
| Année de parution : 1991 |
| Pays d’origine : Royaume-Uni |
| Édition : 2 x CD, Cherry Red – 2010 |
| Style : Dream Pop, Shoegaze, Gothic Rock, Ambient Pop, Ethereal Wave |
Vous voulez comprendre toute la magie de Slowdive ? Écoutez « Catch The Breeze », troisième morceau de leur premier album Just For A Day. Il y a un moment vers la fin de cette piste miraculeuse où la brise évoquée semble arriver soudainement comme un vent contraire par l’entremise de ces entrelacs de guitare dream-psych-en-apesanteur, irradiant de lumière diaphane la lande, perçant les ténèbres environnantes. On est alors submergé par cette vague d’émotions contradictoires : la joie opulente qu’est celle de tout mélomane féru vivant un de ces plus beaux orgasmes sonores, la nostalgie profonde d’un ailleurs imaginaire et révolu, la tristesse de constater que ce moment de beauté fugace ne durera pas éternellement… Sentir mourir l’été en soi et accueillir l’automne en son coeur. Cette dernière minute et demie de « Catch The Breeze » réussi à nous faire vivre cela. Et c’est BEAU.
Ce groupe de Berkshire, je l’aime d’amour. Il m’accompagne depuis longtemps, fidèle compagnon de route lors des marches en nature, des ballades paresseuses en bagnole du dimanche après-midi ou tout bonnement là, dépassé minuit, dans mon bureau, comme tapisserie sonore chimérique alors que je tente tant bien que mal (encore une fois) de trouver les mots justes pour parler de quelque chose qui me touche au plus profond de mon être… quelque chose qui se suffit à soi, qui habite en moi depuis la post-adolescence (période idéale pour découvrir Slowdive) et qui sera toujours partie intégrante de ma petite personne.

Ce premier disque de Slowdive n’atteint pas les sommets vertigineux de leur second (l’incroyable Souvlaki), ni la perfection minimaliste de leur troisième (le très sous-estimé Pygmalion), ni même la maîtrise et la maturité de leurs albums post comeback. Mais c’est le plus honnête et le plus brut. Une oeuvre de jeunesse quasi-parfaite, où l’émotivité est à fleur de peau, où tout est encore à dire et à faire, où l’on se cherche majestueusement dans une mer de sons en pleine évolution, distillant des influences diverses : le goth-rock des Cure et de Siouxsie & The Banshees, la jangle-pop romantique douce-amère des Go-Betweens, la pop rêveuse et paradisiaque des Cocteau Twins, le génie mélodique des Byrds, le post-punk noisy des Jesus & Mary Chain, le psychédélisme des Spacemen 3, le post-rock des derniers Talk Talk et aussi la révolution Shoegaze que My Bloody Valentine a proposé…
Mais dès le départ, Slowdive n’est pas My Bloody Valentine. Slowdive est intérieur, intimiste, discret, personnel, séraphique. MBV c’est le côté bruyant et architectural du Shoegaze. Slowdive c’est le revers vaporeux et contemplateur. Pour utiliser un comparatif assez boiteux, MBV, c’est Debussy alors que Slowdive, c’est Satie (à qui ils rendent hommage de belle façon d’ailleurs sur ce disque, en la forme de l’instrumental « Erik’s Song »).
L’album regorge de petits miracles. Écoutez moi ce « Spanish Air » en introduction… Une obsédante lamentation pop ambient portée par ces harmonies vocales nocturnes de Rachel Goswell et Neil Halstead. Ça monte tout doucement dans la nuit sibylline, avec cette batterie en forme de « marche militaire éplorée » et ces claviers qui rappellent les meilleurs moments de Disintegration du Remède. Puis il y a « Ballad of Sister Sue », triste comme les pierres, avec ses vocaux parfois à peine audibles (sauf pour le refrain plein d’amertume). « The Sadman » nous hypnotise avec ses effets de pédales, ses entrechats guitaristiques reverb-licieux et ses murmures Goswell-iens. Et la pièce de clôture, « Primal », épique et aérienne, est un des plus grands morceaux du groupe. Après une lente montée vers des cieux surnaturalistes, l’on se perd dans des méandres nuageux-électriques, fusionnant avec l’azur, oubliant tous les soucis terrestres un moment. Quelle finale parfaite.

À noter que cette version ici chroniquée est celle qu’il vous faut parce ce qu’elle propose un deuxième CD tout aussi essentiel que l’album en tant que tel. Il s’agit de (presque) tout le matériel que Slowdive a enregistré avant et un peu après Just For A Day : EPs, singles, Peel sessions, versions alternatives… Et comme il n’y a rien (ABSOLUMENT RIEN) à jeter dans le répertoire de nos lascars, on en a pour notre argent. On découvre un versant plus expérimental de la troupe sur les deux instrumentaux « Avalyn » (ravissants). Et aussi un côté plus bruitatif/saturé sur d’autres pistes. L’aspect « goth » est souvent plus présent. Mention spéciale à la reprise de Syd Barrett (« Golden Hair ») qui me donne la chair de poule à chaque écoute.
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