15 Fréquences, Mixtapes

15 Fréquences Ultimes – Épisode 13 – Sébastien Dallaire

Êtes-vous prêt pour une forte dose de DooooooOOOOooooooM, de rock psychédélique, de funk acide, de hardcore punk, de rap enfumé d’la côte est et de métal extrême ??? Ce 13ème épisode des 15 Fréquences vous est alors tout indiqué ! Sébastien Dallaire (Marécages, Badass Commander, Stoned Horses, Fistfuck ; entre autres) vous convie à un rituel haute fréquence où lourdeur primitive s’enchevêtre à merveille à la léthargie lymphatique des esprits les plus embrouillés par multiples substances psychotropes et/ou alcoolisées.

Fermez les lumières, ouvrez-vous une bonne bière de micro, roulez vous un tarpé… et laissez ce marais sonore vertigineusement opiacé vous recouvrir les oreilles, les intestins et la matière grise toute entière.

Bonne écoute tout le monde (y compris les statues de l’île de Pâques).

Tracklist:

  1. Black Sabbath – Cornucopia
  2. Pink Floyd – Interstellar Overdrive
  3. Suffocation – Liege of Inveracity
  4. The Locust – Aotkpta
  5. Genius/Gza – Liquid Swords
  6. Napalm Death – Lucid Fairytale
  7. Arthur Brown – Fire
  8. Sleep – Sonic Titan
  9. Bastard Noise – Earth On A Stretcher
  10. Discharge – Doomsday
  11. Betty Davis – If I’m In Luck I Might Get Picked Up
  12. Incantation – Golgotha
  13. Charles Bronson – Fuck Technology, I’ll Keep My Pocket Change
  14. Melvins – Boris
  15. Corrupted – El Mundo Frio

Vous pouvez suivre et encourager Sébastien sur la page Bandcamp de Marécages, son Instagram ou encore sa page discogs (pour voir tous les projets musicaux auxquels il a participé.

critiques

Obituary – Cause Of Death

Année de parution : 1990
Pays d’origine : États-Unis
Édition : CD, Roadrunner – 1997
Style : Death Metal

Les marécages des Everglades recouvert d’une brume poisseuse et lymphatique. Une déformation terrible et contre-nature est en train de se produire ; entraînée par cette brouillasse qui est tout droit venue d’un anti-monde où les lois terrestres ne s’appliquent plus. L’avilissement suprême se produit, sans retour possible, transformant tout l’environ immédiat en une pourriture céleste divinement flétrie. Les arbres, spongieux et fétides, semblent être faits de chair moribonde brunâtre-violacée, elle même recouverte de millions de spores aux couleurs chatoyantes. Champignons cosmiques qui vomissent épisodiquement une épaisse fumée psychotrope dont le moindre reniflement plonge l’aventurier dans divers états de détérioration physique et mentale. Perte de repères, étourdissements, nausée, rêves éveillés de Grands Anciens et autres Dieux-insectes qui te rongent la matière grise avec leur dents avides et rectilignes, désir bouillant d’auto-cannibalisme se concluant toujours par le retrait violent et soudain (à même ses doigts) de ses propres globes oculaires ; pour les engloutir et les croquer en caquetant dans une langue inexistante. Les altérations, terribles, touchent aussi la faune limitrophe. Les oiseaux, semblant être recouverts de goudron fumant, ont les ailes flétries et granuleuses. Des tentacules roses et juteux qui poussent de leurs entrailles sont maintenant leur seul moyen de se mouvoir de manière patibulaire. Et ils poussent des cris à vous glacer les sens… Des cris qui n’ont rien de notre monde. On dirait le grognement primaire, vorace et stupide des étoiles elles-mêmes… Les alligators ont pris une taille vertigineuse. De plus, ils ont la peau recouverte intégralement de yeux. Des milliers de yeux globuleux regardant dans toutes les directions en même temps. Des petits, des moyens, des gros ; tous jaunâtres, furtifs et méchants. Et dans leurs gueules insatiables, chaque dent acérée est couverte de yeux rouges qui vous regardent avec délice pendant qu’ils vous broient les chairs et les os… Ne parlons même pas des araignées, si ce n’est qu’elle peuvent aisément vous recouvrir l’être tout entier en quelques secondes et se frayer un chemin sous l’épiderme pour y pondre leur progéniture acide qui vous fait fondre de l’intérieur et dégueuler des bébés mygales maculées de sang et de tissus stomacaux/pulmonaires.

En s’enfonçant toujours plus loin dans le marais fuligineux, alors que chaque nouveau pas dans l’indicible peut entraîner la perte totale de la raison (et celle de chaque membre du corps, arraché par une paire de dents venue du grand vide), on finit par oublier ce qu’il y avait avant, ce qu’on a été avant. On erre dans ces limbes de suie et d’humidité saumâtre. Et au centre du marais, on découvre le monument de pierre, sorte de tour approximative aux angles et à la structure impossibles.. Sa construction remonte à des temps plus anciens que le temps lui-même. Le susurrement fielleux de la bête qui y habite finit de faire fondre le peu de matière grise qu’il vous restait. Et là, dans un vrombissement batracien, l’énorme sangsue ailée sort de son tombeau et fonce droit sur vous, sa peau couleur ténèbres lézardée d’appendices rosâtres impatients de se repaître. Tout devient lambeaux et jus d’organes. Le monstre vous liquéfie pour mieux vous boire tout entier.


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critiques

Chthe’ilist – Le dernier crépuscule

Année de parution : 2016
Pays d’origine : Canada (Québec)
Édition : CD, Profound Lore – 2016
Style : Death Doom Metal technique et schizoïde

Des recoins les plus insondables de mothafuckin Longueuil nous proviennent Chthe’ilist (super sympa à prononcer à répétition avec 28 biscuits soda dans la bouche). Vous vous en douterez au nom, on a affaire à des mecs de goût qui vouent un culte à ce bon vieux H.P. Lovecraft, un de mes top 5 auteurs préférés. Mais nos tympans incrédules font surtout face ici à une sorte d’ovni Death Metal cosmico-schizoïde-doom-fuligineux-arachnéen de grande envolée. Le genre de disque sournois qui se loge dans ton cortex et qui te hante la matière grise de ses immondices rutilantes.

Ce disque sonne comme RIEN d’autre d’autre dans le genre. Il y a bien sûr des relents surannés de Gorguts, Demilich et tiens, pourquoi pas, Leviathan et son chef d’oeuvre d’aliénation « Scar Sighted »… mais la démence savante de ces types donne naissance ici à une sorte de Death Metal technique nouveau genre, avec ses voix tout en vomissements batraciens qui sortent d’une brume millénaire, cette batterie hystériquement vôtre, cette basse de fou qui l’accompagne dans cette espèce de grande danse macabre déstructurée et surtout, SURTOUT : ces riffs de guitare complètement atonaux, inhumains, aussi robotiques qu’un Autechre meilleur cru (dans un tout autre genre). Ah oui, impossible de passer sous silence ces moments ambient où on a l’impression de suffoquer dans un marécage électrique sur Yuggoth, sous dix tonnes de glaise fumante, avec des espèces de gémissements croassants au loin. Bref, le genre de disque qui me file de malins petits frissons. Mais bon, je vous avais déjà dit que j’étais un dangereux psychopathe, n’est-ce pas ?


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critiques

Emptiness – Nothing but the Whole

Année de parution : 2014
Pays d’origine : Belgique
Édition : CD, Dark Descent – 2014
Style : Death Metal, Black Metal, Industriel, Prog Metal damné

Ce disque est une anomalie terrible. Ce disque est un long couloir de glace, possiblement sans fin, qui s’enfonce dans le cratère Wunda sur Umbriel. D’un noir parfois impénétrable et à d’autres moments recouvert d’une luminosité blafarde semblant provenir des confins de ces murs frigorifiés qui scellent ce qu’il y a en dessous depuis des milliards d’années… Des choses que l’être humain ne saurait voir, ne pourrait expliquer ou comprendre. Des choses qui le forcerait à cesser de contempler ce monde d’un œil bienveillant et purement scientifique… Des choses qui remettraient tout en perspective… Des choses qui l’amènerait fort probablement à arracher sa combinaison spatiale et ainsi laisser la non-atmosphère environnante déchirer tous ses tissus corporels à une vitesse fulgurante, seule délivrance possible pour son âme tarie… Des visages monstrueux, aux proportions titanesques, grimaçants et hurlant silencieusement au fin fond de la glace. Des apparitions spectrales, grotesques, qu’on ne fait qu’entrevoir une parcelle de moment dans le miroir gelé… mais qui ne prennent qu’une milliseconde pour s’épanouir dans vos iris gorgés d’abominable. Des visions d’agonie qui vous hantent jusqu’au delà de la mort. Le chant suranné du néant intergalactique qui vous recouvre tout entier, éternellement..

Ce disque est une gigantesque maison hantée flottant dans une masse d’anti-matière où même toi ne peut t’entendre hurler. Ce machin là, tout post-moderne qu’il est (avec ses allures de Blut Aus Nord dark metal), nous ramène à la conception primaire de la terreur : la peur du vide. Insidieux, cliniquement vicieux, il te parasite l’esprit avec son atmosphère gothique d’outre-espace pétrifiante et y fait naître des cauchemars insondables. La musique du groupe est proprement indéfinissable. On peut entrevoir des relents opiacés des sus-cités BAN, mais aussi Impetuous Ritual, Dolorian, Morbid Angel, Leviathan, voir même Godflesh… et pourquoi pas… la froideur infinie d’un Joy Division qui aurait pris une tangente autrement plus abyssale. Relents de post-punk-mort en forme de riffs zombifiés, angoisses métallicos-industrielles qui te martèlent les sens à la dérive, ténèbres atmosphériques d’un Black Metal congelé à 7000 degrés sous zéro… Et surtout, constructions labyrinthiques toute Death Metalliennes-nouveau genre… Mais bon, dans ce courant dédié au chaos qui est sorti de cette brèche interstellaire que les monstres de Portal ont ouvert (en cette année damnée que fut 2003), Emptiness sortent résolument du lot. Leur truc est aussi fou, seulement, il est plus subtil… Et c’est cette subtilité (bourrée d’immondices) qui fait mouche ici.

À écouter dans le noir complet, à 2 heures du matin, la bouche pleine de glaise et de vers blancs.


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15 Fréquences, Mixtapes

15 Fréquences Ultimes – Épisode 4 – David Dugas Dion

Quatrième épisode des 15 Fréquences Ultimes, avec les sélections hétéroclites de mon pote David Dugas Dion (aka David & The Woods / David & The Mountains), un des piliers des riches scènes expérimentale et alternative québécoises.

David évolue et a évolué dans les formations suivantes : Caapi, Devenir-Ensemble, Square/Sine, Garura, La Forêt Rouge, Leftovers Diable!, Total Improvisation Troop, Crabe, Bleeding Traks (et j’en passe). Il est le head-honcho de Cuchabata Records, label underground polymorphe qui nous régale les tympans et nous embrume l’esprit de la plus délicieuse façon et ce, depuis 2003 (le label va donc bientôt pouvoir boire légalement dans tous les pays du monde dans un an !).

Comme vous pouvez le constater en z’yeutant la succulente tracklist ci-bas, il y en a ici pour tous les goûts : musique brésilienne populaire, folk magnifique, death metal purulent, noise-rock épique, jazz libre mystique, post-punk syncopé, rock psychédélique japonais finement poilu… Bref, un autre régal auditif gracieuseté des Paradis Étranges.

Merci cher sieur Dion et bonne écoute à tout le monde (particulièrement aux unijambistes) !

Tracklist:

  1. The Beatles – Strawberry Fields Forever
  2. Neil Young – After The Gold Rush
  3. Slayer & Ice-T – Disorder
  4. Nirvana – Negative Creep
  5. Suffocation – Liege of Inveracity
  6. Sonic Youth – The Diamond Sea
  7. The Velvet Underground – Sister Ray
  8. The Cure – 10:15 On A Saturday Night
  9. Frank Zappa & The Mothers Of Invention – The Chrome Plated Megaphone of Destiny
  10. John Coltrane – Meditations & Leo (Concert In Japan)
  11. Robbie Basho – Himalayan Highlands
  12. Devendra Banhart – Will I See You Tonight (feat. Vashti Bunyan)
  13. Acid Mothers Temple – Atomic Rotary Grinding God – Quicksilver Machine Head
  14. Wolf Eyes – Thirteen
  15. Caetano Veloso – It’s a Long Way

Vous pouvez suivre et encourager David sur la page Bandcamp de Cuchabata ou encore en écoutant le podcast officiel du label, le Cuch Cast.

critiques

Portal – Vexovoid

Année de parution : 2013
Pays d’origine : Australie
Édition : Vinyle, Profound Lore – 2013
Style : Death Metal des abysses

Ça a commencé par un vulgaire trou dans le mur de la cave. J’ai acheté cette vieille maison dans la campagne profonde pour y trouver le repos après la mort de Anne. Je voulais le calme absolu, m’éloigner du train rutilant de la vie mondaine, des dix milles crétins bienveillants qui me demandant comment je vais, comment ça évolue mon sacro-saint deuil. Marre de cette mer de cons qui s’auto-congratulent de faire une bonne action, de supporter le pauvre jeune veuf éploré. À vrai dire, j’ai fui parce que je ne savais pas comment ça allait réellement chez moi, là-haut. Je ne ressentais rien. Absolument rien. Je ne pleurais pas. J’étais juste vide. Vide et fatigué.

La maison était le reflet de mon égarement mental. Vide, délabrée, rustique, antique, sans chaleur, sans âme et surtout : loin de tout, nichée entre deux monts couverts d’arbres morts. J’y ai emménage à l’été mais c’est surtout à l’automne que son aspect brutalement mélancolique a commencé à m’investir. Les jours y sont longs ; les nuits terrifiantes de solitude, le temps y étant comme suspendu. On s’y sent comme à nul part ailleurs ; comme si on y existait pas vraiment. Cette sensation s’estompait quand j’allais au village mais revenait de manière fugace dès que j’étais de retour sur mes terres.

Pour en revenir à ce trou dans les murs… C’était la mi-Novembre. Dehors, la journée grise et maladive était agitée par le mugissement austère d’un vent froid et extra-terrestre. Il devait être 2 heures de l’après-midi à ce moment. J’étais à la cave en train de remiser mon bois de chauffage quand j’ai remarqué une ouverture dans une des façades. Je m’approchai et constatai que le trou ne devait pas faire plus de quelques centimètres de circonférence. Il semblait pourtant profond. En y glissant un de mes doigts, j’ai tout de suite senti une sorte de soufflé glacé et en même temps, j’entendis un espèce de bruit caoutchouteux et mouillé qui semblait provenir de l’autre bout mais très loin et diffus… Je me suis tout de suite senti extrêmement mal. Ma tête tourbillonnait, mes pensées devenant incohérentes. C’est de peine et de misère que je réussis à m’extirper des ténèbres du sous-sol pour aller rejoindre ma chambre. Je dormis tout le restant de l’après-midi…

Je me réveillai en soirée. La scène de la cave n’étant plus qu’un espèce de songe irréel, qu’on aurait dit que je n’avais pas réellement vécu. Après un souper frugal (je n’ai plus beaucoup d’appétit), j’allai au salon pour fumer une cigarette et contempler ce qui était devenu une tempête ravager les monts environnants. Des éclairs cyclopéens sillonnaient un ciel dément teinté de vermeil et le vent continuait de battre son plein à travers branches et broussailles. Je laissai mon esprit vagabonder vers les méandres de la cave… Et si cet espèce de bruit vaguement humide laissait présager une fuite d’eau ? Je décidai de m’armer de courage et d’aller investiguer le tout.

Muni d’une lampe torche et d’une petite pioche, je descendis retrouver l’atmosphère spectrale des lieux. Seule une vieille chaise berçante oscillant funestement faisait office de mobilier ci-bas. Je m’attaquai alors à la faille. Rapidement, vu l’aspect complètement désuet de la construction, je réussis à l’agrandir. Une énergie bizarre s’emparait de moi. C’était comme s’y j’étais investi d’une force inconnue. Je perdis conscience du temps et mon esprit parti à la dérive à nouveau alors que je travaillais d’arrache-pied. Quand je revins à moi complètement, je réalisai qu’il était déjà 1 heure du matin. Je constatai qu’une luminescence obtuse et inqualifiable semblait irradier de la cavité qui laissait entrevoir les vestiges immémoriaux d’une porte en bois pourrie. Intrigué par cette nouvelle découverte, je terminai de déloger les monceaux de brique qui l’obstruait.

La maison devait bien avoir 120 ans mais cette porte cachée par les murs semblait être là depuis une éternité et demie. Un loquet plus que rouillé fermait l’accès. Quelques coups de pioche plus tard et le loquet était brisé et gisait par terre. Je poussai légèrement la porte qui alla s’effondrer sur le sol humide d’une antichambre des plus mystérieuse… Combien d’années avaient passées sans qu’un homme ne mette les pieds ici ? 300 ans ? 700 ans ? 1000 ? Juste le fait d’effleurer cette pensée me fit frissonner dans mon fort intérieur. Je pénétrai dans la petite pièce qui était construite de manière biscornue, comme si l’architecte qui l’avait conçue n’avait pas une idée très claire de ce qu’était les angles et la perspective. Le sentiment d’étrangeté croissait lorsque je réalisais que toute la salle baignait dans cette espèce de lumière défraîchie que j’avais entraperçu tout à l’heure… Même en fermant ma torche, on pouvait distinguer les détails odieux qui caractérisaient les lieux.

D’abord, il y avait ces peintures d’icônes à moitié pourris sur les murs ; sortes de pastiches-sacrilèges de très mauvais goût. On pouvait entre autre apercevoir le dernier repas de Jésus et ses apôtres mais la scène perdait tout de son côté rassembleur et biblique alors que le prophète et ses disciples avaient tous les yeux crevés et s’apprêtaient à se délecter de ce qui semblait être de la chair humaine… Un autre tableau mettait en scène l’apocalypse. Des démons ailés aux proportions gigantesques, arborant tentacules et regards d’insectes dénué de toute humanité, dévoraient des anges qui pleuraient des larmes de sang. Mais la plus troublante de toute était sans conteste celle où l’on voyait Marie tenir tendrement son bébé dans ses bras. Mais, l’enfant jésus avait été remplacé par un gigantesque ver blanc. Au dessous de cette esquisse troublante de réalisme, on pouvait lire l’inscription suivante : « De Vermis Mysteriis »…

Au centre de la pièce trônait un autel souillé sur lequel on retrouvait chandeliers poussiéreux et un livre qui semblait plus ancien que le temps lui même. Dès que je le touchai, le malaise évoqué ci-haut revint aussitôt mais de manière exponentielle. Je sentais la puissance de cet objet. J’ouvris le livre mais il était écrit dans une langue étrangère et cosmique. Je ne me souviens plus de tout mais il y avait ça d’écrit partout : « Cthulhu fhtagn ».

Un mal de tête puissant me vrillait les méninges. J’étais complètement ébranlé, nauséeux, affolé. Malgré cela, ma curiosité morbide (ou ma folie naissante ? qui sait ?) mixée à cette énergie incohérente qui m’habitait me forçaient à continuer ma sombre enquête. Le sol de cette pièce était aqueux et couvert d’une vase grise et nauséabonde. C’est comme si quelque chose de gluant avait rampé ici. On pouvait aussi distinguer ce qui semblait être des pas ci et là. Certains avaient des proportions humaines, d’autres faisaient penser à des traces qu’auraient laissé des palmes… Il y avait donc des gens… ou plutôt : des êtres… qui étaient venus ici.

C’est derrière l’autel que je découvris la trappe. Bafouant ma raison et tous mes sens (qui, de toute façon, étaient en pleine débandade), je la soulevai et un escalier en pierre se présenta à moi. Je l’empruntai. Chacune de ses marches étaient couvertes de cette étrange substance vaseuse. L’escalier semblait descendre éternellement et à chaque mètre de profondeur parcourue, je sentais une plus grande parcelle de mon esprit cartésien disparaître à jamais… Quelques fois, j’entendais quelque chose vibrer plus bas… puis il y avait ces espèce de gloussements de crapauds et ces bruits mouillés dégueulasses… Au fil de la descente, les sons se précisaient, me faisaient toucher les confins d’un cauchemar toujours renouvelé.

Arrivé au terme d’une plongée quasi géologique, je me retrouvai face à une autre porte (de pierre celle là) sur laquelle était gravée des symboles qu’on auraient dit tout droit sortis de l’Égypte ancienne ou de la Mésopotamie. De l’autre côté, les bruits étaient terribles, horripilants. Ça grouillait, ça couinait, ça chuchotait dans des voix batraciennes, ça suintait…

Je sais maintenant que j’aurais du fuir à ce moment là. Mon esprit n’était peut-être pas trop atteint encore pour que je sois sauvé. Mais j’ouvris la porte, bien tranquillement… Et je les vis.

Ils étaient tous là, dans leur espèce de cathédrale damnée et souterraine, taillée à même le roc, avec son plafond de stalagmites et de stalactites. Ils étaient là, créatures fantasques et impossibles, culmination affreuse de toutes les hallucinations schizophrènes, de tous les songes-morts, de toutes les abominations putréfiées. La dépravation n’avait t’elle donc pas de limite ? ILS ÉTAIENT LÀ JE VOUS LE DIS !!!! Hommes-poissons grouillants avec des tentacules gris-verdâtre sortant de tous leurs orifices, crapauds géants ailés et casqués de couronnes d’étain, druides mi-amphibiens avec des mains en forme de pinces déformées. Ils riaient, roucoulaient, copulaient entre eux dans une mer de sons obscènes, s’entre dévoraient, arrachant des lambeaux de chair purulente à leurs semblables. Et ils imploraient leurs Dieux venus d’ailleurs de leurs gémissements boueux. Certains avaient probablement déjà été des êtres humains, jadis. Mais l’heure de l’avilissement physique avait sonné.

Et au centre d’eux grouillait le ver géant, ignominie visuelle suprême. Gigantesque, exsangue, nervuré, d’un blanc fantomatique, prêt à enfanter d’autres abominations. Alors que montaient les chants rituels (« Ph’nglui mglw’nafh Cthulhu R’lyeh wgah’nagl fhtagn » hurlaient-ils), ma psyché dévastée repris le dessus momentanément et je pris la fuite. Certains durent m’entendre à ce moment parce que pendant ma longue montée j’entendais certaines de ces créatures me pourchasser, poussant des cris avides. Arrivé dans la crypte, je refermai la trappe et déplaçai le lourd autel sur elle, dans le but de la sceller, du moins temporairement.

J’allai chercher les bidons d’essence dans le cabanon. De retour dans la salle maudite, les choses cognaient de toute leur force pour déloger l’autel. Je profitai de la petite ouverture encore visible dans la trappe pour y répandre le contenu du premier bidon. Alors que je versais le tout, je vis leurs yeux globuleux (en fait, certains d’entre eux seulement avaient des yeux ; les autres avaient… évolué) me scruter et je me mis à rire nerveusement sans pouvoir m’arrêter. Un rire incontrôlable et souffrant. Un rire dément de malade mental. Je versai le 2ème bidon sur les monstres qui poussaient des miaulements irréels. Puis, toujours en riant sans cesse, je grattai l’allumette que je jetai dans la fissure de la trappe.

Des bruits stridents, se rapprochant de celui d’une sirène d’avant-bombardement, s’échappèrent de la voûte. Je n’oublierai jamais ces sons, jamais… Une odeur fétide de poisson pourri grillé s’éleva dans l’éther alors que les flammes dévastaient tout. J’étais assis en petit bonhomme à côté de la trappe et je riais, et je pleurais, et je riais… Je réussis à m’extirper de la pièce quand les flammes devenaient trop colossales ; et il restait 3 autres bidons justement sur le sol. Ouh, le beau feu d’artifice !!!

J’assistai à l’incendie de la maison assis sur l’herbe de la cour, me balançant grotesquement. Quand les policiers et les ambulanciers m’ont trouvé devant sa carcasse fumante, quelques heures plus tard, il paraît que j’étais en train de m’arracher les cheveux à deux mains et que je les mangeais à grandes bouchées…


Nous sommes à la mi-Décembre. Je suis dans dans une autre petite pièce fermée à clé et je sais que je vais y rester. De toute façon, je ne veux plus sortir. Pas dans un monde où ÇA a le droit d’exister. Je sais très bien que j’ai seulement tué quelques-uns d’entre eux (mais peut-on vraiment les tuer au juste ? Peut-on tuer la mort elle-même ?). La plupart doivent encore être vivants là-bas, en dessous. Et le VER. Le VER céleste. Il vient toujours me hanter dans mes rêves. J’ai l’impression qu’il grouille dans ma tête, qu’il grossit à chaque jour, qu’il me bouffe les neurones un à un, qu’il y pond ses œufs et m’envahit le cortex de ses monstruosités infinies…

Ils me traitent bien ici. J’ai des pilules de toutes les couleurs, formes et grandeurs différentes. Je n’ai pas le droit d’avoir de couteau, ni même de cuillère et de fourchette. J’ai essayé de me crever les yeux à cause des hallucinations que j’ai de manière quasi constante mais c’est inutile. Je verrais quand même parce que maintenant, j’ai les yeux intérieurs. Et des images, mes amis. Ooooh, j’en ai tous pleins. Des tas de clichés qui vont rester là pour toujours.

Ils m’ont dit que c’était le stress post-traumatique couplé à la dépression. Les pauvres. Ils ne croient pas à mon histoire. Paraît qu’il n’y avait pas d’autre pièce dans le sous-sol. Mais je le savais, ça. oh oui JE SAIS !!! La pièce, elle était pas vraiment là là là. La pièce, c’était juste un passage entre les 2 mondes. Le leur et le nôtre. Et des passages comme ça, y doit il y en avoir tout pleins, partout ! Ahahahahahahahahah !

Un jour je sais qu’ils vont passer une de ces brèches pour de bon. Ils vont étirer leurs tentacules sur notre monde et ils vont le refaçonner à leur image… Et les gens me croiront enfin. Les étoiles mourront. Les anges seront massacrés par eux. Notre monde sera leur pourriture. J’espère seulement avoir assez de cachets ce jour là… J’ai commencé à en cacher…


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