critiques

Halo Manash – Taiwaskivi

Année de parution : 2009
Pays d’origine : Finlande
Édition : CD Digipack cartonné, Aural Hypnox – 2009
Style : Ritual Ambient / Drone

I. « Et Les gens tombèrent comme des mouches… »

Ruines et chaos… Le cauchemar suprême provenant du dehors… La fin de tout ce que nous connaissions… ou plutôt… le commencement abject de quelque chose d’inconcevable… La porte de l’abîme est grande ouverte… Je vais tenter de décrire l’innommable…

Comment cela avait-il vraiment commencé, au juste ? Je ne me rappelle pas. Je suis incapable de me remémorer vraiment l’époque dite normale. Je n’en ai que des souvenirs épars enfouis dans les recoins obscurs de ce cachot humide et purulent qu’est devenu mon cerveau à moitié dément… C’était il y a quelques mois, du moins. L’automne, anormalement bouillant et fétide, n’avait été que le prolongement logique d’un été abominable qui avait déjà apporté son lot de désolation et de calamité dans nos cités mourantes… Une chaleur inquiétante et maladive s’était emparée de l’environnement ambiant et l’avait rapidement rendu inhospitalier pour toute personne y séjournant aux heures de zénith d’un Soleil hostile.

… C’est vrai… Il y eu l’arrivée des cafards, cette ignoble armée noire qui déferlait d’on ne sait où (les égouts ? La terre frétillante et maussade ?). Ainsi, des milliers de cafards psychotropes, ondoyant sous la luminescence orangée de l’astre fou, avaient investi les rues-cimetières. Profanateurs d’une réalité qui expire. Annonciateurs du décès de cette même réalité, des relents pestilentiels s’échappant du cadavre pourrissant de nos existences. Transition d’un monde suranné vers un ailleurs qui ne répond plus à aucune logique terrestre ou humaine…

Et puis, les ombres spectrales avaient commencé à se détacher du néant pour venir saisir ceux qui osaient encore sortir de leurs futurs tombeaux. En plein jour, elles se dissociaient du ciel, ainsi percé par un créateur désorienté, sorte de peintre bipolaire déchirant ses toiles une par une dans un moment de dégoût infini. Des nuages impossibles provenait une menace sourde et des ricanements horrifiants qui en avaient rendu plus d’un complètement fou. Quand les ombres du néant fondaient sur l’un de nous, il n’en restait plus qu’une surface noire et granuleuse recouvrant un sol carbonisé. Et les gloussements irréels se faisaient alors entendre. Le jour, impérativement, il fallait fuir, se cacher, se terrer, devenir les rats de cette nouvelle hiérarchisation de la vie (et de l’anti-vie).

II. « Nuits sans lune : Les révélations infectes du prophète aux yeux déments, la musique du temps nouveau, l’arrivée du Dieu-Insecte… »

Tôt ou tard, l’astre odieux finissait toujours par se retirer, tapissant l’azur d’une trainée menstruelle vermeille particulièrement insolite. Les jours dans les temps nouveaux étaient d’une durée variable et toujours illogique, oscillant entre 3 et 8 jours terrestres (révolus)… Aucun astre nocturne ne prenait la relève du Soleil schizoïde. Seule restait l’obscurité totale et inquiétante d’une nuit sans lune, habilement secondée par les quelques lampadaires qui fonctionnaient encore étrangement et autour desquels grouillaient milles immondices aux proportions biscornues… C’est pourtant dans ces brefs moments d’égarement que les habitants-rats osaient sortir de leurs tanières pour se nourrir des vestiges purulents de l’ancien monde et s’abreuver jusqu’à plus soif d’un lixiviat noir comme la suie et fortement alcoolisé, seule boisson produite à partir des réserves d’eau ternies… Des cercles se formaient. Des discussions folles animaient certains groupes alors qu’un silence austère caractérisait certains autres. Parfois, on entendait un cri épars dans les ténèbres. Un meurtre (ils étaient fréquents dans un monde où toute civilité avait disparue rapidement…) ou une de ces choses gigantesques et inqualifiables qui partait avec l’un de nous entre ses pattes velues…

C’est toujours au plus profond de la nuit que le prophète des temps nouveaux se manifestait. Avant même de voir sa présence physique, on sentait sa présence onirique envahir les lieux. Les lampadaires grésillaient de manière étrange (allant jusqu’à exploser parfois), un vent chaud et salin se levait, des éclairs bleutés fendaient l’horizon… Et celui qui n’avait pas de nom arrivait, vêtu d’une tunique noire ou pourpre, d’un bonnet phrygien de couleur concordante et tenant de la main gauche une grande sacoche de cuir contenant plusieurs pierres ancestrales qu’il prétendait sacrées et magiques. Ses pas ne résonnaient pas dans l’obscurité. C’est comme si il survolait le sol du nouveau monde. Et son regard… son regard n’était qu’abîme irréel… noirceur infinie dans lequel on pouvait se perdre corps et âme… et où on apercevait parfois une lueur électrique des plus saugrenue…

Les gens prétendait qu’il venait de la Perse ancienne ou de Mésopotamie… Que le prophète n’était pas véritablement un homme mais quelque chose qu’il y avait avant l’homme, enfouie dans les tréfonds de la Terre qui était maintenant prête à le vomir de ses entrailles pour annoncer le chaos rampant des jours nouveaux… De sa voix gutturale et cosmique, il nous parlait de sciences occultes, de pénitence millénaire, d’impossibles chimères volantes et cornues, de la soif insatiable des astres avides, de mathématiques et d’électricité… Il nous faisait essayer ses machines folles qu’il avait lui même créées et qui nous permettait de plonger encore plus loin dans nos propres peurs et nos cauchemars. Alors que ses missives apocalyptiques s’intensifiaient, il était rejoint par deux musiciens austères, drapés eux aussi de tuniques d’ébène et arborant des masques qui semblaient tout droit sortir de la Grèce antique… Les révélations hallucinogènes du prophète infatigable se voyaient recouvertes d’une enveloppe sonore des plus surréalistes : grondements et craquements sinistres, carillon funeste, cloches et gong orthodoxes, voix tout en chuchotements extra-terrestres, choeurs grégoriens désacralisés, percussions provenant de la nuit des temps… le tout concoctant des ambiances blafardes et mystiques à souhait. Indéniablement, c’était là la genèse de la musique du temps nouveau.

Alors que cette anti-musique envahissait nos carcasses vidées d’humanité avec encore plus d’intensité, le prophète fou nous annonça enfin la venue du Dieu-Insecte, celui qui venait du coeur même du Soleil schizoïde, celui qui s’abreuve du nectar atemporel qui découlait de la mort des étoiles, celui qui viendra donner naissance à une race de créatures hybrides aux yeux globuleux, celui qui recouvrera nos cités moribondes d’une poussière nucléaire… Les images insalubres frappaient tous et chacun. Certains hurlaient et se sauvaient face à ces visions archaïques, d’autres se crevaient littéralement les yeux et les tympans à coup de silex aiguisé, les derniers, écroulés sur le sol, pleuraient des larmes de sang… Et toujours, pendant l’horrible agonie des révélations cosmiques promulguée par celui qui n’a pas de nom, les deux musiciens alimentaient le feu de leur muse irréelle.

Et bien vite, tous ceux à qui il restait un minimum de conscience fuyaient… car le jour venait, apportant sa ration quotidienne de démence et de mort.

III. « Le pourrissement céleste des galaxies (l’ultime hallucination) »

C’en est fini. Je le sais. Je suis dans ce lit qui fera office de cercueil. Mon corps pourrira et ira nourrir l’autre monde. J’ai vu… j’ai vu l’arrivée de ceux du néant… mi-amphibiens mi-homme, dont l’oeil humain ne peut déceler tous les aspects chimériques. J’ai compris enfin qu’ils étaient maîtres de la Terre depuis longtemps déjà, plus longtemps que l’homme ait lui-même été sur Terre…

Je me promenais dans ces bois brumeux qui bordent ma chaumière, à la recherche de racines ou de cadavres d’animaux. Et dans cette nuit couleur rouille, où une chaleur suffocante accablait mon entité physique, le ciel s’éveilla brusquement… Des milliers et des millions d’étoiles, magnifiques, ensorcelantes, terribles, s’animèrent dans les cieux. Abasourdi, je m’écroulais sur une terre noircie, et contemplai le spectacle d’une fin.

