critiques

Premiata Forneria Marconi ‎– Per Un Amico

Année de parution : 1972
Pays d’origine : Italie
Édition : CD, BMG Ariola – 1998
Style : Rock Progressif, Symphonic Prog

Attention cher lecteur… Derrière cette pochette pour le moins « rose bonbon » (et, disons le, assez laide) se cache un disque prodigieusement fabuleux et l’un chef d’oeuvre incontesté du prog italien. Un disque élégant, racé, étonnant de maîtrise pour une deuxième offrande discographique pour le jeune groupe de Milan. Ces piécettes (sortes de micro-symphonies) sont superbement composés, somptueusement orchestrés et bourrées d’une tonne de petits détails sonores raffinés. Le savoir-faire technique des muzikos-compositeurs est évident mais avant tout, c’est un album qui a un coeur immense, une âme et une personnalité bien propre à lui.

Per Un Amico, c’est une ballade dans une forêt embrumée d’Italie (je pense à la « Umbra »), à travers hêtres et chênes antiques, petits ruisseaux et autres cours d’eau. Le tout est d’une intense beauté pastorale. À part le second morceau, l’instrumental intitulé « Generale » qui est plus enlevant/rock, les 4 autres pistes sont des merveilles de sophistication qui n’envient rien aux plus grands compositeurs classique. Je défie quiconque n’aimant pas le progressif pour ses excès souvent discutables (même si moi, j’aime !) d’écouter ce disque et ne pas être secoué par de grandes bouffées d’émotion pure et brute. Cette musique est subtile, atmosphérique, poétique en diable, d’un ravissement sans pareil.

Les influences semblent multiples : le Genesis de l’époque Trespass (surtout le jeu de guitare acoustique d’Anthony Phillips, dont Franco Mussida est un digne émule), la scène Canterbury, Gentle Giant, King Crimson, les compositeurs romantiques et folkloristes, le baroque, le folk italien. Tout cela s’enchevêtre célestement au cours de cette ballade forestière automnale mystique. Si il ne fallait en garder qu’un seul (mais ce serait cruel), ce serait « Il banchetto » (Le banquet). Une intro à la guitare splendide… et la voix, le piano, la basse et la batterie se joignent à elle dans un moment musical des plus ensoleillé. Puis… un nuage obscurci alors le ciel momentanément. La flûte piccolo et la guitare 12 cordes tissent des vertiges séraphiques alors que le Mellotron s’élève, à la fois tendu et éthéré, annonciateur de plusieurs micro-climax ahurissants. Mais ce n’est pas fini ! On a droit à un passage façon « Gentil Géant » out of nowhere qui se mute en magnifique mini sonate pour piano. Que c’est beau, ensorcelant, féérique ! Le tout se conclut en retournant sur les arpèges qui avaient initié le bal… Le Soleil resplendit à nouveau dans le ciel, entre les branches et les feuilles…

Bref, à la lecture du précédent paragraphe, vous pouvez ressentir (j’imagine) tout l’amour que je porte à ce morceau. Il représente (ainsi que tout l’album en fait) ce qui se fait de mieux en matière de musique progressive. Parce que le vrai de vrai prog, c’est ça… Pousser la musique dite « accessible » (le rock, la pop) plus haut, plus loin ; vers d’autres horizons insoupçonnés, la métissant avec d’autres courants, d’autres genres, d’autres vocabulaires sonores, la faisant évoluer vers une forme nouvelle, libre et grandiose. Et ça PFM, sur leurs 2-3 premiers albums, ils faisaient ça avec brio !

En plus, sur l’album y’a pas UN, pas DEUX, mais TROIS Mellotron. TROIS !!! Must buy !


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :

Articles

Adieu monsieur Sakamoto

J’ai eu un gros moment d’émotion ce matin quand j’ai appris le décès du compositeur/musicien Ryuichi Sakamoto. Il nous a quitté le 28 mars, après avoir perdu sa bataille contre la malade (ce foutu cancer, encore…).

J’ai découvert le génie musical de Sakamoto en même temps que ses talents d’acteur lorsque jadis, alors jeune adulte, je suis tombé un soir sur le dernier tiers de Furyo (Merry Christmas Mr. Lawrence) à ARTV. L’intensité de ce magnifique film de Nagisa Ōshima m’aura marqué. En plus de jouer merveilleusement bien un des deux rôles principaux (aux côtés de David Bowie), notre homme est aussi l’auteur de la trame sonore. Le thème principal, magique, flottant, rêveur, nostalgique, émotif… est simplement l’un des plus beaux et mémorable de l’histoire du 7ème art.

Les années filent… Puis c’est encore via le grand écran que je continue ma découverte de l’oeuvre immense du japonais. Fin 2006, je suis au cinéma devant Babel de Alejandro González Iñárritu et un des thèmes musicaux récurrents est un arrangement particulièrement ravissant de Bibo No Aozora pour piano, violon et violoncelle (une pièce qui, dans sa version sophisti-pop, introduisait l’album Smoochy de Sakamoto, paru en 1996). La pièce est tellement renversante que j’en oublie presque le film (pourtant très chouette). Je passerai le mois de décembre 2006 entier à l’écouter religieusement au moins 2 fois par jour. Cette pièce est connectée à jamais à cette période charnière de ma vie.

Dans les années suivantes, je plonge en profondeur. Les collaborations avec l’autrichien Christian Fennesz, l’allemand Carsten Nicolai (alias Alva Noto), l’anglais David Sylvian (ex membre de Japan, le groupe et non le pays, s’entend)… Je découvre un artiste aux milles talents, à la fois capable de donner dans l’expérimentation pure et brute mais aussi de produire des mélodies simples et universelles. Je m’éprend de la musique avant-gardiste et kaléidoscopique de son vieux groupe électro The Yellow Magic Orchestra, dans lequel oeuvrent aussi Haruomi Hosono et Yukihiro Takahashi (ce dernier nous ayant aussi quitté récemment). C’est un genre de Kraftwerk japonais qui produit une musique complètement folle et jouissive, pleines de blips et de blops ; un genre d’Exotica robotique-psych-rétro-futuriste qui aurait été une trame sonore idéale pour un jeu de Game Boy sur l’acide.

Rendu là dans mon histoire, je VÉNÈRE Sakamoto. J’écoute, réécoute et digère sa disco quasi entière, qui va dans tous les sens : synthpop, art pop, électro, trip-hop, ambient tribal, classique contemporain, minimalisme, électro-acoustique… De un, il y a un backlog assez ahurissant de trucs à découvrir et notre héros moustachu continu d’être très prolifique.

