Style : Black Metal atmosphérique, Musique folklorique celtique, Pagan Black Metal, Black Metal folklorique
Les amateurs de métal extrême à sauce folklorique qui ne connaissent pas encore Saor se doivent de faire l’expérience de la discographie très riche et solide de ce projet écossais. « Guardians » est l’excellent troisième album de ce one-man-band qui est le véhicule créatif d’un certain Andy Marshall (alias « Àrsaidh » de son nom de scène). Compositeur, chanteur et multi-instrumentiste, Marshall fait tout de même appel à des musiciens de sessions fort talentueux au niveau des instruments plus folkloriques (cornemuse, Bodhrán, violons et autres instruments à cordes).
Ce qui permet à Saor de ressortir du lot dans une scène assez surchargée (il y a quoi, un demi-milliard de groupes de folk metal ?), c’est le côté hautement épique et émotif qui se dégage de ces longues pièces conçues comme des « paysages sonores », eux-mêmes sublimés d’atmosphères vertigineuses. Pour du Black Metal, c’est beau. Très beau, même. Et pas cheesy pour deux sous, alors que la ligne entre grandiose et kitsch est souvent aisément franchie pour d’autres projets du genre…
L’émotivité et l’intensité véhiculées ici par Saor à travers ces morceaux-fleuves atteignent celles dont on peut faire l’expérience chez Panopticon (dans un mélange de BM avec un tout autre genre de folk, on s’entend). Et donc, on ne s’ennuie pas une seconde à travers un disque pourtant assez long et répétitif (le genre aidant), tant on est porté par cette richesse musicale infinie, par cette instrumentation un peu hors norme et portant tellement bien incorporée, par la rage victorieuse et galopante d’un Black Metal maitrisé à l’os, par le soin apporté à la musique et à la production (qui est « crystal clear« ).
Vous me connaissez : je suis plutôt fan de Black Metal lo-fi gloupide, caverneux, méchant et moribond… Mais quand on me sert cet autre versant plus mélodieux dans une forme aussi sublime, je ne peux qu’applaudir et en redemander. Très très bon album.
Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :
Fuath – IWinterfylleth – The Divination Of AntiquityPanopticon – Roads To The North
Style : Rap expérimental, dungeon synth, black métal atmosphérique
En musique, je dis souvent que presque rien ne peut me surprendre… mais là, je suis quand même tombé cul par-dessus tête (ou l’inverse, je sais plus trop) quand, en début d’année, j’ai vu une photo de ce cher barjo de Yé (en compagnie de JPEGMafia) arborant fièrement un gaminet de Burzum, projet black métallique du non moins controversé Varg Vikernes (qui fait aussi de la musique de fond pour des bains/spa nordiques ces récentes années).. L’événement était déjà étrange en soi (bien que, connaissant, notre Yeezus chéri, il n’est pas à une contradiction près dans sa vie mouvementée et dans l’élaboration de sa démence inéluctable, étape par étape)… Je ne pensais cependant pas que les choses iraient plus loin dans le biscornu…
Et bien, je ne pouvais pas me fourvoyer plus royalement… Il se trouve que les deux hommes, secrètement, ont entamé une correspondance via courriel, ce qui a bien rapidement viré en authentique bromance en bon et du forme (entre intolérants, on se comprend toujours)… Après avoir refait le monde sur divers sujets chauds (Israel, les maudits wokes, les maudits pro-avortement, leur appréciation commune pour les peintres néo-romantiques, Tucker Carlson et Klaus Schulze, leurs recettes de sauce à spaghetti, etc…) et maintes joutes endiablées de MYFAROG, la conversation aurait alors tourné autour de la musique… De fil en aiguilles, une collaboration aurait été évoquée. Les deux lascars commencèrent alors à imaginer une improbable fusion de leurs deux sèves créatrices… Des fichiers sonores furent échangés, des Stouts furent consommés alors que des antipsychotiques furent oubliés d’être ingérés…
En février, c’est dans l’anonymat le plus complet que Louis Cachet s’envola pour le Wyoming. Pour ne pas se faire reconnaître, il porta un habile déguisement de Dumbledore (le célèbre directeur de l’école de sorcellerie Poudlard), mentionnant aux douaniers qu’il souhaitait se rendre au KomiK Kon de Cheyenne-City. Les gens n’y virent que du feu ; feu que Vargounet, en pyromane notoire, dû se raisonner à ne pas allumer à tous les coins de rue une fois sur place (ce ne sont pas les églises qui manquent dans cet état américain !).
Quand Varg arriva finalement à la demeure luxueuse de Yé, les deux hommes s’enlacèrent virilement. Après avoir épuisé leur (vaste) éventail de jokes antisémites (cela dura quatre heures 47 minutes et 23 secondes, très exactement), ils se mirent au boulot… sans relâche, sans interruption… Plusieurs collaborateurs se joignirent au duo à travers les sessions chaotiques (Pusha T, Douglas Pierce, Ariel Pink, Fred Durst, Lil Uzi Vert et même… André Rieu !). Le génie schizoïde de ces deux mondes pourtant opposés s’enchevêtra, créant une matière sonore nouvelle, lisse, inusitée, passablement saugrenue…
Mais qu’en est-il justement de ce disque qui est paru soudainement aujourd’hui même (sans crier gare) !?!? Ça donne quoi la rencontre de ces deux entités ? Et bien, cela commence avec une intro magistrale, nommée Donda Baldrs… les violons de l’ensemble de Rieu s’emballent et nous emportent dans une valse damnée et dissonante. Les claviers analogiques froids et cheapos de l’oncle Vargounet s’élèvent au dessus de cette anti-liesse bruitative. Puis cette voix au vocoder, plus gelée et inhumaine qu’avant, plus trouble aussi, vocifère « Donda…. Donda…. Donda…. DONDA ist KRIEG !!! » (hurlant le tout à la fin). La production est IMMENSE. On comprend dès le début qu’il ne s’agit pas d’une collabo sur l’auto-pilote, mais d’un monument de noirceur, accouché dans l’extase et la douleur, par deux artistes qui n’ont plus rien à perdre, qui veulent mettre leurs tripes sur la table.
En faisant un habile clin d’oeil à une piste du premier album de Burzum, Varg introduit la prochaine piste (14/88) en chantant : « This is… eummm…. YE !!! ». Puis Yeezus embarque sur le mike avec vélocité et hargne, conchiant les médias gauchistes, Netanyahu, son ex-conjointe, Taylor Swift, Elon Musk, Ben Shapiro… tout le monde passe dans le tordeur de Kanye, qui a rarement été autant en mode « règlement de comptes »… Derrière, Varg tisse un beat minimaliste et efficace avec son AIR Velvet 2… mais bientôt, surprise ! La guitare électrique du comte Grishnákh se fait entendre ! Varg renoue donc avec cet instrument, assénant des riffs narcotiques/hypnotiques dans les oreilles des auditeurs galvanisés par le moment.
Un sample de la commentatrice politique américaine Candace Owens introduit le troisième morceau Gebrechlichkeit III : “Leftism is defined as any political philosophy that seeks to infringe upon individual liberties in its demand for a higher moral good.”… Nébuleux et aussi profondément intellectuel qu’une liste d’épicerie sur un post-it collé sur le frigo… Niveau musique, comme le nom de la pièce l’indique, on renoue avec la très cafardeuse ambiance de l’album Filosofem de Burzum ici. C’est une longue piste très ambiante de 16 minutes bourrée de clavier opiacé, de vocoder hanté, de guitare électrique décalibrée. Ce cher Ariel Pink, revêtant ici sa casquette de producteur, vient mettre son grain de sel en apportant son ambiance hypnagogique-fantomatique. Ça sonne presque comme un instrumental de Frank Zappa, mais MORT, poussiéreux et faisandé. Vers la fin, Douglas Pierce intervient d’un rudimentaire mais expéditif « I was cancelled YEARS before all of you, you PUSSYFIED LOSERS ! ». Acerbe, le monsieur.
Le tandem miraculeux réussit à nous surprendre encore ensuite en reprenant tour à tour la pièce Hitler Was A Sensitive Man de Anal Cunt (sans aucune ironie) et La La Means I Love You des Delfonics (choix audacieux et… étrange !) dans un mash-up ultra saugrenu ; avec un Fred Durst qui n’est pas ici employé comme vocaliste mais plutôt comme échantillonneur sonore (le petit bruit de sac de croustilles Lays au ketchup qui se fait chiffonner en background, c’est lui ! Remarquable travail). On continue ensuite notre périple avec la très bien nommée Into THA dungeon, où Kanye nous décrie son donjon de luxe dans les moindres détails, en faisant du name-droppin à outrance (le donjon aurait été conçu par l’architecte danois Bjarke Ingels) et en utilisant le mot « pussy » 48 fois (parce ce que c’est évidemment un donjon…. SEXUEL !). Vargounet nous pond une mélodie de synthé donjonné toute simpliste mais bigrement efficace en fond sonore.
Vous ai-je dit que cet album surprend !?!? Et bien, vous n’êtes pas au bout de votre flabergastage, mes amis ! Sur la prochaine toune, Key to THA MOTHAFUCKIN Gate, on entend pour la première (et seule ?) fois Varg Vikernes RAPPER !!! Ici, c’est Yé qui s’occupe de la prod, fort luxuriante et bling bling, pendant que Louis Cachet crache son fiel dans l’micro… Et malgré l’accent norvégien, le mec a du FLOW !!! Il envoie paitre Emmanuel Macron, les policiers qui ont osé le réveiller un doux matin de juillet 2013, le réalisateur du film « Lords of Chaos » (« One Fake and Sorry SOB, when I think about him, I feel STABBY », de dire le maître incontesté de la savate et du diss, apparement !). Encore une fois le pauvre Euronymous n’est pas épargné… « If I could go back in time, I wouldn’t change a thing… I’d still stab you’ bitch ass a thousand times ». Il se permet même un dig (sympa) à sa femme Marie Cachet, critiquant son récent pot-au-feu racines et courgettes (Yo bitch ! That shit was nasty ! Next time instead, feed me yo’ pussy ! »).
L’album se conclue ensuite sur la pièce de résistance My Beautiful Det Som Engang Var… Ré-imagination du morceau d’ouverture du troisième album de Burzum mais fusionné avec l’esthétique grandiloquente du plus célèbre album de Kanye. Impossible de parler de ce morceau de bravoure. Il faut en faire l’expérience. Quand Pusha T chante « My cancellation INCOMIN, but tha DOLLA to feat on this is too TEMPTIN ! Nigg*, what can I say ? My conscience ain’t shit ; as long as the dough keeps on’ PILIN ! », on le sent au plus profond de notre être…
Donc, SANS PLUS TARDER, vous DEVEZ écouter cette merveille avant qu’il soit impossible de le faire. On s’entend que ça va rester un gros 5 heures sur les internets avant d’être interdit. Vous pourrez cependant vous commander une copie vinyle sur un site Angelfire louche tenu par un dude qui vend aussi du Goatmoon et du RAC.
Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :
Mora Prokaza – By ChanceB-Free – FREE THE BEASTPeste Noire – Split – Peste Noire
Les Saints Martyrs, feu les Martyrs de Marde (comme je les ai connus, jadis), je les aime d’amour, avec volupté, tendresse et déraison. Je ne connais aucun groupe qui allie avec autant de goût (ou de mauvais goût, c’est selon les visions) déclamations nihilistes hurlées en défaveur/hommage à un monde fétide (qui est le nôtre, hélas), visuels percutants et délicieusement ostentatoires, théâtralité sans borne, énergie brute, flair artistique incisif… et le tout dans cet amalgame complètement surréaliste-rococo et déviant de genres musicaux champ gauche (punk hardcore kéb, black métal poussiéreux de hargne, no wave libidineuse, post-punk mécaniquement décalibré, goth-rock des abysses et chanson française avariée).
Sur scène, ce sont des personnages irrévérencieux qui revêtent des costumes grand guignolesques (le prêtre BDSM, le médecin de la peste, etc..) mais malgré ça, ils demeurent authentiques à 1052%. Leur propos, leurs textes (empreints d’une poésie noire comme le café du Double R) vont s’imprégner dans votre être tout entier et, tels des ténias avides, vont gruger vos matières grises et y pondre tout un tas d’immondices… des vérités insoutenables, du mal-être probant et profond, des remises en question, des ivresses impossibles… mais de la beauté aussi, une sorte d’appréciation du chaos et des ruines de notre monde quasi-moribond.
Bref, c’est un de mes groupes préférés actifs actuellement et cela allait donc de soi que je les invite à participer aux 15 Fréquences Ultimes. Cependant, dans leur cas, comme ils sont quatre (et qu’ils ont tous et chacun des goûts musicaux dignes d’une mixtape propre), j’ai pensé faire les choses un peu différemment… Et OUI ! Ci-bas, vous retrouverez non pas une mais QUATRE mixtapes pernicieuses à vous mettre sous la dent (ou plutôt dans l’t’ympan). Un énorme merci à Frère Foutre, Souffrance, Anonymous Bosch et Alpha Vil de s’être prêtés au jeu et de m’avoir soumis vos sélections musicales passablement éclatées (je n’exagère pas !!! voir les playlists ci-bas !). Ce fut un plaisir de mixer tout cela pour vous.
Donc, sans plus tarder, mesdames et messieurs, phoques et chiens, gants d’acryliques zombifiés et momies désabusées, préparez vous à plonger dans les goûts, influences et plaisirs coupables de quatre des musiciens les plus importants de la scène underground québécoise ! Bonne écoute à tous et à toutes !
Tracklist:
Mystère des voix bulgares – Dragana i Slavei
Captain Beefheart – The Host, the Ghost, the Holy-O
Tom Waits – I’ll take New York
Backxwash – Muzungu
Marnie Stern – Prime
Sunn O))) – It took the night to believe
Lingua Ignota – I who bend the tall grasses
Antonin Artaud – La recherche de la fécalité
Death Grips – I break mirrors with my face in the United States
Style : Black Metal Atmosphérique, Post-Black, Ambient
In a wintery Black Metal mood today, malgré le quasi-printemps hatif et les oiseaux qui gazouillent…
L’est assez indescriptible c’te disque… Autant il y a cet aspect atmosphérique-dépressif qui puise ses sources chez Burzum (ça « buzz » allègrement d’un bout à l’autre), autant on y retrouve aussi des touches gothiques (ce violon à la My Dying Bride qui ensorcelle fichtrement sur « Tortured by Solitude ») ou même shoegaze par bouts, comme si Slowdive avait décidé de se la jouer « ouais, on est EVIL et on brûle des églises maintenant ». De plus, ya comme un aspect très pop qui est caché derrière toute la mer de larsens et de hurlements robotiquement altérés façon Filosofem. La production, à mi-chemin entre lo-fi vaporeux et limpidité cristalline, sied merveilleusement bien à l’atmosphère prévalante ici. Les compos sont ultra simples mais bigrement efficaces et chargées d’émotion.
Émotion est le maître mot ici. Ce que ce Mélancolie au carré réussit le mieux, c’est sublimer le pathos. C’est rare qu’un disque de Black Metal soit aussi prenant émotionnellement. Et je dirais même que c’est inaccoutumé qu’un album de Black soit aussi « beau ». Par bouts, on dirait presque un M83 Black Metal. On pense même à l’album parenthèse de Sigur Rós. Pas nécessairement pour la musique en temps que tel mais pour ce qui s’en dégage : une mélancolie profonde et authentique… mais aussi une mélancolie euphorique, belle à nous couper le souffle, qui nous porte et nous entraîne ailleurs, vers ce monde merveilleux où l’esprit humain est libre de toute entrave.
Melancholie² se conclut sur une anomalie des plus bigarrées, « Escape », une espèce de suite post-rock teintée de beats trip-hop glacés, de guitares larmoyantes et de violons lancinants.
Chaudement recommandé à ceux qui cherchaient le petit frère du « Filosofem » de Burzum.
Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :
Burzum – FilosofemSigur Rós – ( )Woods of Desolation – As the Stars
Style : Pagan Black Metal, Black Metal atmosphérique
Raaaah…. Cette démo/EP !!! Pour moi, elle représente la quintessence du son Graveland des débuts. Le Graveland cru, mystique, obtus, rageur, lunatique, rêveur, véloce… J’ai beau apprécier grandement l’évolution du son des Polonais au travers des années, reste que parfois, ça me prend une dose de early Graveland pour me replonger dans les premiers émois adolescents de ma découverte du black metal ; le grand vertige initial en somme. Cette galette en particulier, avec sa pochette ensorcelante, aura longtemps hanté mes songes incubes. On dirait qu’elle m’appelle, qu’elle m’invite dans cet univers médiévalo-celtique-surréaliste gris-terne, où un ciel lourd et enneigé surplombe diverses scènes fantasques : la forêt brumeuse qui, en son sein, abrite des divinités pas si bienveillantes que ça… les épées maculées de sang qui s’entrechoquent sur un champ de bataille couvert de corps décharnés et transis… Des villages fantômes ayant été pillés ou visités par la faucheuse qui revêt le masque déformé de la peste noire… Bref, ce genre de choses joyeuses qui excitaient le jeune homme avide de sensations fortes que j’étais.
Ça part avec la meilleure intro synthé-donjonnée de l’histoire du Black Metal (juste ça). Les claviers (glacés) du jeune Robbie-le-raciste instaurent déjà toute l’atmosphère vaporeuse du disque. Les quelques samples viennent raffiner et parfaire le tableau funeste. Ça donne des frissons. Nous sommes dans une ère de sang, de famine et de froid. L’homme est un loup pour l’homme. Et c’est sans compter les autres dangers (le climat polaire, la maladie, les bêtes affamées, la colère des Dieux anciens) qui font de l’existence quelque chose de bref, de brutal et de souffreteux.
Et puis ça part pour vrai. 5 morceaux d’un black metal mid-tempo hargneux et vorace (+ un petit « Prolog » tribalo-païen-sympathique qui initie ce qui était la Face B de la cassette). C’est cru, granuleux et bien croustillant ; comme mon métal noir préféré. C’est bourré de riffs simples mais bigrement efficaces. La voix est très très râpeuse et écorchée. Darken était encore dans sa phase « hurlements fantomatique de canis lupus » (c’était avant qu’il développe ses espèces de croassements de guerrier batracien, par la suite). La batterie, distante et binaire, vient appuyer judicieusement la machine à riffs. Et il ne faut surtout pas oublier ces foutus synthés atmosphérico-orgasmiques qui viennent conférer aux compositions une teinte ambient des plus succulentes. J’adore aussi quand ça vire « orgue gothique rococo vampirique » dans ces moments où les mecs veulent vraiment appuyer l’ambiance cauchemardesque. Comme Vargounet de Burzum, les mecs de Graveland ne sont pas des grands musiciens ; mais en tant que créateurs d’atmosphères cafardeuses, ils sont pas loin d’être des génies.
La démo se conclue sur un « The Return of Funeral Winds » magistral qui demeure un de mes morceaux préférés du groupe, toutes époques confondues. On tient vraiment là une des 10 meilleures démos de l’histoire du Black Métal et une des sorties les plus cultes de la discographie de Graveland.
Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :
Burzum – Det som engang varVornat – VornatMoonblood – Nosferatu
Aaaaaaah…. le vieux Graveland. Le Graveland vicieux, cru, guerrier, acariâtre, antipathique, acerbe, renégat, suranné, occulte à l’osssssss. Cette démo est une des plus légendaires du style. Elle est laide. Magnifiquement laide. Lo-fi au boutte. Nom d’album (et pochette) sans équivoque, faisant référence aux petites sauteries nocturnes de leurs collègues norvégiens. Une intro où on entend le joyeux crépitement des flammes, des chants médiévaux et des cris (grotesques) de femme qu’on imagine au bucher. Superbe entrée en matière. Et puis ça part…. le morceau titre. Compressé à l’os. C’est comme si tous les instruments sont pris dans un gros pain de boulangère bien compact (et dont la « mordée » vous arrache une dent). Et il y a ces… ahem… vocaux ? Est-ce qu’on peut qualifier ça de vocaux au juste ? Ce sont des cris de canard haut perchés, abominables, ignominieux, orduriers, presque ridicules dans leur côté jusqu’au boutiste. Bordel, c’est TELLEMENT HAINEUX. Et il y a les claviers atmosphériques de perdus dans la bouillie sonore infâme… En fait, tout est perdu sous la nuage lo-fi (production ? C’est quoi une production ?!?). TOUT. la basse n’existe juste pas. La guitare est en 8-bits. Les claviers victorieux de donjon de J-RPG semblent être diffusés par un gramophone antique qui ne tourne plus rond. Bordel que j’aime ça. Il n’y a que les vocaux horripilants qui triomphent et qui semblent être sur le point de faire fondre la mothafuckin’ cassette.
Ensuite, c’est « The Night of Fullmoon ». Sous la pleine lune, les riffs sont assassins et Rob Darken se prend pour un loup-garou ; un loup-garou dont la gorge semble cracher des grumeaux morveux de Coronavirus (restons d’actualité). Un « middle break » complètement jouissif survient alors que le chaos sonore approximatif menace de l’occulter à tout moment. Capricornus y va de passes de batterie très atypiques (du moins pour du BM Raw). On a toujours l’impression que la bande va rendre l’âme, comme si autant de rage caverneuse ne peut tout simplement pas « fitter » sur le format… Voici venir l’intermède « The Dark Dusk Abyss », là où le bon Robert est à son plus « Castlevania ». Clavier moisi réglé en mode « orgue crousti-licieux ». On imagine Simon Belmont, le visage barbouillé de corpse paint, pourfendre des créatures malséantes avec son fouet taché de sang noir et recouvert de bouts de peau faisandée.
Reprise des hostilités avec un « Through the Occult Veil » bien cafardeux et cryptique. Magnifique morceau de Black Metal mid-tempo que voilà. Le mur de son de Phil Spector au service du mal absolu. Quand on dit que le Black Metal cru est en fait de l’Ambient primitif, on ne se trompe pas. Tous les instruments sont tellement enchevêtrés en un tout difforme et hypnotique que cela peut s’apparenter effectivement à de l’ambient… de l’ambient mort, pourri, détérioré, corrompu… « For Pagan and Heretic’s Blood », dernier morceau de la démo cassette d’origine fait ensuite irruption dans notre appareil auditif. C’est fichtrement punky, avec un Rob Darken qui vomi copieusement un texte bien rageur envers et contre ces satanés Chrétiens (toujours eux) qui ont, jadis, détruit la riche culture païenne à laquelle il tient tant.
Sur mon édition CD de No Colours, on a droit à 3 morceaux bonus (de la même époque). D’abord, un instrumental bien glauque et transi, très Burzumien, et qui laisse présager les réalisations futures de Lord Wind (le projet Dungeon Synth / Néoclassique de Darken). Puis, le black monochrome refait surface dans nos enceintes poisseuses avec un « Hordes of Empire » qui ressemble à une fusion froide entre Ildjarn et le Emperor des débuts. Et on termine avec un de mes morceaux préférés de Graveland, « The Gates to the Kingdom of Darkness ». C’est l’amalgame de tout ce qui est jouissif du BM raw et atmosphérique. De la rage, du grain, de l’épique, de la déraison, de la fougue, une certaine forme de noblesse pervertie, de l’incohésion fabuleuse et véloce, de la folie… J’adore quand l’orgue casio revient pour tout englober de ses ronronnements doucereux… Et puis ça se termine avec « L’outro ». Retour à la grande fête païenne, avec le vent qui balaie les décombres du village brûlé et la poussière des moribonds calcinés. De la joie mesquine, perfide, evenimée…
Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :
Caves humides, forêts millénaires, montagnes enneigées, cachots, tempêtes de neige cosmiques, légendes brumeuses, déchéances et triomphes, vestiges et chaos, tristesse et déchéance, esprits anciens ricanant dans leurs tours décrépites, hurlements dédiées aux éléments et à l’ébène, poussière charriée par les vents funestes, tombeaux maudits et oubliés, charniers avariés, glaives tendus, faune gémissante, sorcellerie et châtiments, chimères impossibles…
Tracklist:
Forgotten Woods – Eclipsed
Deogen – Imposition of Adversarial Scorn
The Ruins of Beverast – Soliloquy of the Stigmatised Shepherd
Gehenna – The Shivering Voice of the Ghost
Sanguine Relic – A View from Cursed Grounds
Lamentation – Transilvania (Land Beyond Eternal Black Forests)
Collier d’Ombre – Necklace of Shadow: Noose Constellation Singed Flesh
Sorcier des Glaces – Snowland
Drudkh – Wind of the Night Forests
Glog – Ice Troll Cave
Lunar Spells – Moonlight’s Depths
Paysage d’Hiver – Offenbarung
Hermit Knight – Beneath the Tower of the Silent Twins
Mélomane depuis sa naissance, Sylvain a toujours amassé les cassettes et cd jusqu’au jour fatidique du 17 mars 2006, où sa vie fut perturbée à jamais par l’achat de ses premiers disques vinyle au No Fun Fest à Brooklyn. La vie ne fut jamais pareille depuis, accroc de la galette noire pour la vie, la « collectivite » aigüe frappe très fort. Aussi musicien à ses heures, Castilloux a oeuvré dans plusieurs groupes de la scène underground de Montréal, dont ManyMental Mistakes, Ghostlimbs, Les Zerreurs et présentement Nuage Flou ainsi que Curling Irons.
Tel qu’évoqué ci-haut, mon pote Sylvain (que j’appelle affectueusement « OG Castilloux ») a une collection de disques complètement folle (et vaste). Il publie religieusement ses écoutes sur sa page Instagram, que je consulte régulièrement avec admiration et envie. C’est une des références absolue en matière de no wave, garage rock, post-punk, noise rock, punk, hardcore, abstract/leftfield hip-hop, rock expérimental, psych (et j’en passe). Parler avec Sylvain est dangereux parce ce qu’à chaque fois, au terme de la discussion, tu as le goût de t’acheter 47 albums… Et souvent les 2-3 premiers de chaque groupe évoqué 🙂
C’était donc normal que ce grand mélomane devant l’éternel soit une des premières personnes à qui j’ai proposé le délicat exercice de sélectionner ses 15 pistes ultimes. J’imagine que le choix fut délicat et difficile. Mais en bout de ligne, on a ici un mix qui représente vraiment bien toutes les (nombreuses) facettes d’un des musiciens les plus sympa et cool de la scène montréalaise !
Je souhaite une fabuleuse écoute à tout le monde, y compris le célèbre Géant Vert (qui, fait fort méconnu, adore écouter du no wave lorsqu’il n’est pas occupé à faire la promotion des légumes en conserves).
Style : Black Metal, War Metal, Musique amérindienne
Le Black Twilight Circle, vous connaissez ? C’est un mystérieux regroupement, plus ou moins libre, de différents groupes/projets de Black Metal du sud de la Californie. Leur musique est souvent un brin obtuse, anguleuse, dissonante et atmosphérique. Et profondément/délibérément underground jusqu’à la moelle. De plus, le nom des projets (quand ils ont des noms !) ainsi que les thématiques abordées à travers leur musique ne tournent pas autour de Satan, des divinités nordiques, des vilains nazis en herbe ou de la déprime bon enfant (voir: les joyeux drilles du DSBM)… Que nenni ! Ils vont plutôt puiser du côté des anciennes civilisations d’Amérique centrale (surtout des Aztèques)… civilisations et cultures qui furent presque détruites en totalité par l’arrivée des conquistadors espagnols.
Blue Hummingbird on the Left est un de ces groupes qui officie au sein du Black Twilight Circle… On ne connaît pas l’identité de ses 4 membres, qui utilisent tous des sobriquets tirés de l’histoire et/ou de la mythologie aztèque. On retrouve Tlacaelel au chant et aux flutiaux, Yecpaocelotl à la guitare, Coapahsolpol à la basse et Yayauhqui à la batterie/guitare.
Vous trouvez le nom du groupe un peu fleur bleue / new age / néo-classique ? Et bien détrompez-vous : « Blue Hummingbird on the Left » est en fait la traduction anglaise littérale de « Huitzilopochtli », le Dieu de la Guerre chez nos amis Aztèques. Nom de projet très à propos pour un succulent disque de War Metal bien brutal, rapide, caverneux et racé.
Atl Tlachinolli ne réinvente pas la roue mais efficace comme il est, on ne lui en demande pas tant. C’est du Black Metal guerroyant superbement composé et joué, avec une production aussi ample que simpliste/binaire. Ça tabasse fort et sec ; sans relâche. La magie du disque réside surtout dans ses passages plus « aborigènes » assez uniques (les percussions tribales et la flûte = lovely) et aussi dans les vocaux, hargneux oui, mais joyeux et festifs aussi. Cet espèce de « Wooooooo ! » plein de reverb qu’on entend dès le premier morceau (et qui revient épisodiquement à travers le disque) me fout la trique à chaque fois… Et ceux qui aiment les voix qui se répercutent en cascades d’échos langoureux (comme moi) seront servis jusqu’à plus soif. Ce n’est pratiquement que ça du début à la fin, ce qui contribue à donner cette teinte atmosphérique chatoyante si singulière à la musique du groupe… Cette aura psychédélique/kaléidoscopique qui nous emplit la tête d’images poussiéreuses, antiques, rougeoyantes, carnassières… Des immenses feux exaltés sur la lande désertique, avec ces guerriers aux tenus colorées qui, vraisemblablement en transe (Ayahuasca) dansent tout autour, le visage barbouillé de folles peintures et du sang des ennemis, les tripes fumantes des sacrifiés qui rôtissent à proximité, emplissant les narines d’hémoglobine bouillie et de chair calcinée… Real happy fun times.
Un très bon disque de Black Metal donc. Et une sous-scène musicale encore très méconnue sur laquelle je tenterai de faire lumière à travers d’éventuelles critiques/chroniques.
Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :
Tu prends les Swans. Tu prends le Pink Floyd de Syd. Tu prends Burzum. Oh et puis, tu prends Bardo Pond itou. Tu laisses Le Thing de John Carpenter les bouffer tout crus, les assimiler et les recréer en un autre tout froidement inhumain, le cœur bourré d’huile noire, les lèvres recouvertes de cendres, le malin petit sourire en coin, les dents déchaussées comme les Crack-heads, les cheveux mouillés de glaire. Tu rajoutes de la tôle dans ta création post-humanoïde aussi ; des bouts de métal fondu, des boulons que tu enfonces dans leurs faciès défigurés par la chose. Tu joue à Dieu avec eux… ou est-ce bien une seule entité maintenant ?
Tu les drogues de jus d’étoile cosmique et de décoctions d’écorce de conifères morts. Tu leurs injecte la drogue impie de Palmer Eldritch directement dans les yeux… Dick, Lovecraft, Magma, Stephen Hawking, Philip Glass, Enki Bilal, Asimov, Robert Fripp, la calotte glaciaire de l’Antarctique, Tangerine Dream, des satellites hantés… Tout se confond, se percute, s’amenuise dans leurs cerveaux nouveaux et avide d’un abîme qui n’existera jamais vraiment sauf en eux.
Ils sont prêts à livrer leur vision d’une musique tribale nouveau genre. Leur son, c’est une sorte de jungle scandinave mais transposée sur Epsilon Eridani ou encore ce qui émane d’un Ash-Ram en putréfaction qui flotte dans les tréfonds obscurs de la Grande Ourse. C’est lent, atmosphérique, insidieux. Black Metal mid-tempo injecté de psychotropes. Rien de rassurant sous les 4 Soleils. Ça part dans tous les sens, imprévisible, mais sans jamais se presser, maintenant presque toujours cette pesanteur mid-tempo langoureuse et batracienne propre à eux (je crois que c’est le fait de jouer avec des tentacules) ; cette espèce de paresse dérangeante d’une musique qui sait, dans le fond, qu’elle va finir par t’avoir en son sein grouillant.
Ça évolue par couches superposées. Du Post-Hardcore. Des Larsens noisy. Du Kraut. Le « The Seer » des cygnes et ses abysses fécondes + Aluk Todolo sur l’opium + une espèce de musique folklorique mal calibrée qui essaie tant bien que mal d’être un tant soit peu terrestre mais qui ne réussit qu’à glacer les sens + des cris saturés, empreints non pas de haine, mais d’une froideur toute post-punk…. Variations sur le thème de Interstellar Overdrive mais joués par des INSECTES. Ces mecs sont des INSECTES.
Jamais la nausée n’aura été aussi sensuelle.
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Ce disque de Bašmu (un des nombreux projets solo d’un Canadien répondant au doux nom de Xülthys) compile ses deux premières démos parues en 2016 : « Draped in the Obsidian Black Cloak of the Abyss » et « Dissipation of Ethereal Mist ». La musique de Bašmu m’évoque le gris. Le gris d’un ciel morne et froid qui surplombe une forêt mourante d’arbres décharnés, dont le sol est recouvert de feuilles décolorées, humides, putrescentes… un sol qui, dans son tombeau, est transpercé par des racines qui sont en fait des tentacules grisâtres-verdoyantes qui oscillent funestement sous la chape de terre noire. Le sol de « La Couleur Tombée du Ciel » de Lovecraft, mais après le départ des êtres venus d’ailleurs… après que ceux-ci n’aient laissé que pourriture et désolation.
Cendres et vert de gris. Cadavres de batraciens perforés de partout et gémissant encore. Vers blancs liquéfiés. Squelettes d’oiseaux. Les anoraks des enfants perdus au gré des années qui se balancent sur les branches craquantes au gré du vent sournois. Des têtes de poupées clouées sur l’écorce. Et des constructions impies de pierres vaseuses érigées ça et là, de manière désordonnée. Des fois, la nuit, les arbres crient leur douleur dans l’abime, leurs corps littéralement empalés sur les entrailles de l’immondice gigantesque cachée sous l’humus protecteur ; celle qui est juste suggérée, qu’on ne verra jamais de nos propres yeux, question de ne pas les crever de notre propre plein gré.
Et dans ce cimetière anti-écologique désacralisé, se trouve une sorte de « prêtre ». Un moine encapuchonné qui y vit dans une petite grotte poisseuse. Il se nourrit de racines, de glaise et de crapauds. Il mijote des potions noires et marécageuses. Sur les murs de sa tanière, on retrouve des inscriptions incantatoires dans une langue qui n’a jamais vraiment existé mais qui transpercent quand même l’esprit humain de la plus insolite façon. Il possède aussi plusieurs ouvrages aux couvertes jaunis et moites qui, prétend-on, ne doivent jamais être ouverts car ils contiennent chacun leur lots d’ignominies purulentes prêtent à jaillir de chacune des pages froissées et à envahir notre réalité.
Il y conçoit aussi cette musique incroyablement bancale et morne. Une transmission de l’ailleurs retranscris approximativement (sous forme de son) par un homme qui préférait sa part d’abominable à son humanité. Des guitares bourbeuses qui sont plutôt utilisées comme une assise ambient (plutôt qu’un instrument mélodique), une batterie binaire en diable et sans résonance, des cris/geignements/râles extra-terrestres qui semblent provenir d’un brouillard infecté, une basse inexistante (un classique chez les raw black métalleux), quelques field recordings bien glaçants et une production qui se résume à « voici un 4 pistes qui est sur le bord de décéder, let’s press record »… La base, quoi. Mais une base ma foi fort bien utilisée par un sorcier sonore qui avait sa vision bien à lui d’une quelconque laideur euphorique.
Parfait pour un Halloween misérable sous la pluie. Comme le jour des morts qui demande son tribut à l’avance…
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Ildjarn – Forest PoetryStriborg – TrepidationNächtlich / Vrkolak – Darkness Calleth Upon Us
Style : Black Metal Atmosphérique, Dungeon Synth, Black Metal Symphonique
Ça ne devrait pas fonctionner… Non. Ces synthés nineties tout simplistes qui se veulent pourtant grandioses et porteurs de symphonies fantasmatiques. Cette batterie programmée cheap à l’os. Le côté hyper répétitif et monotone des morceaux. Et pourtant… pourtant… Bordel que ça marche ! Avec ce troisième album longue-durée, les Autrichiens de Summoning livrent selon moi leur plus belle offrande discographique (du moins, à ce jour). Tous les éléments sonores kitschouilles évoqués ci-haut s’enchevêtrent à merveille à ce Black Métal atmosphérique racé en diable. Le résultat final est proprement bluffant. Bienvenue sur la Terre du milieu et plus précisément, bienvenue à Dol Guldur, la « Colline de la Sorcellerie » ; forteresse de ce cher Sauron (au sud-ouest de la Forêt Noire).
Parce que oui, les gars de Summoning sont des fans finis de Tolkien et de sa cosmogonie. Dans le beau monde du Métal (et du Dungeon Synth, accessoirement), on retrouve un nombre assez élevé de formations qui ont été grandement influencés par la bibliographie colossale de John Ronald Reuel. On peut citer Black Sabbath, Cirith Ungol, Burzum, Amon Amarth, Blind Guardian et Gorgoroth… Mais aucun de ces groupes n’a réussi à capturer aussi bien l’essence même de l’univers de Tolkien que Summoning… L’entièreté de leur discographie est dédiée au monde fantastique dépeint par l’écrivain britannique.
L’oeuvre de Tolkien est maximaliste et épique. Le territoire décrit est immense et disparate… Villages idylliques, montagnes aux cimes enneigés, grottes/cavernes ténébreuses, châteaux fortifiés, forêts mystérieuses, marécages brumeux, landes dévastées… Les personnages (provenant de différentes races) sont légion. Les intrigues les concernant sont fabuleuses et rocambolesques.
Pour illustrer tout cela avec des sons, cela prenait bien évidemment une musique tout aussi maximaliste/épique. Et Summoning n’avait pas vraiment les moyens de leurs ambitions… Qu’à cela ne tienne ! Les claviers deviendront la matière première des rêves les plus fous. Ils se feront tantôt trompettes victorieuses, tantôt choeurs austères. Ils invoquent les cordes, les cuivres, les instruments à vent, les clochettes, l’orgue et le piano. Bref, il y a ici du synthé. ÉNORMÉMENT de synthé. C’était un pari risqué. Ils auraient pu tellement se planter. Je me répète mais : que nenni ! C’est une réussite totale. OUI, c’est parfois très niais et même rigolo… mais bordel qu’on y croit et qu’on se laisse transporter remarquablement facilement par cette musique éthérée/onirique jusqu’à la moelle.
Au programme : la visite de la sombre citadelle s’effectuera sous l’assaut des milles et uns claviers multicolores des deux acolytes (Silenius et Protector). Une voix black métallique très criarde s’ajoutera alors au tableau, elle même secondée par cette drum-machine martiale, cette basse monocorde et des guitares aussi mélodieuses que triomphales. Dans tout ça, on retrouvera aussi du Heavy Metal, de l’ambient tribal, du darkwave néo-classique, du néo-folk païen et un peu de la bande son de vos J-RPGS préférés (époque Super Nintendo). Bref, c’est la rencontre absurde et inespérée entre Mortiis, Burzum, Dead Can Dance, Richard Wagner, la trame sonore de Conan le Barbare, Nobuo Uematsu et Iron Maiden. Juste ça.
À part une intro tout ce qu’il y a de plus primaire (et qui pourtant, hantera longuement l’adolescent romantique que j’étais) et un autre interlude pianissimo à mi-chemin, l’album se décline en 6 morceaux monolithiques de plus de 8 minutes chacun. Ils sont tous excellents, pleins à rabord de cette ambiance chimérique qui occupait l’esprit de nos deux lascars mégalomanes. Le disque est long et se savoure sans heurt d’un bout à l’autre, avec délectation.
Je vous recommande fortement d’écouter l’album lors d’une longue marche forestière. Frissons et émois garantis. Et évidemment, en vous replongeant les yeux et l’esprit dans les pages du Seigneur des Anneaux. Et oui. Il n’y a pas que James Horner qui a réussi à illustrer parfaitement la Terre du milieu en musique.
Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :
Caladan Brood – Echoes of BattleBurzum – Hvis Lyset Tar OssDead Can Dance – The Serpent’s Egg