critiques

Pharoah Sanders – Karma

Année de parution : 1969
Pays d’origine : États-Unis
Édition : CD, Impulse! – 1995
Style : Free Jazz, Spiritual Jazz, Soul Jazz

En 1967, l’étoile filante qu’est John Coltrane s’éteint. Le jazz (et la musique en général) est en deuil. Christian Vander quitte tout pour l’Italie et commence à cogiter Magma dans sa tête, en l’honneur de son héros disparu. Les Archie Shepp, Albert Ayler, Sun Ra, Peter Brötzmann, Cecil Taylor, Paul Bley et Sonny Sharrock de ce monde continuent de faire évoluer ce Jazz libre, qui a puisé ses origines chez Coltrane et Ornette Coleman, respectivement… Mais c’est le disciple saxophonique de John et ancien membre d’un de ses meilleurs groupes, Pharoah, qui va rallumer la comète Coltrane et reprendre le flambeau de ce Jazz spirituel si singulier qui caractérisait la dernière période de la discographie de celui que le meilleur batteur de tout les temps à baptisé « l’homme suprême ».

Après un premier jet superbe (« Tauhid », en 1967), Sanders revient en 1969 avec son coup de maître, l’orgasmique « Karma ». Il y exprime là toute sa fougue, toute sa vision d’un jazz devenue communion spirituelle, son vocabulaire sonore éblouissant, sa vision d’une musique tout ce qu’il y a de plus coltranesque mais bien personnelle à la fois. À la tête d’une horde de musiciens investis jusqu’à la moelle (avec, entre autres, Ron Carter et Richard Davis à la contrebasse, Lonnie Liston Smith au piano, Leon Thomas aux percus et au chant habité, Billy Hart et Freddie Waits à la batterie, James Spaulding à la flûte, Zoot Sims au sax ténor et un certain Julius au cor anglais), le pharaon du sax va donner vie à une musique métissée, qui va puiser ses racines dans des cultures diverses, qui rend hommage aux divinités célestes et qui sera érigée de manière totalement libre et ouverte, comme une sorte de messe Jazz qui évolue vers la transe jubilatoire.

L’album se résume surtout à un morceau audacieusement épique, l’éternel  « The Creator Has a Master Plan ». Cette exaltation de presque 33 minutes est un véritable maelstrom sonore qui prend des teintes multiples à travers son passage ouraganesque. Il n’y a pas de trame narrative à proprement parler. C’est un capharnaüm bouillonnant d’excès et de splendosité qui nous arrache à nos pompes et nous fait voyager à travers diverses Terres, diverses constellations étoilées, divers univers tous plus charnus les uns que les autres.  On se laisse porter par cette musique, tout simplement. Et dieu que c’est bon. À travers l’épopée, Sanders explose de ses milles rages bienveillantes, hurle dans son instrument, refaçonne la manière de jouer du sax comme si il s’agissait d’un instrument nouveau. Il monte tellement haut et loin. C’est absolument époustouflant.

L’album s’achève sur un coda tout en douceur, le bien nommé « Colors », qui irradie de beauté nocturne et qui vient clore le premier grand cycle de la carrière de sieur Sanders. Plusieurs autres s’ensuivront…


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :

critiques

Human Skin Lanterns – Skin Stripperess

Année de parution : 1995
Pays d’origine : États-Unis
Édition : Streaming sur les tubes
Style : Harsh Noise, Power Electronics

Un beau dimanche après-midi à pique niquer au parc sous un Soleil de plomb avec le chien Lassie. Des sandwichs triangulaires, des boissons gazeuses et des chips. Peut-être même des barbotines, pourquoi pas ?

Sauf que le gazon c’est de la chair carbonisée qui hurle hurle HURLE qu’il a mal. Qui pleure pleure pleure à grosses larves pendant qu’on rigole à manger nos sandwichs pleins de mantes religieuses et de lames de rasoirs, à boire nos barbotines rouges rouges rouges dans lesquelles flottent des langues humaines qui grouillent encore. Le chien Lassie ne s’amuse pas beaucoup… Il ne bouge pas à vrai dire. OH, ses tripes liquéfiées lui sortent par son abdomen tout tailladé. Il y a déjà des mouches pondeuses qui viennent accomplir leur sombre destin dans le bourbier, les oeufs éclosent et les vers ondoyants transforment Lassie en un espèce de Casu Marzu expérimental.

Et puis les gens saignent de partout. Des yeux, de la bouche, du cul. Ebola Picnic. Le Soleil grossit dangereusement dans le ciel qui tombe soudainement en mode « combustion spontanée de type apocalyptique merci bonsoir ». Les flammes impies se délectent de la peau tuméfiée, de toute l’hémoglobine répandue sur le sol, des vomissures et autres chiures multiples. Le Soleil explose et tout devient ruines et cendres.

Un album étonnement très relaxant.


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :

15 Fréquences, Mixtapes

15 Fréquences Ultimes – Épisode 24 – Éric Normand

Éric Normand… personnage fascinant, ultra talentueux, radicalement original, polymorphe et fort travaillant/prolifique de la contre-culture musicale québécoise (et ce, depuis des années). Ce natif de Mont-Joli qui habite actuellement Rimouski (la nouvelle capitale du bruit et de l’expérimental !) est un touche-à-tout notoire ; à la fois improvisateur, compositeur, imprimeur, bassiste, guitariste, chanteur, échantillonneur sonore, fondateur/gérant de la splendide étiquette Tour de Bras, collaborateur fréquent chez nos amis de Cuchabata et membre de plusieurs formations hétéroclites et collectifs tous plus sautés les uns que les autres (Brûlez les meubles, Le GGRIL, Incipit, Tutu Combo, Jack et ses boîtes, P.O.W.E.R., Tomahawk Territory, le Éric Normand 5 ; pour ne nommer que ceux-là). Bref, on peut le mettre dans la même catégorie que les John Zorn, Jim O’Rourke, Sun Ra, Masami Akita, Omar Rodríguez-López de ce monde ; une catégorie que j’aime appeler « Mais DORMENT-ILS DES FOIS ??? »

Alors, un mec au parcours musical aussi stupéfiant/abracadabrant, ça écoute quoi ? Qu’est-ce qui l’influence au quotidien dans son art ? Et bien, cette mixtape répond partiellement à la question (je dis « partiellement », parce ce que je sais qu’Éric aurait facilement pu me faire un « 250 Fréquences Ultimes »). Au programme, vous aurez la chance de savourer la Zeuhl très brutale et folichonne des Japonais Ruins, l’avant-pop obtuse des Residents (en mode « minimal wave »), les field recordings de notre cher Luc Ferrari, l’avant-prog de chambre de After Dinner, un audacieux collage sonore électroacoustique de Mauricio Kagel, ainsi que des pièces de plusieurs chansonniers « champ gauche » (Vannier, Marcoeur, Higelin) et un lot de pistes free jazz/modern improv (Carla Bley, Threadgill, Dixon, Giuffre, Ornette, Lacy).

Un gigantesque merci à sieur Normand pour sa participation aux 15 Fréquences Ultimes et pour tout ce qu’il fait pour la musique locale at large ! Après l’écoute ébouriffante de cette mixtape addictive, je vous invite à aller écouter la musique que propose Éric Normand avec ses différents projets/collaborations.

Tracklist:

  1. Ruins – SKHANDDRAVIZA
  2. Albert Marcoeur – L’agriculteur
  3. After Dinner – A Walnut
  4. Steve Lacy 7tet – Art (avec voix)
  5. Jean-Claude Vannier – Cette Race Bizarre
  6. The Residents – Hello Skinny
  7. Ornette Coleman and Prime time – Latin Genetic
  8. Carla Bley – Valse Sinistre
  9. Henry Threadgill Very Very Circus – Try Some Ammonia
  10. Luc Ferrari – Chantale
  11. Jacques Higelin – Manque de Classe
  12. Bill Dixon – Son of Sisyphus
  13. Jimmy Giuffre – The Five Ways
  14. Joane Hétu – Les Épices
  15. Mauricio Kagel – Playback Play

Quelques liens pour entendre/suivre Éric Normand et Tour de Bras:
Bandcamp – Tour de Bras (records)
Page d’artiste sur Actuelle CD
Blogue d’Éric Normand
Instagram – Éric Normand
Page Facebook – Tour de Bras (records)

critiques

Masada – Live in Sevilla 2000

Année de parution : 2000
Pays d’origine : États-Unis
Édition : CD, Tzadik – 2000
Style : Free Jazz, Klezmer, Post-Bop

Quand on parle des « plus meilleurs groupes Jazz du monde entier », on pense forcément au premier et au second grand quintet de Miles Davis. On pense aussi au Quartet de John Coltrane, à l’Art Ensemble of Chicago, à l’Orchestre de Duke Ellington, au Pat Metheny Group (pour ceux qui aiment le son 80s, j’en suis donc deal with it)…. Et plus récemment, on pense à Masada. Le quatuor de John Zorn (sax alto) qui marie allègrement Free Jazz à la sauce Ornette Coleman, Post-Bop et musique Klezmer. Pour ce projet hautement personnel, papa Zorn s’est acoquiné de trois comparses/amis de toujours qui sont parmi les meilleurs au monde : Dave Douglas à la trompette, Greg Cohen à la contrebasse et Joey Baron à la batterie.

Absolument TOUT ce que Masada a enregistré (dans sa forme classique) est absolument essentiel. Que ce soit les 10 disques studio (allez John, sors nous ça en coffret steu plaît ! …. Edit : c’est maintenant chose faîte !!!!) ou les nombreux albums en pestak. Pour les avoir vu, justement, en concert à la Place des Arts (été 2006), je pense qu’ils sont à leur meilleur dans ce contexte. Ce fut d’ailleurs un des shows les plus mémorables de ma vie ; probablement le truc le plus « tight » que j’ai vu ever (et ce, malgré qu’une petite partie du toit de la bâtisse se soit écroulée sur la batterie de Baron en plein milieu d’une pièce incroyable ; ce qui n’a pas empêché le bougre de continuer de livrer la marchandise comme un Dieu, sans broncher. Ce mec s’adapte à TOUT).

Vous avez donc le Masada « live » dans toute sa gloire ici. Prise de son impeccable. On a l’impression d’y être. Compos incroyables de Zorn qui va puiser l’essence de vieux airs hébraïques pour en faire une matière sonore nouvelle, libre et belle ; une magnifique assise sur laquelle 4 des meilleurs musiciens du monde entier peuvent s’exprimer, improviser, dialoguer, donner libre cours à leur folie contrôlée, leurs couleurs, leurs émotions, leur rigueur, leur vélocité.

S’alternent ici des morceaux tantôt festifs/envolés/chaotiques, tantôt doucereux/nocturnes/impalpables (mais toujours bouillonnants). Les échanges Douglas/Zorn sont particulièrement savoureux ; et leurs solos respectifs sont tous étourdissants (dans le bon sens du terme) et complètement uniques. Deux putains de maîtres à l’oeuvre, sur la corde raide presqu’en tout temps, qui ont une chimie du diable. Douglas est plus feutré et chaleureux. Zorn, plus tourmenté et viscéral. Puis la section rythmique (Cohen/Baron), splendide et essentielle, réussit à faire tenir toute cette masse sonore hirsute, lui permet de garder pied sur Terre, l’empêche de se perdre complètement dans un firmament cosmique… Je me dois de souligner le jeu exceptionnel de Baron, qui réussit la délicate tâche « d’ancrer » les délires de Zorn/Douglas mais qui « danse » aussi rythmiquement à travers tout ça, faisant des entrechats majestueux tout en propulsant la cadence primaire. Probablement le meilleur batteur que j’ai vu en spectacle (à égalité avec Christian Vander de Magma).

Un monumental disque de Jazz. Et une superbe porte d’entrée dans l’univers de Masada.


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :

Autres Mixes, Mixtapes

Cuchabata – Mixtape 20ème anniversaire (sélections de David Dugas Dion)

20 ans de Cuchabata… Ça force le respect. Ce label montréalais, devenu légendaire au fil des années, c’est d’abord le bébé de David Dugas Dion ; un beau bébé étrange cogité dans sa matière grise d’ado disquaire (à Valleyfield). Faut se remettre dans le contexte des jeunes années 2000 : un monde où tout n’est pas (encore) interconnecté-interrelié-en-permanence par le sacro-saint Internet. En musique indépendante at large, les contacts, demandes de collabos et l’auto-promotion se font difficilement… alors imaginez pour la musique expérimentale-noise-rock-atonal-ambient-free-jazz-free-improv-post-toute !!! Malgré la tâche ardue qui l’attend, notre jeune David des Bois se retrousse les manches et décide de donner vie à ses rêves sonores les plus fous. En hommage à une sombre légende d’Amérique centrale (et aussi à son chat), notre jeune musicien polymorphe va créer l’étiquette Cuchabata pour éditer ses trucs, ceux de ses amis et autres compagnons de route ; le tout avec passion et assiduité, avec des moyens faméliques, pour l’amour de la musique avant-tout et le désir d’archiver/abriter ces sons dans une maison-mère prête à accueillir tous types de visiteurs (surtout les plus sautés). C’est ça le DIY, le vrai, le pur, le divin, l’authentique.

À travers ces 20 années rocambolesques, Cuchabata aura fait paraître plus de 220 objets sonores (non identifiés) tous plus bluffants les uns que les autres, ratissant large dans une panoplie de genres, tissant des liens forts avec (et entre) des artistes parvenant d’horizons divers, enrichissant fortement la scène musicale québécoise alternative et expérimentale d’une manière qui se doit d’être soulignée. Et le travail acharné de ce projet fou et inspirant continue à ce jour, pour le plus grand bonheur des mélomanes aventureux que nous sommes ici, sur les Paradis Étranges.

Pour célébrer cet anniversaire, mon pote DDD vous propose une mixtape aussi abrasive que somptueuse. Une pièce issue de chacune des parutions de 2023 de Cuchabata. Vous retrouverez ci-bas (sous la tracklist) des textes de présentation pour chaque album concerné, gracieuseté de notre curateur barbu préféré.

Bonne écoute à tout le monde (y compris les lanceurs olympiques de paratonnerres) ! Et partagez cette playlist en grand nombre !

Tracklist

  1. La Forêt rouge – Savonner le rideau des illusions
  2. Éric Normand – Le rire et le poignard (reprise de Tom Zé)
  3. Red Mass – Drowned ft Giselle Webber
  4. Feu Tétanos – Gris
  5. ELKA DDDONG – Future Shock In The Paleocybernetic Age
  6. FULL ASTRO – Plancher
  7. Maxime Gervais – 18 manteaux de fourrure
  8. Electrique Junk – No Verse Gap including Dies Irae and Just Cremate Me; I’ll Take It From There
  9. Totenbaum Trager – Fleur VII
  10. Peaches in Black – Les secrets enneigés d’une danse interrompue
  11. Colmor – Par coeur

*Sélection des pistes par David Dugas Dion // montage de la mixtape par Salade d’endives.


LA FORÊT ROUGE – Si la co​ï​ncidence se maintient
(CUCH-209)


Presque six ans suivant la parution de « Le maquillage de tout le monde coule », La Forêt rouge récidive avec un nouvel opus intitulé « Si la co​ï​ncidence se maintient ». Entièrement enregistré lors d’une journée du mois de juillet 2021 et totalement improvisé, « Si la co​ï​ncidence se maintient » prouve une fois de plus que La Forêt rouge sait à la fois se régénérer, sans pour autant trahir ses racines. Oscillant entre des pièces plus atmosphériques et d’autres plus saccadées et rythmées, La Forêt rouge nous convainc une fois de plus que ses branches sont endurcies et que ses souches sont toujours aussi insatiables et avides de transformations.

ÉRIC NORMAND – Suite reprise
(CUCH-210)


La tête de Tour de bras (étiquette indépendante rimouskoise) et du collectif GGRIL (Grand groupe régional d’improvisation libérée), Éric Normand s’adonne ici au remaniage de chansons, reprises à sa façon et agrémentées d’invité.es/musicien.nes hétéroclites. De Jacques Brel à Tom Zé, en passant par l’écriture d’Éric lui-même, tout est réinterprété de manière souvent éclatée et plutôt insolite.

RED MASS – Vol​.​3 Memento Mori
(CUCH-211)


111 est un travail à grande échelle, destiné à accompagner l’album précédent de Red Mass, intitulé « A Hopeless Noise ». Celui-ci contient 111 chansons séparées en 11 volumes et chaque volume est fondamentalement un album en soi. Chacun des 11 volumes représente un type de personnalité et possède ses propres images, thèmes et chansons exécutées dans un style particulier, allant du folk, au garage punk, en passant par le noise, le black metal, les compositions à base de synthétiseur, l’électro et le garage pop. Dans « A Hopeless Noise », la protagoniste principale souffre du trouble de la personnalité multiple alors que 111 explore l’idée avancée par l’auteur Grant Morrison selon laquelle, au lieu d’un complexe de personnalité unique, nous devrions adhérer à un complexe de personnalités multiples nous permettant de nous adapter davantage aux autres, d’avoir plus d’empathie envers eux et peut-être même d’éviter des psychoses sociétales à grande échelle. 111 propose principalement du nouveau matériel. Le 3ième volet de la série voit Red Mass composer des morceaux folks expérimentaux avec des thèmes liés à l’adaptabilité. Comme Red Mass à l’habitude de faire, il y a des invités spéciaux soit Giselle Webber, Hannah Lewis et Jena Roker. Le 1er single de l’album est Drowned avec Giselle Webber (Orkestar Kriminal).

FEU TÉTANOS – Pas assez peace
(CUCH-212)


Sortez l’alternatif des années 90 du gars! Pas Assez Peace? Parce que des fois, ça brasse intérieurement. Parce que des fois, ça fait du bien de crier. Parce que des fois, pester n’est pas nécessaire, on cherche la paix. Projet Solo de Vincent Latulippe accompagné parfois de Benoît Aumont-Lefrançois à la batterie. Feu Tétanos tourne la page sur un projet trop long. Tétanos est mort – Feu Tétanos vivra – Peace.

ELKA DDDONG – ELKA DDDONG
(CUCH-213)


ELKA DDDONG = ELKA BONG + David Dugas Dion. ELKA BONG c’est Al Margolis (Massachusetts) et Walter Wright (Virginia (aussi membre du duo Bigbigdogdog)). Pour l’occasion, DDD s’est greffé au duo et le tout fut enregistré à distance.
Al Margolis – Violon, Casio CZ-101, hautbois et piano.
Walter Wright – Batterie amplifiée.
David Dugas Dion – Sax alto, basse, guitare électrique et Gakken SX-150 + Moog Ring modulator.

FULL ASTRO – FULL ASTRO
(CUCH-214)


FULL ASTRO (de FULL ASTRO) est probablement l’album le plus free jazz jamais sorti par Cuchabata Records : sax alto (Geneviève Gauthier), contrebasse (Eli Davidovici), guitare électrique (Alex Pelchat) et batterie (David Dugas Dion). Des rythmes entraînants aux explorations venteuses, en passant par la frénésie du bruit, FULL ASTRO vous propulsera au-delà de la lune, de Saturne et même au-delà de cette galaxie…

MAXIME GERVAIS – Torse nu
(CUCH-215)


« En checkant les chansons de Torse nu, je me suis rendu compte qu’elles parlent pas mal de ne pas fiter, de se cacher, de mal feeler, de vivre en marge. Je trouve que le visuel de Laurence Lemieux représente vraiment bien ça. En ce qui me concerne, ça se retrouve sur des tounes comme Jeux vidéo, Anxiété sociale et Nos assiettes sont pleines de tristesse. Pour certaines chansons, j’ai laissé la narration à des personnages. On y retrouve, entre autres, une vedette décadente (18 manteaux de fourrure), un chat de ruelle qui aime se battre (Coco) et Joseph-Arthur Lavoie (Pour le temps d’une paix). Torse nu, c’est pas tant une question de bedaine, je pense. C’est plus dans la tête que ça se passe. Un lâcher-prise qui permet, au moins, de survivre au bordel. Un party pour mieux résister? Torse nu emprunte au post-punk et au grunge en conservant l’esprit lo-fi/casio de mes albums précédents. Maintenant, j’ai le goût de remonter un band et de faire des shows où je pourrais faire du body surfing en criant. Torse nu ou pas. »
-Maxime Gervais

ÉLECTRIQUE JUNK – Suture Self
(CUCH-216)


Pour ce troisième album intitulé « Suture Self », Électrique Junk continuent de développer le rock psychédélique teinté d’influences moyen-orientales qui les caractérise en misant sur le concept de suite, les pièces s’enchaînant d’elles-mêmes à l’intérieur de grandes structures dont les articulations contiennent des surprises à chaque détour. Des échos d’une vieille pièce liturgique émergeant de riffs lourds en passant par des moments flottants à tendance folk et des coupures abruptes, le trio s’ouvre également à des sonorités nouvelles grâce à l’aide de David Dugas Dion tout au long de l’album. Si les deux premiers albums vous ont amené ailleurs, « Suture Self » sera un voyage lysergique dans un univers qui se contient lui-même.

TOTENBAUM TRÄGER – Perennials
(CUCH-217)


Nouvel album de Totenbaum Tr‰ger, « Perennials » est la suite de « Neon Flowers », paru sur l’étiquette montréalaise Samizdat Records et lancé aux Ateliers Belleville en mai 2023. Poursuivant son voyage solo, Dominic Marion continue de soumettre sa guitare à des traitements en direct afin de produire des timbres d’un autre monde. Ce nouvel album prolonge l’exploration timbrale du précédent en dessinant des paysages encore plus dilatés, où le temps paraît suspendu, où l’oreille est bercée par des sonorités qui transfigurent le timbre de la guitare électrique. Des résonances s’élèvent, étrangères à toute pulsation régulière, pour former des amas d’ombre et de lumière, des fleurs de néon vivaces, des ouvertures méditatives où s’abîmer en soi-même.

PEACHES IN BLACK – Volume 1
(CUCH-218)


Venant de l’épicentre artistique de tiohtià:ke (Montréal), Peaches in Black se dresse en tant que phare vibrant de la diversité de genre et du féminisme dans le domaine de la musique improvisée. Reconnue pour son travail au sein de projets tels que La Loba et LUNES, ce collectif a été créé par la polyvalente multi-instrumentiste et activiste Elyze Venne-Deshaies. Avec un dévouement inébranlable à l’inclusivité et à la célébration des voix diverses, la mission fondamentale de Peaches in Black est d’étendre une chaleureuse invitation à de nombreux artistes talentueux qui s’identifient comme queer. Ensemble, iels créent un espace inspirant où la musique et la communauté s’entremêlent, le tout accompli grâce à l’acte puissant de l’improvisation collective. Dans leur collaboration harmonieuse et spontanée, Peaches in Black favorise un environnement où l’échange d’idées musicales novatrices prospère; reflétant un profond engagement envers la promotion de la créativité et de l’unité parmi les artistes historiquement marginalisés. Ce collectif est non seulement un témoignage du pouvoir transcendant de la musique, mais aussi un témoignage de l’impact profond de l’acceptation de sa véritable identité au sein d’une communauté solidaire et créative.

COLMOR – Mixtape Vol​.​2
(CUCH-219)


Colmor est le projet solo/collaboratif de Tommy Johnson, membre du groupe Populi et anciennement de IDALG, Ponctuation et Lemongrab. Très inspiré par l’authenticité des courants lo-fi et DIY, le projet se démarque par sa spontanéité, de l’écriture à l’enregistrement. Mixtape Vol.2, une collection de chansons enregistrées entre 2016 et 2021, fait suite à Mixtape Vol.1 (2016) et EP-1 (2020).

critiques

L’Infonie – Volume 3

Année de parution : 1969
Pays d’origine : Canada (Québec)
Édition : CD, Tir Groupé / Mucho Gusto – 2000
Style : WTF, Expérimental, Musique concrète, Space Age Pop, Freakbeat, Free Jazz, Classique, Contemporain, Spoken Word, Psychédélique, Laboratoire de catastrophe générale, FUTURISME

N’en déplaise à mon rival chéri Yannick Valiquette, voici une autre note très très haute (chronique écrite quand je donnais encore des notes aux albums… celui-ci avait récolté un 9.5 sur 10 pour ceux que ça intéresse). Mais je ne pouvais pas, en bonne conscience, donner une note inférieure à ce… ce… ce truc !?! Ouais, on va appeler ça un truc et pas une affaire, parce qu’après avoir écouté ce premier (3ème) volume de L’Infonie, on apprend ce que c’est L’AFFAIRE (les initiés comprendront… avec délice).

Moi, quand je pense « disque québécois ULTIME », je pense à ce premier opus discographie du collectif mené par Walter Boudreau BIEN AVANT n’importe quel Harmonium, Beau Dommage, Octobre, Séguin, etc…

Avant toute chose, l’Infonie, c’est bien plus que de la simple musique… Fondé en 1967, le groupe à géométrie variable présente des spectacles alliant musique (improvisée et composée), poésie, danse, mime et art visuel. Le projet est plus ou moins né dans le sillage de l’Expo 67, événement-clé qui fut une véritable matrice à foisonnement culturel dans celle qu’on aime bien appeler la Belle province. La tête pensante du projet, Walter Boudreau, saxophoniste free Jazz de son état, s’acoquinent de précieux collaborateurs comme le poète on ne peut plus flyé Raôul Duguay, des membres du quatuor du nouveau jazz libre du Québec, des musiciens classiques, des peintres/dessinateurs, des conteurs, un sonorisateur, un sculpteur-graveur et même un chiropraticien (le fabuleux Doc Sproc !).

C’est une quinzaine (!!!) de musiciens multidisciplinaires qui se sont réunis pour participer à l’enregistrement de cette chose rutilante qui a vue le jour sous forme de galette vinylique subversive en l’an de grâce 1969. Peu de gens l’ont acheté mais je suis pratiquement convaincu qu’ils furent tous subjugués par tant de saugrenuité euphorisante ! Au menu : un buffet chinois schizoïde au grand complet (avec un extra spare ribs qui brillent dans le noir ; d’une luminescence quasi-cosmique).

La Face A est dédiée à une suite (débordante d’idées) qui s’intitule « L’Ode à L’Affaire ». Cela se divise en 5 mouvements, tous plus cinglés les uns que les autres, dans lesquels s’enchevêtrent les spectres du jazz libéré, du classique contemporain, de la musique concrète, du freak pop spatial + une prière psychédélique-psychanalytique et j’en passe… Le genre de machin qui détruit n’importe quel préjugé ou à priori qu’un mélomane pourrait potentiellement avoir à propos de la musique québécoise.

Je me souviendrai d’ailleurs toujours de ma première écoute à 17 ans, la matière grise bouillonnante, mes tympans déviergés jusqu’à plus soif, tous mes sens à la dérive… Je ne faisais pas QUE découvrir un chef d’oeuvre underground québécois majeur. Je découvrais aussi un énigmatique portail qui, quand on l’empruntait, nous menait vers multiples univers sonores qui étaient (pour moi alors) complètement insoupçonnés. C’était mon initiation formelle à la musique contemporaine et à l’avant-garde AT LARGE (à part pour le Free Jazz, vu j’avais déjà commencé à baigner dans le Coltrane post-Amour Suprême). Bref, je ne suis pas le plus patriotique des citoyens mais j’ai quand même une certaine fierté à ce que ce soit un disque de chez nous qui m’ait fait m’intéresser à tout cela !

Donc pour en revenir à cette Face A qui débute sur un délire jazz-bruitiste incandescent… Il faut absolument mentionner la pièce « J’ai perdu 15 cents dans le nez froid d’un ange bronzé ». De UN parce que c’est le meilleur titre de piste EVEUR. De DEUX parce que c’est un des grands moments de space age pop / library muzik psychée (digne des travaux de Jean-Jacques Perrey ou de la fabuleuse messe pour le temps présent de Béjart/Henry).

La Finale de L’Ode est aussi un des trucs les plus épiques que j’ai entendu en musique de toute ma vie. On se croirait dans un remake de Ben-Hur qui se déroulerait sur la surface glacée-brûlante de Gliese 436-B.

FACE B maintenant… ça part en force avec le méga-hit bonbon acidulé-hurlant « Viens danser le « O.K. Là ! » ». Dans un monde idéal et mielleux, cette merveille serait un hymne connu de tous (oui, même toi dans le fond de la pièce !). C’est violemment jouissif et volontairement niais. C’est un genre de « Manon viens danser le ska » mais versant surréaliste-séditieux-parodique.

Cela début ainsi : Un homme (des cavernes !?!?) éructe d’un « EILLE ! MON TA&?&-BOURNAQUE !!! R’GARDE MOÉ !!!! VIENS ICITTE ! R’GARRRDE MOÉ !!!!! »

Et puis les cuivres se font allé soudainement-joliment alors que les choristes chevelus y vont de leur « OK LÀ ! » triomphal à toutes les 2-3 secondes. Pendant que ces nouveaux détails sonores hirsutes vont bon train, notre Néandertalien continue de gueuler des insanités loufoques (« LACHE MOÉ DONC !!!! M’AS T’ARRACHER L’COEUR !!!! »).

Esti de Criss de Tabarnak que c’est bon. Et con. Comme il se doit.

« Toutes les affaires s’en vont sur toutes les côtés en même temps, tout l’temps » (ce titre, tudieu !), c’est une minute en apesanteur dans un morceau de space-ambiant électronique assez enlevant et glauque. Le monolithe de « 2001 : Space Odyssey » serait fier.

Changement d’univers ensuite pour une reprise très mélancolique de « She’s Leaving Home » (des Beatles) pour ensemble à vents. C’est beau et un peu étrange de retrouver ça ici. À cela succède un « Intermezzo » au piano (pour attardé mental). Le pianiste abandonne après quelques secondes. On entend des pas. Une porte se referme. Et L’Agnus Dei (tiré de J-S Bach) vient alors envahir notre appareil auditif. Parce oui, l’album, pas satisfait de nous avoir déjà assené 48 styles musicaux disparates à la gueule, veut aussi se la jouer Baroque à ce moment précis.

Le divin disque se conclut dans l’imbroglio le plus complet avec « Desafinado » (cover de Antonio Carlos Jobim). La bossa nova réinventée à la sauce chaotique est introduite par un monologue particulièrement emphatique de notre cher Raôul Duguay (qu’on entend peu sur ce disque ; son rôle de chanteur sera plus développé sur les opus suivants de l’ensemble). Le chiffre 3 (que Raôul affectionne particulièrement) est ici à l’honneur !

La version CD de Mucho Gusto contient 3 pistes bonus (enregistrées en pestak !) qui sont d’un intérêt un peu moindre. Mais il est toujours sympathique de lire un titre comme « Histoire de la P’tite Ch’nille électrique Qui Fut Métamorphosée En Ch’nille Naturelle Par la Fée Trobouguorbrotelle ».

Je me suis encore une fois un peu beaucoup épanché sur cette critique donc il ne me reste pas grand chose à dire en mode « post-scriptum ». Mais bref, si vous n’avez jamais entendu CE PUTAIN D’ALBUM, il faut rectifier le tout au plus vite et l’écouter (CE PUTAIN D’ALBUM). SURTOUT si vous êtes amateur/trice de musique folle, aventureuse, libre, ouverte, fébrile, tactile, fougueuse, rigoureuse, extatique. Un disque essentiel dans la vie de tout adorateur de weird.

ANWEILLE YANNICK VALIQUETTE ! KESS T’ATTENDS !?!? M’AS T’ARRACHER L’COEUR !!!


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :

15 Fréquences, Mixtapes

15 Fréquences Ultimes – Épisode 10 – François Zaidan

Aux Paradis Étranges, on célèbre en grand car ce 10ème épisode des 15 Fréquences Ultiiiiimes est composé des choix hétéroclitement vôtres de mon ami adoré François Zaidan, multi-instrumentiste dans l’orchestre d’Avion Tournevis et membre du Quattuor Tempora. En plus d’être beau, gentil, d’écrire très bien et de sentir bon, François est probablement le plus grand mélomane que je connaisse sur cette bonne vieille Terre ; next to me of course… J’vous le dis : y’a de quoi dans l’eau d’la Mauricie. Ça créé des mélomanes un peu sautés.

Francesco est aussi mon pusher de disques préféré, mon disquaire personnel (et celui de plusieurs autres personnes). Incroyable défricheur/chercheur de merveilles sonores aux confins du globe, il ne revient jamais bredouille de ses fabuleux « digs ». Je vous partage d’ailleurs son très élégant texte de présentation qu’il avait rédigé pour Bruit de Fond, l’ancien blogue sur lequel j’exerçais mon verbe et où il écrivait aussi parfois :

La musique avant tout. Ensuite la poussière, l’humidité, le froid qui engourdit les doigts lorsqu’on fouille à travers des milliers de disques abjects pour dénicher l’ultime, le précieux, l’obscure et l’inconnu. C’est dans les marchés aux puces à jouer à l’archéologue de sons étranges et oubliés qu’a commencé cette obsession ; cette douce et violente obsession qui perdure et qui induit toujours l’extase. Ca ne finit pas. Il ne faut pas que ça finisse. J’ai excavé des disques au Nunavut en contemplant l’immensité des eaux glacées, dans des campagnes Suisses regorgeant de free jazz et de private press psychés, au fond d’étroites ruelles à Shibuya, dans les souks Marocains entre des carcasses d’animaux et des meubles rongés par le temps, perché sur des échelles dans des appartements à Beyrouth et dans d’innombrables sous-sols Québécois. Le problème (ou la cure ?), c’est que je n’ai pas encore trouvé. Malgré la physicalité et la relative durabilité des supports, l’évanescence de la musique m’encourage toujours à chercher davantage et je me résous à ne jamais trouver.

C’est pas magnifique, tout cela ?

Et comme l’inventeur du ZAIDANATOR 3000 ™ ne fait jamais les choses à moitié, il vous a aussi composé des somptueux petits textes de présentation pour chaque piste du mix. Ils sont disponibles en bas du présent article. Je vous conseille fortement de lire le tout alors que vos tympans s’abreuvent (avec extase et délice) à même le monde sonore si particulier de sieur Zaidan.

Tracklist:

  1. Raul Lovisoni & Francesco Messina – Prati Bagnati Del Monte Analogo
  2. Fairuz – Saalouni El Nas
  3. Gateway – Backwoods Song
  4. Vis-A-Vis – Odo Gu Ahorow
  5. John Coltrane – Sun Ship
  6. Fred Frith – Open Ocean
  7. Wiliam Basinski – D|P 3 (extrait)
  8. L’Infonie – Paix (extrait)
  9. Peter Brötzmann Octet – Machine Gun
  10. Alvin Curan – Canti E Vedute Del Giardino Magnetico (Side 2)
  11. This Heat – Horizontal Hold
  12. Scott Walker – The Seventh Seal
  13. Can – Future Days
  14. Linda Perhacs – Chimacum Rain
  15. Fly Pan Am – Dans ses cheveux soixante circuits

Vous pouvez suivre et encourager François sur son Instagram (bourré de disques qui font vachement envie). Voici sinon quelques liens Bandcamp de projets auxquels il a participé ces dernières années : Klô Pelgag, Quattuor Tempora, Laurence-Anne.

Je repasse la « puck » à m’sieur Zaidan ci-bas. Bonne écoute et bonne lecture !


Raul Lovisoni & Francesco Messina – Prati Bagnati Del Monte Analogo

Cette pièce a toujours été en puissance, cachée ou enfouie quelque part n’attendant qu’à être découverte. Si bien que je ne me souviens plus exactement quand ni comment j’en suis venu à la découvrir. Elle est simplicité absolue et immanquable réconfort.

Fairuz – Saalouni El Nas

Avec les longues et lancinantes pièces d’Om Kolsoum, la profondeur de Wadi Al Safi et les guitares surfs d’Omar Khorshid, Fairuz fait partie de la trame sonore de mon enfance. Ça m’a pris un long moment avant de comprendre toute la puissance de la musique Libanaise (et plus largement de la musique moyenne-orientale), de discerner les inflexions poétiques, d’apprécier les mélodies presque systématiquement jouées à l’unisson, de me plonger dans l’univers des modes (des maqamat) et d’enfin ressentir le tarab (terme s’apparentant plus ou moins à l’extase rendue possible par la musique).

Gateway – Backwoods Song

Groupe dont la cohésion, la maîtrise et la liberté est à envier. À la limite du free jazz, avec une production pas trop scintillante (dans mes quelques doux reproches à ECM), cette pièce et cet album me semble toujours intemporel.

Vis-A-Vis – Odo Gu Ahorow

Sans trop savoir pourquoi ni comment je suis un jour tombé sur une pièce du groupe ghanéen Kyeremateng Stars (merci les algorithmes j’imagine…), la musique highlife m’a pris par surprise et profondément intrigué. Généralement basé sur des entrelacements de guitares assez jumpy, les voix qui s’y juxtaposent sont toujours empreintes d’une pointe de nostalgie. La pièce proposée ici de Vis-A-Vis en est un exemple remarquable. Et par la force des choses, ces pièces et le highlife ghanéen ont pavé la voie à ma découverte des musiques d’Afrique de l’Ouest et ont contribué à mon obsession actuelle avec les musiques maliennes.

John Coltrane – Sun Ship

Étrange découverte de jeunesse mais qui a néanmoins été particulièrement fondatrice dans mon parcours. Vers mes 14-15 ans, un professeur de guitare à qui j’ai demandé de me proposer des « trucs jazz bizarres » a mentionné Sun Ship de manière un peu désintéressée et ce fut je crois mon premier contact avec le free jazz. De ça découle mon appréciation des musiques improvisées (j’y reviendrai sous peu) et du jazz d’ordre plus « spirituel ».

Fred Frith – Open Ocean

Je dois la découverte de l’album Clearing de Fred Frith au même professeur de guitare mentionné précédemment. Cet album m’a sidéré en me démontrant que les possibilités de la guitare allaient bien au-delà des notes jouées sur le manche et d’une approche plus traditionnelle de l’instrument. Bien que je comprenne maintenant comment Frith s’y est pris techniquement, cet album demeure un des piliers indéniables de mon développement musical, de mes recherches académiques et de mon jeu instrumental.

Wiliam Basinski – D|P 3 (extrait)

La découverte du travail de Basinski et de ses fameux Desintegration Loops restera toujours gravée dans ma mémoire et est empreinte d’un brin de nostalgie (feeling très propice à cette musique j’imagine…!). Je venais d’arriver à Montréal pour étudier au Cégep et moi et mon ami Jef (qui s’est étrangement volatilisé de notre cercle d’amis) allions souvent assister à des concerts de free jazz, de noise et de musique contemporaine. En rentrant d’un concert à la Sala Rossa dans l’auto de Jef, une musique douce mais insistante jouait « en boucle » sur un poste de radio universitaire. Arrivé à destination, nous sommes restés silencieux pendant près d’une demi-heure attendant que la pièce termine pour enfin savoir qui était derrière la création de ce mystère.

L’Infonie – Paix (extrait)

À mon humble avis le groupe/collectif le plus unique et éclaté ayant foulé les scènes québécoises. Bien que très ancré dans une mouvance et dans une effervescence propre à la fin des années soixante, l’Infonie m’apparaît comme une des manifestations les plus tangibles et abouties d’une tentative de création totale et multidisciplinaire. Ce groupe n’était ni complètement free, ni baroque, ni résolument prog, ni musique contemporaine, mais plutôt vraiment TOUTTT!

Peter Brötzmann Octet – Machine Gun

Écouter ça à 6h30 du matin, dans l’autobus jaune pour aller à l’école secondaire me semble maintenant un peu troublant… mais bon, les musiques improvisées ont pris tellement de place dans mon parcours et dans mes intérêts que ce n’est peut-être pas si étrange après tout.

Alvin Curan – Canti E Vedute Del Giardino Magnetico (Side 2)

La pièce traversant les deux faces de ce disque provoque un réconfort similaire à la musique de Lovisoni & Messina. Une musique irréelle adéquate pour les temps doux et troubles.

This Heat – Horizontal Hold

Dans les plus gros coups de poing musicaux que j’ai reçu en pleine figure. Le parfait alliage entre une conception assez large des musiques « pop » et la musique d’avant-garde. Toutes leurs pièces auraient pu être choisies dans le cadre de ce mix, mais l’instrumental Horizontal Hold se glisse dans le tier supérieur de mon appréciation du groupe pour sa production lo-fi abrasive, pour les changements brusques et drastiques qui préfigurent le reste de leur output créatif (et même les projets solos subséquents des membres du groupe).

Scott Walker – The Seventh Seal

Bien que j’apprécie et respecte énormément tout ce qu’a fait Scott Walker, de ses reprises de Brel à l’étrangeté absolue de The Drift ou Bish Bosch, Scott 4 constitue toujours à mon humble avis l’apogée de sa carrière. L’orchestration y est parfois tendue et contraste à merveille avec la voix crooner de Walker. À la fois de son temps et intemporel.

Can – Future Days

Bon. Can devait faire acte de présence dans mes 15 fréquences ultimes. Mais quelle pièce ? Quel album ? Ege Bamyasi aurait évidemment fait bonne figure. Tago Mago est aussi un disque d’ile déserte. La période Mooney avec son songwriting aux limites de la folie mériterait une mention spéciale. MAIS, je reviens toujours à Future Days pour la consistance de ses quatre pièces et pour ce que je considère être le « génie » de Can : un alliage impeccable de rock, de musique d’avant-garde, de musique électronique et de songwriting ultra catchy.

Linda Perhacs – Chimacum Rain

Pour un peu de douceur folk 60’s/début-70’s, j’aurais pu choisir plusieurs pièces. J’ai hésité à mettre My Spirits Calling de Rodier, Earthpeople de Ramases, Janitor of Lunacy de Nico, Willie O’Winsbury d’Anne Briggs ou de nombreuses autres (ce n’est pas ça qui manque). Mais l’unique album des années 70 de Linda Perhacs possède un certain statut mythique et un mysticisme qui lui est propre et qui témoigne admirablement bien de cette vague folk légèrement en marge des sentiers plus achalandés de la décennie.

Fly Pan Am – Dans ses cheveux soixante circuits

Fly Pan Am est une autre des raisons pour laquelle j’ai décidé de faire de la musique, mais aussi une des raisons pour laquelle j’ai commencé à m’intéresser à certaines musiques plutôt qu’à d’autres. À réécouter ce mix et à relire mes courtes notes, je me rends compte que ce que j’aime avant tout en musique, c’est l’entre-deux, l’incertitude, l’éclatement, ou l’espace liminal entre les formes, les époques, les styles. Fly Pan Am est exactement tout ça. J’ai choisi cette pièce car elle termine parfaitement un mix : sur un point d’orgue, sur une suspension/tension, sur un désir d’en savoir plus. Je ne peux pas non plus omettre mon premier contact avec cette pièce : avec des amis d’enfance, dans une auto roulant en pleine forêt, sur une substance hallucinogène quelconque : un moment d’angoisse qui a vite laissé place à un moment de contemplation et à un désir d’en savoir plus.

MENTIONS SUPPLÉMENTAIRES :

Peter Grudzien – Kiss Me Another

Area – Luglio, Agosto, Settembre (Nero)

Group Doueh – Zayna Jumma

Mark Isham & Art Lande – Melancholy of Departure

critiques

Oren Ambarchi – Live Hubris

Année de parution : 2021
Pays d’origine : Australie
Édition : Vinyle, Black Truffle – 2021
Style : Krautrock, Rock Expérimental, Progressive Electronic + un soupçon de Jazz Libre

Non mais… regardez moi c’line-up ! C’est à en faire baver tout fan de musique expérimentale qui se respecte. Mon beau Oren chéri à la gratte, accompagné de super Jiminounet (O’Rourkounet) au guitar synth (j’imagine que c’est comme un piano-guitare, mais en moins AOR), Eiko Ishibashi au flutiau, Andreas Werliin de l’orchestre en FEU! à la batterie métronomiquement votre, Albert FUCKING Marcœur à la gratte, Konrad Sprenger aux bidouillages électroniques, William « électro-acoustique » Guthrie derrière les fûts lui aussi, le saxophoniste free jazz fou fou fou Mats Gustafsson et j’en passe parce que sinon, cette critique ne sera constituée que de name droppin de gens dont la mention excite une bien faible proportion de la population terrestre (mais les connaisseurs risquent de mourir d’une trop nombreuse série d’orgasmes à la chaîne avant même d’avoir écouté ne serait-ce qu’une seule note de cette merveille faîte disque « live »).

Bref, c’est beaucoup BEAUCOUP de beau monde qui sont conviés à cette performance « en PESTAK » on ne peut plus endiablée et réjouissante d’une des oeuvres les plus célébrées de l’Australien prolifique. Cette prestation atomise la (pourtant excellente) version studio de la bête motoriKe. Hubris, c’est ce qui arrive quand des muzikos souvent très sérieux provenant de champs très gauche (Drone, EAI, électro-acoustique, Free Improv, Jazz d’Avant-Garde) décident de se la jouer rockers choucroutés le temps d’un disque jubilatoire et hypnotique.

L’oeuvre se décline en deux longues pistes, scindées par un bref interlude Albert Marcoeur-licieux (oui oui, ce terme existe pour vrai et je ne viens pas tout juste de l’inventer ; j’vous jure) où des arpèges de guitare syncopés accompagnent une tentative hésitante de conversation téléphonique en fond sonore. Ce délicieux (et essentiel) apéritif sonore est idéal entre les deux morceaux de bravoure que sont Hubris 1 et Hubris 3…. Là, c’est dense de chez dense. Les pulsations électroniques de sieur Sprenger sont l’assise parfaite aux entrelacements des nombreuses guitares électriques (7 si je ne m’abuse) qui tournoient passionnément dans un espèce de banquet flottant cinglé de polyrythmies en sourdine enchevêtrées. Tout est ondulations kraftwerkiennes. Tout évolue fabuleusement au fil de ces lignes guitaristiques étroitement liées mais métriquement distinctes ; aux accents changeants subtilement, ricochant les unes sur les autres, le long de l’impulsion centrale sans fin. Et éventuellement, les batteries viennent s’en mêler ; pour notre plus grand bonheur auditif et sensoriel. Et le tout vire encore plus électro. Plus « funk de robots ». Plus Halleluwah (de Can, si il faut les nommer) en somme, mais un Halleluwah version moderne Kosmigroov (avec le saxooooooo) ; comme si on était transporté dans les sessions du On The Corner de Miles (se déroulant dans une station spatiale orbitant Jupiter & Beyond).

CALISSE que c’est bon. Une tuerie qui vous rendra tout aussi joyeusement et rythmiquement siphonné que moi. De la très grande musique.


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :

critiques

The Pop Group – Y

Année de parution : 1979
Pays d’origine : Royaume-Uni
Édition : CD, Rhino – 2007
Style : Post-Punk, No Wave, Rock Expérimental, Dub, Funk, Art Punk, Free Jazz

Bristol, 1977… Il devait il y avoir quelque chose de vicié dans l’eau ou un contaminant chimique dans l’air. Sinon, comment expliquer ÇA ? Comment expliquer sinon la formation de cette bande de joyeux drilles déglingués/atypiques/schizoïdes à souhait ? (et le mot « schizoïde » n’est pas choisi au hasard m’sieurs-dames ! Suis-je le seul à déceler ici des relents de la pièce d’ouverture du premier disque du Roi Pourpre ?).

Le groupe Pop, c’est 5 jeunots tous plus barges les uns que les autres. Il y a le chanteur Mark Stewart, le guitariste John Waddington, le bassiste Simon Underwood, le guitariste/saxophoniste Gareth Sager et le batteur Bruce Smith. Ces sympathiques messieurs sont friands de funk, de dub, d’avant-garde et de Jazz libre. Au lieu de se choisir un créneau à travers tout cela, ils ont décidé de mettre l’intégralité à la poêle (le rond à « high ») et de déglacer avec une généreuse portion de ce qu’on appellera bientôt le Post-Punk (un « style » qui n’en est pas vraiment un ; vu la grande disparité musicale des groupes à qui ont a affublé l’appellation)

Produit par un mec plutôt versé dans le reggae (le barbadien Dennis Bovell, membre du groupe Matumbi et collaborateur régulier de Linton Kwesi Johnson), ce premier album de nos comparses anglais est un véritable malstrom d’idées confuses et jusqu’au boutistes, de styles musicaux disparates qui baisent entre eux dans une perpétuelle orgie sonore, de cris et gloussements folichons de défoncé mental sévère, de guitare atonale qui te décape le conduit auditif « drano-style », de saxo free jazz rappelant James Chance/White, de basse funky à la James Brun, de percussions tribales sèchement sociopathes ET de passages glauquissimes de quasi « musique concrète » où presque toute forme de structure disparaissait au profit d’un délicieux malaise…

Et malgré tout, on ne peut pas s’empêcher d’avoir le goût de DANSER pendant l’écoute de ce monument de « What The Fuck ». DANSER comme des fous, de manière désordonnée, en boxer-shorts, dans les rues, un scalpel bien effilé dans la main droite ; un milkshake choco-banane dans l’autre. DANSER toute la nuit si il le faut. Pour citer l’animatrice maison qui a jadis co-interprété le méga-tube-des-z-internets Ma Colombe est Blessée : « C’est des musiques TELLEMENT entraînantes »

Parce que OUI, milles fois OUI : The Pop Group, malgré toute sa grandiloquente DÉMENCE, porte bien son nom. Car le côté pop-dansant-quasi-surf-rock, il est partout (sur la Face A ; la B peut-être moins). Ça sort de tous les pores de cette musique-fléau. On peut facilement penser aux Talking Heads…. mais genre le frère jumeau un brin retardé/asperger/dangereux/louche de Tête parlante premier du nom…. celui qui gamin aimait courir à poil dans l’appart avec des ciseaux dans les mains, la bouche pleine de corn flakes, en écoutant un disque vEnyle d’Albert Ayler à plein volume.

Chaque morceau ici présent est une petite maladie mentale en soi.

Il y a d’abord la spasmodique « She Is Beyond Good & Evil » qui ouvre le bal de belle façon avec sa rythmique syncopée (presque caribéenne), sa guitare fuselée qui est tellement à l’avant scène dans le mix qu’on sursaute à chacune de ses apparitions, cette basse funky en retrait, ce reverb dub-licieux, et bien sûr : l’arsenal vocal complètement déluré de Mark Stewart (le chanteur qui veut te péter la gueule avec sa voix qui change de tonalité aux 2 secondes). « Thief of Fire » est un autre morceau funk-punk HYPER tendu de haute volée…. mais on commence à sentir ici qu’on est pas chez Gang of Four ou The Wire… le trouble commence à s’installer. Le saxo foutraque fait son apparition… le déstructure prend le dessus sur la normalité. Une tonne d’effets sonores bien siphonnés font irruption (échos, reverb, samples de voix). Ce disque n’a pas fini de nous surprendre.

« Snowgirl », on dirait deux bands complètement différents qui essaient de s’enterrer l’un l’autre. Un qui officie dans le cool-jazz de bar enfumé et l’autre dans le noise-rock-improv. Ils finissent par s’accorder ensemble juste quand le morceau s’achève sous notre psyché ébahie. « Blood Money », c’est du quasi industrial-free-jazz. Terriblement accrocheur, « We Are Time » a ce petit côté rockabilly-surf-50s que j’affectionne temps.

Flashback d’un séjour irréel dans un hôpital psychiatrique hanté avec « Savage Sea » (moment le plus neurasthénique du disque… et mon morceau préféré de la troupe) où la mélancolie d’un piano effleuré façon « Vince Guaraldi sur le buvard » est recouvert par les brumes opaques des murmures chaotiques, des échos fantomatiques, des quasi chants grégoriens zombifiés et de la belle musique concrète comme je l’aime.

Avec la Face B, on plonge dans le No Wave tête première, sans jamais vraiment en ressortir… On se croirait chez les fous de Mars ou de DNA (versant british). Ceux qui aiment les mélodies, les jolies compositions et l’ordre vont abandonner ici leur écoute (si ce n’était pas déjà fait avant). Inutile de commenter chaque pièce. C’est un tout compact, sans réel début ni fin. Les mauvaises langues diront que c’est du foutage de gueule. Pour moi, c’est de la grande musique de « crétins géniaux »

VERDICT : « Y » est un disque essentiel pour tout fan de musique dérangée. Un ÉNORME disque de post-punk expérimental et un bel exemple de l’influence de la scène no-wave new yorkaise outre-Atlantique. Un quasi chef d’oeuvre.


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :

critiques

John Coltrane – Interstellar Space

Enregistrement : 1967
Année de parution : 1974
Pays d’origine : États-Unis
Édition : CD, Impulse! – 2000
Style : Free Jazz SUPRÊME

Tiré des ultimes sessions studio de Coltrane (en 1967) avant son départ soudain pour d’autres sphères, Interstellar Space aura dû attendre 7 longues années avant de mériter sa sortie dans les bacs. Et pourtant, il s’agit là d’une des meilleures offrandes discographiques du plus grand saxophoniste de tous les temps. Le 22 Février de cette année, Coltrane est entré au studio, accompagné seulement du percussionniste/batteur Rashied Ali (musicien exceptionnel et pierre angulaire de la dernière période de la carrière de John). Ce qui s’est passé cette journée d’hiver n’est que pure magie. Composé uniquement d’une série improvisées de duos sax/drum ahurissants, Interstellar Space nous fait goûter, plus que jamais auparavant, cet ailleurs inouï qu’évoque la musique fiévreuse de l’homme suprême (dixit Christian Vander).

Aussi bizarre que cela puisse paraître, dans mon introduction à Coltrane, j’ai d’abord écouté le très classique et enfumé Blue Train, grand disque de Hard-Bop puis j’ai sauté directement à la case intergalactique avec ce disque (sans passer par les cases obligées « Giant Steps », « Africa/Brass » et « A Love Supreme » au préalable). En musique, j’ai toujours été un pique-assiette intrépide, faut dire. Mes jeunes oreilles ont littéralement été déviergées en l’an de grâce 2002 par cet album plus grand que nature et, fait encore plus étrange… j’ai adoré. J’ai découvert le Jazz Libre avec Interstellar Space et j’ai découvert aussi à ce moment que j’adorais cette forme de musique complètement jusqu’au boutiste, extrémiste à souhait, sans entrave aucune, chaotiquement belle et qui dépasse toute forme de frontière mélodique… Cet album m’a grand ouvert les portes sacrées des « For Alto » de Braxton, du « Karma » de Sanders, du « Spiritual Unity » de Ayler et j’en passe. Et je ne remercierai jamais assez Coltrane pour cela.

Rashied et John, en pleine lévitation sonore…

Le choc est rude, en effet. On est assailli par la batterie polymorphe du démon-batteur qu’est sieur Ali ainsi que les cris saxophoniques multiples d’un Coltrane en transe. « Mars », planète de la guerre, se pointe à l’horizon, introduite (comme toutes les pistes) par ces bruissement de cymbales. Devant ce foutoir pouvant sembler incohérent, on peut avoir le goût de prendre nos jambes à notre cou et de se sauver loin loin (pour écouter un vieux Miles Davis de l’époque « Prestige », bien plus rassurant)… Mais il suffit de tenir bon et de se laisser porter célestement à travers la stratosphère de ces planètes et ces nébuleuses réinventées (de manière sonore) par nos deux compères qui vont toujours plus loin dans l’innommable et l’inconcevable.  Et on finit par y voir briller dix millions de couleurs fantasques, d’en apprécier les contours brumeux, de saisir ce dialogue fou qui sévit entre les deux instruments. On finit par le trouver beau, cet abîme de sons démentiels. Oui, il faut juste fermer les yeux et se laisser porter là où John et Rashied sont en train de se porter eux-mêmes…

Ce disque est voyage initiatique. Ce disque est beauté suspendue en apesanteur, une beauté féroce que seul Coltrane savait atteindre. Achetez vos billets et préparez vous à partir loin, loin, loin…


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :

critiques

Sun Ra – Cosmos

Année de parution : 1976
Pays d’origine : États-Unis
Édition : Vinyle, Inner City – 2010
Style : Avant-Garde Jazz, Jazz Fusion, Spiritual Jazz, Free Jazz, Post-Bop

Hey toi jeunot… Oui toi ! Tu te cherches un album de Sun Ra qui peut PRESQUE (je dis bien « presque ») jouer en fond sonore lors de ton souper spaghetti du mardi soir en famille ? Tu veux aussi que ce disque, par le fait même, fasse en quelque sorte le pont entre le Sun Ra acoustique des débuts et le Sun Ra plus funky/électro/discoïde de la deuxième moitié des seventies acidulés ? Bref, tu veux une fusion quasi-parfaite de tout le spectre sonore de l’homme casqué de Saturne ; mais sans verser trop profondément du côté de ses essais Jazz Libre chaotiquement décalibrés (que tu te réserves plutôt pour ces moments de recueillement solitaire suprême aux heures pâles de la nuit)… Et bien, j’ai justement la galette qu’il te faut !

Bienvenue dans ce Cosmos bienveillant, à la fois grisant/opiacé/foutraque par bouts (ça demeure du Ra Soleil après tout) mais quand même bigrement bien structuré et finement ficelé. C’est pas mal le disque parfait pour s’initier au compositeur/pianiste/philosophe des étoiles préféré des petits et des moins petits. On y retrouve des pistes très Swing qui rappellent les offrandes discographiques late 50s/early 60s de l’Arkestra mais le tout saupoudré par cette petite touche jazz-ambient-relax promulguée par le space moog onirique de monsieur Ra (instrument qui était son nouveau petit joujou préféré à ce moment là). Le vaisseau-arche traverse ici une galaxie particulièrement smoothy-licieuse, constituée de planètes(-pistes sonores) bleutées-pourpres-argentées.

L’ambiance d’un disque de Sun Ra est toujours extrêmement particulière. Il faut écouter quelques disques de l’homme pour commencer à pénétrer vraiment dans son univers bruitatif totalement « autre »… La musique de Sun Ra, c’est un rêve. Du Dream-Jazz en somme. Et parfois, nos rêves sont plus concis, les contours plus nets, mieux dessinés ; ça se tient quand même bien… d’autres fois, c’est juste du maboulisme pur jus ; la réalité n’est plus qu’un distant souvenir, tout s’efface, se disloque et se reconstruit célestement sous de nouvelles formes et anti-formes dans la chambre nuptiale de Morphée… Mais peu importe le degré de déraison du dit songe, il y a toujours ce petit côté brumeux-irréel-nébuleux. Et cet aspect là est toujours prévalent chez Sun Ra… Et teinte donc ce Cosmos tout chimérique qu’il l’est. Claviers atmosphériques, basse électrique, flûtes et saxo multiples, basson, clarinette, trompette, cor français, batterie, trombone et voix disparates (qui récitent un mantra sur la première pièce de la Face B, superbe)… Tant d’éléments contribuant à produire ce brouillard jazzy narcotiquement vôtre, cette substance sonore affranchie, énigmatique et belle à en pleurer.


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :