critiques

Kanye West & Burzum – Hvis Yeezus Tar Oss

Année de parution : 2024
Pays d’origine : États-Unis / Norvège
Édition : Vinyle, Byelobog – 2024
Style : Rap expérimental, dungeon synth, black métal atmosphérique

En musique, je dis souvent que presque rien ne peut me surprendre… mais là, je suis quand même tombé cul par-dessus tête (ou l’inverse, je sais plus trop) quand, en début d’année, j’ai vu une photo de ce cher barjo de Yé (en compagnie de JPEGMafia) arborant fièrement un gaminet de Burzum, projet black métallique du non moins controversé Varg Vikernes (qui fait aussi de la musique de fond pour des bains/spa nordiques ces récentes années).. L’événement était déjà étrange en soi (bien que, connaissant, notre Yeezus chéri, il n’est pas à une contradiction près dans sa vie mouvementée et dans l’élaboration de sa démence inéluctable, étape par étape)… Je ne pensais cependant pas que les choses iraient plus loin dans le biscornu…

Et bien, je ne pouvais pas me fourvoyer plus royalement… Il se trouve que les deux hommes, secrètement, ont entamé une correspondance via courriel, ce qui a bien rapidement viré en authentique bromance en bon et du forme (entre intolérants, on se comprend toujours)… Après avoir refait le monde sur divers sujets chauds (Israel, les maudits wokes, les maudits pro-avortement, leur appréciation commune pour les peintres néo-romantiques, Tucker Carlson et Klaus Schulze, leurs recettes de sauce à spaghetti, etc…) et maintes joutes endiablées de MYFAROG, la conversation aurait alors tourné autour de la musique… De fil en aiguilles, une collaboration aurait été évoquée. Les deux lascars commencèrent alors à imaginer une improbable fusion de leurs deux sèves créatrices… Des fichiers sonores furent échangés, des Stouts furent consommés alors que des antipsychotiques furent oubliés d’être ingérés…

En février, c’est dans l’anonymat le plus complet que Louis Cachet s’envola pour le Wyoming. Pour ne pas se faire reconnaître, il porta un habile déguisement de Dumbledore (le célèbre directeur de l’école de sorcellerie Poudlard), mentionnant aux douaniers qu’il souhaitait se rendre au KomiK Kon de Cheyenne-City. Les gens n’y virent que du feu ; feu que Vargounet, en pyromane notoire, dû se raisonner à ne pas allumer à tous les coins de rue une fois sur place (ce ne sont pas les églises qui manquent dans cet état américain !).

Quand Varg arriva finalement à la demeure luxueuse de Yé, les deux hommes s’enlacèrent virilement. Après avoir épuisé leur (vaste) éventail de jokes antisémites (cela dura quatre heures 47 minutes et 23 secondes, très exactement), ils se mirent au boulot… sans relâche, sans interruption… Plusieurs collaborateurs se joignirent au duo à travers les sessions chaotiques (Pusha T, Douglas Pierce, Ariel Pink, Fred Durst, Lil Uzi Vert et même… André Rieu !). Le génie schizoïde de ces deux mondes pourtant opposés s’enchevêtra, créant une matière sonore nouvelle, lisse, inusitée, passablement saugrenue…

Mais qu’en est-il justement de ce disque qui est paru soudainement aujourd’hui même (sans crier gare) !?!? Ça donne quoi la rencontre de ces deux entités ? Et bien, cela commence avec une intro magistrale, nommée Donda Baldrs… les violons de l’ensemble de Rieu s’emballent et nous emportent dans une valse damnée et dissonante. Les claviers analogiques froids et cheapos de l’oncle Vargounet s’élèvent au dessus de cette anti-liesse bruitative. Puis cette voix au vocoder, plus gelée et inhumaine qu’avant, plus trouble aussi, vocifère « Donda…. Donda…. Donda…. DONDA ist KRIEG !!! » (hurlant le tout à la fin). La production est IMMENSE. On comprend dès le début qu’il ne s’agit pas d’une collabo sur l’auto-pilote, mais d’un monument de noirceur, accouché dans l’extase et la douleur, par deux artistes qui n’ont plus rien à perdre, qui veulent mettre leurs tripes sur la table.

En faisant un habile clin d’oeil à une piste du premier album de Burzum, Varg introduit la prochaine piste (14/88) en chantant : « This is… eummm…. YE !!! ». Puis Yeezus embarque sur le mike avec vélocité et hargne, conchiant les médias gauchistes, Netanyahu, son ex-conjointe, Taylor Swift, Elon Musk, Ben Shapiro… tout le monde passe dans le tordeur de Kanye, qui a rarement été autant en mode « règlement de comptes »… Derrière, Varg tisse un beat minimaliste et efficace avec son AIR Velvet 2… mais bientôt, surprise ! La guitare électrique du comte Grishnákh se fait entendre ! Varg renoue donc avec cet instrument, assénant des riffs narcotiques/hypnotiques dans les oreilles des auditeurs galvanisés par le moment.

Un sample de la commentatrice politique américaine Candace Owens introduit le troisième morceau Gebrechlichkeit III : “Leftism is defined as any political philosophy that seeks to infringe upon individual liberties in its demand for a higher moral good.”… Nébuleux et aussi profondément intellectuel qu’une liste d’épicerie sur un post-it collé sur le frigo… Niveau musique, comme le nom de la pièce l’indique, on renoue avec la très cafardeuse ambiance de l’album Filosofem de Burzum ici. C’est une longue piste très ambiante de 16 minutes bourrée de clavier opiacé, de vocoder hanté, de guitare électrique décalibrée. Ce cher Ariel Pink, revêtant ici sa casquette de producteur, vient mettre son grain de sel en apportant son ambiance hypnagogique-fantomatique. Ça sonne presque comme un instrumental de Frank Zappa, mais MORT, poussiéreux et faisandé. Vers la fin, Douglas Pierce intervient d’un rudimentaire mais expéditif « I was cancelled YEARS before all of you, you PUSSYFIED LOSERS ! ». Acerbe, le monsieur.

Le tandem miraculeux réussit à nous surprendre encore ensuite en reprenant tour à tour la pièce Hitler Was A Sensitive Man de Anal Cunt (sans aucune ironie) et La La Means I Love You des Delfonics (choix audacieux et… étrange !) dans un mash-up ultra saugrenu ; avec un Fred Durst qui n’est pas ici employé comme vocaliste mais plutôt comme échantillonneur sonore (le petit bruit de sac de croustilles Lays au ketchup qui se fait chiffonner en background, c’est lui ! Remarquable travail). On continue ensuite notre périple avec la très bien nommée Into THA dungeon, où Kanye nous décrie son donjon de luxe dans les moindres détails, en faisant du name-droppin à outrance (le donjon aurait été conçu par l’architecte danois Bjarke Ingels) et en utilisant le mot « pussy » 48 fois (parce ce que c’est évidemment un donjon…. SEXUEL !). Vargounet nous pond une mélodie de synthé donjonné toute simpliste mais bigrement efficace en fond sonore.

Vous ai-je dit que cet album surprend !?!? Et bien, vous n’êtes pas au bout de votre flabergastage, mes amis ! Sur la prochaine toune, Key to THA MOTHAFUCKIN Gate, on entend pour la première (et seule ?) fois Varg Vikernes RAPPER !!! Ici, c’est Yé qui s’occupe de la prod, fort luxuriante et bling bling, pendant que Louis Cachet crache son fiel dans l’micro… Et malgré l’accent norvégien, le mec a du FLOW !!! Il envoie paitre Emmanuel Macron, les policiers qui ont osé le réveiller un doux matin de juillet 2013, le réalisateur du film « Lords of Chaos » (« One Fake and Sorry SOB, when I think about him, I feel STABBY », de dire le maître incontesté de la savate et du diss, apparement !). Encore une fois le pauvre Euronymous n’est pas épargné… « If I could go back in time, I wouldn’t change a thing… I’d still stab you’ bitch ass a thousand times ». Il se permet même un dig (sympa) à sa femme Marie Cachet, critiquant son récent pot-au-feu racines et courgettes (Yo bitch ! That shit was nasty ! Next time instead, feed me yo’ pussy ! »).

