Playlist

PLAYLIST #28 – Semaine du 19 février 2024

SALADE D’ENDIVES

PHYSIQUE :

  • J.S. Bach – Masaaki Suzuki Plays Bach Organ Works (BIS, SACD) [2015]
    Suzuki est un musicien exceptionnel, reconnu dans le créneau des musiques anciennes, classique et baroque. Il a fondé le département de musique ancienne de l’université de Tokyo et enseigne à l’école de musique sacrée de l’université de Yale. Il est surtout connu comme chef d’orchestre, ayant endisqué l’intégrale des cantates (sacrées et profanes) de Bach avec son ensemble Bach Collegium Japan. Mais il est aussi claveciniste et organiste. Ce premier volume des oeuvres pour orgue du plus grand compositeur ayant jamais vécu est un ravissement sans fin. Il fut enregistré au Pays-Bas sur un orgue datant de l’époque du maître (et restauré de 1976 à 1984). Le son est ample, chaleureux, grandiose, éclatant. Suzuki joue avec flegme et passion ; dans le respect de la vision de l’auteur de ces pièces (parmi les plus célèbres écrites pour cet instrument gigantesque). Essentiel pour les aficionados de Bach mais aussi pour tous ceux qui aiment la musique at large.

  • David Bedford – György Ligeti – Arne Mellnäs – Marek Kopelent – Two Poems For Chorus / Lux Aeterna / Succsim / Matka (Deutsche Grammophon, CD) [1968]
    Troisième CD du coffret « Avantgarde » de DGG, cette fois-ci se concentrant sur des oeuvres chorales contemporaines à donner l’frisson dans l’dos. Il y a bien sûr notre ami Ligeti (qui excelle toujours autant dans le macabre) avec le terrible « Lux Aeterna » mais on est pas en reste non plus avec les oeuvres de l’Anglais David Bedford (qui sera collaborateur de Mike Oldfield plus tard), du Suédois Arne Mellnäs et du Tchèque Marek Kopelent (qui vient mélanger des parties de flûtes quasi-impressionnistes au grand délire vocal cinglé, ajoutant ainsi un peu de variété au programme).

  • Doug Hammond & David Durrah – Reflections In The Sea Of Nurnen (Pure Pleasure, Vinyle) [1975]
    Un grandiose album de jazz spirituel, parfois instrumental et parfois chanté, distillant à merveille les influences soul, funk et fusion ; pour un tout mystérieux, sensuel, chaleureux, nocturne et légèrement psychédélique. Les amateurs de claviers planant dans leur jazz seront ravis !

  • Judee Sill – Judee Sill (Asylum, CD) [1971]
    Magnifique premier album de Judee, qui mélange avec brio folk de chambre, country et pop baroque. Inspirée par Bach, elle utilise souvent des overdubs de sa voix (incroyablement douce et belle) pour créer un effet « choral » ou « fugue » qui me donne toujours des frissons… Un album tendre, très porté sur le catéchisme, parfois très mélancolique aussi (à la manière de Nick Drake)… Sill, qui aura eu une existence difficile et turbulente (dépression, addictions, accidents routiers), mourra d’une overdose dans son appartement de North Hollywood en novembre 1979. Peu populaire de son vivant, la qualité de son matériel et son influence sur le genre folk demeurent indéniables.

  • 夢遊病者 – Noč Na Krayu Sveta (Sentient Ruin Laboratories, Vinyle) [2021]
    Groupe avant-garde post black métallique japonais (d’Osaka) qui mélange allègrement une demi-tonne de genres et de sous-genres pour le plus grand bonheur des amateurs de musique folle et libre. Il y a un fort ascendant « dark jazz » ici présent, mais complètement galvanisé par des déflagrations industrielles-métalliques et les vocaux hurlés (qu’on diraient enregistré six mille pieds sous l’océan). Vive l’instrumentation complètement atypique pour un disque Métal aussi : trompette, bouzouki, synthétiseur moog, orgue, flûte, clarinette basse, violon, oud, harpe juive (et j’en passe).

  • Brazil 70 (After Tropicalia – New Directions In Brazilian Music In The 1970s) (Soul Jazz Records, CD) [2007]
    Une de mes 10 compiles préférées de tous les temps, qui m’a grand ouvert les portes de la musique brésilienne moderne (MPB), me faisant par la suite acheter une copieuse quantité de CDs et de vinyles (et ma collection ne sera jamais finie !). Cette compilation des toujours excellents Soul Jazz met l’emphase sur la musique de la contre-culture brésilienne après la vague « tropicaliste » de la fin des années 60…. Ici, tout est possible : Samba-Rock psychédélique, Acid Hippie Folk ensoleillé et confus, Bossa Nova cosmique, Chamber Folk champêtre, Proto-Prog rythmé, Baroque Pop grandiloquent… Un coffre aux trésors que je conseille à tous ceux qui veulent découvrir le Brésil musical dans sa plus belle décennie.

  • Matching Mole – Matching Mole (Klimt, Vinyle) [1972]
    Premier album de ce groupe qui aura eu une carrière éclair (un seul autre album, paru la même année). C’est la première aventure de Robert Wyatt (ex-batteur/chanteur de Soft Machine) en tant que leader, qui est encore derrière les fûts mais joue aussi du mellotron et du piano. Il est accompagné par l’organiste/pianiste David Sinclair (ex-Caravan), le guitariste Phil Miller (ex-Delivery, futur Hatfield and the North) et le bassiste Bill MacCormick (Quiet Sun, Brian Eno). Line-up de rêve pour une musique immensément rêveuse justement… Les fans de l’incontestable chef d’oeuvre « Rock Bottom » trouveront ici une version plus prog-jazz-rock de l’opus par excellence de Wyatt. Un disque important de la « scène Canterbury ». Oh, et le nom est un jeu de mot franglo sur le nom de l’ancien groupe de Wyatt (Matching Mole…. Machine Molle…. Soft Machine).

  • Darkthrone – Plaguewielder (Peaceville, CD) [2001]
    Un Darkthrone considéré comme mineur… mais je ne suis loin d’être d’accord après réécoute, moi. Cette cuvée de 2001 de nos amis Fenriz et Nocturno Culto est pleine de riffs absolument mortels (avec une petite tendance black n’roll), de vocaux somptueusement ignobles, de drumming véloce (Fenriz est dans la zoooooone !) ; avec du songwriting ma foi assez inventif voir même progressif par bouts, bourré de petites dissonances jouissives et de revirements inattendus. Les pièces sont longues, agressives, atmosphériques/hypnotiques et évolutives. On passe vraiment un super moment. Bref, il n’y a pas de mauvais disques de Darkthrone mais celui-ci mérite particulièrement d’être réévalué. À prioriser : la superbe pochette de la réédition (celle que j’ai) plutôt que l’originale, assez beurk merci.

  • Old Sorcery – Dragon Citadel Elegies (Dungeons Deep, Cassette) [2022]
    Le plus récent opus synthé donjonné d’un Finlandais fort occupé (Juuso Peltola), aussi actif en tant que Warmoon Lord (black metal old school à tendance mélodique), Argenthorns (black metal symphonique), Vrajitor’s Tenebrarium (rock progressif) et Megahammer (synthwave horrifique). Je pense qu’on peut le qualifier de passionné !
    J’aime tous ses projets mais Old Sorcery demeure mon entité favorite. Ces Élégies de la Citadelle du Dragon sont le troisième volet d’une série d’albums de « dungeon synth de château ». À travers cinq plus ou moins longues pistes épiques et cinématographiques à souhait, Peltola réussit à créer des ambiances fantasques et recherchées. Il mélange à merveille le dungeon synth old school à plusieurs autres genres et styles musicaux (progressive electronic, berlin school, field recordings, folk, darkwave et même le prog horrifique de Goblin) pour un résultat tout à fait unique. Un excellent disque du genre, entre tradition et modernité.

  • Bleu Nuit – Le Jardin Des Mémoires (Requiem Pour Un Twister, Vinyle) [2019]
    Premier album du superbe trio montréalais qui nous assènent un post-punk très stylisé/artistique en pleine poire et au travers duquel on perçoit des influences diverses, tel la coldwave, le shoegaze, le noise-rock, le prog et le post-rock. Un disque mystérieux et diablement sexy, qui mise autant sur la qualité de ses compos surréalistes que sur son atmosphère libidineuse/brumeuse/noctambule. Réalisation somptueuse signée Julien Mineau (Malajube, Fontarabie).

  • Plastikman – Closer (Paper Bag Records, CD) [2003]
    Un lent et brumeux voyage dans les limbes d’une minimal techno cafardeuse et introspective, elle même contaminée par le spectre du dark ambient. Un disque qu’il FAUT écouter minuit passé pour comprendre l’univers qu’il propose. Moins immédiat que « Consumed », mais tout aussi essentiel.

  • Jeff Mills – Live At The Liquid Room (Tokyo) (React, CD) [1996]
    The one LIVE DJ MIX to RULE THEM ALL !!!! Un « cours de maître » de Detroit Techno (bien acide) de celui qu’on appelle le « sorcier » de la musique électronique. Un concentré d’énergie pure ponctué de passages atmosphériques fabuleux ; avec toujours cette pulsation primaire qui nous tient en haleine. Jeff Mills improvise avec ses table-tournantes comme John Coltrane le fait avec son saxo. C’est vous dire le degré d’ingéniosité, de liberté, de grandeur, d’euphorie et d’humanité qu’il y a dans cette musique… Pas mal le disque ultime pour quiconque veut s’initier à la Detroit Techno.

  • Ghash – Forest Of Perpetual Pains (Gungnir Productions, Cassette) [2002]
    Mystérieux projet de black metal atmosphérique/dépressif distant, hanté et filandreux à souhait ; perdu dans un quelconque brouillard fantomatique ambient qui recouvre tout et qui rend la transmission sonore incertaine et confuse… Il y a un côté presque « coldwave » à cette batterie binaire et à l’habillage bruitatif de la chose. On passe un excellent mauvais moment, un peu comme chez Striborg, qui serait le point de référence le plus proche.

  • Brånd – Urkraft (Tour De Garde, Cassette) [2019]
    Excellent EP de ce projet autrichien qui mélange avec succès black metal primaire/cru et post-punk nerveux/agressif. Vritra, seul membre à bord de Brånd, a aussi d’autres projets vraiment cool, comme Herrgottsblick (ambient/dungeon synth), Weathered Crest (black metal), Spectres & Teeth (black punk) et Concorde (synthpop/coldwave).

  • Ilana Avital – T’aimer (Hed-Arzi, Vinyle) [1978]
    Premier disque de cette chanteuse et actrice israélienne qui alterne entre ballades pop sirupeuses et pépites disco-funk diablement entraînantes. Une voix superbe et des arrangements kitsch grandioses !

  • Galaxie 500 – On Fire (20|20|20, Vinyle) [1989]
    Stone cold classssssic de slowcore/dream pop mélancolique, nostalgique, spleenétique… avec une section rythmique ultra simpliste-anesthésique et des envolées planantes de guitares psychédéliques (avec plein de reverb orgasmique). Les vocaux de Dean et Naomi sont tellement sincères et touchants… Un délicieux disque, très précurseur du genre qui explosera surtout dans les années 90.

  • 13th Floor Elevators – Easter Everywhere (Charly, 2 x CD) [1967]
    Deuxième album de ce légendaire groupe de garage rock psychédélique texan, fronté par le très excentrique Roky Erickson. Je le trouve aussi bon que le premier et il serait dur pour moi de choisir mon préféré entre les deux. Completely essential psychedelia. À noter que ma version CD propose la version mono ET la stéréo !

  • The Horace Silver Quintet + J.J. Johnson – The Cape Verdean Blues (Blues Note, Vinyle) [1965]
    Un succulent disque de Hard-Bop/Soul Jazz avec des petits relents latins et caribéens. Comme toujours, le bon Horace sait livrer une musique qui sonne cool et smooth à l’approche ; mais qui est ma foi fort complexe et recherchée. Il est bien entouré, avec un jeune Woody Shaw enthousiaste à la trompette, un Joe Henderson toujours classe au saxo, un Bob Cranshaw dynamique à la contrebasse et un Roger Humphries tout en nuances à la batterie. Vient s’ajouter à la troupe le sublissime tromboniste J.j. Johnson sur la face B, ce qui vient donner une chaleur toute particulière à la section de cuivres.
    Sinon, pochette ultra magnifique, comme c’est toujours le cas chez la Note Bleue.

STREAMING :


GUILLAUME P. TRÉPANIER

Sélection récente, de gauche à droite :

  • Le Blanc + Lalancette – Words And Music (1976) [QC]
    La version anglophone de l’album « Le Soleil au-dessus de nous ». Ce disque renferme du folk assez dark, tragique et engagé.
    Le groupe qui les accompagne? Les musiciens d’Opus 5, rien de moins! Aussi, Richard Provençal, batteur de Charlebois, Diane Dufresne et Jean-Pierre Ferland. Et même le fameux Michel Robidoux, chevalier de l’ombre de la musique d’ici.

  • Cosmophone – Feu toi, feu moi (2023) [QC]
    La dernière sortie de la formation trifluvienne Cosmophone, qui réussi plus que jamais a forger un son puissant et riche en alliant la pop, la musique électronique, les arrangements à cordes classiques et des textes francophones brillants et intègres. Un album touchant, engageant et reluisant de créativité.

  • Rostro Del Sol – Rostro Del Sol (2021) [Mexique]
    Premier opus du band de prog/psych mexicain, Rostro Del Sol. Un début, mais déjà, on en reçoit plein la gueule avec un son qui va parfois rejoindre aussi le jazz et le funk. Ils ont une approche assez rétro, comparable à quelques moments du premier King Crimson ou à Atomic Rooster.

  • Rostro Del Sol – Blue Storm (2023) [Mexique]
    Le tout nouvel album de cette formation mexicaine prog-psyché. Blue Storm a une approche plutôt vintage et moins tape à l’oeil que le premier, mais il demeure majestueux et merveilleusement accompli. On pourrait citer une nouvelle influence du groupe suite à ces 4 nouvelles pièces : Camel.

  • Haystacks Balboa – Haystacks Balboa (1970) [US]
    Groupe plutôt obscur de heavy psych de l’époque 67-71. Haystacks Balboa demeurera éternellement underground de par la façon du groupe assez étrange de monter une chanson et de l’interpréter. Comparable aux sons des débuts de Deep Purple, Cream, Beatles, Iron Butterfly et Led Zep.

  • Various – The Voices And Drums Of Africa (1962) [Afrique]
    Une « compil » pas commercialisée comme une compil, ce disque renferme de la musique en provenance de divers pays : Cameroun, Dahomey (maintenant faisant partie du Bénin), Niger, Guinée et Casamance (Sénégal). Tout ça s’adresse aux amoureux de la musique traditionnelle africaine, mais aussi, on y retrouve du vieux blues acoustique très surprenant avec Kante Facelli et son ensemble africain.

  • Les Napoléons – Les Napoléons À Go-Go (1966) [QC]
    Ça, c’est vraiment une petite perle 60s d’ici. Avec une guitare féroce (pour l’époque), j’aime appeler Les Napoléons « nos Kinks québécois ». Même les deux reprises des Beatles en mode franco sont magnifiques.

  • John Williams – Indiana Jones And The Temples Of Doom (1984) [US]
    Avec l’histoire plutôt diabolique/sectaire derrière ce film d’Indiana Jones, John Williams a pu explorer un son plus chamanique et cérémoniale, pour ainsi pondre une bande sonore qui sort de son registre habituel. Très intéressant et différent pour ses fans comme moi. Le tout en continuant de donner le ton avec les fameux thèmes classiques de la série. Une autre soundtrack géniale signée Williams.

  • Vangelis – Antarctica (1983) [Grèce]
    Classique new age/progressive electronic de Vangelis. Antarctica, c’est là où les mélodies rencontrent l’ambient atmosphérique sous un thème froid et hivernal. L’album se déguste comme une douce brise glaciale.

  • Vangelis – Invisible Connections (1985) [Grèce]
    En ma connaissance, l’œuvre la plus décalée de Vangelis. Dark ambient, électroacoustique, drone… On est très loin du synthétiseur ou de la composition de mélodies thématiques. Je ne l’écoute pas à tous les jours, mais le fan que je suis ne peut s’empêcher d’y tendre une oreille et de voir jusqu’où le grand Vangelis peut aller dans ses explorations.

  • Claude Léveillée – Black Sun (1978) [QC]
    Quand le célèbre auteur-compositeur-interprète québécois s’adonne au rock symphonique/progressif, ça donne toujours un résultat grandiose, brillant et étonnamment doux. Sur cette œuvre, on retrouve, entre autres, Michel LeFrançois qui interprète plein d’instruments et s’occupe des orchestrations. Un essentiel de la musique québécoise.

  • Simon Brouillard – Luxembourg (1971) [QC]
    Le chanteur du fameux groupe de garage rock québécois, Les Lutins, en solo. Pas mal soft pour un ex-lutins, mais il y a quand même quelques moments psyché-pop à se mettre sous la dent. En ma connaissance, les musiciens sur l’album demeurent inconnus. Quelqu’un a des infos là-dessus?

LÉON LECAMÉ

  • VINNTASH – 誰も知らない (vaporjazz/barber beats)
  • Ici Chien Chien – Brunch Expert, Author and Father of None (raw punk/hXC) 
  • Éphemeride – Chansonnettes pour les solitaires de noël et les orphelins (dark ambient/churchsynth) 
  • Platinium Crack – Electropunk EP (electropunk/industriel/noise/digital hxc) 
  • Avenpitch – Butterfly Radio (electropunk/synth rock) 
  • Acid Magus – Hope Is Heavy (stoner rock/heavy psych/doom metal) 
  • Causa Sui – Return To Sky (heavy psych/prog rock/instrumental) 
  • Of The Wand And The Moon – Behold The Trees (neofolk)
  • Stupeflip – Paléo Festival Nyon – 2013 (rap hardcore/alt-rock/electronica)
    https://youtu.be/ILxYKRnHvnM?si=E-9h9nHFaTg62JWd

critiques

Cardiacs – Sing to God

Année de parution : 1996
Pays d’origine : Royaume-Uni
Édition : 2 x CD, The Alphabet Business Concern – 1996
Style : OVNI, Art Punk, Rock Progressif, Expérimental, Psychédélique, Post-Punk, Pop, Zolo, Frank Zappa et les Chipmunks qui font du tricycle sur les anneaux de Saturne

NOTE D’UNE IMPORTANCE CAPITALE : Cette chronique a été écrite il y a de cela plusieurs années. Elle déplore la discontinuité du présent album ; discontinuité qui est, actuellement (en Février 2024), chose du PASSÉ !!! Avant de célébrer cette nouvelle fabuleuse en dansant un espèce de merengue-technoïde-expérimental-en-9/8 en compagnie de vous-même (tout en vous gorgeant de jus de pamplemousse faisandé), RUEZ-VOUS sur le site du groupe pour vous procurer la discographie entière de ces malades mentaux délicieusement atteints. C’est un ordre ! Ça se passe ici : http://www.cardiacs.net/


Une des plus grandes injustices en ce bas monde (à part la famine, la pollution, la corruption, la maladie, la désintégration du tissu social engendrée par la modernité et toutes ces choses tristes et consternantes, s’entend), c’est que cet album ait été dis-continué et par le fait même introuvable depuis des lustres (tout comme l’intégralité de la discographie du groupe le plus sous-estimé de tous les temps)… Comment la Terre a t’elle pu continuer de tourner alors que la race humaine entière ne chante pas les louanges et les hymnes des irremplaçables Cardiacs ? Ce disque est une incroyable tuerie, un condensé de folie pure, une violente ode au bonheur, un coup de poing souriant en plein visage. C’est le magnum opus de Tim Smith et de sa bande de joyeux lurons déglingués. Dur de définir l’incroyable claque que j’ai pris lorsque j’ai écouté ce disque pour la première fois de ma vie (il y à peine quelques mois) ; claque que tu prendras toi aussi, lecteur curieux et avide de nouvelles sensations musicales. Pour te préparer un tout petit peu : Imagine que Brian Eno époque Roxy Music, les Sparks, les Residents, Faust, XTC, Devin Townsend, Frank Zappa, Carl Stalling (le mec qui composait la musique des cartoons de Warner Brothers) et un quatuor à cordes se retrouvaient enfermés tous ensemble dans un studio pour une semaine, qu’ils ingéraient une importante quantité de champagne, de speeds et d’hélium et qu’ils décidaient de créer un opéra rock chrétien sur le thème du Big Bang. Imagine que le studio est hanté par des milliers de fantômes de lamas qui crachent des confettis multicolores partout, partout, partout… Imagine qu’après avoir joué comme des malades mentaux profonds pendant trois jours, ils se commandent une pizza et que le livreur soit en fait Alvin, accompagné de ses inséparables Chipmunks (qui sont aussitôt recrutés comme « guest vocalists »). Imagine la fin des temps, le dernier jugement, mais avec le sourire. Ferme les yeux et imagine tout ça. Bien… Cela se rapproche à peine de l’expérience que représente l’écoute des deux CDs qui constituent Sing to God.

Rarement disque m’aura autant fait penser à l’acte de regarder des Ciné-Cadeaux sous l’influence du LSD (pendant qu’une tempête de neige cosmique bat son plein à l’extérieur)… euh enfin, aucun autre disque n’a jamais eu cet effet si particulier sur ma psyché. Ce qui étonne, tout d’abord, c’est la grandiosité du truc. Ici, tout est grandiloquence, démesure, opulence du son dans toute sa splendeur. Bref, on ne se prive pas : production en béton, orchestrations raffinées, chœurs déments avec ses voix complètement illuminées qui montent à n’en plus finir (pour notre plus grand bonheur), paroles aussi épiques que débiles (ce chien qu’on appelle Sparky !), guitares rugissantes, solos aussi complexes qu’énergiques, incursions zappa-iennes par ci par là (la fin de « Odd Even » et « Fairy Mary Mag » vont faire vibrer plus d’un fan du célèbre moustachu), claviers surpuissants qui englobent tout, batterie virtuose, piano style « Schroeder de Charlie Brown », orgues, cordes, bandonéons, canons à la Gentle Giant, sans oublier les CUIVRES !!!, mélodies pop sucrées à souhait mais boostées au Metal, rythmiques post-punk, dissonances psychédéliques insolentes, explosions de rires biscornus… Tout ici est GRAND et PUISSANT et DANS TA GUEULE.

Et les morceaux… des joyaux de composition, TOUS. Pas un moment faible à travers les quelques 90 minutes que dure l’album. Après l’intro (« Eden on the air ») qui nous ouvre les portes d’un paradis lysergique, on se frotte à un « Eat it up worms hero » qui donne la couleur… enfin tout le spectre des couleurs des Cardiacs version nineties. Cette pièce, c’est une visite du cirque le plus dérangé de tous les temps (les membres de Queen grimés en clowns décadents et jonglant avec des moustaches géantes, Serj Tankian nu dans un costume de lion tout déchiré, le chapiteau qui a des dents de vampire, des nuages en barbe-à-papa qui surplombent la scène) couplée à un bad trip de champis mais tout ça passé en fast forward. S’ensuit alors « Dog Like sparky », avec toute sa candeur contagieuse, sa structure alambiquée et son côté « refrain de la mort qui tue ». C’est un hymne tellement attachant qui me reste joyeusement coincé dans le cerveau pendant des jours (souvent) mais dont je ne me lasse jamais. « Fiery Gun Hand » est un délire d’une rare puissance, où les voix tarées des tachycardes atteignent des sommets de démence (et ce n’est qu’un début…). Un solo de guitare effréné plus tard et le délire se poursuit avec les insectes et Lassie. Zappa qui joue du Ska dans l’espace avec Tim Burton ? Et pui koi encore !!! À vrai dire le délire ci-mentionné ne s’arrête jamais les amis ! Tout ce premier disque est un long moment de bonheur et d’euphorie qui régale et qui fait peur en même temps (la peur de redescendre brutalement après être monté si haut !). À noter les magnifiques incursions vocales de Claire Lemmon un peu partout ainsi que l’hommage à une des chansons les plus connus de Faust (« je n’ai plus peur de perdre mes dents ») sur « Wireless »…

Le deuxième disque, un tantinet (à peine) plus tranquille par moments, est aussi le plus varié des deux. Ça commence superbement avec « Dirty Boy », morceau é-p-i-q-u-e jusqu’à la moelle et rivalisant avec les moments les plus impossibles du Infinity de Devin Townsend. S’ensuit des morceaux oscillant entre le bordel maniaque du premier CD et d’autres rappelant les travaux plus eighties du groupe mais updatées à leur sauce moderne. Mais il y a tout de même des étrangetés encore plus étranges à travers ce CD : l’élégant et beatlesque « No Gold » avec son espèce de nuage de cordes en suspension, l’audacieux et sombre « Nurses Whispering Verses » qui est presqu’une symphonie à lui tout seul, ainsi que cet espèce d’interlude franchement malsain, « Quiet as a Mouse », qui rappelle « After School Special » de Disco Volante de nos amis californiens préférés (album sorti à peu près en même temps). Patton est d’ailleurs très fan ; il devait d’ailleurs réédité toute leur discographie sur Ipecac, le bougre ! Kes kil attend ?

Bon… Je me suis encore étendu un peu trop… Mais c’est de bonne guerre. Tout l’amour et l’admiration que je voue à cette musique et à ces êtres se devait de sortir un jour ou l’autre. En gros, ruez vous sur ce Sing to God in-cré-diii-ble tout de suite et sur les autres albums du groupe !!!!


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :

critiques

Graveland – The Celtic Winter

Année de parution : 1994
Pays d’origine : Pologne
Édition : CD, No Colours – 1996
Style : Pagan Black Metal, Black Metal atmosphérique

Raaaah…. Cette démo/EP !!! Pour moi, elle représente la quintessence du son Graveland des débuts. Le Graveland cru, mystique, obtus, rageur, lunatique, rêveur, véloce… J’ai beau apprécier grandement l’évolution du son des Polonais au travers des années, reste que parfois, ça me prend une dose de early Graveland pour me replonger dans les premiers émois adolescents de ma découverte du black metal ; le grand vertige initial en somme. Cette galette en particulier, avec sa pochette ensorcelante, aura longtemps hanté mes songes incubes. On dirait qu’elle m’appelle, qu’elle m’invite dans cet univers médiévalo-celtique-surréaliste gris-terne, où un ciel lourd et enneigé surplombe diverses scènes fantasques : la forêt brumeuse qui, en son sein, abrite des divinités pas si bienveillantes que ça… les épées maculées de sang qui s’entrechoquent sur un champ de bataille couvert de corps décharnés et transis… Des villages fantômes ayant été pillés ou visités par la faucheuse qui revêt le masque déformé de la peste noire… Bref, ce genre de choses joyeuses qui excitaient le jeune homme avide de sensations fortes que j’étais.

Ça part avec la meilleure intro synthé-donjonnée de l’histoire du Black Metal (juste ça). Les claviers (glacés) du jeune Robbie-le-raciste instaurent déjà toute l’atmosphère vaporeuse du disque. Les quelques samples viennent raffiner et parfaire le tableau funeste. Ça donne des frissons. Nous sommes dans une ère de sang, de famine et de froid. L’homme est un loup pour l’homme. Et c’est sans compter les autres dangers (le climat polaire, la maladie, les bêtes affamées, la colère des Dieux anciens) qui font de l’existence quelque chose de bref, de brutal et de souffreteux.

Et puis ça part pour vrai. 5 morceaux d’un black metal mid-tempo hargneux et vorace (+ un petit « Prolog » tribalo-païen-sympathique qui initie ce qui était la Face B de la cassette). C’est cru, granuleux et bien croustillant ; comme mon métal noir préféré. C’est bourré de riffs simples mais bigrement efficaces. La voix est très très râpeuse et écorchée. Darken était encore dans sa phase « hurlements fantomatique de canis lupus » (c’était avant qu’il développe ses espèces de croassements de guerrier batracien, par la suite). La batterie, distante et binaire, vient appuyer judicieusement la machine à riffs. Et il ne faut surtout pas oublier ces foutus synthés atmosphérico-orgasmiques qui viennent conférer aux compositions une teinte ambient des plus succulentes. J’adore aussi quand ça vire « orgue gothique rococo vampirique » dans ces moments où les mecs veulent vraiment appuyer l’ambiance cauchemardesque. Comme Vargounet de Burzum, les mecs de Graveland ne sont pas des grands musiciens ; mais en tant que créateurs d’atmosphères cafardeuses, ils sont pas loin d’être des génies.

La démo se conclue sur un « The Return of Funeral Winds » magistral qui demeure un de mes morceaux préférés du groupe, toutes époques confondues. On tient vraiment là une des 10 meilleures démos de l’histoire du Black Métal et une des sorties les plus cultes de la discographie de Graveland.


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :

Playlist

PLAYLIST #27 – Semaine du 12 février 2024

SALADE D’ENDIVES

PHYSIQUE :

  • Philippe Verdelot – Madrigals For Four Voices (Profeti Della Quinta) (Pan Classics, CD) [2020]
    Très bel album de l’ensemble vocal Profeti Della Quinta proposant des oeuvres du compositeur français P. Verdelot qui passa la majeure partie de sa vie en Italie, où il fut considéré comme le père du madrigal italien. Un essentiel pour les amateurs de musique de la renaissance. Prise de son somptueuse, voix splendides ; à donner le frisson.

  • Machaut – Songs From Le Voir Dit (The Orlando Consort) (Hyperion, CD) [2013]
    Guillaume de Machaut, poète et musicien ayant vécu au 14ème siècle, est considéré comme le premier grand compositeur français de l’histoire, autant du côté du répertoire sacré que du profane. Auteur d’un impressionnant catalogue (heureusement bien conservé), il demeure la figure de proue absolue de l’ars nova (« art nouveau »).
    Pour découvrir Machaut, on peut difficilement faire mieux que de savourer un des nombreux disques que l’Orlando Consort (superbe ensemble vocal britannique) a consacré à son oeuvre. Ce recueil de chansons lyriques tirées du « Voir Dit » (le plus célèbre recueil de Machaut) est particulièrement impressionnant, ravissant et émouvant. L’ensemble est on ne peut plus juste, la prise de son est impeccable et le matériel fabuleux. Le tour de force ici demeure « Lay de Bon Esperance », une piste de plus de 20 minutes pour une voix (un Angus Smith subjuguant, tout en maitrise et en retenu).

  • Gerd Zacher – Mauricio Kagel / Juan Allende-Blin / György Ligeti – Phantasie Für Orgel Mit Obbligati / Sonorités / Volumina • Étude Nr.1 (« Harmonies ») (Deutsche Grammophon, CD) [1968]
    Deuxième CD du sublime coffret « Avantgarde » (réédité l’an passé par DGG) qui fait la part belle à des oeuvres pour orgue contemporain. Moi, j’aime mon orgue dissonant, troublant et limite épeurant. Et on peut dire que Gerd livre la marchandise avec ces créations crissement sautées de Kagel, Ligeti et Allende-Blin. À donner des frissons d’extases, en particulier sur Volumina, pas mal l’oeuvre d’orgue ultime dans le genre « maman, j’ai peur ».

  • Blut Aus Nord – The Work Which Transforms God (Candlelight Records, CD) [2003]
    Un de mes groupes de black métal préféré ; un groupe évolutif, schizophrène, aux multiples personnalités : viking black atmosphérique, industriel, avant-garde, progressif, spatial, ambient, psychédélique… Ici, on a le versant indus-urbain-black-métallique de la chose, avec des relents de Godflesh et de dark ambient ULTRA-suranné au travers, pour une atmosphère complètement mortifère et post-apocalyptique. Du grand art ténébreux. Et une armée de riff anguleux.

  • Townes Van Zandt – Townes Van Zandt (Fat Possum Records, Vinyle) [1969]
    Vague à l’âme. Mélancolie. Tristesse résignée… Ce disque en est emplit. Ça sort de tous les pores ; de tous les sillons. Album hanté, qui semble avoir déjà trop vécu. Notre Townes est abattu, maussade, triste comme les pierres. Mais de tout ce mal-être existentiel s’érigent ces chansons douce-amères, minimalistes mais profondes, percutantes, étrangement réconfortantes… Un carnet d’errances et de perdition, dont l’auteur, au plus creux de ses déboires, parvient à transformer en chef d’oeuvre luminescent, extirpant toute la beauté sublime du pathos. Chanter malgré la désillusion, les échecs et les larmes… for the sake of the song. Car la beauté est dans toute chose.

