critiques

Kanye West & Burzum – Hvis Yeezus Tar Oss

Année de parution : 2024
Pays d’origine : États-Unis / Norvège
Édition : Vinyle, Byelobog – 2024
Style : Rap expérimental, dungeon synth, black métal atmosphérique

En musique, je dis souvent que presque rien ne peut me surprendre… mais là, je suis quand même tombé cul par-dessus tête (ou l’inverse, je sais plus trop) quand, en début d’année, j’ai vu une photo de ce cher barjo de Yé (en compagnie de JPEGMafia) arborant fièrement un gaminet de Burzum, projet black métallique du non moins controversé Varg Vikernes (qui fait aussi de la musique de fond pour des bains/spa nordiques ces récentes années).. L’événement était déjà étrange en soi (bien que, connaissant, notre Yeezus chéri, il n’est pas à une contradiction près dans sa vie mouvementée et dans l’élaboration de sa démence inéluctable, étape par étape)… Je ne pensais cependant pas que les choses iraient plus loin dans le biscornu…

Et bien, je ne pouvais pas me fourvoyer plus royalement… Il se trouve que les deux hommes, secrètement, ont entamé une correspondance via courriel, ce qui a bien rapidement viré en authentique bromance en bon et du forme (entre intolérants, on se comprend toujours)… Après avoir refait le monde sur divers sujets chauds (Israel, les maudits wokes, les maudits pro-avortement, leur appréciation commune pour les peintres néo-romantiques, Tucker Carlson et Klaus Schulze, leurs recettes de sauce à spaghetti, etc…) et maintes joutes endiablées de MYFAROG, la conversation aurait alors tourné autour de la musique… De fil en aiguilles, une collaboration aurait été évoquée. Les deux lascars commencèrent alors à imaginer une improbable fusion de leurs deux sèves créatrices… Des fichiers sonores furent échangés, des Stouts furent consommés alors que des antipsychotiques furent oubliés d’être ingérés…

En février, c’est dans l’anonymat le plus complet que Louis Cachet s’envola pour le Wyoming. Pour ne pas se faire reconnaître, il porta un habile déguisement de Dumbledore (le célèbre directeur de l’école de sorcellerie Poudlard), mentionnant aux douaniers qu’il souhaitait se rendre au KomiK Kon de Cheyenne-City. Les gens n’y virent que du feu ; feu que Vargounet, en pyromane notoire, dû se raisonner à ne pas allumer à tous les coins de rue une fois sur place (ce ne sont pas les églises qui manquent dans cet état américain !).

Quand Varg arriva finalement à la demeure luxueuse de Yé, les deux hommes s’enlacèrent virilement. Après avoir épuisé leur (vaste) éventail de jokes antisémites (cela dura quatre heures 47 minutes et 23 secondes, très exactement), ils se mirent au boulot… sans relâche, sans interruption… Plusieurs collaborateurs se joignirent au duo à travers les sessions chaotiques (Pusha T, Douglas Pierce, Ariel Pink, Fred Durst, Lil Uzi Vert et même… André Rieu !). Le génie schizoïde de ces deux mondes pourtant opposés s’enchevêtra, créant une matière sonore nouvelle, lisse, inusitée, passablement saugrenue…

Mais qu’en est-il justement de ce disque qui est paru soudainement aujourd’hui même (sans crier gare) !?!? Ça donne quoi la rencontre de ces deux entités ? Et bien, cela commence avec une intro magistrale, nommée Donda Baldrs… les violons de l’ensemble de Rieu s’emballent et nous emportent dans une valse damnée et dissonante. Les claviers analogiques froids et cheapos de l’oncle Vargounet s’élèvent au dessus de cette anti-liesse bruitative. Puis cette voix au vocoder, plus gelée et inhumaine qu’avant, plus trouble aussi, vocifère « Donda…. Donda…. Donda…. DONDA ist KRIEG !!! » (hurlant le tout à la fin). La production est IMMENSE. On comprend dès le début qu’il ne s’agit pas d’une collabo sur l’auto-pilote, mais d’un monument de noirceur, accouché dans l’extase et la douleur, par deux artistes qui n’ont plus rien à perdre, qui veulent mettre leurs tripes sur la table.

En faisant un habile clin d’oeil à une piste du premier album de Burzum, Varg introduit la prochaine piste (14/88) en chantant : « This is… eummm…. YE !!! ». Puis Yeezus embarque sur le mike avec vélocité et hargne, conchiant les médias gauchistes, Netanyahu, son ex-conjointe, Taylor Swift, Elon Musk, Ben Shapiro… tout le monde passe dans le tordeur de Kanye, qui a rarement été autant en mode « règlement de comptes »… Derrière, Varg tisse un beat minimaliste et efficace avec son AIR Velvet 2… mais bientôt, surprise ! La guitare électrique du comte Grishnákh se fait entendre ! Varg renoue donc avec cet instrument, assénant des riffs narcotiques/hypnotiques dans les oreilles des auditeurs galvanisés par le moment.

Un sample de la commentatrice politique américaine Candace Owens introduit le troisième morceau Gebrechlichkeit III : “Leftism is defined as any political philosophy that seeks to infringe upon individual liberties in its demand for a higher moral good.”… Nébuleux et aussi profondément intellectuel qu’une liste d’épicerie sur un post-it collé sur le frigo… Niveau musique, comme le nom de la pièce l’indique, on renoue avec la très cafardeuse ambiance de l’album Filosofem de Burzum ici. C’est une longue piste très ambiante de 16 minutes bourrée de clavier opiacé, de vocoder hanté, de guitare électrique décalibrée. Ce cher Ariel Pink, revêtant ici sa casquette de producteur, vient mettre son grain de sel en apportant son ambiance hypnagogique-fantomatique. Ça sonne presque comme un instrumental de Frank Zappa, mais MORT, poussiéreux et faisandé. Vers la fin, Douglas Pierce intervient d’un rudimentaire mais expéditif « I was cancelled YEARS before all of you, you PUSSYFIED LOSERS ! ». Acerbe, le monsieur.

Le tandem miraculeux réussit à nous surprendre encore ensuite en reprenant tour à tour la pièce Hitler Was A Sensitive Man de Anal Cunt (sans aucune ironie) et La La Means I Love You des Delfonics (choix audacieux et… étrange !) dans un mash-up ultra saugrenu ; avec un Fred Durst qui n’est pas ici employé comme vocaliste mais plutôt comme échantillonneur sonore (le petit bruit de sac de croustilles Lays au ketchup qui se fait chiffonner en background, c’est lui ! Remarquable travail). On continue ensuite notre périple avec la très bien nommée Into THA dungeon, où Kanye nous décrie son donjon de luxe dans les moindres détails, en faisant du name-droppin à outrance (le donjon aurait été conçu par l’architecte danois Bjarke Ingels) et en utilisant le mot « pussy » 48 fois (parce ce que c’est évidemment un donjon…. SEXUEL !). Vargounet nous pond une mélodie de synthé donjonné toute simpliste mais bigrement efficace en fond sonore.

Vous ai-je dit que cet album surprend !?!? Et bien, vous n’êtes pas au bout de votre flabergastage, mes amis ! Sur la prochaine toune, Key to THA MOTHAFUCKIN Gate, on entend pour la première (et seule ?) fois Varg Vikernes RAPPER !!! Ici, c’est Yé qui s’occupe de la prod, fort luxuriante et bling bling, pendant que Louis Cachet crache son fiel dans l’micro… Et malgré l’accent norvégien, le mec a du FLOW !!! Il envoie paitre Emmanuel Macron, les policiers qui ont osé le réveiller un doux matin de juillet 2013, le réalisateur du film « Lords of Chaos » (« One Fake and Sorry SOB, when I think about him, I feel STABBY », de dire le maître incontesté de la savate et du diss, apparement !). Encore une fois le pauvre Euronymous n’est pas épargné… « If I could go back in time, I wouldn’t change a thing… I’d still stab you’ bitch ass a thousand times ». Il se permet même un dig (sympa) à sa femme Marie Cachet, critiquant son récent pot-au-feu racines et courgettes (Yo bitch ! That shit was nasty ! Next time instead, feed me yo’ pussy ! »).

L’album se conclue ensuite sur la pièce de résistance My Beautiful Det Som Engang Var… Ré-imagination du morceau d’ouverture du troisième album de Burzum mais fusionné avec l’esthétique grandiloquente du plus célèbre album de Kanye. Impossible de parler de ce morceau de bravoure. Il faut en faire l’expérience. Quand Pusha T chante « My cancellation INCOMIN, but tha DOLLA to feat on this is too TEMPTIN ! Nigg*, what can I say ? My conscience ain’t shit ; as long as the dough keeps on’ PILIN ! », on le sent au plus profond de notre être…

Donc, SANS PLUS TARDER, vous DEVEZ écouter cette merveille avant qu’il soit impossible de le faire. On s’entend que ça va rester un gros 5 heures sur les internets avant d’être interdit. Vous pourrez cependant vous commander une copie vinyle sur un site Angelfire louche tenu par un dude qui vend aussi du Goatmoon et du RAC.


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UgUrGkuliktavikt – Organum Psychosis

UgUrGkuliktavikt (le projet de votre humble serviteur) récidive avec la suite logique de Videmus nunc per speculum in aenigmate. Il s’agit de la partie deux d’un triptyque consacré à la déconstruction/déconcrissage de musiques glanées sur les archives internet… S’en résulte des collages sonores assez troubles, parfois cauchemardesques ; parfois rêveurs. « Videmus » était surtout centré sur le chant choral et la musique médiévale, mais comme son nom l’indique, « Organum Psychosis » se concentre surtout sur des samples d’orgue. Je crois que les fans de Basinski, The Caretaker, Gisèle Vienne et de la trame sonore du film-culte The Carnival of Souls seront ravis et satisfaits….

