ne fut qu’une continuation de ce premier élan, jusqu’à temps que je découvre la musique de Laurie Spiegel une dizaine d’années plus tard. À ce moment précis, autour de 2009, je me dédiais à mon projet électronique Le Révélateur, qui était au départ plutôt axé sur la technologie analogique, mais la découverte du travail de Spiegel, qui sonnait pour moi autant ancien que futuriste, changea tout pour moi. J’étais fasciné par cette musique tonale, trop précise et mathématique pour être du “new age”, qui se rapprochait plutôt du travail des minimalistes américains et qui était conçue à partir des synthétiseurs analogiques et d’ordinateurs primitifs. C’est à ce moment que je me mis à utiliser l’ordinateur davantage dans mon travail et ma musique fut longtemps inspirée par le travail de Spiegel, ainsi que par d’autres pionniers de musique numérique comme Maggie Payne, Jean Piché, John Chowning, Michel Redolfi, etc…

Charlemagne Palestine – Fifths In The Rhythm Three Against Two For Bösendorfer Piano – Two

Probablement le morceau qui a le plus inspiré mon jeu de guitare, tout particulièrement sur les passages répétitifs des disques auxquels j’ai participé avant 2004. Je trippais vraiment sur ce rythme de 3 contre 2 répété incessamment de manière hypnotique, d’une grande simplicité mais hyper précis, froid, neutre. À cette époque je me battais beaucoup contre cette idée de séduction musicale, et cette “pauvreté” de matériau était vraiment très inspirante pour moi, c’était comme un refus de plaire, une forme de résistance. 

Cluster – Im Süden

Quand j’ai entendu ce morceau pour la première fois en 1995, c’était comme si le monde s’ouvrait. À cette époque c’était impossible de mettre la main sur les disques de Cluster ou Neu! à Montréal, tout ce qu’on avait à notre disposition était ce livre de Julian Cope, “Krautrocksampler”, jusqu’à temps qu’un label mystérieux du nom de Germanofon se mette à éditer des bootlegs de ces albums en CD. On ne pouvait qu’imaginer la musique contenue sur ces disques à travers les descriptions qu’en faisait Cope dans les pages de son livre, mais une fois que j’entendis enfin cet album de Cluster la musique était au-delà de mes attentes. Ce morceau en particulier a beaucoup résonné avec moi, j’irais même jusqu’à dire qu’il a directement influencé “L’espace au sol…” de Fly Pan Am, principalement au niveau de nos jeux de guitares, ces patterns qui se perpétuent tout au long du morceau. 

critiques

White Noise – An Electric Storm

Année de parution : 1969
Pays d’origine : Royaume-Uni
Édition : CD, Island – 2007
Style : Psychédélisme, Électronique, Avant-Garde, Pop Perverse Damnée et Folichonne, Tape Music, OVNI, Disque WTF

Dans les grands chef d’oeuvre ovni-esques méconnus des sixties acidulés/enfumés, il se dresse là ; non pas sur le trône mais juste à côté… C’est plutôt le fou du roi c’disque. Un clown moqueur mais damné, le visage (mal-rasé) barbouillé d’un maquillage approximatif qui sent pas très bon, les cheveux en broussaille, la gueule pleine de dents pourries, le regard absent. Un clown qui aime autant raconter des blagues salaces/déplacées en faisant de ridicules pirouettes que faire des ballounes AVEC des animaux (plutôt que l’inverse). Un chic type, quoi.

Quand je pense à la musique qui alimente le mystérieux univers des rêves et des cauchemars, je ne peux m’empêcher de penser tout de suite à ce premier opus subversif de White Noise. On tient là un véritable bad-trip sonore comme il ne s’en faisait tout simplement pas à l’époque (et même après, du moins pas dans cette forme bien particulière)… Il y a tout sur ce chef d’oeuvre de musique sombre et hallucinée : de la pop de chambre parfaite, du proto-électronique bien barré, du psychédélisme, du dark ambient, de l’humour, de l’horreur, du sexe, du plaisir, de la folie à foison, des atmosphères incroyables ainsi que des expérimentations sonores diverses (du sampling, utilisé aussi à outrance pour une des premières fois, en passant par l’impro et par un travail de post-production incroyable qui met beaucoup d’accent sur la stéréophonie).

Ce disque est une perle noire oubliée dans les brumes du temps – un vrai petit bijou soixante-huitard qu’il fait bon découvrir aujourd’hui et qui n’a rien perdu de son pouvoir incantatoire. J’imagine à peine la claque qu’on prit ceux qui l’ont acheté à l’époque de sa sortie mais d’après les commentaires que j’ai lu sur le net, cet album a été une source de crainte et d’incompréhension pour bien des gamins en 1969-70. C’était le disque de papa ou du grand frère drogué qu’on avait peur d’écouter, pensant qu’on allait être possédé par un esprit malveillant ou un démon vespéral…

An Electric Storm est surtout l’oeuvre de David Vorhaus, un des grands pionniers de la musique électronique. Vorhaus était d’abord et avant tout un contrebassiste classique mais c’est son passé dans les sciences physiques (domaine d’étude dans lequel il a gradué) et son background d’ingénieur électrique qui l’ont poussé vers le monde de la musique électronique. White Noise est né lorsqu’il a rencontré Delia Derbyshire et Brian Hodgson, qui formaient alors un groupe appelé Unit Delta Plus (les deux comparses travaillaient aussi à la BBC Worshop et sont entre autres responsables pour la création du thème de la culte émission Dr. Who !). Le trio créé son propre studio dans Camden (le nord de Londres) et se met à expérimenter avec du matériel à la fine pointe technologique de l’époque, dont le fameux EMS VCS3, premier synthétiseur de fabrication anglaise… Rapidement, les 3 acolytes se font remarquer par Chris Blackwell, leader du prestigieux label Island, qui les signe et leur donne une avance de 3000 livres pour l’enregistrement DU disque qui va populariser la ME (finalement, il n’en sera rien, et ce même si l’album s’est relativement bien vendu). Il y a alors un buzz important autour de la musique électronique ; on peut penser au premier album des Silver Apples ou au seul opus de The United States of America, avec lesquels An Electric Storm créé une sorte de trilogie non-officielle de la ME expérimentale de la fin des 60s.

David Vorhaus

C’est à New York que Vorhaus décide d’aller enregistrer son oeuvre maîtresse, choix judicieux s’il en est, parce qu’à l’époque, la grosse pomme est l’endroit-clé pour l’avant-garde. Ya le Velvet évidemment, mais aussi les disques ESP, les ci-haut mentionnées Pommes Argentées, ainsi qu’une scène de Free Jazz incroyablement riche. L’enregistrement est long et laborieux (c’était l’album avec le plus de samples à son époque, bien qu’il a du être largement dépassé par DJ Shadow et les Avalanches dans un lointain futur!), tellement que le boss de Island perd patience et finit par exiger le produit fini, ce qui fait que la dernière piste (le terrible « Black Mass ») a été improvisé en une nuit qui a du être passablement épique. Le résultat final ? MiNd=FuCkInG-BlOwInG !!!

L’album commence tout en douceur, dans les réverbérations de « Love Without Sound », génial morceau de pop atmosphérique brumeux, planant et bourré d’effets que n’auraient pas renié les bon vieux Residents (sauf que là, c’est au moins 5 ans avant les Residents). Le tout est cotonneux à souhait mais on sent pointer le malaise déjà… Des pleurs féminins, des rires bizarroïdes, des bruits de torture. On comprend alors le trip de White Noise : déconstruire la musique pop à l’intérieur même de la dite formule. Cette première face du disque sera donc dédié à ce noble but. Vient ensuite « My Game of Loving », rencontre au sommet entre Brian Wilson et Luc Ferrari. Un thème génial qui fait très film d’espion sur acide est porté par des voix célestes et des percussions iraniennes mais se voit entrecoupé succinctement par des voix de femmes françaises et allemandes (les voix de la tentation!). S’ensuit alors une orgie en studio. Oui-oui. Une vraie partouze gémissante, avec cris de jouissances passés dans le malaxeur de Vorhaus qui, tel un François Pérusse des ténèbres, joue sur les sons pour rendre le tout assez malsain… Retour alors à notre mélodie initiale qui cette fois sonne plus étrange que tantôt (le maestro joue avec nos cerveaux). Et on revient alors à l’orgie qui se voit maintenant greffée d’un aspect Bondage-SM pétrifiant (avec sons de vent occulte et solo de batterie en prime). C’est fou qu’un tel passage ait pu passer sans être censuré à l’époque ! Le morceau se termine sur un ronflement, comme si tout jusqu’à présent n’a été qu’un rêve opiacé…

S’ensuit alors le très siphonné « Here Comes the fleas », première pièce que j’ai entendu du projet et qui saura séduire les fans de Mr. Bungle par son aspect hyper diversifié et folichon. C’est certes un morceau plus léger et rigolo mais ça parle quand même d’un mec qui n’a absolument rien lavé chez lui (y compris son propre corps) depuis six semaines… « Firebird » est la perle ouvertement pop de l’album. Sorte de délire lysergique à la sauce Beach Boys qui reste solidement scotché dans la matière grise pendant des heures (avec son espèce de chant de sirène en arrière fond).

Delia Derbyshire

Retour aux ténèbres avec le dernier titre du premier côté du disque, l’intrigante « Your Hidden Dreams »… Les vocaux féminins sont aussi magnifiques que mystérieux, et rappellent par moments ceux de Björk, notre Islandaise préférée. Les paroles semblent jouer sur l’aspect diabolique et tentateur de la femme, un thème récurrent sur l’album (c’est elle qui a bouffé la pomme après tout !) :

Why do you let it hold you?
Life must be lived in full view
In every sin there must be pride
Your hidden dreams can’t be denied
Take me, and you’ll begin to understand.

Ces vocaux sont murmurés comme un secret terrible… La musique qui accompagne ce récit est parfois tranquille (mais on parle d’une tranquilité pleine de menaces obscures) et parfois s’emballe pour devenir inquiétante à souhait (cette batterie pleine de reverb qui joue les marteaux piqueurs, ce piano étrange, ces cordes angoissées…). Tout ici nous prépare magnifiquement pour ce qui va s’ensuivre sur l’autre côté : l’enfer.

« The Visitation » surprend à la première écoute… Du indus/dark-ambient en 1968-69 ? Le tout commence comme ça, en tout cas. Une montée horrible et bruyante qui s’achève sur un long cri perçant. Et le mantra se fait alors entendre, plus lugubre que jamais : « Young girl with roses in her eeeeeyes ». On s’imagine bien le Donovan de la pochette de « A Gift From a Flower to a Garden » susurrer ces paroles dans un champ de maïs en plein milieu de la nuit (brrrrr….). Les paroles et les sons semblent relater la fin tragique d’un couple à travers un accident de moto assez sanglant où le jeune homme est tué… Mais attention, l’aspect fantomatique, c’est que l’histoire est narrée par le conducteur qui revient d’entre les morts pour « visiter » sa douce encore en vie. Tout cela est accompagné par des bruits de motos spectraux, des pleurs de jeunes filles, le sons des cloches et des montées proto-industrielles… Ce morceau est un putain de chef d’oeuvre hallucinant et totalement en avance sur son temps tout en étant pourtant étrangement emblématique de son époque.

Trouvez pas qu’il fait peur vous ?

On finit le tout avec une belle petite messe noire dont le thème initial me fait penser, je ne sais pourquoi, à une version vocale du thème du stage de Bowser dans Super Mario 3. Sur cette longue piste improvisée, White Noise recrute l’excellent percussionniste de free jazz Paul Lytton (Evan Parker, Area, London Musician Collective) qui fait de la magie à travers une mer de sons caverneux. Rapidement, d’autres biscorneries électriques, hurlées, réverbérées, se joignent au délire méphistophélique. C’est vachement malsain ce qui se passe ici. La litanie tribale dédiée au mal ne se termine pas dans la joie et l’allégresse, je peux vous le confirmer…

An Electric Storm est un grand disque insolite et aventureux. On regrettera que les essais suivants de Vorhaus sous le même nom tombe dans une New Age un brin moins intéressante (malgré un très chouette second volume)… Mais avec ce premier opus discographique, le bonhomme s’assure une place au panthéon des musiques sombres et expérimentales, dont l’influence se fait aujourd’hui encore sentir sur une tonne de trucs. Un grand, TRÈS grand disque. Et un des mes desert island discs. Peace out !


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critiques

Sulphuric Night – Forever Cursed

Année de parution : 2019
Pays d’origine : Portugal
Édition : Vinyle, Altare / Black Gangrene – 2020
Style : Black Metal Atmosphérique

Rage. Terreur nocturne. Os brisés. Désert de souffre gelé. Marécage fantasmé. Grotesque. Bourré d’immondices. Grouillantes. Couinantes. Rage. Cauchemars en vase-clos. Étouffer. Se noyer dans la glaise. Rituel nocturne. Sacrifice. Peste bubonique. FUZZ. Rage. Bête noire. Ambient. La brèche est ouverte. Hallucination. PEUR. Cafardeux. Voix pourrissante. Dégradation. Rejet de la vie. S’auto-vomir. Aigreur. Naufrage intérieur. Rage. Obsession. Affable. Négation. Perte de repères. Spectres. Amertume. Maison hantée. Cadavre grugé. Ver blanc. Gigantesque. Défraichi. Rage. Perte. Voyage au bout de la nuit endémique.


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