Puis, malgré les nombreuses collaborations et trames sonores, on sent un essoufflement créatif chez Ryuichi du côté de la disco solo. Après Out of Noise paru en 2009, il y aura une pause 8 ans avant la parution de Async en 2017. C’est qu’entretemps, Sakamoto est malade. Cancer de la gorge. Pendant la gestation d’Async, Sakamoto envisage sa mortalité et voit l’album comme son dernier ; son ultime contribution musicale dédié au monde des vivants alors qu’il sent qu’il a déjà un pied de l’autre côté. C’est une oeuvre incroyable, funèbre, profonde, belle à en pleurer des torrents de larmes, fortement inspirée par l’oeuvre du réalisateur russe Andreï Tarkovski (et Edouard Artemiev, compositeur des bandes sons de la plupart de ses films). À la fois très aride par moments et contemplatives par d’autres, la musique de Async est triturée de field recordings de rues de villes, de textures acoustiques ou électroniques atypiques, de samples de voix (dont celle de Sylvian, éternel comparse).

Puis, heureusement, Sakamoto récupère. Nous aurons la chance de l’avoir parmi nous pendant quelques années encore. Il continuera de produire des trames sonores fabuleuses et travaillera sur un ultime album solo (paru plus tôt cette année). Un album surtout basé sur le piano ; l’instrument de prédilection de Sakamoto ces 25 dernières années. Un très beau disque ambient et Satie-esque, dans lequel on se perd avec volupté et torpeur. Un disque des matins blêmes et tranquilles. Un genre de post-scriptum miraculeux de ce qui était censé être son disque d’adieu.

Adieu monsieur Sakamoto. Votre musique aura changé ma vie et demeurera éternellement avec moi. Merci pour tout.

Playlist

PLAYLIST #2 – Semaine du 27 mars 2023

SALADE D’ENDIVES

PHYSIQUE :

  • J.S. Bach – « Actus Tragicus » Cantates (Cantus Cölln, Konrad Junghänel) (Harmonia Mundi, CD)
  • Roland Kayn – Tektra (Reiger-records-reeks, 5 x CD)
  • Maxime Denuc – Nachthorn (Vlek, Vinyle)
  • Miles Davis – On The Corner (Columbia, CD)
  • Salah Ragab & The Cairo Jazz Band – Egypt Strut (Strut, Vinyle)
  • Merzbow – Rainbow Electronics 2 (Dexter’s Cigar, CD)
  • Ifernach – Laments Of Eriu (Åon Records, CD)
  • Burzum – Det Som Engang Var (Back On Black, Vinyle)
  • My Bloody Valentine – Isn’t Anything (Sire, CD)
  • Glenn Branca – The Ascension (Superior Viaduct, Vinyle)
  • Drudkh – Всі Належать Hочі (Season of Mist, CD)
  • Le Super Djata Band Du Mali – En Super Forme Vol. 1 (Numero Group, Vinyle)
  • Vis-A-Vis – Odo Gu Ahoroo (We Are Busy Bodies, Vinyle)
  • Raum – Daughter (Yellow Electric, 2 x Vinyle)
  • Os Novos Baianos – Acabou Chorare (Som Livre, CD)
  • Harmonia – Musik Von Harmonia (Revisited, CD)
  • Forbidden Tomb – Flame of the Iniquitous Deity (Asrar, Vinyle)
  • Gates Of Dawn – Gates Of Dawn (Death Hymns, Vinyle)
  • Freddie Gibbs & The Alchemist – Alfredo (ESGN, CD)
  • Conway The Machine & Big Ghost LTD – If It Bleeds It Can Be Killed (de Rap Winkel Records, Vinyle)
  • Saagara – 2 (Instant Classic, CD)
  • Lou-Adriane Cassidy – Vous Dit : Bonsoir (Bravo Musique, Vinyle)
  • Geinoh Yamashirogumi – Ecophony Gaia (Invitation, 2 x Vinyle)
  • Otis Redding – Otis Blue: Otis Redding Sings Soul (ATCO Records, CD)
  • Funkadelic – Free Your Mind… And Your Ass Will Follow (Westbound Records, CD)
  • Spirit – The Family That Plays Together (Legacy, CD)
  • Monster Magnet – Spine Of God (Napalm Records, Vinyle)
  • Alamaailman Vasarat – Käärmelautakunta (Silence., CD)
  • Jean-Luc Godard : Histoire(s) De Musique (EmArcy, CD)
  • Babe Ruth – First Base (Harvest, Vinyle)
  • Gong – Angel’s Egg (Radio Gnome Invisible Part 2) (EMI, CD)
  • Mercyful Fate – Melissa (Metal Blade, Vinyle)
  • Goblin – Profondo Rosso: Original Motion Picture Soundtrack (Waxwork, 3 x Vinyle)
  • Alruna – Silver Dawn (Födweg, Cassette)
  • Sirens Bay – In the Shadow of the Lighthouse (Voices Of The Ainur, Cassette)
  • Ithildin – Arda’s Herbarium : A Musical Guide To The Mystical Garden Of Middle-Earth And Stranger Places Vol. III (Voices Of The Ainur, Cassette)

STREAMING :


GUILLAUME P. TRÉPANIER

Écoutes récentes en rafale, de gauche à droite :

  • Pop Yeh Yeh: Psychedelic Rock From Singapore And Malaysia 1964-1970, Vol. 1 (compilation de 2014) [US]
    Cette compilation de Sublime Frequencies, sold out depuis longtemps, a surgi de nulle part dans l’usagé au Knock-out. Après 3 écoutes, je le considère comme un d’mes meilleurs catch. Sérieux, des perles incroyables d’une scène beaucoup trop méconnue de l’histoire du rock.
  • Crosby & Nash – David Crosby & Graham Nash (1972) [US]
    Magnifique album folk, classique immanquable pour les fans de David Crosby ou de CSNY/CSN.
  • Traffic – John Barleycorn Must Die (1970) [UK]
    Traffic, les Fleetwood Mac du prog? En tout cas, cet album-là coule aussi bien que du pop tout en étant garni de gros arrangements folk et prog.
  • Bob Dylan – The Freewheelin’ Bob Dylan (1963) [US]
    Mon deuxième Dylan préféré et inévitablement un des plus grands albums folk de tous les temps.
    Imaginez Bob qui arrive avec son premier disque de matériel original et ça ouvre avec Blowin’ in the Wind. Être un chanteur folk qui essaie de percer cette année là, j’me serais dit que tout est foutu et j’aurais abandonné. (Clin d’oeil à Llewyn Davis)
  • Cano – Au Nord de notre vie (1977) [CAN]
    Groupe composé de membres d’Ontario et du Québec, Cano nous offre du folk progressif doux dans lequel il est toujours agréable de naviguer tranquillement.
  • The Lookouts – Mendocino Homeland (1990) [US]
    EP du premier groupe punk de Tré Cool (batteur de Green Day), trop content d’avoir trouvé cette petite perle au Knockout. J’ai fait jouer ça, les enfants se sont mis à courir autour de la table, le tour est joué!
  • Green Day – 39/Smooth (1990) [US]
    Pendant que Tré s’amusait avec les Lookouts, Green Day sortait ceci avec leur premier drummer. Je reviens souvent à cet album et personnellement, si un band de mon secondaire avait joué des tunes comme « Going to Pasalacqua » dans la cours de mon école, j’aurais tout abandonné mes projets de vie pour devenir leur gérant. Ça sentait les futures hitmakers à plein nez.
  • Black Sabbath – Seventh Star (1986) [UK]
    C’est probablement le pire Black Sabbath de la discographie, mais j’aime tellement Black Sabbath que je les veux tous en vinyle. Maladie du complétiste, passage obligé.
  • Boston – Boston (1976) [US]
    J’ai fait jouer ça en payant mes impôts, des factures et mes taxes municipales. J’ai doublé mon âge l’instant de cet album.
  • Queens Of The Stone Age – Songs For The Deaf (2002) [US]
    Gros album décapant avec le bon vieux Dave Grohl à la batterie. Je suis tanné de l’entendre et je m’étais promis de ne jamais utiliser cette phrase dans une description d’album, mais… « ça rentre au poste! »
  • Broadcast – Tender Buttons (2005) [UK]
    Je suis amoureux de cet album. C’est tout. 5 étoiles. L’amour ça s’explique pas.
  • Vanishing Twin – The Age Of Immunology (2019) [UK]
    Vanishing Twin serait dans mon top 5 des meilleurs groupes des années 2010, je crois. J’achète automatiquement tout ce qu’ils font. C’est toujours surprenant. Une genre de library music/psychedelia/electro/lounge/pop/expérimental, mettons? Je sais pas ce que c’est, c’est juste hors de ce monde.

LÉON LECAMÉ

  • WHORES – Ruiner EP (sludge metal)
  • Irfan – Seraphim (folk/ethno fusion)
  • New Mexican Doom Cult – Necropolis (stoner doom metal)
  • The Kilimanjaro Darkjazz Ensemble – (dark jazz/avant garde/dark ambient)
  • Sex Wave Dj Mix (gothic techno/new eat/darkwave/ebm)
    https://www.youtube.com/watch?v=sNPybPSRprg&t
critiques

Robbie Basho ‎– Venus In Cancer

Année de parution : 1969
Pays d’origine : États-Unis
Édition : Vinyle, Traffic Entertainment Group – 2018
Style : Avant-Folk, American Primitivism, Raga

Cette musique se passerait bien de mots pour dépeindre sa définitive splendeur. Cette musique n’est que beauté suspendue dans un ciel changeant au gré de saisons fugaces. Ces ciels d’été à l’azur fulgurant, ponctués de cirrus haut perchés aux formes toujours plus abstraites… ciels luminescents/dégagés d’automne qui laissent s’embraser des couleurs folles, véritable feux d’artifices végétaux pour les yeux de ceux qui se laissent encore envahir par la pureté des choses élémentaires. Ciels enneigés de sous-bois, qu’on ne fait qu’entrevoir entre le brun emmitouflé de blancheur irradiante des branches bienfaitrices… ciel gris, morne et pourtant rassurant de ces marches solitaires qui sont, en quelque sorte, ce qui se rapproche le plus d’une certaine forme de spiritualité pour moi.

Un homme un peu étrange (un voyageur), sa guitare acoustique 12 cordes et sa voix de barde celtique nouveau-genre anachronique en diable (qui peut autant ravir que déplaire). Juste ça, et quelques petits arrangements baroque typique de l’époque (on est en 69) ci et là. Et ça te tisse des symphonies de « courant de conscience » grandioses. Des liturgies d’arpèges qui peuvent donner des frissons d’extases à quiconque n’a pas une pierre dans le poitrail. De la simplicité mais dans sa forme « magistrale » ; qui va au bout de ses racines flamboyantes, qui met en lumière le foisonnement intrépide qu’il y a au coeur des choses vivantes, des êtres.

Parfois, c’est Robbie qu’il te faut pour comprendre.


Dans un même état d’esprit (apaisé), Salade vous recommande :

Autres Mixes, Mixtapes

Les Paradis Étranges présentent…. A Nonesuch Explorer MIX (par Salade d’endives)

Vers la fin des années 60, l’excellente étiquette de disques Nonesuch a décidé de se lancer dans la parution d’une sous-série de disques consacrés à la musique traditionnelle/folklorique/classique de pays et régions aux 4 coins du globe. On parle ici bien sûr de la légendaire série surnommée « Explorer ». Nonesuch furent parmi les premiers à partager ces merveilles au monde entier et ce même avant que le terme un peu galvaudé de « musiques du monde » ne soit même conceptualisé.

Les disques parus sous l’égide « Nonesuch Explorer » furent publiés de 1967 à 1984. Ils consistent surtout à des enregistrements qu’on qualifie de « field recordings » (enregistrements sur place, pour mieux s’imprégner du pouls et de la culture locale). On est donc bien loin de l’exotica de l’époque (qui était plutôt une version presque parodique des musiques étrangères, telles que vues et ré-interprétées par l’homme blanc occidental) ou de certaines productions ultérieures (enregistrées en studio), parfois un brin aseptisées.

Des enregistrements exemplaires de Nonesuch furent réalisés en Asie, en Europe de l’Est, en Amérique centrale et du sud, dans les Caraïbes et au Moyen-Orient. C’était pour plusieurs la première occasion d’entendre la VRAIE musique étrangère, non édulcorée.

Cette série d’albums m’est très très chère. C’est pourquoi j’ai voulu lui rendre hommage à travers ce mix qui vous entrainera l’appareil auditif à travers multiples traditions sonores fascinantes et qui, je l’espère, vous donnera le goût de voyager.

Bonne écoute !

Tracklist:

  1. Shinichi Yuize – Zangetsu (Lingering Moonlight)
  2. Joaquín Bautista – La Visita
  3. Ensemble Of The Bulgarian Republic, Philip Koutev – Nyagul Na Milka Dumashe (Niagol Talks To Milka)
  4. Saka Acquaye – Echoes Of The African Forest
  5. Ram Narayan, Mahapurush Misra, Shirish Gor – Dhun Khamaj That
  6. Los Chiriguanos – El Chupino
  7. Lu-sheng Ensemble – T’ao Li Ch’un Feng (Beautiful Spring)
  8. Artiste(s) Inconnu(s) – Acholi Bwala Dance
  9. Laxmi G. Tewari – Oyun Havası
  10. M. Nageswara Rao – The Ten Graces Played On The Vína
  11. The Pennywhistlers – Shto Mi E Milo
  12. Artiste(s) Inconnu(s) – Pandillero
  13. Artiste(s) Inconnu(s) – Ketjak Dance (extrait)
  14. Members Of The Radio Afghanistan Orchestra – Rain Song
  15. Artiste(s) Inconnu(s) – Dzil Duet
  16. Katsumasa Takasago – Komori Uta
  17. Björn Ståbi & Ole Hjorth – Skänklåt
  18. The Bauls Of Bengal – O Ki Garial Bhai
  19. Joseph Spence – Don’t Take Everybody To Be Your Friend
  20. Pegro Lunes Tak’il Bek’et, Rominko Patixtan Patixtan, Carmen Gomez Oso, Rominko Mendez Xik’ & Xun Perez Hol Cotom – K’in Sventa Ch’ul Me’tik Kwadulupe
  21. Artiste(s) Inconnu(s) – Lukuji
  22. Mustafa Kandıralı & Ensemble – Saba Zeybek/Tavas Zeybeği
  23. K.R.T. Wasitodiningrat – Ketawang Puspawarna
  24. Orchestre Jazz Corondo – Joséphine
  25. Artiste(s) Inconnu(s) – Not Goodbye

Une partie de ma collection de disques Nonesuch Explorer

critiques

Kali Malone – The Sacrificial Code

Année de parution : 2019
Pays d’origine : États-Unis
Édition : 3 CDs, iDEAL Recordings – 2019
Style : Drones d’orgue, Minimalisme

Notes sur l’enregistrement :

  • « Canons for Kirnberger III » (pistes 1 à 3) jouées et enregistrées par Kali Malone à L’École royale supérieure de musique de Stockholm.
  • « Norrlands Orgel »(pistes 4 à 6) jouées et enregistrées par Kali Malone, avec l’assistance de Karl Sjölund au Studio Acusticum de Piteå.
  • « Live in Hagakyrka » (pistes 7 à10) jouées par Ellen Arkbro et Kali Malone ; enregistrement par Rasmus Persson à l’église Haga kyrka de Gothenburg.
  • *Mastering par Rashad Becker

3 CDs d’orgue dronesque ?!? Serait-ce le wet dream absolu d’un certain Yannick Valiquette qui prend vie ? Oui, tout à fait. Et un peu le mien aussi (ouais Yanni, t’as pas le monopole de l’appréciation « organesque » ; sorry bro)… Kali Malone est une jeune américaine qui a grandi dans le Colorado et qui a fait des études en chant classique. À 16 ans, elle rencontre Ellen Arkbro lors d’un spectacle à New York et décide d’aller lui rendre visite à Stockholm l’année suivante. S’ensuit alors une grande période formatrice pour Kali qui se met à faire de la musique (improvisée surtout) avec une panoplie de musiciens là-bas. Elle tombe littéralement sous le charme de la Suède et de sa scène musicale underground foisonnante. Elle décide d’y d’émigrer sur un coup de tête, à ses 18 ans, avec pour seuls bagages son ampli de guitare Fender et quelques pédales. 6 ans plus tard, elle vit toujours à Stockholm, y poursuit des études en composition électro-acoustique et y a enregistré plusieurs disques (dans différents genres) formant une discographie déjà fascinante. Pas mal pour une demoiselle qui n’a que la mi-vingtaine !

En 2018, Malone publie un EP qui rassemble 4 improvisations qu’elle a faîte à l’orgue dans une période donnée (2016-2107). À son écoute, on comprend rapidement qu’elle a trouvé là un instrument de choix pour exprimer toute sa sensibilité artistique et mettre en musique son monde intérieur où mélancolie funéraire et somptuosité automnale s’enchevêtrent. C’est d’ailleurs avec ces litanies cafardeuses et désolées que j’ai initialement abordé le corpus de l’américaine. Ce que je ne savais point à ce moment, c’est que cet exercice (déjà sublime) ne serait qu’une mise-en-bouche pour sa plus grande réalisation discographique jusqu’à ce jour : Le Sacrificial Code (ici chroniqué).

Donc… Comme je disais, on a ici affaire à 3 CDs avec uniquement de l’orgue (mis à part une courte piste qui introduit le 3ème disque et qui met en scène les cloches de l’église luthérienne Haga kyrka de la ville de Gothenburg). C’est donc un album pour oreilles avertis seulement ; pour ces aventureux contemplatifs-statiques qui aiment se laisser emporter et bercer les tympans par une musique qui prend tout son temps pour imposer son atmosphère quasi-figée et ensorcelante. Car quand il est question de drone, il est souvent question aussi de patience, de méditation, de voyage intérieur, d’engourdissement de l’âme… Il faut laisser chaque note nous englober, chaque réverbération du divin (et colossal) instrument nous tétaniser jusqu’à ce qu’on réalise qu’on est littéralement sous hypnose. Ce n’est donc pas un opus qu’il faut se farcir dans n’importe quel contexte… Mais quand c’est le bon moment, bon Dieu qu’on peut partir loin avec cet album et toucher/gouter à une sorte d’absolu miraculé ! Et on se dit alors qu’il n’y a pas musique plus belle, plus essentielle que cela !

Il est nécessaire de souligner ici le superbe travail de « miking » effectué par Malone. En plaçant les micros stratégiquement très près des tuyaux de l’orgue, elle a réussit à éliminer autant que possible les identifiants d’environnement ; en supprimant essentiellement la grande réverbération de hall si inextricablement liée à l’instrument en temps normal. L’orgue sonne donc vraiment différemment de ce qu’on à l’habitude d’entendre… Il est plus doux, plus près, plus intimiste, plus frêle, moins hautain, moins victorieux, moins romanesque. De plus, dans sa manière de jouer, Kali s’est efforcée de se libérer de tics que peuvent avoir les organistes qui se laissent emporter bien souvent par l’émotivité du moment, la toute puissance de l’instrument et les élans expressifs qui en résultent dans la performance. Son jeu (et celui d’Arkbro sur le CD 3) est lent, délibéré, stoïque, raidi, gelé, presque impassible… et il invite donc au recueillement le plus complet.

C’est vraiment un de mes albums préférés de 2019. Voilà là une oeuvre puissante qui va m’habiter longuement et que je me plairai à écouter et réécouter lors de ces jours d’infinie grisaille (qu’elle soit physique ou psychique).


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :

critiques

Sun Ra – Cosmos

Année de parution : 1976
Pays d’origine : États-Unis
Édition : Vinyle, Inner City – 2010
Style : Avant-Garde Jazz, Jazz Fusion, Spiritual Jazz, Free Jazz, Post-Bop

Hey toi jeunot… Oui toi ! Tu te cherches un album de Sun Ra qui peut PRESQUE (je dis bien « presque ») jouer en fond sonore lors de ton souper spaghetti du mardi soir en famille ? Tu veux aussi que ce disque, par le fait même, fasse en quelque sorte le pont entre le Sun Ra acoustique des débuts et le Sun Ra plus funky/électro/discoïde de la deuxième moitié des seventies acidulés ? Bref, tu veux une fusion quasi-parfaite de tout le spectre sonore de l’homme casqué de Saturne ; mais sans verser trop profondément du côté de ses essais Jazz Libre chaotiquement décalibrés (que tu te réserves plutôt pour ces moments de recueillement solitaire suprême aux heures pâles de la nuit)… Et bien, j’ai justement la galette qu’il te faut !

Bienvenue dans ce Cosmos bienveillant, à la fois grisant/opiacé/foutraque par bouts (ça demeure du Ra Soleil après tout) mais quand même bigrement bien structuré et finement ficelé. C’est pas mal le disque parfait pour s’initier au compositeur/pianiste/philosophe des étoiles préféré des petits et des moins petits. On y retrouve des pistes très Swing qui rappellent les offrandes discographiques late 50s/early 60s de l’Arkestra mais le tout saupoudré par cette petite touche jazz-ambient-relax promulguée par le space moog onirique de monsieur Ra (instrument qui était son nouveau petit joujou préféré à ce moment là). Le vaisseau-arche traverse ici une galaxie particulièrement smoothy-licieuse, constituée de planètes(-pistes sonores) bleutées-pourpres-argentées.

L’ambiance d’un disque de Sun Ra est toujours extrêmement particulière. Il faut écouter quelques disques de l’homme pour commencer à pénétrer vraiment dans son univers bruitatif totalement « autre »… La musique de Sun Ra, c’est un rêve. Du Dream-Jazz en somme. Et parfois, nos rêves sont plus concis, les contours plus nets, mieux dessinés ; ça se tient quand même bien… d’autres fois, c’est juste du maboulisme pur jus ; la réalité n’est plus qu’un distant souvenir, tout s’efface, se disloque et se reconstruit célestement sous de nouvelles formes et anti-formes dans la chambre nuptiale de Morphée… Mais peu importe le degré de déraison du dit songe, il y a toujours ce petit côté brumeux-irréel-nébuleux. Et cet aspect là est toujours prévalent chez Sun Ra… Et teinte donc ce Cosmos tout chimérique qu’il l’est. Claviers atmosphériques, basse électrique, flûtes et saxo multiples, basson, clarinette, trompette, cor français, batterie, trombone et voix disparates (qui récitent un mantra sur la première pièce de la Face B, superbe)… Tant d’éléments contribuant à produire ce brouillard jazzy narcotiquement vôtre, cette substance sonore affranchie, énigmatique et belle à en pleurer.


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :

critiques

Kikagaku Moyo – Masana Temples

Année de parution : 2018
Pays d’origine : Japon
Édition : Vinyle, Guruguru Brain – 2017
Style : Psychédélique, Raga Rock, Krautrock, Folk, Stoner Rock gentil

Amateurs de Kosmische Musik de tous azimuts, voici un disque qui devrait vous plaire ! Ce groupe de Tokyo transplanté à Amsterdam (on se demande pourquoi…) oeuvre à émoustiller les tympans des plus chevelus d’entre nous depuis 2012, alors qu’il se sont rencontré dans un monstrueux Jam cosmico-féérique. Ce « Masana Temples » est leur 4ème offrande discographique et il a été enregistré à Lisbonne, avec l’apport considérable du musicien-producteur jazz Bruno Pernadas.

Et ça donne quoi exactement musicalement-parlant ? Et bien, premièrement, comme la magnifique pochette (signée Phannapast Taychamaythakool… super cool à prononcer avec 28 biscuits soda dans la bouche) le laisse entrevoir, il y a un sitar ! Alors moi, je dis déjà mille fois oui ! Mais outre mon sitar-worship, on a ici affaire à un très beau disque de musique psychédélique qui touche à plein de sous-genres… Il y a cet aspect Raga Rock et Folk qui peut nous ramener aux disques non-ambiant de Popol Vuh. Les rythmiques hautement choucroutées et les moments plus rutilants rappellent les belles effusions d’Amon Düül II époque « Tanz der Lemminge ». Sinon, pour citer une influence japonaise, on peut penser au géniaux Flower Travellin’ Band ; mais si ces derniers avaient mis la pédale douce sur le fuzz outrancier… parce que oui, cet album de Kikagaku Moyo est un disque tout duveteux et sirupeux (en grande partie). Du Psychédélisme GENTIL, en somme. Une micro-dose de LSD qu’on mets dans le café matinal un beau Samedi de Juin, alors que le ciel ne finit plus d’être bleu. On peut même parfois entrevoir le spectre sonore de Broadcast (groupe anglais de Trish Keenan et James Cargill) vu le petit côté lounge-baba-cool qui pointe son minois de temps en temps.

Cet album, c’est un beau voyage onirique et énergisant à travers un jardin immense et ensoleillé, le tout bourré d’orfèvreries champêtres, de sitar planant, de basse groovy-licieuse, de percussions exotica-kraut et de guitare tantôt folky tantôt fuzzy (le tout avec un succulent soupçon de thérémine). Les voix sont douces, discrètes, apaisées… Les paroles des pièces sont toutes en yaourt (à part celles, japonaises, de « Nazo Nazo ») ; c’est-à-dire qu’elles n’ont aucun sens et ne sont en fait qu’un enchaînement de sons, syllabes et onomatopées qui « sonnent » comme une langue réelle mais qui n’en est pas une.

Tous construits à partir de jams, les morceaux s’enchevêtrent majestueusement pour créer un tout qui coule comme un long fleuve tranquille dans nos tympans ravis. Cela renforce le versant « voyage » évoqué ci-haut. Parmi mes préférés, je peux citer « Fluffy Kosmisch » qui porte tellement bien son nom. Beau jam céleste et Hawkwind-ien que voilà ! Gros coup de coeur aussi pour « Orange Peel » et sa nostalgie/mélancolie hyper-japonisante. Le genre de truc ULTRA détendu/paresseux qui te donne le goût d’être un cumulus qui sillonne mollement l’azur. Et belle finale aussi sur la très folky « Blanket Song ». Encore un nom bien choisi messieurs ! L’impression d’être sous la couette, dans un hamac qui vogue vers un ailleurs incertain.

Un disque de lazy weekend, pour faire la vaisselle avec son 3ème café à 11h00 du mat, avant d’aller cueillir des champignons en sous-bois…


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :

15 Fréquences, Mixtapes

15 Fréquences Ultimes – Épisode 1 – Klô Pelgag

Pour cette première édition des 15 (17 dans son cas ! oooooh la tricheuse !) Fréquences Ultimes, l’incroyable auteure-compositrice, musicienne, chanteuse, arrangeuse et poétesse Klô Pelgag nous convie à un authentique festin royal pour nos oreilles. Au menu : pop anatolienne psychédélique, avant-garde made-in-Québec, prog-rock de grand cru, chanson française expérimentale, folk brumeuse 70s, art-pop islandaise, minimal wave grecque et autres merveilles internationales subjuguantes ! Bon appétit et un grand merci à Klô d’initier le bal d’une série de mixtapes qui promet de mettre le feu au plancher (du moins autant que la célèbre compilation « Red Hot »).