Bonne écoute, qui que vous soyez (et surtout les fantômes). Et n’hésitez pas à visiter la page Bandcamp d’UgUrGkuliktavikt pour d’autres horreurs anti-musicales. Vous pouvez aussi acheter une copie cassette de mon album De Vermis Mysteriis sur le Bandcamp des Cassettes Magiques, le label trifluvien le plus sensasssss de tous les temps.

critiques

Michael Pisaro – Fields Have Ears (6)

Année de parution : 2012
Pays d’origine : États-Unis
Édition : CD, Gravity Wave – 2012
Style : Musique électro-acoustique, Field Recordings

L’univers affligé. Un guitariste errant, sans le sous, triste comme les pierres. Il va de ville en ville, vêtu de lambeaux gris, jouant la musique la plus désolée du monde entier. Guitare éparse et vétuste… quelques notes qui se perdent dans les échos langoureux des rues mornes et achalandées. Personne ne porte attention à lui. Il déclame ces quelques accords au vide, la larme à l’oeil, les lèvres fendues d’un rictus douloureux… Ses mains sont gelées. Le vent d’automne est impitoyable ; glacé et soupirant. Chaque humain qui passe devant lui est comme un insecte géant. Regards frigides et mauvais. Ils portent des costumes du dimanche. Dimanche funéraire. Vestes et par-dessus noirs. Chapeaux froissés. Mines grises. Le guitariste pleure maintenant. À chaudes larmes. Tout le monde l’ignore. Ses larmes coulent à flots, dans l’indifférence totale. Quand il sera mort, peut-être réagiront t’ils enfin ? Peut-être sera t’il perçu comme un génie ? Quand ses membres transis auront eu besoin d’être amputés l’hiver prochain (cet hiver qui ne vient jamais, car l’automne paraît éternel et impassible), sera t’il louangé, aimé, acclamé ? Il continue sa morne offrande usée… Parce qu’il ne sait rien faire d’autre. Les lampadaires grésillent. Le vent mugit encore. Les voitures passent à un rythme effréné ; le bruit de leur suspensions rouillées résonne dans la fin du jour.

Entre chien et loup… Le Soleil semble se coucher depuis des millénaires sur une ville déjà endormie depuis des siècles… C’est comme si il n’y parvient pas. Le Soleil est une plaie crevée et il expire douloureusement à l’infini, dans une douleur terrible et rance. L’azur est maculé de son sang vermeil, cramoisi, rosâtre. Un vieux fou à l’apparence plus déglinguée que notre piètre protagoniste passe et dit : « On a tué le ciel. Sa sève putrescente coule à grosses gouttes et empoisonne notre air, empoisonne nos cours d’eau, empoisonne nos âmes, empoisonne nos vies… C’est un temps de sorciers, de cafards et d’électricité… Oh, ils sont morts. ILS SONT MORTS ET ILS NE LE SAVENT PAS ENCORE ! »…. Puis, l’étrange humain, mi-clochard mi-savant, s’en va mollement dans la nuit qui n’arrive pas à naître, le regard triste, la mine grise, la peau suintante, les vêtements déchiquetés, la barbe grisonnante, ses yeux de biches crevés…

Le musicien délaissé est maintenant accroché à l’arrière d’un wagon de train industriel. Rouille, graffitis défraichis et puis… ce son réconfortant, monotone, régulier. Le passager clandestin a l’estomac tenaillé par la faim et grugé par des vers naissants… À moitié endormi, moitié délirant ; il voit défiler la ville croupissante ; comme une toile de Giorgio De Chirico. Puis ce sont les plaines, lasses et accablées. Et enfin : la forêt noire. Là où croupissent les ténèbres originelles. Les ombres sont toujours avides, elles aussi… Il voit des spectres y voleter ça et là, des feux follets, des lampyres chatoyants. Foisonnement de couleurs moribondes, qui s’étiolent, bientôt échues…

Le guitariste pourrait se laisser tomber. Ce serait tellement facile. Laisser les rails et les galets dévorer sa peau, rompre ses os, déchiqueter son être tout entier… Se laisser engloutir par la gueule grande ouverte du crépuscule. Mais le chant des oiseaux nocturnes le détourne de ce sombre dessein. Il essaie de repenser aux événements… À la maison… Cette maison fatiguée et gémissante qu’il a du quitter, faute de pouvoir la maintenir… Au jardin flétri, envahi par les mauvaises herbes qui grugent tout. Jardin gris, pourpre, cramoisi, laissé à l’abandon. Jardin qui jadis fut magnifique, luxuriant, coloré… entretenu. Entretenu par elle… Il revoit la balançoire en lambeaux, là où elle aimait s’asseoir les derniers mois, fatiguée, tellement fatiguée, mais pourtant souriante… Le corps ravagé, le mal qui la bouffait toute crue, qui l’anéantissait un peu plus à chaque jour, le mal qui gruge, avide, toujours plus avide… Il repense à son dernier souffle… NON, ça ne se peut pas ! Elle ne peut pas être morte !!! Ça ne peut pas être vrai….

Elle est morte.

Mais son sourire était vrai. Beau, pur, intense, vivant. Elle fut vivante jusqu’à la fin. Plus vivante que lui ne l’a été presque toute sa vie.

Elle demeure en lui. Nul besoin de la fuir. Elle n’est que bienveillance. Elle le guidera. Le train roule encore, vers un ailleurs encore inconnu. Quelque chose à changé autour de lui… C’est presqu’imperceptible au départ mais il réalise soudainement.. que la nuit est enfin tombée, apaisante, recouvrante, bienfaitrice. Et il y aura un lendemain. Dans le ciel étoilé, il aperçoit le visage d’une femme.


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critiques

Kendrick Lamar – good kid, m.A.A.d city

Année de parution : 2012
Pays d’origine : États-Unis
Édition : CD, Aftermath – 2012
Style : West Coast Hip-Hop, Conscious Hip-Hop, Rap « nuageux »

Premier stop dans une discographie quasi-parfaite pour le rappeur populaire le plus important du 21ème siècle (rien que ça). Kendrick est un peu le nouveau NAS…. Le rappeur qui ne réinvente rien mais qui excelle dans tout. Le salaud de premier de classe à l’école du hip-hop. Le surdoué de service. Un type qui parvient à synthétiser le meilleur du rap de son époque ; tant au niveau des beats, à la fois inventifs et accessibles, que du flow véloce en diable, faisant la part belle à des textes de grande qualité. Des textes qui parviennent à être tout aussi personnels qu’universels.

Ce premier disque officiel de sieur Lamar (après une mixtape hautement recommendable), c’est un doublé assez stupéfiant… un genre de « best of » de tout ce qui se fait de bien en rap moderne ET un disque qui sonne comme la vision hautement singulière d’un type qui a beaucoup de choses à nous raconter. Des choses qu’on a déjà entendues… mais jamais avec cette fraîcheur bien particulière ; avec ce verbe aussi agile que moelleux qui s’élève dans la nuit moite de Los Angeles. Bref, Illmatic part dos, mais version west coast.

Pas pour rien que je cite un classique de rap de 1994… Malgré ses sonorités et sa prod modernes, le premier disque de Lamar nous réintroduit avec bonheur à un des arts oubliés du rap 90s (la meilleure décennie pour ce genre musical, objectivement ET subjectivement), j’ai nommé : le storytelling. Ici, Kendrick est narrateur ET acteur principal de cette histoire qu’on imagine sans mal autobiographique à souhait. On y croit dès les premières lignes du récit (cette confession au curé sur fond de textures cloudy, de funk éthéré et de voix sur l’hélium). On plonge dans l’enfance et l’adolescence de Kendrick, alors qu’avec ses mauvaises fréquentations, il arpentait le ghetto de Compton, lieu où fantasmes et cauchemars copulent grotesquement.

« Good Kid, Mad City ». Titre qui dit tout. L’odyssée d’un jeune homme intelligent, pragmatique, sensible… qui essaie de survivre dans une ville malade, rongée jusqu’à l’os par différents cancers (guerres de gangs rivaux, drogue, prostitution, corruption, racisme). Un jeune homme qui essaie de se tenir droit dans un univers difforme, qui se laisse tenter parfois par la bête (l’alcool, sur le génial « Swimming Pools »), qui se fait briser le coeur (par Sherane la succube), qui se fait petit à petit entraîner dans le vice et la violence par ses camarades immatures qui, eux-mêmes, ne comprennent pas la portée ultime de leurs gestes… La corruption des innocents (par un milieu de vie putride). Encore une fois, ce n’est pas un concept novateur. Mais quand cette tragédie urbaine classique est narrée avec tellement de talent, de précision et de poésie, on n’a pas d’autre choix que d’applaudir à tout rompre.

Musicalement, c’est un croisement idyllique entre west coast et east coast… le bon docteur (Dre) est de la partie pour donner un côté lisse/froid au disque (sa marque de commerce). Mais on retrouve aussi ces bons vieux samples Jazzy et Funky des familles (façon Wu-Tang). L’album a aussi des relents de Cloud Rap, ce qui était très tendance en 2012. Ce n’est franchement pas pour me déplaire; moi qui raffole de ce versant aérien/vaporeux/insaisissable/opiacé du rap. Kendrick et ses talentueux acolytes feront encore mieux sur le suivant (un pur chef d’oeuvre) mais les bases sonores sont déjà solidement implantées sur ce premier opus assez renversant.

Un disque que chaque amateur de rap moderne se doit de posséder et de chérir… Et un disque que je recommanderais aussi à un amateur de vieux rap souhaitant se réconcilier avec le genre après avoir décroché. Du solide.


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critiques

Camel – The Snow Goose

Année de parution : 1975
Pays d’origine : Royaume-Uni
Édition : Vinyle, Decca – 2019
Style : Prog Symphonique

En cette journée anormalement froide de mi Mars, il fait bon de se plonger dans ce Snow Goose magnifique qui sied bien à l’atmosphère extérieure (mais appréciée de l’intérieur avec un bon café réconfortant). Ce disque est Anglais jusqu’au bout des ongles et nous apporte lot d’images fantasques de la campagne britannique hivernale, avec ses châteaux, ses petits villages, ses lacs gelés, ses monts et vallées. L’album emprunte son titre à une superbe nouvelle de l’auteur américain Paul Gallico et se veut une sorte de trame sonore accompagnant le récit tragique de Rhayader, Fritha et de cette oie des neiges blessée, qui deviendra symbole de l’amitié (et de l’amour naissant trop tard) entre les 2 protagonistes, le tout sur un fond qui dépeint les horreurs de la guerre.

Composé comme une longue et somptueuse suite sans interruption (à part la face A et B du vinyle, of course. Un des seuls aspects négatifs du format vinyle en ce qui à trait les prog-epics), The Snow Goose oscille entre passages atmosphériques où les claviers de Peter Bardens créent des ambiances mystiques et des moments plus énergétiques où la guitare majestueuse d’Andy Latimer prend une place de choix. Le duo basse/batterie tout en douceur/rondeur est une assise de qualité pour ces 2 instruments principaux. Le London Symphony Orchestra est aussi de la partie et vient appuyer l’ensemble avec une finesse toute particulière. Rares sont les groupes de prog qui ont su incorporer un orchestre de manière aussi efficace et non-pompeuse. Tous ces éléments sonores sont utilisés à bon escient pour créer un tout cohérent, éblouissant et touchant à souhait.

« The Snow Goose » est vraiment un des disques prog les plus beauuuuuuuuuuux que j’ai eu la chance d’entendre dans ma courte vie. Ruez vos tympans sur ces 43 minutes d’extase sonore.


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Playlist

PLAYLIST #30

SALADE D’ENDIVES

PHYSIQUE

  • J.S. Bach – Passion Selon Saint Jean (Philippe Herreweghe & Collegium Vocale Gent) (Harmonia Mundi, 2 x CD) [2001]
    L’une des oeuvres les plus majestueuses du plus grand compositeur de tous les temps et donc, aussi l’un des plus grands chef d’oeuvres musicaux at large ; toutes époques confondues. Rarement musique aura été aussi belle, profonde, spirituelle, introspective, désarmante de beauté et d’émotion brute.

  • Mauricio Kagel – Match Für 3 Spieler / Musik Für Renaissance-Instrumente (Deutsche Grammophon, CD) [1968]
    5ème CD du monumental coffret « Avantgarde » de DGG qui nous assène à la gueule deux oeuvres longue durée assourdissantes de l’argentin Maurico Kagel. Ça débute avec « Match Für 3 Spieler », oeuvre pour 2 violoncellistes et 1 percussionniste (+ un shitload d’effets électroniques et/ou sonores décousus et jouissifs) nous fait basculer dans le vide ; dans une chute éperdue et sans repères, à travers une musique post-moderniste folle folle folle. Ensuite, « Musik Für Renaissance-Instrumente » est une exploration sonoriste/dronesque mystérieuse pour un petit orchestre jouant des instruments issus de la Renaissance… Mais on est bien loin des madrigaux, des motets et de chansons polyphoniques ici. Fascinant chaos vespéral.

  • The Miles Davis Sextet – Someday My Prince Will Come (Columbia, CD) [1961]
    Un Miles jugé mineur de sa période où il était en exploration, entre ses deux grands quintettes. Ce disque ravissant est bien moins aventureux et révolutionnaire que « Kind of Blue » et « Sketches of Spain » qui viennent juste avant, mais ça reste du Miles FUCKIN Davis, avec une ribambelle de musiciens légendaires (Coltrane, Mobley, Cobb, Chambers, Kelly). La session est en mode relax, gentil, smooth et sans prise de tête. Tout est bon mais on retiendra surtout la pièce-titre et « Teo », superbe.

  • Dinosaur Jr. – Farm (Jagjaguwar, CD) [2009]
    En 2007, Dino Jr. se sont reformés pour le plaisir de tous et ont montré qu’ils n’avaient rien perdu de leur habileté à produire des albums de rock alternatif noisy géniaux (avec des passages de guit complètement extatiques). « Farm », le second album post-réunion, est tout simplement l’un de leurs meilleurs disques en carrière. Des chansons énormes, de la guit incroyable, la voix si caractéristique (et si peu versatile) de J. Mascis. On est chez les potes et on est peinard !

  • Lunar Aurora – Andacht (Cold Dimensions, CD) [2007]
    Probablement mon album préféré de ces black métalleux allemands. Un chef d’oeuvre de métal noir atmosphérique, avec un réel soin apporté aux arrangements de claviers et à l’enrobage dark ambient narcotique qui vient parfaire ces 6 morceaux assez longs et diablement bien composés ; dans un genre symphonique/cosmique parfois très rageur et souvent très émotif.

  • Grouper – Grid Of Points (Kranky, Vinyle) [2018]
    De tous les millions de projets ambient existant actuellement, je crois que Grouper (l’entité créatrice principale de la musicienne et artiste visuelle américaine Liz Harris) est mon préféré. « Grid On Points » est la suite logique du précédent album « Ruins » (probablement son meilleur album) et propose des ballades ambient pop éthérées et minimalistes en diable, supportées pour la plupart par un piano fantomatique. Tout aussi intimiste que « Ruins », mais plus glacé et fragmenté.

  • Beck – Mutations (Geffen, CD) [1998]
    J’aime mon Beck acoustique. Ce n’est pas pour rien que « One Foot in the Grave » est mon Beck fétiche. Et « Mutations » arrive tout de suite après dans mon palmarès du môssieur. Un pied dans l’tombeau, c’était Beck en mode slacker-folk lo-fi. « Mutations » est plus ample, vaste et hyper varié. « Nobody’s Fault But My Own » est une litanie folk désenchantée et brumeuse qui emprunte au raga indien (avec sitar, tambura et cloches). « O Maria » a une ambiance très jazz/swing. « Canceled Check » est un bon vieux country d’la vieille école avec sa steel guitare, son piano à queue et son harmonica. « Cold Brains » a un aspect folk psych vraiment splendide. « We Live Again » emprunte à la pop baroque des Left Banke et des Four Seasons. Et la perle « Tropicalia » (nommée en hommage au courant de contre-culture brésilien de la fin des années 60) est une bossa nova de haut calibre.
    All in all, on tient là un album fabuleux de sieur Hansen, avec une toune cachée complètement euphorique et giallo-noisy-licieuse à la fin.

  • Chrome – Half Machine Lip Moves (Cleopatra, Vinyle) [1979]
    Du post-punk acide, psychédélique, futuriste, expérimental, expérimental, givré, dystopique, kraut-rock-y, industrialisé, déstructuré, chaotique, dissonant, apocalyptique, noisy, dense, dense, DENSE.
    Chrome est un GRAND groupe m’sieurs-dames ! Avec une disco pléthorique remplie de perles avant-gardistes. Mais je crois que le meilleur point d’entrée dans leur univers résolument cinglé, c’est ce « Mouvements de babine semi-machinal ». Du plaisir pour toute la famille ! YOU’VE ALL BEEN DUPLICATED !!!

  • Franco & Orchestre O.K. Jazz – L’Afrique Danse N° 6 (African, Vinyle) [1968]
    Excellent disque de Soukous et de Rumba congolaise par un des orchestres les plus prolifiques et respectés dans le domaine. Si vous voyez des albums de Franco avec L’OK Jazz à bon prix, jetez vous là-dessus ! C’est joyeux, funky-smooth, estival, relaxant et ça ne peut pas faire autrement que de vous faire afficher un large sourire sur la tronche.

  • Nik Bärtsch’s Ronin – Rea (Ronin Rhythm Records, CD) [2004]
    Ça vous dirait d’entendre ce que Steve Reich et Philip Glass feraient dans un contexte « jazz minimaliste-cyclique de chambre » ? Alors, chers amis, laissez moi vous parler du quatuor dit « zen funk » du suisse Nik Bärtsch. Piano, saxo et clarinette basse, batterie et basse sont au service d’une musique hypnotique-hyper-tonale complètement cinématographique et ensorcelante au possible, toute en nuances rythmiques, invitant à la transe incantatoire et exutoire.

  • Vanishing Amulet – Nocturnal Heritage (Out Of Season, Cassette) [2022]
    Un court et merveilleux EP de « Romantic Dungeon Synth » qui sonne exactement comme un truc qui aurait pu sortir en 1994-95. Beau, atmosphérique, magique, tragique. Je suis amoureux fou de ce projet et j’ai hâte à la suite !

  • Wands Of The Minor Arcana – Into the Gloaming Isle (Voices Of The Ainur, Cassette) [2023]
    C’est BEAUUUUUU !!! Ce joyau de fantasy/comfy (sometimes uncomfy) synth nous raconte l’histoire de la mystérieuse « île du crépuscule » située au bout du monde ; là où les braves explorateurs ont jadis mis pied afin de trouver or et trésors… Mais cette île est inhospitalière pour tous ceux qui osent s’aventurer trop profondément dans les bois touffus… Disparitions, maléfices opaques, Dieux d’ébène ancestraux, voix désincarnées s’élevant du coeur de la forêt… Le tableau est mis en place pour vous faire vivre un dépaysant voyage sonore, à travers cette musique qui semble rassurante mais qui cache en son coeur son lot de ténèbres…

  • Cenobite – The Labyrinth (Gulik Records, Cassette) [2017]
    Du synthé donjonné très particulier, expérimental et un brin déphasé, comme c’est souvent le cas chez nos amis de Gulik (une étiquette qui mérite une plus grande reconnaissance !!!). Ce sombre duo s’inspire de l’univers macabre d’Hellraiser (de Clive Barker) pour créer cet hybride glauquissime de dungeon synth, de dark ambient et de darkwave néo-classique. À écouter aux heures pâles de la nuit pour en apprécier toute l’ambiance cauchemardesque.

  • Daedric Chamber – Black Marsh Eternal (WereGnome Records, Cassette) [2024]
    Du black metal basé sur l’univers de la série de jeux vidéos Elder Scrolls ! Quand rage tellurique et geekdom se rencontrent autour d’un bon verre de Stout, ça donne quelque chose comme ceci. Ce one-man band est l’oeuvre de Snitz, aussi maître à bord au sein de Wizardkeep.
    C’est un très très bon disque de raw black metal avec des claviers assez atypiques pour le genre (très synthé donjonné/JV, on est chez WereGnome après tout !), des passages à la guitare acoustique et un aspect « comfy » vraiment sympa. Un projet à surveiller de très près.

  • Woodland Spells & Morbærsanger – Sylvan Wanderers (Moonworshipper Records, Cassette) [2023]
    Un split absolument-totalement-irrémédiablement essentiel entre deux entités qui offrent un dungeon synth opiacé, rêveur, très ambient et onirique.
    Woodland Spells (qui occupe la face A avec trois morceaux) est un des nombreux projets de Evergreen, qui est probablement la personne qui produit la musique la plus recherchée dans tout la scène synth. On lui doit des heures et des heures de merveilleuse musique avec Fogweaver, Snowspire, Hideous Gomphidius, Keys To Oneiria, Athshean (et j’en passe). Woodland Spells fait dans le forest synth très très très brumeux… La trame sonore d’une impossible forêt suspendue dans un brouillard cosmique qui recouvre tout.
    Sur la face B, Morbærsanger nous offre une longue piste très ambient de synthé donjonné très ambient, avec des field recordings naturalistes, des claviers transis et un peu de guitare sèche. Le traitement sonore très lo-fi fait en sorte qu’on dirait qu’on entend une captation sonore distante en provenance d’un autre monde très ancien et très mystérieux.
    Vraiment une des plus belles sorties dans le style en 2023 !

  • The Fallen Angels – The Fallen Angels (Jackpot Records, Vinyle) [1967]
    Génial premier album de cet excellent groupe de psych-garage-baroque-pop en provenance de Washington, D.C.
    Le tout possède une vibe parfois mélancolique/rêveuse ; parfois entraînante et drolatique. L’album se démarque par ses changements de temps biscornus, ses arrangements très chouettes (et parfois cocasses) de cuivres, son charme lo-fi/amateur et son utilisation d’une pléiade d’effets psychédéliques.

  • King Gizzard And The Lizard Wizard – Paper Mâché Dream Balloon (Flightless, 2 x Vinyle) [2015]
    Le Gizz en mode acoustico-jazzy-psych-sunshine-pop-relax-pantouflard-du-dimanche-matin. J’adore cet exercice tout frais et léger, avec tout plein de flûte et de clarinette. Les compos sont géniales, comme toujours chez KGLW. Tout ici est mignon et délicat, à part les paroles qui sont très macabres, ce qui créé une dichotomie très intéressante. Un d’mes Gizz préférés ! Et en plus l’album vient avec un deuxième disque qui comprend uniquement les pistes instrumentales (ça ferait des supers loops de rap, ça !).

  • Clark – Body Riddle (Warp Records, CD) [2006]
    Un des plus grands albums d’IDM de tous les temps, avec des délicieuses touches de Glitch Hop et de Nu Jazz disséminées ça et là dans la matière sonore brute et flottante, pour le grand bonheur de tout mélomane aventureux. Un disque absolument fascinant d’un bout à l’autre, qui réussit à être très atmosphérique tout en étant très « actif » et rythmé. Clark créé un univers sonore extra-terrestre qui est totalement unique sur ce « Body Riddle » qui n’a pas pris une ride.

  • R.E.M. – Document (I.R.S. Records, CD) [1987]
    Cinquième album de ce légendaire groupe de rock alternatif américain. « Document » est le disque de la consécration pour R.E.M. qui réussit ici à avoir deux hits radiophoniques en la forme de « It’s the End of the World as We Know It (And I Feel Fine) » et « The One I Love » (deux excellentes chansons). Cela dit, tout le reste est merveilleux ici. C’est l’album de transition entre les débuts très « jangle/indie » et leur période « pop/arena-rock », gracieuseté de cette production très propre et lumineuse (signée Scott Litt) qui met la voix de Michael Stipe vraiment à l’avant dans le mix. Cependant, R.E.M. ne perd rien de ce qui fait sa magie : un songwriting de grande qualité et une émotivité à fleur de peau.

  • Sigh – Scorn Defeat (Peaceville, Vinyle) [1993]
    Premier album du groupe de black metal japonais Sigh, qui était initialement paru sur Deathlike Silence Productions (le label de ce cher Euronymous). Dès leurs débuts, on sent que les mecs sont à côté d’la track bien comme il faut. On est dans un black metal un brin plus classique ici que ce qui s’ensuivra dans leur disco, avec des gros relents de trash et de doom cependant. Les claviers atmosphérique sont complètement orgasmiques et la voix de Mirai est tellement unique… Et il y a cette étrangeté déjà qui sommeille… les breaks atypiques, les passages « style clavecin rococo », le piano presque romantique, la prod basique mais étraaaaange, les bouts qui font presque « J-RPG »… Raaah que j’aime ces mecs. Personne ne fait de la musique comme eux. Un super bon album qui initie une des discographies les plus singulièrement fascinantes dans le créneau.

  • Eazy-E – Eazy-Duz-It (Priority Records, CD) [1988]
    Gros gros classique de gangsta rap old school avec des beats old school complètement fous et le MC le plus vulgaire, le plus extrême, le plus insensible et le plus coloré du collectif N.W.A. Du gros GROS fun mais oreilles sensibles s’abstenir !

  • Inade – The Crackling Of The Anonymous (Loki Foundation, CD) [2001]
    Du dark ambient allemand de très grand cru, assez suffocant merci, dans l’esthétique des maîtres que sont Lustmord et raison d’être ; avec une touche bienvenue d’Archon Satani au travers. Cet album va vous aspirer l’être tout entier dans une forêt opaque et infinie, où rien n’est rassurant, où tous les repères sont bannis ; une forêt qui sent le soufre et la putréfaction, où dans l’obscurité complète et totale, on ne peut qu’entre-apercevoir des ombres furtives, ricanantes, incubes… Joyeux cauchemars à tous.

  • Harry Manfredini – Friday The 13th Part II (Waxwork Records, Vinyle) [1981]
    Trame sonore du deuxième volet de la série de slashers par excellence (celui avec Jason en version « sac de jute » plutôt que « masque de hockey »). Possiblement mon film préféré de la franchise. Manfredini emprunte beaucoup au travail de Bernard Herrmann sur la BO de Psycho de Hitchcock. Donc beaucoup de cordes diaboliques mais avec l’apport des synthés typiques de l’époque où le film est sorti. Un régal ! Et que dire de la sublime pochette, comme c’est toujours le cas chez Waxwork !

  • Hiroshi Yoshimura – Soundscape 1: Surround (Temporal Drift, CD) [1986]
    Réédition fort attendue de cette merveille de new age/ambient japonais qui donne à l’auditeur l’impression de se perdre dans une forêt mystérieuse, sereine et brumeuse, avec ces petits cours d’eau et ses arbres millénaires. Beautiful stuff.

  • Claude Léveillée – Black Sun (Polydor, Vinyle) [1978]
    Le Claude version prog-instrumental = le BEST Claude. Un petit bijou québécois qui mérite sa place dans toute discothèque !

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GUILLAUME P. TRÉPANIER

Sélection récente, de gauche à droite :

  • EABS meets Jaubi – In Search Of A Better Tomorrow (2023) [Pologne/Pakistan]
    Impressionnante collaboration entre le groupe de jazz fusion polonais EABS et la formation indo jazz pakistanaise Jaubi. Dans une esthétique “spiritual jazz”, ce duo nous offre ici un des meilleurs albums de jazz de 2023, un produit engageant, atmosphérique, riche et complexe.

  • Alice Coltrane – Kirtan: Turiya Sings (1982/2021) [US]
    Ça fait longtemps que j’admire Alice Coltrane, mais je n’avais pas osé me lancer dans sa phase de musique de dévotion plus new age. Ça été le coup de foudre. Turiya Sings est devenu mon disque préféré d’Alice. Je n’ai pas beaucoup de mots pour le décrire… Ça nous transporte dans un autre monde. Je n’avais jamais rencontré auparavant un disque méditatif aussi réussi et prenant. C’est presqu’une entrée au paradis.

  • Alex Maas – Luca (2020) [US]
    L’album solo du chanteur des Black Angels. Je dois admettre que j’y suis plus attaché qu’à n’importe quel de son groupe. Du dark folk épuré et doux, honnête, émotif. Parfait pour s’offrir le luxe de souffrir en paix.

  • Josephine Premice – Caribe (1957) [US]
    Vedette calypso des années 50, Josephine Premice était une femme élégante, raffinée et plutôt avant-gardiste. Sa musique est excellente, mais l’écouter parler en entrevue ou la lire demeure le point le plus fascinant de sa carrière.

  • Neil Young & Crazy Horse – Everybody Knows This Is Nowhere (1969) [Canada]
    Un des ultimes classique de Neil Young, je ne vois pas comment on peut ne pas aimer cet album. Les compositions au sommet, un feeling raw et mélancolique, le country qui tend la main au hard rock en dansant sur le folk. Chef-d’oeuvre.

  • Jean-Pierre Ferland – La pleine lune (1977) [QC]
    La “chanson” avec un grand “C” avait une esthétique très colorée à la fin des 70s et ce disque en témoigne bien. Avec André Perry qui participe activement à la création de l’album et des collaborateurs comme David Spinozza, Nanette Workman ou Marty Simon, le résultat ne peut pas être ordinaire.

  • Fantasy – Fantasy (1970) [US]
    Formation psych/prog assez dark et occulte de Miami, en Floride, mais dont la musique n’est vraiment pas en concordance avec tous les clichés qu’on peut s’imaginer de leur ville d’origine. La chanteuse Lydia Janene Miller, qui n’avait alors que 16 ans, offre une performance impressionnante, naïve et assez unique. Un son pile de son année, guitare fuzzée, drum reverbé!

  • Roy Rutanen – Roy Rutanen (1971) [Australie]
    Artiste folk-rock méconnu aux tendances psychédéliques, Roy Rutanen est pas mal le seul auteur-compositeur qui me fait penser à Shawn Phillips dans sa façon d’écrire et d’interpréter. Merci aux disques PQR pour cette première et unique réédition d’un album que l’on croyait perdu à jamais.

  • Pink Floyd – Live At Concertgebouw Amsterdam (1969) [UK]
    Il faut vraiment que je cesse d’acheter des lives de Pink Floyd, mais je n’ai pas eu le choix, encore une fois. Très chouette bootleg contenant des titres qu’on entend moins souvent en live sur les albums officiels comme Granchester Meadows, Biding My Time, Cymbaline, Green Is The Color et The Narrow Way.

  • Peter Gabriel – Ein Deutsches Album (1980) [UK]
    Version allemande du classique “Melt” de Peter Gabriel. Je n’y comprends rien, mais le mixe est différent de l’album anglo… Je l’ai trouvé, je suis un fan du monsieur, alors pourquoi pas le garder au chaud et en sûreté dans ma kallax.

  • Peter Gabriel – Peter Gabriel (1978) [UK]
    Second opus solo de l’ex-Genesis, Peter offre ici de l’art rock mélodique, éclectique, complexe et accrocheur. Lancé seulement un an après son premier, l’inspiration était toujours au rendez-vous pour “Scratch” et allait l’être encore plus pour la suite avec “Melt”.

  • The Beatles – Yellow Submarine (1969) [UK]
    Oeuvre très connue, mais aussi très singulière. Une face avec des chansons psycho-pop des Beatles et l’autre, avec de la musique classique cinématique de George Martin. Pourtant, tout fonctionne et j’adore les deux côtés de la rondelle. C’est la soundtrack d’un film qu’il faut absolument voir au moins une fois dans sa vie!

