critiques

Halo Manash – Am Kha Astrie

Année de parution : 2008
Pays d’origine : Finlande
Édition : CD Digipack cartonné, Aural Hypnox – 2008
Style : Ritual Ambient / Drone

J’écris ces quelques lignes dans ma chambre, à la lueur d’une chandelle… J’ai calfeutré toutes les fenêtres de la maison, bouché toutes les ouvertures possibles… Mais je ne sais pas si ces… choses… pourront quand même passer. Je ne sais pas si ÇA ignore que je suis encore là ou bien si ÇA attend, là-bas, dans les ténèbres…. Je ne sais pas si je vais réussir à m’enfuir. Où pourrait je aller d’ailleurs ? Il n’y a pas d’autre hameau à des kilomètres à la ronde et qui sait si le mal ne s’est pas étendu là-bas aussi ?

Le mal est arrivé parmi nous un jour fétide de la mi-septembre. C’était il y a une semaine, je crois (j’ai perdu un peu mes repères spatio-temporels, vous comprendrez)… Cela s’est produit quand ils ont coupé le grand arbre mort qui se trouvait aux confins de la terre du vieux Thibaut, qu’une maladie foudroyante avait emporté quelques semaines auparavant… Ce qui s’est échappé du centre de l’arbre alors qu’ils le sciaient, seul un homme put nous le raconter… Edmond, le seul qui ne fut pas affecté et qui eu la présence d’esprit de se sauver à toutes jambes quand ça s’est produit… mais on ne croyait pas à son délire au village… C’était juste trop fou, trop irréel, trop terrible.

Il parla de cette matière noire et visqueuse qui coula lentement à terre… puis se divisa en des centaines et centaines de petites larves noires qui rampèrent alors sur les bucherons, entrant dans leur chair, se frayant un chemin sous leur peau, entrant par leur bouche… Les confrères d’Edmond s’étaient alors mis à crier comme des fous. Des cris de souffrance qu’on peut à peine imaginer. Puis, leurs bêlements tétanisants s’étaient arrêtés soudainement et ils me mirent à… comment-dire… à « frétiller » sur place, les jambes semblant être vissées au sol, mais leurs corps secoués de milles et unes convulsions et contorsions saccadées… Leur peau changeait de couleur petit à petit, prenant une teinte grise… Et leur yeux… Leurs yeux avaient particulièrement terrorisés le pauvre Edmond. Selon lui, on pouvait y voir s’y promener les larves alors que les pupilles des hommes étaient maintenant jaune-orangées. Alors qu’Edmond se sauvait, il commença à entendre l’étrange et glaçant mugissement des créatures mi-hommes mi-autre, qui, quelques minutes auparavant, avaient été ses camardes.

On commença à croire Edmond le soir venu, quand les autres bucherons rentrèrent au village… Ils marchaient d’un pas saccadé, leurs haches à la main, avec une expression de froide dureté sur leurs visages grisâtres et émaciés… On alla les accueillir pour leur demander ce qu’il s’était réellement produit dans les bois. C’est alors que la boucherie infecte débuta. Adélard de Maisonfort, le préfet du village, fut leur première victime. Ils l’encerclèrent et se mirent à le dépecer allègrement. Puis, quand il ne resta plus d’Adélard qu’une montagne de chair rouge et de membres tailladés, les monstres vomirent une mixture noire et poisseuse sur le charnier… Les bouts de cadavre du préfet se mirent alors à bouger sordidement, réanimés par la substance damnée… Puis… Le cauchemar suprême commença… Son corps se reconstitua en une espèce d’aberration pétrifiante qui aurait rendu fou n’importe qui. Le restant de tête (avec sa cervelle exsangue à moitié coagulée) trônait au centre de la chose reconstituée, là où normalement se serait retrouvé son torse. Les jambes, dégarnies de toute peau et de tout muscle, terriblement tordues et acérées, étaient maintenant des espèces de serres pointues qui faisaient office de nouveaux bras. Ce qui avaient jadis été les bras du préfet étaient devenus les pattes d’une abomination mi-arachnéenne mi-humanoïde… Mais ce qui était le plus innommable dans le tableau vicié qu’offrait la bête, c’était le peu d’humanité qu’il lui restait… Ce visage écrasé, barbouillé de sang et de bile noirâtre, était figé dans une expression de pure terreur qui avait été celle d’Adélard lorsqu’il trépassa. Le seul oeil non crevé se mit alors à s’assombrir et la chose se mit à rugir. C’était un son langoureux et profond, qui ne ressemblait en rien à quelconque autre bruit terrestre.

Les villageois se sauvèrent dans leurs chaumières, leurs esprits féconds d’une répulsion et d’une épouvante jusque là inédites… Les bucherons se mirent alors à aller de maison en maison, plantant leurs haches dans le torse et les crânes de leurs femmes, de leurs enfants et de leurs congénères… les transformant aussi tour à tour en multiples monstruosités toutes plus atroces les unes que les autres. Certains monstres étaient constitués de bouts de cadavres de plusieurs victimes qui avaient fusionnés de la plus grotesque façon. Des choses avec 7 bras, 3 têtes et 4 torses… Des amas de yeux déments dans la bouche… Des horreurs grimaçantes aux viscères rampantes… Cela couinait dans une langue extra-terrestre et hostile. Cela se déplaçait en produisant des sons mouillés et abjects. Et cela gloussait dans les ténèbres.

Quand la horde se retrouvait face à des habitations qui avaient étés trop lourdement placardées, certaines des ignominies se mettaient alors à se disloquer en plus petites horreurs pouvant se glisser sous les portes ou encore à exécrer (par la bouche ou les yeux) une masse de vers qui se frayaient un chemin vers l’intérieur… Puis on entendait alors des cris odieux s’échapper de la baraque alors que des pauvres martyrs allaient rejoindre, bien malgré eux, la meute inhumaine.

J’étais de ceux qui ont assisté à presque toute la scène. J’ai eu la chance d’en sortir indemne (physiquement du moins… ma santé mentale n’est plus qu’un lointain souvenir). J’ai pu rejoindre ma demeure à la hâte et je l’ai sécurisée au meilleur de mes habiletés. J’habite en retrait, dans les bois, à quelques kilomètres du village maintenant profané par ces êtres venus de la nuit des temps.

Des fois, j’entends des ricanements odieux ou des gémissements surannés au loin… Le dernier cri humain que j’ai entendu remonte au lendemain de la tragédie. Je dois être le seul homme encore vivant à des kilomètres à la ronde. Mais ma plus grande crainte va en ce sens… Est-ce que ces choses réanimées conservent une certaine forme de conscience de ce qu’ils avaient été avant ?… Étaient-ils conscients de ce qu’ils étaient devenus ? Étaient-ils impuissants, prisonniers éternels d’un cauchemar interminable, leurs esprits et leurs âmes séquestrés en ces entités méphistophéliques ??? Je ne souhaite pas le savoir. Ce qu’il me reste de cervelle ne veut pas l’envisager. Mais une chose est certaine. Comme c’est une possibilité, même infime, je suis prêt.

Mon fusil de chasse est chargé, tout près de mon lit. Et j’ai un grand flacon d’huile à lampe, juste à côté. Quand je n’aurai plus de quoi me nourrir ou bien… quand j’entendrai ces choses susurrer leur charabia guttural tout près de ma chaumière, je mettrai feu à la chambre et je m’éclaterai le crâne prestement. Ils ne m’auront pas. Je ne deviendrai pas un des leurs. Ma dépouille n’assouvira pas leurs sombres dessins. C’est la promesse que je me fais. Adieu.


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critiques

Halo Manash – Language of Red Goats

Année de parution : 2008
Pays d’origine : Finlande
Édition : CD Digipack cartonné, Aural Hypnox – 2008
Style : Ritual Ambient / Drone

Le temps se disloque autour de moi. L’appel du vide, à la fois vorace et impassible, s’est emparé de mon être tout entier, petit à petit, inéluctablement… Je ne sais pas pourquoi j’ai pris ce sentier broussailleux qui semblait n’exister que pour moi… Chemin fantôme qui m’est apparu soudainement en plein coeur de la forêt, avec ses arbres sombres et anciens, recouverts d’une végétation immonde et putride qui ondoyait au gré d’un vent chaud, fétide, croupissant… Le bruit d’un gong, lointain, réverbérait jusqu’au plus profond de ma matière grise tarie ; anéantissant tout libre-arbitre et sens de l’orientation… me rendant soudainement incapable de me soustraire au sentier maudit… Manipulé par les desseins d’un Dieu dément, j’empruntai la route de ma perdition car elle m’avait été assignée.

Cette journée suffocante d’automne se refermait progressivement sur sa dépouille blafarde, alors que j’évoluais, hypnotisé, à travers une piste de plus en plus touffue et ubuesque. La flore environnante n’était que déraison… Les arbres, arbustes et plantes grimpantes prenaient des formes saugrenues aux teintes de plus en plus vermeilles… Un ciel rouge écarlate surplombait le tableau forestier, succédé à son tour par un éther pourpre noirâtre, sorte de linceul pour le jour agonisant. J’avançais toujours, malgré moi, malgré tout… J’étais convoqué.

Les sons devenaient de plus en plus forts. Les secousses tribalo-sismiques de ce gong funéraire étaient secondées par le cliquetis d’objets métalliques, le soupir des bols chantants, les carillons mystiques et cet espèce de bruit de corne envoûtant… Après une période d’errance asphyxiante indéterminée (cela aurait pu durer deux siècles ou quelques minutes, qui sait ?), le sentier semblait enfin s’ouvrir sur une clairière difforme, illuminée par la lumière éclatante d’étoiles folles qui m’étaient jusque là inconnues. La nuit soupirait, gémissait et murmurait ses secrets les plus odieux à quiconque voulait bien les entendre.

La clairière n’était constituée que d’un herbage de suie ; une brume couleur cendre recouvrant le sol, l’obscurcissant partiellement… Et au centre de cette pelouse nébuleuse, se dressait le vieil arbre mort ; grand, large et courbaturé. À sa base, ont été déposés les ossements d’innombrables animaux aux proportions diverses. Quelques crânes vaguement humains s’y trouvaient aussi… des crânes grimaçants ; leur rictus figés éternellement dans une espèce d’extase où s’entremêlaient souffrance, béatitude et déraison.

Je m’approchais de l’arbre… encore et encore… petit à petit… toujours plus près…. Ses grandes branches distendues qui s’étiraient vers les cieux comme une toile d’araignée psychotrope prête à accueillir sa prochaine proie, cette écorce couleur chair qui semblait sèche à première vue mais d’où laquelle je voyais maintenant s’écouler une espèce de cire noire et gélatineuse… Les étoiles étaient encore plus brillantes et semblaient danser frénétiquement dans un ciel de plus en plus surnaturaliste et inquiétant.

Et puis, quand je fus dans sa portée, l’écorce se déchira soudainement, laissant apparaître un long tentacule tacheté d’une série de petits yeux rouges malveillants. Cela fondit sur moi, m’enlaça. C’était glacé et brulant en même temps. Les yeux-ventouses se sont agrippés partout sur mon corps. Ça commençait à perforer ma peau, à me boire, à me digérer… Puis ça m’entraîna vers le coeur de l’arbre noir ; qui n’était qu’une énorme bouche fuligineuse avec des dents acérées (chacune d’elle recouverte de yeux) et d’où s’échappait une bruine grise et noire qui sentait le charbon, la pourriture et le sang.


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critiques

ColdWorld – Melancholie²

Année de parution : 2008
Pays d’origine : Allemagne
Édition : CD, Cold Dimensions – 2008
Style : Black Metal Atmosphérique, Post-Black, Ambient

In a wintery Black Metal mood today, malgré le quasi-printemps hatif et les oiseaux qui gazouillent…

L’est assez indescriptible c’te disque… Autant il y a cet aspect atmosphérique-dépressif qui puise ses sources chez Burzum (ça « buzz » allègrement d’un bout à l’autre), autant on y retrouve aussi des touches gothiques (ce violon à la My Dying Bride qui ensorcelle fichtrement sur « Tortured by Solitude ») ou même shoegaze par bouts, comme si Slowdive avait décidé de se la jouer « ouais, on est EVIL et on brûle des églises maintenant ». De plus, ya comme un aspect très pop qui est caché derrière toute la mer de larsens et de hurlements robotiquement altérés façon Filosofem. La production, à mi-chemin entre lo-fi vaporeux et limpidité cristalline, sied merveilleusement bien à l’atmosphère prévalante ici. Les compos sont ultra simples mais bigrement efficaces et chargées d’émotion.

Émotion est le maître mot ici. Ce que ce Mélancolie au carré réussit le mieux, c’est sublimer le pathos. C’est rare qu’un disque de Black Metal soit aussi prenant émotionnellement. Et je dirais même que c’est inaccoutumé qu’un album de Black soit aussi « beau ». Par bouts, on dirait presque un M83 Black Metal. On pense même à l’album parenthèse de Sigur Rós. Pas nécessairement pour la musique en temps que tel mais pour ce qui s’en dégage : une mélancolie profonde et authentique… mais aussi une mélancolie euphorique, belle à nous couper le souffle, qui nous porte et nous entraîne ailleurs, vers ce monde merveilleux où l’esprit humain est libre de toute entrave.

Melancholie² se conclut sur une anomalie des plus bigarrées, « Escape », une espèce de suite post-rock teintée de beats trip-hop glacés, de guitares larmoyantes et de violons lancinants.

Chaudement recommandé à ceux qui cherchaient le petit frère du « Filosofem » de Burzum.


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