Playlist

PLAYLIST #22 – Semaine du 13 novembre 2023

SALADE D’ENDIVES

PHYSIQUE :

  • Haydn – Cello Concertos 1 & 2 (Mstislav Rostropovich, Academy Of St. Martin In The Fields) (EMI Classics, CD) [1975]
    Superbe interprétation de ces deux concertos qui sont parmi les plus brillants exemples du classicisme viennois dans toute sa somptuosité. Le russe est un des maîtres incontestés du violoncelle et il est accompagné ici par un des meilleurs orchestre de chambre EVEUR. La classe, quoi.

  • Bruckner – Requiem (RIAS-Kammerchor, Akademie Für Alte Musik Berlin, Łukasz Borowicz) (Accentus Music, CD) [2019]
    On est dans le mois des morts donc j’aime me taper des Requiems à le pelle !
    Composition moins connue de ce cher Anton, son Requiem est sa première oeuvre à grand déploiement, conçue alors qu’il avait la jeune vingtaine. Il l’a composé en hommage à son ami et mentor Franz Seiler, décédé d’une crise cardiaque. C’est donc une oeuvre de jeunesse. On sent Bruckner encore très influencé par Mozart (plusieurs passages, comme l’ouverture ou le Dies Irae, vous rappelleront le Requiem de Wolfgang), de même que par les compositeurs baroques et romantiques. Même si on est à milles lieux du Bruckner complètement post-romantique déchaîné et ténébreux de ses symphonies, ce Requiem n’est pas dénué de charme. Composé pour 4 chanteurs/chanteuses solistes, choeur, ensemble de cordes, 3 trombones, cor et orgue, ce Requiem vous offrira de beaux moments fougueux et d’autres plus contemplatifs. Le disque contient aussi d’autres très belle oeuvres funéraires de Bruckner datant de la même époque. À conseiller aux fans de ses Motets (superbes d’ailleurs).

  • Radiohead – Hail To The Thief (Parlophone, CD) [2003]
    Il vieillit bien ce Radiohead là. Je le trouve injustement un brin mal-aimé/sous-estimé. Après avoir botté le cul de tout le monde avec le doublé Kid A/Amnesiac, la bande de Thom et Johnny G. nous sorte cet excellent disque qui mix le côté électronique des deux précédents opus avec quelques morceaux plus guitaristiques rappelant la période OK Computer (voir même « The Bends » par bouts). « Salutations au voleur » est le Radiohead le plus spooky/ténébreux, ce qui n’est pas pour me déplaire. Il a ce côté très immédiat et brouillon qui est vraiment sympa. Tous les morceaux sont imprimés à jamais dans mon cortex mais mentions honorables à :
    « 2 + 2 = 5 », une intro incroyable (comme toujours chez les gars d’Abingdon) et une toune dans laquelle il se passe autant de trucs que dans « Paranoid Android » (pour la moitié du temps de cette dernière)
    « Sail to the Moon », une berceuse neurasthénique qui rappelle « Pyramid Song » (possiblement ma toune préférée de Radiohead)
    « We Suck Young Blood » et son génial slow-clap funéraire.
    « I Will », une sorte de complainte médiévale moderne et magnifique.
    « A Wolf at the Door. », Thom Yorke qui fait un espèce de rap désespéré et paranoïaque. Moi je dis oui.

  • DJ Yoshizawa Dynamite.jp & Chintam – Wamono A To Z Vol. I (Japanese Jazz Funk & Rare Groove 1968-1980) (180g, Vinyle) [2020]
    Le genre de compil qui me fait CAPOTER ! 10 pistes de jazz-funk japonais obscur et pourtant immensément génial. Un pressing impeccable, riche et détaillé. Cela SONNE mes amis ! Et que dire de la pochette si ce n’est que j’ai envie de l’épouser (ne le dîtes pas à ma femme !). Garrochez vous là-dessus au plus vite pour ceux qui ne connaissent pas !

  • Pink Fairies – Never Never Land (Floating World / Retroworld, Vinyle) [1971]
    Groupe nous provenant du Royaume-Uni et comptant parmi ses membres le génial Twink à la batterie, le talentueux Paul Rudolph à la guitare ainsi que d’autres muzikos qui étaient de l’aventure « The Deviants », les fées roses font du succulent hard psych proggy et poppy à souhait, avec des petits relents de proto-punk à travers. Un disque qui passe tout seul et qui alterne avec brio des pistes hard-rock et des pépites plus « space ». À recommander aux fans de Hawkwind, Cream, MC5 et Hendrix.

  • Timothy Leary & Ash Ra Tempel – Seven Up (MG.ART, Vinyle) [1973]
    Collaboration en mode « roue libre » entre les rock-choucrouteurs allemands Ash Ra Tempel et le gourou du LSD Timothy Leary (alias monsieur « Turn on, tune in, drop out »). Qu’est-ce que ça donne ? Un immense acid-jam délirant blues-psych-kraut-space-ambient déstructuré as fuck. Et c’est assez jouissif. Pourquoi ce titre (« Seven Up ») ? Parce ce que le bon TIMOTÉ mettait d’l’acide dans les cannettes de 7-Up des muzikos avant l’enregistrement… et cela s’entend mesdames-messieurs !

  • Nas – Illmatic (Columbia, CD) [1994]
    Le rappeur presque agaçant dans son perfectionnisme et son génie. Sortir un premier album de cette trempe alors qu’on vient tout juste d’avoir 20 ans, ça fait trembler d’envie tous les prétendants. Un flow riche et plein de fougue, des paroles anthologiques/riches et des BEATS mes amis, des BEATS !!!! A goddamn east coast masterpiece.

  • Sanguine Relic – The Essence Of Eternity’s Despair (Signal Rex, CD) [2018]
    Un de mes groupes de RAW Black Metal underground préféré des dernières années. Des riffs carrément ultimes, une ambiance de cimetière fraichement profané un soir de brume (avec les dépouilles purulentes exhibées grotesquement ça et là), des cris qui font mal à la gorge juste à les entendre, une batterie binaire comme on l’aime… L’essence même du Black Metal est là et ne demande qu’à être savourée.

  • Thelonious Monk Quartet & John Coltrane – At Carnegie Hall (Blue Note, CD) [2005]
    C’est Coltrane et Monk (supportés par le merveilleux quatuor de ce dernier) en l’an de grâce 1957. Dois-je en dire plus ? Une des rares rencontre entre ces deux géants du jazz (et de la musique at large) qui, malgré leurs approches radicalement différentes, réussissent le délicat pari d’enchevêtrer leur génie de la plus belle façon ; pour le bonheur de nos tympans gorgés ici d’une liesse sonore divine. Lors de cette soirée de novembre 57, c’est Coltrane (l’invité) qui s’adapte le plus des deux (tout en demeurant tellement lui-même). Il est doux, duveteux, soyeux mais intrépide… Il est en mode « sideman atypique » tout le long. Et son jeu semble inspirer Monk qui, au piano, répond à son sax tenor dans un dialogue évolutif fascinant. Il se permet quelques fioritures célestes notre John, mais sans détonner de l’ensemble, parfait engrenage qui permet à la machine de sieur Monk (son aîné musical) de rouler à perfection. BEAU.

  • The Beatles – Hey Jude (The Beatles Again) (Apple Records, Vinyle) [1970]
    Compile de singles de nos Bidules chéris qui ne figurent pas sur leurs albums (pour la plupart). Même si elles est devenue un brin obsolète par la sortie des « Past Masters » dans les années 80, j’aime quand même bien cette galette qui donne un aperçu succinct de différentes époques des garçons dans l’vent. Ah ouais, « Rain », c’est juste un morceau superbe.

  • Unsheathed Glory – Tales From Toasty Troll Tavern (WereGnome, Cassette) [2022]
  • Unsheathed Glory – The Siege Of Charvencia Keep (WereGnome, Cassette) [2023]
    Deux albums de ce super projet de comfy/dungeon synth parus sur l’étiquette merveilleuse des disques du gnome-garou. Ça sent bon les ambiances de J-RPGs médiévalo-fantaisistes, avec ses thèmes parfois épiques laissant présager des aventures abracadabrantes, parfois relaxants (musiques de fond pour une petite bourgade endormie) ou parfois joyeux (la musique de la taverne des trolls enivrés). On dirait que j’en ai jamais assez de la musique comme ça dans ma vie.
    Tales From Toasty Troll Tavern est plus enjoué et magique. The Siege Of Charvencia Keep est plus grave, austère et mélancolique.

  • Merzbow – Gomata (Hypnagogia, CDr) [2017]
    Le dernier volet de la trilogie « Merzcow ». Masami nous sert ici 4 pistes noise tantôt abrasives, tantôt cafardeuses ; débordantes jusqu’à plus soif de ce synthé très space et plein de reverb, le tout créant une atmosphère psychédélique obtuse, cauchemardesque et chaotique à souhait. Excellent comme musique de fond pour un souper spaghetti en famille.

  • Kasa Tessema – Kassa Tèssèma (Heavenly Sweetness, 2 x Vinyle) [2014]
    Chanteur folk éthiopien à la voix profonde, riche et touchante, accompagné uniquement de sa guitare 6 cordes.
    Comment une musique aussi simple peut-elle être me fendre l’âme aussi profondément ? Sa sincérité complète et totale, probablement… Et c’est juste beau sans limite et sans bon sens. Musique empreinte d’une mélancolie ancestrale et d’une insondable nostalgie, mais tout ça dans le calme, l’humilité et dans une certaine forme de candeur résignée. J’en passerais des nuits entières à l’orée de cette forêt, près du feu, à écouter Kasa me raconter histoires et légendes, sans fla-fla ni concession, laissant juste son coeur pleurer sa misère à travers sa voix et sa 6 cordes..