Tracklist:

  1. Gülden Karaböcek – Dostum
  2. Lena Platonos – Markos
  3. Roberto Musci – Lullabies…Mother Sings… Father Plays
  4. Sibylle Baier – Tonight
  5. L’infonie – Viens danser le OK là!
  6. Asa-Chang & Junray, Kyoko Koizumi – Senaka
  7. Vashti Bunyan – Train song
  8. Gentle Giant – Proclamation
  9. Aksak Maboul – A Modern Lesson
  10. DakhaBrakha – Sho z-pod duba
  11. Pink Floyd – Green is the color
  12. Steve Hackett – Ace of wands
  13. Ravi Shankar & Philip Glass – Sadhanipa
  14. Brigitte Fontaine & Art Ensemble of Chicago – Comme à la radio
  15. Serge Gainsbourg – Valse de Melody
  16. Nick Cave & The Bad Seeds – Girl in Amber
  17. Björk – All is full of love

Vous pouvez suivre les aventures musicalement rocambolesques de Klô sur son site web officiel, sa page Instagram, sa page Bandcamp ou encore sur son Facebook.

critiques

Darkthrone – A Blaze in the Northern Sky

Année de parution : 1992
Pays d’origine : Norvège
Édition : CD, Peaceville – 2001
Style : Black Metal

Cela se déroule début 1991 dans un petit pays du nord de l’Europe appelé la Norvège… Les gars de Darkthrone viennent de faire paraître leur premier album, « Soulside Journey » (enregistré l’année précédente). C’est un excellent disque de « Death Metal », genre qui a alors la cote dans la scène métallique underground scandinave. Nos musiciens s’apprêtent alors à retourner en studio afin de donner suite à ce premier méfait discographique. « A Blaze in the Northern Sky » arrive dans les bacs en Janvier 1992… et redéfinit tout. Nouveau style musical (Black Metal), pochette noir et blanc à la fois cheap et ensorcelante, production lo-fi à souhait, changement de look des musiciens…. Mais que diantre s’est-il passé en si peu de temps ? Comment comprendre un tel revirement de situation ; un tel changement sonore ? Qu’est-ce qui a fait naître le coup d’envoi discographique du Black Metal seconde vague (probablement la période la plus légendaire du genre) ?

L’influence d’un certain Øystein Aarseth (alias Euronymous) et l’ambiance de son magasin de disques Helvete (lieu de ralliement de jeunes gens très biens) y sont pour quelque chose… En 1991, alors que Gylve Fenris Nagell et Ted Skjellum ne sont pas encore respectivement Fenriz et Nocturno Culto, ils abandonnent complètement le Death sur un coup de tête (et par le fait même, leur maquette de ce qui devait être leur second disque : « Goatlord »). Ils échangent leurs baskets, leurs vestes en flanelle et autre fringues « tendance » contre des blousons de cuir, des ceintures à munitions et… plusieurs tubes de maquillage (couleurs préconisées : le noir et le blanc, seulement). Ils errent dans les bois, se mettent à invoquer le grand cornu, s’inspirent des légendes anciennes… Leur nouveau son ne sera que ténèbres et laideur fiévreuse. Lo-fi, volontairement minimaliste, caverneux, primaire, à milles lieux des fioritures death métalliques d’antan. Le « métal noir », c’est celui-là qu’ils vont essayer de forger maintenant. Et y’a pas à dire, pour un premier coup d’envoi, « A Blaze » est un coup de maître. C’est souvent l’album qui est cité comme celui qui a enfanté le Black Metal moderne.

L’album débute par une intro glauquissime… Une sorte d’invocation aux grands anciens (portée par la voix Fenriz) sur fond de dark ambient rituelle. La tension monte. La voix dérangée de Nocturno rejoint celle de son comparse… Elle est saccadée, acariâtre, maladive, annonciatrice d’un chaos certain. Et puis, tout ceci disparaît soudainement et on se prend le son du Darkthrone nouveau en pleine gueule. C’est « Kathaarian Life Code » mes amis. Un riff d’entrée qui te retourne les entrailles dans tous les sens, lui-même secondé par des blasts de Fenriz (a.k.a. l’être humain le plus cool sur Terre). Morceau long et perfide que voilà, avec ses passages d’une langueur toute visqueuse, ses envolées rageuses et son anti-mélodie glaciale à souhait (riffs acerbes à l’ardoise). Bordel que c’est culte de chez culte ! Les gens de Peaceville devaient vraiment se demander qu’est-ce qui se passait dans leurs enceintes quand ils ont écouté le nouveau disque de ce petit groupe de Death qu’ils avaient signé il n’y a pas si longtemps… À cet effet, le rumeur prétend que face à leur hésitation à sortir un tel truc, Fenriz leur a dit que si ils n’en voulaient pas, les prods Deathlike Silence (l’étiquette d’Euronymous) se ferait un plaisir de l’éditer. Face à ces menaces de défection, Peaceville ont cessé de faire leurs chochottes et ont fait paraître cette merveille funèbre. Et si on se fie au succès interplanétaire du machin en question, je ne crois pas qu’ils regrettent beaucoup cette prise de risque actuellement.

En plus d’être le pilier d’une véritable révolution musicale, « A Blaze in the Northern Sky » est assez unique dans la discographie de Darkthrone en ce sens que la métamorphose du groupe (passant du Death au Black) n’est pas encore complète à 100%… L’album est purement Black Metal par moments (« Katharian », « In The Shadow Of The Horn », « Where Cold Winds Blow ») mais sur les autres pistes, on a droit à une sorte d’hybride divin entre Black et Death. Les rythmiques s’y font plus tordues/sinueuses. Les vieux « tics » d’écriture de Fenriz sont toujours bien présents, mais ensevelis sous dix milles couches d’un brouillard impossible à percer. C’est un des aspects que j’aime le plus de ce disque. L’opus a été enregistré très rapidement ; ce qui est toujours le cas chez Darkthrone. On a donc l’impression d’accompagner la troupe dans leur transfiguration sonore. Nos tympans assistent à la création de quelque chose de nouveau et à l’évolution d’une bête musicale encore à définir. Et c’est proprement fascinant.

« Chéri, les enfants ont encore pigé dans ma trousse de maquillage ! »

Les 6 morceaux ici présent sont des classiques indémodables du genre. Maintes fois copiés/émulés (avec plus ou moins de succès). La BASE de toute une scène. Mais au delà des compositions en elle-mêmes, ce qui fait toute la magie de cet album, c’est son atmosphère résolument unique. Crade, transie, mystique, fantasque, narcotique, crue à l’os. C’est cette atmosphère de « cimetière profané sous la morte lune » qui fait que cette musique semble littéralement nous provenir d’un autre monde… Un monde ancien et austère, peuplé de créatures voraces et de Dieux vengeurs oubliés par les siècles. Un monde où la nuit est éternelle et solennelle ; où l’on se perd dans des forêts psychédéliques recouvertes d’une brume millénaire et dans ces montagnes aux cimes enneigés… Et évidemment, il y a cette pochette d’album qui vient sublimer tout cela. LA pochette par excellence du Black Metal, avec Zephyrous grimé de corpse paint qui semble hurler au crépuscule, le regard habité par ce monde intérieur qu’il s’apprête à nous vomir à la gueule.

Je termine cette critique en y allant d’une banalité tout de même essentielle: si vous vous intéressez au Black ou au Métal extrême tout court, vous DEVEZ posséder cet album de toute urgence !


