
| Année de parution : 1998 |
| Pays d’origine : Espagne |
| Édition : CD, Alia Vox – 1998 |
| Style : Musique de la Renaissance |
Cette musique purement instrumentale se passerait bien de mots qui tentent maladroitement et bien vainement de rendre justice à sa magnificence élégiaque… Mais voilà, je dois tenter l’exercice tant bien que mal, malgré mon « incultitude » totale en matière de théorie musicale, mon incapacité à déchiffrer ce qui, sur papier, permet de mieux élucider le génie de cette musique et de son interprétation… Pour venir à bout de cet exercice périlleux, il ne me reste que mes émotions, mon ressenti, ce que m’évoque cette musique, le voyage dans le temps qu’elle propose, la richesse et la profondeur de ces compositions qui traversent les siècles pour venir atterrir dans mes enceintes en l’an de grâce 2023, me tétanisant toujours plus à chaque écoute dans ce sentiment complexe de bien-être, de contemplation, d’envoutement, de recueillement…
Je dois vous en parler parce ce que j’aime ce disque et que j’aime Jordi Savall d’un amour débordant. J’aime ce musicien aux milles talents, ce chef d’orchestre et chef d’ensembles musicaux polymorphes, ce véritable historien de la musique et fondateur d’une des meilleures étiquette de disques se focalisant sur la musique ancienne (médiévale, renaissance, baroque, classique). J’aime d’ailleurs le fait que Savall ait totalement compris qu’un bel objet sonore se doit d’avoir une enveloppe physique toute aussi belle (rendant justice à la musique qu’elle abrite). Et les disques Alia Vox, ce sont parmi les plus beaux disques de ma collection. Véritables petits livres débordant de renseignements historiques, de bouts de partitions, de photos et arborant une image de pochette de bon goût. Chez Alia Vox, on commence déjà à savourer le contenu sonore et à entreprendre notre voyage céleste avant même d’avoir introduit la rondelle dans le mange-disque…
Ici, Savall et ses précieux acolytes de l’ensemble Hespèrion XX nous convient à un programme mettant en vedette les oeuvres de compositeurs (la plupart méconnus ou anonymes) qui furent actifs durant le fort long règne d’Élisabeth Ire. Les 29 pièces sélectionnées sont, vous l’aurez deviné, très courtes et extirpées des trois types musicaux les plus populaires à l’époque : les danses profanes (incluant pavanes et gaillardes), la musique vocale profane ou sacrée (chansons et motets) et les pièces contrapuntiques, écrites spécifiquement pour instruments. On ne s’ennuie donc pas une seconde vu la variété présente sur ce disque, passant allègrement de moments plus féériques à d’autres plus solennels. Cette alternance de styles rend aussi l’écoute tellement digeste qu’il n’est pas rare qu’on ait envie d’appuyer de nouveau sur le bouton « Play » de nouveau une fois l’album terminé.
Comme toujours chez Savall, le tout est enregistré avec des instruments d’époque, pour un maximum d’authenticité. La prise de son est exceptionnelle, très riche, ample et naturelle. L’instrument le plus présent ici est la viole de gambe, soit l’instrument de prédilection de Savall (accompagné ici par 6 autres gambistes). On retrouve aussi du luth, du clavecin, de l’orgue de chambre et du tambour. Mais ce sont vraiment les cordes ici qui prennent toute la place la plupart du temps, bourdonnant perpétuellement, s’imbriquant les unes aux autres de la plus majestueuse façon… Ces cordes rêveuses, aériennes, apaisées, mélancoliques, enjouées qui s’élèvent dans la nuit noire et sibylline.
Voilà donc là un disque parfait pouvant faire office d’introduction à l’oeuvre d’un des musiciens les plus importants des 40-50 dernières années. Mélomanes curieux, vous pouvez approchez sans crainte, si ce n’est que si vous êtes comme moi, la découverte d’une telle merveille vous fera dépenser beaucoup de pognon durement gagné pour acquérir d’autres disques de sieur Savall (j’en suis à une quarantaine environ, personnellement… et pas été déçu une seule fois).
Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :



