critiques

Masada – Live in Sevilla 2000

Année de parution : 2000
Pays d’origine : États-Unis
Édition : CD, Tzadik – 2000
Style : Free Jazz, Klezmer, Post-Bop

Quand on parle des « plus meilleurs groupes Jazz du monde entier », on pense forcément au premier et au second grand quintet de Miles Davis. On pense aussi au Quartet de John Coltrane, à l’Art Ensemble of Chicago, à l’Orchestre de Duke Ellington, au Pat Metheny Group (pour ceux qui aiment le son 80s, j’en suis donc deal with it)…. Et plus récemment, on pense à Masada. Le quatuor de John Zorn (sax alto) qui marie allègrement Free Jazz à la sauce Ornette Coleman, Post-Bop et musique Klezmer. Pour ce projet hautement personnel, papa Zorn s’est acoquiné de trois comparses/amis de toujours qui sont parmi les meilleurs au monde : Dave Douglas à la trompette, Greg Cohen à la contrebasse et Joey Baron à la batterie.

Absolument TOUT ce que Masada a enregistré (dans sa forme classique) est absolument essentiel. Que ce soit les 10 disques studio (allez John, sors nous ça en coffret steu plaît ! …. Edit : c’est maintenant chose faîte !!!!) ou les nombreux albums en pestak. Pour les avoir vu, justement, en concert à la Place des Arts (été 2006), je pense qu’ils sont à leur meilleur dans ce contexte. Ce fut d’ailleurs un des shows les plus mémorables de ma vie ; probablement le truc le plus « tight » que j’ai vu ever (et ce, malgré qu’une petite partie du toit de la bâtisse se soit écroulée sur la batterie de Baron en plein milieu d’une pièce incroyable ; ce qui n’a pas empêché le bougre de continuer de livrer la marchandise comme un Dieu, sans broncher. Ce mec s’adapte à TOUT).

Vous avez donc le Masada « live » dans toute sa gloire ici. Prise de son impeccable. On a l’impression d’y être. Compos incroyables de Zorn qui va puiser l’essence de vieux airs hébraïques pour en faire une matière sonore nouvelle, libre et belle ; une magnifique assise sur laquelle 4 des meilleurs musiciens du monde entier peuvent s’exprimer, improviser, dialoguer, donner libre cours à leur folie contrôlée, leurs couleurs, leurs émotions, leur rigueur, leur vélocité.

S’alternent ici des morceaux tantôt festifs/envolés/chaotiques, tantôt doucereux/nocturnes/impalpables (mais toujours bouillonnants). Les échanges Douglas/Zorn sont particulièrement savoureux ; et leurs solos respectifs sont tous étourdissants (dans le bon sens du terme) et complètement uniques. Deux putains de maîtres à l’oeuvre, sur la corde raide presqu’en tout temps, qui ont une chimie du diable. Douglas est plus feutré et chaleureux. Zorn, plus tourmenté et viscéral. Puis la section rythmique (Cohen/Baron), splendide et essentielle, réussit à faire tenir toute cette masse sonore hirsute, lui permet de garder pied sur Terre, l’empêche de se perdre complètement dans un firmament cosmique… Je me dois de souligner le jeu exceptionnel de Baron, qui réussit la délicate tâche « d’ancrer » les délires de Zorn/Douglas mais qui « danse » aussi rythmiquement à travers tout ça, faisant des entrechats majestueux tout en propulsant la cadence primaire. Probablement le meilleur batteur que j’ai vu en spectacle (à égalité avec Christian Vander de Magma).

Un monumental disque de Jazz. Et une superbe porte d’entrée dans l’univers de Masada.


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critiques

Alamaailman Vasarat – Vasaraasia

Année de parution : 2000
Pays d’origine : Finlande
Édition : CD, Silenze – 2000
Style : Avant-Prog, Klezmer, Zeuhl, RIO

Eh, dîtes-donc mes bonnes dames et mes bons messieurs, vous avez envie d’assister à une orgie céleste / cauchemardesque entre les membres de Masada, de Henry Cow, du Willem Breuker Kolleftief et de Anekdoten ? Vous rêvez d’insérer du Klezmer dans vos scènes préférés des films de Buñuel ? Vous aimez bien l’image mentale d’une cohorte de rabbins schizoïdes sur le crack faisant la première partie de Mr. Bungle ? Eh bien mes p’tits gars et mes p’tites filles, les mecs d’Alamaailman Vasarat (super amusant à épeler / prononcer) sont là pour vous ! Armés de deux violoncelles, d’une batterie, de clarinettes klezmer, d’un sax, d’un trombone et d’une brochette d’orgues vieillots, ces Finlandais fous issus du groupe RIO-Neo-Folk-Prog « Hory-Kone » vont combler toutes vos exigences délurées avec leur musique incroyable, insolite, inclassable et infectueuse. Préparez-vous à vous en mettre plein les oreilles… Tango nocturno-bruitiste, musiques de films d’horreurs gitans, folk scandinave, free jazz à l’européenne, post-klez enfumé, rock in opposition, musique de funérailles, ambiances de films noir (+ un soupçon de lourdeur métallique par moments opportuns)… Tout ceci est au menu à Vasaraasia, et bien plus encore !

Ce qui est fascinant chez Alamaailman, c’est leur faculté innée à combiner tous ces éléments sonores disparates pour en faire un tout cohérent et unique. Et même si à prime abord, leur musique est plutôt expérimentale (et peut sembler à tort inaccessible), elle est aussi très mélodique et possède ce petit côté festif (voir même dansant !) on ne peut plus contagieux. À chaque détour de Vasaraasia, on est abasourdi par une incongruité sonore nouvelle (comme ce violoncelle qui est utilisé comme une guitare électrique), on s’émeut devant les morceaux plus lents et émotifs (le splendide « Lakeus », entre autres), on s’imagine Nosferatu filmé par Kusturica, on se surprend à découvrir un autre détail dans la composition (d’une richesse inestimable) de chaque pièce, on pleure de joie, on sourit et surtout : on est captivé d’un bout à l’autre. Perso, cette musique vient me toucher autant la tête que les tripes. C’est le mélange musical parfait entre innovation, émotivité, mystère, richesse, splendeur et surréalisme… Vasaraasia, c’est la clé des possibles, le grand pas vers un monde de rêves et d’abstraction divine. Je ne peux que vous recommander d’y plonger tête première ! Vous n’en sortirez pas indemnes, je vous le promet (et c’est une bonne chose).


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