critiques

Tyshawn Sorey – The Inner Spectrum Of Variables

Année de parution : 2016
Pays d’origine : États-Unis
Édition : 2 CDs, Pi Recordings – 2016
Style : Modern Creative, Chamber Music, Chamber Jazz, Avant-Garde, Improv

Tyshawn Sorey est un des musiciens les plus intéressants actifs actuellement. Batteur de génie à la frappe résolument unique qu’on a pu entendre chez John Zorn, Wadada Leo Smith, Vijay Iyer, Anthony Braxton, Butch Morris et Steve Coleman. Il est aussi récipiendaire d’un « Master » en composition de l’Université Wesleyan (dans le Connecticut) et directeur musical ou participant dans différents groupuscules jazz/contemporain/avant-gardistes à la géométrie variable (International Contemporary Ensemble, Paradoxical Frog, Fieldwork, Flaga… pour ne nommer que ceux là). Cet homme touche à tout et ce, de belle et fascinante façon.

Ce doublé paru chez Pi Recordings (label toujours fort intéressant) met de l’avant une composition « libre » de Sorey sur toute sa durée. « The Inner Spectrum Of Variables » s’inspire autant de l’approche improvisatrice de mecs comme Lawrence D. « Butch » Morris, Harold Budd et Anthony Braxton que de courants musicaux aussi disparates que le jazz éthiopien modal, le klezmer et la musique classique occidentale. On y retrouve plusieurs approches d’écriture musicale et de méthodes improvisatoires : ouverte, dirigée, modale, prescrite, relationnelle… C’est un captivant univers sonore qui en rappelle bien d’autres tout en avançant sa propre gestuelle propre à lui.

Sorey, tout discret (et juste) derrière les fûts, est secondé par un quatuor à cordes contemporain (violon, alto, violoncelle, contrebasse) et le piano aussi impressionniste que minimaliste de Cory Smythe qui prend ici une place de choix comme « ancre » de l’oeuvre ; le Soleil autour duquel tous les autres planètes-instruments évoluent, celui qui « porte » le tout dans une nuit sibylline et truculente.

Comme toujours chez Sorey, on a droit à de la très grande musique. Une musique aventureuse, follement belle, riche mais aussi contrôlée, qui, comme chez Arvo Pärt, invite au recueillement suprême. Et je crois qu’on tient là un album de choix à quiconque veut s’initier au « Modern Creative » vu que l’oeuvre présentée est tout de même accessible malgré sa profondeur.

Très très beau disque.


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :

15 Fréquences, Mixtapes

15 Fréquences Ultimes – Épisode 24 – Éric Normand

Éric Normand… personnage fascinant, ultra talentueux, radicalement original, polymorphe et fort travaillant/prolifique de la contre-culture musicale québécoise (et ce, depuis des années). Ce natif de Mont-Joli qui habite actuellement Rimouski (la nouvelle capitale du bruit et de l’expérimental !) est un touche-à-tout notoire ; à la fois improvisateur, compositeur, imprimeur, bassiste, guitariste, chanteur, échantillonneur sonore, fondateur/gérant de la splendide étiquette Tour de Bras, collaborateur fréquent chez nos amis de Cuchabata et membre de plusieurs formations hétéroclites et collectifs tous plus sautés les uns que les autres (Brûlez les meubles, Le GGRIL, Incipit, Tutu Combo, Jack et ses boîtes, P.O.W.E.R., Tomahawk Territory, le Éric Normand 5 ; pour ne nommer que ceux-là). Bref, on peut le mettre dans la même catégorie que les John Zorn, Jim O’Rourke, Sun Ra, Masami Akita, Omar Rodríguez-López de ce monde ; une catégorie que j’aime appeler « Mais DORMENT-ILS DES FOIS ??? »

Alors, un mec au parcours musical aussi stupéfiant/abracadabrant, ça écoute quoi ? Qu’est-ce qui l’influence au quotidien dans son art ? Et bien, cette mixtape répond partiellement à la question (je dis « partiellement », parce ce que je sais qu’Éric aurait facilement pu me faire un « 250 Fréquences Ultimes »). Au programme, vous aurez la chance de savourer la Zeuhl très brutale et folichonne des Japonais Ruins, l’avant-pop obtuse des Residents (en mode « minimal wave »), les field recordings de notre cher Luc Ferrari, l’avant-prog de chambre de After Dinner, un audacieux collage sonore électroacoustique de Mauricio Kagel, ainsi que des pièces de plusieurs chansonniers « champ gauche » (Vannier, Marcoeur, Higelin) et un lot de pistes free jazz/modern improv (Carla Bley, Threadgill, Dixon, Giuffre, Ornette, Lacy).

Un gigantesque merci à sieur Normand pour sa participation aux 15 Fréquences Ultimes et pour tout ce qu’il fait pour la musique locale at large ! Après l’écoute ébouriffante de cette mixtape addictive, je vous invite à aller écouter la musique que propose Éric Normand avec ses différents projets/collaborations.

Tracklist:

  1. Ruins – SKHANDDRAVIZA
  2. Albert Marcoeur – L’agriculteur
  3. After Dinner – A Walnut
  4. Steve Lacy 7tet – Art (avec voix)
  5. Jean-Claude Vannier – Cette Race Bizarre
  6. The Residents – Hello Skinny
  7. Ornette Coleman and Prime time – Latin Genetic
  8. Carla Bley – Valse Sinistre
  9. Henry Threadgill Very Very Circus – Try Some Ammonia
  10. Luc Ferrari – Chantale
  11. Jacques Higelin – Manque de Classe
  12. Bill Dixon – Son of Sisyphus
  13. Jimmy Giuffre – The Five Ways
  14. Joane Hétu – Les Épices
  15. Mauricio Kagel – Playback Play

Quelques liens pour entendre/suivre Éric Normand et Tour de Bras:
Bandcamp – Tour de Bras (records)
Page d’artiste sur Actuelle CD
Blogue d’Éric Normand
Instagram – Éric Normand
Page Facebook – Tour de Bras (records)