Perdu en plein épicentre de cette mer étoilée, je flottais, admirant avec crainte et respect la magnificence de tous ces Dieux… et soudain, un cri horrible, insoutenable, cosmique, s’imposa à mes facultés cérébrales… Tout autour de moi, les astres se disloquaient, implosaient, expiraient majestueusement. C’était comme assister à la mort de tout, la disparition de tout ce qui existe, tout ce qui a déjà existé et tout ce qui existera dans un futur qui n’existera jamais. Passé-Présent-Futur. Fini. C’était incroyablement beau, triste et tragique… Dans la pénombre spatiale qui succéda au génocide galactique, mes yeux contemplèrent l’arrivée d’une horreur aux dimensions supérieures à tout univers, toute galaxie. Cette innommable chose, pourtant annoncée par le prophète dément, étendit ses tentacules hideux sur notre réalité, et réveilla ses enfants qui y dormaient depuis un temps qui existait avant que le temps n’existe ; ensevelis sous les décombres poussiéreux de notre monde qui déjà, n’existait plus…

Et ainsi commença le temps nouveau.


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Halo Manash – Am Kha Astrie

Année de parution : 2008
Pays d’origine : Finlande
Édition : CD Digipack cartonné, Aural Hypnox – 2008
Style : Ritual Ambient / Drone

J’écris ces quelques lignes dans ma chambre, à la lueur d’une chandelle… J’ai calfeutré toutes les fenêtres de la maison, bouché toutes les ouvertures possibles… Mais je ne sais pas si ces… choses… pourront quand même passer. Je ne sais pas si ÇA ignore que je suis encore là ou bien si ÇA attend, là-bas, dans les ténèbres…. Je ne sais pas si je vais réussir à m’enfuir. Où pourrait je aller d’ailleurs ? Il n’y a pas d’autre hameau à des kilomètres à la ronde et qui sait si le mal ne s’est pas étendu là-bas aussi ?

Le mal est arrivé parmi nous un jour fétide de la mi-septembre. C’était il y a une semaine, je crois (j’ai perdu un peu mes repères spatio-temporels, vous comprendrez)… Cela s’est produit quand ils ont coupé le grand arbre mort qui se trouvait aux confins de la terre du vieux Thibaut, qu’une maladie foudroyante avait emporté quelques semaines auparavant… Ce qui s’est échappé du centre de l’arbre alors qu’ils le sciaient, seul un homme put nous le raconter… Edmond, le seul qui ne fut pas affecté et qui eu la présence d’esprit de se sauver à toutes jambes quand ça s’est produit… mais on ne croyait pas à son délire au village… C’était juste trop fou, trop irréel, trop terrible.

Il parla de cette matière noire et visqueuse qui coula lentement à terre… puis se divisa en des centaines et centaines de petites larves noires qui rampèrent alors sur les bucherons, entrant dans leur chair, se frayant un chemin sous leur peau, entrant par leur bouche… Les confrères d’Edmond s’étaient alors mis à crier comme des fous. Des cris de souffrance qu’on peut à peine imaginer. Puis, leurs bêlements tétanisants s’étaient arrêtés soudainement et ils me mirent à… comment-dire… à « frétiller » sur place, les jambes semblant être vissées au sol, mais leurs corps secoués de milles et unes convulsions et contorsions saccadées… Leur peau changeait de couleur petit à petit, prenant une teinte grise… Et leur yeux… Leurs yeux avaient particulièrement terrorisés le pauvre Edmond. Selon lui, on pouvait y voir s’y promener les larves alors que les pupilles des hommes étaient maintenant jaune-orangées. Alors qu’Edmond se sauvait, il commença à entendre l’étrange et glaçant mugissement des créatures mi-hommes mi-autre, qui, quelques minutes auparavant, avaient été ses camardes.

On commença à croire Edmond le soir venu, quand les autres bucherons rentrèrent au village… Ils marchaient d’un pas saccadé, leurs haches à la main, avec une expression de froide dureté sur leurs visages grisâtres et émaciés… On alla les accueillir pour leur demander ce qu’il s’était réellement produit dans les bois. C’est alors que la boucherie infecte débuta. Adélard de Maisonfort, le préfet du village, fut leur première victime. Ils l’encerclèrent et se mirent à le dépecer allègrement. Puis, quand il ne resta plus d’Adélard qu’une montagne de chair rouge et de membres tailladés, les monstres vomirent une mixture noire et poisseuse sur le charnier… Les bouts de cadavre du préfet se mirent alors à bouger sordidement, réanimés par la substance damnée… Puis… Le cauchemar suprême commença… Son corps se reconstitua en une espèce d’aberration pétrifiante qui aurait rendu fou n’importe qui. Le restant de tête (avec sa cervelle exsangue à moitié coagulée) trônait au centre de la chose reconstituée, là où normalement se serait retrouvé son torse. Les jambes, dégarnies de toute peau et de tout muscle, terriblement tordues et acérées, étaient maintenant des espèces de serres pointues qui faisaient office de nouveaux bras. Ce qui avaient jadis été les bras du préfet étaient devenus les pattes d’une abomination mi-arachnéenne mi-humanoïde… Mais ce qui était le plus innommable dans le tableau vicié qu’offrait la bête, c’était le peu d’humanité qu’il lui restait… Ce visage écrasé, barbouillé de sang et de bile noirâtre, était figé dans une expression de pure terreur qui avait été celle d’Adélard lorsqu’il trépassa. Le seul oeil non crevé se mit alors à s’assombrir et la chose se mit à rugir. C’était un son langoureux et profond, qui ne ressemblait en rien à quelconque autre bruit terrestre.

