critiques

Boards of Canada – Geogaddi

Année de parution : 2002
Pays d’origine : Royaume-Uni
Édition : CD, Warp – 2002
Style : Psychédélique, Musique électronique, IDM, Ambient Techno

Geogaddi est un album étrange, à la fois accessible et avant-gardiste, prenant et inquiétant, mécanique et humain, diurne et nocturne, démoniaque et enfantin, moderne et poussiéreux, réconfortant et malsain, froidement chaleureux ; abritant son lot de mystères insondables et de secrets enfouis en son coeur… C’est une sorte d’antiquité futuriste – une carte postale jaunie provenant d’on ne sait où (qu’on découvre dans un coffre perdu au fond du grenier).

Duo de frangins écossais, Boards of Canada évoluent depuis la fin des années 80 dans un style qui leur est totalement propre (et copié par tant d’autres par la suite, avec plus ou moins de succès) : un croisement ingénieux entre ambient, techno, psychédélisme, hip-hop et trip-hop. C’est une musique qui puise une grande part de sa magie dans le mariage insolite qu’elle officie entre l’analogue et le digital ; le passé, le présent et le futur. Mais ce qui la rend si authentiquement géniale, c’est l’atmosphère quasi-indescriptible qui s’en dégage ; cette ambiance unique et hantée. Chaque son ici présent contribue à raffiner une toile sonore abstraite et ensorcelante… que ce soit celui d’une vieille nappe de synthétiseur, d’une voix filtrée au vocoder, d’un beat lancinant et syncopé ou d’un sample tiré d’un documentaire de la BBC des années 70 (sur la vie des plantes aquatiques). Geogaddi, c’est un album techno dont l’enregistrement aurait été hanté par le spectre d’un album de pop psychédélique obscur (et jamais édité) de la fin des années 60.

L’album se divise entre morceaux plus longs, souvent les plus planants, et des minuscules piécettes bizarroïdes et abstraites (servant d’intros et d’outros aux autres pistes). À son écoute, il se dégage vraiment quelque chose de profondément étrange (comme je l’ai mentionné plus haut) de cette oeuvre, une sorte de mélancolie douce et hermétique, qui renvoie immanquablement à l’enfance (à son côté merveilleux, à ses joies mais aussi à ses peines, ses peurs…). L’album est une longue mer de samples de voix d’enfants récitant des publicités, des informations touristiques et géographiques… des enfants qui jouent (comme sur la pochette, une des plus belles de ma collection) et qui nous invitent à vivre « dans un endroit magnifique dans la nature » (cette citation fait référence au massacre de la secte américaine des Branch Davidian… c’était la phrase-clé se trouvant sur leurs pamphlets publicitaires). En plus du côté « comptines enfantines et dérangées », les membres de Boards of Canada sont indiscutablement fascinés par l’histoire, mais aussi par les mathématiques (« Music Is Math »), la religion, la géographie, la science (« Alpha And Omega »), le cinéma et la culture en général. Leur musique est truffée de références à ces domaines (parfois sous la forme de messages métaphoriques ou subliminaux ; inversés dans la musique). Par exemple, pour continuer avec le thème des sectes, le morceau « 1969 » nous amène à penser aux meurtres perpétrés par le clan Manson cette année là. Lorsqu’on écoute « a is To b is To C » à l’endroit (ou devrais-je plutôt dire à l’envers), on peut entendre un monologue des plus singuliers, un espèce de mantra narcotique (« We..Love…You…All! ») de même qu’une chansonnette pleine de menaces (« If you go down to the woods today, you’d better not go alone! »). Tout ceci ne fait qu’accentuer le côté tourmenté de cet album de 66 minutes et 6 secondes…

Pour conclure, Geogaddi est un des disques les plus particuliers de ma discothèque, mais aussi l’un des plus savoureux. Rétrospectivement, c’est l’album qui a plus ou moins donné naissance au courant de « Hauntology » qui nous a amené certaines des oeuvres les plus intéressantes du 21ème siècle jusqu’à présent (The Caretaker / Leyland Kirby, Burial, Broadcast & The Focus Group, Ariel Pink, Oneohtrix Point Never, etc…). Un album extrêmement riche qui se laisse découvrir petit à petit… et dont on aura jamais vraiment fait le tour. Beau et étouffant, comme les rêves et les cauchemars d’enfants.


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critiques

Andy Stott – Luxury Problems

Année de parution : 2012
Pays d’origine : Royaume-Uni
Édition : CD, Modern Love – 2012
Style : Dub Techno, Ambient Techno

L’autre soir, j’étais peinard chez moi, le nez penché sur « la Maison des Feuilles » de Danielewski quand j’ai entendu la voix cristalline et lisse d’une chanteuse d’opéra robotique sortir de mon répondeur. « Bizarre » me suis-je dis à cet instant précis. Cette vieille merde est pourtant débranchée depuis des lustres. J’allai vers l’engin en question, les « Touuuch…. Touuuuch….. Touuuuch….. » langoureusement susurrées par la voix fantôme se faisant plus persistants à mon oreille à mesure que mon organe tympanesque se rapprochait lui aussi de la source, accompagnant docilement le restant de mon entité corporelle dans son déplacement est-ouest.

Y’avait comme une fumée blanche et opaque qui s’échappait du truc. C’était comme une sorte de brouillard suspendu en l’air mais qui avait l’air presque solide. Au toucher, c’était froid et soyeux. Et ça fichait des malins petits frissons vraiment spéciaux aussi, entre l’excitation et la répugnance.

Alors que je peinais à comprendre la situation pleinement, ma laveuse se mis alors à fonctionner grotesquement. Elle était partie en mode « Drain & Spin » et le son était hyper-amplifié, comme si je l’entendais en étant dedans. « Fuck ! yé minuit et quart, quessé que les voisins d’en bas vont dire ? » fut alors la seule pensée intelligente qui me vint en tête.

Puis ce fut le tour du frigo de se réveiller, tout en ronronnements extra-terrestres célestes. Et la machine à Expresso aussi, produisant une vapeur grisâtre et compacte. L’appartement prenait vie, chargé de cette drôle d’électricité qui avait disjoncté. La fumée recouvrait maintenant tout et à son contact, les lumières s’allumaient, grésillaient, certains globes éclatants. En respirant la fumée à pleins poumons, je me mis à tout voir noir, blanc et bleu. Un bleu frigorifié. C’était beau mais inquiétant.

Ma chaumière était maintenant devenue un club de dance spectral bigrement lynchien où j’errais seul, hallucinant sous des stroboscopes impies et des néons qui scintillaient d’une luminescence flétrie, portée par ces beats de bass génialement givrés et, encore et toujours, cette voix de femme surréelle, qui aurait censée dû être le dernier bastion d’humanité dans toute la scène mais qui, étrangement, était ce qu’il y avait de plus glacé. En transe et transi, je pensais au « Masque de la mort rouge » mais avec des fils électriques comme protagonistes puis à Serial Experiments Lain… Je rêvais d’un Tintinnabule transfiguré en Palmer Eldtrich, dévorant diverses univers…

Je me suis endormi et/ou ai perdu connaissance quand l’imprimante s’est mise de la partie. Le lendemain, j’avais un mal de bloc et l’irrépressible envie de jouer à Mega Man 2.


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critiques

The Field – From Here We Go Sublime

Année de parution : 2007
Pays d’origine : Suède
Édition : CD, Kompakt – 2007
Style : Minimal Techno, Tech House, Ambient Techno, Trance, Microhouse

Survoler l’Antarctique dans un X-15 en verre limpide ; le Soleil noyant toutes visions dans son irradiance veloutée. Destination : Dieu.


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Autres Mixes, Mixtapes

Les Paradis Étranges présentent…. Nightclub on Yuggoth (un mix tentaculaire)

Dans sa demeure de R’lyeh la morte , Cthulhu attend en… dansant

Parce que les abominations tentaculaires, créatures mi-humanoïdes mi amphibiennes, grands anciens qui chuchotent dans les ténèbres originelles et autres horreurs intergalactiques de ce monde méritent aussi leur night out !

Bonne écoute, que vous soyez d’ici ou d’ailleurs !

Tracklist:

  1. cv313 – Isis
  2. Seefeel – Filter Dub
  3. Grant – Bend
  4. AL-90 – Serpentarium
  5. Various Artists – Erosion 2
  6. Rhythm & Sound – Mango Drive
  7. Scorn – Black Box
  8. Andy Stott – Luxury Problems
  9. S Olbricht – Blambestrid
  10. The Future Sound of London – Cascade
  11. Monolake – Tetris
  12. Luigi Tozzi – Bioluminescence
  13. Zum Goldenen Schwarm – Weltentor
  14. Wanderwelle – The Starry Night