Mélomane depuis sa naissance, Sylvain a toujours amassé les cassettes et cd jusqu’au jour fatidique du 17 mars 2006, où sa vie fut perturbée à jamais par l’achat de ses premiers disques vinyle au No Fun Fest à Brooklyn. La vie ne fut jamais pareille depuis, accroc de la galette noire pour la vie, la « collectivite » aigüe frappe très fort. Aussi musicien à ses heures, Castilloux a oeuvré dans plusieurs groupes de la scène underground de Montréal, dont ManyMental Mistakes, Ghostlimbs, Les Zerreurs et présentement Nuage Flou ainsi que Curling Irons.
Tel qu’évoqué ci-haut, mon pote Sylvain (que j’appelle affectueusement « OG Castilloux ») a une collection de disques complètement folle (et vaste). Il publie religieusement ses écoutes sur sa page Instagram, que je consulte régulièrement avec admiration et envie. C’est une des références absolue en matière de no wave, garage rock, post-punk, noise rock, punk, hardcore, abstract/leftfield hip-hop, rock expérimental, psych (et j’en passe). Parler avec Sylvain est dangereux parce ce qu’à chaque fois, au terme de la discussion, tu as le goût de t’acheter 47 albums… Et souvent les 2-3 premiers de chaque groupe évoqué 🙂
C’était donc normal que ce grand mélomane devant l’éternel soit une des premières personnes à qui j’ai proposé le délicat exercice de sélectionner ses 15 pistes ultimes. J’imagine que le choix fut délicat et difficile. Mais en bout de ligne, on a ici un mix qui représente vraiment bien toutes les (nombreuses) facettes d’un des musiciens les plus sympa et cool de la scène montréalaise !
Je souhaite une fabuleuse écoute à tout le monde, y compris le célèbre Géant Vert (qui, fait fort méconnu, adore écouter du no wave lorsqu’il n’est pas occupé à faire la promotion des légumes en conserves).
Léon LeCamé, précieux collaborateur des Paradis Étranges, nous présente ici ses morceaux préférés d’Halloween ! Au menu : trames sonores de films d’épouvantes, électro-industriel, keller synth, black metal symphonique, dark nü-jazz, illbient post-industriel, dungeon synth gothico-métallique, ambient rituel, psychobilly, doomy Neue Deutsche Welle, Rhythm & Blues diabolique et horror synth.
Bonne écoute !
Tracklist
Evol – The Present Age
I Am The Way, extrait de Hellraiser II
Ben Lovett – Blood Box(Hellraiser)
Jerry Goldsmith – The Sentence(Warlock)
Elliot Goldenthal – Lestat´s Tarantella(Interview With The Vampire)
Evol – Through Foggy Plains and Mystic Woods He Rides
Hexentanz – Mark Of The Witch
Scorn – Delivered
The Electric Hellfire Club – Invocation/Age of Fire
Charles Bernstein – Main Title (Nightmare On Elm Street)
Warning – Wild Roses For The Exit
DKMD – Mirrorball Massacre
Southern Culture On The Skids – Zombified
Nekromantix – Murder for Breakfast
Danny Elfman – Carnival Underground (Nightbreed)
Energie Noire & FZR Sethi – Wrac’h Noz I / Entering The Spells
Screamin’ Jay Hawkins – I Put A Spell on You
Cradle of Filth – The Rape And Ruin Of Angels (Hosannas In Extremis)
Hexenmeister – Daum Des Geistes
*Mixtape montée Salade d’endives / sélections de sieur LeCamé.
Style : Black Metal, Progressif, Avant-Garde, Industriel, Jazz?!?, WTF
Le grand bal arctique a commencé à minuit moins 5. C’était sur la plage de Ramberg, dans les îles Lofoten. La mer était agitée de vagues un brin insolites. En fait, les vagues étaient littéralement en feu (si, si !), ce qui recouvrait la plage d’un spectre chatoyant des plus romantique. On avait eu la riche idée de déverser dix mille tonnes de fuel dans l’océan (+ une copieuse quantité de cannabis) et un mec déguisé en une sorte de mime triste et barbouillé de mascara multicolore a sorti une GI-GAN-TESQUE et énooooorme allumette de son sac à surprises (du genre qu’on verrait dans les cartoons), a regardé la caméra d’une moue mi-comique mi-cosmique un petit moment puis a incendié les flots environnants.
Des types en costard, cheveux longs, monocles pour certain, martinis ensanglantés à la main, sont arrivés sur les lieux, tout sourire. Ils étaient suivis par une caravane conduite par des chameaux zombifiés qui contenait une impressionnante quantité d’instruments de musique et derrière, un piano à queue porté par 6 moines nains qui ressemblaient en tout point à ces Jawas de Tatooine que C-3PO détestait tant. Tout le bataclan installé, nos hommes entamèrent leur sound check alors que les convives commençaient à affluer de tous les sens cardinaux. Les môssieurs étaient habillés de manière disparate, mais tous avec élégance. Le style « Cthulhu Vutton » étant très en vogue en cet an de grâce 2142, plusieurs portaient des redingotes en poussière d’étoile noire et/ou des cardigans en peau de pieuvre écarlate. Les hauts-de-forme en chair humaine faisaient presque l’unanimité, bien qu’une partie d’originaux préféraient se parer de Fez électriques aux couleurs changeantes selon l’heure ou le positionnement sur leurs caboches. Les demoiselles étaient magnifiques, robes de viande crue à l’appui, les bras décharnés de toute peau ou muscle, laissant entrevoir le squelette (le summum de la sensualité « nouveau riche » en ce 22ème siècle fou fou fou).
De sa voix impérialement dérangée, Sir Kvohst salua tout ce beau monde alors que le Vicotnik-Orchestra s’apprêtait à lancer leur offensive musicale. Après une brève et séduisante intro toute en mélopées mystérieuses, le groupe adoré des petits et grands se lança tête première dans un de leur morceau de bravoure. Black « Math » Metal cryptique, Jazz enfumé des ténèbres, Goth Rococo, envolées pianistiques Debussy-esque et vocaux de canard égorgé étaient au goût de la nuit ; le tout couronné de passages guitaristiques qu’un certain Fred Frith (musicien du 20ème siècle) n’aurait pas renié. Les invités se mirent à danser frénétiquement sur la Playa recouverte de fumée toxiquement psychotrope. Les hors d’œuvre furent servis (gaspacho de chauve-souris/céleri-rave, foie gras de goéland transgénique, tartare de mygale, joues d’écureuils carbonisées à la torche, yeux de chinchillas faisandés dans le vinaigre noir, purée de légumes extra-terrestre… bref, la classe). Tous se régalèrent en se dandinant le popotin sous les assauts soniques de nos comparses touchés par la grâce, le regard perdu dans l’infini vermeil. La fête allait bon train.
Les pièces de l’orchestre étaient franchement bizarroïdes. Longues, bourrées de dissonances élégantes et de mélodies inextricable, bordées d’ambiances schizoïdes, architecturalement Gaudi-esques, lisses et froides comme le scalpel qui vous caresse l’échine… sans véritable début, ni fin, sans paroxysme euphorique… Elles renfermaient toutes en leur cœur une multiplicité d’autres morceaux sous-jacents qui accouchaient/s’avortaient sans cesse… C’était glacé. Et pourtant grisant et chaleureux à la fois. Dualité magistrale d’une musique qui veut faire la fiesta et vous découper en petits morceaux en même temps. Sous les assauts prog-métallico-gothico-victoriens-impressionnistes, les danseurs étaient maintenant possédés. Certains se tapaient dessus avec des maillets. Des crânes éclataient et la matière grise éclaboussait les convives épars qui s’en délectaient. D’autres se lançaient des duels à l’arquebuse et le tout se terminait bien souvent avec le gagnant qui partageait une bonne bouteille de sauvignon avec le perdant qui lui, empêchait ses tripes de se répandre sur le sable en les tenant d’une main tuméfiée. De la violence gratuite, jouissive mais contrôlée ; du genre qu’on partageait de bonne grâce entre amis consentants.
Vers 1 heure du mat, alors que les muzicos étaient à la moitié de leur set-list, englués dans un passage de piano sirupeux que surplombaient des vocaux « sous hélium » (dignes des premiers disques de Frank Zappa et les Mères de l’Invention, autre groupe antique appartenant à une époque qui n’avait pas encore connu la fusion des dimensions et la guerre céleste qui s’en était ensuivi), des centaines de papillons de nuits géants fondirent d’un ciel orangé-grisâtre et emportèrent certains des invités pour les dévorer grotesquement. Un des aléas de ces nuits post-apocalyptiques. On ne leur en tint pas rigueur car le met de résistance allait être servi et ça en ferait plus pour tout le monde encore présent/vivant. Alors qu’on se régalait de méchoui de Bison de la planète Nibiru et de quenouilles frites (importées d’Italie), le groupe livrait une musique plus introspective, secouée par des relents moyenâgeux, des vocaux féminins séraphiques (une cantatrice albinos s’était emparé d’un micro) et des passages à la guitare vraiment sublissimes.
Les réjouissances reprirent de plus belle alors que la musique prenait des grandeurs orchestrales. On dansait. On riait. On s’injectait des drogues impossibles dans les yeux avec des aiguilles de cristal. On s’égorgeait à qui mieux-mieux. On discutait du guide des restos Michelin de Venus, de tapisserie égyptienne, de la néo-peste qui ravageait Séoul, des tendances à venir en matière de mocassin, de miss Univers 2141 qui était en fait un poulpe géant, du Brodway-Musical dédié à Nyarlathotep (musique composée par un Andrew Lloyd Weber au regard de suie, ressuscité d’entre les morts par les pierres damnées retrouvées dans le lac des suppliciés au Laos). Dans leur désir d’oublier l’inutilité totale de leurs vies et de profiter jusqu’à plus soif des célébrations, les convives n’avaient pas remarqué que la marée commençait à monter… Les flammes encore puissantes que les flots crachaient à qui mieux-mieux s’attaquaient aux habits chics, aux jupons et s’invitèrent bientôt sur la chair… Un véritable tableau vivant de Beksinski se dressait maintenant sous le regard amusé des musiciens, qui étaient perchés sur leur dune, en retrait. C’était devenu une grande mascarade infernale où les danseurs, dévorés par les flammes, la peau carbonisée, les yeux fondants sous la chaleur, continuaient de valser funestement jusqu’à plus soif, jusqu’au bout de la nuit. L’odeur était épouvantable ; une sorte de smog humain avec des relents maltés/sucrés.
Au petit matin, alors que le groupe parachevait une autre compo délurée et rutilante, il ne restait plus sur la plage que des décombres rapiécés : poussière cendreuse et ossements encore brûlants. L’incendie maritime avait cessé. Notre mime plus tôt évoqué arriva avec un balai et un porte poussière et se mit à ramasser toute cette déconfiture post-humanoïde. Un danseur de merengue encore vivant, brûlé au 3ème degré, se faisait déchiqueter par des hyènes affamées. Pendant ce temps, nos musiciens rangeaient tout leur attirail et s’apprêtèrent à quitter les lieux… Le lendemain, ils avaient un mariage à Bergen.
Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :
Thorns – ThornsMr. Bungle – Disco VolanteJumalhämärä – Resignaatio
Titre ironique pour album carnassier mais qui n’en a pas l’air… Membres de TG tout sourires sur une pochette qui, au premier regard, semble être plus appropriée pour un quatuor de sunshine pop que pour les parrains/marraines de l’Industriel. TG has gone pop, folks. C’est un peu ça, ce disque. Mais ne vous laissez pas avoir, crédules auditeurs… La pop façon TG, elle est tartufe, sournoise, fielleuse… Pour mieux pervertir vos esprits, elle s’amuse à cacher ses impuretés vénales sous un habillement des plus mielleux. Et puis, cette succulente pochette, elle perd tout son côté rassurant quand on apprend que le joli promontoire donnant sur la mer a la sordide réputation d’être un des sites de suicide les plus connus du monde (« Beachy Head » que ça s’appelle pour les wiki-curieux ; c’est aussi le titre d’une piste du présent album).
Insidieux, le disque. Avant, TG faisait dans l’horreur explicite, toutes machines hurlantes déployées, farfouillant à genoux dans un brumeux capharnaüm porté par l’écho langoureux des claviers mutants, des gémissements désincarnés, des violons païen nouveau genre et de bandes magnétiques qui expirent dans la nuit des temps… le tout dans une atmosphère quasi-indescriptible d’orgie romaine antique transposée dans un univers dystopique à souhait. 20 Jazz Funk Greats, ce n’est pas ça. 20 Jazz Funk Great, c’est le serial killer qui va, chemise blanche et cravate à pois, au bureau le lundi matin avec, dans sa boîte à lunch, un chili con carne à base de prostituées (les restants du weekend fort chargé) et comme dessert : un oeil humain.
Ça part tout en douceur avec la pièce-titre. Presque Yello sur les bords (autre grand groupe trompeur ceux-là). Minimal beat. Sexy-Jazzy. Voix suave à l’appui (YEAH!). Mais on sent déjà pointer le malaise… La pub de rasoir jetable se disloque comme une vieille VHS en manque de tracking alors que le beau modèle commence à se couper la gorge avec son Gillette (mais en gardant le sourire). Ensuite : petit séjour à la plage avec « Beachy Head »… mais le ciel est gris et chargé, les vagues trop fortes et surtout : une nuée de goélands est en train de se repaître de cette charogne échouée, la peau grisâtre et la langue gonflée comme une saucisse pas fraîche. « Still Walking », c’est Kraftwerk en version « surdose de trifluopérazine ». Presque dansant si on oublie les frissons qui nous parcourent l’échine. Miaulements de chatons damnés et basse death-funky sur « Tanith ». TG veulent faire du Jazz mais comme dirait l’oncle Zappa : ça sent drôle…
Grand morceau de minimal synth, « Convincing People » repose sur un motif de synthétiseur extrêmement bancal et diablement efficace. Ces voix désintéressées et pourtant maniaques déblatère un texte qui te vole une petite parcelle d’âme à chaque écoute… « Exotica » ? Oh, c’est le retour de Martin Denny et de Les Baxter ! Je les vois arriver, marchant comme des automates, clopinant au ralenti. Oh ! Mais ils sont tout pourris. Le regard vitreux et absent. Il y a des asticots qui sortent de tous leurs pores. Et ils sentent un peu comme ce bout de fromage que j’avais laissé traîner toute une semaine sur le comptoir. Et pourquoi il y a autant de brouillard soudainement ?
« Hot On Heels of Love », c’est un putain de tube. Pure cyprine sonore. Vocaux de succube de Cosey Fanni Tutti qui donne de malins petits frissons. Musique de striptease surréaliste tel qu’imaginé par Man Ray. Giorgio Moroder n’aurait pas fait mieux. « Persuasion », c’est le moment le plus « Maman, j’ai peur » d’un disque qui contient déjà bon nombre de pépites dans le genre. C’est la version zombifiée de « Satisfaction » des Stones. Un Genesis P-Orridge fortement dérangé s’adresse ici à une demoiselle terrifiée (cris et pleurs distordus à l’appui) alors que deux horribles notes de synthétiseur semblent se permuter à l’infini… Tonton Genesis nous parle d’abus sexuel (du point de vue de l’abuseur) et de son fétiche évident pour les petites culottes. Assez troublant.
« Walkabout » : grillons électriques en ouverture pour un des morceaux les plus Kraftwerkiens (pensez époque Ralf & Florian) du groupe. Un bonheur passager sur un disque qui n’est pas très porté sur la joie de vivre.
Je sais que je parle beaucoup de Silent Hill dans mes chroniques… mais « What a Day », si Akira Yamaoka ne s’est pas inspiré de cela pour composer la trame sonore de la célèbre série de jeux vidéos, je suis près (sur le champ) à m’éclater un testicule au marteau. C’est vraiment malsain. Le désespoir des jours ; toujours les mêmes. WHAT A DAY WHAT A DAY WHAT A DAY WHAT A DAY. Mantra nihiliste sur fond de musique tribalo-robotique… On termine le tout avec un « Six Six Sixties » très Current 93 (peut-être l’aspect déclamatoire de la chose)… Un fond post-punk-noisy avec Genesis qui nous dit des choses comme : “Pain is the stimulus of pain / But then, of course, nothing is cured.” BREF, le genre de truc qui te casse un party bien comme il faut (à essayer si vous souhaitez vous débarrasser de convives qui traînent un peu trop longtemps chez vous).
VOILÀ là un des plus grands disques mensongers de tous les temps… L’album fourbe qui au lieu détruire avec une avalanche de décibels, provoque un réel malaise chez l’auditeur. Et qui s’y prend avec volupté et douceur… Une magnifique usine à cauchemars surannés.
Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :
Cabaret Voltaire – Mix-UpSPK – LeichenschreiPuce Mary – The Drought
Style : Death Metal, Black Metal, Industriel, Prog Metal damné
Ce disque est une anomalie terrible. Ce disque est un long couloir de glace, possiblement sans fin, qui s’enfonce dans le cratère Wunda sur Umbriel. D’un noir parfois impénétrable et à d’autres moments recouvert d’une luminosité blafarde semblant provenir des confins de ces murs frigorifiés qui scellent ce qu’il y a en dessous depuis des milliards d’années… Des choses que l’être humain ne saurait voir, ne pourrait expliquer ou comprendre. Des choses qui le forcerait à cesser de contempler ce monde d’un œil bienveillant et purement scientifique… Des choses qui remettraient tout en perspective… Des choses qui l’amènerait fort probablement à arracher sa combinaison spatiale et ainsi laisser la non-atmosphère environnante déchirer tous ses tissus corporels à une vitesse fulgurante, seule délivrance possible pour son âme tarie… Des visages monstrueux, aux proportions titanesques, grimaçants et hurlant silencieusement au fin fond de la glace. Des apparitions spectrales, grotesques, qu’on ne fait qu’entrevoir une parcelle de moment dans le miroir gelé… mais qui ne prennent qu’une milliseconde pour s’épanouir dans vos iris gorgés d’abominable. Des visions d’agonie qui vous hantent jusqu’au delà de la mort. Le chant suranné du néant intergalactique qui vous recouvre tout entier, éternellement..
Ce disque est une gigantesque maison hantée flottant dans une masse d’anti-matière où même toi ne peut t’entendre hurler. Ce machin là, tout post-moderne qu’il est (avec ses allures de Blut Aus Nord dark metal), nous ramène à la conception primaire de la terreur : la peur du vide. Insidieux, cliniquement vicieux, il te parasite l’esprit avec son atmosphère gothique d’outre-espace pétrifiante et y fait naître des cauchemars insondables. La musique du groupe est proprement indéfinissable. On peut entrevoir des relents opiacés des sus-cités BAN, mais aussi Impetuous Ritual, Dolorian, Morbid Angel, Leviathan, voir même Godflesh… et pourquoi pas… la froideur infinie d’un Joy Division qui aurait pris une tangente autrement plus abyssale. Relents de post-punk-mort en forme de riffs zombifiés, angoisses métallicos-industrielles qui te martèlent les sens à la dérive, ténèbres atmosphériques d’un Black Metal congelé à 7000 degrés sous zéro… Et surtout, constructions labyrinthiques toute Death Metalliennes-nouveau genre… Mais bon, dans ce courant dédié au chaos qui est sorti de cette brèche interstellaire que les monstres de Portal ont ouvert (en cette année damnée que fut 2003), Emptiness sortent résolument du lot. Leur truc est aussi fou, seulement, il est plus subtil… Et c’est cette subtilité (bourrée d’immondices) qui fait mouche ici.
À écouter dans le noir complet, à 2 heures du matin, la bouche pleine de glaise et de vers blancs.
Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :
Blut Aus Nord – – The Work Which Transforms GodLeviathan – Scar SightedDesolate Shrine – The Heart of the Netherworld
Style : Chant de gorge possédé, Avant-Rock, Expérimental, Folk Rock, Musique des Premières Nations, Rap, Industriel
Le disque le plus éprouvant de 2016 ? Probablement. Ce truc atteint une intensité quasi-insoutenable par moments. Mais c’est aussi un des trucs les plus puissant et cathartique que j’ai entendu dans ma vie. Tanya Tagaq est une chanteuse qui nous provient du Nunavut. Experte en chants de gorge traditionnels, cette artiste multidisciplinaire (peinture, photographie) a déjà collaboré avec Björk et Mike Patton dans le passé… Avec ce cinquième album, la belle nous crie toute son indignation et sa rage en pleine gueule. Cela parle de « reckoning » (comptes à rendre), de notre tendre société malade, du meurtre culturel de son peuple, du génocide et viol en masse des femmes amérindiennes qui est un problème ignoré largement par les médias canadiens (cette reprise bouleversante de « Rape Me » de Nirvana en clôture). Bref, c’est pas joyeux.
Musicalement, c’est un amalgame abrasif de chants de gorge gutturaux hyper techniques, de post-rock tribal, de math rock strident, d’avant-garde (avec une touche de hip-hop sur la très réussie « Centre »)… Bref, imaginez Diamanda Galas réincarnée en chanteuse du grand nord qui serait front-woman pour les Swans, avec la section de cordes de Godspeed You! Black Emperor en support. Rajouter autant d’intensité que les pièces les plus tendues de Penderecki et vous avez une approximation de ce qui vous attend sur ce brûlot discographique suffocant.
Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :
Diamanda Galas – Plague MassAlanis Obomsawin – Bush LadyEvangelista – Prince of Truth