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :

Playlist

PLAYLIST #1 – Semaine du 20 mars 2023

SALADE D’ENDIVES

PHYSIQUE :

  • Jordi Savall & Hespèrion XXI – Esprit D’Arménie (Alia Vox, SACD)
  • Vivaldi – Stabat Mater (Ensemble 415/Scholl/Banchini) (Harmonia Mundi, CD)
  • Laura Cannell – Antiphony of the Trees (Brawl Records, CD-R)
  • Sarah Davachi – Let Night Come On Bells End The Day (Recital, Vinyle)
  • Osanna – Palepoli (Warner Fonit, CD)
  • Univers Zéro – 1313 (Cuneiform, CD)
  • Le Orme – Uomo Di Pezza (Philips, CD)
  • Atrofia Cerebral – Matanza Extrema (F.O.A.D., Vinyle)
  • Graveland – The Celtic Winter (No Colours, CD)
  • T. P. Orchestre Poly Rythmo De Cotonou – Unité Africaine (Acid Jazz, Vinyle)
  • Horace Tapscott Conducting The Pan-Afrikan Peoples Arkestra – The Call (Nimbus West Records, Vinyle)
  • Dark Angel – Darkness Descends (Century Media, CD)
  • Thee Oh Sees – Carrion Crawler / The Dream EP (In The Red Recordings, Vinyle)
  • Jean-Pierre Massiera – Midnight Massiera (Finders Keepers, Vinyle)
  • Neu! – Neu! (Grönland Records, CD)
  • Larynx – Applaudissez, bande de chameaux (Bonbonbon, Vinyle)
  • Les Hay Babies – Boîte Aux Lettres (Simone Records, Vinyle)
  • S. Balachander, Sivaraman – The Music Of India (Nonesuch, Vinyle)
  • Yo La Tengo – May I Sing With Me (Alias, CD)
  • Duke Ellington & John Coltrane – Duke Ellington & John Coltrane (Impulse!, CD)
  • The Zombies – Odessey and Oracle (Varèse Vintage, Vinyle)
  • Paysage D’Hiver – Winterkaelte (Kunsthall Produktionen, CD)
  • Saigon Rock & Soul: Vietnamese Classic Tracks 1968-1974 (Sublime Frequencies, CD)
  • Jim O’Rourke – Eureka (Drag City, CD)
  • Vorgfang – Skammens Stein (Altare, Vinyle)
  • Echo & The Bunnymen – Crocodiles (Korova, Vinyle)
  • François Tusques – Free Jazz (Cacophonic, Vinyle)
  • Harmaa (Tenhi) – Airut:Aamujen (UTUstudio, CD)
  • Wolfgang Voigt – Rückverzauberung Exhibition (Astral, 2 x Vinyles)
  • Secret Stairways – Enchantment Of The Ring (Dungeons Deep, Vinyle)

STREAMING :


GUILLAUME P. TRÉPANIER

Écoutes récentes en rafale, de gauche à droite. Le 2023 commence à rentrer 🎉

  • The Brian Jonestown Massacre – The Future Is Your Past (2023) [US]
    Un album où Anton Newcomb met un pied en dehors de sa zone de confort et wow, ça fait du bien. De belles pièces bien catchy avec du chant plus affirmé qu’à l’habitude.
  • The Smile – Europe Live Recordings 2022 (2023) [UK]
    The Smile est rapidement devenu un groupe chouchou et ce live exprime très bien pourquoi. Magnifique. Il a joué deux fois de suite.
  • En Attendant Ana – Principia (2023) [France]
    Belle surprise de France, un disque que j’ai automatiquement aimé dès la première chanson. J’ai l’impression d’écouter du Broadcast et du Corridor en même temps, saupoudré de belles lignes de saxophone.
  • Lil Yachty – Let’s Start Here (2023) [US]
    Ma surprise/révélation de l’année jusqu’à présent, je ne m’y attendais vraiment pas à celle-là : du pop/mumble rap influencé de trucs comme Pink Floyd, Radiohead, Thundercat. What the hell is going on?
  • Oiapok – Oisulün (2023) [France]
    Du prog qui sonne comme un Frank Zappa qui se détend sur la plage et qui chill avec Bjork. J’suis encore entrain d’assimiler tout ce qui se passe là-dessus, je vous reviens.
  • Seyhan Karabay – Seyhan Karabay & Kardaslar (compilation de 2017) [Turquie]
    Rock et pop anatolien, flûte, guitare fuzzée, années 70, Turquie. Les mots-clés sont là.
  • Crosby, Stills & Nash – Crosby, Stills & Nash (1969) [US]
    3 gars qui savent ce qu’ils font en terme de chanter en harmonies et d’écrire des bonnes chansons folk.
  • Work It On Out! Northwest Killers 1965-66 (compilation de 2001) [US]
    Une bonne vieille compilation de raretés jamais publiées auparavant de garage rock et de surf rock. Comment s’y refuser?
  • Lisa Leblanc – Chiac Disco (2022) [NB] Dernier ouvrage de la grande Lisa Leblanc qui ne produit que de l’or. Qu’elle quitte le folk vers des territoires disco, personne ne s’y attendait. Une surprise réussie!
  • Lisa Leblanc – Highways, Heartaches and Time Well Wasted (2014) [NB]
    Un EP de cette même auteure-compositrice géniale, totalement anglophone cette fois-ci. C’est trop fort pour la ligue, je pourrais l’écouter sur repeat. Émotions, banjo qui pogne en feu, accrocheur… tout y est!
  • Timothy Eerie – Ritual (2019) [US]
    Du psych avec une attitude tellement lousse qu’on se demande même si le bon vieux Timothy se souvient d’avoir endisqué cet album. De la musique qui coule bien en toutes circonstances.
  • Sol Hess And The Boom Boom Doom Revue – And The City Woke Up Alone (2021) [France]
    Un album difficile à décrire… Post rock sombre et émotif, où la mélancolie se ressent du début à la fin. Plein de moments instrumentaux incroyablement bien réussis avec une voix unique et prenante. Essayez ça!

LÉON LECAMÉ

  • Bloodlord – Serenaden der Wälder (black metal/ambient)
  • Ozzy Osbourne – Blizzard of Oz
  • Ozzy Osbourne – Diary of A Madman
  • Quiet Riot – Quiet Riot
  • Tame Impala – Currents [live] (psych rock)
  • Vaurien – Mal de ville (black metal/experimental)
  • Svartsyn – Skinning the Lambs
  • Hexenmeister – Pilzritual Der Hexen (2022) [Keller Synth]
  • Moloch – Upon The Anvil (black/death metal)
  • Hermann – disart brut: mausoleum (crust black metal)
  • Tiamat – The Sleeping Beauty Live in Israel 1994 (gothic death/doom metal)
  • Sun of Nothing – The Guilt of Feeling Alive (sludge/doom/post-metal)
  • Marécages -Marais Juana: Une Ode Cannabique (sludge/stoner doom metal bourbeux)
  • ZAD – Followers of Tann (black/doom metal)
  • Tenebris – Don’t Tell Anyone There’s a Party Here (keller synth/occult hardcore)
  • Los Espiritus – Agua Ardiente (psych blues/rock fusion)
  • La Femme – Psycho Tropical Berlin (electro-pop)
  • Flex style – Eye of the Storm (breakbeat/dnb/dubstep)
critiques

Champignons – Première Capsule

Année de parution : 1972
Pays d’origine : Canada (Québec)
Édition : Vinyle, Return to Analog – 2019
Style : Psychédélique, Blues Rock, Rock Progressif

En frais de trésors sonores enfouis, le Québec n’est pas en reste… Dans la période fin-60s/début-70s, on retrouve bon nombre de sorties d’albums à très petit tirage, parutions plus ou moins officielles, private presses obscurs à souhait, etc… Certains chercheurs-archéologues musicaux de renom (dont François Zaidan et Julien Charbonneau, pour ne nommer que ceux-là) vont aux 4 coins de la province, de ventes de garage aux sous-sols d’églises (plus ou moins catholiques) à la recherche constante du nouveau saint-graal psychotronique. Et un des joyaux les plus convoités lors de ces pérégrinations, c’est sans conteste ce premier (et unique) album des Champignons, groupe de rock psychédélique de Shawinigan… Le monsieur Zaidan précédemment mentionné a jadis eu la main chanceuse et a réussi à excaver une quantité astronomique de copies d’un coup (il en a encore la larme à l’oeil quand il en parle ; et je le comprends !).

Mais bon, à part sa rareté légendaire (avant cette sublime réédition chez RTA), est-ce que ce disque de Champignons vaut le coup ? La question est valable car des fois, on dirait que la quête homérique qu’est celle de trouver la galette convoitée est pratiquement plus épique/émouvante que l’est le disque lui même… On attend parfois des années avant de pouvoir apposer le tympan sur la chose bruitative en question pour finalement se dire « Ouais… c’est bon mais je m’attendais à plus ». Est-ce aussi le cas de ce « Première Capsule » des Champis magiques !?!? Que nenni, mes amis !!

Cet album mérite tout à fait la réputation (et les louanges) qu’on lui a faîte. C’est presqu’incompréhensible qu’un disque de cette qualité n’ait pas connu un succès d’estime plus fort à l’époque. On tient là une perle angulaire du rock psychédélique québécois (surtout lorsqu’on évoque la ténébreuse et chef d’oeuvrifique Face B).

Avant même d’évoquer la musique géniale de la troupe, il faut toucher un brin à l’histoire assez unique qui contribue à l’aura sulfureuse de l’album. Premièrement, un peu à l’instar des Black Sabbath, les membres de Champignons proviennent de quartiers pauvres et font de la musique dans l’espoir de se sortir de leur état. Cela peut expliquer partiellement le choix des thématiques (plutôt sombres) évoquées et du style Blues, souvent associé à la classe ouvrière. De plus, le groupe compte en son sein un jeune curé qui a récemment défroqué pour se lancer dans le psychédélisme tête première. Nos jeunes musiciens vont se servir de cet aspect pour faire un stunt publicitaire assez controversé, se présentant aux abords de L’Oratoire Saint-Joseph grimés en évêques et prêtres (pour un photo shoot) !

D’ailleurs, pour ceux qui sont intéressés par l’histoire assez particulière du groupe, je vous invite à lire cet excellent article du tout aussi excellent blogue Vente de Garage, le blogue.

Musicalement, Champignons donnent dans le Blues Rock fortement acidifié, avec de savoureux relents de prog-rock, d’la guitare fuzz comme on l’aime, du sax crimsonien, de la flûte éthérée et des passages d’orgue électrique éblouissants. Dès les premières notes de la pièce d’intro, l’instrumentale « Dynamite », on sent un groupe de jeunes musiciens totalement investis dans leur art. Ce morceau est une mise en bouche d’une grande qualité, qui confirme qu’on a affaire ici à un très grand disque. Mention spéciale au très sympathique solo de batterie au centre de la piste… S’ensuit la très bluesy « Le ghetto noir » qui est portée par l’orgue nonchalant et l’harmonica. Malgré les vocaux très québécois, on respire des arômes de la Nouvelle-Orléans !

« Rêve Futur » est à mon humble avis la meilleure pièce de la Face A. On a affaire à un magnifique morceau de prog-folk mid-tempo, avec sa batterie toute en nuances, sa guitare rythmique qui alterne entre passages aériens et d’autres plus lourds/vaporeux, sa flûte mélancolique en diable et sa basse qui soutient le tout rondement. Les vocaux sont très nostalgiques et émotifs… On peut facilement penser à un truc comme « I Talk To The Wind » du célèbre roi cramoisi. La courte pièce instrumentale qui clot ce premier côté du disque, « Le Train », nous maintient dans l’atmosphère contemplative et grisâtre du morceau précédent mais augmente légèrement le tempo et apporte une saveur toute « Jethro Tull-esque » (cette flûte entraînante y est pour quelque chose).

FACE B maintenant… Cela débute avec la pièce de résistance du disque : « Le château hanté ». Un petit chef d’oeuvre de dark-prog gothico-horrifique. Morceau très lancinant ; qui prend tout son temps pour bâtir son atmosphère fantasque qui emprunte beaucoup au cinéma de genre série-Z et à la littérature d’épouvante. La narration remplace ici le chant. Une tonne d’effets sonores délicieusement creepy/loufoques sont mis de l’avant pour créer une ambiance de cimetière damné (à minuit)… Pas mal tous les clichés du genre sont exploités dans le récit (le château en ruines près d’un étang, la lune couleur de sang, un homme masqué, un chat noir, la sueur froide dans le dos, etc)… L’apport de la flûte est particulièrement orgiaque dans la première partie narrée de la piste, toute impressionniste qu’elle est. Dans la seconde moitié purement instrumentale qui succède à l’historiette simpliste mais efficace, la guitare se lâche lousse et peut presque évoquer celle qu’on retrouve dans Univers Zero et Present (deux piliers du RIO le plus sombrex). Un GRAND moment musical que voilà.

« Folies Du Mercredi » est un autre chef d’oeuvre. Et c’est probablement le morceau le plus ouvertement « prog » du disque qui, jusqu’à présent, flirtait surtout avec le style. Il y a des effluves de Canterbury brumeux dans les environs. Changements de styles surprenants, solo d’orgue extatique et royalement maitrisé, guitare acide, batterie aquiline et sax aventureux sont tous au menu. On s’en délecte jusqu’à une finale mystifiante qui vient en la forme de ce « Pop-Pino » prenant.

On tient là un album complètement renversant. En voilà un des Saint-Graal de la musique québécoise évoqué en début de chronique. Un disque qui plaira autant aux fans de prog-rock, de acid-rock, de heavy-psych et autres psychedéliqueries nébuleuses. Un GROS merci aux types merveilleux de Return to Analog qui ont réédité le disque (il était temps !), ainsi que mon cher ami Julien Charbonneau qui a travaillé à restaurer la pochette.

Vous savez ce qu’il vous reste à faire !!! Direct sur le site de RTA et commandez moi ce délice sonore au plus crissss !!!!


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :