critiques

Pink Siifu & Fly Anakin – FlySiifu’s

Année de parution : 2020
Pays d’origine : États-Unis
Édition : 2 x Vinyle, Lex – 2020
Style : Abstract Hip-Hop, Jazz-Rap, Neo-Soul, Conscious Hip-Hop

Gros 2020 pour Pink Siifu, qui en Avril avait déjà fait paraître un brûlot discographique intitulé « NEGRO »… Oeuvre incendiaire, lapidaire, violente ; qui mélangeait à tout rompre rap politiquement chargé, punk rock, power electronics, musique industrielle, spoken word et collage bruitatif approximatif. Pas forcément plaisant à l’écoute mais séminal et traumatisant au possible… Ici, accompagné de son collègue Fly Anakin, il nous livre un album beaucoup plus accessible mais pas moins intéressant et recherché pour autant. En fait, il s’agit là d’un des meilleurs albums de rap de l’année passée, ni plus ni moins.

Je n’étais pas familier avec sieur Anakin avant… Mais je vais devoir me pencher sur ses réalisations passées à coup sûr. Le célèbre Madlib (qui pond d’ailleurs quelques beats succulents sur le présent disque) le présente d’ailleurs comme « one of the illest MC’s alive today ». Je ne pense pas qu’on peut apposer un meilleur sceau de qualité que ça.

Nos deux lascars sont assistés par une impressionnante ribambelle de collaborateurs derrières les manettes (le ci-haut mentionné Madlib, Jay Versace, Playa Haze, Lastnamedavid, Ahwlee… pour ne nommer que ceux là) et pourtant, l’album est d’une cohésion sans faille. Les producteurs viennent apporter leur couleur personnelle en respectant l’ambiance très soul d’un disque jazz-rap nocturne bien enfumé et brumeux (c’est comme ça que je préfère mon rap, d’ailleurs). Vraiment un dream team complètement investi dans ce désir d’appuyer le concept et la vision de Siifu/Anakin qui sont, à juste titre, les stars absolues du trip.

En gros le concept très ouvert de « FlySiifu’s » va parler à tout mélomane endurci… C’est l’histoire de deux mecs qui tiennent une boutique de disques ; le genre de petit magasin de quartier où on passe des heures à se retrouver entre amateurs, à discuter de ce qui nous passionne, à être parfois d’accord, parfois en désaccord, à refaire le monde (et où occasionnellement… on achète des disques, pour ceux qui ne sont pas complètement cassés)… Le genre d’endroit qui contribue à enrichir la vie culturelle des gens qui vivent dans les environs ; un lieu où des liens vitaux se créent. Un petit macrocosme avec ses personnages haut en couleur, exubérants, timides, désaxés, épicuriens, insupportables, attachants… Un endroit avec sa faune bien particulière, ses histoires, son théâtre quotidien. Un lieu vivant et niché dans lequel on a tous hâte de se retrouver (en formule plus « classique » et à découvert) dans ces temps pandémiques incertains et surréalistes.

À travers 22 courts morceaux (le tiers étant des « skits » souvent hilarants pour toute personne ayant déjà exercé le métier de disquaire ; j’en suis), Pink Siifu et Fly Anakin nous transportent tout en douceur (et volupté) dans une odyssée rap aussi personnelle que rassembleuse. Avec leurs textes inspirés, leurs flows magistraux, les ambiances sonores vaporeuses-étouffées qui recouvrent leurs verbes, les deux MCs nous plongent dans l’histoire de la musique afro-américaine… On passe du Motown à Dilla en moins de deux. Et c’est beau. Un disque hyper riche qui va survivre aux années et auquel je reviendrai souvent.


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critiques

Sharhabil Ahmed – The King of Sudanese Jazz

Année de parution : 2020
Pays d’origine : Soudan
Édition : Vinyle, Habibi Funk – 2020
Style : Haqiba, Jazz, Rock & Roll, Soul, Cool Cool Stuff

Ouais les potes ! Y’a pas que le ethio-jazz dans la vie (même si ça bute sévèrement, on s’entend là-dessus). Le Soudan, pays voisin de l’Éthiopie, a aussi eu une scène musicale sixties/seventies des plus survoltées. À travers cette grande période de renouveau culturel qui secouait toute l’Afrique tel un cocotier, la jeunesse soudanaise s’abreuvait autant du côté de l’occident (jazz, rock, surf, soul, R&B, samba brésilienne) que de celui de leur riche tradition musicale subsaharienne. En effet, le Haqiba, style traditionnel très porté sur le vocal (qui avait la cote à l’époque) se voit ici confronté/mixé à toutes ces influences modernes venant d’ailleurs… et le résultat est bluffant, festif, hypnotique, sucré, dansant, jovial et terriblement fun.

Sharhabil Ahmed est un peu le papa de ce mariage sonore des plus sympathiques. Celui qu’on a surnommé le « Roi » du Jazz soudanais est avant tout un excellent guitariste rock & roll et sa musique, bien que portée aussi par plusieurs instruments typiquement associés au jazz (les cuiiiiiivres !) ressemble davantage à du Surf Rock bien funky qu’à du Hard-Bop. De ce côté là, on peut donc voir une différence majeure dans le son de la scène soudanaise 60s quand on la compare avec la majorité de ce qu’on entendait chez leurs voisins éthiopiens qui eux, bien que tout aussi funky, étaient résolument plus jazzy dans leur approche. Reste que nos Africains de l’est, Soudanais ou Éthiopiens, sont tous aussi groovy les uns que les autres, ce qui ne sera pas pour vous déplaire !

Cette sublissime compile parue chez Habibi Funk (décidément un label à creuser) sonne merveilleusement bien. Il est quasi impossible de ne pas avoir la fièvre au tibia lorsqu’on se laisse porter par ces morceaux ensoleillés (presque garage rock) qu’on imagine aisément servir de bande son aux mariages, bals et autres fêtes populaires… à ces soirées dans les petits club branchés de Khartoum, là où une jeunesse fougueuse veillait jusqu’aux heures pâles de la nuit, le coeur et l’esprit emplis d’espoir pour un avenir qui semblait alors radieux. Une magnifique « capsule temporelle » d’une époque révolue et fiévreuse.


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