  • Ingrid Laubrock – Contemporary Chaos Practices / Two Works For Orchestra With Soloists (Intakt, CD) [2018]
    Jazz avant-gardiste pour orchestre big band chaotique. En plein le genre de truc qui me parle mais qui peut te vider une pièce (à utiliser lors des fins de party, avec des invités qui ne décollent pas) !
    La saxophoniste new yorkaise Ingrid Laubrock nous livre deux longues pistes de Third Stream/Modern Creative absolument bluffantes, sombres à souhait, cinématographiques et empreintes d’une tension palpable. À noter la présence d’une de mes guitaristes préférées qui oeuvre actuellement dans le créneau des « musiques DICCILES » (de dire notre papa Legault national), j’ai nommé : Mary Halvorson.

  • Deathspell Omega – The Long Defeat (Norma Evangelium Diaboli, Vinyle) [2022]
    Deathspell en évolution, encore et toujours… Moins hyper-violent et moins dissonant qu’auparavant. Plus mélodique, raffiné et progressif… mais pas moins pernicieux et suffocant pour autant. Un autre album génial dans une des discographies black métalliques les plus importantes et remarquables qui soient.

  • Jim O’Rourke – Insignificance (Drag City, CD) [2001]
    Bon Dieu que j’aime c’te disque ! L’homme aux 70 000 albums et aux 50 000 collaborations donne surtout dans l’expérimental (ambient, drone, noise, free improv, électro acoustique, musique concrète, etc…) mais une fois de temps en temps, il s’adonne à l’exercice de l’album « pop ». Ce fut le cas du génial « Eureka » (1999) qui mélangeait glitch et primitivisme américain (façon Fahey) à du jazzy-lounge-pop sirupeux à la Burt Bacharach et autres influences pop 60s et 70s (Sparks, 10cc, Van Dyke Parks, Beach Boys). Insignificance, sa suite logique, conserve la même palette d’influences mais dans un contexte plus rock et country alternatif, où la guitare et la batterie ont une place de premier choix. Jim aligne des pépites superbement composés/orchestrés, qui sont le véhicule instrumental de textes absolument tranchants, dédaigneux, amers, voir même cruels (« Looking at you reminds me of looking at the sun and how the blind are so damn lucky »…. Ye-OUCH !).
    Un très grand disque de musique qui n’a pas pris une ride !

  • Crabe – Sentients (Pantoum, Vinyle) [2021]
    Le groupe électro-prog-punk-rock-expérimental-iconoclaste préféré des petits et des grands crustacés nous sert ici un huitième album de grande qualité. Leur musique est excessivement folichonne, imprévisible, attachante, ludique, grand guignolesque, bariolée à fond la caisse, détraquée au possible. C’est comme la visite (dans vos enceintes) d’un cirque itinérant un brin déconcertant avec des tigres pyromanes, des clowns mangeurs de chair humaine (le visage barbouillé de sang et de tripes), des singes batteurs arborant des gaminets à l’effigie de Francesco Zappa et des acrobates unijambistes albinos qui jonglent avec leurs propres membres qu’ils s’arrachent en souriant. Impossible de ne pas rire à gorge déployée à l’écoute de cet opus, un rire à la fois sincère et senti (mais nerveux).
    Une brochette d’invitée assez paradisiaque aussi : Hubert Lenoir, Laurence-Anne, Yuki Berthiaume-Tremblay (I.D.A.L.G., Jesuslesfilles, Yocto), Vincent Peake (Grimskunk, Groovy Aardvark), Mathieu A. Seulement (SEULEMENT), Étienne Dupré (Duu, Klô Pelgag), Benoit Poirier (Jesuslesfilles), Jean Michel Coutu (I.D.A.L.G.), les Dianacrawls, Infopolice et même Dan Mongrain (Mothafuckin VOIVOD).

STREAMING :


GUILLAUME P. TRÉPANIER

Écoutes récentes en rafale, de gauche à droite (pardonnez-moi l’éclairage) :

  • Population II – Électrons libres du Québec (2023) [QC]
    Définitivement mon disque de 2023, on retrouve ici Population II en parfaite maîtrise de leur art. Heavy psych, krautrock, prog… Le tout en français, pour ne pas dire en québécois. Cet album aux textes imagés et créatifs est un véritable tour de force vibrant autour d’influences de groupes tels que Gong, L’Infonie, Vos Voisins, Chocolat ou C.A. Quintet. Je vais vous le dire, je suis en amour.

  • Syd Barrett – Syd Barrett & The Pink Floyd Demos And Rarities (compilation de 2012) [UK]
    Bootleg très bien décrit par son nom. Les fans finis de Syd Barrett ou de vieux Pink Floyd y trouveront assurément leur compte.

  • Gravediggaz – 6 Feet Deep (1994) [US]
    Hip-hop Horrorcore/boom bap aux beats subtilement extravagants, expérimentaux et éclectiques, saupoudrés parfois de marimbas, parfois de voix aux accents d’outre-tombe et surtout de pas mal de contrebasse et de piano. Des rappeurs avec une dégaine qui rappelle Ice Cube, Public Enemy, Big L ou encore Ol Dirty Bastard, bref, on est dans ma zone favorite du genre.

  • Jordsjø – Salighet (2023) [Norvège]
    Nouvel opus d’une de mes formations favorites de la très active et créative scène progressive norvégienne. Jordsjø arrive encore une fois à concocter une musique progressive axé sur la flûte et le jazz, sans tomber dans le genre “jazz-rock”, avec un soupçon de folk plus celtique. Magnifiquement arrangé, comme toujours.

  • Mari Trini – ¿Quién? (1974) [Espagne]
    Chanteuse de la vague “chanson 60s” où les interprètes étaient souvent accompagné(e)s d’un orchestre aux sons mélancoliques pour y dégainer leur texte poétique. Le tout se passe ici en espagnole, ce qui confère à cet enregistrement un mood très spécial, triste, mais réconfortant.

  • Vanishing Twin – Afternoon X (2023) [UK]
    Le tout nouvel album de mes chouchous d’Angleterre, Vanishing Twin. Une ambiance apaisante et aérienne s’en dégage, malgré tous les arrangements éclatés et toutes les subtilités très expérimentales qui gravitent autour de chaque morceaux. Fortement recommandé aux fans de Stereolab et Broadcast.

  • New Potatoes – New Potatoes (1973) [Canada]
    Une petite obscurité country/folk canadienne qui fait du bien. Des chansons honnêtes, bien senties et interprétées avec un certain relâchement. On ressent un bel esprit de communauté là-dessus, comme si c’était le band d’un village qu’on ne peut entendre que si on le visite un vendredi soir.

  • June Wallack – June Wallack (1976) [QC]
    Album prog/folk un brin obscur de chez nous. Outre l’interprétation sans faille de June Wallack, on y retrouve plusieurs musiciens de la formation exceptionnelle Ville Emard Blues Band, ainsi que Michel Robidoux et Pierre Nadeau. Côté musicianship, c’est du gros bonbon.

  • Richard Dawson – The Ruby Cord (2022) [UK]
    Art rock/folk progressif, sans concession, les tripes sur la table, plein de personnalité. Richard Dawson a atteint le sommet de son œuvre ici. Album double, une pièce de 40min sur un disque et 6 morceaux sur l’autre. Ça peut faire peur, mais je vous le dit, ça coule comme du beurre dans poêle. Dans mon top 5 de 2022.

  • Moonstone – Moonstone (1973) [Canada]
    Certainement dans mes meilleurs albums folk à vie. Moonstone est une formation plutôt mystérieuse, n’aillant endisqué que ce disque rare et maintenant très prisé. Il y a des chansons catchy et très lumineuses, comme d’autres plutôt sombres avec un feeling quasi-hanté, un sentiment que je n’ai jamais retrouvé ailleurs dans la musique folk.

  • Christian Gauthier – Sine Qua Non Volume 3 – Hiver 1979 (1978) [Canada]
    Troisième offrande de l’auteur-compositeur-interprète Christian Gauthier. Cet album semble encore oublié des amateurs de prog québécois, mais pourtant… On y retrouve Richard Lanthier (Mystery, April Wine), Denis Toupin (Boule De Son, Concert, Pour Nous Autres), Luc Gauthier (Opus 5, Le Blanc et Lalancette) qui te font sonner ça assez puissant merci. Il faut aussi mentionner que Suzanne Jacob signe quelques textes.
  • Kryptograf – The Eldorado Spell (2022) [Norvège]
    Proto-metal, Doom saucé dans le psyché, Kryptograf nous rappelle à quel point c’est le fun du metal pas trop cliché qui se plonge dans un univers fantastique.

critiques

Can – Tago Mago

Année de parution : 1971
Pays d’origine : Allemagne
Édition : SACD, Mute – 2005
Style : Krautrock, Rock Psychédélique, Stockhausen-Prog, Funk Extra-Terrestre, OVNI

Je ne passerai pas par quatre chemins : Tago Mago est un de ces monuments emblématiques de la musique du 20ème siècle qu’il se faut de posséder. C’est un disque essentiel à toute discographie (et ce, même si vous avez uniquement du classique ou du reggae dans vos armoires). Cet album dépasse tout, confond tout, détruit tout ; toutes les limites et frontières musicales possibles… Rock psychédélique, prog, musique concrète, pop, proto-électronique, free jazz, musique tribale (celle qui est enfouie dans les zones les plus reculées du cerveau humain et ce, depuis des siècles). C’est un énorme morceau de bravoure, de folie, d’expérimentation brute, de plaisir, de rêve, de cauchemar, d’euphorie, de noirceur et de transe (surtout). C’est ce qui en musique s’approche le plus de l’envoûtement voodoo. C’est un truc 10 ans en avance sur son temps (voir même mille). C’est le Disco Volante des jeunes années 70. C’est aussi probablement le Sgt Pepper du Kraut-Rock – l’album qui représente le mieux l’étendue de ce genre musical influent qui n’en est pas vraiment un. C’est la musique que produirait des psychiatres qui bossent à l’aile des schizos si ils formaient un groupe de rock avec leurs patients les plus atteints (ce mélange génie-démence-rigueur-liberté qui marche à tout coup). Ça peut être la porte d’entrée à un million de trucs qui peuvent changer la vie d’un mélomane : le kraut-rock, le prog, la musique classique moderne, la musique électronique, le math-rock, la musique tribale (de tout pays), etc… J’insiste : vous devez au moins expérimenter une fois dans votre vie les méandres de Tago Mago. Vous allez peut-être adorer. Vous allez peut-être détester. Mais surtout, vous n’en sortirez pas indemne, je vous le promets.

Il ne faut pas passer sous silence que ce deuxième album souligne l’arrivée officielle de Damo Suzuki en tant que chanteur de Can (on l’avait entrevu sur l’excellent Soundtracks…), un changement majeur dans l’histoire du groupe, qui ne sera plus jamais pareil après le passage de cette tornade vocale humaine incongrue. Ce sympathique cinglé de service avait quitté son Japon natal (un pays riche en fous de toutes sortes) quelques années auparavant pour faire le tour de l’Europe, guitare à la main – histoire de faire un peu d’argent de poche. Remarqué dans les rues de Munich par Holger Czukay et Jaki Liebezeit alors qu’il exerçait son art (ça devait détonner des autres chansonniers), il est invité à se produire avec le groupe le soir même (voilà un concert auquel j’aurais aimé assister !). C’est le coup de foudre psychotronique instantané ! Armé de ses cordes vocales supersoniques, le jeune Suzuki vient accentuer et colorer l’intensité déjà palpable de la musique de Can. Grand improvisateur usant de son organe vocal comme d’un instrument polymorphe, Damo chante comme un possédé sur Tago Mago. Il chuchote mystérieusement par moments, hurle grotesquement par d’autres, créé sa propre pièce de théatre « Nô » sur l’acide, imite parfois le bruit d’un poulet qu’on étrangle à mains nues, chante dans des langues inconnues qu’il invente à mesure mais qui sont pourtant géniales (forcément, en tant que fan de Magma, ça vient me chercher). Bref, Damo devient par le fait même une part intégrante du son du groupe et restera avec eux pour ce qui est considéré par beaucoup comme leur meilleure période créatrice.

Holger Czukay et Damo Suzuki

Imposant album-double de 70 minutes, Tago Mago débute sur les chapeaux de roues avec l’incroyablissime « Paperhouse » : une brève intro space faîte en ondulations de claviers et on est tout de suite projeté au pays de la rythmique qui tue. Cette rythmique insoutenable, marque de commerce de Can, vient nous happer, nous ensorceler, et ne nous lâchera pas avant la fin de l’album (à part à quelques moments de folie atonale). Ce qui débute comme une sorte de ballade prog acide et amère devient une montée des plus hallucinantes (de quoi faire rougir la plupart des groupes de post-rock), portée par le délire ordonné (encore une fois le parallèle folie-raison) de cette guitare psychée jouée à perfection et de cette batterie venue de l’au-delà. Je tiens à préciser : bordel que cet album ne sonne pas « 1971 » ! Dès que cette pièce d’ouverture atteint son apothéose, on tombe dans le trouble avec « Mushroom », mystérieuse pièce qui porte en elle son lot de mystères indomptables… On sent le malaise sous-jacent à travers la rythmique proto-industrielle, cette basse funky et sombre, ces percussions recouvertes d’échos et de réverbérations et les hurlements imprévisibles de Damo. L’ascension du délire se poursuit avec l’incroyable « Oh Yeah », qui débute avec le bruit d’une explosion nucléaire que semblait nous annoncer « Mushroom ». En parlant de « Oh Yeah » : jamais titre n’aura aussi bien porté son nom. En écoutant ces 7 minutes de pur génie, j’ai juste le goût de me mettre à danser aussi frénétiquement que maladroitement et de HURLER le titre de la chanson à tout rompre entre les murs de mon bureau, tel un beau criss de cave (ah… la magie de la musique !). Ça débute avec possiblement la rythmique (le mot le plus sur-utilisé de la chronique) la plus bandante qui soit, agrémentée de quelques couplets chantés par Damo mais dont les bandes sont jouées à l’envers… On sent que ça monte vers quelque chose de grand, d’incompréhensible, de « plus fort que toi »… puis la musique s’arrête soudainement, et repart de plus belle avec cette fois une guitare bluesy interstellaire à l’appui et des vocaux anglo-nippon-what-the-fuck. Dantesque ! Ce petit chef d’oeuvre pourrait facilement être le climax d’un disque déjà parfait mais le plus fou reste encore à venir (oh que oui !).

« Halleluhwah », du haut de ses presque 20 minutes, est une jungle sonore où il fait bon se perdre. Ce beat, mon Dieu, CE BEAT ! Le Funk a été invité au rave tropical et il a amené ses potes jazzmen le temps d’interludes savoureux au piano. À part ces passages plus tranquilles, cette pièce est surtout l’heure de gloire de Jaki Liebezeit, Dieu-percussioniste de son état. Le beat qu’il produit (ainsi que ses variations multiples et virtuoses) se trouve à être le coeur du morceau, sa colonne fondatrice à laquelle vient se greffer une foule d’éléments disparates savoureux… comme ce violon déchaîné, ces claviers psychédéliques qui sont aussi cheap qu’inquiétants, cette basse sourde et bien sûr Damo dans toute sa gloire caractéristique. On tombe ensuite dans la portion plus extrême et expérimentale de Tago Mago, avec « Aumgn » et « Peking O »… Bienvenue dans un enfer stockhausenien des plus pétrifiants et où toute forme de mélodie disparaît dans les limbes. « Aumgn » est une sorte de collage ambient qui pourrait faire office de trame sonore à un film préventif sur l’usage du LSD. Il ne fait pas bon de s’endormir en écoutant cette portion du disque… Les rêves qui s’ensuivent sont, disons le, plus ou moins traumatisants. On navigue ici à travers une brume sonore épaisse qui est l’amalgame d’une tonne d’effets sonores de studio (signés Irmin Schmidt), de field recordings de chiens qui jappent, d’impros musicales sur le thème du « cirque dérangé » et surtout de cette voix, sinistre au possible, qui repète inlassablement AUUUUUUUUUUUUMGN (Aleister Crowley in DA HOUSE). Dans le genre « maman, j’ai peur », « Peking O » est elle aussi dure à battre. C’est certainement le morceau le plus psychiatrique de toute la discographie de Can. Trop dur de parler de cette chose époustouflante… sinon que c’est probablement un truc que les membres des Boredoms ont écouté à répétition à leur adolescence.

Tago Mago revient à une certaine forme de normalité avec le dernier morceau, « Bring Me Coffee or Tea », sorte de ballade-transe brumeuse qui vient clore à merveille ce périple sonore des plus audacieux. Et il est vrai qu’après avoir fait le tour de 8000 galaxies le temps d’un album, il est bon de se réconforter avec une bonne tasse bien chaude… et de se demander si on y replonge tout de suite tête première… car ce disque est une drogue. Ce n’est plus de la musique comme on en entend normalement (avec de jolies mélodies et des belles idées). Non. C’est de la « matière sonore brute, libre et savante » qu’on s’injecte dans les tympans avec plaisir. Deviendrez-vous accros comme moi ?


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :

15 Fréquences, Mixtapes

15 Fréquences Ultimes – Épisode 17 – Bolduc Tout Croche

Bolduc Tout Croche, c’est le projet de Simon Bolduc, compositeur, guitariste, parolier et chanteur. Il est accompagné de précieux acolytes : Andrea Mercier (basse et voix), Marc-Antoine Sévégny (batterie) et David Marchand (pedal steel et guitare électrique). La troupe évolue dans une forme de country-rock alternatif empruntant autant à l’americana qu’au rockabilly ; mariage d’influences réussi et singulièrement unique dans le panorama musical québécois. Et puis, il ne faut pas oublier de parler des textes simples mais forts bien écrits de Simon ; à la fois touchants, universels et profondément humanistes.

Quand j’ai demandé à notre homme (parfois chapeauté) de choisir 15 pièces qui furent marquantes dans son parcours d’artiste et de mélomane, il fut emballé et m’a pondu cette liste de pistes qui, selon moi, englobe bien l’essence même de Bolduc Tout Croche. S’entremêlent artistes québécois, américains et français. Peu importe leur provenance et leur mode d’expression musical, ce sont des storytellers de talent qui ont un regard unique sur la vie, tout comme Simon.

Je vous souhaite une très bonne écoute messieurs-dames (et aussi les aiguise-crayons vampiriques) !

Tracklist:

  1. Dumas – Linoleum
  2. Émilie Proulx – La peur me montre vers où aller
  3. Rob Lutes – Uptight
  4. Giant Sand – Lost love
  5. Merle Haggard – Green Green Grass of Home
  6. George Jones – Choices
  7. Doc Watson – Shady Grove
  8. Richmond Fontaine – Wake Up Ray
  9. Tony Rice – Never Meant To Be
  10. Tom Waits – Hold On
  11. Gainsbourg – Je suis venu te dire que je m’en vais
  12. Bashung – Comme un Lego
  13. Renaud – Dans mon HLM
  14. Jérôme Minière – Simple comme bonjour
  15. WD-40 – Je reviens de l’est

Vous pouvez suivre et encourager Simon Bolduc/Bolduc Tout Croche ici :

critiques

Andy Stott – Luxury Problems

Année de parution : 2012
Pays d’origine : Royaume-Uni
Édition : CD, Modern Love – 2012
Style : Dub Techno, Ambient Techno

L’autre soir, j’étais peinard chez moi, le nez penché sur « la Maison des Feuilles » de Danielewski quand j’ai entendu la voix cristalline et lisse d’une chanteuse d’opéra robotique sortir de mon répondeur. « Bizarre » me suis-je dis à cet instant précis. Cette vieille merde est pourtant débranchée depuis des lustres. J’allai vers l’engin en question, les « Touuuch…. Touuuuch….. Touuuuch….. » langoureusement susurrées par la voix fantôme se faisant plus persistants à mon oreille à mesure que mon organe tympanesque se rapprochait lui aussi de la source, accompagnant docilement le restant de mon entité corporelle dans son déplacement est-ouest.

Y’avait comme une fumée blanche et opaque qui s’échappait du truc. C’était comme une sorte de brouillard suspendu en l’air mais qui avait l’air presque solide. Au toucher, c’était froid et soyeux. Et ça fichait des malins petits frissons vraiment spéciaux aussi, entre l’excitation et la répugnance.

Alors que je peinais à comprendre la situation pleinement, ma laveuse se mis alors à fonctionner grotesquement. Elle était partie en mode « Drain & Spin » et le son était hyper-amplifié, comme si je l’entendais en étant dedans. « Fuck ! yé minuit et quart, quessé que les voisins d’en bas vont dire ? » fut alors la seule pensée intelligente qui me vint en tête.

Puis ce fut le tour du frigo de se réveiller, tout en ronronnements extra-terrestres célestes. Et la machine à Expresso aussi, produisant une vapeur grisâtre et compacte. L’appartement prenait vie, chargé de cette drôle d’électricité qui avait disjoncté. La fumée recouvrait maintenant tout et à son contact, les lumières s’allumaient, grésillaient, certains globes éclatants. En respirant la fumée à pleins poumons, je me mis à tout voir noir, blanc et bleu. Un bleu frigorifié. C’était beau mais inquiétant.

Ma chaumière était maintenant devenue un club de dance spectral bigrement lynchien où j’errais seul, hallucinant sous des stroboscopes impies et des néons qui scintillaient d’une luminescence flétrie, portée par ces beats de bass génialement givrés et, encore et toujours, cette voix de femme surréelle, qui aurait censée dû être le dernier bastion d’humanité dans toute la scène mais qui, étrangement, était ce qu’il y avait de plus glacé. En transe et transi, je pensais au « Masque de la mort rouge » mais avec des fils électriques comme protagonistes puis à Serial Experiments Lain… Je rêvais d’un Tintinnabule transfiguré en Palmer Eldtrich, dévorant diverses univers…

Je me suis endormi et/ou ai perdu connaissance quand l’imprimante s’est mise de la partie. Le lendemain, j’avais un mal de bloc et l’irrépressible envie de jouer à Mega Man 2.


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critiques

The Pale Fountains – Thank You / Meadow of Love

Année de parution : 1982
Pays d’origine : Royaume-Uni
Édition : Vinyle 7″, Virgin – 1982
Style : Jangle Pop, Pop Baroque, Sophisti-Pop

La pop-muzik faîte perfection… L’enchevêtrement onctueux de la jangle pop britannique 80s et de la pop baroque on ne peut plus sixties… C’est ce que vous propose ce single mirobolant des Fontaines Pâles.

Encore une fois, l’histoire se répète… Groupe encensé des critiques (John Peel en avait la trique pas à peu près) mais qui ne trouve pas la faveur du public anglais qui lui, se délectait plutôt du « Come On Eileen » des Dexy’s Midnight Runners (pièce que j’apprécie pas mal, ceci dit… mais qui n’arrive sincèrement pas au talon de la moindre note émise par les Fountains). Boudé par les radios, le quatuor originaire de Liverpool ne produira que 2 albums (magnifiques) ainsi qu’une ribambelle de singles tous plus magiques les uns que les autres.

Ça s’entend : les Fontaines aiment Love, les Beatles, Scott Walker et surtout ce bon vieux Burt (Bacharach), avec qui ils partagent le goût des arrangements luxuriants, sirupeux, somptueux, délicats… La voix de leur chanteur/guitariste (Michael « Mick » Head) a cette fraîcheur toute printanière et cette émotivité à fleur de peau… Elle coule avec délice dans l’appareil auditif. Ils ont un trompettiste (Andy Diagram) qui vient recouvrir une musique déjà opulente de notes chaudes et cristallines. Nos deux autres lascars, Chris McCaffery (basse) et Thomas Whelan (batterie), ne sont pas en reste et forment une section rythmique toute en douceur et en finesse.

Au delà des habiletés techniques des muzikos, ce qui m’épate au plus au point chez ces jeunes gens, c’est leur talent divin/inné pour composer et orchestrer des chansons pop qui te rendent instantanément nostalgique d’un passé imaginaire et fastueux… d’une époque qui n’a vraiment jamais existé ailleurs que dans ton monde intérieur, mêlant le réel et l’irréel. Ces deux chansons miraculeuses, c’est une clé pour y accéder à cet univers tissé en fils de paradis.

Prenez Thank You… Ce piano enchanteur, ces envolées orchestrales, ces notes de trompettes limpides, cette voix de gamin crooner, ce refrain avec ce falsetto allègre qui te chavire les sens… Bon Dieu que c’est beaaaaaauuuu !!!  Si quelqu’un n’a pas un rictus euphorique de scotché au visage à l’écoute de ce petit chef d’oeuvre et bien… euh… il vient probablement d’apprendre que sa grand-mère vient de décéder. Et c’est vrai que c’est assez triste. Je lui conseillerais plutôt d’écouter du Tom Waits ou du Nick Drake.

La Face B, « Meadow of Love », c’est les Fontaines en mode nocturne/bal masqué à Marienbad (avec un passage très James Bond-licieux en ouverture). Un autre délice pop porté par ces cordes vertigineuses, ce piano romantique à souhait, cette trompette jazzy et ces passages de flûte qu’on dirait sortie d’un obscur album d’Exotica. MA-GIS-TRAL.

Je reviendrai probablement sur les albums du groupe dans de futures chroniques mais en attendant, ruez vous sur ces deux pistes pour découvrir un des plus grands groupes (inconnu) de jangle pop de tous les temps !


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Playlist

PLAYLIST #21 – Semaine du 6 novembre 2023

SALADE D’ENDIVES

PHYSIQUE :

  • Mozart – Requiem (Philippe Herreweghe) (Harmonia Mundi, CD) [1997]
    Écoutez cet « Introitus » éploré, qui avance lentement, avec douleur, presque pathétique… alors que les choeurs, magnifiques, dramatiques s’élèvent dans l’éther… Subissez la rage tellurique de ce « Dies Irae » presque Metal par bouts ! Lyrique et magistral au possible. Pleurez avec ce « Lacrimosa » alors que ce dernier se fait un malin plaisir à vous arracher le coeur et à le piétiner sans relâche (mais avec une volupté toute contrôlée… fichtre ; ce passage de clarinette !). Et accueillez là bras ouverts, la faucheuse, qui arrive triomphante pour venir chercher son dû alors que retentit le théâtral « Agnus Dei » qui se fond en un « Lux Aeterna » où un rayon de Soleil solitaire vient transpercer momentanément la chape grise de Novembre, illuminant la scène fatidique où les doigts squelettiques se referment sur le moribond.

  • Jóhann Jóhannsson – Virðulegu Forsetar (CD + DVD-Audio, Touch) [2004]
    Un compositeur énorme qui nous aura quitté très tôt et qui est l’auteur d’une pléiade de trames sonores mémorables et d’albums solo magnifiques. Je considère Virðulegu Forsetar comme son oeuvre maîtresse ; son chef d’oeuvre absolu. C’est une longue pièce contemplative de 65 minutes pour 11 cuivres, deux orgues, piano, percussions, cloches + éléments électroniques. Le tout s’ouvre sur cette espèce de fanfare mélancolique au ralenti (les cuivres) qui joue un air qui reviendra souvent au travers de la piste, avec des variations subtiles… Entre ces passages, c’est du drone céleste et méditatif qui occupe nos enceintes (porté par ces basses subsoniques), montant parfois d’intensité, descendant à d’autres moments… C’est incroyablement beau et solennel, émouvant sans jamais être tragique. Dans mon top 10 albums de drone de tous les temps.

  • Kenneth Gaburo – Music For Voices, Instruments & Electronic Sounds (Nonesuch, Vinyle) [1968]
    Génial disque de musique concrète / proto-électronique avant-gardiste avec chorale démente + pochette somptueuse. Les Nonesuch de cette époque là sont pas mal tous complètement fous et méritent votre attention. Ah oui, la Face B sonne parfois comme une oeuvre perdue de John Zorn.

  • Art Blakey And The Jazz Messengers – Reflections In Blue (Timeless / MOV, Vinyle) [1979]
    Un très beau Blakey tardif, enregistré en 1978 avec un superbe line-up des Messagers du Jazz bourré de jeunes musiciens ont trop la pêche d’accompagner la légende de la batterie. Le plaisir est communicatif et s’entend. Du Hard-Bop presque anachronique pour l’époque (cela sonne très mid-sixties), avec une prise de son ravissante et un pressing absolument parfait des gentlemen de Music on Vinyl. Ah ouais, et sur la dernière piste (« Stretching »‘) les gros fans de rap vont assurément reconnaître un sample célèbre (utilisé par Digable Planets).

