critiques

offthesky & Rin Howell – aSpiritual

Année de parution : 2021
Pays d’origine : États-Unis
Édition : 2 x Mini CDr, Fluid Audio – 2021
Style : Ambient Liturgique, Drone, Modern Classical, Experimental

Un Dimanche matin qui s’est perdu en chemin… dans la brume originelle, hors des temps… Tu ne te réveilleras jamais réellement aujourd’hui, le cortex trop gorgé d’impossible, résultat de ces nuits-fantôme où les chimères vespérales et autres hallucinations ésotériques saturent ton être tout entier. Tu erreras plutôt mollement dans ce matin hanté, tel le spectre de ta propre existence, spectateur lymphatique d’un vide hypnagogique. Tu t’extirperas de ton lit et contempleras longuement la brume au travers de ta fenêtre. Sous la chape nuageuse, tout semble perdu, lointain, magique. Les sons extérieurs sont distants et effacés. Tout au loin, retentit le bruit d’une cloche d’église. Son écho languide voyage dans les volutes d’une infinie blancheur. La cité couverte entièrement par un linceul translucide. Ta ville est devenu un genre de Silent Hill mais spirituel et bienveillant ; sans les monstres tout droit sortis des toiles torturées de Francis Bacon.

Tu te feras un café. Fort. Mais même la noire amertume ne te fera pas percer les contours de l’irréalité qui t’entoure. Aujourd’hui, tu seras dans le monde des ombres. Dehors, un jardin monochrome, gris, moribond, semble s’abreuver de l’humidité flottante. Tu laisseras les lumières fermées, préférant évoluer dans la pâleur de l’absence. Ces jours gris qui effraient ceux qui ont horreur du vide, toi tu les savoures. Tu t’y ressource. Tu t’y abreuves. Tu les accueilles avec recueillement, comme une expérience religieuse. Tu t’y laisseras donc gentiment divaguer, au gré de la lumière changeante qui transperce timidement la chape. Armé de cafés lattés, de bouquins surréalistes (« Nadja » de Breton) ; la tête bourrée de rêves et d’idées incertaines et imprécises.

En ces temps d’abandon du concret, cet album pourra être ton compagnon de route. Avec ses drones langoureux, ses voix enchanteresses qui deviennent litanies, sa confusion magnifique, son alternance lumière/ténèbres, son mysticisme inné, sa singulière blancheur légèrement grisâtre… Il t’aidera à te perdre encore plus délicieusement en toi.


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critiques

Michael Pisaro / Reinier van Houdt – The Earth and the Sky

Année de parution : 2016
Pays d’origine : États-Unis (Pisaro), Pays-Bas (van Houdt)
Édition : 3 x CD, Erstwhile – 2016
Style : Classique contemporain, drone-piano, lowercase, field recordings, réductionnisme

Un trottoir la nuit. Une ville. Les lampadaires qui grésillent comme pour répondre à l’appel du vent mugissant. La lune a été dévorée par des nuages invisibles. C’est un soir de Juin. Peut-être le dernier soir du monde ou encore : le premier. Un chat noir escalade les toits en tôle dans un silence quasi religieux. Aucun son… Ah oui, tiens, quelques notes d’un piano éploré qui proviennent d’une maison au loin. Sorte d’Erik Satie neurasthénique. Le son s’évanouit, comme tout d’ailleurs.

La une d’un quotidien effeuillé au sol parle du désastre. Les lumières éparses s’échappant de quelques fenêtres sont la seule preuve de l’existence humaine. Le temps est frais. 7 degrés Celsius. Le petit pont de pierre qui surplombe le lac t’appelle furtivement. De là, tu contemples l’étendue d’ébène qui se dresse sous tes iris. Tu regardes un reflet diffus et flou de toi-même dans la mare étrangère et tu te dis que tu es composé de molécules. Tu regardes ta montre. 2 heures 42 minutes. Tu n’es pas allé au rendez-vous. La loterie pour avoir ta place dans un des abris. Du temps passe encore. Et encore un peu. Tu penses à tes amours, ta famille, tes amis, ta vie machinale, au goût de ton repas préféré, à des animaux, aux atomes, aux protons et neutrons, à ce film d’Antonioni qui t’avait marqué et à cette nuit où les étoiles semblaient si proches qu’on pouvait les toucher. Septembre 2007. Ce sera l’image que tu voudras garder avec toi à la fin. Tu regardes maintenant le ciel actuel si vide et morne.

C’est l’heure. La lumière blanche vient soudainement pourfendre cette masse immobile et bizarrement, tu n’as pas peur quand elle t’englobe toute. Tu souris même alors que ta peau fond et que ton être tout entier se désintègre en un éclair, s’en allant retrouver la nuit des temps.


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