15 Fréquences, Mixtapes

15 Fréquences Ultimes – Épisode 20 – Joël Lavoie

Après l’euphorie des tops 2023 (auquel notre ami Joël a aussi participé), c’est maintenant l’heure de reprendre à nouveau notre programmation habituelle. Et cela veut dire : le retour des 15 Fréquences Ultimes (*hurlements de joie euphorique dans l’assistance). On commence l’année 2024 en grand avec notre 20ème épisode, qui nous délecte avec les sélections musicales de Joël Lavoie, compositeur, ingénieur du son et artiste sonore basé à Tiohtià:ke / Montréal.

Sieur Lavoie a à son actif des parutions sur des étiquettes telles que Jeunesse Cosmique (label qu’on aime tendrement ici aux Paradis), Microklimat, Everyday Ago/Time Capsule et Kohlenstoff Records. Il est concepteur de plusieurs installations sonores, entre autre pour le célèbre Festival de Musique Actuelle de Victoriaville. En tant qu’ingénieur son et concepteur sonore pour les arts de la scène, il a travaillé avec une pléiade d’artistes de renom tels que Marie Béland, Alexa-Jeanne Dubé, La Fratrie, La 2e porte à gauche, Audrey Rochette, Émile Pineault, Mykalle Bielinski, Claudel Doucet et Sébastien B Gagnon.

À l’honneur ici, à travers cette mixtape hyper variée et pourtant étrangement cohérente : drone, ambient, field recordings, jazz spirituel, musique électronique expérimentale, musique concrète / électro-acoustique, psych-rock noisy, musique classique impressionniste.

Je souhaite une introspective et luxuriante écoute à tous les amants de sons divins et d’ondes surnaturalistes !

Tracklist:

  1. Rafael Anton Irisarri – Will Her Heart Burn Anymore
  2. Oren Ambarchi – Corkscrew
  3. Erik Satie (Reinbert de Leeuw) – Gnossienne No.1
  4. Jesse Osborne-Lanthier – Neck Soap
  5. Feu St-Antoine – L’eau par la soif
  6. Luc Ferrari – Petite Symphonie Intuitive Pour Un Paysage De Printemps
  7. Luigi Nono – Prometeo: Tre voci B
  8. CHIENVOLER – Guess Who’s Back
  9. BJ Nilsen – Pole of Inaccessibility
  10. Autechre – Overand
  11. Don Cherry – Om Shanti Om
  12. Francisco López – Hyper-Rainforest
  13. Tim Hecker – Live Room
  14. The Knife – Minerals
  15. Iannis Xenakis – Persepolis #8

Quelques liens pour entendre/suivre le travail de Joël Lavoie:
Joël Lavoie – Souvenir (paru sur Mikroclimat)
Joël Lavoie – cabines (paru sur Jeunesse Cosmique)
Jo​ë​l Lavoie – Foundation (paru sur Everyday Ago / Time Capsule)
Joël Lavoie – | Absolument | (paru sur Kohlenstoff Records)
Jo​ë​l Lavoie – Les Vapeurs Qui S’​é​chappent (paru sur rohs! records)
Joel Lavoie – É. de Source (paru sur R.AV)

critiques

Valerio Tricoli – Clonic Earth

Année de parution : 2016
Pays d’origine : Italie
Édition : 2 x Vinyle, PAN – 2016
Style : Musique concrète, électro-acoustique, Dark Ambient, Field Recordings

La beauté dans la fugacité des sons qui se perdent, se meurent, renaissent transfigurés, se fondent dans la nuit vaporeuse pour y trouver le repos éternel. Ce disque, c’est un long voyage qu’on vit, moitié réveillé-moitié endormi, vers un ailleurs qui se redéfinit constamment. Vous avez déjà eu de ces rêves surréels ou vous êtes en constant mouvement et où vous flottez rapidement à travers diverses propositions visuelles toutes plus saisissantes les unes que les autres ? Ce disque, c’est ça mais en sons (parce que « musique » n’est peut-être pas le terme approprié ici). On passe à travers des grottes glacées surplombées de stalactites millénaires, des geysers d’anti-matière, des mers d’ébènes aux reflets extra-terrestres, des forêts de lierre de cristal, des lunes diaphanes qui entourent un Soleil pourpre, des villages impies peuplés de végétaux animés, des cathédrales maudites enfouies au tréfonds de déserts de givre. Il y a des voix désincarnées aussi par ci par là, qui nous rappellent une présence vaguement humaine… Mais ce n’est qu’une transmission déformée du monde réel, qu’on reçoit de plus d’un million d’années lumières, preuve supplémentaire qu’on est loin, si loin derrière tout ça. Aussi effrayant qu’apaisant.

Juste impossible de parler vraiment de cette chose étrange en usant des termes techniques… Je n’ai pas les connaissances requises. Et même quelqu’un qui a l’oreille aiguisée ne pourra pas départager l’analogique du numérique, le field recordings mutant de l’instrument remodelé. Cette musique est matière insaisissable. Cet océan bruitatif est confusion. Et c’est là toute la magie de cette gestation sonore qui invite au rêve (et parfois au cauchemar)…

En arpentant les courbes anti-anguleuses de cet album, je revois cette cité caribéenne fantasmatique et son escalier de pierre qui semble se perdre dans les flots marins et que j’emprunte furtivement aux heures pâles d’une nuit d’espionnage, pour fuir ces guérilleros qui me soupçonnent… Je revois aussi la cabine téléphonique en métal-rouillé qui se trouve dans cette énorme pièce vide dans le sous-sol d’un immeuble abandonné au fond des bois, avec la sonnerie du téléphone qui se met à résonner grotesquement, s’adressant à moi comme un funeste présage… Je revois ce cheval agonisant dans la neige, entouré de barbelés et de coquillages géants… Je pense à ce songe (aussi fascinant que pétrifiant) dans lequel une partie du mur de mon ancien appartement se mets à noircir puis pourrir, laissant apparaître un trou noir en expansion d’où s’échappe une fumée spectrale puis éventuellement… des araignées et des mains humaines qui tentent de se frayer un chemin.

Le sommeil paradoxal métamorphosé en album, ni plus ni moins.


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