
| Interprètes : Rafael Kubelík (direction), Orchestre Philharmonique Tchèque |
| Pays d’origine du compositeur : République-Tchèque |
| Écriture de l’oeuvre : 1874-1879 |
| Enregistrement : 12 mai 1990 |
| Édition : CD, Supraphon – 1990 |
| Style : Musique classique orchestrale / romantique, poème symphonique |
Notes sur la version
Rafael Kubelík est reconnu comme étant le maître incontesté de Má Vlast. Il dirigea le cycle en spectacle et l’endisqua un grand nombre de fois, avec différents orchestres… Mais c’est cet enregistrement sur Supraphon qu’il faut prioriser car, en plus de la performance remarquable et de la joie communicative qui existe entre les musiciens, le chef et le public tchèque, cet enregistrement représente le retour de Kubelík en République-Tchèque à la tombée du rideau de fer (1990), après de nombreuses années d’exil. C’est une véritable célébration de retrouvailles, pleine de vie, de bonheur débordant et, évidemment, de musique euphorique (parmi la plus belle au monde).

J’aime ma patrie, yo !
Má Vlast… Ma patrie… Ce cycle de 6 poèmes symphoniques que le compositeur tchèque Bedřich Smetana a dédié à son pays bien-aimé demeure son oeuvre la plus distinctive et emblématique. À l’instar de ce cher Ludwig van Beethoven, Smetana compléta son oeuvre la plus célèbre alors qu’il était devenu sourd… C’est vous dire le degré de connaissance de l’art de la composition et la capacité d’imaginer une musique aussi puissante à même son « cerveau musical », sans l’appui de son sens le plus capital.
Má Vlast est réputé et révéré en République-Tchèque (avec raison !) mais moins connu au delà des frontières du pays… À part pour le 2ème poème de la série, « Vltava » (ou « La Moldau »), qu’on retrouve plus souvent dans les programmes de différents orchestres de renom ou encore : au cinéma. Je dois avouer avoir moi-même découvert cette oeuvre somptueuse lors d’un visionnement d’une scène tirée du très beau film « The Tree of Life » de Terence Malick… Sublime adéquation d’une musique évocatrice de milles splendeurs et des images d’un réalisateur qu’on pourrait qualifier lui-aussi de créateur de « poèmes » (cinématographiques, dans son cas).
Cette musique (autant que le film) m’a longuement hanté post-visionnement… J’ai donc voulu découvrir le cycle complet. Et, force est d’admettre qu’il est merveilleux d’un bout à l’autre. Cela commence avec « Vyšehrad », nom d’un quartier au sud du centre historique de Prague, là où on retrouve le château du même nom, construit au 10ème siècle, au sommet d’une colline à proximité de la rivière Vltava. Le tout s’ouvre sur un auguste motif à la harpe, qui, après une minute trouve ses complices en la forme d’une section de cuivres élégiaques. Puis les cordes arrivent, majestueuses, célestes… Finalement tout l’orchestre explose, rendant hommage à l’éclat et à l’histoire du château, qui fut la demeure des premiers rois tchèques. Le tout se transforme en marche rutilante, parfois lumineuse, parfois ténébreuse… On s’approche d’un climax foudroyant, qui est pourtant stoppé soudainement, évoquant le château en ruines… Et la harpe revient, douce et mélodieuse, pour nous rappeler les gloires passées de ce lieu important de l’histoire de Prague.
La Vltava ensuite… rivière qui traverse la Bohème du sud au nord, qui traverse de ce fait Prague au complet. Deux thèmes qui se répondent et finissent par s’enchevêtrer, pour illustrer les deux sources de la rivière qui font éventuellement confluence pour devenir un tout imposant et ample. Puissance incantatoire d’une musique qui se passe de paroles pour dépeindre des scènes d’une folle beauté… On suit alors le cours d’eau alors qu’il traverse forêts, hameaux et villes, pour finalement atteindre Prague la radieuse. Smetana ré-adapte ici la mélodie « La Mantovana », vieil air de la renaissance italienne (et qui sera aussi l’inspiration de l’hymne national israélien).

« Šárka », 3ème poème ; nommé ainsi en honneur à la guerrière mythique de la « guerre des Demoiselles », légende tchèque où Šárka venge la reine Libuše, assassinée par le prince Ctirad. Musique guerroyante, tragique, pontifiante, victorieuse… mais entrecoupée de passages atmosphériques assez ravissants merci. Cela se conclut dans l’euphorie, alors que Šárka et les militantes à sa solde parviennent à leurs fins. « Z českých luhů a hájů » (des forêts et prairies de Bohême), 4ème piste, nous offre un voyage éclair de 12 minutes à travers la lande tchèque, la beauté de sa nature, de ses forêts, de ses champs et des petits villages peuplés de gens en fête, à l’approche d’un festival. Tout plein de petites scènettes fabuleuses.
Les deux derniers poèmes sont complémentaires et représentent la portion « guerroyante » du cycle. « Tábor », très austère et belliqueuse, porte le nom d’une ville de la région de Bohême-du-Sud qui jadis connu des combats opposants les représentants de l’église catholique et féodaux aux hussites (paysans et partisans de Jan Hus, un héros nationaliste et un martyr de la libre-pensée, mort sur le bûcher en 1415). On entend et ressent tout l’esprit de combativité et la fierté des hussites à travers une partition haletante, émotive et parfois tragique. « Blaník », dernière piste… C’est le nom de la montagne au coeur de laquelle (la légende nous dit que) les guerriers hussites dorment depuis des siècles, prêt à se réveiller et à reprendre les armes si la patrie est attaquée. C’est une pièce beaucoup plus calme et bucolique, malgré quelques fulgurances par ci par là, comme ce beau final triomphal.
Une oeuvre majestueuse et féérique, absolument essentielle pour tout explorateur de musique romantique.
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