Autres Mixes, Mixtapes

Les Paradis Étranges présentent…. Mixtape Spéciale Trames Sonores de Films d’Horreur

Commencez-vous à le sentir ? Le sol humide jonché de feuilles mortes, les journées qui raccourcissent, les ciels d’octobres aux teintes impossibles, le feu dans l’âtre, la fin progressive de la CALISS de TABARNAK de période de l’herbe à poux… Commencez-vous à sentir le basculement insolite du début d’automne caniculaire vers ma saison préférée : le vrai de vrai automne, celui, frais et venteux, qui se prolonge petit à petit vers le mois des morts (sa magnifique apothéose funéraire et pluvieuse), celui où les marches extérieures nocturnes deviennent des épopées mystiques et brumeuses, celui où il fait bon d’aller se réfugier dans notre chaumière devant un bon film d’épouvante.

Pour initier le début de mon bout préféré de l’année de belle façon, voici donc cette mixtape dédiée aux trames sonores de films d’épouvante (avec quelques petits giallos par ci par là ; pourquoi se priver ?). L’horreur AT LARGE est pas mal mon genre filmographique préféré et je ne me fais pas prier, hiver, automne, printemps ou été, pour me taper des perles horrifiques de tous genres (et toutes époques… en particulier celles des 70s et 80s !) ainsi que leurs bandes sonores respectives. Mais il y a quelque chose de particulièrement plaisant à naviguer dans ces zones d’ombre à ce moment précis de l’année.

C’est avec un sourire carnassier que je vous invite donc à écouter cette petite compilation qui regroupent certains de mes morceaux préférés tirés de ces films qui m’ont hanté longuement… Il y en a pour tous les goûts ou presque : compositions de facture classique, dark ambient, lounge-pop-exotica, rock psychédélique enfumé, dark jazz, synthwave damné, drone, piécettes de piano romantico-tragiques, morceaux de rock progressif funky et assombris, ballades pour enfants possédés, musique concrète, etc…

Ah ouais… Je ne publierai pas la track-list non plus. On va s’amuser un peu. Je défie les auditeurs (qui seront surement LÉGION…. aheum) à tenter de découvrir de quels films proviennent les extraits sonores glanés un peu partout. Vous pouvez publier vos trouvailles dans les commentaires ci-bas. Celui ou celle qui aura trouvé la provenance du plus grand nombre d’extraits se méritera mon respect éternel (faute de mieux ; je suis fauché !)… Et disons, un t-shirt avec le logo des Paradis Étranges (merci Guillaume P. Trépanier) quand nous les imprimerons enfin (vers 2038).

Donc… bonne écoute chers amis ! Et joyeux z’Halloween d’avance !

Tracklist MYSTÈRE !!! Mouahahahahahahah !!!

critiques

Nicholas Szczepanik – The Chiasmus

Année de parution : 2009
Pays d’origine : États-Unis
Édition : CD, SRA – 2009
Style : Drone, Ambient

L’existence ; se résoudre à exister… Ces journées-cimetières où on ne se sent ni mal, ni bien, où l’âme devient un concept abstrait et abscons. Tu te mates dans une glace et tu vois un automate, un androïde, une contrefaçon rigoureusement parfaite mais ôh combien sordide d’un être humain typique. Et tu te mets à avoir de légers frissons qui te parcourent l’échine. Tu regardes cette peau blafarde qui semble morte, ces cernes larges et éclatées sous les yeux, les fissures un peu partout, cet eczéma qui te défigure un peu plus chaque année… Si tu regardes trop longtemps ou trop près, tu peux presque commencer à apercevoir un monstre. Tu repenses à ce cauchemar éveillé fait lors de l’adolescence… ce cadavre en putréfaction qui se balançait horriblement sur sa chaise, dans l’obscurité de la pièce d’a côté, avec ce sourire dément en plein visage… Tu te souviens qu’il avait finit par se lever pour venir te regarder dormir et c’est à ce moment la que tu avais perdu connaissance… Il ne faut pas, pas… pas focuser sur ces images néfastes… L’angoisse commence déjà à s’installer ; tu la sens monter petit à petit. Tu n’y échapperas pas. Tu quittes vite la salle de bain pour faire quoi ? Aller où ? Tu n’as envie de rien. RIEN. Tu erres dans l’appartement gris et terne – qui fait office de chambre mortuaire pour l’occasion. Le cinéma intérieur bat son plein. La guerre quotidienne (et inutile) se joue à l’intérieur de ton cerveau malade, rongé par des doutes qui, après des années à s’alimenter de ta faiblesse et de ton mal-être, sont devenus des ogres… Tu aimerais, si possible, abrèger cette phase obsolète qui ne fait que rallonger ta souffrance. Les spasmes nerveux recommencent. Tu sens ta chair fissurée, chaude et malade, qui pourrit tranquillement. Tu respires un grand coup et essais de chasser les pensées anxiogènes une ultime fois… Tu respires lentement, tu imagines cette journée parfaite d’automne il y a 3 ans où la lumière avait une teinte divine, tu respire profondément et leeeentement… Tu es inutile, ton existence est vaine, ton esprit vacille et ton corps se liquéfie tranquillement. NON ! Il.. faut combattre… Trop tard. La crise, comme une vague meurtrière, te happe tout entier et t’envoie au tapis. Pathétique. Tu étouffes, tu trembles de partout, tu sues abondamment, les sons et les images deviennent une brume opaque. Tu délires grave, prisonnier de ton propre corps, de ta propre (et insignifiante) faiblesse. Tu te sens comme si tu allais te noyer en toi, comme si le fait d’être, seulement « d’être » toi-même, était un insurmontable fardeau… Après un long, long moment ; après que les dernières trépidations agitent grotesquement ta carcasse de long en large et que les larmes, finalement, aient coulées jusque sur le plancher du salon, tu commences à te lever, péniblement. Tu réussis à te faire un café, tu t’assois sur ton divan et tu penses à Unica Zürn, en regardant discrètement la neige molle tomber lourdement à travers le filtre vaporeux de ta fenêtre.


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :

15 Fréquences, Mixtapes

15 Fréquences Ultimes – Épisode 10 – François Zaidan

Aux Paradis Étranges, on célèbre en grand car ce 10ème épisode des 15 Fréquences Ultiiiiimes est composé des choix hétéroclitement vôtres de mon ami adoré François Zaidan, multi-instrumentiste dans l’orchestre d’Avion Tournevis et membre du Quattuor Tempora. En plus d’être beau, gentil, d’écrire très bien et de sentir bon, François est probablement le plus grand mélomane que je connaisse sur cette bonne vieille Terre ; next to me of course… J’vous le dis : y’a de quoi dans l’eau d’la Mauricie. Ça créé des mélomanes un peu sautés.

