Playlist

PLAYLIST #24 – Semaine du 27 novembre 2023

SALADE D’ENDIVES

PHYSIQUE :

  • Shostakovich – String Quartets (Complete) Volume 1 Nos. 4, 6 & 7 (Éder Quartet) (Naxos, CD) [1994]
  • Shostakovich – String Quartets (Complete) Volume 2 Nos. 1, 8 & 9 (Éder Quartet) (Naxos, CD) [1994]
  • Shostakovich – String Quartets (Complete) Volume 3 Nos. 3 & 5 (Éder Quartet) (Naxos, CD) [1995]
  • Shostakovich – String Quartets (Complete) Volume 4 Nos. 2 & 12 (Éder Quartet) (Naxos, CD) [1996]
  • Shostakovich – String Quartets (Complete) Volume 5 Nos. 14 & 15 (Éder Quartet) (Naxos, CD) [1998]
  • Shostakovich – String Quartets (Complete) Volume 6 Nos. 10, 11 & 13 (Éder Quartet) (Naxos, CD) [1998]
    J’suis un fan fini de quatuor à cordes. Plusieurs cycles sont légendaires : Beethoven (avec ses 16 quatuors) frise la perfection de cette forme de musique de chambre pour cordes. Haydn, c’est la base, la classe, la constance (il en aura écrit 68 !!!). Mozart, avec ses 23, a poursuit le travail de son prédécesseur de belle manière, avec tout le raffinement et le génie qu’on lui connaît. Schubert en aura écrit des chef d’oeuvres dans le créneau ; on a qu’à penser à « La Jeune Fille et la Mort » (sous-titre donné à son 14ème quatuor à cordes). Oh, et Stockhausen s’est permis la totale avec son Helikopter-Streichquartett (à voir et entendre au moins une fois dans sa vie… pure folie !).
    Je me dois aussi de mentionner Brahms, Ligeti, Schumann, Schoenberg, Janacek, Carter, Dvorak, Mendelssohn et Scelsi qui ont tous excellé dans le style.
    Mais mes deux BESTS niveau quatuor cordé, c’est Bartók et Shostakovitch. Et si il ne devait en rester qu’un, c’est Dmitri qui remporterait la palme. J’ai beau adorer ses Symphonies à grand déploiement, c’est vraiment dans ses quatuors à cordes, oeuvres plus personnelles, libres et dépouillées, qu’on découvre tout le génie de son esprit troublé. Une musique complexe, abstraite, torturée, souvent triste à mourir, parfois transpercée d’éclats lumineux salvateurs, chavirante, surprenante et BELLE à en pleurer toutes les larmes de son petit corps. Shostakovitch est allé plus loin que quiconque (avant ou après) pour tirer le maximum de pathos existentiel et de beauté irradiante de ces deux violons, de cette viole et de ce violoncelle. Pas besoin de rien d’autre pour aller à l’essentiel et explorer milles et un univers sonores éblouissants.

  • John Coltrane – Infinity (Impulse!, CD) [1972]
    Un disque posthume magnifique et assez particulier de John. En fait, c’est tout autant un album de la géniale Alice Coltrane qui ici, sublime la musique de son défunt époux avec des arrangements pour cordes à la fois chaotiques et paradisiaques. Les enregistrements de John datent quant à eux de 1965 (avec son quatuor légendaire incluant Elvin Jones, McCoy Tyner et Jimmy Garrison) et de 1966 (avec l’ensemble qui comptait parmi ses membres Alice, Rashied Ali, Pharoah Sanders, Garrison toujours et le percussionniste Ray Appleton)… Album décrié par la critique à l’époque (les cons) mais complètement essentiel.

  • Anatole – Alexandre Martel (Duprince, CD) [2022]
    Le testament nous l’avait annoncé. Anatole l’excentrique troubadour surréaliste (tel qu’on le connaissait jadis) n’est plus. Les masques tombent, le fard à joue a coulé sous la pluie… Anatole et Alexandre Martel ne font plus qu’un. Mise à nu. Un disque de tounes ; des tounes belles, légères, enjouées, tristes, mélancoliques, savamment composées, profondes, qui touchent l’essentiel. Un enrobage pop jazzy seventies savoureux (les claviers !), des textes oniriques à souhait et une humanité débordante qui irradie de chaque seconde de cette merveille sonore. Pari risqué de quitter la froideur architecturale du personnage devenu légendaire mais pari réussi. Son meilleur album.

  • Current 93 – Sleep Has His House (Durtro / Jnana, CD) [2000]
    « Have pity for the dead, sleep has his house… »
    Dur pour moi de parler d’un album qui me chavire autant… C’est le disque le plus personnel, intimiste et le plus émouvant de la carrière de David Tibet. Un album « dédié à son père bien-aimé », alors récemment décédé. Sur fond de dark folk éplorée et d’harmonium minimaliste et dronesque, Tibet déclame ses textes poétiques et philosophico-spirituels… réfléchissant à voix haute sur le sens de la vie, sur la mort, sur l’après, sur Dieu… C’est incroyablement touchant, humain, habité, profond… Le deuil sublimé en musique.

  • Current 93 – How I Devoured Apocalypse Balloon (Durtro Jnana, 2 x CD) [2005]
    Un magnifique album live enregistré à Toronto en 2004 avec un line-up sublime : David Tibet (évidemment), John Contreras, Michael Cashmore, Ben Chasny, Graham Jeffery et Simon Finn. C93 en mode « ensemble de musique de chambre désespéré et poétique » (avec guitare, violoncelle et piano). Un premier disque très centré sur ce qui était alors le matériel plus récent de C93 et le second qui fait la part belle à des morceaux plus anciens ou obscurs. Bon Dieu que j’aime Current 93 (A ‿ Ω)

  • Marillion – Misplaced Childhood (Parlophone, CD) [1985]
    Pas mal le disque le plus populaire du plus célèbre des groupes de néo-prog. Ça sonne comme si le Genesis late 70s n’avait pas abandonné le prog finalement. Album concept boursoufflé, grandiloquent mais accessible, jouissivement kitsch, alternant des passages atmosphériques mélancoliques et des moments rock-pop enlevants.

  • Margo Guryan – Take A Picture (Oglio, CD) [1968]
    The one sunshine pop record to RULE THEM ALL !
    Ce seul et unique album de la belle Margo est un chef d’oeuvre absolu de lazy baroque pop gentiment jazzy et psychédélique. Le genre de disque qui a du influencer fortement les Stereolab, Beach House et Broadcast de ce monde. Irrésistible !

  • Taj Mahal Travellers – August 1974 (Phoenix, 2 x CD) [1975]
    Une bande de hippies japonais illuminés qui créent un épais brouillard sonore ambient/kraut/drone/psych/free folk, armés de violons électriques, timbales, contrebasse, trompette, tuba, harmonica, guitare, mandoline, synthétiseur, percussions diverses et autres effets/gadgets électroniques. Musique de rituel enfumé et mystique, rappelant les premiers essais expérimentaux de Cluster et Kraftwerk. Délicieusement confus et opaque.

  • Mattias Petersson – Triangular Progressions (Hallow Ground, Vinyle) [2023]
    Chaque sortie de l’étiquette suisse Hallow Ground mérite l’attention des mélomanes les plus aventureux. Ici, monsieur Petersson fait du drone fort troublant en se basant sur sa passion/fascination/obsession des triangles (la forme géométrique et non l’instrument)… Bref, j’ai pas tout compris la démarche académique mais reste que ce truc est assez fou mes amis. Calme mais dérangeant. Serein dans son malaise.

  • Bill Laswell (Sacred System) – Chapter One: Book Of Entrance (ROIR USA, CD) [1996]
    Laswell en studio qui nous pond une quarantaine de minutes d’un dub ambient planant, libidineux, narcotique, crépusculaire… Ça se prend toujours bien et ça passe tout seul. Emplissez vos enceintes de cette drogue sonore et vous allez passer à coup sûr un très agréable moment !

  • Thantifaxath – Hive Mind Narcosis (Dark Descent, CD) [2023]
    On a du attendre presque 10 ans pour la suite du pétrifiant « Sacred White Noise ». Et bien, ce nouvel opus ne déçoit pas (c’est le moins que l’on puisse dire). « Hive Mind » va plus loin dans le dérèglement suprême et dans le jusqu’au boutisme sépulcral… Thantifaxath construisent des cathédrales sonores dissonantes, hasardeuses, vertigineuses, euphoriques… Des constructions post-musicales étourdissantes et gloupissantes qui vous donneront le tournis, vous feront perdre tous vos repaires, vous glaceront les sangs. Un monument de black métal schizoïde-technico-progressif-atmosphérique-rutilant et un des meilleurs albums de métal extrême de l’année, sans conteste.

  • Lena Platonos – Εξισορροπιστές (Balancers) (Dark Entries, Vinyle) [2021]
    Excellente compilation de démos enregistrés entre 1982 et 1985 par la légendaire et influente compositrice de musique électronique grecque. Platonos est en mode très dépouillé ici, récitant sa poésie sur fond de minimal synth noctambule et très ambient/planant.

  • David Lynch & Alan R. Splet – Eraserhead Original Soundtrack Recording (Sacred Bones, CD) [1982]
    Sure, just cut them up like regular chickens!
    Un film aussi unique se devait d’avoir une bande son unique. Ici, le réalisateur Lynch s’est attelé lui-même à la tâche, accompagné de son comparse Alan Splet. Au menu : des paysages sonores froids, dystopiques et industriels, du dark ambient mortifié, du drone cauchemardesque, des field recordings, de la musique concrète sinistre, des bruits distants de fête foraine surréaliste, de carnaval mortifères, de trains fantôme… et cette chanson (« In Heaven »), sublime, surréaliste, triste et belle, seule lueur d’humanité dans le panorama glacé.

STREAMING :


GUILLAUME P. TRÉPANIER

Mur de mes écoutes récentes et trop long texte, de gauche à droite :

  • Deafheaven – Sunbather (2013) [US]
    Chef-d’œuvre blackgaze et/ou post-metal, appelez ça comme vous le désirez.
    Quand on mélange si bien le black metal à un son aérien et lumineux, ça donne un résultat fantastique et unique.

  • Jakszyk, Fripp & Collins – A Scarcity of Miracles, A King Crimson ProjeKct (2011) [UK]
    Side-project de King Crimson, voici un album prog et jazz où Mel Collins est le héro. On y retrouve aussi Tony Levin et Gavin Harrison de Porcupine Tree pour brillamment compléter la formation. Côté son, c’est plutôt smooth, ambiant et enveloppant, tout en étant super bien construit et pensé.

  • Psychedelic Porn Crumpets – High Visceral (Part 1 & Part 2) [Australie]
    Album-double comprenant les deux premiers opus de l’énergique et surréaliste formation australienne, les Psychedelic Porn Crumpets. Mettre ce disque sur la platine, c’est avoir le sentiment d’aller faire son jogging dans l’espace.

  • Gaahl’s WYRD – The Humming Mountain (2021) [Norvège]
    Gaahl’s WYRD est ma meilleure formation black metal actuellement. Tout se joue sur l’ambiance, l’émotion, l’espace… on se croirait au sommet d’une montagne norvégienne tout au long de l’écoute. Gaahl est au sommet de son art, alliant ici son talent pour le chant et l’écriture et son amour pour l’art bien exécuté

  • John Williams – Star Wars (1977) [US]
    En 1977, les gens découvraient le nouveau film Star Wars au cinéma, ne sachant pas encore que le morceau d’introduction allait être inscrit à jamais dans leur tête dès la toute première note. Mais, John Williams n’a pas seulement initié le film avec une pièce épique, il l’a soutenu tout au long. Des bribes de la marche impériale, le morceau upbeat du « Cantina Band », le thème de la princesse Leia… et une de mes œuvres préférées de Mr. Williams, le thème des Jawas ou « The Desert and the Robot Auction ».

  • John Williams – The Empire Strikes Back (1980) [US]
    Peut-être la meilleure bande sonore de tous les films Star Wars, John Williams a tout donné. La marche impériale complète, les élans de cuivres lors des batailles enneigées, le thème de Yoda, celui de Boba Fett… la musique sensationnelle du champ d’astéroïdes.

  • John Williams – Return of the Jedi (1983) [US]
    Pour une troisième fois de suite, Williams en met plein les oreilles aux fans de la série avec une autre série de nouveautés qui s’allient aux thèmes les plus connus. Le film, tout comme sa bande sonore, a profondément marqué mon enfance. J’adore retourner au palais de Jabba ou visiter la forêt des ewoks via la musique.

  • Steve Reich – Drumming (1987) [US]
    Musique classique post-moderne comme seul Steve Reich sait la manier. Cette œuvre est principalement axée sur les fameuses « phases » du compositeur, mais aux percussions. Un essentiel pour les fans et un à éviter pour les non-initiés.

  • Vangelis – Mask (1985) [Grèce]
    Album de musique classique grandiose et étonnant du compositeur aux milles facettes, Vangelis. On trouve ici un son plutôt épique avec des subtilités électro 80s qui flottent au travers. Pour les fans, n’hésitez surtout pas si vous le voyez traîner dans les bacs.

  • Claude Léveillée – Contact (1972) [QC]
    Quand Claude nous offre un disque instrumental au piano qui oscille entre la musique classique, baroque et le prog des années 70, on tend l’oreille et on écoute. De la musique fort imagée d’une grande beauté.

  • Paul & Linda McCartney – Ram (1971) [UK]
    Indéniablement un des meilleurs de la discographie de McCartney, cet album aux compositions catchy et aux arrangements du tonnerre contient beaucoup de chansons auxquelles je suis attaché, telles que Too Many People, 3 Legs, Dear Boy, Uncle Albert et la puissante et énigmatique Monkberry Moon Delight!

  • Jethro Tull – Heavy Horses (1978) [UK]
    Un disque au son classique de Jethro Tull, prog rock et folk avec d’inévitables fresques de voix et de flûte du leader Ian Anderson. Ce n’est pas un chef-d’oeuvre, mais il y a quelques morceaux particulièrement forts comme Acres Wild, Heavy Horses ou Weathercock. C’est bien d’y retourner de temps en temps, mais c’est pour les fans seulement.

LÉON LECAMÉ

  • Usurpr – Era of Conquest (black/death metal)
  • Sadistiko – Abhorraciones (black/death metal)
  • Tel – Widower (post-metal)
  • H31R – HeadSpace (experimental hiphop)
  • ZÖJ – Fil O Fenjoon (experimental ambient/iranian folk/drone)
  • Brian Wenner {aka Prism House} – Age Of Execution (experimental/idm/modular synth)
  • Exulansis – Hymns Of Collapse (neofolk/chamber music)
  • Tensei – ReARTiculations (instrumental hiphop/jazz/trip-hop)
  • Yellow Eyes – Master’s Murmur (blackbient/industrial)
15 Fréquences, Mixtapes

15 Fréquences Ultimes – Épisode 19 – Maud Evelyne

Je vous ai chanté les louanges de son sublissime premier album Préfontaine (via ma playlist de la semaine passée) et c’est maintenant à son tour de vous présenter ses 15 pièces chouchous !

Maud Evelyne apporte un vent de fraicheur sur la scène musicale québécoise indépendante. Alliant avec une maitrise déconcertante chansons folk mélancoliques et piécettes rétro-pop-futuriste à des textes à la fois surréalistes, fortement imagés et originaux, notre auteur-compositrice-interprète adorée est une de mes plus belles découvertes de l’année et devrait l’être pour tous ceux et celles d’entre vous qui n’avez pas encore eu la chance de fouler son monde sonore onirique à souhait (vous avez le temps encore ; il vous reste un mois !).

À l’écoute de cette délectable mixtape, vous voyagerez à travers le fuzz-rock tropicaliste d’Os Mutantes, l’afropop jazzy/funky-licieuse du Nigérien Fela Kuti, la pop soignée et doucereusement psych de la Galloise Cate Le Bon, la grandeur romantique architecturale du compositeur allemand Richard Strauss, la country enchanteresse de notre cowboy québécois préféré (Willie !) et la chanson extravagante de la française Brigitte Fontaine… Et bien d’autres déliciosités folk et baroque-pop en prime !

Je souhaite donc une exquise écoute à tous et toutes, y compris les pattes de chaise scandinaves et les ragondins amateurs de danses slaves !

Tracklist:

  1. Os Mutantes – A minha menina
  2. Fela Kuti – I Know Your Feeling
  3. The Beach Boys – I Just Wasn’t Made For These Times
  4. The Kinks – Waterloo Sunset
  5. The Beatles – Yes It Is
  6. Brigitte Fontaine – Cet enfant que je t’avais fait
  7. Joan Baez – Babe, I’m Gonna Leave You
  8. Gillian Welch – Revelator
  9. Cate Le Bon – Are You with Me Now?
  10. The Dø – Slippery Slope
  11. Willie Lamothe – Mille après mille
  12. Sandy Denny – It’ll Take A Long Time
  13. Nick Drake – River Man
  14. Richard Strauss – Im Abendrot (Elisabeth Schwarzkopf)
  15. Serge Gainsbourg – No No Thank’s No

critiques

Vashti Bunyan – Just Another Diamond Day

Année de parution : 1970
Pays d’origine : Royaume-Uni
Édition : CD, DiCristina Stair Builders – 2004
Style : Chamber Folk

Le disque le plus paisible de tous les temps ? Probablement.

C’est l’histoire d’une jeune fille, perdue dans ses rêves, la tête dans les nuages, les cheveux ondulant sous un vent bienveillant, sillonnant campagnes et villages d’Angleterre à la fin des années 1960, son violon à la main. Ou serait-ce les années 1560 ? Peu importe. Vashti est intemporelle et immatérielle comme le mistral. Vashti est la pluie qui tombe gentiment un joli soir de Mai. Vashti, c’est les feuilles qui s’envolent, emportées par les bourrasques d’automne un beau jour où le ciel est d’un bleu d’azur étincelant. Vashti est le Soleil qui se couche sur la plaine à toutes les époques du monde, ainsi que la lune qui se lève magnifiquement pour nous irradier de sa luminescence des plus envoûtantes. Vashti est un poème ; ou plutôt un sonnet. Simplet. mais luxuriant. Qui va à l’essentiel. qui nous révèle toutes les richesses de ce monde. De la nature. De la sagesse des animaux. Et de la vie.

Vashti avait composé plein de belles chansons et a décidé d’enregistrer un disque. Elle y a mis toute sa fraîcheur et sa pudeur. C’était un joyau brut, un ensorcellement qui happait à grands coups de douceur. Des chansons de voyages, de saisons enchantées et d’éléments en extase. Des chansons murmurées par une voix d’ange et appuyées par une instrumentation des plus sobre : violon, guitare, banjo, harpe, orgue, piano, flûte et mandoline.

Le disque fut ignoré à sa sortie. Trop gentil. Trop beau. Trop discret. Trop limpide.

Dévastée par cet « échec », Vashti arrêta de faire de la musique et se consacra à la vie. Ses enfants, sa ferme, ses animaux. À son insu, petit à petit, son jour diamanté commençait à charmer par ci par là. C’est qu’il s’agit d’un charme tellement discret qu’il prend du temps à opérer, à franchir vents et marées. Dans les villes, on parlait « d’album culte » en discutant du seul et unique disque de la demoiselle disparue dans les limbes du temps. Des jeunes gens voulurent retrouver Vashti, la remercier pour l’impact qu’elle avait eu sur leurs propres œuvres. Devendra Banhart lui demanda conseil pour ses pièces et l’invita à chanter avec lui. Elle accepta. Les gentils garçons d’Animal Collective l’invitèrent à participer à un EP hors-norme qui demeure un des enregistrements les plus précieux de ma discothèque. Joanna Newsom vint lui rendre visite un jour où mme. Bunyan commençait à créer son second album, 35 ans après son premier.

Voilà l’histoire, toute coquette, de Vashti Bunyan. Maintenant, ouvrez ce véritable livre de contes sonore qu’est « Just Another Diamond Day » et laissez-vous bercer jusqu’au sommeil le plus paisible de votre existence.


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :

critiques

Michel Madore – Le Komuso à cordes

Année de parution : 1976
Pays d’origine : Canada (Québec)
Édition : Vinyle, Barclay – 1976
Style : Rock Progressif, Space Rock, Fusion, Psych

Est-ce que vous aimez Gong ? Moi oui. Beaucoup à part de cela. Et Michel Madore aime Gong énormément lui aussi ; je serais prêt à parier. Ce montréalais injustement méconnu a publié ce premier opus discographique au milieu des années 70… C’est un disque TOTALEMENT ancré dans l’esthétique sonore du Gong de la trilogie « Radio Gnome Invisible » mais qui réussit en même temps le délicat pari de s’affranchir de son influence et à introduire nos tympans (ravis, pour l’occaz) à un vocabulaire musical aussi beau que personnel. Totalement instrumental, moitié acoustique moitié synthétique, le Komuso à cordes est un ravissement sonore assez céleste, à mi-chemin entre le space-rock et le jazz-rock.

Madore, multi-instrumentiste de son état (guitare, synthés, piano, cymbalum, ocarina), est accompagné d’excellents musiciens de la scène prog/jazz québécoise, dont le percussionniste Mathieu Léger (Orchestre Sympathique, Lasting Weep), le bassiste Fernand Durand (Dionysos) et l’excellent saxophoniste Ron Proby (auteur d’un seul disque de Jazz Avant-gardiste / Space Age, paru sur Radio Canada International en 1972). Tout ce beau monde (and then some) font la part belle aux compositions splendides de Madore, seul maître à bord sur un navire qui vogue sur des eaux cristallines et interstellaires.

Bon je sais… comparer un album de musique à un « voyage » est un peu éculé. Tous les critiques font ça régulièrement (moi le premier, et à outrance dans mon cas). Mais quand ça sied aussi bien à un disque, pourquoi se priver ? Le Komuso est un sacré beau voyage continu dans un pays étrange et merveilleux… chaque pièce est une fenêtre ouverte sur un autre paysage de ce monde enchanteur. Chacune d’elle s’enchevêtre majestueusement à la suivante. C’est vraiment une oeuvre totale, au même titre qu’une symphonie ou un concerto (mais sur les champis magiques). C’est vachement planant, délicat, texturé… comme un beau disque de Klaus Schulze. Les claviers englobent tout, recouvrent la mare sonore de leur délicieux ronronnement. Mais alors qu’on croit être sur le point de sombrer dans un sommeil bienfaiteur et opiacé, voilà que la batterie et le saxo s’emballent. Le piano et la guitares leur répondent dans un maelstrom jazzy-fusion. On se laisse happer de plein fouet par cette vague psychédélique rutilante (façon Hawkwind)… pour après retomber dans les méandres folky-proggy auprès de cette guitare acoustique pleureuse et de cet ocarina hanté… Tous ces passages différents, magnifiques en soi, sont renforcés par ces transitions magistrales qui les lient ; transitions qui s’effectuent en douceur, de manière presqu’imperceptibles/subliminales. Que ce disque est beau. Moins rigolo que du Gong, plus mélancolique, plus éthéré… mais pas moins riche et nébuleux.

Madore fera un deuxième album avant de mettre fin à sa carrière musicale (afin de se consacrer exclusivement à la peinture et à la sculpture). Je reviendrai sous peu à ce deuxième opus, beaucoup plus électronique et atmosphérique celui là (mais pas moins génial)… D’ici là, si vous voyez une copie du Komuso dans les bacs, n’hésitez pas une seconde. C’est un magnifique disque qui mérite une plus grande reconnaissance.


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :

critiques

Miles Davis – Sketches of Spain

Année de parution : 1960
Pays d’origine : États-Unis
Édition : CD, Legacy – 1997
Style : Cool Jazz atmosphérique / orchestral

Miles Davis et Gil Evans… L’association mythique entre l’ange sombre du jazz et l’arrangeur/compositeur/chef d’orchestre le plus raffiné qui soit… Une rencontre artistique aux sommets qui donna naissance à 2 albums pour le moins enchanteur, le très cool « Miles Ahead » et le magnifique « Porgy & Bess ». Malgré la qualité évidente de ces 2 réalisations antérieures, ma collaboration préférée entre les deux hommes demeure cette troisième offrande discographique. « Sketches of Spain » se veut une exploration atmosphérique du folklore musical espagnol, que ce soit à travers les compositions crépusculaires de Evans, une reprise de Manuel de Falla (Will O’ the wisp) ou encore la version « big band jazz » élégiaque du fameux Concerto de Aranjuez de Rodrigo, qui ouvre ici majestueusement l’album. Superbe entrée en matière, cette version où la trompette de Davis remplace la guitare comme instrument soliste est une pure merveille qui laisse béat d’admiration. À la croisée du jazz et du classique, on navigue ici dans une musique entre chien et loup, épurée au possible, subtile, délicate, aux ambiances à la fois diurnes et nocturnes. C’est beau (vachement beau même) et ça laisse pantois. Je vais peut-être commettre par écrit ce que certains pourraient qualifier de sacrilège mais il s’agit, selon moi, de la version définitive de cette belle oeuvre.

Mais attention, nous ne sommes pas au bout de notre ravissement tympanesque, loin de là… « Will o’ the Wisp » arrive dans nos oreilles telle une vision surréalisante d’une ville espagnole côtière à la brunante, la scène teintée de couleurs vermeilles-cramoisies… La ville s’endort alors que l’astre solaire se couche mais c’est pour mieux s’éveiller à nouveau et laisser place à une faune noctambule tout autre avec ses diverses personnages fantasques (prostituées, vendeurs ambulants, fêtards enivrés, oiseaux de nuits multiples) errant dans ses rues illuminées par le faisceau blafard des lampadaires qui grésillent sous la chaleur ambiante… La scène se poursuit sur « The Pan Piper » qui elle, va au bout de la nuit, jusqu’aux frissons du petit matin qui recouvre la ville de nouveau de sa lumière cosmique. Jamais musique n’aura été aussi cinématographique et ce, avec autant de douceur, de rondeur et de volupté…

« Saeta » est une fanfare ibérique hallucinée sous un Soleil de plomb d’un midi de la semaine sainte. Ça rappelle ces longues processions religieuses où des chars abracadabrants (et recouverts de fleurs de toutes les couleurs possibles et impossibles) roulent dans les rues d’une cité en extase, exhibant chacun un Christ cloué à la croix ou une Vierge noire aux yeux d’ébène. On peut aisément parler de révélations cosmiques quand on entend un Miles tout aquilin s’adonner à des passages racés sur sa trompette a capella, avec ces percussions discrètes en retrait. C’est beau à en pleurer et quand la fanfare folle éclate par moments, on a l’impression de plonger dans un autre monde où tout est plus pur, plus vrai.

Vient ensuite le morceau de clôture (et mon préféré de tout le disque qui, jusqu’à présent, est un prodige absolu et infini) : Solea. Solea, c’est la grande classe. C’est un peu le Bolero de Ravel, mais version Miles-Evans-Jazz-Cool-Orgasmique aux relents de composition quasi proto-post-rock-jazz. No wasted note here. Ça part comme un conte des milles et une nuits, avec une trompette noctambule dont les échos langoureux se répercutent dans l’éther et puis ça monte, ça monte… Les percus dociles viennent appuyer les élucubrations célestes de l’ange noir… Ça monte pour ne jamais éclater vraiment, comme un morceau de Slint (dans un TOUT autre genre). Ça atteint juste un quasi-paroxysme et ça ne lâche pas le morceau, comme un clébard qui relâche pas l’os… Et ça se termine tout doucement, avec ces percus boléresques en diable qui s’effacent doucement dans une nuit aux milles étoiles…

Beau. Grandiose. Véloce. Enchanteur. Pittoresque. Visionnaire. Cinéma pour les oreilles.


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :

Autres Mixes, Mixtapes

Mélancolie (mix de Salade d’endives)

En cette nuit de la fin d’automne, Salade d’endives vous propose une mixtape sur le thème de la Mélancolie. On y retrouve de l’ambient/new age planant, du folk tristounet, de la musique médiévale, du classique contemporain, un peu de pop baroque atmosphérique et beaucoup de musique du monde (Asie et Europe de l’Est sont à l’honneur).

Préparez-vous un café, armez-vous de tout votre spleen et laissez vos tympans divaguer à travers les brumes…

Tracklist

  1. Scott Walker – It’s Raining Today
  2. Teiji Ito – Moonplay
  3. Hiromichi Sakamoto – Half a Summer Has Been Delivered
  4. Mount Eerie – No Flashlight
  5. Motion Sickness Of Time Travel – My Suspected Senses
  6. Sibylle Baier – I Lost Something in the Hills
  7. Goro Yamaguchi – Sokaku-Reibo (Depicting The Cranes In Their Nest)
  8. Unknown Artist – Bell Organ Improv (extrait de « In Memory of the Day Passed By », Sharunas Bartas)
  9. Ella Jenkins – Wake Up Little Sparrow
  10. Ailanys – What Are You
  11. Cluster & Eno – Wermut
  12. John Williams & Maria Farandouri – Tou Pikramenou
  13. Unknown Artist – Pangkur
  14. Giraut de Bornelh – Mot era dous e plazens
  15. Carl T. Sprague – O Bury Me Not on the Lone Prairie
  16. Hiroshi Yoshimura – Wet Land
  17. Ernst Reijseger – Carbon Date Solo Cello
  18. Swans – Blackmail
  19. Vokal Ansambl Gordela – Zinskaro
  20. Aphex Twin – Nanou 2

*Sélections des pistes et montage de la mixtape par Salade d’endives

critiques

Ngozi Family – Day of Judgement

Année de parution : 1975
Pays d’origine : Zambie
Édition : Vinyle, Now-Again Records – 2014
Style : Zamrock, Heavy Psych, Garage Rock

Le premier album de la famille Ngozi est un des disques-manifestes du Zamrock ; rock zambien très « garage » s’inspirant grandement du côté de l’occident (Black Sabbath, Hendrix, James Brown). Le leader de ce quatuor légendaire est le guitariste Paul Dobson Nyirongo (renommé Paul « Ngozi » par ses fans, « Ngozi » voulant dire « Danger »). Et ouais la dangereuse famille porte très bien son nom. Voulez-vous du gros criss de FUZZ en pleine tronche (et par là, j’entends de COPIEUSES quantités de FUZZ) ?!? Voulez-vous une avalanche de riffs psychédéliques ultra pesants qui passent toujours proche de faire éclater des petits amplis africains cheapos et qui souvent écrasent à peu près tout dans le mix !? Vous aimez la musique sous-produite et rentre-dedans, qui, de surcroît carbure plus au feeling qu’à la technicité (ici quasi absente, voir la section rythmique amateur et pourtant jouissive) ?!? Le premier Ngozi Family se dresse là pour vous les amis, le sourire pernicieux solidement scotché aux lèvres. C’est un disque cru, tapageur, corrodant, énergique, insolent, casse-cou et casse-oreilles, juvénile, plus punk que punk… et terriblement FUN à écouter.

Conditions d’écoute optimales : Fin de soirée calorifique, avec une bonne bière à la main (ou autre drogue de votre choix), le cul solidement enfoncé dans un divan moelleux et surtout, avec le volume à FOND. Laissez vous recouvrir l’appareil auditif tout entier par cette matière sonore lo-fi et croustillante à souhait. Laissez vous piquer par ces abeilles guitaristiques qui viennent vous frôler le tympan (un peu comme la gratte sur « A minha menina » des Brésiliens d’Os Mutantes). Impossible de ne pas passer un succulent moment avec cet album.


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :

15 Fréquences, Mixtapes

15 Fréquences Ultimes – Épisode 18 – Sylvain Castilloux

Mélomane depuis sa naissance, Sylvain a toujours amassé les cassettes et cd jusqu’au jour fatidique du 17 mars 2006, où sa vie fut perturbée à jamais par l’achat de ses premiers disques vinyle au No Fun Fest à Brooklyn. La vie ne fut jamais pareille depuis, accroc de la galette noire pour la vie, la « collectivite » aigüe frappe très fort. Aussi musicien à ses heures, Castilloux a oeuvré dans plusieurs groupes de la scène underground de Montréal, dont ManyMental Mistakes, Ghostlimbs, Les Zerreurs et présentement Nuage Flou ainsi que Curling Irons.

Tel qu’évoqué ci-haut, mon pote Sylvain (que j’appelle affectueusement « OG Castilloux ») a une collection de disques complètement folle (et vaste). Il publie religieusement ses écoutes sur sa page Instagram, que je consulte régulièrement avec admiration et envie. C’est une des références absolue en matière de no wave, garage rock, post-punk, noise rock, punk, hardcore, abstract/leftfield hip-hop, rock expérimental, psych (et j’en passe). Parler avec Sylvain est dangereux parce ce qu’à chaque fois, au terme de la discussion, tu as le goût de t’acheter 47 albums… Et souvent les 2-3 premiers de chaque groupe évoqué 🙂

C’était donc normal que ce grand mélomane devant l’éternel soit une des premières personnes à qui j’ai proposé le délicat exercice de sélectionner ses 15 pistes ultimes. J’imagine que le choix fut délicat et difficile. Mais en bout de ligne, on a ici un mix qui représente vraiment bien toutes les (nombreuses) facettes d’un des musiciens les plus sympa et cool de la scène montréalaise !

Je souhaite une fabuleuse écoute à tout le monde, y compris le célèbre Géant Vert (qui, fait fort méconnu, adore écouter du no wave lorsqu’il n’est pas occupé à faire la promotion des légumes en conserves).

Tracklist:

  1. DNA – You and You
  2. Damned – Neat Neat Neat
  3. No Trend – Reality Breakdown
  4. Jerry’s Kids – Cracks In The Wall / Tear It Up
  5. Ulver – I
  6. Big-L – All Black
  7. Fifty Foot Hose – Fantasy
  8. Abwarts – Verzählt
  9. Throbbing Gristle – Very Friendly
  10. Sonic Youth – Brother James
  11. Scratch Acid – Cannibal
  12. Flipper – Ha Ha Ha
  13. Birthday Party – Junkyard
  14. Stooges – Loose
  15. Registrators – Monkey

Playlist

PLAYLIST #23 – Semaine du 20 novembre 2023

SALADE D’ENDIVES

PHYSIQUE :

  • Jordi Savall & Hespèrion XX – Elizabethan Consort Music, 1558-1603 (Alia Vox, CD) [1998]
    Savall et son ensemble sont les maîtres incontestés du répertoire de la Renaissance, et dans le cas particulier de ce très beau disque, de l’oeuvre de compositeurs actifs durant le règne de Élisabeth Ire. Danses profanes, pavanes, chansons et motets sont interprétés de la plus magnifique façon sur instruments d’époque. Un régal.

  • William Basinski – A Red Score In Tile (2062, CD) [2003]
    *Enregistré en 1979
    État paradoxal, pas tout à fait endormi, ni tout à fait éveillé. Un piano antique et brisé qui coule lentement dans une mer d’ébène mi-solide mi-liquide. Un Soleil éclatant mais voilé par un brouillard surréel qui sors d’on ne sait où. Une barque dérive ça et là. Elle fait des tours sur elle, au ralenti. On voit qu’elle est emplie de larmes. Le néant et la mélancolie qui te bordent le long de cet ailleurs impossible. Le Soleil s’est couché maintenant (dans son lit couleur rouille) et la morne pluie de novembre commence à tomber sur la scène qui abrite tes pensées les plus secrètes.

  • William Basinski & Janek Schaefer – . . . On Reflection (Temporary Residence Limited, CD) [2022]
    Des souvenirs fissurés, le temps qui passe, inlassable, précieux mais fugace… Saudade-ambient, musique qui t’emplie le coeur, la tête et les tripes d’une émotion complexe, ambivalente, belle… Quand s’enchevêtre nostalgie, mélancolie et espoir, alors que le soir, frais et humide, commence à tomber comme la première neige de l’année, recouvrant tes blessures et tes regrets de son linceul blanc et salvateur. Du piano aérien, des ondes, des échantillons, du drone, le chant des oiseaux… un miracle discret, fragile et élégiaque.

  • Ennio Morricone – The Black Belly Of The Tarantula (Death Waltz, 2 x Vinyle) [2015]
    *Trame sonore d’un film réalisé par Paolo Cavara et sorti en 1971
    Maestro Morricone est probablement le plus grand compositeur du 20ème siècle (pour moi, je sais que c’est un choix hautement personnel). Et je crois que ce que j’aime le plus de toute son oeuvre, ce sont ses bandes sons pour des giallo (ce genre cinématographique typiquement italien qui est à mi-chemin entre thriller policier, épouvante et érotisme). Sur ce « Black Belly Of The Tarantula », on retrouve les deux facettes que je préfère de mon Ennio chéri : du lounge-jazz sexy, nocturne, enfumé et bossa-novesque… puis des pistes plus expérimentales, empruntant à la musique contemporaine dissonante, à la musique psychédélique, au proto-ambient ; avec des ambiances biscornues, sombres, troubles. Du génie. Et r’gardez moi c’te pochette mirifique !

  • Maxine Funke – Felt (Digital Regress, Vinyle) [2012]
    Cette néo-zélandaise m’enchante ! Un album de folk hyper personnel, tendre, pur, cru, enregistré de manière très très lo-fi. C’est doux, mystérieux, planant, croustillant et ça te prend directement aux tripes et à l’âme. Maxine continue d’enregistrer des disques de folk fantomatique dans un relatif anonymat et mériterait à être plus connue… mais en même temps, on aime bien la garder pour soi, jalousement, comme un trésor.

  • Oren Ambarchi, Johan Berthling & Andreas Werliin – Ghosted (Drag City, Vinyle) [2022]
    Oren et deux comparses en mode « kraut-avant-jazz de chambre post-minimaliste-répétitif vaguement marocain avec petites incursions électro-acoustiques ». Donc, en plein le genre de truc qui me fait léviter de bonheur. Oren, au même titre que son collègue Jim O’Rourke, est un musicien ubiquiste à souhait dont il faut surveiller toutes les sorties discographiques.

  • Maud Evelyne – Pr​é​fontaine (Cassette) [2023]
    J’ai appris à voir
    les yeux fermés dans le noir
    des fleurs multicolores
    poussaient dans mes orbites

    Le premier album longue durée (si je ne m’abuse, corrigez moi KEKUN si j’me goure) de Maud Evelyne est un de mes gros coups de coeur québécois de l’année. « Préfontaine » alterne avec brio des pistes de folk intimiste/mélancolique sublimes (avec un côté très grunge et immédiat qui te va direct à l’âme) et d’autres qui sonnent très pop-rock baroque sixties. On pense parfois à Stereolab (groupe qui m’est très cher), surtout dans l’utilisation des claviers vieillots. La musique est ravissante mais les textes, hautement poétiques et personnels, vous jetteront aussi gentiment sur le cul. Maud a une plume à la fois ludique, cocasse, imagée et inventive… mais aussi capable d’exprimer la part d’ombre et de mal-être qui existe en chacun de nous. Vraiment un disque qui mérite plus de reconnaissance. Je vous invite fortement à aller vous commander la cassette sur Bandcamp !

  • Jonathan Personne – Jonathan Personne (Bonsound, Vinyle) [2022]
    Superbe album solo d’un des membres de Corridor. Un disque tristounet, éthéré, nostalgique, planant, fantomatique et envoutant à souhait, qui passe tout seul… Sieur Personne mélange avec une facilité déconcertante country-folk, dream pop, rock alternatif, western spaghetti, pop psychédélique, prog et textures ambient, réussissant malgré cette pléiade d’influences à pondre un disque hyper cohérent et tout bonnement génial.

  • Bathory – Bathory (Black Mark, CD) [1984]
    Cela débute par une intro ambient hyper lugubre et diablement efficace juxtaposant vent mugissant, cloches d’églises et tonnerre (un genre de croisement horrifique entre le début de « Mother » de Lennon et la pièce titre de Black Sabbath). Puis, après on bascule dans un speed metal de cimetière avec des vocaux râpeux/écorchés vifs. Le son est lo-fi as FUCK. La vitesse est phénoménale. Ambiance punk-licieuse et DIY. Ouais, le Black Metal est né avec cet opus. Un disque vachement important mais surtout hyper fun à écouter !

  • Darkthrone – The Underground Resistance (Peaceville, CD) [2013]
    Un Darkthrone particulièrement inspiré, qui mélange avec brio black metal rageur, crustpunk vicié, heavy, speed et trash metal. Trois morceaux écrits et chantés (lire ici : hurlés) par Nocturno Culto et les trois autres par ce cher Fenriz (alias l’homme le plus SWAG de la scène norvégienne). Une lettre d’amour (écrite au sang) au Métal eighties mais avec les deux pieds ancrés dans la modernité. Cette période du sombre trône mérite toute autant votre attention que leur période purement black metal.

  • Vis A Vis – Di Wo Ho Ni (We Are Busy Bodies, Vinyle) [1977]
    Super album de Highlife ghanéen qui fut longtemps dur dur à trouver parce ce que jamais réédité… Mais les gentlemen de « We Are Busy Bodies » sont venu pallier à la situation. Des deux albums de Via A Vis parus en 1977, le présent disque est le plus joyeux, relax, chaleureux et ensoleillé (alors que son petit frère, « Obi Agye Me Dofo » est plus tendu, agressif et bourré de synthés. J’aime beaucoup les deux approches du groupe et c’est impossible de ne pas passer un bon moment quand on écoute un Vis A Vis.

  • Melvins – Melvins (aka « Lysol ») (Boner, CD) [1992]
    Amateurs de drone-doom-metal et de sludge, voici une des pierres fondatrices de ces genres qui vous sont chers. Une seule piste (qui contient en fait 6 sous-morceaux en son sein) d’environ une demie-heure. Cest leeeeeeent, c’est GRAS, c’est psych-à-l’os, c’est perfide, c’est LOURD et c’est monolithique. On peut se noyer avec délices dans ces feedbacks de guitare et de basse, tout en recevant les coups implacables de la batterie sur la tête (pour nous enfoncer plus profondément dans cette mer opiacée). À noter la présence des superbes covers/réinterporétations de pièces d’Alice Cooper et de Flipper. Un des meilleurs albums d’un des groupes les plus importants de l’histoire du rock et aussi un de leurs plus jusqu’au boutiste.

  • Jean-Luc Ponty – Cosmic Messenger (Rhino, CD) [1978]
    Un très bon disque de Fusion/Jazz-Rock late seventies (un genre très mal aimé et kitsch), avec une excellente pièce-titre d’introduction hyper-spooky, le tout suivi par des merveilles jazzy-prog enlevantes avec du shredding de violon électrique et des solos de gratte inspirés. Même la ballade sirupeuse « I Only Feel Good With You » fait mouche pour ma part. Mais le gros highlight du disque est selon moi est « Don’t Let the World Pass You By » ; 6 minutes et demie d’une rythmique enlevante surmontée par différents solos de claviers, violons et guitare… C’est genre la trame sonore fictive/alternative/progressive d’un Rainbow Road dans Mario Kart.

  • Museo Rosenbach – Zarathustra (Sony Music, CD) [1973]
    Un de mes disques de prog italien préféré. Un album épique, sombre, torturé, grandiloquent, excentrique et rempli à rabord de Mellotron et d’orgue hammond. La longue suite « Zarathustra » qui occupe toute la face A est un des plus grands moments du genre. Elle alterne entre passages atmosphériques tendus/mystérieux et d’autres plus explosifs (où le drum est juste bandant à souhait). La Face B, composée de morceaux plus courts, n’est pas en reste et s’approche très près de la qualité de la première. Vraiment un album de prog génial que tout fan du genre se DOIT de posséder.

  • OutKast – ATLiens (LaFace, 2 x Vinyle) [1996]
    Ici, ils entrent dans la stratosphere. Le son s’est adouci, oscillant dans des sphères soul funky ; mais il est aussi devenu céleste, cosmique, plein de relief velouté. Des beats cinématographiques-en-IMAX-façon-hip-hop-90s viennent secouer le tympan dès l’intro portée par cette voix féminine sirupeuse. Puis c’est les flow incrédibles respectifs de Big Boy et Andre Benjamin qui viennent démolir tout sur leur passage, mais en conservant ce « swag » si caractéristique du premier album. Ils sont encore jeunes ici, mais ils sont à leur meilleur. Lyriquement, c’est juste une orgie. Tu peux pas te tromper avec les 6 premiers morceaux. C’est bombe après bombe. Ça s’enchaîne à perfection, comme 6 Hosomakis que t’engouffres avec délice tour à tour. OUMAMI pour tes oreilles, bro. Ça glisse à l’intérieur. Ça te jette le cerveau à terre. Ça coule de partout. Et ça sent l’arabica pur. Et la suite n’est pas en reste. Moins poppy, mais plus intellectuelle, plus VaPoReUsE et diffuse, obtuse même…

  • Eno – Taking Tiger Mountain (By Strategy) (Astralwerks, Vinyle) [1974]
    Chef d’oeuvre devant l’éternel. Oeuvre d’art totale et débordante d’idées, de folie, d’audace, d’inventivité, de création libre et sans entrave. Dans ma sainte-trinité d’albums essentiels de Brian (ils le sont presque tous) et un de mes préférés… Probablement celui que j’ai le plus écouté avec Another Green World. J’ai effectivement beaucoup écouté cet album et pourtant, je découvre de nouvelles petites facettes sonores imbriquées au coeur de l’oeuvre à chaque nouveau tour de piste… Un album tellement en avance sur son temps qu’il pourrait sortir dans 10 ans et on crierait encore au génie. Croisement de glam rock, de art-pop, de proto-post-punk (en 1974 !!!!!!!), de prog-dada-de-salon et d’expérimentations foisonnantes, avec un line-up de rêve (comme toujours chez Brian) : le gigantesque Robert Wyatt aux percus et aux back-vocals, Phil FUCKING Collins à la batterie, les fidèles vieux compatriotes de Roxy Music (Phil Manzanera à la guitare, Andy Mackay aux cuivres) + un groupe aux choeurs + un ensemble de cordes.
    Ah ouais, il est nécessaire de mentionner que « Mother Whale Eyeless » est juste un des plus incroyables morceaux de pop détraquée de tous les temps.

  • Palghat Raghu, V. V. Subramaniam, K. V. Narayanaswamy – Bhāvālu/Impressions: South Indian Instrumental Music (Nonesuch, Vinyle) [1969]
    Les disques de la collection « Nonesuch Explorer » sont toujours source d’émerveillement pour votre humble serviteur. Ici, on est convié à un récital de musique carnatique (musique classique indienne issue de l’Inde du Sud) pour violon et mridang (tambour à tonneau). Trois longues pièces superbement enregistrées où les deux instrumentistes semblent être en parfaite osmose.

  • Nahadoth – Faces Of Winter Redux (Gondolin, Cassette) [2017]
    Que serait une semaine sans un peu de synthé donjonné ??? J’vous le demande !
    Nahadoth fait dans le dungeon synth hivernal et mélancolique (le mot le plus sur-utilisé à travers cette playlist !), avec un aspect néo-classique très prononcé. Il y a un côté très J-RPG à ces compos éthérées, ce qui me plaît forcément. Une très belle réédition comme toujours chez nos amis de Gondolin, avec une Face B remplie de matériel inédit de la même période et des covers (dont un de Enya !!!).

STREAMING :


GUILLAUME P. TRÉPANIER

Écoutes récentes en rafale, de gauche à droite:

  • Big Blood – First Aid Kit (2023) [US]
    La musique de Big Blood est indescriptible. Art rock, psych, post-punk, space rock, gospel, folk… mais le tout très digeste, voire bonbon. J’y suis accro et je n’me l’explique pas. Il faut l’vivre.

  • Skryvania – Skryvania (1978) [Belgique]
    Une obscurité prog. Très prog, aucune demi-mesure. Tellement prog que ça en devient quasiment parodique. J’adore ça. Sortez les tones exagérés au synthé et la guitare trop compliquée, j’arrive.

  • Full Moon Band – Moon Fools (1977) [Pays-Bas]
    Rareté récemment réédité par les disques PQR, Moon Fools est un album folk/psych lofi un brin hippie auquel on s’attache avec le temps. À écouter lors de matinées pluvieuses, idéalement.

  • Nick Mason – Nick Mason’s Fictious Sports (1981) [UK]
    La nouvelle du décès tout récent de la grande Carla Bley m’a fait ressortir ce disque atypique de 1981.
    Bien que ce soit le nom du batteur de Pink Floyd sur la pochette, l’entièreté de l’album a été composé et écrit par Carla Bley. De la musique unique, éclatée, indescriptible et complètement déphasée du marché 80s. Je trouve que ce disque là témoigne de tout le génie qui habitait cette femme.
    L’interprétation au chant de mon idole Robert Wyatt couronne magnifiquement le tout.

  • Paul Revere & The Raiders – Greatest Hits (compilation de 1967) [US]
    Un des grands groupes de la vague rock/garage/beat/pop 60s. Il faut dire qu’ils n’ont pas un album studio particulièrement distinctif, mais ils étaient définitivement des « hit makers » et cette compilation en témoigne bien. Je dirais même que c’est la pièce essentielle à avoir de cette formation.

  • King Gizzard & The Lizard Wizard – Quarters (2015) [Australie]
    Un album psyché-jazz où il fait bon laisser son oreille naviguer le temps de 4 pièces possédant l’exacte même durée, soit 10:10. C’est reconnu comme un classique chez les fans et c’est tout autant un classique dans mon salon.

  • Lucien Francoeur – Le Retour de Johnny Frisson (1980) [QC]
    Ici, nous sommes à la croisée des chemins entre le new wave et le rock garage, un son plutôt rare et unique en sol québécois, ce qui explique bien le succès et la réputation du poète Lucien Francoeur ici.

  • Lucien Francoeur – Aut’ Chose (1978) [QC]
    Album portant le nom de son band, Aut’ Chose baigne encore dans un restant de prog des années 70, tout en y allant rock plus classique et catchy. Lucien y dégaine des punchlines fulgurantes et innovantes dans son style unique de chanson

  • Yes – Fragile (1971) [UK]
    Un des plus grands albums prog de tous les temps. J’ai toujours admiré la grande créativité derrière les riffs, mélodies et arrangements de voix de cette œuvre. Une alliance parfaite entre de la musique accrocheuse et de la musique complexe et riche.

  • Rush – Moving Pictures (1981) [Canada]
    Rush ont attaqué les années 80 avec une telle force que ça en était presque gênant pour leurs compétiteurs respectifs. On a ici un poids lourd de leur discographie sur lequel je ne m’étendrai pas, l’oeuvre parle d’elle-même et sa réputation est là pour rester.

  • Procol Harum – A Salty Dog (1969) [UK]
    J’ai toujours particulièrement aimé l’introduction un peu mystique de ce disque, comme si on se préparait pour un grand voyage sans en connaître la destination. Sans être nécessairement un chef-d’œuvre, A Salty Dog rend bien honneur à la voix unique de Gary Brooker et montre avec brio qu’on peut faire quelque chose d’intéressant tout en y allant avec du prog plus subtil.

  • The Smiths – The Queen Is Dead (1986) [UK]

LÉON LECAMÉ

  • Sona Jobarteh – Fasiya (folk/world music)
  • Crippled Black Phoenix – Banefyre (post-rock)
  • Caverne – Sentiers D’Avant (métal noir français)
  • Ifernach – Maqtewek Nakuset (black metal)
  • Synteleia – The Secret Last Syllable (black metal)
  • BREEZE – Golden Season (noise-pop/post-hardcore)
  • Sunny Dunes – Blue Far (ambient/industriel/drone) 
  • Asagraum – Veil of Death, Ruptured (black metal)
  • Daniel Bachman – When The Rose Comes Again (acoustique expérimental) 

RIP Karl Tremblay…

critiques

Jordi Savall & Hespèrion XX – Elizabethan Consort Music, 1558-1603

Année de parution : 1998
Pays d’origine : Espagne
Édition : CD, Alia Vox – 1998
Style : Musique de la Renaissance

Cette musique purement instrumentale se passerait bien de mots qui tentent maladroitement et bien vainement de rendre justice à sa magnificence élégiaque… Mais voilà, je dois tenter l’exercice tant bien que mal, malgré mon « incultitude » totale en matière de théorie musicale, mon incapacité à déchiffrer ce qui, sur papier, permet de mieux élucider le génie de cette musique et de son interprétation… Pour venir à bout de cet exercice périlleux, il ne me reste que mes émotions, mon ressenti, ce que m’évoque cette musique, le voyage dans le temps qu’elle propose, la richesse et la profondeur de ces compositions qui traversent les siècles pour venir atterrir dans mes enceintes en l’an de grâce 2023, me tétanisant toujours plus à chaque écoute dans ce sentiment complexe de bien-être, de contemplation, d’envoutement, de recueillement…

Je dois vous en parler parce ce que j’aime ce disque et que j’aime Jordi Savall d’un amour débordant. J’aime ce musicien aux milles talents, ce chef d’orchestre et chef d’ensembles musicaux polymorphes, ce véritable historien de la musique et fondateur d’une des meilleures étiquette de disques se focalisant sur la musique ancienne (médiévale, renaissance, baroque, classique). J’aime d’ailleurs le fait que Savall ait totalement compris qu’un bel objet sonore se doit d’avoir une enveloppe physique toute aussi belle (rendant justice à la musique qu’elle abrite). Et les disques Alia Vox, ce sont parmi les plus beaux disques de ma collection. Véritables petits livres débordant de renseignements historiques, de bouts de partitions, de photos et arborant une image de pochette de bon goût. Chez Alia Vox, on commence déjà à savourer le contenu sonore et à entreprendre notre voyage céleste avant même d’avoir introduit la rondelle dans le mange-disque…

Ici, Savall et ses précieux acolytes de l’ensemble Hespèrion XX nous convient à un programme mettant en vedette les oeuvres de compositeurs (la plupart méconnus ou anonymes) qui furent actifs durant le fort long règne d’Élisabeth Ire. Les 29 pièces sélectionnées sont, vous l’aurez deviné, très courtes et extirpées des trois types musicaux les plus populaires à l’époque : les danses profanes (incluant pavanes et gaillardes), la musique vocale profane ou sacrée (chansons et motets) et les pièces contrapuntiques, écrites spécifiquement pour instruments. On ne s’ennuie donc pas une seconde vu la variété présente sur ce disque, passant allègrement de moments plus féériques à d’autres plus solennels. Cette alternance de styles rend aussi l’écoute tellement digeste qu’il n’est pas rare qu’on ait envie d’appuyer de nouveau sur le bouton « Play » de nouveau une fois l’album terminé.

Comme toujours chez Savall, le tout est enregistré avec des instruments d’époque, pour un maximum d’authenticité. La prise de son est exceptionnelle, très riche, ample et naturelle. L’instrument le plus présent ici est la viole de gambe, soit l’instrument de prédilection de Savall (accompagné ici par 6 autres gambistes). On retrouve aussi du luth, du clavecin, de l’orgue de chambre et du tambour. Mais ce sont vraiment les cordes ici qui prennent toute la place la plupart du temps, bourdonnant perpétuellement, s’imbriquant les unes aux autres de la plus majestueuse façon… Ces cordes rêveuses, aériennes, apaisées, mélancoliques, enjouées qui s’élèvent dans la nuit noire et sibylline.

Voilà donc là un disque parfait pouvant faire office d’introduction à l’oeuvre d’un des musiciens les plus importants des 40-50 dernières années. Mélomanes curieux, vous pouvez approchez sans crainte, si ce n’est que si vous êtes comme moi, la découverte d’une telle merveille vous fera dépenser beaucoup de pognon durement gagné pour acquérir d’autres disques de sieur Savall (j’en suis à une quarantaine environ, personnellement… et pas été déçu une seule fois).


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :

critiques

Blue Hummingbird on the Left – Atl Tlachinolli

Année de parution : 2019
Pays d’origine : États-Unis
Édition : Vinyle, Iron Bonehead – 2019
Style : Black Metal, War Metal, Musique amérindienne

Le Black Twilight Circle, vous connaissez ? C’est un mystérieux regroupement, plus ou moins libre, de différents groupes/projets de Black Metal du sud de la Californie. Leur musique est souvent un brin obtuse, anguleuse, dissonante et atmosphérique. Et profondément/délibérément underground jusqu’à la moelle. De plus, le nom des projets (quand ils ont des noms !) ainsi que les thématiques abordées à travers leur musique ne tournent pas autour de Satan, des divinités nordiques, des vilains nazis en herbe ou de la déprime bon enfant (voir: les joyeux drilles du DSBM)… Que nenni ! Ils vont plutôt puiser du côté des anciennes civilisations d’Amérique centrale (surtout des Aztèques)… civilisations et cultures qui furent presque détruites en totalité par l’arrivée des conquistadors espagnols.

Blue Hummingbird on the Left est un de ces groupes qui officie au sein du Black Twilight Circle… On ne connaît pas l’identité de ses 4 membres, qui utilisent tous des sobriquets tirés de l’histoire et/ou de la mythologie aztèque. On retrouve Tlacaelel au chant et aux flutiaux, Yecpaocelotl à la guitare, Coapahsolpol à la basse et Yayauhqui à la batterie/guitare.

Vous trouvez le nom du groupe un peu fleur bleue / new age / néo-classique ? Et bien détrompez-vous : « Blue Hummingbird on the Left » est en fait la traduction anglaise littérale de « Huitzilopochtli », le Dieu de la Guerre chez nos amis Aztèques. Nom de projet très à propos pour un succulent disque de War Metal bien brutal, rapide, caverneux et racé.

Atl Tlachinolli ne réinvente pas la roue mais efficace comme il est, on ne lui en demande pas tant. C’est du Black Metal guerroyant superbement composé et joué, avec une production aussi ample que simpliste/binaire. Ça tabasse fort et sec ; sans relâche. La magie du disque réside surtout dans ses passages plus « aborigènes » assez uniques (les percussions tribales et la flûte = lovely) et aussi dans les vocaux, hargneux oui, mais joyeux et festifs aussi. Cet espèce de « Wooooooo ! » plein de reverb qu’on entend dès le premier morceau (et qui revient épisodiquement à travers le disque) me fout la trique à chaque fois… Et ceux qui aiment les voix qui se répercutent en cascades d’échos langoureux (comme moi) seront servis jusqu’à plus soif. Ce n’est pratiquement que ça du début à la fin, ce qui contribue à donner cette teinte atmosphérique chatoyante si singulière à la musique du groupe… Cette aura psychédélique/kaléidoscopique qui nous emplit la tête d’images poussiéreuses, antiques, rougeoyantes, carnassières… Des immenses feux exaltés sur la lande désertique, avec ces guerriers aux tenus colorées qui, vraisemblablement en transe (Ayahuasca) dansent tout autour, le visage barbouillé de folles peintures et du sang des ennemis, les tripes fumantes des sacrifiés qui rôtissent à proximité, emplissant les narines d’hémoglobine bouillie et de chair calcinée… Real happy fun times.

Un très bon disque de Black Metal donc. Et une sous-scène musicale encore très méconnue sur laquelle je tenterai de faire lumière à travers d’éventuelles critiques/chroniques.


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :

critiques

offthesky & Rin Howell – aSpiritual

Année de parution : 2021
Pays d’origine : États-Unis
Édition : 2 x Mini CDr, Fluid Audio – 2021
Style : Ambient Liturgique, Drone, Modern Classical, Experimental

Un Dimanche matin qui s’est perdu en chemin… dans la brume originelle, hors des temps… Tu ne te réveilleras jamais réellement aujourd’hui, le cortex trop gorgé d’impossible, résultat de ces nuits-fantôme où les chimères vespérales et autres hallucinations ésotériques saturent ton être tout entier. Tu erreras plutôt mollement dans ce matin hanté, tel le spectre de ta propre existence, spectateur lymphatique d’un vide hypnagogique. Tu t’extirperas de ton lit et contempleras longuement la brume au travers de ta fenêtre. Sous la chape nuageuse, tout semble perdu, lointain, magique. Les sons extérieurs sont distants et effacés. Tout au loin, retentit le bruit d’une cloche d’église. Son écho languide voyage dans les volutes d’une infinie blancheur. La cité couverte entièrement par un linceul translucide. Ta ville est devenu un genre de Silent Hill mais spirituel et bienveillant ; sans les monstres tout droit sortis des toiles torturées de Francis Bacon.

Tu te feras un café. Fort. Mais même la noire amertume ne te fera pas percer les contours de l’irréalité qui t’entoure. Aujourd’hui, tu seras dans le monde des ombres. Dehors, un jardin monochrome, gris, moribond, semble s’abreuver de l’humidité flottante. Tu laisseras les lumières fermées, préférant évoluer dans la pâleur de l’absence. Ces jours gris qui effraient ceux qui ont horreur du vide, toi tu les savoures. Tu t’y ressource. Tu t’y abreuves. Tu les accueilles avec recueillement, comme une expérience religieuse. Tu t’y laisseras donc gentiment divaguer, au gré de la lumière changeante qui transperce timidement la chape. Armé de cafés lattés, de bouquins surréalistes (« Nadja » de Breton) ; la tête bourrée de rêves et d’idées incertaines et imprécises.

En ces temps d’abandon du concret, cet album pourra être ton compagnon de route. Avec ses drones langoureux, ses voix enchanteresses qui deviennent litanies, sa confusion magnifique, son alternance lumière/ténèbres, son mysticisme inné, sa singulière blancheur légèrement grisâtre… Il t’aidera à te perdre encore plus délicieusement en toi.


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :