Vos moribonds sont frais repassés (lombrics compris) ? Vous avez fait l’inventaire de vos haches de guerre ? Votre collection d’ossements humains est finalement classée comme il se doit ? Il est maintenant l’heure de vous offrir un délicieux moment de détente avec ce deuxième épisode d’Agonies Célestes, qui, encore une fois, vous entraînera dans le monde fascinant et polymorphe du Black Metal (à toutes les sauces), avec de sympathiques interludes de synthé donjonné.
Tracklist:
Ulver – Capitel I: I troldskog faren vild
Departure Chandelier – Forever Faithful To The Emperor
Satanic Warmaster – The Vampiric Tyrant
Trolldom – Ur Nattsvart Dimma, Mot Mossens Mörka Vatten
Fogweaver – The Shores of Selidor
Odz Manouk – I Will Crush To Marrow This Crow Of Ill
The Gloomy Radiance Of the Moon – As Quelling Light Devours All
Édition : Vinyle, Les Fleurs du Mal / Amor Fati – 2019
Style : Black Metal vampirique
Un vieux château en ruines aux abords d’un marais frelaté, n’appartenant à aucun temps ; aucune époque, englouti dans une brume grisâtre et maladive. Une masse de pierre noire qui s’élève au dessus du smog, semblant vouloir caresser un ciel gris et informe. Aucune fenêtre, juste une énorme porte de rouille qui grince atrocement à l’ouverture. À l’intérieur : des murs spongieux et avariés. On dirait de le chair boursoufflée, tarie, brunâtre. Une puanteur terrible règne sur les lieux. L’eau viciée s’est infiltrée partout ; une glaise grasse et grouillante recouvre les planchers du premier étage ; des crapauds corrompus et étrangement luminescents se promènent ça et là, avancent à tâtons, rendus aveugles par des années de régression, croassent dans leur nuit éternelle.
Une visite des étages supérieurs révèle la démence des derniers habitants du château… Ossements multiples, rideaux tailladés, meubles fracassés, morceaux de chair fossilisés (des langues, surtout), murs tapissés de sang séché, amas spongieux recouvrant ce qui jadis était probablement des carcasses humaines, statuettes de pierre à l’effigie d’un quelconque Dieu insectoïde délirant que des mots maladroits ne pourraient décrire tant le malaise éprend l’âme de quiconque ose les regarder trop longtemps… Ici, Il fait… presque chaud… Malgré le froid de fin d’automne et le vent larmoyant qui sévit à l’extérieur, malgré la pluie… à l’intérieur, il y cette tiédeur fiévreuse, comme si toute la construction impie était vivante mais agonisante, atteinte d’un mal terrible.
Un cri lointain semble provenir de la cave… Là, c’est l’obscurité totale mais il fait encore plus chaud. La lampe torche révèle les horribles gravures sacrilèges qui recouvrent murs et plancher. Des dessins grotesques, qui montrent des hommes-créatures aux dents acérées se repaître d’enfants, des excisions de langues et d’oreilles, des crapauds géants ailés au yeux crevés drapés de casques d’étain… Plus on longe le mur et plus la technique du graveur semble devenir discordante, dépravée, dégénérée … Signe d’une régression inéluctable et profonde. On ne comprend plus ce qu’on voit, si ce n’est qu’une espèce de mare de tentacules surréalistes avec, aux extrémités, des crocs aiguisés.
Ici, il y a encore plus d’eau et des crapauds encore plus gros qui montrent les signes d’une dégénérescence physique perfide. Stupides, patibulaires, ils se cognent les uns aux autres, parfois s’attaquent, s’entredévorent, parfois se déchirent eux-même les pattes avec leur bouches munies de dents jaunâtres et coupantes… Au milieu du cachot, se trouve une crevasse profonde, possiblement sans fond. Les cris viennent de là. Ils sont plus clairs à présent. Des cris à la fois vampiriques et batraciens. À glacer le sang. Comme des petits coups de couteau sur l’échine. Une espèce d’anti-musique s’élève de ce puit des morts ; ou plutôt un vrombissement qui ne ressemble à rien d’autre, qui se suffit à soi même. Un bourdonnement satisfait, gloupide et tari qui se délecte dans sa déviance, qui se plaît à roucouler dans les ténèbres originelles des ombres inaltérables.
Savourer l’euphorie de l’inexistence. Se gorger de folie rampante. Glorifier toute déchéance. Nourrir le chaos jusqu’à lui asservir sa propre chair, lui permettant d’y pondre un million d’immondices moribondes. Redonner naissance à ce qui est mort pour célébrer le voir périr de nouveau.
This is Flešš.
Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :
Winterstorm – Demo I & IIAbruptum – In umbra malitiae ambulabo, in aeternum in triumpho tenebrarumBašmu – The Encircling
Style : Black Metal, Progressif, Avant-Garde, Industriel, Jazz?!?, WTF
Le grand bal arctique a commencé à minuit moins 5. C’était sur la plage de Ramberg, dans les îles Lofoten. La mer était agitée de vagues un brin insolites. En fait, les vagues étaient littéralement en feu (si, si !), ce qui recouvrait la plage d’un spectre chatoyant des plus romantique. On avait eu la riche idée de déverser dix mille tonnes de fuel dans l’océan (+ une copieuse quantité de cannabis) et un mec déguisé en une sorte de mime triste et barbouillé de mascara multicolore a sorti une GI-GAN-TESQUE et énooooorme allumette de son sac à surprises (du genre qu’on verrait dans les cartoons), a regardé la caméra d’une moue mi-comique mi-cosmique un petit moment puis a incendié les flots environnants.
Des types en costard, cheveux longs, monocles pour certain, martinis ensanglantés à la main, sont arrivés sur les lieux, tout sourire. Ils étaient suivis par une caravane conduite par des chameaux zombifiés qui contenait une impressionnante quantité d’instruments de musique et derrière, un piano à queue porté par 6 moines nains qui ressemblaient en tout point à ces Jawas de Tatooine que C-3PO détestait tant. Tout le bataclan installé, nos hommes entamèrent leur sound check alors que les convives commençaient à affluer de tous les sens cardinaux. Les môssieurs étaient habillés de manière disparate, mais tous avec élégance. Le style « Cthulhu Vutton » étant très en vogue en cet an de grâce 2142, plusieurs portaient des redingotes en poussière d’étoile noire et/ou des cardigans en peau de pieuvre écarlate. Les hauts-de-forme en chair humaine faisaient presque l’unanimité, bien qu’une partie d’originaux préféraient se parer de Fez électriques aux couleurs changeantes selon l’heure ou le positionnement sur leurs caboches. Les demoiselles étaient magnifiques, robes de viande crue à l’appui, les bras décharnés de toute peau ou muscle, laissant entrevoir le squelette (le summum de la sensualité « nouveau riche » en ce 22ème siècle fou fou fou).
De sa voix impérialement dérangée, Sir Kvohst salua tout ce beau monde alors que le Vicotnik-Orchestra s’apprêtait à lancer leur offensive musicale. Après une brève et séduisante intro toute en mélopées mystérieuses, le groupe adoré des petits et grands se lança tête première dans un de leur morceau de bravoure. Black « Math » Metal cryptique, Jazz enfumé des ténèbres, Goth Rococo, envolées pianistiques Debussy-esque et vocaux de canard égorgé étaient au goût de la nuit ; le tout couronné de passages guitaristiques qu’un certain Fred Frith (musicien du 20ème siècle) n’aurait pas renié. Les invités se mirent à danser frénétiquement sur la Playa recouverte de fumée toxiquement psychotrope. Les hors d’œuvre furent servis (gaspacho de chauve-souris/céleri-rave, foie gras de goéland transgénique, tartare de mygale, joues d’écureuils carbonisées à la torche, yeux de chinchillas faisandés dans le vinaigre noir, purée de légumes extra-terrestre… bref, la classe). Tous se régalèrent en se dandinant le popotin sous les assauts soniques de nos comparses touchés par la grâce, le regard perdu dans l’infini vermeil. La fête allait bon train.
Les pièces de l’orchestre étaient franchement bizarroïdes. Longues, bourrées de dissonances élégantes et de mélodies inextricable, bordées d’ambiances schizoïdes, architecturalement Gaudi-esques, lisses et froides comme le scalpel qui vous caresse l’échine… sans véritable début, ni fin, sans paroxysme euphorique… Elles renfermaient toutes en leur cœur une multiplicité d’autres morceaux sous-jacents qui accouchaient/s’avortaient sans cesse… C’était glacé. Et pourtant grisant et chaleureux à la fois. Dualité magistrale d’une musique qui veut faire la fiesta et vous découper en petits morceaux en même temps. Sous les assauts prog-métallico-gothico-victoriens-impressionnistes, les danseurs étaient maintenant possédés. Certains se tapaient dessus avec des maillets. Des crânes éclataient et la matière grise éclaboussait les convives épars qui s’en délectaient. D’autres se lançaient des duels à l’arquebuse et le tout se terminait bien souvent avec le gagnant qui partageait une bonne bouteille de sauvignon avec le perdant qui lui, empêchait ses tripes de se répandre sur le sable en les tenant d’une main tuméfiée. De la violence gratuite, jouissive mais contrôlée ; du genre qu’on partageait de bonne grâce entre amis consentants.
Vers 1 heure du mat, alors que les muzicos étaient à la moitié de leur set-list, englués dans un passage de piano sirupeux que surplombaient des vocaux « sous hélium » (dignes des premiers disques de Frank Zappa et les Mères de l’Invention, autre groupe antique appartenant à une époque qui n’avait pas encore connu la fusion des dimensions et la guerre céleste qui s’en était ensuivi), des centaines de papillons de nuits géants fondirent d’un ciel orangé-grisâtre et emportèrent certains des invités pour les dévorer grotesquement. Un des aléas de ces nuits post-apocalyptiques. On ne leur en tint pas rigueur car le met de résistance allait être servi et ça en ferait plus pour tout le monde encore présent/vivant. Alors qu’on se régalait de méchoui de Bison de la planète Nibiru et de quenouilles frites (importées d’Italie), le groupe livrait une musique plus introspective, secouée par des relents moyenâgeux, des vocaux féminins séraphiques (une cantatrice albinos s’était emparé d’un micro) et des passages à la guitare vraiment sublissimes.
Les réjouissances reprirent de plus belle alors que la musique prenait des grandeurs orchestrales. On dansait. On riait. On s’injectait des drogues impossibles dans les yeux avec des aiguilles de cristal. On s’égorgeait à qui mieux-mieux. On discutait du guide des restos Michelin de Venus, de tapisserie égyptienne, de la néo-peste qui ravageait Séoul, des tendances à venir en matière de mocassin, de miss Univers 2141 qui était en fait un poulpe géant, du Brodway-Musical dédié à Nyarlathotep (musique composée par un Andrew Lloyd Weber au regard de suie, ressuscité d’entre les morts par les pierres damnées retrouvées dans le lac des suppliciés au Laos). Dans leur désir d’oublier l’inutilité totale de leurs vies et de profiter jusqu’à plus soif des célébrations, les convives n’avaient pas remarqué que la marée commençait à monter… Les flammes encore puissantes que les flots crachaient à qui mieux-mieux s’attaquaient aux habits chics, aux jupons et s’invitèrent bientôt sur la chair… Un véritable tableau vivant de Beksinski se dressait maintenant sous le regard amusé des musiciens, qui étaient perchés sur leur dune, en retrait. C’était devenu une grande mascarade infernale où les danseurs, dévorés par les flammes, la peau carbonisée, les yeux fondants sous la chaleur, continuaient de valser funestement jusqu’à plus soif, jusqu’au bout de la nuit. L’odeur était épouvantable ; une sorte de smog humain avec des relents maltés/sucrés.
Au petit matin, alors que le groupe parachevait une autre compo délurée et rutilante, il ne restait plus sur la plage que des décombres rapiécés : poussière cendreuse et ossements encore brûlants. L’incendie maritime avait cessé. Notre mime plus tôt évoqué arriva avec un balai et un porte poussière et se mit à ramasser toute cette déconfiture post-humanoïde. Un danseur de merengue encore vivant, brûlé au 3ème degré, se faisait déchiqueter par des hyènes affamées. Pendant ce temps, nos musiciens rangeaient tout leur attirail et s’apprêtèrent à quitter les lieux… Le lendemain, ils avaient un mariage à Bergen.
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Thorns – ThornsMr. Bungle – Disco VolanteJumalhämärä – Resignaatio
Style : Black Metal (à l’ancienne), Black Symphonique
La scène Black Metal finlandaise a toujours été une des plus intéressantes (autant dans le Black classique que dans l’expérimental). Et c’est pas ce petit nouveau venu qui va me faire changer d’avis sur le sujet ! Oh que non, messires ! Le Seigneur de la lune (guerrière) signe ici un de mes disques de Black Métal préféré de l’année 2019. Et ce n’est pas rien quand on considère qu’il s’agit du tout premier album de ce one-man band qui réussit ici l’exploit de synthétiser avec brio tout ce qui me ravit dans le Black old-school. Parce que c’est bien beau le Blackgaze, le Post-Black, le Black Orthodoxe et toutes ces conneries (je raille un peu gratuitement ; j’aime quand même pas mal de trucs dans ces créneaux) mais des fois, ce dont on a envie, c’est de ressentir à nouveau la magie de nos premiers émois satanico-nordiques. Vous savez ce grand vertige qu’on a eu lorsqu’on a découvert Burzum, Darkthrone, Emperor, Enslaved et Mayhem ? Warmoon Lord a compris notre besoin. Il nous donne ce qu’on réclame en toute concupiscence.
Pourquoi ce disque est si bon ? De un, la prod est juste parfaite. Brute et ample en même temps. Le meilleur Black, c’est un peu comme une armée de moustiques amplifiée (banchée sur le 220V). Faut qu’il y ait ce bourdonnement électrifié en quasi-permanence. Et ici, on est servis. Ça grouille mes frères ! Et malgré l’immuable buzz, on peut savourer tous les merveilleux petits détails sonores hirsutes au coeur de l’oeuvre.
De deux : l’atmosphère est juste géniale. Brumeuse et froide. Diaboliquement joyeuse. Comme une samba nocturne sur la pente d’une montagne enneigée à -40 degrés celsius, alors que le ciel est lézardé d’éclairs fous et d’aurores boréales (j’ai des fantasmes visuels très précis). Il y a cette mélancolie typique du Black Métal grand cru et ce côté épico-fantasque aussi. C’est juste BEAU.
De trois : Les compos sont absolument magnifiques ! C’est riche, c’est fouillé et c’est bourré de riffs anthologiques, de vocaux criards superbement maitrisés, de claviers éthérés comme j’en raffole (un peu niais et victorieux à la fois !), de cette batterie véloce en diable et de samples doucereux. Les titres, plutôt longs (à part les classiques intro/outro) font la part belle aux mélodies grandiloquentes et rageusement splendides, mais aussi aux passages plus planants qui viennent faire respirer l’oeuvre d’une belle façon. Warmoon Lord a trouvé le parfait équilibre entre lourdeur et volupté.
Toutes les pièces de ce très court disque (on en redemande) sont des merveilles. En particulier « Funereal Blood » qui me donne la trique comme pas un et qui, à mon avis, va direct au panthéon des plus grands morceaux de Black Metal EVEUR. Il y a une telle énergie ici… Les claviers ont ce petit côté « extra-terrestre » et m’évoquent « La couleur tombée du ciel » de Lovecraft, pour une obscure raison. Certains riffs sont tellement homériques que j’ai le goût de me maquiller en panda et d’aller faire une danse du sabre (avec une épée en mousse) dans la forêt avoisinant ma chaumière. Et que dire de cette finale dark ambiant… C’est splendeur fait de splendosité.
BREF, un satané bon disque que voilà. Ma note en témoigne et va peut-être même augmenter au fil des écoutes. Les amateurs de métal noir doivent absolument s’initier à la musique de cet homme dont la trajectoire discographique sera à suivre de très près. I’m watching you Warmoon Lord… I know where you live…
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Je vois un peu ce premier jet de Taake comme la quintessence du Black Metal norvégien des années 90, l’album qui réussit à réunir en son sein tous les éléments des grands groupes BM de la deuxième vague. Ici, dans cette suite de pièces superbement menées, on retrouve toute la rage glacée de Darkthrone, le côté atmosphérique-mur de son de Burzum (et oui, Varg est le Phil Spector du Métal norvégien !), l’élégance racée de Satyricon, l’efficacité brute et presque poppy d’Immortal, le côté épico-grandiloquent d’Enslaved ainsi que la sophistication et la technicité d’Emperor.
Les Taakeux ne parviennent cependant pas à dépasser en qualité ou en originalité ses ainés mais livrent quand même un genre de best of de tout ce qui rendait le Black Metal 90s aussi magique et singulier. C’est là la grande force de ce groupe sur ce premier opus (et les 2 suivants).
Dès le départ, on nous en met plein les tympans. Riffs qui tuent. Ambiance de fou. Hurlements divins. Chœurs majestueux. Batterie véloce. Et production vraiment géniale, à mi-chemin entre le côté crade lo-fi qui est caractéristique du genre et une certaine forme d’ouverture (ce qui fait qu’on entend même la basse un peu ! oui-oui !). L’album nous jette sa superbe à la gueule titre après titre. Les compositions sont très fortes, empreintes de cette atmosphère sonore obtuse et brumeuse qu’on aime tendrement, tout en demeurant diablement concises, efficaces et accrocheuses.
Pour quelqu’un qui souhaiterait s’initier à ce courant musical qui demeure toujours un de mes préférés, il n’y a pas meilleure porte d’entrée que ce classique mineur made-in-Bergen.
Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :
Emperor – In The Nightside EclipseImmortal – Pure HolocaustEnslaved – Frost
Pour la 6ème édition des « 15 Fréquences Ultimes », j’ai le plaisir de vous présenter les sélections de sieur Spiritvs, seul maître à bord d’un des projets de Black Metal les plus légendaires et prolifique au Québec. J’ai nommé : Neige et Noirceur.
J’écoute sa musique depuis plus de 10 ans et je le considère, à juste titre, comme un des pionniers de ce qu’on pourrait considérer comme la seconde vague BM québécoise. Ce fut donc pour moi un véritable honneur de me plonger le tympan dans ses influences ; dans ces pièces qui l’ont accompagné et qui ont, en quelque sorte, aidé à façonner le son si unique de Neige et Noirceur.
Bonne écoute !
Tracklist:
Empyrium – When Shadows Grow Longer
Ulver – Capitel I: I Troldskog Faren Vild
Satyricon – The Dawn of a New Age
Darkthrone – Circle the wagons
Cradle of Filth – Cruelty brought the orchids
My Dying Bride – Sear me MCMXCIII
Borknagar – The Dawn Of The End
Paysage d’Hiver – Moloch
Drudkh – The First Snow
Summoning – A New Power Is Rising
Agalloch – …And The Great Cold Death Of The Earth
Black Sabbath – Solitude
Blood Ceremony – The Hermit
Opeth – Windowpane
Vous pouvez suivre et encourager Neige et Noirceur sur la page Bandcamp du projet ou encore sur Facebook.
Style : Death Metal, Black Metal, Industriel, Prog Metal damné
Ce disque est une anomalie terrible. Ce disque est un long couloir de glace, possiblement sans fin, qui s’enfonce dans le cratère Wunda sur Umbriel. D’un noir parfois impénétrable et à d’autres moments recouvert d’une luminosité blafarde semblant provenir des confins de ces murs frigorifiés qui scellent ce qu’il y a en dessous depuis des milliards d’années… Des choses que l’être humain ne saurait voir, ne pourrait expliquer ou comprendre. Des choses qui le forcerait à cesser de contempler ce monde d’un œil bienveillant et purement scientifique… Des choses qui remettraient tout en perspective… Des choses qui l’amènerait fort probablement à arracher sa combinaison spatiale et ainsi laisser la non-atmosphère environnante déchirer tous ses tissus corporels à une vitesse fulgurante, seule délivrance possible pour son âme tarie… Des visages monstrueux, aux proportions titanesques, grimaçants et hurlant silencieusement au fin fond de la glace. Des apparitions spectrales, grotesques, qu’on ne fait qu’entrevoir une parcelle de moment dans le miroir gelé… mais qui ne prennent qu’une milliseconde pour s’épanouir dans vos iris gorgés d’abominable. Des visions d’agonie qui vous hantent jusqu’au delà de la mort. Le chant suranné du néant intergalactique qui vous recouvre tout entier, éternellement..
Ce disque est une gigantesque maison hantée flottant dans une masse d’anti-matière où même toi ne peut t’entendre hurler. Ce machin là, tout post-moderne qu’il est (avec ses allures de Blut Aus Nord dark metal), nous ramène à la conception primaire de la terreur : la peur du vide. Insidieux, cliniquement vicieux, il te parasite l’esprit avec son atmosphère gothique d’outre-espace pétrifiante et y fait naître des cauchemars insondables. La musique du groupe est proprement indéfinissable. On peut entrevoir des relents opiacés des sus-cités BAN, mais aussi Impetuous Ritual, Dolorian, Morbid Angel, Leviathan, voir même Godflesh… et pourquoi pas… la froideur infinie d’un Joy Division qui aurait pris une tangente autrement plus abyssale. Relents de post-punk-mort en forme de riffs zombifiés, angoisses métallicos-industrielles qui te martèlent les sens à la dérive, ténèbres atmosphériques d’un Black Metal congelé à 7000 degrés sous zéro… Et surtout, constructions labyrinthiques toute Death Metalliennes-nouveau genre… Mais bon, dans ce courant dédié au chaos qui est sorti de cette brèche interstellaire que les monstres de Portal ont ouvert (en cette année damnée que fut 2003), Emptiness sortent résolument du lot. Leur truc est aussi fou, seulement, il est plus subtil… Et c’est cette subtilité (bourrée d’immondices) qui fait mouche ici.
À écouter dans le noir complet, à 2 heures du matin, la bouche pleine de glaise et de vers blancs.
Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :
Blut Aus Nord – – The Work Which Transforms GodLeviathan – Scar SightedDesolate Shrine – The Heart of the Netherworld
Édition : 2 x Vinyle, Debemur Morti Productions – 2019
Style : Black Metal Atmosphérique et Cosmique, Progressif, Psychédélique
Il y avait deux Blut Aus Nord… Il y avait le BAN atmosphérique, épique et hautement mélodique old school des débuts (« Ultima Thulée », La série des « Memoria Vetusta »), puisant toute sa magie dans les fables normandes gelées et dans la nature céleste. Il y a eu le BAN industriel-avant-black-électro-dark-ambient ultra glauque et inhumain/urbain (« MoRT », la série des « 777 », « Deus salutis meæ ») et aussi quelques hybrides à mi-chemin entre ces deux univers à travers leur riche et fascinante discographie. Maintenant, il y a un troisième Blut aus Nord. Un BAN toujours atmosphérique, mais qui quitte définitivement notre planisphère pour aller se perdre avec délice dans un cosmos psychédéliko-proggy-vespéral teinté de couleurs impossibles. Cette nouvelle évolution de BAN est la bienvenue parce que, même si les albums précédents demeuraient excellents, le groupe commençait à montrer quelques signes de fatigue créatrice… Ici, il n’en est rien. Ce disque est juste incroyable.
La particularité première de ce disque, c’est d’abord que la musique, aussi rageuse soit elle par moments, est infiniment BELLE. L’univers astral dépeint par nos Français adorés n’est plus seulement d’ébène et de rouille… Ça brille de partout. Pourpre, cramoisi, vert émeraude, jaune étincelant, blanc éclatant, bleu surréel, orange brulée… Presque tout le spectre y passe. Cette pluralité de couleurs s’exprime à travers une musique on ne peut plus planante/aérienne, qui, même si elle fait la part belle à la structure (des compositions superbement construites et maitrisées) laisse aussi une place de choix au « paysage sonore », ce côté « ambient actif » sous-jacent qui vient sublimer l’oeuvre entière et qui lui confère son rapport hypnotique. Un autre aspect complètement audacieux de ce « Hallucinogen », c’est les voix… Il n’y a pratiquement PAS de vocaux criards en ces lieux (comme on serait en droit de s’attendre d’un disque de Black Metal). Il n’y a que cette espèce de chorale fantomatique-surnaturaliste qui est en retrait… qui vogue au dessus de cette mer d’instruments en délicieuse perdition. Des voix claires mais diffuses, réverbérantes, augustines, chimériques ; presque des chants grégoriens désacralisés qui viennent parfaire une ambiance déjà truculente. Je n’ai jamais entendu un groupe de Black user de cette technique pour la durée complète d’un album. Et je dois dire que c’est franchement réussi.
Le côté ouvertement psychédélique de la chose est une source de bonheur inépuisable pour votre chroniqueur. Je dois professer un amour débordant pour cette vague de groupe qui incorporent des éléments de musique psych dans leur vocabulaire sonore. Et ici, même si on perçoit des influences potentielles qui sont les bienvenues (Enslaved, Oranssi Pazuzu, Ved Buens Ende, Hail Spirit Noir, Darkspace), les mecs de Blut Aus Nord réussissent à livrer une vision extrêmement personnelle/unique d’un métissage entre psychédélisme et métal extrême… Cela s’exprime autant dans la production très ample qu’à travers la guitare singulièrement orgiaque/extatique. Il y a des riffs complètement renversants ici mes amis… La guitare fait plus ou moins office d’instrument soliste (en remplacement de la voix qui, comme évoqué plus haut, est plus un élément atmosphérique de l’oeuvre). Elle est tour à tour émotive, mélodique, obtuse, épique, insaisissable, victorieuse, mystérieuse…
Bref, on tient là un des meilleurs albums de Blut Aus Nord. Le genre de disque qui replace le groupe dans la liste des plus grands ayant officié dans le genre… J’ai tellement hâte d’entendre le second chapitre de cette nouvelle évolution. D’ici là, je sens que je vais flotter souvent à travers les méandres d’« Hallucinogen ».
Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :
Oranssi Pazuzu – VärähtelijäEnslaved – RIITIIRVed Buens Ende….. – Written In Waters
Vous aimez vous prélassez dans des caveaux funéraires le dimanche matin, avec votre café (noir, il va sans dire) à la main ? Vous conservez des dépouilles de corbeaux et de gerboises dans des sacs (Ziploc®) que vous ouvrez lors des grandes occasions afin de vous enivrer les sens de l’odeur de la mort ? Vous aimez les longues promenades solitaires aux heures pâles de la nuit, en pleine forêt boréale, à -30 degrés celsius, implorant la lune et vociférant des horreurs d’une voix râpeuse et souffreteuse ? Les « Agonies Célestes » se dressent là pour vous, mes perfides amis. À chaque épisode, Salade d’endives sélectionne pour vous la crème de la crème du Black Metal, que ce soient les classiques norvégiens des riches années 90 ou des perles taries vomies par les diverses scènes underground qui sévissent un peu partout sur le globe. Black atmosphérique, Black cru et rageur, Black sympho, Black païen/folkloriste/viking, Black avant-gardiste, Dark Metal, Black vampirique… Tout ceci s’y retrouve ; saupoudré par quelques généreuses louches de synthé donjonné, de dark ambient et de black noise (pour varier les déplaisirs).
Bonne écoute de ce tout premier épisode de la série !
Tracklist:
Darkthrone – En vind av sorg
Këkht Aräkh – Elegy for the Memory of Me
Thantifaxath – Panic Becomes Despair
Blut Aus Nord – The Plain of Ida
Xasthur – Walker of Dissonant Worlds
Black Cilice – The Gate of Sulphur
Fluisteraars – Brand woedt in mijn graf
Lunar Womb – Öinen Matkaaja
Monarque – Jusqu’à la Mort
Nächtlich – Decomposing and Immortal
Kommodus – Conquering The Carpathians
Wedard – Einsamer Winterweg
Lamp of Murmuur – Chalice of Oniric Torment
Nokturnal Mortum – The Funeral Wind Born in Oriana
Après deux démos qui laissaient déjà entrevoir les promesses d’un futur radieux, c’est par ici que les choses sérieuses commencent réellement pour nos Canis lupus adorés. Vu le côté très polarisant du milieu black métallique, je vais peut-être me faire des ennemis en proclamant ceci mais allons y tout de même : Wolves in the Throne Room est le meilleur groupe de Black Metal américain de tous les temps (avec peut-être Leviathan qui réussit à le talonner un peu).
À travers une riche carrière (toujours bien vivante), ces 3 mecs de l’état du Washington ont réussit à s’approprier pleinement mon sous-genre préféré du BM (le versant atmosphérique), à le peaufiner somptueusement, à le sublimer pour en faire quelque chose de complètement unique et renversant… En effet, on associe souvent Black Metal avec laideur extatique. Pourtant, la musique de WITTR est belle, belle, belle… et même apaisante à sa façon ! Et malgré cet aspect pour le moins surprenant, elle ne perd rien de la rage sculpturale et de la nostalgie séraphique qui sont chères au Black Metal depuis que le genre est genre.
Côté influence, on pense tout de suite à Burzum (bien entendu). Tant au niveau des longues compositions minimalistes et répétitives, que de l’ambiance hautement nostalgique. Mais nous ne sommes pas ici dans les noires forêts norvégiennes. On erre plutôt dans les monts brumeux et les forêts mythiques de la côte nord-ouest américaine. Cette musique est ode à la nature ; communion profonde avec elle… Après tout, si on en croit la rumeur, les membres du groupe sont tellement épris de nature qu’ils habitent en commune sur leur petite ferme écologique, vivant en autarcie avec les éléments environnants. Des gentils hippies écolos en somme ! Ça change des meurtriers et des vilains racistes disons le.
Autre influence musicale assez évidente sur ce disque : Weakling. Autre légendaire groupe de black atmosphérique américain qui fut un des (sinon le) premiers à oeuvrer dans ce créneau en Amérique. Je trouve même que ce « Diadem of 12 Stars » est en quelque sorte le petit frère de « Dead as Dreams » (unique album de Weakling) tant la ressemblance est frappante entre les deux.
« Diadem » est un voyage sonore qui se vit en quatre temps. 4 pistes pour près de 60 minutes de musique ! Et on ne s’ennuie pas une seconde tant ces morceaux sont superbement fignolés et bourrés de petits détails sous-jacents qu’on découvre à chaque nouvelle écoute fascinante. Il apparaît évident dès ce premier opus discographique que les mecs de WITTR conçoivent leurs albums comme des « touts » organiques qui s’écoutent et se savourent d’une traite ; sans interruption possible. Chacun de leur disque est une « fenêtre » distincte sur leur monde intérieur nébuleux et fantasque ; monde qui se dévoile petit à petit à nos tympans, album après album.
Le son est un tantinet plus cru ici que sur les réalisations suivantes de la troupe, ce qui confère à l’album un charme très « Black Metal à l’ancienne ». Les deux guitares (Nathan Weaver et Rick Dahlin), véloces et hypnotiques, sont émotives en diable. Comme dit précédemment, on sent l’influence de la Bergen-school (Burzum) avec ces couches et ces sous-couches de riffs lymphatiques gorgées d’électricité mal calibrée qui se superposent les unes par dessus les autres. Des passages de guitare sèche viennent parfois nous chatouiller l’appareil auditif de belle façon aussi, nous plongeant l’âme dans une mélancolie des plus délicieuses. La batterie (l’autre frérot Weaver, Aaron), royalement maitrisée, est une des forces indéniables de la troupe. Le mec est juste technique comme il faut (sans jamais perdre en feeling) et nous sert des blast beats de grande qualité mais sait aussi se montrer versatile dans des passages plus lents et doomy ou d’autres qu’on sent inspirés par le trash metal (voir même le prog par bouts très discrets). Les transitions entre ces différents passages teintés d’influences diverses sont juste parfaites, toutes en finesse, et révèlent la grande versatilité d’un musicien qui mériterait qu’on l’encense plus fréquemment. (Bref, BIG LUV to you Aaron !).
Le vocaliste principal de la formation, Nathan, y va de cris spectraux/fantomatiques haut perchés et assez loins dans le mix ; comme si il les hurlaient du fond d’une grotte poisseuse en plein coeur d’une forêt millénaire. Cela convient merveilleusement bien à venir subtilement colorer la musique qui est ici le personnage principal. Parfois Rick Dahlen l’accompagne avec des interventions vocales plus gutturales (et donc « death métalliques »), comme dans ce superbe passage central de « Queen of the Borrowed Light », pièce d’intro du disque. Cette dualité de voix masculines sera un aspect unique à ce premier album de WITTR ; car Dahlen quittera l’ensemble avant l’enregistrement de leur second album… Et on retrouve aussi une voix féminine très belle (celle de Jamie Myers du groupe Hammers of Misfortune), qui viendra parfois se poser sur des passages plus doux, aériens et enchanteurs. Cet apport sera exploité par le groupe sur les réalisations suivantes et ce, avec encore plus de succès.
On tient là un album que tout fan de black atmosphérique se doit de posséder de toute urgence et un premier album d’une qualité assez stupéfiante. Et dire que ce n’est que le début d’une belle et grande épopée mystique qui, je l’espère, ne se terminera jamais…
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Weakling – Dead As DreamsBurzum – Hvis Lyset Tar OssDrudkh – Forgotten Legends
Rage. Terreur nocturne. Os brisés. Désert de souffre gelé. Marécage fantasmé. Grotesque. Bourré d’immondices. Grouillantes. Couinantes. Rage. Cauchemars en vase-clos. Étouffer. Se noyer dans la glaise. Rituel nocturne. Sacrifice. Peste bubonique. FUZZ. Rage. Bête noire. Ambient. La brèche est ouverte. Hallucination. PEUR. Cafardeux. Voix pourrissante. Dégradation. Rejet de la vie. S’auto-vomir. Aigreur. Naufrage intérieur. Rage. Obsession. Affable. Négation. Perte de repères. Spectres. Amertume. Maison hantée. Cadavre grugé. Ver blanc. Gigantesque. Défraichi. Rage. Perte. Voyage au bout de la nuit endémique.
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Black Cilice – Summoning the NightPa Vesh En – Church of BonesCandelabrum – Portals
Cela se déroule début 1991 dans un petit pays du nord de l’Europe appelé la Norvège… Les gars de Darkthrone viennent de faire paraître leur premier album, « Soulside Journey » (enregistré l’année précédente). C’est un excellent disque de « Death Metal », genre qui a alors la cote dans la scène métallique underground scandinave. Nos musiciens s’apprêtent alors à retourner en studio afin de donner suite à ce premier méfait discographique. « A Blaze in the Northern Sky » arrive dans les bacs en Janvier 1992… et redéfinit tout. Nouveau style musical (Black Metal), pochette noir et blanc à la fois cheap et ensorcelante, production lo-fi à souhait, changement de look des musiciens…. Mais que diantre s’est-il passé en si peu de temps ? Comment comprendre un tel revirement de situation ; un tel changement sonore ? Qu’est-ce qui a fait naître le coup d’envoi discographique du Black Metal seconde vague (probablement la période la plus légendaire du genre) ?
L’influence d’un certain Øystein Aarseth (alias Euronymous) et l’ambiance de son magasin de disques Helvete (lieu de ralliement de jeunes gens très biens) y sont pour quelque chose… En 1991, alors que Gylve Fenris Nagell et Ted Skjellum ne sont pas encore respectivement Fenriz et Nocturno Culto, ils abandonnent complètement le Death sur un coup de tête (et par le fait même, leur maquette de ce qui devait être leur second disque : « Goatlord »). Ils échangent leurs baskets, leurs vestes en flanelle et autre fringues « tendance » contre des blousons de cuir, des ceintures à munitions et… plusieurs tubes de maquillage (couleurs préconisées : le noir et le blanc, seulement). Ils errent dans les bois, se mettent à invoquer le grand cornu, s’inspirent des légendes anciennes… Leur nouveau son ne sera que ténèbres et laideur fiévreuse. Lo-fi, volontairement minimaliste, caverneux, primaire, à milles lieux des fioritures death métalliques d’antan. Le « métal noir », c’est celui-là qu’ils vont essayer de forger maintenant. Et y’a pas à dire, pour un premier coup d’envoi, « A Blaze » est un coup de maître. C’est souvent l’album qui est cité comme celui qui a enfanté le Black Metal moderne.
L’album débute par une intro glauquissime… Une sorte d’invocation aux grands anciens (portée par la voix Fenriz) sur fond de dark ambient rituelle. La tension monte. La voix dérangée de Nocturno rejoint celle de son comparse… Elle est saccadée, acariâtre, maladive, annonciatrice d’un chaos certain. Et puis, tout ceci disparaît soudainement et on se prend le son du Darkthrone nouveau en pleine gueule. C’est « Kathaarian Life Code » mes amis. Un riff d’entrée qui te retourne les entrailles dans tous les sens, lui-même secondé par des blasts de Fenriz (a.k.a. l’être humain le plus cool sur Terre). Morceau long et perfide que voilà, avec ses passages d’une langueur toute visqueuse, ses envolées rageuses et son anti-mélodie glaciale à souhait (riffs acerbes à l’ardoise). Bordel que c’est culte de chez culte ! Les gens de Peaceville devaient vraiment se demander qu’est-ce qui se passait dans leurs enceintes quand ils ont écouté le nouveau disque de ce petit groupe de Death qu’ils avaient signé il n’y a pas si longtemps… À cet effet, le rumeur prétend que face à leur hésitation à sortir un tel truc, Fenriz leur a dit que si ils n’en voulaient pas, les prods Deathlike Silence (l’étiquette d’Euronymous) se ferait un plaisir de l’éditer. Face à ces menaces de défection, Peaceville ont cessé de faire leurs chochottes et ont fait paraître cette merveille funèbre. Et si on se fie au succès interplanétaire du machin en question, je ne crois pas qu’ils regrettent beaucoup cette prise de risque actuellement.
En plus d’être le pilier d’une véritable révolution musicale, « A Blaze in the Northern Sky » est assez unique dans la discographie de Darkthrone en ce sens que la métamorphose du groupe (passant du Death au Black) n’est pas encore complète à 100%… L’album est purement Black Metal par moments (« Katharian », « In The Shadow Of The Horn », « Where Cold Winds Blow ») mais sur les autres pistes, on a droit à une sorte d’hybride divin entre Black et Death. Les rythmiques s’y font plus tordues/sinueuses. Les vieux « tics » d’écriture de Fenriz sont toujours bien présents, mais ensevelis sous dix milles couches d’un brouillard impossible à percer. C’est un des aspects que j’aime le plus de ce disque. L’opus a été enregistré très rapidement ; ce qui est toujours le cas chez Darkthrone. On a donc l’impression d’accompagner la troupe dans leur transfiguration sonore. Nos tympans assistent à la création de quelque chose de nouveau et à l’évolution d’une bête musicale encore à définir. Et c’est proprement fascinant.
« Chéri, les enfants ont encore pigé dans ma trousse de maquillage ! »
Les 6 morceaux ici présent sont des classiques indémodables du genre. Maintes fois copiés/émulés (avec plus ou moins de succès). La BASE de toute une scène. Mais au delà des compositions en elle-mêmes, ce qui fait toute la magie de cet album, c’est son atmosphère résolument unique. Crade, transie, mystique, fantasque, narcotique, crue à l’os. C’est cette atmosphère de « cimetière profané sous la morte lune » qui fait que cette musique semble littéralement nous provenir d’un autre monde… Un monde ancien et austère, peuplé de créatures voraces et de Dieux vengeurs oubliés par les siècles. Un monde où la nuit est éternelle et solennelle ; où l’on se perd dans des forêts psychédéliques recouvertes d’une brume millénaire et dans ces montagnes aux cimes enneigés… Et évidemment, il y a cette pochette d’album qui vient sublimer tout cela. LA pochette par excellence du Black Metal, avec Zephyrous grimé de corpse paint qui semble hurler au crépuscule, le regard habité par ce monde intérieur qu’il s’apprête à nous vomir à la gueule.
Je termine cette critique en y allant d’une banalité tout de même essentielle: si vous vous intéressez au Black ou au Métal extrême tout court, vous DEVEZ posséder cet album de toute urgence !
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Bathory – BathoryMayhem – DeathcrushMütiilation – Vampires of Black Imperial Blood