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Michael Pisaro, Oswald Egger, Julia Holter – The Middle Of Life (Die Ganze Zeit)

Année de parution : 2013
Pays d’origine : États-Unis, Italie
Édition : CD, Gravity Wave – 2013
Style : Drone, Field Recordings, Classique contemporain, Poésie

Magnifique co-composition de Michael Pisaro et Julia Holter basée sur des poèmes de l’Italien Oswald Egger. La pièce de presque 50 minutes s’articule autour de deux enregistrements de terrain naturalistes. Le premier est prélevé depuis les rives de la rivière Große Mühl (côté autrichien) ; le second, enregistré 500 mètres plus loin, toujours aux abords de la rivière. Ces deux field recordings (reposants, hypnagogique et parfois mystérieux) accompagnent une musique très minimaliste, qui se décline en drones paisibles, façonnés d’instruments distants (piano, guitare, flute), de tons sinusoïdaux et de samples d’autres oeuvres de Pisaro. La narration des poèmes de Egger (en différentes langues, par différents intervenants, dont Egger lui même) vient parfaire le tableau.

Puis, à 39 minutes environ, on entend la voix de Holter qui chante un air magnifique, aux sonorités médiévales. Elle est ensuite relayée par Pisaro au piano, qui interprète « For One or More Voices » (une compo de Holter) et c’est immensément beau. Le tout se conclue comme cela a commencé, dans cette mer de sons aquatiques, de chants d’oiseaux, de vent gémissant… Paisiblement, sereinement.


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Richard Skelton – Landings

Année de parution : 2009
Pays d’origine : Royaume-Uni
Édition : CD, Type – 2009
Style : Ambient, Drone, Classique Contemporain, Chamber Folk

L’engourdissement des matins brumeux… Ces jours flétries où l’hiver n’est que grisaille fantomatique… Ces matinées irréelles où le lever du corps s’avère difficile et où l’esprit, désincarné, voletant on ne sait où, n’intègre pas l’enveloppe corporelle. Ces jours-tombeaux où l’on se sent constamment hébété, la tête lourde, les pensées floues et vaporeuses, l’âme empreinte d’une inexplicable mélancolie… Comme si on était coincé à la frontière située entre deux monde, l’un diurne et l’autre nocturne. L’un réel et l’autre chimérique. Vacillant sans cesse d’une dimension à l’autre, habitant un peu les deux en même temps sans parvenir à y poser le pied… Errant dans notre Carnival of Souls personnel, jouant les figurants dans l’hypnotique Coeur de Verre de Herzog. Personnellement, j’adore me perdre dans ces moments tristes et beaux où l’on hante notre propre vie… où l’on se laisse porter par le long fleuve tranquille de l’existence et de l’inconscience.

Richard Skelton parvient à créer une bande son parfaite pour accompagner ces moments contemplatifs. À travers une musique aussi splendide que nostalgique, mélangeant judicieusement l’ambient, le folk de chambre, le drone, le classique contemporain et quelques « field recordings », l’artisan sonore britannique rend un vibrant hommage à sa femme, Louise, décédée en 2004 (soit 5 ans avant la parution de cette oeuvre). Ce qui ressort le plus de ce Landings ensorcelant, c’est un sentiment de tristesse résignée, le tout recouvert d’une ambiance spectrale, magnifique et bouleversante.


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Autres Mixes, Mixtapes

Mélancolie (mix de Salade d’endives)

En cette nuit de la fin d’automne, Salade d’endives vous propose une mixtape sur le thème de la Mélancolie. On y retrouve de l’ambient/new age planant, du folk tristounet, de la musique médiévale, du classique contemporain, un peu de pop baroque atmosphérique et beaucoup de musique du monde (Asie et Europe de l’Est sont à l’honneur).

Préparez-vous un café, armez-vous de tout votre spleen et laissez vos tympans divaguer à travers les brumes…

Tracklist

  1. Scott Walker – It’s Raining Today
  2. Teiji Ito – Moonplay
  3. Hiromichi Sakamoto – Half a Summer Has Been Delivered
  4. Mount Eerie – No Flashlight
  5. Motion Sickness Of Time Travel – My Suspected Senses
  6. Sibylle Baier – I Lost Something in the Hills
  7. Goro Yamaguchi – Sokaku-Reibo (Depicting The Cranes In Their Nest)
  8. Unknown Artist – Bell Organ Improv (extrait de « In Memory of the Day Passed By », Sharunas Bartas)
  9. Ella Jenkins – Wake Up Little Sparrow
  10. Ailanys – What Are You
  11. Cluster & Eno – Wermut
  12. John Williams & Maria Farandouri – Tou Pikramenou
  13. Unknown Artist – Pangkur
  14. Giraut de Bornelh – Mot era dous e plazens
  15. Carl T. Sprague – O Bury Me Not on the Lone Prairie
  16. Hiroshi Yoshimura – Wet Land
  17. Ernst Reijseger – Carbon Date Solo Cello
  18. Swans – Blackmail
  19. Vokal Ansambl Gordela – Zinskaro
  20. Aphex Twin – Nanou 2

*Sélections des pistes et montage de la mixtape par Salade d’endives

Autres Mixes, Mixtapes

Les Paradis Étranges présentent…. Mixtape Spéciale Trames Sonores de Films d’Horreur

Commencez-vous à le sentir ? Le sol humide jonché de feuilles mortes, les journées qui raccourcissent, les ciels d’octobres aux teintes impossibles, le feu dans l’âtre, la fin progressive de la CALISS de TABARNAK de période de l’herbe à poux… Commencez-vous à sentir le basculement insolite du début d’automne caniculaire vers ma saison préférée : le vrai de vrai automne, celui, frais et venteux, qui se prolonge petit à petit vers le mois des morts (sa magnifique apothéose funéraire et pluvieuse), celui où les marches extérieures nocturnes deviennent des épopées mystiques et brumeuses, celui où il fait bon d’aller se réfugier dans notre chaumière devant un bon film d’épouvante.

Pour initier le début de mon bout préféré de l’année de belle façon, voici donc cette mixtape dédiée aux trames sonores de films d’épouvante (avec quelques petits giallos par ci par là ; pourquoi se priver ?). L’horreur AT LARGE est pas mal mon genre filmographique préféré et je ne me fais pas prier, hiver, automne, printemps ou été, pour me taper des perles horrifiques de tous genres (et toutes époques… en particulier celles des 70s et 80s !) ainsi que leurs bandes sonores respectives. Mais il y a quelque chose de particulièrement plaisant à naviguer dans ces zones d’ombre à ce moment précis de l’année.

C’est avec un sourire carnassier que je vous invite donc à écouter cette petite compilation qui regroupent certains de mes morceaux préférés tirés de ces films qui m’ont hanté longuement… Il y en a pour tous les goûts ou presque : compositions de facture classique, dark ambient, lounge-pop-exotica, rock psychédélique enfumé, dark jazz, synthwave damné, drone, piécettes de piano romantico-tragiques, morceaux de rock progressif funky et assombris, ballades pour enfants possédés, musique concrète, etc…

Ah ouais… Je ne publierai pas la track-list non plus. On va s’amuser un peu. Je défie les auditeurs (qui seront surement LÉGION…. aheum) à tenter de découvrir de quels films proviennent les extraits sonores glanés un peu partout. Vous pouvez publier vos trouvailles dans les commentaires ci-bas. Celui ou celle qui aura trouvé la provenance du plus grand nombre d’extraits se méritera mon respect éternel (faute de mieux ; je suis fauché !)… Et disons, un t-shirt avec le logo des Paradis Étranges (merci Guillaume P. Trépanier) quand nous les imprimerons enfin (vers 2038).

Donc… bonne écoute chers amis ! Et joyeux z’Halloween d’avance !

Tracklist MYSTÈRE !!! Mouahahahahahahah !!!

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Michael Pisaro / Reinier van Houdt – The Earth and the Sky

Année de parution : 2016
Pays d’origine : États-Unis (Pisaro), Pays-Bas (van Houdt)
Édition : 3 x CD, Erstwhile – 2016
Style : Classique contemporain, drone-piano, lowercase, field recordings, réductionnisme

Un trottoir la nuit. Une ville. Les lampadaires qui grésillent comme pour répondre à l’appel du vent mugissant. La lune a été dévorée par des nuages invisibles. C’est un soir de Juin. Peut-être le dernier soir du monde ou encore : le premier. Un chat noir escalade les toits en tôle dans un silence quasi religieux. Aucun son… Ah oui, tiens, quelques notes d’un piano éploré qui proviennent d’une maison au loin. Sorte d’Erik Satie neurasthénique. Le son s’évanouit, comme tout d’ailleurs.

La une d’un quotidien effeuillé au sol parle du désastre. Les lumières éparses s’échappant de quelques fenêtres sont la seule preuve de l’existence humaine. Le temps est frais. 7 degrés Celsius. Le petit pont de pierre qui surplombe le lac t’appelle furtivement. De là, tu contemples l’étendue d’ébène qui se dresse sous tes iris. Tu regardes un reflet diffus et flou de toi-même dans la mare étrangère et tu te dis que tu es composé de molécules. Tu regardes ta montre. 2 heures 42 minutes. Tu n’es pas allé au rendez-vous. La loterie pour avoir ta place dans un des abris. Du temps passe encore. Et encore un peu. Tu penses à tes amours, ta famille, tes amis, ta vie machinale, au goût de ton repas préféré, à des animaux, aux atomes, aux protons et neutrons, à ce film d’Antonioni qui t’avait marqué et à cette nuit où les étoiles semblaient si proches qu’on pouvait les toucher. Septembre 2007. Ce sera l’image que tu voudras garder avec toi à la fin. Tu regardes maintenant le ciel actuel si vide et morne.

C’est l’heure. La lumière blanche vient soudainement pourfendre cette masse immobile et bizarrement, tu n’as pas peur quand elle t’englobe toute. Tu souris même alors que ta peau fond et que ton être tout entier se désintègre en un éclair, s’en allant retrouver la nuit des temps.


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