  • Yearner & Visions of Niften – Winter Camaraderie (Voldsom, Cassette) [2018]
    Deux projets phares de l’étiquette underground Voldsom Musikk se sont associés pour pondre cette missive de dungeon synth hivernal séraphique et c’est BEAU. Une musique lo-fi, simpliste, nostalgique, brumeuse, enchantée… J’aime absolument TOUT sur ce label

  • Onfang – Late Winter Blooms (Phantom Lure, Cassette) [2023]
    On reste dans le synthé donjonné avec cette jolie cassette de winter/comfy synth tout délicat et touchant. Un EP pour célébrer le passage de l’hiver au printemps ; mais que j’écoute évidemment hors saison, alors que nous, on s’approche petit à petit de la froide saison. Chaque piste de ce recueil est une petite merveille de fragilité et d’émotion, avec des sons de synthés à la fois chaleureux et transis.

  • Depeche Mode – Music For The Masses (Mute, CD) [1987]
    6ème album des Dieux incontestés de la Synthpop eighties. Depeche Mode a beau être reconnu comme un groupe avec des singles imparables mais ça demeure selon moi un band qui te fignole surtout des albums à tout casser, sans réel moment faible (surtout à cette époque). Y’a rien à jeter ici. Je lui préfère néanmoins légèrement son grand frère « Black Celebration » et son cadet (l’incrédiiiible « Violator »)… Mais y’a pas à dire, c’est du grand DM. Un des rares groupes capables de jouir d’un succès commercial ahurissant tout en commandant le respect des mélomanes plus aguerris.

  • Rocksteady Got Soul (Soul Jazz, 2 x Vinyle) [2021]
    Comme toujours chez Soul Jazz, on fait des compiles miraculeuses. Celle-ci n’y fait pas exception. Deux galettes remplies à rabord de délectable rocksteady et de reggae qui lorgne du côté de la soul. Un gros Soleil irradiant dans ta soirée de novembre pluvieux. Et des pochettes de même, j’en ai jamais assez dans ma collection.

  • Khanate – Things Viral (Southern Lord, CD) [2003]
    Cet album est douleur. Cet album est supplice. Cet album est aliénation totale et sans retour. Les divagations psychotiques d’un dérangé mental profond qui a vu des choses qu’on ne devrait jamais voir, qui a touché le vide gelé des confins du mal-être. Au delà de toute hallucination impossible ; au delà des os broyés/liquéfiés d’une carcasse vaguement humaine qui jonche le sol putride d’un cachot enseveli sous dix mille tonnes de glaise et de cendres. La lourdeur pour la lourdeur et les silences qui se font gouffres entre ces morceaux de chair faisandés. Drone-Sludge-Metal-Ambient-Calciné de dortoir d’hôpital psychiatrique abandonné. Un album qui nous rappelle que quand on pense avoir atteint le fond, on peut toujours aller plus loin dans l’innommable et la déshumanisation… on peut toujours creuser la terre noire à mains nues, s’écorchant la peau sur les racines gelées et les pierres coupantes, alors que les larmes, le sang et le mucus coulent généreusement de nos entités corporelles (futurs dortoirs et garde-manger à vers blancs), se répandant sur l’écume des cauchemars morts. Feel good album of the century.

  • Khanate – To Be Cruel (Sacred Bones, CD) [2023]
    On les pensait morts et enterrés pour de bon… On pensait que notre cerveau déjà vicié jusqu’à plus soif par leurs offrandes anti-musicales antérieures avait assez été éprouvé… Mais voilà qu’ils remettent les couverts pour une autre dose d’ultra-masochisme sonore. Une barre de tôle rouillée qu’on t’enfonce langoureusement dans la gueule, au ralenti, pour que tu puisses savourer chaque sensation, chaque contusion, chaque degré de douleur… puis des milliers d’araignées affluent de tous les points cardinaux ; des petites, des moyennes, des grosses… À l’aide de leurs mandibules souillés, elles viennent te déchirer les joues, le front, les oreilles, le nez, les yeux (Fulci style)… Bêtes avides, stupides, porteuses de la violence et du chaos originels. Un disque retour très attachant.

  • Fly Pan Am – Fly Pan Am (Constellation, 2 x Vinyle) [1999]
    Le premier album de cette formation montréalaise légendaire ; un des joyaux de la scène locale qui brille à l’international et qui produit encore des albums d’une qualité exceptionnelle (après une très longue pause). Au menu : Post-rock expérimental et krautrock-ish minimaliste, répétitif, hypnotique et noisy. On fait difficilement mieux dans le genre.

  • Herbie Hancock – Empyrean Isles (Blue Note, CD) [1964]
    Un Herbie Hancock magistral. Le plus important et le meilleur de sa période Blue Note, déjà forte en chef d’oeuvres. Une Face A de Jazz Modal somptueuse et de facture plus classique… et une Face B anthologique avec un « Cantaloupe Island » beau à te faire dresser tous les malins petits poils de ton corps… Et puis après, il y a « The Egg » ! Le moment le plus avant-gardiste et free de la galette. Un 14 minutes en apesanteur dans une musique hautement fertile, progressive, nébuleuse, crépusculaire… Ce piano répétitif en ouverture (à la rythmique quasi Kraut-Rock… si si, j’vous jure !), supporté par une batterie ultra minimaliste et à contre sens de tout ce qu’on a entendu jusqu’à lors… Puis, petit à petit, ça se transforme en quelque chose de grandiose et de féérique. Les conventions fichent le camp. On ne sait plus si on est chez les Jazzeux ou chez les Classiqueux Contemporains.

  • Pete Rock & C.L. Smooth – Mecca And The Soul Brother (Elektra, 2 x Vinyle) [1992]
    Gros classique incontournable de Boom Bap jazzy-funky icitte et un des meilleurs albums de rap des années 90. Si Pete Rock est reconnu (avec raison) comme étant l’un des meilleurs producteurs hip-hop de tous les temps, c’est en grande partie à cause de ce disque qui l’a mis sur la map. Ses beats jazz-rap hyper inventifs et fignolés d’une main de maître sont bourrés de cuivres fondants comme du caramel, de grosse basse chaleureuse et de keys noctambules. Et n’oublions pas C.L. MOELLEUX dans tout ça ; vraiment le MC idéal pour accompagner ces instrus fantasmatiques.

  • Jacques Higelin / Brigitte Fontaine – 12 Chansons D’Avant Le Déluge (Disques Jacques Canetti, CD) [1971]
    Compilation de chansons de Higelin et Fontaine, parfois en duo, parfois en solo, originellement parues sur différents microsillons dans la deuxième moitié des années 60. On est dans la chanson jazz de facture beaucoup plus classique que ce que les deux lascars feront par la suite (à partir du début des années 70) mais ça reste du génie.

  • Terutsugu Hirayama – Castle Of Noi (Nexus, Vinyle) [1983]
    Un énorme merci à l’élégant et amical Frédérik Roy d’être venu me porter chez moi cette galette divine. Il s’agit de mon 2ème album de prog-rock symphonique japonais préféré of all time (le premier demeurant « Barren Dream » de ce cher Mr. Sirius). Cet unique album solo du leader de Teru’s Symphonia (et membre de Novela et Schéhérazade) est une tuerie de prog bombastique comme il ne s’en faisait qu’au Japon dans les eighties. Des vocaux féminins magiques, du clavier grandiloquent à qui mieux-mieux, de la guitare savoureuse, d’la batterie bien punchée, une basse bien présente et mixée comme on l’aime. Des compositions savamment montées (qui rappellent Rush, Yes et Genesis) avec de jolies fioritures et des passages plus calmes/atmosphériques absolument splendides. TELLEMENT HEUREUX de pouvoir enfin compter ce disque dans ma collection.

STREAMING :


GUILLAUME P. TRÉPANIER

Écoutes récentes en rafale, de gauche à droite:

  • Affinity – Affinity (1970) [UK]
    Affinity est un band qui navigue entre le prog, le folk, le psych, le jazz et le blues sans jamais entrer complètement dans un style précis. Une œuvre éclectique à laquelle il est difficile de résister, j’ai accroché automatiquement dès ma première écoute.
    La photo qui recouvre gatefold est aussi fantastique, mystérieuse et contemplative. Dans mes pochettes préférées.

  • Child Of Nature (compilation de 2023) [US]
    Compilation de raretés folk obscures absolument magnifique, tant dans son emballage que dans son contenu. C’est rapidement devenu un classique chez nous pour ensoleiller les matins ou enjoliver les soupers tranquilles.

  • Témpano – Åtabal Yémal (1980) [Vénézuela]
    Du gros jazz fusion expérimental comme seuls les sud-américains sont capables de pondre, avec leur background en musique latine et leurs amours pour le rock et le jazz des 60s-70s. Un autre produit cruellement méconnu du Vénézuela.

  • Ol’ Dirty Bastard – Return To The 36 Chambers: The Dirty Version (1995) [US]
    Album représentant très bien le « hardcore hip-hop » à son apogée, Return to the 36 Chambers: The Dirty Version démontre le talent et la fougue unique d’Ol Dirty Bastard. L’artiste a une façon d’exprimer ses lignes de texte comme personne, avec une voix semi rap, semi chant et rythmée par des bruits de lèvres et de bouche qui créent un beatbox subtil. Les beats sont aussi très poussés, quasi expérimentaux. Un produit qu’on ne retrouve pas ailleurs.

  • Graham Nash – Songs For Beginners (1971) [US]
    Cet opus solo de Graham Nash est une petite perle folk au son typique de 1971. Guitare acoustique bien ressentie, voix clean et envoûtante, orgue subtil qui vient dire coucou de temps en temps.

  • Felt – Felt (1971) [US]
    Un des albums phares de ma passion pour le rock psychédélique et progressif underground. La magnifique « Look At The Sun » nous prend direct au coeur en déposant l’aiguille sur le vinyle. De l’autre côté du fisque, « The Change », grosse tune prog aux riffs de guitare et d’orgue accrocheurs et tonitruants. C’est une oeuvre assez particulière, qui se promène à travers le psych, le prog, le hard rock, le blues, le jazz, mais sans jamais être totalement un ou l’autre. Au départ cruellement méconnu, un statut culte s’est installé au fil des années parmi les fanatiques du genre.
    On s’entend aussi que la pochette est d’une esthétique impeccable et qu’une fois qu’elle entre en contact avec nos yeux, on ne l’oublie plus jamais.

  • Yocto – Zepta Supernova (2023) [QC]
    Toute nouvelle formation composée de musiciens exceptionnels et de l’unique chanteuse Yuki Berthiaume-Tremblay (IDALG, Jesuslesfilles), Yocto frappe très fort avec un premier album intitulé Zepta Supernova.
    Leur musique tourne autour des genres jangle-pop, post-punk, art rock et new wave. La guitare, quand même assez technique, me rappelle même les albums 80s de King Crimson, ce qui apporte une touche vraiment unique et rarement entendu sur de la musique francophone québécoise.

  • The Sugarcubes – Life’s Too Good (1988) [Islande]
    Formation islandaise dont faisait partie la légendaire artiste Björk, les Sugarcubes offrent ici un album post-punk/new wave alternatif teinté d’un soupçon de psychédélisme et légèrement gothique. Life’s Too Good ne m’avait pas particulièrement accroché à ma première écoute, puis j’me suis surpris à y revenir assez souvent… assez pour ne plus pouvoir m’en passer. Il faut croire que, finalement, j’aime peut-être ce disque là plus que n’importe quel Björk. Oui, je sais, sacrilège! Au bûcher!

  • Charles Mingus – The Black Saint And The Sinner Lady (1963) [US]
    Certainement dans mon top 10 jazz à vie. On dirait un big band heavy et expérimental qui essaie d’me rentrer dedans comme un train. Bref, comment s’en passer?

  • At The Drive-In & Sunshine – At The Drive-In & Sunshine (2000) [US]
    En tant que fan fini d’Omar Rodriguez-Lopez et de Cedric Bixler-Zavala, je ne laisse jamais passer un At The Drive-In qui croise mon chemin. Dans ce cas-ci, un split avec le groupe Sunshine où on retrouve deux excellentes pièces d’ATDI qui me figurent sur aucun album (well, à part une réédition CD avec bonus tracks de Relationship of Command). Très heureux de les entendre enfin sous format vinyle.

  • The Zombies – Odessey & Oracle (1968) [UK]
    Classique indémodable psychédélique-pop/sunshine de 1968, avec la célèbre et magnifique Time of the Season. Les petits accents baroques et les timbres lumineux des instruments confèrent à Odessey & Oracle un charme très puissant dans lequel l’auditeur peut doucement se perdre.

  • Gaahl’s WYRD – The Humming Mountain (2021) [Norvège]
    Quand une de mes figures favorites du genre se met au chant clean pour sortir un EP alliant ses origines black metal au dark folk avec un son ultra atmosphérique, disons que je m’en vois très heureux et que je plonge à fond. Gaahl’s WYRD sera probablement le seul projet metal des années 20 dont j’achèterai tous les albums sans me poser de questions.

LÉON LECAMÉ

  • Bekëth Nexëhmü – De Dunkla Herrarna (black metal/dark ambient)
  • Wulkanaz – Kwetwan jah Dreuzaz (raw black metal)
  • Domgård – Rót (black metal)
  • Red Alert – Drinkin’ with Red Alert (Street Survivors) / Beyond the Cut (punk rock)
  • Pseudodementia- Замело (post-black métal/doom atmosphérique (russian doomer))
  • Mephistofeles – Whore (heavy psych/stoner rock)
  • Neuromancer – Hardwired (synthwave/cyberpunk)
  • Akitsa – Devenir le Diable (métal noir québécois)
  • Opéra de Nuit – Sourire de l’Ombre (coldwave/postpunk)
  • Catuvolcus – Gergovia (folk/pagan black metal)
  • Reptant – Return To Planet X’Trapolis (idm/techno)
  • Mauvet Mauve – S/T (keller synth/casio techno)
critiques

Herbie Hancock – Empyrean Isles

Année de parution : 1964
Pays d’origine : États-Unis
Édition : CD, Blue Note – 1999
Style : Hard-Bop, Post-Bop, Avant-Garde Jazz, Modal Jazz

Déjà, il y a cette pochette… Bon, toutes les pochettes Blue Note ont cette esthétique si raffinée et singulière qui me plaît énormément et qui épouse à ravir les contours sinueux de cette musique toujours évolutive qu’elles abritent… Mais celle-ci en particulier me parle. Ce bleu teinté noctambule, ce cours d’eau scintillant, ces quelques brindilles qui se dressent à l’avant-plan… Que ceci est envoutant, mystérieux, presque surréaliste. Elle semble nous inviter à prendre part à un voyage sonore dont on ne reviendra pas bredouille (si on en revient tout bonnement, préférant peut-être se perdre définitivement sur ce rivage imaginaire).

En Juin 1974, quand Herbie Hancock et sa bande de talentueux comparses entrent en studio pour coucher sur bandes ce petit chef d’oeuvre de Jazz à la croisée des chemins, notre homme n’a que 24 ans. Il est déjà membre à part entière du deuxième grand quintette de l’ange noir (Miles Davis, pour ne pas le nommer), tout comme ses compatriotes Ron Carter (contrebasse) et Tony Williams (batterie), qui l’accompagnent ici. Se joint à eux le prodigieux Freddie Hubbard (toujours VIP lors des grandes occasions, celui là), qui troque ici sa trompette pour le cornet. On a donc ici affaire à 4 muzikos jeunes, inventifs, aventureux, avides d’exploration bruitative, maitrisant les codes du passé mais poussés par leur fougue à aller plus loin, toujours plus loin, à travers les cimes d’une musique qui, à l’époque, vit en quelque sorte une série d’apogées créatrices diverses de parts et d’autre… Ouais, les années 60 dans le Jazz, c’est vraiment quelque chose. Tellement d’albums parus à cette époque feront date et « Empyrean Isles » est de ceux là.

La Face A, plus classique, nous sert deux énormes morceaux de Post-Bop signés Hancock. D’abord un « One Finger Snap » énergique, enlevé, jovial, percussivement colossal mais tout de même sophistiqué. Il n’y a qu’un seul Tony Williams. Inimitable le mec. Groovy et véloce à la fois. Les 3 autres jeunots ne sont pas en reste et ne font qu’un à travers une piste qui ressemble à une balade en vélo haute-vitesse à travers divers paysages ahurissants. « Oliloqui Valley » ensuite, plus nuancée un brin celle-là, déjà plus brumeuse, mais quand même roulante, transportante… Le piano de Herbie est juste fabuleux ici, imaginatif en diable, surprenant à tous les détours, grondant de joie pure et explosive, tissant une constellation d’étoiles impressionnistes. Ron Carter nous gratifie d’un splendide solo sur lequel les touches fantômes de Hancock se déposent une à une… De la très grande musique que voilà.

Pourtant, c’est sur la Face B que l’album atteint son statut de chef d’oeuvre total. « Cantaloupe Island » d’abord. Morceau archi connu mais proprement miraculeux dans sa forme originelle qu’on découvre ici. Deux mélodies parfaites se chevauchent : La première, magnétique et ensorcelante est promulguée par un piano anguleux, saccadé, hypnotique. La seconde, lumineuse et perçante, est poussée par le cornet fantasque d’un Hubbard en transe. Ce doux ballet que se livrent ici nos deux lascars nous évoque ces îles fantasmées que le titre de l’album semble suggérer… Plages de sable blanc, nature sauvage, nuits de pleine lune mystiques, vent salin… C’est fou à quel point une composition purement instrumentale peut autant nous parler ; nous faire « voir ».

Et pour finir, « The Egg », c’est LE truc ultime du disque. Le moment le plus avant-gardiste et free de la galette. Un 14 minutes en apesanteur dans une musique hautement fertile, progressive, nébuleuse, crépusculaire… Ce piano répétitif en ouverture (à la rythmique quasi Kraut-Rock… si si, j’vous jure !), supporté par une batterie ultra minimaliste et à contre sens de tout ce qu’on a entendu jusqu’à lors… Puis, petit à petit, ça se transforme en quelque chose de grandiose et de féérique. Les conventions fichent le camp. On ne sait plus si on est chez les Jazzeux ou chez les Classiqueux Contemporains… On est un peu ici et un peu là-bas, en même temps. Les muzikos se lâchent totalement, improvisent, définissent à leur manière cet hybride nouveau genre. Quelque chose cherche à naître sous nos oreilles ébahis. Et bordel que c’est beau. La contrebasse semble se permuter en violoncelle, la batterie s’enflamme et devient magma, le piano devient volatil, dépersonnalisé, transfiguré… Puis après ce long moment d’égarement cosmique, il reprend le thème narcotique du début… puis la piste se perd dans les méandres de la nuit, alors que le fade out nous extirpe peu à peu d’un périple assez subjuguant merci.

Un Herbie Hancock magistral. Le plus important et le meilleur de sa période Blue Note.


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :

15 Fréquences, Mixtapes

15 Fréquences Ultimes – Épisode 16 – Samuel Bobony

Samuel Bobony est un musicien important de la scène underground québécoise. Artiste/paysagiste sonore hautement polyvalent et original, il officie à la barre de son projet perso Black Givre depuis l’an de grâce 2012, y alliant batterie, synthétiseurs multiples et échantillons sonores. Il joue aussi de la batterie dans l’excellent groupe psych-kraut-funky Avec le Soleil sortant de sa bouche et dans L’INCROYABLE et cultissime Fly Pan Am depuis peu ; tout cela en plus de participer à divers autres projets sonores tels que Pangea De Futura et Actors Artificial.

Voici donc sa sélection de 15 oeuvres contrastantes mais complémentaires, qui oscille entre pistes très expérimentales et d’autres plus accessibles. Il y a tout pour me plaire ici : du drone, de l’ambient, de l’électro-acoustique, du trip-hop, de la glitch pop, du post-rock, du dub ambient/idm et de la folk psychédélique (la sublime Linda Perhacs, qu’on peut maintenant qualifier de musicienne chouchou des 15 Fréquences Ultimes).

Bonne écoute à tous et toutes et même aux porte-cigarillos en cristal liquide mésopotamien !

Tracklist:

  1. Felicia Atkinson – Lighter Than Aluminium
  2. Tim Hecker – Chimeras
  3. Kieran Hebden & Steve Reid – The Sun Never Sets
  4. Trans Am – I Want It All
  5. Linda Perhacs – Parallelograms
  6. Gastr Del Sol – Work from Smoke
  7. Marja Ahti – Ashes Over Hatching Eggs
  8. Tricky – Vent
  9. Scott Walker – Cossacks Are
  10. Kee Avil – Okra Ooze
  11. DJ Shadow – Midnight In A Perfect World
  12. Piano Magic – Theory of Ghosts
  13. Massive Attack – Live With Me
  14. Broadcast – Lights Out
  15. Seefeel – Polyfusion

Vous pouvez suivre et encourager Samuel Bobony sur son site web.

critiques

Oranssi Pazuzu – Värähtelijä

Année de parution : 2016
Pays d’origine : Finlande
Édition : CD, Svart – 2016
Style : Black Metal Psychédélique

Tu prends les Swans. Tu prends le Pink Floyd de Syd. Tu prends Burzum. Oh et puis, tu prends Bardo Pond itou. Tu laisses Le Thing de John Carpenter les bouffer tout crus, les assimiler et les recréer en un autre tout froidement inhumain, le cœur bourré d’huile noire, les lèvres recouvertes de cendres, le malin petit sourire en coin, les dents déchaussées comme les Crack-heads, les cheveux mouillés de glaire. Tu rajoutes de la tôle dans ta création post-humanoïde aussi ; des bouts de métal fondu, des boulons que tu enfonces dans leurs faciès défigurés par la chose. Tu joue à Dieu avec eux… ou est-ce bien une seule entité maintenant ?

Tu les drogues de jus d’étoile cosmique et de décoctions d’écorce de conifères morts. Tu leurs injecte la drogue impie de Palmer Eldritch directement dans les yeux… Dick, Lovecraft, Magma, Stephen Hawking, Philip Glass, Enki Bilal, Asimov, Robert Fripp, la calotte glaciaire de l’Antarctique, Tangerine Dream, des satellites hantés… Tout se confond, se percute, s’amenuise dans leurs cerveaux nouveaux et avide d’un abîme qui n’existera jamais vraiment sauf en eux.

Ils sont prêts à livrer leur vision d’une musique tribale nouveau genre. Leur son, c’est une sorte de jungle scandinave mais transposée sur Epsilon Eridani ou encore ce qui émane d’un Ash-Ram en putréfaction qui flotte dans les tréfonds obscurs de la Grande Ourse. C’est lent, atmosphérique, insidieux. Black Metal mid-tempo injecté de psychotropes. Rien de rassurant sous les 4 Soleils. Ça part dans tous les sens, imprévisible, mais sans jamais se presser, maintenant presque toujours cette pesanteur mid-tempo langoureuse et batracienne propre à eux (je crois que c’est le fait de jouer avec des tentacules) ; cette espèce de paresse dérangeante d’une musique qui sait, dans le fond, qu’elle va finir par t’avoir en son sein grouillant.

Ça évolue par couches superposées. Du Post-Hardcore. Des Larsens noisy. Du Kraut. Le « The Seer » des cygnes et ses abysses fécondes + Aluk Todolo sur l’opium + une espèce de musique folklorique mal calibrée qui essaie tant bien que mal d’être un tant soit peu terrestre mais qui ne réussit qu’à glacer les sens + des cris saturés, empreints non pas de haine, mais d’une froideur toute post-punk…. Variations sur le thème de Interstellar Overdrive mais joués par des INSECTES. Ces mecs sont des INSECTES.

Jamais la nausée n’aura été aussi sensuelle.


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critiques

L’Infonie – Volume 3

Année de parution : 1969
Pays d’origine : Canada (Québec)
Édition : CD, Tir Groupé / Mucho Gusto – 2000
Style : WTF, Expérimental, Musique concrète, Space Age Pop, Freakbeat, Free Jazz, Classique, Contemporain, Spoken Word, Psychédélique, Laboratoire de catastrophe générale, FUTURISME

N’en déplaise à mon rival chéri Yannick Valiquette, voici une autre note très très haute (chronique écrite quand je donnais encore des notes aux albums… celui-ci avait récolté un 9.5 sur 10 pour ceux que ça intéresse). Mais je ne pouvais pas, en bonne conscience, donner une note inférieure à ce… ce… ce truc !?! Ouais, on va appeler ça un truc et pas une affaire, parce qu’après avoir écouté ce premier (3ème) volume de L’Infonie, on apprend ce que c’est L’AFFAIRE (les initiés comprendront… avec délice).

Moi, quand je pense « disque québécois ULTIME », je pense à ce premier opus discographie du collectif mené par Walter Boudreau BIEN AVANT n’importe quel Harmonium, Beau Dommage, Octobre, Séguin, etc…

Avant toute chose, l’Infonie, c’est bien plus que de la simple musique… Fondé en 1967, le groupe à géométrie variable présente des spectacles alliant musique (improvisée et composée), poésie, danse, mime et art visuel. Le projet est plus ou moins né dans le sillage de l’Expo 67, événement-clé qui fut une véritable matrice à foisonnement culturel dans celle qu’on aime bien appeler la Belle province. La tête pensante du projet, Walter Boudreau, saxophoniste free Jazz de son état, s’acoquinent de précieux collaborateurs comme le poète on ne peut plus flyé Raôul Duguay, des membres du quatuor du nouveau jazz libre du Québec, des musiciens classiques, des peintres/dessinateurs, des conteurs, un sonorisateur, un sculpteur-graveur et même un chiropraticien (le fabuleux Doc Sproc !).

C’est une quinzaine (!!!) de musiciens multidisciplinaires qui se sont réunis pour participer à l’enregistrement de cette chose rutilante qui a vue le jour sous forme de galette vinylique subversive en l’an de grâce 1969. Peu de gens l’ont acheté mais je suis pratiquement convaincu qu’ils furent tous subjugués par tant de saugrenuité euphorisante ! Au menu : un buffet chinois schizoïde au grand complet (avec un extra spare ribs qui brillent dans le noir ; d’une luminescence quasi-cosmique).

La Face A est dédiée à une suite (débordante d’idées) qui s’intitule « L’Ode à L’Affaire ». Cela se divise en 5 mouvements, tous plus cinglés les uns que les autres, dans lesquels s’enchevêtrent les spectres du jazz libéré, du classique contemporain, de la musique concrète, du freak pop spatial + une prière psychédélique-psychanalytique et j’en passe… Le genre de machin qui détruit n’importe quel préjugé ou à priori qu’un mélomane pourrait potentiellement avoir à propos de la musique québécoise.

Je me souviendrai d’ailleurs toujours de ma première écoute à 17 ans, la matière grise bouillonnante, mes tympans déviergés jusqu’à plus soif, tous mes sens à la dérive… Je ne faisais pas QUE découvrir un chef d’oeuvre underground québécois majeur. Je découvrais aussi un énigmatique portail qui, quand on l’empruntait, nous menait vers multiples univers sonores qui étaient (pour moi alors) complètement insoupçonnés. C’était mon initiation formelle à la musique contemporaine et à l’avant-garde AT LARGE (à part pour le Free Jazz, vu j’avais déjà commencé à baigner dans le Coltrane post-Amour Suprême). Bref, je ne suis pas le plus patriotique des citoyens mais j’ai quand même une certaine fierté à ce que ce soit un disque de chez nous qui m’ait fait m’intéresser à tout cela !

Donc pour en revenir à cette Face A qui débute sur un délire jazz-bruitiste incandescent… Il faut absolument mentionner la pièce « J’ai perdu 15 cents dans le nez froid d’un ange bronzé ». De UN parce que c’est le meilleur titre de piste EVEUR. De DEUX parce que c’est un des grands moments de space age pop / library muzik psychée (digne des travaux de Jean-Jacques Perrey ou de la fabuleuse messe pour le temps présent de Béjart/Henry).

La Finale de L’Ode est aussi un des trucs les plus épiques que j’ai entendu en musique de toute ma vie. On se croirait dans un remake de Ben-Hur qui se déroulerait sur la surface glacée-brûlante de Gliese 436-B.

FACE B maintenant… ça part en force avec le méga-hit bonbon acidulé-hurlant « Viens danser le « O.K. Là ! » ». Dans un monde idéal et mielleux, cette merveille serait un hymne connu de tous (oui, même toi dans le fond de la pièce !). C’est violemment jouissif et volontairement niais. C’est un genre de « Manon viens danser le ska » mais versant surréaliste-séditieux-parodique.

Cela début ainsi : Un homme (des cavernes !?!?) éructe d’un « EILLE ! MON TA&?&-BOURNAQUE !!! R’GARDE MOÉ !!!! VIENS ICITTE ! R’GARRRDE MOÉ !!!!! »

Et puis les cuivres se font allé soudainement-joliment alors que les choristes chevelus y vont de leur « OK LÀ ! » triomphal à toutes les 2-3 secondes. Pendant que ces nouveaux détails sonores hirsutes vont bon train, notre Néandertalien continue de gueuler des insanités loufoques (« LACHE MOÉ DONC !!!! M’AS T’ARRACHER L’COEUR !!!! »).

Esti de Criss de Tabarnak que c’est bon. Et con. Comme il se doit.

« Toutes les affaires s’en vont sur toutes les côtés en même temps, tout l’temps » (ce titre, tudieu !), c’est une minute en apesanteur dans un morceau de space-ambiant électronique assez enlevant et glauque. Le monolithe de « 2001 : Space Odyssey » serait fier.

Changement d’univers ensuite pour une reprise très mélancolique de « She’s Leaving Home » (des Beatles) pour ensemble à vents. C’est beau et un peu étrange de retrouver ça ici. À cela succède un « Intermezzo » au piano (pour attardé mental). Le pianiste abandonne après quelques secondes. On entend des pas. Une porte se referme. Et L’Agnus Dei (tiré de J-S Bach) vient alors envahir notre appareil auditif. Parce oui, l’album, pas satisfait de nous avoir déjà assené 48 styles musicaux disparates à la gueule, veut aussi se la jouer Baroque à ce moment précis.

Le divin disque se conclut dans l’imbroglio le plus complet avec « Desafinado » (cover de Antonio Carlos Jobim). La bossa nova réinventée à la sauce chaotique est introduite par un monologue particulièrement emphatique de notre cher Raôul Duguay (qu’on entend peu sur ce disque ; son rôle de chanteur sera plus développé sur les opus suivants de l’ensemble). Le chiffre 3 (que Raôul affectionne particulièrement) est ici à l’honneur !

La version CD de Mucho Gusto contient 3 pistes bonus (enregistrées en pestak !) qui sont d’un intérêt un peu moindre. Mais il est toujours sympathique de lire un titre comme « Histoire de la P’tite Ch’nille électrique Qui Fut Métamorphosée En Ch’nille Naturelle Par la Fée Trobouguorbrotelle ».

Je me suis encore une fois un peu beaucoup épanché sur cette critique donc il ne me reste pas grand chose à dire en mode « post-scriptum ». Mais bref, si vous n’avez jamais entendu CE PUTAIN D’ALBUM, il faut rectifier le tout au plus vite et l’écouter (CE PUTAIN D’ALBUM). SURTOUT si vous êtes amateur/trice de musique folle, aventureuse, libre, ouverte, fébrile, tactile, fougueuse, rigoureuse, extatique. Un disque essentiel dans la vie de tout adorateur de weird.

ANWEILLE YANNICK VALIQUETTE ! KESS T’ATTENDS !?!? M’AS T’ARRACHER L’COEUR !!!


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Autres Mixes, Mixtapes

Halloween Goth-Mixtape : sélections de Simon Fortin

Une délicieuse mixtape d’Halloween (un peu tardive) à ajouter à notre magnifique sélection déjà fort exhaustive de 2023 (Psychédéliquement vôtre – spécial Halloween, L’Halloween psychotronique de Léon LeCamé, Rap de Caniveau et Trames Sonores de films d’épouvante).

Mon ami Simon Fortin est, à égalité avec Mathieu Barbe, ma BIBLE absolue en matière de musique gothique. Et il a eu la glorieuse idée de me soumettre cette sélection quasi-parfaite de pépites goth-rock, death rock, batcave, post-punk, coldwave, minimal wave, ethereal wave (et plein d’autres -wave), rockabilly, hardcore punk schizoïde, etc…

Un gros merci au magnifique et ténébreux Simon pour cette collaboration des plus sympathiques !

Bonne écoute à tous les squelettes de tamias ré-animés par la magie noire d’une sorcière polonaise incandescente répondant au doux nom de « Belzubasbatrich’rtazoum ».

Tracklist

  1. Cinema Strange – Aboriginal Anemia
  2. Christian Death – Skeleton Kiss: Fright
  3. T.S.O.L. – Silent Scream
  4. Radio Werewolf – Buried Alive
  5. The Wake – Give Up
  6. The Mob – I Wish
  7. A Certain Ratio – And Then Again (12″ Version)
  8. Death In June – Nothing Changes
  9. The Candles Burning Blue – After My First Murder
  10. Little Nemo – Empty House
  11. Trisomie 21 – Il Se Noie
  12. Tarantula Ghoul & Her Gravediggers – Graveyard Rock
  13. Rudimentary Peni – Radio Schizo
  14. Belgrado – Jeszcze Raz
  15. Siiiii – Rictus
  16. Der Fluch – Wenn Die Hexen Tanzen
  17. Voodoo Church – Eyes (Second Death)
  18. Sex Gang Children – Deiche
  19. Grauzone – Ein Tanz mit dem Tod
  20. Siekiera – Nowa Aleksandria
  21. The Cure – Fear of Ghosts (Band Rehearsal)
  22. Corpus Delicti – Twilight
  23. Mephisto Waltz – Eternal Deep
  24. The Snake Corps – « This Is Seagull…. »
  25. Handful of Snowdrops – Gabrielle
  26. Dream Affair – The Porter
  27. Pink Turns Blue – Your Master Is Calling
  28. Iron Curtain – The Condos
  29. This Mortal Coil – Sixteen Days / Gathering Dust
  30. Palissade – M’éloigner
  31. Rozz Williams & Gitane Demone – Flowers

*Mixtape montée par Salade d’endives / sélections de Simon Fortin.

critiques

Alice Cooper – Killer

Année de parution : 1971
Pays d’origine : États-Unis
Édition : CD, Warner Brothers – 1988
Style : Hard Rock, Glam Rock, Garage Rock, Psych

Que serait l’Halloween sans un peu de shock-rock grand guignolesque ? Cet album d’Alice Cooper (le groupe et non l’artiste solo) est possiblement mon préféré de cette troupe de joyeux bouffons de Phoenix, Arizona. Après leurs deux premiers albums méconnus enregistrés à L.A. auprès d’un certain Frank Zappa et qui s’inscrivent dans une mouvance beaucoup plus psychédélique, le groupe migre vers Detroit (Rock CITAY !) et commence à collaborer avec le producteur Bob Ezrin qui fera d’eux des stars du Hard/Glam Rock. L’album de transition « Love It To Death » (1971) annonce déjà la couleur. Ce « Killer », paru la même année, sera leur consécration.

S’inspirant fortement de groupes tels que The Doors, The Yardbirds, MC5, The Crazy World of Arthur Brown, The Stooges et (évidemment) les Stones, Alice Cooper évolue dans un rock d’inspiration garage/psych mais y ajoute une forte dose de théâtralité et de grandiloquence. On y retrouve aussi pas mal d’humour noir (comme traiter d’un sujet aussi grave que la mort infantile sur « Dead Babies » mais avec un sourire moqueur bien carnassier). Sur « Killer », on retrouve aussi de superbes arrangements de cordes, du saxo et autres cuivres puis des claviers (joués par Ezrin, qu’on peut compter comme membre à part entière de la bande). « Killer » réussit le pari risqué d’offrir une musique originale de grande qualité tout en étant hyper accessible et commercialement viable.

Le côté théâtral évoqué ci-haut est aussi renforcé par une présence scénique hors pair. Les costumes fantasmagoriques que revêt le chanteur Vincent Fournier (alias Alice Cooper) passeront à la légende et influenceront autant Kiss que David Bowie ou Peter Gabriel de Genesis. Voir un show d’Alice Cooper dans les jeunes années 70, c’était un party d’Halloween survolté et sur-vitaminé. Des couleurs grotesques, une ambiance rococo de mauvais goût et une musique archi entraînante.

Sur cet album s’alternent des compos rock sans prise de tête qui sont fortement efficaces (comme le two-punch opener « Under My Wheels » et « Be My Lover ») et des morceaux de bravoure dark psych comme le renversant « Halo of Flies » avec ses nombreux twists and turns, sa guitare bien acide, ses claviers biscornus, ses passages épiques avec des arrangements de cordes, sa rythmique percutante et son final rutilant à l’orgue digne des Doors. Une des plus grandes pièces d’Alice Cooper.

J’ai aussi un faible pour la suivante, « Desperado », qui se veut un hommage à Jim Morrison, récemment disparu à l’époque. La mélodie acoustique y est absolument magnifique et offre un contraste élégant aux moments plus agressifs de la piste. Les arrangements de corde sont, encore une fois, magistraux. Gros coup de coeur aussi pour le ci-haut mentionné « Dead Babies » qui est un morceau de rock-théâtre de très haut niveau. Cette ligne de basse introductrice va rester gravée dans votre matière grise à jamais. J’adore le côté « berceuse pour enfant mort » avec la petite voix entêtante. Cette alternance « moments ridicules / moments graves et solennels » fait mouche à toutes les écoutes. Et les paroles sont absolument HILARANTES. Du grand Alice Cooper. Et le tout s’enchevêtre à merveille à la pièce titre qui termine l’oeuvre avec brio. C’est un genre de « The End » (encore les Doors !) mais musicalement plus complexe et explosif.

Bref, si vous étiez un brin traumatisé par mes autres recommendations discographiques de Samhain et que vous cherchiez quelque chose de plus folichon à vous mettre sous le tympan, « Killer » vaut le détour ! Impossible de passer un mauvais moment avec ce disque, à moins de ne pas aimer le plaisir en temps que tel.


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