L’album se conclue ensuite sur la pièce de résistance My Beautiful Det Som Engang Var… Ré-imagination du morceau d’ouverture du troisième album de Burzum mais fusionné avec l’esthétique grandiloquente du plus célèbre album de Kanye. Impossible de parler de ce morceau de bravoure. Il faut en faire l’expérience. Quand Pusha T chante « My cancellation INCOMIN, but tha DOLLA to feat on this is too TEMPTIN ! Nigg*, what can I say ? My conscience ain’t shit ; as long as the dough keeps on’ PILIN ! », on le sent au plus profond de notre être…

Donc, SANS PLUS TARDER, vous DEVEZ écouter cette merveille avant qu’il soit impossible de le faire. On s’entend que ça va rester un gros 5 heures sur les internets avant d’être interdit. Vous pourrez cependant vous commander une copie vinyle sur un site Angelfire louche tenu par un dude qui vend aussi du Goatmoon et du RAC.


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critiques

Graveland – The Celtic Winter

Année de parution : 1994
Pays d’origine : Pologne
Édition : CD, No Colours – 1996
Style : Pagan Black Metal, Black Metal atmosphérique

Raaaah…. Cette démo/EP !!! Pour moi, elle représente la quintessence du son Graveland des débuts. Le Graveland cru, mystique, obtus, rageur, lunatique, rêveur, véloce… J’ai beau apprécier grandement l’évolution du son des Polonais au travers des années, reste que parfois, ça me prend une dose de early Graveland pour me replonger dans les premiers émois adolescents de ma découverte du black metal ; le grand vertige initial en somme. Cette galette en particulier, avec sa pochette ensorcelante, aura longtemps hanté mes songes incubes. On dirait qu’elle m’appelle, qu’elle m’invite dans cet univers médiévalo-celtique-surréaliste gris-terne, où un ciel lourd et enneigé surplombe diverses scènes fantasques : la forêt brumeuse qui, en son sein, abrite des divinités pas si bienveillantes que ça… les épées maculées de sang qui s’entrechoquent sur un champ de bataille couvert de corps décharnés et transis… Des villages fantômes ayant été pillés ou visités par la faucheuse qui revêt le masque déformé de la peste noire… Bref, ce genre de choses joyeuses qui excitaient le jeune homme avide de sensations fortes que j’étais.

Ça part avec la meilleure intro synthé-donjonnée de l’histoire du Black Metal (juste ça). Les claviers (glacés) du jeune Robbie-le-raciste instaurent déjà toute l’atmosphère vaporeuse du disque. Les quelques samples viennent raffiner et parfaire le tableau funeste. Ça donne des frissons. Nous sommes dans une ère de sang, de famine et de froid. L’homme est un loup pour l’homme. Et c’est sans compter les autres dangers (le climat polaire, la maladie, les bêtes affamées, la colère des Dieux anciens) qui font de l’existence quelque chose de bref, de brutal et de souffreteux.

Et puis ça part pour vrai. 5 morceaux d’un black metal mid-tempo hargneux et vorace (+ un petit « Prolog » tribalo-païen-sympathique qui initie ce qui était la Face B de la cassette). C’est cru, granuleux et bien croustillant ; comme mon métal noir préféré. C’est bourré de riffs simples mais bigrement efficaces. La voix est très très râpeuse et écorchée. Darken était encore dans sa phase « hurlements fantomatique de canis lupus » (c’était avant qu’il développe ses espèces de croassements de guerrier batracien, par la suite). La batterie, distante et binaire, vient appuyer judicieusement la machine à riffs. Et il ne faut surtout pas oublier ces foutus synthés atmosphérico-orgasmiques qui viennent conférer aux compositions une teinte ambient des plus succulentes. J’adore aussi quand ça vire « orgue gothique rococo vampirique » dans ces moments où les mecs veulent vraiment appuyer l’ambiance cauchemardesque. Comme Vargounet de Burzum, les mecs de Graveland ne sont pas des grands musiciens ; mais en tant que créateurs d’atmosphères cafardeuses, ils sont pas loin d’être des génies.

La démo se conclue sur un « The Return of Funeral Winds » magistral qui demeure un de mes morceaux préférés du groupe, toutes époques confondues. On tient vraiment là une des 10 meilleures démos de l’histoire du Black Métal et une des sorties les plus cultes de la discographie de Graveland.


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Autres Mixes, Mixtapes

Just chillin’ in Ikaya Fortress – Une mixtape « Winter Synth » de Salade d’endives

Une longue et hypnotique mixtape de synthé hivernal pour accompagner la froide saison. Le winter synth est le frérot transi du dungeon synth et probablement le premier sous-genre du DS à être apparu… C’était une évidence même : une musique basée en grande partie sur l’utilisation de claviers analogique (froids) se prête à merveille à cette thématique. Généralement, le winter synth est plus ample et moins caverneux que son grand frère… Il évoque les grands espaces, les vastes landes glacées, les mers nordiques, les forêts enneigées, les montagnes aux cimes perdues dans un quelconque brouillard transi. Souvent plus minimaliste et hypnagogique aussi, il emprunte parfois à ses cousins drone et dark ambient (voir même au « berlin school » dans sa forme la plus électronique) puis incorpore souvent des field recordings de vent gémissant, pour mettre l’auditeur dans un contexte idéal pour apprécier l’atmosphère engourdie qu’il propose.

C’est personnellement mon sous-genre préféré du DS et j’ai tenté de vous introduire à ses multiples facettes via la mixtape que vous pourrez savourer tout en bravant le froid lors d’une marche extérieure (bien emmitouflé de préférence !) ou en regardant la tempête confortablement au chaud, assis dans un divan moelleux, avec une tasse de café noir ou un bon verre de Stout à la main.

Bonne écoute à tous les trolls, goblins, orcs, gardiens du mur et créatures fantasques venues du grand froid !

Tracklist:

  1. Paysage d’Hiver – Eishalle
  2. Forlorn Kingdom – Over the Mountains, Into the Frost…
  3. Jötgrimm – In Nachtkreisen
  4. Örnatorpet – Ur Smedjan
  5. Gelure – The Maiden Under the Twilight Moon
  6. Jääportit – Kauan Koskematon
  7. Snowspire – Snowswept Solitude I
  8. Fogweaver – Thwilburn
  9. Silent Cabin – Thousand Nights
  10. Nokturniis – Mournful Winter Hauntings
  11. Aindulmedir – Snow Above Blue Fire
  12. Tomb Wizard – Snow Falls from the Moon
  13. Ithildin – The Hidden Door To Dwarrowdelf
  14. Sad Forest – Feathers in Snow
  15. Ohnwert – Zwischen Moos Und Pfeilchen Ohnwert
  16. Winter Sphere – The Forgotten Winter (extrait)
  17. Neverlur – Fjellets svarte røtter
  18. Nahadoth – Crowns in Ice
  19. Frostgard – Aurora Borealis On A Dark Night
  20. Nortfalke – Yn it krachtfjild fan de stiere
  21. Sidereal Fortress – Un’armatura Splendente Sotto La Luna D’argento
  22. Frostlit Lantern – Glacial Reflections Illuminate Thy Path
  23. Vintr – Enchanted By Winter I
Agonies Célestes, Mixtapes

Agonies Célestes – Épisode 3

Caves humides, forêts millénaires, montagnes enneigées, cachots, tempêtes de neige cosmiques, légendes brumeuses, déchéances et triomphes, vestiges et chaos, tristesse et déchéance, esprits anciens ricanant dans leurs tours décrépites, hurlements dédiées aux éléments et à l’ébène, poussière charriée par les vents funestes, tombeaux maudits et oubliés, charniers avariés, glaives tendus, faune gémissante, sorcellerie et châtiments, chimères impossibles…

Tracklist:

  1. Forgotten Woods – Eclipsed
  2. Deogen – Imposition of Adversarial Scorn
  3. The Ruins of Beverast – Soliloquy of the Stigmatised Shepherd
  4. Gehenna – The Shivering Voice of the Ghost
  5. Sanguine Relic – A View from Cursed Grounds
  6. Lamentation – Transilvania (Land Beyond Eternal Black Forests)
  7. Collier d’Ombre – Necklace of Shadow: Noose Constellation Singed Flesh
  8. Sorcier des Glaces – Snowland
  9. Drudkh – Wind of the Night Forests
  10. Glog – Ice Troll Cave
  11. Lunar Spells – Moonlight’s Depths
  12. Paysage d’Hiver – Offenbarung
  13. Hermit Knight – Beneath the Tower of the Silent Twins
  14. Véhémence – Épopée – Par le sang versé
  15. Immortal – Pure Holocaust
  16. Trolldom – Avtryck i Tiden Vavens Sista Stycke
Autres Mixes, Mixtapes

L’Halloween psychotronique de Léon LeCamé : mixtape

Léon LeCamé, précieux collaborateur des Paradis Étranges, nous présente ici ses morceaux préférés d’Halloween ! Au menu : trames sonores de films d’épouvantes, électro-industriel, keller synth, black metal symphonique, dark nü-jazz, illbient post-industriel, dungeon synth gothico-métallique, ambient rituel, psychobilly, doomy Neue Deutsche Welle, Rhythm & Blues diabolique et horror synth.

Bonne écoute !

Tracklist

  1. Evol – The Present Age
  2. I Am The Way, extrait de Hellraiser II
  3. Ben Lovett – Blood Box (Hellraiser)
  4. Jerry Goldsmith – The Sentence (Warlock)
  5. Elliot Goldenthal – Lestat´s Tarantella (Interview With The Vampire)
  6. Evol – Through Foggy Plains and Mystic Woods He Rides
  7. Hexentanz – Mark Of The Witch
  8. Scorn – Delivered
  9. The Electric Hellfire Club – Invocation/Age of Fire
  10. Charles Bernstein – Main Title (Nightmare On Elm Street)
  11. Warning – Wild Roses For The Exit
  12. DKMD – Mirrorball Massacre
  13. Southern Culture On The Skids – Zombified
  14. Nekromantix – Murder for Breakfast
  15. Danny Elfman – Carnival Underground (Nightbreed)
  16. Energie Noire & FZR Sethi – Wrac’h Noz I / Entering The Spells
  17. Screamin’ Jay Hawkins – I Put A Spell on You
  18. Cradle of Filth – The Rape And Ruin Of Angels (Hosannas In Extremis)
  19. Hexenmeister – Daum Des Geistes

*Mixtape montée Salade d’endives / sélections de sieur LeCamé.

critiques

Summoning – Dol Guldur

Année de parution : 1997
Pays d’origine : Autriche
Édition : CD, Napalm – 1997
Style : Black Metal Atmosphérique, Dungeon Synth, Black Metal Symphonique

Ça ne devrait pas fonctionner… Non. Ces synthés nineties tout simplistes qui se veulent pourtant grandioses et porteurs de symphonies fantasmatiques. Cette batterie programmée cheap à l’os. Le côté hyper répétitif et monotone des morceaux. Et pourtant… pourtant… Bordel que ça marche ! Avec ce troisième album longue-durée, les Autrichiens de Summoning livrent selon moi leur plus belle offrande discographique (du moins, à ce jour). Tous les éléments sonores kitschouilles évoqués ci-haut s’enchevêtrent à merveille à ce Black Métal atmosphérique racé en diable. Le résultat final est proprement bluffant. Bienvenue sur la Terre du milieu et plus précisément, bienvenue à Dol Guldur, la « Colline de la Sorcellerie » ; forteresse de ce cher Sauron (au sud-ouest de la Forêt Noire).

Parce que oui, les gars de Summoning sont des fans finis de Tolkien et de sa cosmogonie. Dans le beau monde du Métal (et du Dungeon Synth, accessoirement), on retrouve un nombre assez élevé de formations qui ont été grandement influencés par la bibliographie colossale de John Ronald Reuel. On peut citer Black Sabbath, Cirith Ungol, Burzum, Amon Amarth, Blind Guardian et Gorgoroth… Mais aucun de ces groupes n’a réussi à capturer aussi bien l’essence même de l’univers de Tolkien que Summoning… L’entièreté de leur discographie est dédiée au monde fantastique dépeint par l’écrivain britannique.

L’oeuvre de Tolkien est maximaliste et épique. Le territoire décrit est immense et disparate… Villages idylliques, montagnes aux cimes enneigés, grottes/cavernes ténébreuses, châteaux fortifiés, forêts mystérieuses, marécages brumeux, landes dévastées… Les personnages (provenant de différentes races) sont légion. Les intrigues les concernant sont fabuleuses et rocambolesques.

Pour illustrer tout cela avec des sons, cela prenait bien évidemment une musique tout aussi maximaliste/épique. Et Summoning n’avait pas vraiment les moyens de leurs ambitions… Qu’à cela ne tienne ! Les claviers deviendront la matière première des rêves les plus fous. Ils se feront tantôt trompettes victorieuses, tantôt choeurs austères. Ils invoquent les cordes, les cuivres, les instruments à vent, les clochettes, l’orgue et le piano. Bref, il y a ici du synthé. ÉNORMÉMENT de synthé. C’était un pari risqué. Ils auraient pu tellement se planter. Je me répète mais : que nenni ! C’est une réussite totale. OUI, c’est parfois très niais et même rigolo… mais bordel qu’on y croit et qu’on se laisse transporter remarquablement facilement par cette musique éthérée/onirique jusqu’à la moelle.

Au programme : la visite de la sombre citadelle s’effectuera sous l’assaut des milles et uns claviers multicolores des deux acolytes (Silenius et Protector). Une voix black métallique très criarde s’ajoutera alors au tableau, elle même secondée par cette drum-machine martiale, cette basse monocorde et des guitares aussi mélodieuses que triomphales. Dans tout ça, on retrouvera aussi du Heavy Metal, de l’ambient tribal, du darkwave néo-classique, du néo-folk païen et un peu de la bande son de vos J-RPGS préférés (époque Super Nintendo). Bref, c’est la rencontre absurde et inespérée entre Mortiis, Burzum, Dead Can Dance, Richard Wagner, la trame sonore de Conan le Barbare, Nobuo Uematsu et Iron Maiden. Juste ça.

À part une intro tout ce qu’il y a de plus primaire (et qui pourtant, hantera longuement l’adolescent romantique que j’étais) et un autre interlude pianissimo à mi-chemin, l’album se décline en 6 morceaux monolithiques de plus de 8 minutes chacun. Ils sont tous excellents, pleins à rabord de cette ambiance chimérique qui occupait l’esprit de nos deux lascars mégalomanes. Le disque est long et se savoure sans heurt d’un bout à l’autre, avec délectation.

Je vous recommande fortement d’écouter l’album lors d’une longue marche forestière. Frissons et émois garantis. Et évidemment, en vous replongeant les yeux et l’esprit dans les pages du Seigneur des Anneaux. Et oui. Il n’y a pas que James Horner qui a réussi à illustrer parfaitement la Terre du milieu en musique.


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Agonies Célestes, Mixtapes

Agonies Célestes – Épisode 2

Vos moribonds sont frais repassés (lombrics compris) ? Vous avez fait l’inventaire de vos haches de guerre ? Votre collection d’ossements humains est finalement classée comme il se doit ? Il est maintenant l’heure de vous offrir un délicieux moment de détente avec ce deuxième épisode d’Agonies Célestes, qui, encore une fois, vous entraînera dans le monde fascinant et polymorphe du Black Metal (à toutes les sauces), avec de sympathiques interludes de synthé donjonné.

Tracklist:

  1. Ulver – Capitel I: I troldskog faren vild
  2. Departure Chandelier – Forever Faithful To The Emperor
  3. Satanic Warmaster – The Vampiric Tyrant
  4. Trolldom – Ur Nattsvart Dimma, Mot Mossens Mörka Vatten
  5. Fogweaver – The Shores of Selidor
  6. Odz Manouk – I Will Crush To Marrow This Crow Of Ill
  7. The Gloomy Radiance Of the Moon – As Quelling Light Devours All
  8. Mütiilation – Tears of a Melancholic Vampire
  9. Umbria – Ruins Of The City Among The Clouds
  10. Gris – Le Gala des gens heureux
  11. Mistcavern – Towards The Eclipse
  12. Ildjarn – Whispering Breeze
  13. Yearner – Silent Nocturnal Snowfall
  14. Graveland – Raise the Swords
  15. Wulkanaz – Aggwiz Agisiz
  16. The Great Old Ones – The Ritual
  17. Μνήμα – Cursing The Eternal Night
Agonies Célestes, Mixtapes

Agonies Célestes – Épisode 1

Vous aimez vous prélassez dans des caveaux funéraires le dimanche matin, avec votre café (noir, il va sans dire) à la main ? Vous conservez des dépouilles de corbeaux et de gerboises dans des sacs (Ziploc®) que vous ouvrez lors des grandes occasions afin de vous enivrer les sens de l’odeur de la mort ? Vous aimez les longues promenades solitaires aux heures pâles de la nuit, en pleine forêt boréale, à -30 degrés celsius, implorant la lune et vociférant des horreurs d’une voix râpeuse et souffreteuse ? Les « Agonies Célestes » se dressent là pour vous, mes perfides amis. À chaque épisode, Salade d’endives sélectionne pour vous la crème de la crème du Black Metal, que ce soient les classiques norvégiens des riches années 90 ou des perles taries vomies par les diverses scènes underground qui sévissent un peu partout sur le globe. Black atmosphérique, Black cru et rageur, Black sympho, Black païen/folkloriste/viking, Black avant-gardiste, Dark Metal, Black vampirique… Tout ceci s’y retrouve ; saupoudré par quelques généreuses louches de synthé donjonné, de dark ambient et de black noise (pour varier les déplaisirs).

Bonne écoute de ce tout premier épisode de la série !

Tracklist:

  1. Darkthrone – En vind av sorg
  2. Këkht Aräkh – Elegy for the Memory of Me
  3. Thantifaxath – Panic Becomes Despair
  4. Blut Aus Nord – The Plain of Ida
  5. Xasthur – Walker of Dissonant Worlds
  6. Black Cilice – The Gate of Sulphur
  7. Fluisteraars – Brand woedt in mijn graf
  8. Lunar Womb – Öinen Matkaaja
  9. Monarque – Jusqu’à la Mort
  10. Nächtlich – Decomposing and Immortal
  11. Kommodus – Conquering The Carpathians
  12. Wedard – Einsamer Winterweg
  13. Lamp of Murmuur – Chalice of Oniric Torment
  14. Nokturnal Mortum – The Funeral Wind Born in Oriana
  15. Lakanys – In Times Of Agony And Darkness
  16. Wolves in the Throne Room – Vastness and Sorrow
  17. Sulphuric Night ‎- Forever Cursed I
  18. Enslaved – Større Enn Tid, Tyngre Enn Natt