critiques

Malibu Ken (Tobacco & Aesop Rock) – Malibu Ken

Année de parution : 2019
Pays d’origine : États-Unis
Édition : Vinyle, Rhymesayers – 2019
Style : Hip-Hop Expérimental, Abstract Hip-Hop, Psych

Ça vous dirait d’entendre un MC verbomoteur (à l’os) délirer grave sur de l’acide premier choix avec, en fond sonore, une trame sonore d’un jeu Genesis (16 bit rulz) inconnu et passablement débridé ?!? Malibu Ken est là pour vous mes amis ! Mais regardez moi cette pochette de FOU furieux ! Le Ken de Barbie en lendemain de veille d’une solide dérape de 8 mois durant lesquels toutes les drogues imaginables ont été consommées (et où semble t’il, le fast food le plus odieux a été ingéré par le feu bellâtre de plastoc)… Il ne lui reste que la moumoute blondasse toujours impec à notre Kenny adoré !

Malibu Ken, c’est le projet collaboratif d’Aesop Rock (un des MCs les plus incontournables quand on s’intéresse au rap expé des quelques 20 dernières années) et de monsieur Tobacco (producteur atypique qu’on voit évoluer, entre autres, au sein des Black Moth Super Rainbow… ce nom, tudieu !). Et cette rencontre entre les deux bonhommes a porté fruit ! Un fruit vicié cependant, qui semble tout beau de l’extérieur mais qui a un goût de vieille clope et de bas détrempés quand on le croque à pleines dents. C’est repoussant-alléchant comme ce disque génial-insupportable.

Ces deux mecs doivent être agaçants en soirée. Aesop se la ferme jamais (un peu comme moi). Inarrêtable le gars. Et impossible à suivre. Il te parle tantôt de labyrinthes dans des champs d’maïs imaginaires, puis de cobras et d’orchidées sauvages. T’essaie de t’éclipser en douce pour aller te chercher un verre mais v’la ti pas qu’il t’abonde de références au grand cornu, à Sabbath, à Judas Priest et qui te pousse out of nowhere un shout-out au classique Excite Bike (Nintendo, quand tu nous tiens !)…

Le tabac humain, lui son truc c’est pas les mots… Il est là avec sa pléthore de vieux synthés tout crados et il s’évertue à enterrer la fiesta entière sous une avalanche sonore analogiquement vôtre. Son trip c’est d’improviser constamment une nouvelle BO d’une série policière 80s fictive (Les Viscosités de Miami) ou plutôt… celle d’un Beat Em Up’ 90s à la « Streets of Rage », là où le seul but est d’errer dans les rues jonchées d’immondices d’une métropole nocturne cyberpunk et d’envoyer le plus de mandales possibles sur la gueule des membres on ne peut plus disparates d’un gang de rue (contenant des punks, des marins éméchés, des boxeurs bedonnants, des dominatrices trash à fouets, des yuppie cokés, des karatékas corrompus et j’en passe).

Le flow est dément même si éreintant. Ça commande le respect. On ne comprend pas vraiment où Aesop veut en venir lyriquement (lui non plus je crois bien). Mais ça remplit la machine à imagination de belles images un peu troublantes. Écriture automatique, cadavres exquis et jeux de mots surréalistes sont au rendez-vous… Quant à eux, les beats de Tobacco sont résolument uniques dans un format rap. Ils sont comme intoxiqués, psychédéliques, insolites ; à la fois modernes et vieillots (comme une photo délavée/jaunie qui nous vient du futur). Ça fait un peu penser à Boards of Canada mais sans le côté naturaliste.

Un très chouette disque que voilà. Pas le chef d’oeuvre plébiscité en début d’année mais un bon cru niveau rap 2019. Mention toute spéciale à la très éclatée « Acid King » (la 6ème piste) qui nous entraîne dans la psyché d’un tueur adolescent gavé de heavy metal (le cauchemar de l’Amérique puritaine des années 80 !).


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critiques

Pink Siifu & Fly Anakin – FlySiifu’s

Année de parution : 2020
Pays d’origine : États-Unis
Édition : 2 x Vinyle, Lex – 2020
Style : Abstract Hip-Hop, Jazz-Rap, Neo-Soul, Conscious Hip-Hop

Gros 2020 pour Pink Siifu, qui en Avril avait déjà fait paraître un brûlot discographique intitulé « NEGRO »… Oeuvre incendiaire, lapidaire, violente ; qui mélangeait à tout rompre rap politiquement chargé, punk rock, power electronics, musique industrielle, spoken word et collage bruitatif approximatif. Pas forcément plaisant à l’écoute mais séminal et traumatisant au possible… Ici, accompagné de son collègue Fly Anakin, il nous livre un album beaucoup plus accessible mais pas moins intéressant et recherché pour autant. En fait, il s’agit là d’un des meilleurs albums de rap de l’année passée, ni plus ni moins.

Je n’étais pas familier avec sieur Anakin avant… Mais je vais devoir me pencher sur ses réalisations passées à coup sûr. Le célèbre Madlib (qui pond d’ailleurs quelques beats succulents sur le présent disque) le présente d’ailleurs comme « one of the illest MC’s alive today ». Je ne pense pas qu’on peut apposer un meilleur sceau de qualité que ça.

Nos deux lascars sont assistés par une impressionnante ribambelle de collaborateurs derrières les manettes (le ci-haut mentionné Madlib, Jay Versace, Playa Haze, Lastnamedavid, Ahwlee… pour ne nommer que ceux là) et pourtant, l’album est d’une cohésion sans faille. Les producteurs viennent apporter leur couleur personnelle en respectant l’ambiance très soul d’un disque jazz-rap nocturne bien enfumé et brumeux (c’est comme ça que je préfère mon rap, d’ailleurs). Vraiment un dream team complètement investi dans ce désir d’appuyer le concept et la vision de Siifu/Anakin qui sont, à juste titre, les stars absolues du trip.

En gros le concept très ouvert de « FlySiifu’s » va parler à tout mélomane endurci… C’est l’histoire de deux mecs qui tiennent une boutique de disques ; le genre de petit magasin de quartier où on passe des heures à se retrouver entre amateurs, à discuter de ce qui nous passionne, à être parfois d’accord, parfois en désaccord, à refaire le monde (et où occasionnellement… on achète des disques, pour ceux qui ne sont pas complètement cassés)… Le genre d’endroit qui contribue à enrichir la vie culturelle des gens qui vivent dans les environs ; un lieu où des liens vitaux se créent. Un petit macrocosme avec ses personnages haut en couleur, exubérants, timides, désaxés, épicuriens, insupportables, attachants… Un endroit avec sa faune bien particulière, ses histoires, son théâtre quotidien. Un lieu vivant et niché dans lequel on a tous hâte de se retrouver (en formule plus « classique » et à découvert) dans ces temps pandémiques incertains et surréalistes.

À travers 22 courts morceaux (le tiers étant des « skits » souvent hilarants pour toute personne ayant déjà exercé le métier de disquaire ; j’en suis), Pink Siifu et Fly Anakin nous transportent tout en douceur (et volupté) dans une odyssée rap aussi personnelle que rassembleuse. Avec leurs textes inspirés, leurs flows magistraux, les ambiances sonores vaporeuses-étouffées qui recouvrent leurs verbes, les deux MCs nous plongent dans l’histoire de la musique afro-américaine… On passe du Motown à Dilla en moins de deux. Et c’est beau. Un disque hyper riche qui va survivre aux années et auquel je reviendrai souvent.


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Autres Mixes, Mixtapes

Les Paradis Étranges présentent…. RAP DE CANIVEAU

Avec la veillée de la Toussaint qui arrive à grands pas, j’ai pensé vous concocter une petite mixtape qui peut faire office d’introduction au versant sombre et ténébreux du hip-hop… Au menu : hardcore rap rempli de fiel et d’ultra violence, horrorcore perfide débordant de samples de films d’épouvante, underground rap croustillant à la production approximative et aux beats faisandés/visqueux, rap expérimental déstructuré et glaçant.

Je vous souhaite à toutes et à tous une très inconfortable et frissonnante écoute !

Tracklist:

  1. Playa Posse – Bigga and Betta Thangs
  2. Flatlinerz – Satanic Verses
  3. Graveyard Productions – Children Of The Corn
  4. DJ Armok – Misery ft. MC Holocaust
  5. Gravediggaz – Diary of a Madman
  6. $uicideboy$ – The Nail to the Cross
  7. Three 6 Mafia – Live by Yo Rep
  8. Natas – Doubelieveingod
  9. Onyx – All We Got Iz Us (Evil Streets)
  10. Flatbush Zombies – Death 2
  11. clipping. – Run for Your Life
  12. Esham – I’ll Be Glad When You Dead (Closed Casket)
  13. Children of the Corn – Wicked Ways (Remix)
  14. Blackout – Kronik City
  15. Disciples of the Sick – Devils Playground
  16. Bone Thugs-n-Harmony – Mo’ Murda
  17. Death Grips – Lock Your Doors
  18. XXXTENTACION – King Of The Dead
  19. Lord Infamous – Drag ‘Em From the River
  20. Danny Brown – Really Doe
  21. Kinghood Cykoz – Nightmare in Kinghood
  22. Mobb Deep – Right Back at You
  23. Brotha Lynch Hung – Locc 2 Da Brain
  24. Lil Ugly Mane – Bitch I’m Lugubrious
  25. Geto Boys – Assassins
  26. Dr. Octagon – 3000
  27. Ten Wanted Men – Nine 2 Yo Skull
  28. Big L – Da Graveyard
  29. Delusional Thomas – Halo
  30. Flesh-n-Bone – Mystic Spirits
  31. Tyler, the Creator – Yonkers
  32. Koopsta Knicca – Crucifix
  33. Sadistik – Pet Sematary
  34. Jedi Mind Tricks – Serenity in Murder
  35. Dr. Dooom – Body Bag
  36. Backxwash – NYAMA
  37. Eminem – Kim