Les villageois se sauvèrent dans leurs chaumières, leurs esprits féconds d’une répulsion et d’une épouvante jusque là inédites… Les bucherons se mirent alors à aller de maison en maison, plantant leurs haches dans le torse et les crânes de leurs femmes, de leurs enfants et de leurs congénères… les transformant aussi tour à tour en multiples monstruosités toutes plus atroces les unes que les autres. Certains monstres étaient constitués de bouts de cadavres de plusieurs victimes qui avaient fusionnés de la plus grotesque façon. Des choses avec 7 bras, 3 têtes et 4 torses… Des amas de yeux déments dans la bouche… Des horreurs grimaçantes aux viscères rampantes… Cela couinait dans une langue extra-terrestre et hostile. Cela se déplaçait en produisant des sons mouillés et abjects. Et cela gloussait dans les ténèbres.

Quand la horde se retrouvait face à des habitations qui avaient étés trop lourdement placardées, certaines des ignominies se mettaient alors à se disloquer en plus petites horreurs pouvant se glisser sous les portes ou encore à exécrer (par la bouche ou les yeux) une masse de vers qui se frayaient un chemin vers l’intérieur… Puis on entendait alors des cris odieux s’échapper de la baraque alors que des pauvres martyrs allaient rejoindre, bien malgré eux, la meute inhumaine.

J’étais de ceux qui ont assisté à presque toute la scène. J’ai eu la chance d’en sortir indemne (physiquement du moins… ma santé mentale n’est plus qu’un lointain souvenir). J’ai pu rejoindre ma demeure à la hâte et je l’ai sécurisée au meilleur de mes habiletés. J’habite en retrait, dans les bois, à quelques kilomètres du village maintenant profané par ces êtres venus de la nuit des temps.

Des fois, j’entends des ricanements odieux ou des gémissements surannés au loin… Le dernier cri humain que j’ai entendu remonte au lendemain de la tragédie. Je dois être le seul homme encore vivant à des kilomètres à la ronde. Mais ma plus grande crainte va en ce sens… Est-ce que ces choses réanimées conservent une certaine forme de conscience de ce qu’ils avaient été avant ?… Étaient-ils conscients de ce qu’ils étaient devenus ? Étaient-ils impuissants, prisonniers éternels d’un cauchemar interminable, leurs esprits et leurs âmes séquestrés en ces entités méphistophéliques ??? Je ne souhaite pas le savoir. Ce qu’il me reste de cervelle ne veut pas l’envisager. Mais une chose est certaine. Comme c’est une possibilité, même infime, je suis prêt.

Mon fusil de chasse est chargé, tout près de mon lit. Et j’ai un grand flacon d’huile à lampe, juste à côté. Quand je n’aurai plus de quoi me nourrir ou bien… quand j’entendrai ces choses susurrer leur charabia guttural tout près de ma chaumière, je mettrai feu à la chambre et je m’éclaterai le crâne prestement. Ils ne m’auront pas. Je ne deviendrai pas un des leurs. Ma dépouille n’assouvira pas leurs sombres dessins. C’est la promesse que je me fais. Adieu.


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Halo Manash – Language of Red Goats

Année de parution : 2008
Pays d’origine : Finlande
Édition : CD Digipack cartonné, Aural Hypnox – 2008
Style : Ritual Ambient / Drone

Le temps se disloque autour de moi. L’appel du vide, à la fois vorace et impassible, s’est emparé de mon être tout entier, petit à petit, inéluctablement… Je ne sais pas pourquoi j’ai pris ce sentier broussailleux qui semblait n’exister que pour moi… Chemin fantôme qui m’est apparu soudainement en plein coeur de la forêt, avec ses arbres sombres et anciens, recouverts d’une végétation immonde et putride qui ondoyait au gré d’un vent chaud, fétide, croupissant… Le bruit d’un gong, lointain, réverbérait jusqu’au plus profond de ma matière grise tarie ; anéantissant tout libre-arbitre et sens de l’orientation… me rendant soudainement incapable de me soustraire au sentier maudit… Manipulé par les desseins d’un Dieu dément, j’empruntai la route de ma perdition car elle m’avait été assignée.

Cette journée suffocante d’automne se refermait progressivement sur sa dépouille blafarde, alors que j’évoluais, hypnotisé, à travers une piste de plus en plus touffue et ubuesque. La flore environnante n’était que déraison… Les arbres, arbustes et plantes grimpantes prenaient des formes saugrenues aux teintes de plus en plus vermeilles… Un ciel rouge écarlate surplombait le tableau forestier, succédé à son tour par un éther pourpre noirâtre, sorte de linceul pour le jour agonisant. J’avançais toujours, malgré moi, malgré tout… J’étais convoqué.

Les sons devenaient de plus en plus forts. Les secousses tribalo-sismiques de ce gong funéraire étaient secondées par le cliquetis d’objets métalliques, le soupir des bols chantants, les carillons mystiques et cet espèce de bruit de corne envoûtant… Après une période d’errance asphyxiante indéterminée (cela aurait pu durer deux siècles ou quelques minutes, qui sait ?), le sentier semblait enfin s’ouvrir sur une clairière difforme, illuminée par la lumière éclatante d’étoiles folles qui m’étaient jusque là inconnues. La nuit soupirait, gémissait et murmurait ses secrets les plus odieux à quiconque voulait bien les entendre.

La clairière n’était constituée que d’un herbage de suie ; une brume couleur cendre recouvrant le sol, l’obscurcissant partiellement… Et au centre de cette pelouse nébuleuse, se dressait le vieil arbre mort ; grand, large et courbaturé. À sa base, ont été déposés les ossements d’innombrables animaux aux proportions diverses. Quelques crânes vaguement humains s’y trouvaient aussi… des crânes grimaçants ; leur rictus figés éternellement dans une espèce d’extase où s’entremêlaient souffrance, béatitude et déraison.

Je m’approchais de l’arbre… encore et encore… petit à petit… toujours plus près…. Ses grandes branches distendues qui s’étiraient vers les cieux comme une toile d’araignée psychotrope prête à accueillir sa prochaine proie, cette écorce couleur chair qui semblait sèche à première vue mais d’où laquelle je voyais maintenant s’écouler une espèce de cire noire et gélatineuse… Les étoiles étaient encore plus brillantes et semblaient danser frénétiquement dans un ciel de plus en plus surnaturaliste et inquiétant.

Et puis, quand je fus dans sa portée, l’écorce se déchira soudainement, laissant apparaître un long tentacule tacheté d’une série de petits yeux rouges malveillants. Cela fondit sur moi, m’enlaça. C’était glacé et brulant en même temps. Les yeux-ventouses se sont agrippés partout sur mon corps. Ça commençait à perforer ma peau, à me boire, à me digérer… Puis ça m’entraîna vers le coeur de l’arbre noir ; qui n’était qu’une énorme bouche fuligineuse avec des dents acérées (chacune d’elle recouverte de yeux) et d’où s’échappait une bruine grise et noire qui sentait le charbon, la pourriture et le sang.


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Alamaailman Vasarat – Vasaraasia

Année de parution : 2000
Pays d’origine : Finlande
Édition : CD, Silenze – 2000
Style : Avant-Prog, Klezmer, Zeuhl, RIO

Eh, dîtes-donc mes bonnes dames et mes bons messieurs, vous avez envie d’assister à une orgie céleste / cauchemardesque entre les membres de Masada, de Henry Cow, du Willem Breuker Kolleftief et de Anekdoten ? Vous rêvez d’insérer du Klezmer dans vos scènes préférés des films de Buñuel ? Vous aimez bien l’image mentale d’une cohorte de rabbins schizoïdes sur le crack faisant la première partie de Mr. Bungle ? Eh bien mes p’tits gars et mes p’tites filles, les mecs d’Alamaailman Vasarat (super amusant à épeler / prononcer) sont là pour vous ! Armés de deux violoncelles, d’une batterie, de clarinettes klezmer, d’un sax, d’un trombone et d’une brochette d’orgues vieillots, ces Finlandais fous issus du groupe RIO-Neo-Folk-Prog « Hory-Kone » vont combler toutes vos exigences délurées avec leur musique incroyable, insolite, inclassable et infectueuse. Préparez-vous à vous en mettre plein les oreilles… Tango nocturno-bruitiste, musiques de films d’horreurs gitans, folk scandinave, free jazz à l’européenne, post-klez enfumé, rock in opposition, musique de funérailles, ambiances de films noir (+ un soupçon de lourdeur métallique par moments opportuns)… Tout ceci est au menu à Vasaraasia, et bien plus encore !

Ce qui est fascinant chez Alamaailman, c’est leur faculté innée à combiner tous ces éléments sonores disparates pour en faire un tout cohérent et unique. Et même si à prime abord, leur musique est plutôt expérimentale (et peut sembler à tort inaccessible), elle est aussi très mélodique et possède ce petit côté festif (voir même dansant !) on ne peut plus contagieux. À chaque détour de Vasaraasia, on est abasourdi par une incongruité sonore nouvelle (comme ce violoncelle qui est utilisé comme une guitare électrique), on s’émeut devant les morceaux plus lents et émotifs (le splendide « Lakeus », entre autres), on s’imagine Nosferatu filmé par Kusturica, on se surprend à découvrir un autre détail dans la composition (d’une richesse inestimable) de chaque pièce, on pleure de joie, on sourit et surtout : on est captivé d’un bout à l’autre. Perso, cette musique vient me toucher autant la tête que les tripes. C’est le mélange musical parfait entre innovation, émotivité, mystère, richesse, splendeur et surréalisme… Vasaraasia, c’est la clé des possibles, le grand pas vers un monde de rêves et d’abstraction divine. Je ne peux que vous recommander d’y plonger tête première ! Vous n’en sortirez pas indemnes, je vous le promet (et c’est une bonne chose).


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Oranssi Pazuzu – Värähtelijä

Année de parution : 2016
Pays d’origine : Finlande
Édition : CD, Svart – 2016
Style : Black Metal Psychédélique

Tu prends les Swans. Tu prends le Pink Floyd de Syd. Tu prends Burzum. Oh et puis, tu prends Bardo Pond itou. Tu laisses Le Thing de John Carpenter les bouffer tout crus, les assimiler et les recréer en un autre tout froidement inhumain, le cœur bourré d’huile noire, les lèvres recouvertes de cendres, le malin petit sourire en coin, les dents déchaussées comme les Crack-heads, les cheveux mouillés de glaire. Tu rajoutes de la tôle dans ta création post-humanoïde aussi ; des bouts de métal fondu, des boulons que tu enfonces dans leurs faciès défigurés par la chose. Tu joue à Dieu avec eux… ou est-ce bien une seule entité maintenant ?

Tu les drogues de jus d’étoile cosmique et de décoctions d’écorce de conifères morts. Tu leurs injecte la drogue impie de Palmer Eldritch directement dans les yeux… Dick, Lovecraft, Magma, Stephen Hawking, Philip Glass, Enki Bilal, Asimov, Robert Fripp, la calotte glaciaire de l’Antarctique, Tangerine Dream, des satellites hantés… Tout se confond, se percute, s’amenuise dans leurs cerveaux nouveaux et avide d’un abîme qui n’existera jamais vraiment sauf en eux.

Ils sont prêts à livrer leur vision d’une musique tribale nouveau genre. Leur son, c’est une sorte de jungle scandinave mais transposée sur Epsilon Eridani ou encore ce qui émane d’un Ash-Ram en putréfaction qui flotte dans les tréfonds obscurs de la Grande Ourse. C’est lent, atmosphérique, insidieux. Black Metal mid-tempo injecté de psychotropes. Rien de rassurant sous les 4 Soleils. Ça part dans tous les sens, imprévisible, mais sans jamais se presser, maintenant presque toujours cette pesanteur mid-tempo langoureuse et batracienne propre à eux (je crois que c’est le fait de jouer avec des tentacules) ; cette espèce de paresse dérangeante d’une musique qui sait, dans le fond, qu’elle va finir par t’avoir en son sein grouillant.

Ça évolue par couches superposées. Du Post-Hardcore. Des Larsens noisy. Du Kraut. Le « The Seer » des cygnes et ses abysses fécondes + Aluk Todolo sur l’opium + une espèce de musique folklorique mal calibrée qui essaie tant bien que mal d’être un tant soit peu terrestre mais qui ne réussit qu’à glacer les sens + des cris saturés, empreints non pas de haine, mais d’une froideur toute post-punk…. Variations sur le thème de Interstellar Overdrive mais joués par des INSECTES. Ces mecs sont des INSECTES.

Jamais la nausée n’aura été aussi sensuelle.


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Warmoon Lord – Burning Banners of the Funereal War

Année de parution : 2019
Pays d’origine : Finlande
Édition : CD, Wolfspell – 2019
Style : Black Metal (à l’ancienne), Black Symphonique

La scène Black Metal finlandaise a toujours été une des plus intéressantes (autant dans le Black classique que dans l’expérimental). Et c’est pas ce petit nouveau venu qui va me faire changer d’avis sur le sujet ! Oh que non, messires ! Le Seigneur de la lune (guerrière) signe ici un de mes disques de Black Métal préféré de l’année 2019. Et ce n’est pas rien quand on considère qu’il s’agit du tout premier album de ce one-man band qui réussit ici l’exploit de synthétiser avec brio tout ce qui me ravit dans le Black old-school. Parce que c’est bien beau le Blackgaze, le Post-Black, le Black Orthodoxe et toutes ces conneries (je raille un peu gratuitement ; j’aime quand même pas mal de trucs dans ces créneaux) mais des fois, ce dont on a envie, c’est de ressentir à nouveau la magie de nos premiers émois satanico-nordiques. Vous savez ce grand vertige qu’on a eu lorsqu’on a découvert Burzum, Darkthrone, Emperor, Enslaved et Mayhem ? Warmoon Lord a compris notre besoin. Il nous donne ce qu’on réclame en toute concupiscence.

Pourquoi ce disque est si bon ? De un, la prod est juste parfaite. Brute et ample en même temps. Le meilleur Black, c’est un peu comme une armée de moustiques amplifiée (banchée sur le 220V). Faut qu’il y ait ce bourdonnement électrifié en quasi-permanence. Et ici, on est servis. Ça grouille mes frères ! Et malgré l’immuable buzz, on peut savourer tous les merveilleux petits détails sonores hirsutes au coeur de l’oeuvre.

De deux : l’atmosphère est juste géniale. Brumeuse et froide. Diaboliquement joyeuse. Comme une samba nocturne sur la pente d’une montagne enneigée à -40 degrés celsius, alors que le ciel est lézardé d’éclairs fous et d’aurores boréales (j’ai des fantasmes visuels très précis). Il y a cette mélancolie typique du Black Métal grand cru et ce côté épico-fantasque aussi. C’est juste BEAU.

De trois : Les compos sont absolument magnifiques ! C’est riche, c’est fouillé et c’est bourré de riffs anthologiques, de vocaux criards superbement maitrisés, de claviers éthérés comme j’en raffole (un peu niais et victorieux à la fois !), de cette batterie véloce en diable et de samples doucereux. Les titres, plutôt longs (à part les classiques intro/outro) font la part belle aux mélodies grandiloquentes et rageusement splendides, mais aussi aux passages plus planants qui viennent faire respirer l’oeuvre d’une belle façon. Warmoon Lord a trouvé le parfait équilibre entre lourdeur et volupté.

Toutes les pièces de ce très court disque (on en redemande) sont des merveilles. En particulier « Funereal Blood » qui me donne la trique comme pas un et qui, à mon avis, va direct au panthéon des plus grands morceaux de Black Metal EVEUR. Il y a une telle énergie ici… Les claviers ont ce petit côté « extra-terrestre » et m’évoquent « La couleur tombée du ciel » de Lovecraft, pour une obscure raison. Certains riffs sont tellement homériques que j’ai le goût de me maquiller en panda et d’aller faire une danse du sabre (avec une épée en mousse) dans la forêt avoisinant ma chaumière. Et que dire de cette finale dark ambiant… C’est splendeur fait de splendosité.

BREF, un satané bon disque que voilà. Ma note en témoigne et va peut-être même augmenter au fil des écoutes. Les amateurs de métal noir doivent absolument s’initier à la musique de cet homme dont la trajectoire discographique sera à suivre de très près. I’m watching you Warmoon Lord… I know where you live…


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