  • Can – Tago Mago (Spoon Records, 2 x Vinyle) [1971]
    Cet album dépasse tout, confond tout, détruit tout ; toutes les limites et frontières musicales possibles… Rock psychédélique, prog, musique concrète, pop, proto-électronique, free jazz, musique tribale (celle qui est enfouie dans les zones les plus reculées du cerveau humain et ce, depuis des siècles). C’est un énorme morceau de bravoure, de folie, d’expérimentation brute, de plaisir, de rêve, de cauchemar, d’euphorie, de noirceur et de transe (surtout). C’est ce qui en musique s’approche le plus de l’envoûtement voodoo. C’est un truc 10 ans en avance sur son temps (voir même mille). C’est le Disco Volante des jeunes années 70. C’est aussi probablement le Sgt Pepper du Kraut-Rock – l’album qui représente le mieux l’étendue de ce genre musical influent qui n’en est pas vraiment un. C’est la musique que produirait des psychiatres qui bossent à l’aile des schizos si ils formaient un groupe de rock avec leurs patients les plus atteints (ce mélange génie-démence-rigueur-liberté qui marche à tout coup). Ça peut être la porte d’entrée à un million de trucs qui peuvent changer la vie d’un mélomane : le kraut-rock, le prog, la musique classique moderne, la musique électronique, le math-rock, la musique tribale (de tout pays), etc… J’insiste : vous devez au moins expérimenter une fois dans votre vie les méandres de Tago Mago. Vous allez peut-être adorer. Vous allez peut-être détester. Mais surtout, vous n’en sortirez pas indemne, je vous le promets.
    RIP DAMO SUZUKI

  • The Doors – Strange Days (Elektra, CD) [1967]
    Fort possiblement mon album préféré des PORTES, même si n’importe lequel des trois premiers peut se retrouver au top de mon palmarès dépendamment du jour de la semaine. Des pièces énormes, comme la chanson-titre qui est presque proto-gothic-rock, la complainte tristounette/mélancolique/drolatique « People Are Strange », la ballade psych-rock « You’re Lost Little Girl », la très bluesy « Moonlight Drive » et bien sûr, le monument épique-apocalyptique qu’est « When the Music’s Over », piste dont l’écoute a poussé Keiji Haino à abandonner le théâtre expérimental pour se consacrer à la musique (si on en croit la légende). Donc, merci les Doors de nous avoir donné Haino.

  • Keiji Haino – Beginning And End, Interwoven (Streamline, CD) [1994]
    Parlant de notre homme en noir… Le voici adossé au mur, pour une de ses rares pochettes en couleur, avec une attitude désinvolte au possible. L’album est une excellente porte d’entrée dans l’univers du chanteur/guitariste/chamane sonore japonais, proposant des pistes assez courtes (pour la plupart) qui montrent la plupart des facettes de l’art bruitatif que notre musicien exerçait à cette époque : free-noise-rock-bluesy-ambient mettant beaucoup l’emphase sur des feedbacks de guitare hallucinogènes, supportés par ces espèces vocaux de fantôme hululant sous la pleine lune. Il n’y a rien qui sonne comme Haino. Il est son propre genre musical à lui tout seul.

  • Ennio Morricone – End Of The Game (Dagored, Vinyle) [1975]
    Magnifique trame sonore de maestro Morricone pour un film noir (que je n’ai pas vu) mettant en scène John Voigt et Jacqueline Bisset. Dès qu’Edda Dell’Orso prend part au voyage, je sais que je DOIS me procurer le disque. La fructueuse collaboration entre Ennio et sa muse n’a produit que des miracles, et la première piste ici (« Sul Ponte Di Istanbul ») n’est pas en reste dans le département. S’alternent ensuite des pistes mélancoliques, mystérieuses et planantes (qu’on imagine bien habiller un film qui semble truffé d’intrigues). On retrouve aussi certains morceaux plus pop-psych-funky qui sont une des marques de commerce de l’Ennio 70s (sa meilleure décennie) et d’autres qui font « jazz de fête foraine cocasse mais un brin dérangée ».

  • Harold Budd, Elizabeth Fraser, Robin Guthrie & Simon Raymonde – The Moon And The Melodies (4AD, CD) [1986]
    Un des plus grands compositeurs/architecte ambient de tous les temps qui fait équipe avec les Jumeaux Cocteau pour un disque littéralement paradisiaque qui réunit le meilleur des deux univers (hyper compatibles) des deux entités ? Moi, je dis oui puissance MILLE ! Une couche de rêve de plus sur la meilleure Dream Pop de tous les temps. Dans les meilleures sorties de Budd et des Cocteau Twins.

  • The Idle Race – The Birthday Party (Parlophone, Vinyle) [1968]
    Génial groupe un brin obscur de pop baroque/proto « twee pop » doucement psychédélique, aux arrangements somptueux et aux paroles parfois surréalistes à souhait. On y retrouve le sublissime guitariste/chanteur Jeff Lynne encore tout jeunot ; lui qui fondera les plus célèbres The Move qui se transformeront progressivement ensuite en Electric Light Orchestra. À recommander aux fans des Kinks, Tomorrow, The Left Banke et The Blossom Toes.

  • Moonboil – The Wizard’s Citadel (Neverwood, Cassette) [2021]
    Dungeon synth médiéval très rêveur et atmosphérique à fond. Ce projet de Los Angeles n’a que ce merveilleux EP à son actif (on en veut plus !!!).

  • Kanye West – The College Dropout (Roc-A-Fella, CD) [2004]
    Peu importe ce que vous pensez de Ye actuellement (et croyez moi, on peut en penser des choses !), force est d’admettre que ce premier album est un incommensurable tour de force, un chef d’oeuvre de production total et complet et un disque fort important dans l’histoire du hip-hop. Une mini-révolution dans le genre. Et cela s’écoute toujours aussi bien en 2024 qu’il y a 20 ans.

  • Boris – Akuma No Uta (Southern Lord, CD) [2003]
    Un des mes albums préférés de ce fantastique band de stoner rock psychédélique japonais, avec une pochette qui pastiche élégamment celle de « Bryter Layter » de Nick Drake. Un jouissif mélange de heavy psych, de garage rock bien noisy, de drone, de punk… avec une guitare orgasmique qui t’aligne des riffs lourds en pleine gueule. Du beau grand bruit.

  • Lisa LeBlanc – Chiac Disco (Bonsound, Vinyle) [2022]
    Le plus récent (et meilleur !!!) album de notre Lisa adorée, qui a réussi haut la main le pari pourtant risqué de combiner son folk rock caractéristique avec du disco-funk de haut calibre. Ce disque est un énorme coup de coeur, avec des chansons absolument ÉNORMES et une prod de fou.

STREAMING :


GUILLAUME P. TRÉPANIER

Écoutes récentes en rafale, de gauche à droite :

  • David Turel – Reflections (2021) [US]
    Un album très haut dans mon top 2021. Du pop/rock psychédélique, un peu folk sur les bords. Un certain David Turel qui arrive littéralement de nul part, il n’est pas dans un autre projet à ma connaissance et c’est son premier album. Il maîtrise le genre avec une aisance déroutante, surtout pour un premier opus. Ses compositions et mélodies sont excellentes. Les tones dont il fait usage au synth, mellotron, guitare, basse sont parfaitement « on point » et sa voix est sublime.

  • Pierre Lapointe – Sentiments humains (2009) [QC]
    « Ô Barcelone, Quand tu m’as accueilli sous ton toit
    Tu as pris chacun de mes sourires
    Pour les brûler devant moi
    Pour en faire un feu de joie
    Pour me montrer qu’ici-bas
    L’amour peut devenir combat »

  • Fuudge – EP (2015) [QC]
    J’me souviens du moi de 2016 qui découvre Fuudge et qui tombe en amour dès les premières notes, et surtout, les premiers mots avec « Man ostie qu’la côte est tough à monter ».
    Gros stoner mellotroné et bien québécois. Rien ne sonne comme eux.

  • Jonathan Personne – Jonathan Personne (2022) [QC]
    3e album de Jonathan Personne, cette fois-ci éponyme, où l’artiste décoche de grandes lignes de mellotron et de guitare bourrées de reverb et tonées à la perfection. De la musique digne d’une brise où il fait bon se perdre tranquillement.

  • Grave Flowers Bongo Band – Strength Of Spring (2021) [US]
    Gros stock psyché récent entre la pièce rodée et le jam éclaté. Produit par le fameux Ty Segall, les fans du genre ne risquent pas de rester sur leur faim avec cette explosion colorée qu’est le Grave Flowers Bongo Band.

  • Daniel Romano’s Outfit – La Luna (2022) [Canada]
    Daniel Romano qui pond une longue pièce country/prog épique de 33 minutes. Impossible que ça ne pique pas notre curiosité et le résultat est brillant et réussi.

  • Rialzu – Rialzu (1978) [France]
    Heureusement que le label Disques Plus-que-réels était là pour rééditer ce petit bijou français de prog/zeuhl. Digne d’un gros cantique religieux, cette relique oubliée vaut son pesant d’or et ne laissera personne indifférent sur son passage.

  • Tommy James & The Shondells – Crimson & Clover (1969) [US]
    Ma blonde qui adore le pop/rock psyché ascendant flower-power 60s… ce disque est un classique de notre modeste salon. Comment ne pas aimer Tommy James et ses Shondells?

  • David Gilmour – David Gilmour (1978) [UK]
    Les oeuvres solistes de monsieur Gilmour ne sont pas des masterpieces, mais tout de même, il faut admettre qu’elles bercent bien l’oreille avec cette voix et cette guitare dont seul lui possède la recette.

  • Shawn Phillips – Faces (1972) [US]
    Les disques de Shawn Phillips sont tous magnifiques à leur façon, tous.
    Sur celui-ci, on y retrouve un côté légèrement plus poussé et expérimental que les autres avec la longue pièce « Parisien Plight II ». Il ose aussi se servir de sa fameuse voix falsetto comme d’un instrument à un point que je n’ai jamais entendu nul part ailleurs. Une belle expérience introspective.

  • Death – Human (1991) [US]
    On peut tous s’entendre qu’il s’agit ici d’un des meilleurs albums metal de tous les temps? La guitare méchante, le drum excentrique et déglingué, les paroles bien senties qui nous font haïr toute, les riffs uniques et hors de ce monde!

LÉON LECAMÉ


RIP Damo Suzuki, expérimentateur fou jusqu’aux derniers retranchements

RIP Seiji Ozawa, un des plus grands chef d’orchestres et celui qui nous aura donné le plus beau « Sacre du Printemps » de Strav

15 Fréquences, Mixtapes

15 Fréquences Ultimes – Épisode 22 – Ambre Ciel

Cinématographique… La musique d’Ambre Ciel l’est (et à foisons !). Elle m’a littéralement ravi et ensorcelé avec son magnifique album « Vague Distance » paru en janvier 2021. Amalgamant avec finesse et une maitrise évidente musique ambient, néoclassique et dream pop baroque, elle s’est créé son propre petit univers sonore hautement personnel dans lequel il fait bon se perdre et errer, flottant en apesanteur dans une matière bruitative elle aussi en suspension, entre ciel et terre, comme un doux brouillard un peu étrange et bienfaiteur… Musique onirique qui invite au voyage intérieur, à ces moments de contemplation qu’il fait bon de s’accorder le plus souvent possible dans nos vies folles folles folles… « Vague Distance », c’est cette marche extérieure solitaire entre chien et loup, alors que le ciel de décembre rosé/orangé ressemble à une toile impressionniste… Ce sont ces matins hivernaux où les arbres et les plantes se retrouvent couverts d’une mince couche de givre… Cela peut aussi être le sentiment qui nous habite lors d’un après-midi mystique, alors qu’on flâne en forêt, un peu en dehors des sentiers battus, laissant la poésie des lieux environnements nous emplir l’âme et le regard de splendeur infinie.

La mixtape de Jessica Hébert (l’alter égo de ce ciel ambré) est à l’image de sa musique : belle, délicate, méditative, chimérique et hautement cinématographique. On y retrouve deux de mes compositeurs minimalistes américains préférés (Glass et Reich), bon nombre de musiciens scandinaves (qui semblent souvent avoir une prédilection pour le majestueux), le jazzman légendaire Pharoah Sanders faisant équipe avec Floating Points pour une méditation jazz-classique-minimaliste-spirituelle envoûtante, le chanteur indie folk préféré des petits et des grands (Sufjan Stevens) avec une de ses chansons les plus intimistes, le gigantesque Thom Yorke avec une pièce tirée de la superbe bande son du remake de Suspiria et plusieurs autres qui sauront vous éblouir l’appareil auditif.

Merci à Ambre Ciel pour sa participation aux 15 Fréquences Ultimes ! Après avoir passé une agréable écoute à travers ses influences et ses plaisirs sonores, je vous invite à aller plonger tête première dans sa musique. Vous ne serez pas déçus.

Tracklist:

  1. Philip Glass – Suite from ‘The Hours’ : Movement I
  2. Jónsi & Alex Somers – Atlas Song
  3. Balmorhea, Lili Cuzor, Clarice Jensen – Day Dawns in Your Right Eye
  4. Floating Points, Pharoah Sanders, London Symphony Orchestra – Promises : Movement 1
  5. Sufjan Stevens – Should Have Known Better
  6. JFDR – Taking A Part Of Me
  7. Steve Reich – Music for 18 Musicians: Pulses
  8. Nils Frahm – Says
  9. múm – Toothwheels
  10. Daniel Herskedal – The Lighthouse
  11. Agnes Obel – The Curse
  12. Thus Owls – White Night
  13. Patrick Watson – Wild Flower
  14. Colleen – I’m Kin
  15. Thom Yorke – Suspirium

Quelques liens pour entendre/suivre Ambre Ciel:
Site web officiel – Ambre Ciel
Bandcamp – Ambre Ciel
Instagram – Ambre Ciel
Soundcloud – Ambre Ciel
Page d’artiste sur Fair Enough Publishing
Page Facebook – Ambre Ciel

critiques

Bedwetter – Volume 1: Flick Your Tongue Against Your Teeth and Describe the Present.

Année de parution : 2017
Pays d’origine : États-Unis
Édition : téléchargement internet – 2017
Style : Hip-Hop expérimental, Cloud Rap, Illbient, Mal-être déclamé

Travis Miller (et ses dix milles alias) est un des MC / producteur les plus talentueux des 10 dernières années. C’est aussi un homme qui n’est pas doué pour le bonheur… Sa production gargantuesque, pourtant plébiscitée par la frange underground, en témoigne. On le pensait parti pour ses brumes originelles après un Oblivion Access en forme de requiem rap suicidaire-nihiliste… Le voici qui nous revient de ses entrailles sous ce nouveau pseudonyme et diantre, ça ne va franchement pas mieux. Bedwetter… un nom qui pourrait faire sourire tant il semble manquer de sérieux mais dès qu’on appuie sur « Play », le sourire en coin disparaît assez rapidement merci. Et cette pochette toute Jandekienne vient rajouter au malaise perçu.

J’ai rarement entendu un disque aussi claustrophobique et expiatoire. C’est une violente mise à nue de tous les malaises internes d’un mec qui n’a clairement pas eu de plaisir à créer ce ramassis de mélancolie glauque et à écrire ce journal intime cauchemardesque en diable… Fallait juste que ça sorte. C’était nécessaire. Et on se sent un peu voyeur d’écouter tout cela, malgré la qualité évidente du machin. Comme regarder des vieilles VHS mal calibrées d’un gars qui s’est filmé tout seul dans sa chambre dont il ne sort plus depuis des semaines, broyant du noir, laissant aux fantômes du passé le contrôle sur tout son être, petit à petit…

Après une intro des plus catho-malsaines (« John »), le meilleur morceau de l’album nous est déjà assené en pleine gueule (« Man wearing a helmet »). La pluie qui bat tristement, des samples de conversations confuses, de pleurs, des regrets sonores… et Travis nous plonge dans un traumatisme d’enfance particulièrement douloureux, sous fond de berceuse neurasthénique. L’histoire relatée devient de plus en plus horrible ; le protagoniste (Travis lui-même) étant totalement impuissant, laissé à lui même, dans le coffre arrière de la voiture d’un inconnu… On sent la hargne monter dans le flow ; on sent le vécu remonter comme autant de bile dans la gorge. Et dans son paroxysme, le fond sonore change brutalement. Ça devient vraiment plus lourd et dérangé, incorporant un espèce de piano jazzy des ténèbres vraiment inoubliable.

Le reste de l’album n’est pas en reste et enchaîne les morceaux instrumentaux et ces courtes pièces narrées sorties tout droit du pathos d’un homme seul, rongé par son passé, sa dépression et ses pensées obsédantes. L’habillage sonore Cloud Rap / Illbient (voir même un peu Trip-Hop) est vaporeux, diffus, faussement rassurant ou tout bonnement glauque par moments…

L’album, est excellent, bien qu’il a un côté inachevé… ce qui n’est pas nécessairement une mauvaise chose en soi. Cet aspect renforce le côté soudain et exutoire de l’oeuvre (soulevé ci-haut).

À l’écoute d’un tel disque, il n’y a qu’une chose à dire… Get well soon Travis.


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Autres Mixes, Mixtapes

Just chillin’ in Ikaya Fortress – Une mixtape « Winter Synth » de Salade d’endives

Une longue et hypnotique mixtape de synthé hivernal pour accompagner la froide saison. Le winter synth est le frérot transi du dungeon synth et probablement le premier sous-genre du DS à être apparu… C’était une évidence même : une musique basée en grande partie sur l’utilisation de claviers analogique (froids) se prête à merveille à cette thématique. Généralement, le winter synth est plus ample et moins caverneux que son grand frère… Il évoque les grands espaces, les vastes landes glacées, les mers nordiques, les forêts enneigées, les montagnes aux cimes perdues dans un quelconque brouillard transi. Souvent plus minimaliste et hypnagogique aussi, il emprunte parfois à ses cousins drone et dark ambient (voir même au « berlin school » dans sa forme la plus électronique) puis incorpore souvent des field recordings de vent gémissant, pour mettre l’auditeur dans un contexte idéal pour apprécier l’atmosphère engourdie qu’il propose.

C’est personnellement mon sous-genre préféré du DS et j’ai tenté de vous introduire à ses multiples facettes via la mixtape que vous pourrez savourer tout en bravant le froid lors d’une marche extérieure (bien emmitouflé de préférence !) ou en regardant la tempête confortablement au chaud, assis dans un divan moelleux, avec une tasse de café noir ou un bon verre de Stout à la main.

Bonne écoute à tous les trolls, goblins, orcs, gardiens du mur et créatures fantasques venues du grand froid !

Tracklist:

  1. Paysage d’Hiver – Eishalle
  2. Forlorn Kingdom – Over the Mountains, Into the Frost…
  3. Jötgrimm – In Nachtkreisen
  4. Örnatorpet – Ur Smedjan
  5. Gelure – The Maiden Under the Twilight Moon
  6. Jääportit – Kauan Koskematon
  7. Snowspire – Snowswept Solitude I
  8. Fogweaver – Thwilburn
  9. Silent Cabin – Thousand Nights
  10. Nokturniis – Mournful Winter Hauntings
  11. Aindulmedir – Snow Above Blue Fire
  12. Tomb Wizard – Snow Falls from the Moon
  13. Ithildin – The Hidden Door To Dwarrowdelf
  14. Sad Forest – Feathers in Snow
  15. Ohnwert – Zwischen Moos Und Pfeilchen Ohnwert
  16. Winter Sphere – The Forgotten Winter (extrait)
  17. Neverlur – Fjellets svarte røtter
  18. Nahadoth – Crowns in Ice
  19. Frostgard – Aurora Borealis On A Dark Night
  20. Nortfalke – Yn it krachtfjild fan de stiere
  21. Sidereal Fortress – Un’armatura Splendente Sotto La Luna D’argento
  22. Frostlit Lantern – Glacial Reflections Illuminate Thy Path
  23. Vintr – Enchanted By Winter I
Article

UgUrGkuliktavikt – Videmus nunc per speculum in aenigmate

Ce nouveau méfait sonore de mon projet vaguement musical UgUrGkuliktavikt vous propose un collage confus et surréaliste d’oeuvres chorales et de musiques médiévales oubliées par la nuit des temps, de field recordings et autres poussières diverses. Le tout a été imaginé, enchevêtré, déconstruit, ré-érigé, embrumé en un après-midi, une soirée et une nuit.

Bonne écoute, qui que vous soyez. Et n’hésitez pas à visiter la page Bandcamp d’UgUrGkuliktavikt pour d’autres sacrilèges sonores.

critiques

Townes Van Zandt – Townes Van Zandt

Année de parution : 1969
Pays d’origine : États-Unis
Édition : Vinyle, Fat Possum Records – 2007
Style : Country, Folk

Vague à l’âme. Mélancolie. Tristesse résignée… Ce disque en est emplit. Ça sort de tous les pores ; de tous les sillons. Album hanté, qui semble avoir déjà trop vécu. Notre Townes est abattu, maussade, triste comme les pierres. Mais de tout ce mal-être existentiel s’érigent ces chansons douce-amères, minimalistes mais profondes, percutantes, étrangement réconfortantes… Un carnet d’errances et de perdition, dont l’auteur, au plus creux de ses déboires, parvient à transformer en chef d’oeuvre luminescent, extirpant toute la beauté sublime du pathos. Chanter malgré la désillusion, les échecs et les larmes… for the sake of the song. Car la beauté est dans toute chose.

Je vois en cet éponyme de Townes Van Zandt le reflet outre-atlantique du « Five Leaves Left » de l’ami Nick Drake. Mais là où l’amertume de Nick provenait d’une dépression profonde, celle de Townes vient de ses relations brisées et de ses multiples addictions (héroïne, boisson). Deux hommes qui souffrent. Deux génies musicaux qui subliment cette souffrance en chansons magnifiques, renversantes, indémodables ; qui vivront éternellement, influençant générations et générations d’artistes, réussissant à atteindre l’âme (et les tripes) de tout mélomane. Car la souffrance est universelle. Et l’être humain (dans une vaste proportion, désolé messieurs les sociopathes) est capable d’empathie pour son prochain ; et aussi pour soi. Et quand les humains vivent des déceptions, des coups de blues, des revers… Ils ont parfois besoin de pleurer un bon coup, de se bercer dans ces univers cafardeux (mais hautement poétiques) un moment, d’entendre une voix leur dire « ça ne va pas trop moi non plus. Mais c’est aussi cela parfois, vivre ».

La vie est parfois dure et cruelle… Mais la vie est aussi beauté infinie. Donc fermez les yeux, et écoutez Townes jouer de la guitare et chanter toute la misère du monde. Vous l’entendrez alors, cette infinie beauté.


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critiques

Graveland – In the Glare of Burning Churches

Année de parution : 1993
Pays d’origine : Pologne
Édition : CD, No Colours – 1996
Style : Black Metal

Aaaaaaah…. le vieux Graveland. Le Graveland vicieux, cru, guerrier, acariâtre, antipathique, acerbe, renégat, suranné, occulte à l’osssssss. Cette démo est une des plus légendaires du style. Elle est laide. Magnifiquement laide. Lo-fi au boutte. Nom d’album (et pochette) sans équivoque, faisant référence aux petites sauteries nocturnes de leurs collègues norvégiens. Une intro où on entend le joyeux crépitement des flammes, des chants médiévaux et des cris (grotesques) de femme qu’on imagine au bucher. Superbe entrée en matière. Et puis ça part…. le morceau titre. Compressé à l’os. C’est comme si tous les instruments sont pris dans un gros pain de boulangère bien compact (et dont la « mordée » vous arrache une dent). Et il y a ces… ahem… vocaux ? Est-ce qu’on peut qualifier ça de vocaux au juste ? Ce sont des cris de canard haut perchés, abominables, ignominieux, orduriers, presque ridicules dans leur côté jusqu’au boutiste. Bordel, c’est TELLEMENT HAINEUX. Et il y a les claviers atmosphériques de perdus dans la bouillie sonore infâme… En fait, tout est perdu sous la nuage lo-fi (production ? C’est quoi une production ?!?). TOUT. la basse n’existe juste pas. La guitare est en 8-bits. Les claviers victorieux de donjon de J-RPG semblent être diffusés par un gramophone antique qui ne tourne plus rond. Bordel que j’aime ça. Il n’y a que les vocaux horripilants qui triomphent et qui semblent être sur le point de faire fondre la mothafuckin’ cassette.

Ensuite, c’est « The Night of Fullmoon ». Sous la pleine lune, les riffs sont assassins et Rob Darken se prend pour un loup-garou ; un loup-garou dont la gorge semble cracher des grumeaux morveux de Coronavirus (restons d’actualité). Un « middle break » complètement jouissif survient alors que le chaos sonore approximatif menace de l’occulter à tout moment. Capricornus y va de passes de batterie très atypiques (du moins pour du BM Raw). On a toujours l’impression que la bande va rendre l’âme, comme si autant de rage caverneuse ne peut tout simplement pas « fitter » sur le format… Voici venir l’intermède « The Dark Dusk Abyss », là où le bon Robert est à son plus « Castlevania ». Clavier moisi réglé en mode « orgue crousti-licieux ». On imagine Simon Belmont, le visage barbouillé de corpse paint, pourfendre des créatures malséantes avec son fouet taché de sang noir et recouvert de bouts de peau faisandée.

Reprise des hostilités avec un « Through the Occult Veil » bien cafardeux et cryptique. Magnifique morceau de Black Metal mid-tempo que voilà. Le mur de son de Phil Spector au service du mal absolu. Quand on dit que le Black Metal cru est en fait de l’Ambient primitif, on ne se trompe pas. Tous les instruments sont tellement enchevêtrés en un tout difforme et hypnotique que cela peut s’apparenter effectivement à de l’ambient… de l’ambient mort, pourri, détérioré, corrompu… « For Pagan and Heretic’s Blood », dernier morceau de la démo cassette d’origine fait ensuite irruption dans notre appareil auditif. C’est fichtrement punky, avec un Rob Darken qui vomi copieusement un texte bien rageur envers et contre ces satanés Chrétiens (toujours eux) qui ont, jadis, détruit la riche culture païenne à laquelle il tient tant.

Sur mon édition CD de No Colours, on a droit à 3 morceaux bonus (de la même époque). D’abord, un instrumental bien glauque et transi, très Burzumien, et qui laisse présager les réalisations futures de Lord Wind (le projet Dungeon Synth / Néoclassique de Darken). Puis, le black monochrome refait surface dans nos enceintes poisseuses avec un « Hordes of Empire » qui ressemble à une fusion froide entre Ildjarn et le Emperor des débuts. Et on termine avec un de mes morceaux préférés de Graveland, « The Gates to the Kingdom of Darkness ». C’est l’amalgame de tout ce qui est jouissif du BM raw et atmosphérique. De la rage, du grain, de l’épique, de la déraison, de la fougue, une certaine forme de noblesse pervertie, de l’incohésion fabuleuse et véloce, de la folie… J’adore quand l’orgue casio revient pour tout englober de ses ronronnements doucereux… Et puis ça se termine avec « L’outro ». Retour à la grande fête païenne, avec le vent qui balaie les décombres du village brûlé et la poussière des moribonds calcinés. De la joie mesquine, perfide, evenimée…


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critiques

Miles Davis – Nefertiti

Année de parution : 1968
Pays d’origine : États-Unis
Édition : CD, Legacy – 1999
Style : Post-Bop, Jazz Modal

Disque historique que voilà. D’abord, c’est un album du second grand quintet de Miles, donc par défaut, c’est un disque légendaire. Ensuite, ce Nefertiti représente la fin d’une époque glorieuse. C’est (à ma connaissance) le dernier album purement acoustique de Davis et compagnie. Après Nefertiti, Miles prendra progressivement le tournant électrique pour aboutir éventuellement à des chef d’oeuvres tels que In A Silent Way et Bitches Brew.

Quand ce disque de Post-Bop raffiné et crépusculaire paraît début 68, le Jazz at large est en train de vivre de grands chamboulements stylistiques. Ornette, Ayler, Shepp, Cherry et Taylor oeuvrent alors déjà dans le Free Jazz et/ou le Spiritual depuis quelques années… Coltrane fait du Coltrane, du Free comme lui seul sait le faire (inventeur de vocabulaires sonores ahurissants, comme toujours). Et Sun Ra est la bibitte étrange qui fait ses affaires cosmiques dans son coin, dans l’ombre de tout ce beau monde… Miles, très attaché au Jazz Modal et réfractaire à cette « nouvelle musique de fous criarde et déstructurée » (je parabole), est presque vu comme un réac. Mais que nenni ! Il continue de faire évoluer sa musique petit à petit, méticuleusement, album par album ; avec l’aide de ses précieux collaborateurs du quintet. Un album comme Nefertiti est d’une richesse absolument inouïe et d’une complexité saisissante (bien que pas toujours apparente au premier coup d’oreille).

Le quintet a alors dans son sein 3 jeunes compositeurs de génie : Wayne Shorter, Herbie Hancock et Tony Williams. Chaque pièce du présent album est créditée à l’un de ces 3 petits prodiges. Miles, loin d’être un leader archi-contrôlant/dictatorial comme un Mingus, permet à ses jeunes acolytes d’explorer tout leur talent instrumental ainsi que leur talent d’écriture au sein du quintet. Il les guide comme un bon père de famille, freine parfois leurs élans trop dithyrambiques mais les encourage aussi à d’autres moments à aller chercher plus loin en eux, à se dépasser et à explorer d’autres mondes sonores.

Nefertiti est justement un album d’exploration et de recherche. Sous des abords séraphiques et accessibles, il y a quelque chose qui bouille en dessous, des dissonances biscornues, un groove fuligineux, des sous-historiettes surréelles… Et ces mecs réussissent à donner vie à des morceaux fabuleux qui, malgré des mélodies évidentes et imparables, cachent discrètement leur trouble. Prenez la pièce titre par exemple : Davis et Shorter jouent le thème principal (magnifique) de la manière la plus stoïque possible, sans improviser. Sur 8 minutes, ils ne feront que ça, le répétant encore et encore… avec un léger décalage entre les deux musiciens qui s’installe progressivement et qui vient donner un côté légèrement « égaré » à la compo… Ils laissent surtout toute la place à Hancock et Williams pour créer une tapisserie sonore hallucinée derrière. Le tandem batterie et piano est d’abord tout en retenu, classieux, simpliste. Puis petit à petit, les feux d’artifices s’élèvent dans la nuit jazz. Herbie et Tony deviennent plus sauvages, plus volubiles, plus libres. Incroyable morceau que voilà. Et le reste du disque n’est pas en reste. Du Hard-Bop grand cru propulsé par une bande de muzikos qui sont juste au sommet de leur art. 5 types qui maîtrisent leurs instrus à perfection mais qui, au lieu de s’asseoir sur leurs lauriers et de se laisser irradier par un Soleil bienfaiteur, s’enfoncent dans des sentiers insolites et brumeux, jamais satisfaits de faire du sur-place, jamais contentés de leur dernière découverte phonique… Des mecs qui poussent toujours plus loin mais en respectant la structure du jazz modal qu’ils ont tous à coeur… Par contre, toute bonne chose a une fin. Et bientôt, le jazz modal prendra le bord… Miles s’apprête à évoluer à la vitesse grand V !

Pour résumer Nefertiti : C’est Miles Davis avec son second grand Quintet. Vous savez ce qu’il vous reste à faire !


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Agonies Célestes, Mixtapes

Agonies Célestes – Épisode 3

Caves humides, forêts millénaires, montagnes enneigées, cachots, tempêtes de neige cosmiques, légendes brumeuses, déchéances et triomphes, vestiges et chaos, tristesse et déchéance, esprits anciens ricanant dans leurs tours décrépites, hurlements dédiées aux éléments et à l’ébène, poussière charriée par les vents funestes, tombeaux maudits et oubliés, charniers avariés, glaives tendus, faune gémissante, sorcellerie et châtiments, chimères impossibles…

Tracklist:

  1. Forgotten Woods – Eclipsed
  2. Deogen – Imposition of Adversarial Scorn
  3. The Ruins of Beverast – Soliloquy of the Stigmatised Shepherd
  4. Gehenna – The Shivering Voice of the Ghost
  5. Sanguine Relic – A View from Cursed Grounds
  6. Lamentation – Transilvania (Land Beyond Eternal Black Forests)
  7. Collier d’Ombre – Necklace of Shadow: Noose Constellation Singed Flesh
  8. Sorcier des Glaces – Snowland
  9. Drudkh – Wind of the Night Forests
  10. Glog – Ice Troll Cave
  11. Lunar Spells – Moonlight’s Depths
  12. Paysage d’Hiver – Offenbarung
  13. Hermit Knight – Beneath the Tower of the Silent Twins
  14. Véhémence – Épopée – Par le sang versé
  15. Immortal – Pure Holocaust
  16. Trolldom – Avtryck i Tiden Vavens Sista Stycke