LÉON LECAMÉ

  • LITOVSK – S/T (post-punk)
  • Pissed-off Orgasm – Pornonomicon (noisecore)
  • Deathranch – A Prisoner (industriel/ambiant)
  • Child Cemetery – Rebirthed Revived Rekilled (goregrind)
  • Sombre Proie – Bataille Épique (dark ambient/coldwave/medieval synth)
  • Amour Sale – S/T (rock industriel/expérimental)
  • Scald Hymn – Pangs Of Wet Ash (noise/industriel)
  • The Hypersexual Nymphomaniacs – Triple Assassinat (nowave/industriel/power electronics)
  • Caroline K – Now Wait For Last Year (drone ambient/tapeloops)
  • Drunk Mums – Beer Baby (punk-rock vieille école)

critiques

Claude Léveillée – Black Sun

Année de parution : 1978
Pays d’origine : Canada (Québec)
Édition : Vinyle, Polydor – 1978
Style : Rock progressif instrumental, Space Rock, Library Music, Jazz Fusion

Tous les connaisseurs le savent : le bon Claude est une des légendes de la musique québécoise. Pianiste, auteur, compositeur et interprète, il nous gratifia d’une discographie des plus savoureuses et variée. J’aime beaucoup l’homme en mode « chansons » mais je l’adore dans ses trop rares incartades instru-proggy-library-licieuses. Son plus grand disque tombant dans cette catégorie, c’est ce Noir Soleil qui fait le bonheur des collectionneurs depuis des lustres. Un album tellement cool que même ce détraqué génial de Kanye West l’a samplé goulûment sur son opus biscornu dédié au Christ (« Jesus Is King », disque que je réussi étonnement à apprécier malgré le thème et la présence de l’ignoble Kenny G).

Black Sun, c’est pas uniquement Léveillée (qui, en plus d’avoir composé, joue du piano et de l’orgue). C’est aussi le sublime Michel LeFrançois (L’Infonie, Maneige, Claude Péloquin/Chants de l’Éternité) qui en a co-composé une partie, qui signe aussi les orchestrations (merveilleuses) et qui joue d’une pléiade d’instruments (synthétiseurs, guitares acoustiques et électriques, cithare, etc..). Ce super duo vous entraînera dans un voyage sonore onirique, intimiste et cosmique, entre prog de chambre, space-rock, jazz-funk-fusion, pop baroque, western spaghetti et musique de bibliothèque.

Les pièces varient d’atmosphères (et d’instrumentation), étant souvent nostalgiques/mélancoliques, parfois plus enlevées/rythmées/tendues ; mais toujours avec cette finesse, ce génie mélodique, cette maitrise ineffable du somptueux. C’est le genre d’album ultra frais et immédiat, mais aussi très très riche et aventureux (qui ratisse large), du genre qu’on aime réécouter pour en apprécier toutes les sinueuses subtilités.

Un disque à avoir d’urgence dans sa discothèque si vous n’avez pas déjà fait le saut ! Grouillez-vous et faîtes chauffez votre discogs.


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critiques

Malibu Ken (Tobacco & Aesop Rock) – Malibu Ken

Année de parution : 2019
Pays d’origine : États-Unis
Édition : Vinyle, Rhymesayers – 2019
Style : Hip-Hop Expérimental, Abstract Hip-Hop, Psych

Ça vous dirait d’entendre un MC verbomoteur (à l’os) délirer grave sur de l’acide premier choix avec, en fond sonore, une trame sonore d’un jeu Genesis (16 bit rulz) inconnu et passablement débridé ?!? Malibu Ken est là pour vous mes amis ! Mais regardez moi cette pochette de FOU furieux ! Le Ken de Barbie en lendemain de veille d’une solide dérape de 8 mois durant lesquels toutes les drogues imaginables ont été consommées (et où semble t’il, le fast food le plus odieux a été ingéré par le feu bellâtre de plastoc)… Il ne lui reste que la moumoute blondasse toujours impec à notre Kenny adoré !

Malibu Ken, c’est le projet collaboratif d’Aesop Rock (un des MCs les plus incontournables quand on s’intéresse au rap expé des quelques 20 dernières années) et de monsieur Tobacco (producteur atypique qu’on voit évoluer, entre autres, au sein des Black Moth Super Rainbow… ce nom, tudieu !). Et cette rencontre entre les deux bonhommes a porté fruit ! Un fruit vicié cependant, qui semble tout beau de l’extérieur mais qui a un goût de vieille clope et de bas détrempés quand on le croque à pleines dents. C’est repoussant-alléchant comme ce disque génial-insupportable.

Ces deux mecs doivent être agaçants en soirée. Aesop se la ferme jamais (un peu comme moi). Inarrêtable le gars. Et impossible à suivre. Il te parle tantôt de labyrinthes dans des champs d’maïs imaginaires, puis de cobras et d’orchidées sauvages. T’essaie de t’éclipser en douce pour aller te chercher un verre mais v’la ti pas qu’il t’abonde de références au grand cornu, à Sabbath, à Judas Priest et qui te pousse out of nowhere un shout-out au classique Excite Bike (Nintendo, quand tu nous tiens !)…

Le tabac humain, lui son truc c’est pas les mots… Il est là avec sa pléthore de vieux synthés tout crados et il s’évertue à enterrer la fiesta entière sous une avalanche sonore analogiquement vôtre. Son trip c’est d’improviser constamment une nouvelle BO d’une série policière 80s fictive (Les Viscosités de Miami) ou plutôt… celle d’un Beat Em Up’ 90s à la « Streets of Rage », là où le seul but est d’errer dans les rues jonchées d’immondices d’une métropole nocturne cyberpunk et d’envoyer le plus de mandales possibles sur la gueule des membres on ne peut plus disparates d’un gang de rue (contenant des punks, des marins éméchés, des boxeurs bedonnants, des dominatrices trash à fouets, des yuppie cokés, des karatékas corrompus et j’en passe).

Le flow est dément même si éreintant. Ça commande le respect. On ne comprend pas vraiment où Aesop veut en venir lyriquement (lui non plus je crois bien). Mais ça remplit la machine à imagination de belles images un peu troublantes. Écriture automatique, cadavres exquis et jeux de mots surréalistes sont au rendez-vous… Quant à eux, les beats de Tobacco sont résolument uniques dans un format rap. Ils sont comme intoxiqués, psychédéliques, insolites ; à la fois modernes et vieillots (comme une photo délavée/jaunie qui nous vient du futur). Ça fait un peu penser à Boards of Canada mais sans le côté naturaliste.

Un très chouette disque que voilà. Pas le chef d’oeuvre plébiscité en début d’année mais un bon cru niveau rap 2019. Mention toute spéciale à la très éclatée « Acid King » (la 6ème piste) qui nous entraîne dans la psyché d’un tueur adolescent gavé de heavy metal (le cauchemar de l’Amérique puritaine des années 80 !).


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15 Fréquences, Mixtapes

15 Fréquences Ultimes – Épisode 26 – Saints Martyrs

Les Saints Martyrs, feu les Martyrs de Marde (comme je les ai connus, jadis), je les aime d’amour, avec volupté, tendresse et déraison. Je ne connais aucun groupe qui allie avec autant de goût (ou de mauvais goût, c’est selon les visions) déclamations nihilistes hurlées en défaveur/hommage à un monde fétide (qui est le nôtre, hélas), visuels percutants et délicieusement ostentatoires, théâtralité sans borne, énergie brute, flair artistique incisif… et le tout dans cet amalgame complètement surréaliste-rococo et déviant de genres musicaux champ gauche (punk hardcore kéb, black métal poussiéreux de hargne, no wave libidineuse, post-punk mécaniquement décalibré, goth-rock des abysses et chanson française avariée).

Sur scène, ce sont des personnages irrévérencieux qui revêtent des costumes grand guignolesques (le prêtre BDSM, le médecin de la peste, etc..) mais malgré ça, ils demeurent authentiques à 1052%. Leur propos, leurs textes (empreints d’une poésie noire comme le café du Double R) vont s’imprégner dans votre être tout entier et, tels des ténias avides, vont gruger vos matières grises et y pondre tout un tas d’immondices… des vérités insoutenables, du mal-être probant et profond, des remises en question, des ivresses impossibles… mais de la beauté aussi, une sorte d’appréciation du chaos et des ruines de notre monde quasi-moribond.

Bref, c’est un de mes groupes préférés actifs actuellement et cela allait donc de soi que je les invite à participer aux 15 Fréquences Ultimes. Cependant, dans leur cas, comme ils sont quatre (et qu’ils ont tous et chacun des goûts musicaux dignes d’une mixtape propre), j’ai pensé faire les choses un peu différemment… Et OUI ! Ci-bas, vous retrouverez non pas une mais QUATRE mixtapes pernicieuses à vous mettre sous la dent (ou plutôt dans l’t’ympan). Un énorme merci à Frère Foutre, Souffrance, Anonymous Bosch et Alpha Vil de s’être prêtés au jeu et de m’avoir soumis vos sélections musicales passablement éclatées (je n’exagère pas !!! voir les playlists ci-bas !). Ce fut un plaisir de mixer tout cela pour vous.

Donc, sans plus tarder, mesdames et messieurs, phoques et chiens, gants d’acryliques zombifiés et momies désabusées, préparez vous à plonger dans les goûts, influences et plaisirs coupables de quatre des musiciens les plus importants de la scène underground québécoise ! Bonne écoute à tous et à toutes !


Tracklist:

  1. Mystère des voix bulgares – Dragana i Slavei
  2. Captain Beefheart – The Host, the Ghost, the Holy-O
  3. Tom Waits – I’ll take New York
  4. Backxwash – Muzungu
  5. Marnie Stern – Prime
  6. Sunn O))) – It took the night to believe
  7. Lingua Ignota – I who bend the tall grasses
  8. Antonin Artaud – La recherche de la fécalité
  9. Death Grips – I break mirrors with my face in the United States
  10. Jimmy Scott – Day by Day
  11. Péloquin Sauvageau – Emiliano
  12. Duplah Pootch Hanichan Gasoliiine – Angoise Décimale
  13. Black Flag – Damaged I
  14. Nico – It has not taken long
  15. Totenbaum Träger – Fleur de néon I

Tracklist:

  1. Pérotin – Veni creator spiritus
  2. Scatman John – Scatman (ski-ba-bop-ba-dop-bop)
  3. Sonic Youth – Female Mechanic Now On Duty
  4. Kee Avil – Drying
  5. Mayhem – I Am Thy Labyrinth
  6. Koji Kondo – Castle Theme (Super Mario World)
  7. Anatole – Toune 9
  8. Metallica – St. Anger
  9. no cru5t – Metro 514
  10. MAP – For I Am Dead
  11. Muzion – La vi ti nèg
  12. Shania Twain – That Don’t Impress Me Much
  13. Brian Eno – Neroli: Thinking Music, Part IV
  14. Nirvana – Scentless Apprentice
  15. Marjo – Ailleurs

Tracklist:

  1. No Means No – Real Love
  2. The Weather Station – Thirty
  3. Gordon Lightfoot – Rosanna
  4. Joni Mitchell – Coyote
  5. Paul Simon – Boy in the Bubble
  6. Sonic Youth – Bull in the Heather
  7. Radiohead – House of Cards
  8. Billie Holiday – Strange Fruit
  9. Charles Ives – Three Places in New England
  10. Nina Simone – Wild is the Wind
  11. René Lussier – Première Course
  12. Francine Raymond – Y’a les mots
  13. Primus – Bob
  14. Ingrid Laubrock – Contemporary Chaos Practices
  15. David Bowie – Station to Station

Tracklist:

  1. Goat – Union of Sun and Moon
  2. Mon doux saigneur – Tempérance
  3. Try-angle – Writing on The Wall
  4. Queens of the Stone Age – Song For The Dead
  5. Jay Z – Empire State of Mind
  6. Lightning Bolt – Dead Cowboy
  7. Jetsam – Clayborne
  8. Turnstile – Fazed Out
  9. Dogo suicide – PETIT PRIX
  10. Simone Provencher – Choix multiples
  11. La sécurité – Try Again
  12. Afrodizz – Propaganda
  13. DakhaBrakha – Rusalochky
  14. Gouride – 在刚果
  15. Slapp Happy – The Drum

Quelques liens pour entendre/suivre Saints Martyrs:
Bandcamp – Saints Martyrs
Instagram – Saints Martyrs
Page Facebook de Saints Martyrs

critiques

Paul Jebanasam – Continuum

Année de parution : 2016
Pays d’origine : Royaume-Uni
Édition : Vinyle, Subtext – 2016
Style : Drone, Glitch, Ambient, Électroacoustique, Expérimental

La musique de GN-z11. Jamais je n’ai été aussi ailleurs et pourtant enraciné dans ma petite personne insignifiante ; aussi happé par des courants contraires, vertigineux, indociles, renversants, redéfinissant tout mon être et tout l’univers qui m’entoure. Je suis transposé. Transfiguré. C’était donc ça la drogue impie de Palmer Eldritch ? Overdose syncopée au premier shoot. C’est… merveilleux. Et ça te broie l’échine en même temps. Ça t’aspire jusqu’au dernier lambeau et ça te recrache vers un certain absolu où tu deviens constellation. Devenir DIEU est surestimé mes amis. Devenir de l’antimatière plutôt. Ça oui ! La musique peut maintenant proposer cela ? Continuum répond par l’affirmative. Mais bon, il ne répond pas vraiment. Il te fonce droit sur la gueule. C’est pas toi qui l’expérimente. Non. C’est lui qui expérimente sur toi.

Se défaire et se refaire perpétuellement, à l’infini, sous les assauts prodigieux d’un architecte sonore dément, touché par la grâce métallique de ses machines qui noient tes sens avec l’alcaloïde suprême. Il y a des mathématiques ici. De la physique quantique. Un condensé de biologie post-humanoïde. Pleins de choses que je serai toujours trop con pour saisir de mon vivant mais qui prennent ici une forme PHYSIQUE et qui s’enfoncent dans ton cortex tel une substance laiteuse que tu le veules ou pas. Et tu réalises bien vite que tu le VEUX. oh oui que tu le veux. Les iris perdus dans un orgasme spirituel sans fin. L’Alpha et l’Oméga, concepts éculés et sur-métaphorisés s’il en est mais ici pleinement applicables. C’est comme le début ET la fin du cosmos, ce truc. Et c’est aussi violent que beau. Putain que c’est beau.

Expérience religieuse à vivre les tympans bien arrimés sur les écouteurs qui deviennent ici outils de communion. La bible telle qu’écrite par une étoile en fusion. Son chant vital retranscrit par des outils de navigation d’une navette interstellaire ou infra-terrestre. Il y a bien des étoiles qu’on ne connaîtra jamais là-dedans, mais aussi le collisionneur de hadrons du CERN ; lui qui s’amuse à recréer l’étymologie de notre planète et de notre existence… Moi je vois tout ça dans cette musique qui, en fait, devient quelque chose de plus grand que de la musique…

Sérieusement : je veux que cet album entier joue à mes funérailles. C’est le genre de truc plus grand que tout qui va faire réaliser aux gens que je ne suis qu’un amibe dans toute cette splendeur amovible qu’est l’univers, la vie, l’existence au sens large… Du shintoïsme intergalactique, ni plus ni moins. Je suis trivial. Vous l’êtes tous. Et pourtant pas insignifiants. Nous avons tous la chance de faire parti de cette immensité, d’en savourer une parcelle juteuse des merveilles qu’elle nous réserve le long du fleuve de la vie et de la mort.

En 2016, Oranssi Pazuzu nous a dressé un portrait froidement horrifiant des profondeurs insoupçonnés de notre univers… Monsieur Jebanasam, lui, pourtant pas moins violent dans son approche, nous abreuve avec liesse de ses éclats fulgurants.


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critiques

Mr. Sun Ra and His Arkestra – Bad and Beautiful

Année de parution : 1972
Pays d’origine : États-Unis
Édition : Vinyle, Saturn Research – 2003
Style : Avant-Garde Jazz, Post-Bop

Ne vous fiez pas à la date de parution ! On est pas ici dans le côté groovy-interstellaire de monsieur Ra qui est caractéristique de sa période 70s. Il s’agit plutôt d’un archival enregistré en 1961. Du early Ra donc, de la période où notre joyeux drille un brin cinglé avait encore les deux pieds un peu arrimés sur notre bonne vieille Terre. C’est un album très moelleux, hyper accessible et fort mélodique ; avec quand même ces petites touches obliques/surréelles qui nous font réaliser qu’on est pas ici chez le Jazzman moyen du début des années 60. C’est aussi un enregistrement historique puisqu’il s’agit de la première session studio de sieur Soleil de sa période new yorkaise ; période charnière de 7 ans durant laquelle notre héros cosmique prendra définitivement son envol pour des cieux encore (ici) insoupçonnés.

Il y a beaucoup plus de « Beautiful » que de « Bad » sur ce disque drôlement nommé. C’est une session purement acoustique, avec un Sun Ra au piano qui laisse une place de choix à ses deux saxophonistes solistes talentueux : Pat Patrick au sax baryton et John Gilmore au sax ténor. Se joignent à eux Marshall Allen au sax alto et au flutiau, Ronnie Boykins à la basse ultra veloutée, Tommy Hunter à la batterie… Tout ce beau monde brille de bien belle façon à travers des standards jazz et blues savoureux. Ça swing divinement bien. On ne retrouve qu’une seule composition originale de Sun Ra, « Exotic Two » ; incidemment la meilleure piste du disque et la plus out there.

L’album nous coule dans le tympan tel un long fleuve mielleux et tranquille. C’est l’apaisement suprême de musiciens fabuleux qui viennent tout juste de s’installer dans la Grosse Pomme (métropole du jazz à l’époque)… musiciens qui commencent à y prendre leurs aises, à trouver leurs repaires, à se laisser inspirer par l’architecture, la faune locale, la culture, la vie urbaine… L’Arkestre s’apprête à vivre une quête initiatique qui va littéralement changer le petit monde du jazz underground. « Bad and Beautiful », c’est la mise en bouche racée et nocturne. Et quelle magnifique mise en bouche que voici. Un autre trésor extirpé des coffres à trésor de Sun Ra.


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Playlist

PLAYLIST #29

SALADE D’ENDIVES

PHYSIQUE :

  • Béla Bartók – Konzert Für Orchester / Musik Für Saiteninstrumente Schlagzeug Und Celesta (RIAS Symphonie-Orchester Berlin, Radio-Symphonie-Orchester Berlin, Ferenc Fricsay) (Deutsche Grammophon, CD) [1954-1957]
    Performances remarquables de deux oeuvres orchestrales impressionnantes et révolutionnaires de l’ami Bartók, compositeur hongrois de génie qui, au travers d’une carrière trouble ponctuée d’oeuvres puissantes et expérimentales à souhait, réussira à synthétiser musique post-romantique, dodécaphonisme et folklorisme en un style totalement unique et personnel…
    Le concerto pour orchestre est une de ses dernières oeuvres, composée en 1943 (deux ans avant sa mort), pendant sa période d’exil aux États-Unis… C’est un monument de noirceur opaque et de violence parfois tonitruante, qui, créé tel un dédale de couloirs labyrinthiques infinis, enserre l’auditeur progressivement dans un étau cauchemardesque. Fun times.
    La « Musique pour cordes, percussion et celesta », peut-être encore plus troublante, fut composée pendant une période archi-sombre (1936) : montée de l’Allemagne nazie, purges staliniennes, guerres civiles à droite à gauche… On sent dans cette musique désespérée et fêlée qu’elle n’est que le reflet d’un monde en déroute, qui se prépare à vivre sa page d’histoire la plus cauchemardesque (seconde guerre mondiale). Absolument pétrifiant.

  • Smetana – Má Vlast (Rafael Kubelík, Czech Philharmonic Orchestra) (Supraphon, CD) [1990]
    Má Vlast… Ma patrie… Superbe série de 6 poèmes symphoniques que le compositeur tchèque Bedřich Smetana a dédié à son pays bien-aimé. Très patriotique, Smetana fut le premier compositeur à utiliser des éléments tirés du folklore tchèque dans sa musique. On lui doit près de 150 oeuvres et son influence se fera sentir chez ses compatriotes Antonín Dvořák et Zdeněk Fibich ; mais aussi chez l’Autrichien Arnold Schönberg.
    Kubelík, chef d’orchestre, est reconnu comme étant le maître incontesté de Má Vlast. Il dirigea le cycle en spectacle et l’endisqua un grand nombre de fois, avec différents orchestres… Mais c’est cet enregistrement sur Supraphon qu’il faut prioriser car, en plus de la performance remarquable et de la joie communicative qui existe entre les musiciens, le chef et le public tchèque, cet enregistrement représente le retour de Kubelík en République-Tchèque à la tombée du rideau de fer (1990), après de nombreuses années d’exil. C’est une véritable célébration de retrouvailles, pleine de vie, de bonheur débordant et, évidemment, de musique euphorique (parmi la plus belle au monde).

  • Vinko Globokar, Luciano Berio, Karlheinz Stockhausen, Carlos Roqué Alsina – Discours II / Sequenza V / Solo Für Melodie-Instrument Mit Rückkopplung / Consecuenza (Deutsche Grammophon, CD) [1969]
    Je continue mon périple audacieux à travers le coffret « Avantgarde » de DGG avec ce quatrième CD qui propose des oeuvres disparates et fascinantes pour le trombone, instrument que vous allez entendre ici comme jamais auparavant. En premier, nos tympans ébahis assistent à un discours pour 5 pistes de trombones superposées, gracieuseté du tromboniste français d’origine slovène Vinko Globokar. On est ensuite aspiré dans l’univers foutraque et aride de l’Italien Luciano Berio, avec l’une de ses fameuses « Sequenzas », celle-ci pour trombone solo. Le son du trombone fait presque penser à la voix des adultes dans Peanuts (Snoopy Rulz !) mais on entend pas toujours à rire avec ces notes basses et dronesques. On poursuit dans le trouble, l’incertitude et les ténèbres avec deux pièces de musique concrète pétrifiantes de l’Allemand Karlheinz Stockhausen, clairement mon moment préféré du disque. Stockhausen utilise avec brio le « tape delay » (et des vois austères et fantomatiques) pour déconstruire le solo de trombone et lui donner des teintes surréelles… On termine le disque avec le compositeur français d’origine argentine Carlos Roqué Alsina, pour trois courtes pistes qui nous ramènent un peu à l’esthétique de celle de Berio.

  • Neil Young – Comes A Time (Reprise, CD) [1978]
    Neil en mode country, un peu électrique par bouts, surtout acoustique…. Neil qui chante des chansons simples, touchantes, belles, belles, belles (oh, à part « Motorcycle Mama » qui dépareille un brin mais que j’aime quand même tendrement). Un album tout à fait charmant, avec une production très ample et étagée, des musiciens hors pair (le Cheval Fou est de la partie sur certaines pièces !) et les back-vocals magiques de Nicolette Larson.

  • Lucid Dreams – Lucid Dreams (Astral Industries, 2 x Vinyle) [1996]
    Je veux absolument tout posséder en provenance de Astral Industries mais malheureusement, j’aime aussi me nourrir et avoir un toit au dessus de ma tête, donc je dois me limiter à seulement quelques unes de leurs mirifiques sorties… Je n’ai cependant pas pu résister à cette belle réédition de ce très étrange (et très particulier) disque de spoken word / drone ambient cosmique. On entend ici l’écrivaine et philosophique Celia Green (ainsi que d’autres) narrer des passages de son bouquin « Lucid Dreaming: The Paradox of Consciousness During Sleep » (paru en 1968). Cela parle de rêve éveillé, d’états hallucinatoires, d’apparitions, d’expériences « out of body » et de perception extrasensorielle… Et la musique, elle aussi très rêveuse, confuse et fantasmatique, est une parfaite assise au texte narré. Un beau voyage un peu troublant vers d’autres états de conscience. À recommander à ceux qui ont aimé « Invention for Radio No. 1: The Dreams » de Delia Derbyshire.

  • Roberto Zahurim & Stephen Murphy – ATLANTIAN: Thérapie vibrasonique (Les Distributions CELEST, Cassette) [année inconnue]
    Une merveilleuse cassette de New Age québécois que j’ai trouvé jadis, à l’époque où je ramassais à peu près tout du genre sur quoi je pouvais mettre la main. Zahurim et Murphy nous convient à un beau voyage sonore très planant et mélancolique, le tout agrémenté de signaux sonores censés inviter notre corps et notre être tout entier à un équilibre (et ce genre de choses auquel on croit ou non). Les synthétiseurs assez froids (très Klaus Schulze 80s-style) sont la principale matière sonore exploitée ici, avec quelques vocaux disséminés ça et là. Le genre de truc qui pourrait sortir en tant qu’album de DS fantaisiste demain matin et qui remporterait un fort succès.
    L’album prend une tournure très dronesque/mystique/weird à mi-chemin cependant, ce qui me plaît énormément. J’adore en particulier ce long drone (avec déflagrations de claviers biscornues) au début la face B, avec field reocrdings d’eau et de nature en prime.

  • Hole Dweller – Flies The Coop (Dungeons Deep Records, Vinyle) [2019]
    L’un des albums de DS les plus célébrés des 5 dernières années et une magnifique entrée en matière pour une des discographies les plus riches dans le créneau. Ce premier opus de Hole Dweller est fabuleux : des mélodies enfantines et enchanteresses, portées par ces claviers analogiques croustillants et lo-fi (très 80s) ; avec des field recordings forestiers en fond sonore. Il y a cette nostalgie, cette féérie chez Hole Dweller qui rend le projet tellement attachant. C’est comme une ballade dans un sous-bois brumeux, mystérieux mais accueillant.

  • Til Det Bergens Skyggene – Vandringen I (Skoglandskap) (Voldsom Musikk, Cassette) [2011]
    Incroyable EP de monsieur Voldsom (alias mon artiste/label préféré dans le genre, disons à égalité avec l’ultra-prolifique Evergreen). Du synthé donjonné atmosphérico-nostalgique-épique-planant-ravissant-old-school. Le genre de musique dont je ne me lasse jamais.

  • Criptadel – Brutal Imperium (Gondolin Records, Cassette) [2023]
    Dungeon synth fantaisiste-martial-guerroyant-oppressif-cinématographique. On imagine une armée d’orcs se préparant à envahir le monde libre, leurs haches de guerre à la main, le sourire perfide au coin d’la bouche (aux dents acérées, of course). Comme toujours, Gondolin ne sort que la crème de la crème.

  • The Microphones – « The Glow » Pt. 2 (K, CD) [2001]
    Souvent considéré comme le meilleur disque pour entrer dans l’univers très particulier et personnel de Phil Elverum / Microphones / Mount Eerie. On tient là un énorme chef d’oeuvre d’indie folk mélangeant avec brio slacker rock psychédélique, avant-folk lo-fi et noise-rock. Elverum est un des meilleurs compositeurs et auteurs de sa génération. Le maître mot ici est : ÉMOTION.

  • Mount Eerie – A Crow Looked At Me (P.W. Elverum & Sun, Ltd., Vinyle) [2017]
    Un disque très éprouvant que je n’ai pas écouté depuis 2020, pour des raisons personnelles. Est-ce de la musique ? Est-ce plutôt une thérapie sur disque ? Un journal intime que nous, auditeurs, pouvons consulter, avec l’impression d’être presque des voyeurs ?
    Cet album que Phil Elverum a enregistré rapidement, dans la tourmente, après la mort de sa femme Geneviève, c’est une tentative d’exprimer ses impressions, sentiments et réflexions de la manière qu’il (je crois) connaît le mieux : la musique.
    Comme il le dit : ce n’est pas pas de l’art. La mort, c’est vrai (et final). Quelqu’un est là et puis soudain, non. Et il ne sera plus jamais là. Peu importe qu’on ait partagé sa vie intime et tout ce que ça implique de profond et de personnel, peu importe que cette personne vive métaphoriquement dans nos souvenirs… La réalité, c’est qu’on ne la reverra plus jamais. Ouf.
    Tenter de ré-apprivoiser le quotidien, les habitudes de la vie, les obligations ; tout en digérant son deuil en filigrane, le sentiment de manque, l’absence de l’autre ; en sachant que nous ne serons plus jamais pareil. Se reconstruire, dans l’anéantissement de soi. Voici ce que ce disque-expérience tente de faire. Un truc incroyablement humain, profond, beau, essentiel… mais aussi tellement crève-coeur et tellement (trop?) personnel qu’il faudrait être profondément sociopathe pour ne pas écouter sans avoir tout le poids du monde sur l’âme.
    Mais encore une fois, pour vous parler franchement très personnellement (Phil et moi, on a vécu des choses très similaires), ce disque est nécessaire.

  • Bekëth Nexëhmü – Dauþuz (Purity Through Fire, CD) [2016]
    La première démo d’un de mes projets de black metal atmosphérique préféré de tous les temps, fronté par le superbe Swartadauþuz (aka « the hardest working man in Black Metal today »). On comprend que dès sa formation (quasi improvisée, à en croire les liner notes), Bekëth Nexëhmü avait un son qui leur était totalement propre : black metal hivernal, anguleux, racé, très freeform mid-tempo, dark ambient à ses heures, toujours hypnotique et hautement inspiré.
    Le tout a été enregistré en 2010 originellement, en une soirée de déchéance et de déraison.

  • Gab Paquet – La Force d’Éros (Duprince, Vinyle) [2021]
    La LUXURE, la LUBRICITÉ, la CONCUPISCENCE et la VOLUPTÉ LIBIDINEUSE sous forme sonore, que le célèbre chanteur de charme le plus excentrique de la province a réussi à matérialiser sur ce beau disque d’un rose éclatant et fantasque. Meilleur que toutes les ballades FM 90s sirupeuses du monde entier, aussi exalté et charnel que Gainsbourg en mode quasi-Gainsbarre… Appelez Gab au 1-800-666-SEXE et vous vivrez une nuit inoubliable.

  • Novos Bahianos – Novos Bahianos (Som Livre, CD) [1970]
    Court EP de ce légendaire groupe brésilien qui nous livrent 4 excellentes pièces d’Acid Rock ensoleillé croisé à du Blues et d’la Samba psychédélique. Essential stuff pour tous ceux qui s’intéressent à la musique brésilienne de la contre-culture des sixties et seventies.

  • Novos Baianos – Acabou Chorare (Som Livre, CD) [1972]
    Encore eux ! Un des disques meilleurs disques brésiliens de tous les temps et le magnum opus des Nouveaux Bahianais. Ce qui fait la magie de l’album, c’est ce côté effortless tellement rafraichissant ; on dirait des amis qui ont juste du gros fun à faire de la musique, ne sachant pas qu’ils sont en fait d’enregistrer un album d’une importance capitale. Les chansons ? Toutes formidables et débordant à rabord d’harmonies vocales éblouissantes, de guitares festives, de percussions exaltantes, de basse sautillante, d’énergie folle et de candeur galvanisante. Impossible de ne pas tomber éperduemment en amour avec ce disque dès la première écoute ; et avec le Brésil tout entier par le fait même ! Même mon fils de 5 ans (le très cool James Finn Pélissier) est un gros fan de « Tinindo trincando ».

  • Frank Zappa – Hot Rats (Rykodisc, CD) [1969]
    Un des meilleurs de l’oncle Frank. Un album qu’on ne présente plus. Chef d’oeuvre absolu de Jazz Fusion bizarroïde et folichon (Jazz is not dead, it just smells funny, de dire Zappa), avec ses compositions incroyables remplies à rabord de mélodies singulièrement excentriques, livrées par une cohorte d’instrumentistes absolument fabuleux (Ian Underwood, John Guerin, Don « Sugarcane » Harris, Jean-Luc Ponty, Paul Humphrey, Ron Selico, Shuggie Otis et Max Bennett… what a DREAM TEAM !!!).

  • Banco Del Mutuo Soccorso – Io Sono Nato Libero (BMG Ricordi S.p.A., CD) [1973]
    Prog italien de très très haut calibre, avec un premier morceau monumental de plus de 15 minutes (« Canto nomade per un prigioniero politico ») qui est une petite symphonie en soi, alternant entre passages folk pastoral ultra mélancoliques/touchants (avec cette chaleur toute méditerranéenne) et d’autres beaucoup plus alambiquées, sombre, ultra complexes et même avant-gardistes (par bouts). L’atmosphère est absolument indescriptible (entre tension, angoisse, mystère et beauté brute). On tient là un des plus gros joyaux de toute la scène prog italienne. Le reste de l’album est presqu’aussi excellent. Est-ce leur meilleur album ? Selon moi, ça se joue entre lui et « Darwin », le précédent.

  • Shape Of Despair – Angels Of Distress (Hammerheart Records, Vinyle) [2001]
    Préparez vos mouchoirs car les doomeux-gothico-funéraleux de Shape of Despair vont vous asséner une grosse dose de pathos à l’état brut en pleine gueule ! Dans le genre « lent », « magnifique » et « atmosphérique », on fait difficilement mieux que les Finlandais. Rythme extrêmement lent, vocaux d’outre-tombes éplorés, voix féminines sublimes qui volent au dessus du précipice langoureux, claviers mortuaires omniprésents, guitares écrasantes… Tout est finement utilisé ici pour transporter l’auditeur métaphoriquement dans un cimetière surréaliste en suspension dans un quelconque brouillard victorien.

  • Aretha Franklin – Aretha Now (Atlantic, CD) [1968]
    Juste un masterclass total de southern pop soul de la plus grande chanteuse américaine (disons ex-aequo avec Nina et Billie). Une première moitié en forme de paradis sonore (Think, I Say a Little Prayer, See Saw, etc…) et une deuxième Face qui est presque aussi incroyable. Absolument rien à jeter ici.

  • Merzbow & Oren Ambarchi – Cat’s Squirrel (Hospital Hill, CD) [2013]
    Première collaboration juste en duo pour le Japonais Merzbow et l’Australien Oren Ambarchi, deux sommités en matière de musique expérimentale et aussi deux mecs qui sont dans la compétition non-officielle des mecs avec la discographie la plus longue de tous les temps (Masami est en avance !). On est ici en mode « gros mur de son noise psychédélico-chaotique bourré de reverb », ce qui n’est forcément pas pour me déplaire. J’ai passé un EXCELLENT moment.

  • Merzbow – Peace For Animals (I Shall Sing Until My Land Is Free, CD) [2007]
    Comme je suis un dangereux psychopathe, une dose de Merzbow n’est pas toujours suffisante. Donc le revoici, pourfendant nos conduits auditifs de sa harsh noise céleste et pro-animalière. Trois pistes pleines d’idées folles, de grandeur architecturale et d’abrasions diverses, chacune possédant une atmosphère qui lui est propre. Le morceau de bravoure, « No More Exploitation of Animals » (33 minutes et des poussières) est une de mes pièces préférées du maître, avec des espèces de voix chantantes déconstruites au possible, des sirènes apocalyptiques, du drone sous-jacent bien gloupide et des passages où la basse bien chaotique te laboure l’être tout entier.

  • Sleepytime Gorilla Museum – Of The Last Human Being (Avant Night, CD) [2024]
    J’aime ça moi des retours inespérés comme ça ! Après une pause discographique de 17 ans, nos amis du cirque sonore déjanté qu’est le Musée du Gorille (endormi) ressurgissent de leur néant obtus et livrent ici un de leurs meilleurs albums ; juste comme ça. RKO OUTTA NOWHERE ! Ça sonne comment la musique de SGM ? Comme un beau mélange complètement givré de Henry Cow/Art Bears, Swans, Korn, Danny Elfman, Gentle Giant, Einstürzende Neubauten, Univers Zéro, Tom Waits, Frank Zappa, Diamanda Galas, Taraf de Haïdouks, Mayhem et Stravinsky. Désorientant au possible, mais délicieusement.

  • Piero Umiliani – Il Marchio Di Kriminal (Dagored, Vinyle) [1967]
    Trame sonore très jazzy-bossa-nova-funky d’un Giallo par monsieur « musique de bibliothèque » en personne ? Que demander de mieux pour terminer un deux semaines de musique folle folle folle ?

STREAMING :


GUILLAUME P. TRÉPANIER

Sélection récente, de gauche à droite :

  • Snail Mail – Lush (2018) [US]
    Alors qu’elle n’avait que 18 ans, Lindsey Jordan alias Snail Mail lance son premier album, Lush. Une oeuvre indie rock mélancolique et sombre qui témoigne d’une grande maturité malgré son jeune âge. S’il y a des fans de l’album Rather Ripped de Sonic Youth dans la salle, vous ne serez pas dépaysé avec celui-ci.

  • The Chronicles Of Father Robin – The Songs & Tales Of Airoea – Book 1: The Tale Of Father Robin (2023) [Norvège]
    Épopée conceptuelle en 3 volumes par un supergroupe de prog norvégien actuel. Avec une carte de référence style « fantasy » à l’intérieur, le magnifique artwork de Lars Bigum Kvernberg et une musique puissante style rétro, ce premier opus représente un des plus belle lettre d’amour au rock progressif que je connaisse.

  • The Chronicles Of Father Robin – The Songs & Tales Of Airoea – Book II: Ocean Traveller (Metamorphosis) (2023) [Norvège]
    Je ressens des influences subtiles de Robert Wyatt, Camel et Gentle Giant à travers ce deuxième volume de Chronicles of Father Robin, mais avec des compositions originales, magnifiques et super engageantes. J’ai été totalement charmé par Ocean Traveller.

  • The Beatles – Now & Then (2023) [UK]
    Je ne m’étais fait aucune attente face à la sortie d’une tune inédite des Beatles, je n’avais pas fait de recherches à savoir de quoi il s’agit. J’ai ouvert l’onglet YouTube par principe en me disant que ça allait être le fun, sans plus.
    À la fin de mon écoute, j’me suis surpris à être ému et bouleversé.
    Fuck, une tune de John qui parle nébuleusement de deuil, d’amitié, de reconnaissance. Paul qui chante avec lui, George et son mélancolique solo, Ringo qui Ringotte, des arrangements de cordes fantomatiques. Ok, je vais l’acheter votre mausus de single.

  • Nome Noma 2 Québec Post-Punk et New Wave (compilation de 2023) [QC]
    J’attendais ce volume 2 avec impatience et je n’ai pas été déçu. Solide sélection, peut-être encore plus osée que le premier. J’adore faire la découverte de bijoux cachés d’ici, alors je suis servi.
    Gros coup de coeur, encore une fois, pour le visuel/graphisme du livret d’informations et de la pochette!

  • Akira Yamaoka – Silent Hill (1999) [Japon]
    Bande sonore mythique pour le premier Silent Hill, jeu vidéo publié sur la Playstation 1. Dark ambient, drone, noise, trip hop… avec des tones de synth surprenant! La force de Yamaoka est de passer par différentes gammes d’émotions à travers tout ces genres… On y ressent tant de l’espoir que de la mélancolie ou de l’horreur et du suspense.

  • Akira Yamaoka – Silent Hill II (2001) [Japon]
    Suite logique au premier opus, Yamaoka pousse la note encore plus loin ici en ajoutant à sa recette des moments un brin « alternative rock » à la guitare. Encore plus mélodique que Silent Hill 1, ce deuxième volume est ce qu’on appelle un chef-d’œuvre dans le monde des bandes sonores de jeu. Un incontournable!

  • John Williams – Home Alone (1990) [US]
    Après Jaws, Star Wars, ET, Indiana Jones ou encore Rencontre du 3e type, John Williams aurait pu en laisser pour les autres, mais non! Il avait un autre classique à pondre dans le cadre d’un film de Noël.
    Suis-je fou ou j’entends des subtilités de sa future bande sonore pour Harry Potter là-dedans?

  • Green Day – Dookie Demos (1994) [US]
    Les démos de Dookie sont très intéressants à entendre pour les fans finis de Green Day. On y constate que certains textes ont complètement changé, comme dans me cas de Basket Case. Ou encore, on peut y découvrir la magnifique When It’s Time.

  • Green Day – Dookie Outtakes (1994) [US]
    Je ne le savais pas en me procurant le coffret, mais j’avais besoin des outtakes de Dookie.
    Des versions mieux produites de Christie Road et de 409 in Your Coffee Maker = oui.
    Je ne savais pas que leur reprise de Tired Of Waiting For You des Kinks originait des sessions de Dookie. J’ai toujours adoré leur version.
    JAR et On The Wagon sont deux petites perles cachées. Bref, merci!

  • Green Day – Woodstock 1994 (1994) [US]
    Un de mes lives préférés où le band est en feu et où tout part en déroute avec le fameux « mud fight ». Un concert historique, un essentiel pour les fans. La conclusion du disque avec Paper Lanters (de 8min) et Shit Show est épique.

  • Green Day – Live In Barcelona (1994) [US]
    Ce live à Barcelone est une belle surprise du coffret. Ce qui est surtout le fun, c’est d’entendre des tunes du premier album de Green Day, mais jouées avec plus d’expérience et surtout, Tré Cool au drum qui te leur donne tout un tork de plus.

LÉON LECAMÉ

  • Mysteria – Winds of the Void (black metal vampirique / dungeon synth)
  • SabaSaba – Unknown City (post industriel / darkwave) 
  • Monika Roscher Bigband – Of Monsters and Birds (experimental big band / prog / math rock / zeuhl)
  • Sleepytime Gorilla Museum – Of the Last Human Being (avant-prog-metal, RIO)
  • Raja Kirik – Phantasmagoria of Jathilan (post-Industriel, Kuda kepang, ritual ambient)
  • Inwendt Faerte – Of Nightfall And Shrouded Thoughts (dungeon synth)
  • The Recognition Test # 336 (drone / experimental / ambient)
  • Hainbach – The One Who Runs Away Is the Ghost Soundtrack (ambient soundscapes)
  • Pink Mass – Nympho Commando EP (blackened crust / grindcore)