Francesco est aussi mon pusher de disques préféré, mon disquaire personnel (et celui de plusieurs autres personnes). Incroyable défricheur/chercheur de merveilles sonores aux confins du globe, il ne revient jamais bredouille de ses fabuleux « digs ». Je vous partage d’ailleurs son très élégant texte de présentation qu’il avait rédigé pour Bruit de Fond, l’ancien blogue sur lequel j’exerçais mon verbe et où il écrivait aussi parfois :

La musique avant tout. Ensuite la poussière, l’humidité, le froid qui engourdit les doigts lorsqu’on fouille à travers des milliers de disques abjects pour dénicher l’ultime, le précieux, l’obscure et l’inconnu. C’est dans les marchés aux puces à jouer à l’archéologue de sons étranges et oubliés qu’a commencé cette obsession ; cette douce et violente obsession qui perdure et qui induit toujours l’extase. Ca ne finit pas. Il ne faut pas que ça finisse. J’ai excavé des disques au Nunavut en contemplant l’immensité des eaux glacées, dans des campagnes Suisses regorgeant de free jazz et de private press psychés, au fond d’étroites ruelles à Shibuya, dans les souks Marocains entre des carcasses d’animaux et des meubles rongés par le temps, perché sur des échelles dans des appartements à Beyrouth et dans d’innombrables sous-sols Québécois. Le problème (ou la cure ?), c’est que je n’ai pas encore trouvé. Malgré la physicalité et la relative durabilité des supports, l’évanescence de la musique m’encourage toujours à chercher davantage et je me résous à ne jamais trouver.

C’est pas magnifique, tout cela ?

Et comme l’inventeur du ZAIDANATOR 3000 ™ ne fait jamais les choses à moitié, il vous a aussi composé des somptueux petits textes de présentation pour chaque piste du mix. Ils sont disponibles en bas du présent article. Je vous conseille fortement de lire le tout alors que vos tympans s’abreuvent (avec extase et délice) à même le monde sonore si particulier de sieur Zaidan.

Tracklist:

  1. Raul Lovisoni & Francesco Messina – Prati Bagnati Del Monte Analogo
  2. Fairuz – Saalouni El Nas
  3. Gateway – Backwoods Song
  4. Vis-A-Vis – Odo Gu Ahorow
  5. John Coltrane – Sun Ship
  6. Fred Frith – Open Ocean
  7. Wiliam Basinski – D|P 3 (extrait)
  8. L’Infonie – Paix (extrait)
  9. Peter Brötzmann Octet – Machine Gun
  10. Alvin Curan – Canti E Vedute Del Giardino Magnetico (Side 2)
  11. This Heat – Horizontal Hold
  12. Scott Walker – The Seventh Seal
  13. Can – Future Days
  14. Linda Perhacs – Chimacum Rain
  15. Fly Pan Am – Dans ses cheveux soixante circuits

Vous pouvez suivre et encourager François sur son Instagram (bourré de disques qui font vachement envie). Voici sinon quelques liens Bandcamp de projets auxquels il a participé ces dernières années : Klô Pelgag, Quattuor Tempora, Laurence-Anne.

Je repasse la « puck » à m’sieur Zaidan ci-bas. Bonne écoute et bonne lecture !


Raul Lovisoni & Francesco Messina – Prati Bagnati Del Monte Analogo

Cette pièce a toujours été en puissance, cachée ou enfouie quelque part n’attendant qu’à être découverte. Si bien que je ne me souviens plus exactement quand ni comment j’en suis venu à la découvrir. Elle est simplicité absolue et immanquable réconfort.

Fairuz – Saalouni El Nas

Avec les longues et lancinantes pièces d’Om Kolsoum, la profondeur de Wadi Al Safi et les guitares surfs d’Omar Khorshid, Fairuz fait partie de la trame sonore de mon enfance. Ça m’a pris un long moment avant de comprendre toute la puissance de la musique Libanaise (et plus largement de la musique moyenne-orientale), de discerner les inflexions poétiques, d’apprécier les mélodies presque systématiquement jouées à l’unisson, de me plonger dans l’univers des modes (des maqamat) et d’enfin ressentir le tarab (terme s’apparentant plus ou moins à l’extase rendue possible par la musique).

Gateway – Backwoods Song

Groupe dont la cohésion, la maîtrise et la liberté est à envier. À la limite du free jazz, avec une production pas trop scintillante (dans mes quelques doux reproches à ECM), cette pièce et cet album me semble toujours intemporel.

Vis-A-Vis – Odo Gu Ahorow

Sans trop savoir pourquoi ni comment je suis un jour tombé sur une pièce du groupe ghanéen Kyeremateng Stars (merci les algorithmes j’imagine…), la musique highlife m’a pris par surprise et profondément intrigué. Généralement basé sur des entrelacements de guitares assez jumpy, les voix qui s’y juxtaposent sont toujours empreintes d’une pointe de nostalgie. La pièce proposée ici de Vis-A-Vis en est un exemple remarquable. Et par la force des choses, ces pièces et le highlife ghanéen ont pavé la voie à ma découverte des musiques d’Afrique de l’Ouest et ont contribué à mon obsession actuelle avec les musiques maliennes.

John Coltrane – Sun Ship

Étrange découverte de jeunesse mais qui a néanmoins été particulièrement fondatrice dans mon parcours. Vers mes 14-15 ans, un professeur de guitare à qui j’ai demandé de me proposer des « trucs jazz bizarres » a mentionné Sun Ship de manière un peu désintéressée et ce fut je crois mon premier contact avec le free jazz. De ça découle mon appréciation des musiques improvisées (j’y reviendrai sous peu) et du jazz d’ordre plus « spirituel ».

Fred Frith – Open Ocean

Je dois la découverte de l’album Clearing de Fred Frith au même professeur de guitare mentionné précédemment. Cet album m’a sidéré en me démontrant que les possibilités de la guitare allaient bien au-delà des notes jouées sur le manche et d’une approche plus traditionnelle de l’instrument. Bien que je comprenne maintenant comment Frith s’y est pris techniquement, cet album demeure un des piliers indéniables de mon développement musical, de mes recherches académiques et de mon jeu instrumental.

Wiliam Basinski – D|P 3 (extrait)

La découverte du travail de Basinski et de ses fameux Desintegration Loops restera toujours gravée dans ma mémoire et est empreinte d’un brin de nostalgie (feeling très propice à cette musique j’imagine…!). Je venais d’arriver à Montréal pour étudier au Cégep et moi et mon ami Jef (qui s’est étrangement volatilisé de notre cercle d’amis) allions souvent assister à des concerts de free jazz, de noise et de musique contemporaine. En rentrant d’un concert à la Sala Rossa dans l’auto de Jef, une musique douce mais insistante jouait « en boucle » sur un poste de radio universitaire. Arrivé à destination, nous sommes restés silencieux pendant près d’une demi-heure attendant que la pièce termine pour enfin savoir qui était derrière la création de ce mystère.

L’Infonie – Paix (extrait)

À mon humble avis le groupe/collectif le plus unique et éclaté ayant foulé les scènes québécoises. Bien que très ancré dans une mouvance et dans une effervescence propre à la fin des années soixante, l’Infonie m’apparaît comme une des manifestations les plus tangibles et abouties d’une tentative de création totale et multidisciplinaire. Ce groupe n’était ni complètement free, ni baroque, ni résolument prog, ni musique contemporaine, mais plutôt vraiment TOUTTT!

Peter Brötzmann Octet – Machine Gun

Écouter ça à 6h30 du matin, dans l’autobus jaune pour aller à l’école secondaire me semble maintenant un peu troublant… mais bon, les musiques improvisées ont pris tellement de place dans mon parcours et dans mes intérêts que ce n’est peut-être pas si étrange après tout.

Alvin Curan – Canti E Vedute Del Giardino Magnetico (Side 2)

La pièce traversant les deux faces de ce disque provoque un réconfort similaire à la musique de Lovisoni & Messina. Une musique irréelle adéquate pour les temps doux et troubles.

This Heat – Horizontal Hold

Dans les plus gros coups de poing musicaux que j’ai reçu en pleine figure. Le parfait alliage entre une conception assez large des musiques « pop » et la musique d’avant-garde. Toutes leurs pièces auraient pu être choisies dans le cadre de ce mix, mais l’instrumental Horizontal Hold se glisse dans le tier supérieur de mon appréciation du groupe pour sa production lo-fi abrasive, pour les changements brusques et drastiques qui préfigurent le reste de leur output créatif (et même les projets solos subséquents des membres du groupe).

Scott Walker – The Seventh Seal

Bien que j’apprécie et respecte énormément tout ce qu’a fait Scott Walker, de ses reprises de Brel à l’étrangeté absolue de The Drift ou Bish Bosch, Scott 4 constitue toujours à mon humble avis l’apogée de sa carrière. L’orchestration y est parfois tendue et contraste à merveille avec la voix crooner de Walker. À la fois de son temps et intemporel.

Can – Future Days

Bon. Can devait faire acte de présence dans mes 15 fréquences ultimes. Mais quelle pièce ? Quel album ? Ege Bamyasi aurait évidemment fait bonne figure. Tago Mago est aussi un disque d’ile déserte. La période Mooney avec son songwriting aux limites de la folie mériterait une mention spéciale. MAIS, je reviens toujours à Future Days pour la consistance de ses quatre pièces et pour ce que je considère être le « génie » de Can : un alliage impeccable de rock, de musique d’avant-garde, de musique électronique et de songwriting ultra catchy.

Linda Perhacs – Chimacum Rain

Pour un peu de douceur folk 60’s/début-70’s, j’aurais pu choisir plusieurs pièces. J’ai hésité à mettre My Spirits Calling de Rodier, Earthpeople de Ramases, Janitor of Lunacy de Nico, Willie O’Winsbury d’Anne Briggs ou de nombreuses autres (ce n’est pas ça qui manque). Mais l’unique album des années 70 de Linda Perhacs possède un certain statut mythique et un mysticisme qui lui est propre et qui témoigne admirablement bien de cette vague folk légèrement en marge des sentiers plus achalandés de la décennie.

Fly Pan Am – Dans ses cheveux soixante circuits

Fly Pan Am est une autre des raisons pour laquelle j’ai décidé de faire de la musique, mais aussi une des raisons pour laquelle j’ai commencé à m’intéresser à certaines musiques plutôt qu’à d’autres. À réécouter ce mix et à relire mes courtes notes, je me rends compte que ce que j’aime avant tout en musique, c’est l’entre-deux, l’incertitude, l’éclatement, ou l’espace liminal entre les formes, les époques, les styles. Fly Pan Am est exactement tout ça. J’ai choisi cette pièce car elle termine parfaitement un mix : sur un point d’orgue, sur une suspension/tension, sur un désir d’en savoir plus. Je ne peux pas non plus omettre mon premier contact avec cette pièce : avec des amis d’enfance, dans une auto roulant en pleine forêt, sur une substance hallucinogène quelconque : un moment d’angoisse qui a vite laissé place à un moment de contemplation et à un désir d’en savoir plus.

MENTIONS SUPPLÉMENTAIRES :

Peter Grudzien – Kiss Me Another

Area – Luglio, Agosto, Settembre (Nero)

Group Doueh – Zayna Jumma

Mark Isham & Art Lande – Melancholy of Departure

Autres Mixes, Mixtapes

Les Paradis Étranges présentent…. VGA (Video Games Ambient)

Les gens qui me connaissent le savent : je suis un inconditionnel fan de musique ambient ET de jeux vidéos… Hélas sur ce dernier aspect, je dois vous avouer avoir environ 5 heures par an à y consacrer depuis que la paternité a fait irruption dans ma vie (no regrets, j’y gagne au change). Cependant, je continue de vivre ma passion vidéoludique à travers l’écoute de bandes sons de mes jeux préférés et même de jeux auxquels je n’ai même pas encore joué.

La qualité des trames sonores de jeux vidéos est souvent exceptionnelle. Avant l’arrivée des consoles plus modernes, les compositeurs devaient faire preuve d’ingéniosité et de retenu pour composer des mélodies marquantes et créer des atmosphères singulières malgré les limitations techniques de l’époque… Puis la technologie s’est raffinée et le médium a continué d’évoluer, permettant aux bandes sonores de JV de gagner en profondeur, en textures, en couches, en dimensions. De nos jours, la musique de jeux vidéos est pratiquement aussi respectée que les bandes sons de films, ce qui est amplement mérité !

Cette mixtape, j’ai eu beaucoup de plaisir à la monter. C’est un voyage surtout ambient, parfois néo-classique et toujours atmosphérique, à travers une multitude de bandes sonores de JV, le tout allant de la glorieuse époque des 16 bits (Super Nintendo, je t’aime d’amour !) à l’ère actuelle.

Les fans de JV s’y retrouveront avec plaisir mais mêmes les non-puristes qui sont fans de musique zen et planantes (parfois joyeuses et enfantines, parfois cauchemardesques et nébuleuses) seront ravis eux aussi !

Tracklist:

  1. Playstation Startup Screen
  2. Marcin Przybyłowicz – The Fields of Ard Skellig (The Witcher 3 : Wild Hunt)
  3. Shogo Sakai – Snowman (Earthbound)
  4. Toru Minegishi – Midna’s Lament (The Legend of Zelda : Twilight Princess)
  5. Martin Stieg Andersen – Menu (Limbo)
  6. Yasunori Mitsuda – Memories of Green (Chrono Trigger)
  7. Christopher Larkin – Dream (Hollow Knight)
  8. David Wise – Stickerbrush Symphony (Donkey Kong Country 2)
  9. Nobuo Uematsu – Reunion (Final Fantasy VII)
  10. ConcernedApe (Eric Barone) – Night Market (Stardew Valley)
  11. Akira Yamaoka – The Day of Night (Silent Hill 2)
  12. Kenji Yamamoto – Lower Brinstar (Super Metroid)
  13. Yann Van Der Cruyssen – Secret Lab (Stray)
  14. Manaka Kataoka – Waterfront Theme (The Legend of Zelda : Breath of the Wild)
  15. Nobuo Uematsu – Buried In The Snow (Final Fantasy VII)
  16. Toby Fox – Snowy (Undertale)
  17. Martin Stig Andersen & Søs Gunver Rydberg – Inside
  18. Shogo Sakai – Moonside Swing (Earthbound)
  19. C418 – Subwoofer Lullaby (Minecraft)
  20. Yasunori Mitsuda – On the Shores of a Dream – Another World (Chrono Cross)
  21. Capcom Sound Team – Serenity (Resident Evil 4)
  22. Gustavo Santaolalla – Vanishing Grace (The Last of Us)
  23. Akira Yamaoka – Sermon (Silent Hill 2)
  24. Michiru Oshima – Heal (ICO)
  25. Koji Kondo – Last Day (The Legend of Zelda: Majora’s Mask)
  26. Nobuo Uematsu – Fragments of Memories (Final Fantasy VIII)
  27. Jeremy Soule – Ancient Stones (The Elder Scrolls V: Skyrim)
  28. Akira Yamaoka – Pulsating Ambience (Silent Hill 4 : The Room)
  29. David Wise – Aquatic Ambiance (Donkey Kong Country)
  30. Disasterpeace – Compass (FEZ)
  31. Mario Galaxy Orchestra – Space Fantasy (Super Mario Galaxy)
  32. Lena Raine – The Empty Space Above (Celeste)
  33. Koji Kondo – Title Theme (Zelda : Ocarina of Time)
critiques

Panda Bear – Person Pitch

Année de parution : 2007
Pays d’origine : États-Unis
Édition : CD, Paw Tracks – 2007
Style : Collage surréaliste, Psychédélique, Surf Pop, Sunshine Pop, Ambient, Exotica, Disque expérience

Bonjour / Good Morning chers passagers. Vous pouvez déboucler vos ceintures en laine minérale et ornées de fleurs hawaïennes. Vous êtes arrivés à destination : le cerveau de Brian Wilson pendant les enregistrements chaotiques de « Smile » première mouture (n’oubliez pas votre casque de pompier !!!)… Noah Lennox est votre sympathique pilote mais il préfère vous avertir : il y avait du LSD dans tous les articles du menu servi à bord (oui ! même dans le « sans gluten » !). Si vous vous disiez justement que ça brillait drôlement dans votre champ de vision (en plus des zèbres qui explosent en firmaments laiteux et des ours chapeautés de FEZ multicolores et jouant du glockenspiel avec une ferveur toujours renouvelée), vous en connaissez maintenant la raison !

Percussionniste et chanteur du groupe Animal Collective, Noah (alias l’Ours Panda) livre son deuxième album solo en la forme de ce « Person Pitch » psychédéliquement vôtre. Ce disque est un sale trip, mes amis. Un genre de croisement contre-nature entre « Martine à la plage » et « 2001 Space Odyssey », avec en prime (et pour le même prix !) un peu de ukulélé pour les amateurs. Ou si vous préférez : c’est un pique-nique embrumé sur une plage interstellaire (et bordée par une mer d’astéroïdes) où dansent des chamans habillés de toges en diamants. Et au loin, on entend d’irréels chants de baleines fantômes s’entrechoquant au scintillement sonore des étoiles. Je sais… il n’y a pas réellement de sons dans l’espace. Mais « Person Pitch » est loin d’être réel. C’est plutôt un beau rêve dont on se réveille armé d’un sourire de défoncé mental et dont on à peine à se rappeler les moindres détails. On sait juste que c’était plaisant et positif. Et qu’on aurait donc le goût de manger 18 toasts sur un restant de braises de feu de camp.

Basé à 90% de samples diverses, l’oeuvre se veut un hommage ambiant-maximaliste à la Beach Muzik des années 60. Ce n’est pas un album à écouter en faisant votre vaisselle ou en faisant le ménage de votre chaumière (à part si vous accordez des qualités lysergiques à ces tâches ménagères… et là, je vous trouverais encore plus bizarroïdes que moi). L’écoute se fait mieux alors que votre postérieur est solidement posé sur un divan moelleux ou même dans votre lit, dans un état semi-comateux (avec l’apport non négligeable de bons écouteurs). Et là, vous entendrez la magie s’opérer. Et vous aussi, vous serez porté par ces guitares apaisantes, ces xylophones sucrés, ces chants électro-grégoriens, ces percussions tribales branchées sur un voltage très approximatif, ces synthés dérangés, cette voix qui se permute en milles et unes galaxies bruitatives… Et vous tomberez en amour avec cette ambiance cosmique totalement unique.

Un album à ranger à côté de « California » de Mr. Bungle et bien évidemment, « Pet Sounds » des Beach Boys.


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critiques

Ana Roxanne – ~​~​~

Année de parution : 2019
Pays d’origine : États-Unis
Édition : Vinyle, Leaving – 2019
Style : Ambient, New Age, Field Recordings, Spoken Word

2019 est une grande année pour l’ambient. On a eu droit à une multitude d’albums de grande qualité de la part de Saba Alizadeh, Nivhek (alias Grouper / Liz Harris), Tim Hecker, Oren Ambarchi, Jonny Nash, Matthew Sullivan, The Chi Factory, Fennesz, Caterina Barbieri et j’en passe… Mais à travers tous ces trésors sonores, une demoiselle s’est selon moi élevée au dessus du lot.

Le magnifique EP d’Ana Roxanne est une de mes plus belles découvertes musicales de 2019, ni plus ni moins. J’ai été drogué à ce disque tout le printemps et tout l’été de cette année. Je l’ai écouté un nombre incalculable de fois. Ce fut un disque-médicament ; celui qui arrivait à me calmer dans mes moments d’angoisse et d’égarement, celui qui me faisait goûter pleinement aux fins délices de la vie. Et dire que cette jeune demoiselle hésitait à publier ces travaux initialement, pensant que ça n’allait plaire à personne… Que nenni Ana !

« ~​~​~ », c’est pur et limpide. C’est éthéré. C’est infiniment beau et sincère. À travers les 6 morceaux de cette offrande discographique, Ana Roxanne nous fait voyager à travers son ambient unique et émotif, à mi-chemin entre le New Age de la fin 70s/début 80s (avec ses claviers analogiques chaleureux), le Dream Pop dans sa forme la plus minimale (pensez à du Cocteau Twins en plus lent et sublimé) et l’Ambient moderne. Le tout est aussi saupoudré de jolis passages de spoken word oniriques et de field recordings hypnotiques. Il y a aussi un côté presque spirituel à cette musique. Peut-être est-ce en partie du au fait que la musicienne a par le passé vécu et étudié à Uttarkhand (Inde) auprès d’un professeur vocal spécialisé en chant « Hindustani ». D’ailleurs, la voix d’Ana, qui n’apparaît pas sur toutes les pièces, est simplement somptueuse.

Ce qui est fascinant avec ce disque (au delà de ses qualités musicales évidentes), c’est son côté très personnel. On a vraiment l’impression que la Californienne nous ouvre une fenêtre sur son monde intérieur. Un panorama sur ses joies, ses peines, ses aspirations, son recueillement, ses passions. Ce n’est pas une mise à nue grandiloquente et théâtrale. C’est juste elle dans ces moments précieux de la vie : au piano alors que le Soleil se couche tranquillement, au jardin à pique-niquer et chantonner avec sa famille alors que le vent effleure les carillons ça et là, dans son lit alors qu’elle réfléchit à Dieu et aux mathématiques, où lorsqu’elle fredonne un vieil air de R&B en marchant dans la rue un matin brumeux et magique… On vit ces quelques instants avec elle. Et c’est un bonheur renouvelé à chaque fois.


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critiques

Oren Ambarchi – Triste

Année de parution : 2003
Pays d’origine : Australie
Édition : CD, Southern Lord – 2005
Style : Drone, Ambient, Reductionism, EAI

Oren est triste et seul. Oui, les sons ici présent découlent d’une performance « live » mais on dirait plutôt qu’ils proviennent d’une session solitaire où notre homme errait dans un appartement assombri et dépouillé ; avec la pluie gelée de Novembre qui bat dehors… Toutes lumières fermées, ne reste que celle de l’enregistreuse qui illumine à peine l’ébène de ces lieux engourdis. « Triste », c’est deux pistes cafardeuses au possible. Deux incursions dans l’inertie des nuits mourantes. Deux plongées dans le chagrin ; mais dépouillées de toute théâtralité. On va ici à l’essentiel du sentiment, de l’état… Sans grandiloquence. Sans rage. Juste une vision exacte de ce que ça peut remuer en dedans, dans les tripes, dans le coeur, dans la tête. Et c’est aussi beau que neurasthénique.

Des notes de basse qui émergent du vide. Lentes et longues ; allant s’effacer progressivement dans le silence qui ici, devient un autre couleur (essentielle) dans la palette d’un artiste sonore qui l’a toujours utilisé avec escient. Les notes/fréquences se multiplient, s’enchevêtrent, se superposent, s’effilochent en particules électriques craquantes. La pièce meurt et renaît à plusieurs reprises, frêle mais tenace/patiente qu’elle est. Les résonances finissent par m’évoquer un espèce de piano éploré figé dans un nuage de bruine presque solide, qui est suspendu au dessus d’un plancher de verglas croustillant. Gris bleuté limpide et fantomatique.

Puis, la partie deux… la première mais en plus chaotique, moins immobile, avec plus d’éléments, plus de particules grésillantes, plus de « clicks » et de « cracks ». Un drone subsonique bien opaque s’installe petit à petit et recouvre tout. Du givre auditif, en quelque sorte. Sine waves, feedbacks noisy et fréquences hautes sont au rendez-vous. La piste se fond (et se conclue) sur un passage électro-acoustique bluffant (que n’aurait pas renié un certain Edgard Varèse).

La version CD (ici critiquée) contient aussi deux remixes savoureux de Tom Recchion. Ces altérations, moins minimalistes et plus touffues, sont encore plus obtuses (mais tout aussi dignes d’intérêt).


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :

critiques

Throbbing Gristle – 20 Jazz Funk Greats

Année de parution : 1979
Pays d’origine : Royaume-Uni
Édition : 2 x CD, Industrial – 2011
Style : Industrial, Minimal Synth, Ambient

Titre ironique pour album carnassier mais qui n’en a pas l’air… Membres de TG tout sourires sur une pochette qui, au premier regard, semble être plus appropriée pour un quatuor de sunshine pop que pour les parrains/marraines de l’Industriel. TG has gone pop, folks. C’est un peu ça, ce disque. Mais ne vous laissez pas avoir, crédules auditeurs… La pop façon TG, elle est tartufe, sournoise, fielleuse… Pour mieux pervertir vos esprits, elle s’amuse à cacher ses impuretés vénales sous un habillement des plus mielleux. Et puis, cette succulente pochette, elle perd tout son côté rassurant quand on apprend que le joli promontoire donnant sur la mer a la sordide réputation d’être un des sites de suicide les plus connus du monde (« Beachy Head » que ça s’appelle pour les wiki-curieux ; c’est aussi le titre d’une piste du présent album).

Insidieux, le disque. Avant, TG faisait dans l’horreur explicite, toutes machines hurlantes déployées, farfouillant à genoux dans un brumeux capharnaüm porté par l’écho langoureux des claviers mutants, des gémissements désincarnés, des violons païen nouveau genre et de bandes magnétiques qui expirent dans la nuit des temps… le tout dans une atmosphère quasi-indescriptible d’orgie romaine antique transposée dans un univers dystopique à souhait. 20 Jazz Funk Greats, ce n’est pas ça. 20 Jazz Funk Great, c’est le serial killer qui va, chemise blanche et cravate à pois, au bureau le lundi matin avec, dans sa boîte à lunch, un chili con carne à base de prostituées (les restants du weekend fort chargé) et comme dessert : un oeil humain.

Ça part tout en douceur avec la pièce-titre. Presque Yello sur les bords (autre grand groupe trompeur ceux-là). Minimal beat. Sexy-Jazzy. Voix suave à l’appui (YEAH!). Mais on sent déjà pointer le malaise… La pub de rasoir jetable se disloque comme une vieille VHS en manque de tracking alors que le beau modèle commence à se couper la gorge avec son Gillette (mais en gardant le sourire). Ensuite : petit séjour à la plage avec « Beachy Head »… mais le ciel est gris et chargé, les vagues trop fortes et surtout : une nuée de goélands est en train de se repaître de cette charogne échouée, la peau grisâtre et la langue gonflée comme une saucisse pas fraîche. « Still Walking », c’est Kraftwerk en version « surdose de trifluopérazine ». Presque dansant si on oublie les frissons qui nous parcourent l’échine. Miaulements de chatons damnés et basse death-funky sur « Tanith ». TG veulent faire du Jazz mais comme dirait l’oncle Zappa : ça sent drôle…

Grand morceau de minimal synth, « Convincing People » repose sur un motif de synthétiseur extrêmement bancal et diablement efficace. Ces voix désintéressées et pourtant maniaques déblatère un texte qui te vole une petite parcelle d’âme à chaque écoute… « Exotica » ? Oh, c’est le retour de Martin Denny et de Les Baxter ! Je les vois arriver, marchant comme des automates, clopinant au ralenti. Oh ! Mais ils sont tout pourris. Le regard vitreux et absent. Il y a des asticots qui sortent de tous leurs pores. Et ils sentent un peu comme ce bout de fromage que j’avais laissé traîner toute une semaine sur le comptoir. Et pourquoi il y a autant de brouillard soudainement ?

« Hot On Heels of Love », c’est un putain de tube. Pure cyprine sonore. Vocaux de succube de Cosey Fanni Tutti qui donne de malins petits frissons. Musique de striptease surréaliste tel qu’imaginé par Man Ray. Giorgio Moroder n’aurait pas fait mieux. « Persuasion », c’est le moment le plus « Maman, j’ai peur » d’un disque qui contient déjà bon nombre de pépites dans le genre. C’est la version zombifiée de « Satisfaction » des Stones. Un Genesis P-Orridge fortement dérangé s’adresse ici à une demoiselle terrifiée (cris et pleurs distordus à l’appui) alors que deux horribles notes de synthétiseur semblent se permuter à l’infini… Tonton Genesis nous parle d’abus sexuel (du point de vue de l’abuseur) et de son fétiche évident pour les petites culottes. Assez troublant.

« Walkabout » : grillons électriques en ouverture pour un des morceaux les plus Kraftwerkiens (pensez époque Ralf & Florian) du groupe. Un bonheur passager sur un disque qui n’est pas très porté sur la joie de vivre.

Je sais que je parle beaucoup de Silent Hill dans mes chroniques… mais « What a Day », si Akira Yamaoka ne s’est pas inspiré de cela pour composer la trame sonore de la célèbre série de jeux vidéos, je suis près (sur le champ) à m’éclater un testicule au marteau. C’est vraiment malsain. Le désespoir des jours ; toujours les mêmes. WHAT A DAY WHAT A DAY WHAT A DAY WHAT A DAY. Mantra nihiliste sur fond de musique tribalo-robotique… On termine le tout avec un « Six Six Sixties » très Current 93 (peut-être l’aspect déclamatoire de la chose)… Un fond post-punk-noisy avec Genesis qui nous dit des choses comme : “Pain is the stimulus of pain / But then, of course, nothing is cured.” BREF, le genre de truc qui te casse un party bien comme il faut (à essayer si vous souhaitez vous débarrasser de convives qui traînent un peu trop longtemps chez vous).

VOILÀ là un des plus grands disques mensongers de tous les temps… L’album fourbe qui au lieu détruire avec une avalanche de décibels, provoque un réel malaise chez l’auditeur. Et qui s’y prend avec volupté et douceur… Une magnifique usine à cauchemars surannés.


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Bonne écoute, que vous soyez d’ici ou d’ailleurs !

Tracklist:

  1. cv313 – Isis
  2. Seefeel – Filter Dub
  3. Grant – Bend
  4. AL-90 – Serpentarium
  5. Various Artists – Erosion 2
  6. Rhythm & Sound – Mango Drive
  7. Scorn – Black Box
  8. Andy Stott – Luxury Problems
  9. S Olbricht – Blambestrid
  10. The Future Sound of London – Cascade
  11. Monolake – Tetris
  12. Luigi Tozzi – Bioluminescence
  13. Zum Goldenen Schwarm – Weltentor
  14. Wanderwelle – The Starry Night
critiques

Keith Fullerton Whitman – Lisbon

Année de parution : 2006
Pays d’origine : États-Unis
Édition : CD, Kranky – 2006
Style : Ambient, Drone, Glitch, EAI, Field Recordings

Un après-midi ensoleillée dans le parc Eduardo VII à Lisbonne. Sur la kétamine. Avec Keith Fullerton dans les oreilles. De la musique VERTE. Tout devient VERT. L’herbe grandit à vue d’oeil, recouvre les arbres, recouvre la ville au loin, les gens, les autos, les bâtisses, les statues… Puis, le Soleil même ; qui prend une teinte verdâtre lui aussi, qui envoie ses rayons électroniques transpercer les pores de ta peau. Ton corps qui s’emplit de lumière féconde. Tu te transformes. Ça se met à pousser partout, en toi et tout autour. L’instrumentalité végétale-robotique. Ton âme divague puis explose en dehors de ta peau gazonnée et tu voles au dessus de toi, au dessus des abimes, contemplant cet autre univers verdâtre qui s’agence sous toi. Tu vois les arbres nouveaux pousser. Grandioses, énormes, aux grandes branches impossibles, remplies de sève luxuriante et électrique, arborant des fruits d’un jaune à te faire éclater les iris…. Tes iris qui se perdent d’ailleurs dans les milliers de jardins difformes et de parcs surnaturels qui évoluent à la vitesse grand V, qui s’érigent tout seul, s’enchevêtrent, se perdent les uns dans les autres. Tout va tellement vite mais tu es serein, bien que puissamment dépassé par les événements. Délicieusement dépassé. Le ciel n’est plus qu’un bourdonnement exponentiel de synthétiseur analogique scintillant. Il se mets alors à neiger du pollen partout. Du pollen gelé. Le monde vert devient blanc. Puis lumière pure. Tout est irradié par la lumière. Et tu te réveilles de ton songe-isolation, le cul posé dans l’herbe. La tête lourde, la bave au coin, l’oeil hagard.

J’ai hâte de faire mon jardin cet été (en écoutant du drone)


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15 Fréquences, Mixtapes

15 Fréquences Ultimes – Épisode 2 – Roger Tellier-Craig

Pour ce second épisode des 15 Fréquences Ultimes, l’élégant, polymorphe et scintillant Roger Tellier-Craig (Fly Pan Am, Le Révélateur, Godspeed You! Black Emperor, Et Sans, Set Fire to Flames, Pas Chic Chic) nous invite à plonger dans ses souvenirs bruitatifs obtus et ses influences musicales on ne peut plus variées.

Le sympathique et talentueux gaillard nous a aussi concocté de magnifiques commentaires (ci-bas, sous la liste des pistes) pour accompagner son magnifique mix. À lire avec attention en savourant la délicieuse matière sonore.

Vous pouvez suivre le parcours artistique ahurissant de Roger sur son site web : https://rogertelliercraig.com/
Sa page Soundcloud : https://soundcloud.com/satz-ebene
La page Bandcamp de Fly Pan Am : https://flypanam.bandcamp.com/

Tracklist:

  1. Pink Floyd – Cirrus Minor
  2. Faust – No Harm
  3. Luc Ferrari – Hétérozygote (extrait)
  4. Bernhard Günter – Untitled I/92 (extrait)
  5. Oval – Line Extension
  6. My Bloody Valentine – All I Need
  7. Stereolab – Jenny Ondioline (Part I)
  8. David Tudor (feat. Takehisa Kosugi) – Pulsers (extrait)
  9. Brian Eno – Lizard Point
  10. Ennio Morricone – 1970 (extrait)
  11. Morton Feldman – For Samuel Beckett (extrait)
  12. Jim O’Rourke – Cede (extrait)
  13. Laurie Spiegel – Pentachrome
  14. Charlemagne Palestine – Fifths In The Rhythm Three Against Two For Bösendorfer Piano – Two
  15. Cluster – Im Süden

Pink Floyd – Cirrus Minor

Première vraie rencontre avec la magie du son. Je devais avoir 14 ans, c’était l’été et il faisait plein soleil, et j’étais assis à l’arrière de notre voiture familiale, les écouteurs aux oreilles. Ce morceau me transporta littéralement “ailleurs” dans un monde impossible, imaginaire, spécialement le passage instrumental de la fin. C’était le début de mon intérêt pour la musique psychédélique, étrange, “surréelle”. 

Faust – No Harm

Ce disque fut une grosse claque à l’époque pour moi. Pendant un certain temps j’avais écouté plusieurs groupes “prog” dans l’espoir de découvrir d’autres groupes comme Pink Floyd, mais j’étais resté insatisfait. Il ne faut pas oublier qu’à l’époque nous n’avions pas accès à l’internet, donc c’était beaucoup plus difficile de trouver le bon fil pour arriver à ce genre de découverte. J’avais découvert le Velvet Underground, ce qui m’avait sensibilisé à du rock plus “artsy”, mais à cette époque j’étais plutôt obsédé par Sonic Youth et les débuts du “indie rock”; Sebadoh, Pavement, Royal Trux, GBV, etc. Et c’est en lisant des reviews de “Westing (By Musket And Sextant)” que j’ai lu les noms de Can/Faust/Neu! pour la première fois. Quand j’entendis finalement l’album “So Far” je n’en revenais pas, c’était exactement ce que j’espérais et même plus; du rock répétitif, noisy, avec des passages psychédéliques, une approche collage avec des éléments électroacoustiques, des sections pop interrompues par des intrusions avant-gardistes. Ce disque informa totalement l’approche musicale de Fly Pan Am par la suite. 

Luc Ferrari – Hétérozygote (extrait)

À cette même époque j’ai eu la chance de mettre la main sur ce disque de Ferrari à l’Échange pour un maigre 5$. J’étais étudiant en arts visuels au Cégep et je ne jouais pas encore d’instrument de musique, quoique je m’étais quand même amusé à faire des “albums” lo-fi avec une guitare et un sampler Realistic hyper primitif. J’avais vraiment envie de faire de la musique abstraite mais vu que je n’étais pas musicien j’avais le syndrome de l’imposteur. Le texte à l’endos de la pochette fut hyper libérateur pour moi: “J’ai aussi appelé ça ma musique concrète du pauvre, vu qu’il n’y a pratiquement pas de manipulations et que cette bande aurait pu être réalisée dans un studio non professionnel. Il s’agissait dans mon idée d’ouvrir le chemin à la musique concrète d’amateur comme on fait des photos de vacances.”  La musique me transportait davantage dans ce monde impossible et surréel, où j’errais entre une multitude de fantômes et de traces de lieux. C’est à cette époque que j’ai décidé que je voulais faire de la musique électroacoustique, en grande partie à cause de ce disque. 

Bernhard Günter – Untitled I/92 (extrait)

De la musique au seuil de l’audible. C’était une toute nouvelle idée pour moi en 1995. Une musique qui s’hallucinait presque. Des sonorités microscopiques hyper tranchantes et futuristes, la précision de la musique numérique que je découvrais à ce moment. J’aimais cette idée d’une musique qui existerait à quelque part entre la présence et l’absence, une musique qui est là mais que nous n’entendons pas tout à fait. Plus tard j’ai découvert que Luigi Nono avait déjà travaillé cette idée auparavant, mais la musique de Günter reste encore à ce jour tout à fait singulière. 

Oval – Line Extension

Au Cégep j’avais découvert Godard, et un aspect de son oeuvre qui m’avait fortement marqué et inspiré était son intérêt à révéler le support du film, donc quand j’ai entendu Oval pour la première fois il y a automatiquement eu un déclic. Mais au-delà de l’aspect conceptuel, la musique elle-même me frappa de par son aspect si futuriste et singulière, pop et avant-gardiste à la fois. Comme avec Günter, c’était mon introduction aux sonorités plus numériques, mais c’était aussi la première fois que j’étais exposé aux sonorités de glitches/skips, ainsi que par le genre de phrasé musical qui était généré par le micro-sampling. 

My Bloody Valentine – All I Need

Comme beaucoup d’autres, la première fois que j’ai entendu “Loveless”, je pensais que ma cassette était défectueuse, surtout qu’en 1991 il n’y avait pas tant de gens qui connaissaient bien le groupe dans mon entourage. J’avais découvert “Only Shallow” à Nu Musik sur Musique Plus et ça m’avait totalement sidéré, mais je n’étais pas préparé pour le reste. Ce fut l’amour fou. J’étais complètement séduit par cette musique qui me dépassait, immense comme la mer, bruyante et totalement nouvelle. J’ai rapidement mis la main sur “Isn’t Anything” qui me dépassa tout autant, surtout ce morceau “All I Need”. C’était la première fois que j’entendais quelque chose d’aussi noisy et éthéré à la fois. Je pense que dans un sens ce fut ma première vraie rencontre avec le potentiel d’une certaine abstraction sonore, même si le morceau reste quand même très mélodique, mais c’était impossible pour moi à cette époque de comprendre quel instrument avait généré ces textures, et cela m’a vraiment ouvert sur les possibilités qu’offraient l’expérimentation sonore.

Stereolab – Jenny Ondioline (Part I)

Cet album de Stereolab fut ma première rencontre avec le “drone”. Je crois que j’ai acheté la cassette en 1993, quelque temps avant que Table of The Elements réédite “Outside The Dream Syndicate” de Tony Conrad et Faust. Je sentais à l’époque que j’avais fait le tour de la musique axée sur les chansons, et cela déclencha en moi une étrange crise “existentielle” musicale où j’avais l’impression que tout avait été fait – j’étais très naïf. Mais cet album de Stereolab, et tout particulèrement ce morceau, venait soulager ce tracas; il y avait quelque chose qui me paraissait nihiliste dans cette répétition, dans cette monotonie, quelque chose qui refusait cette idée “d’innovation”, dans un sens, tout en sonnant très futuriste à la fois, et je trouvais cela très libérateur. Le fait que Laetitia Sadier chante parfois en français fut aussi une aspect marquant pour moi. C’était la première fois que j’entendais de la musique francophone avec laquelle je pouvais m’identifier. C’était très inspirant. Et à travers eux j’ai découvert Brigitte Fontaine, qui me renversa totalement, et tout le reste suivit par la suite…

David Tudor (feat. Takehisa Kosugi) – Pulsers (extrait)

C’est Alexandre St-Onge qui m’a fait découvrir la musique électronique de Tudor. J’écoutais déjà Derek Bailey at AMM à l’époque mais je n’avais jamais entendu de musique électronique “free” comme ce que faisait Tudor. Ce fut une grosse claque. Je ne comprenais pas ce que j’entendais; cette pièce me faisait penser à du techno, genre les débuts de Panasonic, mais la structure était totalement imprévisible et c’était tellement plus sale et noisy, et en plus au 1/3 du morceau il y a Takehisa Kosugi qui embarque avec son solo de violon sci-fi. Ce disque eut une profonde influence sur le type de matériau électronique que j’allais produire pour des années à venir. Et c’était tellement inspirant pour quelqu’un comme moi, qui se sentait imposteur, de voir un virtuose comme Tudor abandonner la musique instrumentale pour consacrer la reste de sa vie à ce qui me paraissait à l’époque comme l’antithèse de la virtuosité. 

Brian Eno – Lizard Point

Autre grosse découverte lors de mes années au Cégep. J’étais déjà fan de ses albums rock mais la découverte de “On Land” m’a vraiment emmené dans une autre zone. Je crois que c’est en découvrant cet album que j’ai décidé d’assumer que je voulais faire de la musique. Eno parlait de faire de la musique tout en étant “non-musicien”, et cette musique plus impressionniste, sans “chops” évidente, semblait plus accessible pour un non-musicien comme moi. Je sentais que c’était possible pour moi enfin de faire du son de manière autodidacte. Je me mis donc à faire de la musique “abstraite” suite à cette découverte, produisant deux cassette pour mon propre plaisir sous le nom de Cumulus, et le nom de mon “studio” d’ailleurs était “Lizard Point”.

Ennio Morricone – 1970 (extrait)

J’aurais pu choisir une multitude de morceaux de Morricone, mais celui-ci semblait être un bon compromis qui illustre bien la nature hybride de sa musique, à quelque part entre la musique pop, jazz et contemporaine. Je connaissais déjà Morricone pour ses fameuses BO de “spaghetti western” mais c’est en regardant “Teorema” de Pasolini que j’ai découvert Morricone. Le fait que Morricone puisse passer aussi aisément d’une chanson pop 60’s hyper catchy à un passage de musique contemporaine me fascinait. Cette fluidité entre les styles fut hyper inspirante pour moi. J’ai toujours perçu Morricone un peu comme un Jim O’Rourke ou un John Zorn, mais bien avant eux. 

Morton Feldman – For Samuel Beckett (extrait)

Encore une fois j’aurais pu choisir plusieurs morceaux de Feldman, mais j’ai choisi celui-ci pour sa singularité, même dans l’oeuvre de Feldman. La musique de Feldman m’a vraiment emmené à penser la composition autrement, autant au niveau de la temporalité, des contrastes dynamiques, de la durée et des tensions harmoniques. Ce fut aussi une toute nouvelle manière pour moi de penser la répétition, cette tendance dans sa musique à répéter ces motifs qui se voient toujours légèrement reconfigurés dans leurs durées et structure, souvent interrompus par des silences. Il y a aussi une sorte de neutralité émotive dans la musique de Feldman qui m’a toujours inspiré, et qui me rappelle en quelque sorte l’indifférence de la nature. 

Jim O’Rourke – Cede (extrait)

J’ai d’abord pensé inclure un morceau de Gastr Del Sol mais je trouve que cette pièce de O’Rourke contient davantage tous les éléments qui ont eu une grande influence sur ma sensibilité pour des années à venir. Pour un non-musicien comme moi, intimidé par les prouesses de la musique académique, cette pièce de O’Rourke était très inspirante de par son apparente simplicité et son refus de vouloir impressionner. Il y avait quelque chose de presque punk dans l’attitude de ce morceau pour moi, autant dans son minimalisme que dans l’utilisation des “plunderphonics”, pour faire des passages flirtant avec le ambient, et ces sections au seuil de l’audible. Disons que nous étions assez loin des tendances en musique acousmatique de l’époque. Sans oublier que O’Rourke pouvait aussi facilement produire une disque de rock électroacoustique d’un groupe comme Faust, passer d’un gig de “free improv” à une compo électroacoustique, d’une musique avant pop de Gastr De Sol à une compo minimaliste solo “mélangeant” John Fahey avec Tony Conrad, etc. Tout comme Morricone ou Faust, il représentait parfaitement pour moi cette approche non-hiérarchique des styles qui m’inspirait tant, travaillant l’hybridité et les contrastes, et touchant même à la citation, et non comme un simple geste empreint de nostalgie, mais plutôt comme une manière de démontrer l’inépuisable potentiel du matériau socio-musical. 

Laurie Spiegel – Pentachrome

Tous les autres morceaux que j’ai choisis proviennent d’une époque où je découvrais la musique qui allait définir mes sensibilités jusqu’à ce jour, à quelque part entre mes 14-23 ans. Tout ce qui suivit ne fut qu’une continuation de ce premier élan, jusqu’à temps que je découvre la musique de Laurie Spiegel une dizaine d’années plus tard. À ce moment précis, autour de 2009, je me dédiais à mon projet électronique Le Révélateur, qui était au départ plutôt axé sur la technologie analogique, mais la découverte du travail de Spiegel, qui sonnait pour moi autant ancien que futuriste, changea tout pour moi. J’étais fasciné par cette musique tonale, trop précise et mathématique pour être du “new age”, qui se rapprochait plutôt du travail des minimalistes américains et qui était conçue à partir des synthétiseurs analogiques et d’ordinateurs primitifs. C’est à ce moment que je me mis à utiliser l’ordinateur davantage dans mon travail et ma musique fut longtemps inspirée par le travail de Spiegel, ainsi que par d’autres pionniers de musique numérique comme Maggie Payne, Jean Piché, John Chowning, Michel Redolfi, etc…

Charlemagne Palestine – Fifths In The Rhythm Three Against Two For Bösendorfer Piano – Two

Probablement le morceau qui a le plus inspiré mon jeu de guitare, tout particulièrement sur les passages répétitifs des disques auxquels j’ai participé avant 2004. Je trippais vraiment sur ce rythme de 3 contre 2 répété incessamment de manière hypnotique, d’une grande simplicité mais hyper précis, froid, neutre. À cette époque je me battais beaucoup contre cette idée de séduction musicale, et cette “pauvreté” de matériau était vraiment très inspirante pour moi, c’était comme un refus de plaire, une forme de résistance. 

Cluster – Im Süden

Quand j’ai entendu ce morceau pour la première fois en 1995, c’était comme si le monde s’ouvrait. À cette époque c’était impossible de mettre la main sur les disques de Cluster ou Neu! à Montréal, tout ce qu’on avait à notre disposition était ce livre de Julian Cope, “Krautrocksampler”, jusqu’à temps qu’un label mystérieux du nom de Germanofon se mette à éditer des bootlegs de ces albums en CD. On ne pouvait qu’imaginer la musique contenue sur ces disques à travers les descriptions qu’en faisait Cope dans les pages de son livre, mais une fois que j’entendis enfin cet album de Cluster la musique était au-delà de mes attentes. Ce morceau en particulier a beaucoup résonné avec moi, j’irais même jusqu’à dire qu’il a directement influencé “L’espace au sol…” de Fly Pan Am, principalement au niveau de nos jeux de guitares, ces patterns qui se perpétuent tout au long du morceau.