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UgUrGkuliktavikt – De Vermis Mysteriis

C’est l’heure de faire un peu d’auto-promotion éhontée !

Je voulais vous faire part d’un truc dont je suis particulièrement fier : le 2ème album de mon projet vaguement musical UgUrGkuliktavikt (oui, c’est vraiment le nom ; super le fun à prononcer avec 18 biscuits soda dans la bouche) sortait vendredi sur la magnifique étiquette trifluvienne Les Cassettes Magiques. C’est un disque que j’ai conçu (en grande partie) l’été dernier, comme un échappatoire au réel alors que je traversais une période assez particulière… Exilé de ma demeure (qui avait pris l’eau… long story), j’étais dans un drôle d’état second, entre désespoir, léthargie et anxiété chronique. Pour me sortir quelque peu de mon malaise, j’écoutais une phénoménale quantité de dungeon synth et je relisais pour la énième fois ma copie (tombant en lambeaux) du Livre Noir (une anthologie de nouvelles d’inspiration lovecraftienne).

Au gré de marches nocturnes dans ce quartier qui n’était pas le mien (à mi-chemin entre la banlieue et la campagne), j’ai recueilli bon nombre d’échantillons sonores que je me suis amusé à déconstruire, refaçonner, re-démanteler, enchevêtrer les uns aux autres… Puis, inspiré par mes écoutes du moment, je suis parti sur une vibe synthé donjonné, mais de façon très immédiate (sans vraiment y réfléchir au préalable) en mode lo-fi, spartiate/minimaliste. J’ai pondu ces quelques mélodies toutes simples, mélancoliques, éplorées, fatiguées, usées (reflets de mon égarement mental), que j’ai incorporé à la mer vrombissante de field recordings confus.

Puis l’idée de ce que cette musique « raconte » m’est venue à travers mes lectures horrifiques (en particulier la nouvelle « Crouch End » de Stephen King, qui ouvre le recueil) et aussi à cause d’un cauchemar d’enfance qui a laissé une très forte impression sur ma psyché… Un cauchemar où j’errais dans mon quartier, tentant désespérément de retourner chez moi, alors que toutes les maisons changeaient de forme, prenaient des perspectives et des teintes terrifiantes, les fenêtres semblant rires et murmurer des choses incompréhensibles, des coeurs humains encore battant étaient cloués sur les portes, la brume recouvrait progressivement tout… Puis j’arrivais finalement devant ce qui avait été la demeure familiale, transformée en espèce de manoir de l’étrange. La nuit était tombée soudainement, comme une chape de plomb… L’ambiance était lourde, fataliste… Je savais que tout finirait mal mais après moult hésitations, je décidais tout de même d’ouvrir la lourde porte noire (qui semblait être composée de chair toute chaude et d’os)… puis derrière, m’attendait ce qui avait jadis été un homme. Son visage était recouvert d’un espèce de sac en plastique qui avait fusionné avec sa peau… À travers cette nouvelle peau fondante, il haletait, gémissait péniblement, et s’avançait vers moi à tâtons, en poussant des petits sifflements mielleux et perfides. Ses yeux étaient cousus, sa bouche était entièrement emplie de l’espèce de sac en dissolution, qui semblait agir comme un acide fort… Il avançait, avec un couteau bien aiguisé dans la main. Et j’étais figé, comme liquéfié sur place, alors que la lame tranchante s’approchait, que les sifflements devenaient de plus en plus excités… Puis, je me suis réveillé.

Bref, j’ai toujours fait des rêves complètement cinglés. Ce bon vieux Howard Phillips aussi, il paraît. Au final, ce disque, c’est un peu ma lettre d’amour au genre « dungeon synth », au mythe de Cthulhu, à Lovecraft, mais aussi au monde onirique qui, semblant parfois tellement tangible, parvient alors à hanter le réel, comme un brouillard mystique qui recouvre tout… Un hommage anti-musical à tout cela ; à travers le filtre du drone, du dark ambient et de la musique concrète, mes autres styles de prédilection.

La pochette, absolument sublime, est une oeuvre de mon ami Guillaume P. Trépanier, lui aussi musicien au talent considérablement supérieur au mien (Ithildin, Perséide) et illustrateur du présent blogue que vous lisez/consultez (les 4-5 que vous êtes ! Remerciements à vous !). Guillaume a pris mon idée de cauchemar et l’a tourné à l’envers, illustrant une de ces créatures de l’autre monde qui se repose, les yeux clos… comme si c’était le monstre qui rêvait à nous et non pas nous qui rêvaient au monstre… En tout cas, je trouve l’illustration somptueuse et je ne peux que remercier Guillaume encore et toujours d’avoir pris le temps de concocter cette sombre merveille qui va de pair avec mes digressions sonores un brin morbides.

Un énorme merci aussi à Pierre Brouillette Hamelin, architecte sonore à ses heures lui aussi, et co-gérant des Cassettes Magiques (avec Guillaume). De un, pour avoir donné son aval pour sortir mon machin bizarroïde. De deux, pour avoir pris en charge le mastering du machin en question. De trois, pour avoir assemblé le tout de ses mains habiles, avec amour et volupté. On oublie souvent à quel point les petits labels indépendants sont un travail de passionnés ; des petites équipes de gens investis à l’os qui font tout à la main, à des heures impossibles, mus par un désir authentique de produire de beaux objets et de faire découvrir le travail d’artistes qui sans eux, sommeilleraient dans les ombres diaphanes à perpétuité.

Sinon, voici une liste exhaustive d’artistes, groupes, labels, auteurs qui m’ont inspiré dans la création de mon projet :
Les sorties des label Moonworshipper, Voldsom et Gondolin
J.S. Bach, Angelo Badalamenti, Brian Eno, Current 93, Nurse with Wound, Halo Manash, Troum, Burzum, Mortiis, Throbbing Gristle, Luc Ferrari, William Basinski, MZ.412/Nordvargr, John Carpenter, Sunn o))), Eliane Radigue, Old Sorcery, Harold Budd, Wydraddear, Old Nick, Åke Hodell, Pauline Oliveros, Valarian, Mica Levi, Ithildin, Clara Rockmore, Moëvöt, Steve Roach, Trollmann Av Ildtoppberg, la nouvelle « Crouch End » de Stephen King, « La maison au fond de l’impasse » de Frédérick Durand, « La Maison des feuilles » de Mark Z. Danielewski, « La Cité Oblique » de Ariane Gélinas et Christian Quesnel.

Sinon, en conclusion, je laisse la parole à mon collègue et ami Léon Lecamé (notre grand manitou des réseaux sociaux, mélomane aguerri et être avec qui j’entretien toujours une correspondance passionnée et passionnante). Ce dernier vous a concocté ce texte effarant faisant office de critique et d’introduction à mon oeuvre bruitative. Je le remercie lui aussi, chaleureusement :

Le mur du son de l’outre-tombe envahit les âmes. Esprits-frappeurs. Essaim de drone-cénobites. L’insondable. L’innommable? Une caresse acerbe et sournoise aux doigts crochus et rugueux.

Une présence titille l’instinct, ça en devient presque sensuel. Les drones se comportent en Salò. Ils veulent tout nettoyer. Frotter la peau et la chaire. Laver le silence à l’ammoniaque. L’innocence écartelée. Mais le cocher-organiste n’est pas de cette avis. Il sort plutôt l’armagnac et le shisha. À genoux, il lève les bras et psalmodie, ses incantations ensorcelant les drones-cénobites qui commencent une chorégraphie erratique.

Mais le sort se retourne contre le cocher qui, le regard vide mais solennel, voit des griffes sortir de ses doigts et commence à jouer dans sa chaire avec. Je suis témoin, mais je ne peux rien y faire…

Les drones-cénobites reprennent une chorégraphie en entaillant le pauvre homme jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien de lui.

Puis la scène s’évapore soudain. Je suis au bord d’un précipice, le brouillard opaque m’empêche de discerner vraiment les choses. Je me retourne devant un cimetière antique et poussiéreux. Des entités primordiales accomplissent un rituel incompréhensible. Le temps est suspendu, a-t-il déjà existé? 


Toutes les âmes du site maudit s’échappent, ils essaient de communiquer par ondes radio. Mais je n’entends que du parasitage. L’atmosphère est lourde et lugubre. Je me sens appesanti et goguenard. Harcelé par des particules fantomatiques.

Le cocher, devenu cénobite, est revenu avec son orgue-rasoir. Il a fusionné avec son instrument. Les touches sont en cartilage, les cordes en viscères. Il joue pour dépouiller les âme chirurgicalement. Il les purifie électromécaniquement. C’est dans l’ordre des choses. Le vent glacé finira de disperser ce qui n’a jamais été. L’Abysse pulse encore.  Affamé. 


L’Oubli n’est pas fiable. Il ne pense qu’à ses propres intérêts.

-Léon Lecamé, 26 janvier 2024

Pour acheter la version numérique et/ou entendre les autres offrandes phoniques de UgUrGkuliktavikt, c’est ici : https://ugurgkuliktavikt.bandcamp.com/

15 Fréquences, Mixtapes

15 Fréquences Ultimes – Épisode 20 – Joël Lavoie

Après l’euphorie des tops 2023 (auquel notre ami Joël a aussi participé), c’est maintenant l’heure de reprendre à nouveau notre programmation habituelle. Et cela veut dire : le retour des 15 Fréquences Ultimes (*hurlements de joie euphorique dans l’assistance). On commence l’année 2024 en grand avec notre 20ème épisode, qui nous délecte avec les sélections musicales de Joël Lavoie, compositeur, ingénieur du son et artiste sonore basé à Tiohtià:ke / Montréal.

Sieur Lavoie a à son actif des parutions sur des étiquettes telles que Jeunesse Cosmique (label qu’on aime tendrement ici aux Paradis), Microklimat, Everyday Ago/Time Capsule et Kohlenstoff Records. Il est concepteur de plusieurs installations sonores, entre autre pour le célèbre Festival de Musique Actuelle de Victoriaville. En tant qu’ingénieur son et concepteur sonore pour les arts de la scène, il a travaillé avec une pléiade d’artistes de renom tels que Marie Béland, Alexa-Jeanne Dubé, La Fratrie, La 2e porte à gauche, Audrey Rochette, Émile Pineault, Mykalle Bielinski, Claudel Doucet et Sébastien B Gagnon.

À l’honneur ici, à travers cette mixtape hyper variée et pourtant étrangement cohérente : drone, ambient, field recordings, jazz spirituel, musique électronique expérimentale, musique concrète / électro-acoustique, psych-rock noisy, musique classique impressionniste.

Je souhaite une introspective et luxuriante écoute à tous les amants de sons divins et d’ondes surnaturalistes !

Tracklist:

  1. Rafael Anton Irisarri – Will Her Heart Burn Anymore
  2. Oren Ambarchi – Corkscrew
  3. Erik Satie (Reinbert de Leeuw) – Gnossienne No.1
  4. Jesse Osborne-Lanthier – Neck Soap
  5. Feu St-Antoine – L’eau par la soif
  6. Luc Ferrari – Petite Symphonie Intuitive Pour Un Paysage De Printemps
  7. Luigi Nono – Prometeo: Tre voci B
  8. CHIENVOLER – Guess Who’s Back
  9. BJ Nilsen – Pole of Inaccessibility
  10. Autechre – Overand
  11. Don Cherry – Om Shanti Om
  12. Francisco López – Hyper-Rainforest
  13. Tim Hecker – Live Room
  14. The Knife – Minerals
  15. Iannis Xenakis – Persepolis #8

Quelques liens pour entendre/suivre le travail de Joël Lavoie:
Joël Lavoie – Souvenir (paru sur Mikroclimat)
Joël Lavoie – cabines (paru sur Jeunesse Cosmique)
Jo​ë​l Lavoie – Foundation (paru sur Everyday Ago / Time Capsule)
Joël Lavoie – | Absolument | (paru sur Kohlenstoff Records)
Jo​ë​l Lavoie – Les Vapeurs Qui S’​é​chappent (paru sur rohs! records)
Joel Lavoie – É. de Source (paru sur R.AV)

critiques

L’Infonie – Volume 3

Année de parution : 1969
Pays d’origine : Canada (Québec)
Édition : CD, Tir Groupé / Mucho Gusto – 2000
Style : WTF, Expérimental, Musique concrète, Space Age Pop, Freakbeat, Free Jazz, Classique, Contemporain, Spoken Word, Psychédélique, Laboratoire de catastrophe générale, FUTURISME

N’en déplaise à mon rival chéri Yannick Valiquette, voici une autre note très très haute (chronique écrite quand je donnais encore des notes aux albums… celui-ci avait récolté un 9.5 sur 10 pour ceux que ça intéresse). Mais je ne pouvais pas, en bonne conscience, donner une note inférieure à ce… ce… ce truc !?! Ouais, on va appeler ça un truc et pas une affaire, parce qu’après avoir écouté ce premier (3ème) volume de L’Infonie, on apprend ce que c’est L’AFFAIRE (les initiés comprendront… avec délice).

Moi, quand je pense « disque québécois ULTIME », je pense à ce premier opus discographie du collectif mené par Walter Boudreau BIEN AVANT n’importe quel Harmonium, Beau Dommage, Octobre, Séguin, etc…

Avant toute chose, l’Infonie, c’est bien plus que de la simple musique… Fondé en 1967, le groupe à géométrie variable présente des spectacles alliant musique (improvisée et composée), poésie, danse, mime et art visuel. Le projet est plus ou moins né dans le sillage de l’Expo 67, événement-clé qui fut une véritable matrice à foisonnement culturel dans celle qu’on aime bien appeler la Belle province. La tête pensante du projet, Walter Boudreau, saxophoniste free Jazz de son état, s’acoquinent de précieux collaborateurs comme le poète on ne peut plus flyé Raôul Duguay, des membres du quatuor du nouveau jazz libre du Québec, des musiciens classiques, des peintres/dessinateurs, des conteurs, un sonorisateur, un sculpteur-graveur et même un chiropraticien (le fabuleux Doc Sproc !).

C’est une quinzaine (!!!) de musiciens multidisciplinaires qui se sont réunis pour participer à l’enregistrement de cette chose rutilante qui a vue le jour sous forme de galette vinylique subversive en l’an de grâce 1969. Peu de gens l’ont acheté mais je suis pratiquement convaincu qu’ils furent tous subjugués par tant de saugrenuité euphorisante ! Au menu : un buffet chinois schizoïde au grand complet (avec un extra spare ribs qui brillent dans le noir ; d’une luminescence quasi-cosmique).

La Face A est dédiée à une suite (débordante d’idées) qui s’intitule « L’Ode à L’Affaire ». Cela se divise en 5 mouvements, tous plus cinglés les uns que les autres, dans lesquels s’enchevêtrent les spectres du jazz libéré, du classique contemporain, de la musique concrète, du freak pop spatial + une prière psychédélique-psychanalytique et j’en passe… Le genre de machin qui détruit n’importe quel préjugé ou à priori qu’un mélomane pourrait potentiellement avoir à propos de la musique québécoise.

Je me souviendrai d’ailleurs toujours de ma première écoute à 17 ans, la matière grise bouillonnante, mes tympans déviergés jusqu’à plus soif, tous mes sens à la dérive… Je ne faisais pas QUE découvrir un chef d’oeuvre underground québécois majeur. Je découvrais aussi un énigmatique portail qui, quand on l’empruntait, nous menait vers multiples univers sonores qui étaient (pour moi alors) complètement insoupçonnés. C’était mon initiation formelle à la musique contemporaine et à l’avant-garde AT LARGE (à part pour le Free Jazz, vu j’avais déjà commencé à baigner dans le Coltrane post-Amour Suprême). Bref, je ne suis pas le plus patriotique des citoyens mais j’ai quand même une certaine fierté à ce que ce soit un disque de chez nous qui m’ait fait m’intéresser à tout cela !

Donc pour en revenir à cette Face A qui débute sur un délire jazz-bruitiste incandescent… Il faut absolument mentionner la pièce « J’ai perdu 15 cents dans le nez froid d’un ange bronzé ». De UN parce que c’est le meilleur titre de piste EVEUR. De DEUX parce que c’est un des grands moments de space age pop / library muzik psychée (digne des travaux de Jean-Jacques Perrey ou de la fabuleuse messe pour le temps présent de Béjart/Henry).

La Finale de L’Ode est aussi un des trucs les plus épiques que j’ai entendu en musique de toute ma vie. On se croirait dans un remake de Ben-Hur qui se déroulerait sur la surface glacée-brûlante de Gliese 436-B.

FACE B maintenant… ça part en force avec le méga-hit bonbon acidulé-hurlant « Viens danser le « O.K. Là ! » ». Dans un monde idéal et mielleux, cette merveille serait un hymne connu de tous (oui, même toi dans le fond de la pièce !). C’est violemment jouissif et volontairement niais. C’est un genre de « Manon viens danser le ska » mais versant surréaliste-séditieux-parodique.

Cela début ainsi : Un homme (des cavernes !?!?) éructe d’un « EILLE ! MON TA&?&-BOURNAQUE !!! R’GARDE MOÉ !!!! VIENS ICITTE ! R’GARRRDE MOÉ !!!!! »

Et puis les cuivres se font allé soudainement-joliment alors que les choristes chevelus y vont de leur « OK LÀ ! » triomphal à toutes les 2-3 secondes. Pendant que ces nouveaux détails sonores hirsutes vont bon train, notre Néandertalien continue de gueuler des insanités loufoques (« LACHE MOÉ DONC !!!! M’AS T’ARRACHER L’COEUR !!!! »).

Esti de Criss de Tabarnak que c’est bon. Et con. Comme il se doit.

« Toutes les affaires s’en vont sur toutes les côtés en même temps, tout l’temps » (ce titre, tudieu !), c’est une minute en apesanteur dans un morceau de space-ambiant électronique assez enlevant et glauque. Le monolithe de « 2001 : Space Odyssey » serait fier.

Changement d’univers ensuite pour une reprise très mélancolique de « She’s Leaving Home » (des Beatles) pour ensemble à vents. C’est beau et un peu étrange de retrouver ça ici. À cela succède un « Intermezzo » au piano (pour attardé mental). Le pianiste abandonne après quelques secondes. On entend des pas. Une porte se referme. Et L’Agnus Dei (tiré de J-S Bach) vient alors envahir notre appareil auditif. Parce oui, l’album, pas satisfait de nous avoir déjà assené 48 styles musicaux disparates à la gueule, veut aussi se la jouer Baroque à ce moment précis.

Le divin disque se conclut dans l’imbroglio le plus complet avec « Desafinado » (cover de Antonio Carlos Jobim). La bossa nova réinventée à la sauce chaotique est introduite par un monologue particulièrement emphatique de notre cher Raôul Duguay (qu’on entend peu sur ce disque ; son rôle de chanteur sera plus développé sur les opus suivants de l’ensemble). Le chiffre 3 (que Raôul affectionne particulièrement) est ici à l’honneur !

La version CD de Mucho Gusto contient 3 pistes bonus (enregistrées en pestak !) qui sont d’un intérêt un peu moindre. Mais il est toujours sympathique de lire un titre comme « Histoire de la P’tite Ch’nille électrique Qui Fut Métamorphosée En Ch’nille Naturelle Par la Fée Trobouguorbrotelle ».

Je me suis encore une fois un peu beaucoup épanché sur cette critique donc il ne me reste pas grand chose à dire en mode « post-scriptum ». Mais bref, si vous n’avez jamais entendu CE PUTAIN D’ALBUM, il faut rectifier le tout au plus vite et l’écouter (CE PUTAIN D’ALBUM). SURTOUT si vous êtes amateur/trice de musique folle, aventureuse, libre, ouverte, fébrile, tactile, fougueuse, rigoureuse, extatique. Un disque essentiel dans la vie de tout adorateur de weird.

ANWEILLE YANNICK VALIQUETTE ! KESS T’ATTENDS !?!? M’AS T’ARRACHER L’COEUR !!!


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critiques

Valerio Tricoli – Clonic Earth

Année de parution : 2016
Pays d’origine : Italie
Édition : 2 x Vinyle, PAN – 2016
Style : Musique concrète, électro-acoustique, Dark Ambient, Field Recordings

La beauté dans la fugacité des sons qui se perdent, se meurent, renaissent transfigurés, se fondent dans la nuit vaporeuse pour y trouver le repos éternel. Ce disque, c’est un long voyage qu’on vit, moitié réveillé-moitié endormi, vers un ailleurs qui se redéfinit constamment. Vous avez déjà eu de ces rêves surréels ou vous êtes en constant mouvement et où vous flottez rapidement à travers diverses propositions visuelles toutes plus saisissantes les unes que les autres ? Ce disque, c’est ça mais en sons (parce que « musique » n’est peut-être pas le terme approprié ici). On passe à travers des grottes glacées surplombées de stalactites millénaires, des geysers d’anti-matière, des mers d’ébènes aux reflets extra-terrestres, des forêts de lierre de cristal, des lunes diaphanes qui entourent un Soleil pourpre, des villages impies peuplés de végétaux animés, des cathédrales maudites enfouies au tréfonds de déserts de givre. Il y a des voix désincarnées aussi par ci par là, qui nous rappellent une présence vaguement humaine… Mais ce n’est qu’une transmission déformée du monde réel, qu’on reçoit de plus d’un million d’années lumières, preuve supplémentaire qu’on est loin, si loin derrière tout ça. Aussi effrayant qu’apaisant.

Juste impossible de parler vraiment de cette chose étrange en usant des termes techniques… Je n’ai pas les connaissances requises. Et même quelqu’un qui a l’oreille aiguisée ne pourra pas départager l’analogique du numérique, le field recordings mutant de l’instrument remodelé. Cette musique est matière insaisissable. Cet océan bruitatif est confusion. Et c’est là toute la magie de cette gestation sonore qui invite au rêve (et parfois au cauchemar)…

En arpentant les courbes anti-anguleuses de cet album, je revois cette cité caribéenne fantasmatique et son escalier de pierre qui semble se perdre dans les flots marins et que j’emprunte furtivement aux heures pâles d’une nuit d’espionnage, pour fuir ces guérilleros qui me soupçonnent… Je revois aussi la cabine téléphonique en métal-rouillé qui se trouve dans cette énorme pièce vide dans le sous-sol d’un immeuble abandonné au fond des bois, avec la sonnerie du téléphone qui se met à résonner grotesquement, s’adressant à moi comme un funeste présage… Je revois ce cheval agonisant dans la neige, entouré de barbelés et de coquillages géants… Je pense à ce songe (aussi fascinant que pétrifiant) dans lequel une partie du mur de mon ancien appartement se mets à noircir puis pourrir, laissant apparaître un trou noir en expansion d’où s’échappe une fumée spectrale puis éventuellement… des araignées et des mains humaines qui tentent de se frayer un chemin.

Le sommeil paradoxal métamorphosé en album, ni plus ni moins.


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :

15 Fréquences, Mixtapes

15 Fréquences Ultimes – Épisode 2 – Roger Tellier-Craig

Pour ce second épisode des 15 Fréquences Ultimes, l’élégant, polymorphe et scintillant Roger Tellier-Craig (Fly Pan Am, Le Révélateur, Godspeed You! Black Emperor, Et Sans, Set Fire to Flames, Pas Chic Chic) nous invite à plonger dans ses souvenirs bruitatifs obtus et ses influences musicales on ne peut plus variées.

Le sympathique et talentueux gaillard nous a aussi concocté de magnifiques commentaires (ci-bas, sous la liste des pistes) pour accompagner son magnifique mix. À lire avec attention en savourant la délicieuse matière sonore.

Vous pouvez suivre le parcours artistique ahurissant de Roger sur son site web : https://rogertelliercraig.com/
Sa page Soundcloud : https://soundcloud.com/satz-ebene
La page Bandcamp de Fly Pan Am : https://flypanam.bandcamp.com/

Tracklist:

  1. Pink Floyd – Cirrus Minor
  2. Faust – No Harm
  3. Luc Ferrari – Hétérozygote (extrait)
  4. Bernhard Günter – Untitled I/92 (extrait)
  5. Oval – Line Extension
  6. My Bloody Valentine – All I Need
  7. Stereolab – Jenny Ondioline (Part I)
  8. David Tudor (feat. Takehisa Kosugi) – Pulsers (extrait)
  9. Brian Eno – Lizard Point
  10. Ennio Morricone – 1970 (extrait)
  11. Morton Feldman – For Samuel Beckett (extrait)
  12. Jim O’Rourke – Cede (extrait)
  13. Laurie Spiegel – Pentachrome
  14. Charlemagne Palestine – Fifths In The Rhythm Three Against Two For Bösendorfer Piano – Two
  15. Cluster – Im Süden

Pink Floyd – Cirrus Minor

Première vraie rencontre avec la magie du son. Je devais avoir 14 ans, c’était l’été et il faisait plein soleil, et j’étais assis à l’arrière de notre voiture familiale, les écouteurs aux oreilles. Ce morceau me transporta littéralement “ailleurs” dans un monde impossible, imaginaire, spécialement le passage instrumental de la fin. C’était le début de mon intérêt pour la musique psychédélique, étrange, “surréelle”. 

Faust – No Harm

Ce disque fut une grosse claque à l’époque pour moi. Pendant un certain temps j’avais écouté plusieurs groupes “prog” dans l’espoir de découvrir d’autres groupes comme Pink Floyd, mais j’étais resté insatisfait. Il ne faut pas oublier qu’à l’époque nous n’avions pas accès à l’internet, donc c’était beaucoup plus difficile de trouver le bon fil pour arriver à ce genre de découverte. J’avais découvert le Velvet Underground, ce qui m’avait sensibilisé à du rock plus “artsy”, mais à cette époque j’étais plutôt obsédé par Sonic Youth et les débuts du “indie rock”; Sebadoh, Pavement, Royal Trux, GBV, etc. Et c’est en lisant des reviews de “Westing (By Musket And Sextant)” que j’ai lu les noms de Can/Faust/Neu! pour la première fois. Quand j’entendis finalement l’album “So Far” je n’en revenais pas, c’était exactement ce que j’espérais et même plus; du rock répétitif, noisy, avec des passages psychédéliques, une approche collage avec des éléments électroacoustiques, des sections pop interrompues par des intrusions avant-gardistes. Ce disque informa totalement l’approche musicale de Fly Pan Am par la suite. 

Luc Ferrari – Hétérozygote (extrait)

À cette même époque j’ai eu la chance de mettre la main sur ce disque de Ferrari à l’Échange pour un maigre 5$. J’étais étudiant en arts visuels au Cégep et je ne jouais pas encore d’instrument de musique, quoique je m’étais quand même amusé à faire des “albums” lo-fi avec une guitare et un sampler Realistic hyper primitif. J’avais vraiment envie de faire de la musique abstraite mais vu que je n’étais pas musicien j’avais le syndrome de l’imposteur. Le texte à l’endos de la pochette fut hyper libérateur pour moi: “J’ai aussi appelé ça ma musique concrète du pauvre, vu qu’il n’y a pratiquement pas de manipulations et que cette bande aurait pu être réalisée dans un studio non professionnel. Il s’agissait dans mon idée d’ouvrir le chemin à la musique concrète d’amateur comme on fait des photos de vacances.”  La musique me transportait davantage dans ce monde impossible et surréel, où j’errais entre une multitude de fantômes et de traces de lieux. C’est à cette époque que j’ai décidé que je voulais faire de la musique électroacoustique, en grande partie à cause de ce disque. 

Bernhard Günter – Untitled I/92 (extrait)

De la musique au seuil de l’audible. C’était une toute nouvelle idée pour moi en 1995. Une musique qui s’hallucinait presque. Des sonorités microscopiques hyper tranchantes et futuristes, la précision de la musique numérique que je découvrais à ce moment. J’aimais cette idée d’une musique qui existerait à quelque part entre la présence et l’absence, une musique qui est là mais que nous n’entendons pas tout à fait. Plus tard j’ai découvert que Luigi Nono avait déjà travaillé cette idée auparavant, mais la musique de Günter reste encore à ce jour tout à fait singulière. 

Oval – Line Extension

Au Cégep j’avais découvert Godard, et un aspect de son oeuvre qui m’avait fortement marqué et inspiré était son intérêt à révéler le support du film, donc quand j’ai entendu Oval pour la première fois il y a automatiquement eu un déclic. Mais au-delà de l’aspect conceptuel, la musique elle-même me frappa de par son aspect si futuriste et singulière, pop et avant-gardiste à la fois. Comme avec Günter, c’était mon introduction aux sonorités plus numériques, mais c’était aussi la première fois que j’étais exposé aux sonorités de glitches/skips, ainsi que par le genre de phrasé musical qui était généré par le micro-sampling. 

My Bloody Valentine – All I Need

Comme beaucoup d’autres, la première fois que j’ai entendu “Loveless”, je pensais que ma cassette était défectueuse, surtout qu’en 1991 il n’y avait pas tant de gens qui connaissaient bien le groupe dans mon entourage. J’avais découvert “Only Shallow” à Nu Musik sur Musique Plus et ça m’avait totalement sidéré, mais je n’étais pas préparé pour le reste. Ce fut l’amour fou. J’étais complètement séduit par cette musique qui me dépassait, immense comme la mer, bruyante et totalement nouvelle. J’ai rapidement mis la main sur “Isn’t Anything” qui me dépassa tout autant, surtout ce morceau “All I Need”. C’était la première fois que j’entendais quelque chose d’aussi noisy et éthéré à la fois. Je pense que dans un sens ce fut ma première vraie rencontre avec le potentiel d’une certaine abstraction sonore, même si le morceau reste quand même très mélodique, mais c’était impossible pour moi à cette époque de comprendre quel instrument avait généré ces textures, et cela m’a vraiment ouvert sur les possibilités qu’offraient l’expérimentation sonore.

Stereolab – Jenny Ondioline (Part I)

Cet album de Stereolab fut ma première rencontre avec le “drone”. Je crois que j’ai acheté la cassette en 1993, quelque temps avant que Table of The Elements réédite “Outside The Dream Syndicate” de Tony Conrad et Faust. Je sentais à l’époque que j’avais fait le tour de la musique axée sur les chansons, et cela déclencha en moi une étrange crise “existentielle” musicale où j’avais l’impression que tout avait été fait – j’étais très naïf. Mais cet album de Stereolab, et tout particulèrement ce morceau, venait soulager ce tracas; il y avait quelque chose qui me paraissait nihiliste dans cette répétition, dans cette monotonie, quelque chose qui refusait cette idée “d’innovation”, dans un sens, tout en sonnant très futuriste à la fois, et je trouvais cela très libérateur. Le fait que Laetitia Sadier chante parfois en français fut aussi une aspect marquant pour moi. C’était la première fois que j’entendais de la musique francophone avec laquelle je pouvais m’identifier. C’était très inspirant. Et à travers eux j’ai découvert Brigitte Fontaine, qui me renversa totalement, et tout le reste suivit par la suite…

David Tudor (feat. Takehisa Kosugi) – Pulsers (extrait)

C’est Alexandre St-Onge qui m’a fait découvrir la musique électronique de Tudor. J’écoutais déjà Derek Bailey at AMM à l’époque mais je n’avais jamais entendu de musique électronique “free” comme ce que faisait Tudor. Ce fut une grosse claque. Je ne comprenais pas ce que j’entendais; cette pièce me faisait penser à du techno, genre les débuts de Panasonic, mais la structure était totalement imprévisible et c’était tellement plus sale et noisy, et en plus au 1/3 du morceau il y a Takehisa Kosugi qui embarque avec son solo de violon sci-fi. Ce disque eut une profonde influence sur le type de matériau électronique que j’allais produire pour des années à venir. Et c’était tellement inspirant pour quelqu’un comme moi, qui se sentait imposteur, de voir un virtuose comme Tudor abandonner la musique instrumentale pour consacrer la reste de sa vie à ce qui me paraissait à l’époque comme l’antithèse de la virtuosité. 

Brian Eno – Lizard Point

Autre grosse découverte lors de mes années au Cégep. J’étais déjà fan de ses albums rock mais la découverte de “On Land” m’a vraiment emmené dans une autre zone. Je crois que c’est en découvrant cet album que j’ai décidé d’assumer que je voulais faire de la musique. Eno parlait de faire de la musique tout en étant “non-musicien”, et cette musique plus impressionniste, sans “chops” évidente, semblait plus accessible pour un non-musicien comme moi. Je sentais que c’était possible pour moi enfin de faire du son de manière autodidacte. Je me mis donc à faire de la musique “abstraite” suite à cette découverte, produisant deux cassette pour mon propre plaisir sous le nom de Cumulus, et le nom de mon “studio” d’ailleurs était “Lizard Point”.

Ennio Morricone – 1970 (extrait)

J’aurais pu choisir une multitude de morceaux de Morricone, mais celui-ci semblait être un bon compromis qui illustre bien la nature hybride de sa musique, à quelque part entre la musique pop, jazz et contemporaine. Je connaissais déjà Morricone pour ses fameuses BO de “spaghetti western” mais c’est en regardant “Teorema” de Pasolini que j’ai découvert Morricone. Le fait que Morricone puisse passer aussi aisément d’une chanson pop 60’s hyper catchy à un passage de musique contemporaine me fascinait. Cette fluidité entre les styles fut hyper inspirante pour moi. J’ai toujours perçu Morricone un peu comme un Jim O’Rourke ou un John Zorn, mais bien avant eux. 

Morton Feldman – For Samuel Beckett (extrait)

Encore une fois j’aurais pu choisir plusieurs morceaux de Feldman, mais j’ai choisi celui-ci pour sa singularité, même dans l’oeuvre de Feldman. La musique de Feldman m’a vraiment emmené à penser la composition autrement, autant au niveau de la temporalité, des contrastes dynamiques, de la durée et des tensions harmoniques. Ce fut aussi une toute nouvelle manière pour moi de penser la répétition, cette tendance dans sa musique à répéter ces motifs qui se voient toujours légèrement reconfigurés dans leurs durées et structure, souvent interrompus par des silences. Il y a aussi une sorte de neutralité émotive dans la musique de Feldman qui m’a toujours inspiré, et qui me rappelle en quelque sorte l’indifférence de la nature. 

Jim O’Rourke – Cede (extrait)

J’ai d’abord pensé inclure un morceau de Gastr Del Sol mais je trouve que cette pièce de O’Rourke contient davantage tous les éléments qui ont eu une grande influence sur ma sensibilité pour des années à venir. Pour un non-musicien comme moi, intimidé par les prouesses de la musique académique, cette pièce de O’Rourke était très inspirante de par son apparente simplicité et son refus de vouloir impressionner. Il y avait quelque chose de presque punk dans l’attitude de ce morceau pour moi, autant dans son minimalisme que dans l’utilisation des “plunderphonics”, pour faire des passages flirtant avec le ambient, et ces sections au seuil de l’audible. Disons que nous étions assez loin des tendances en musique acousmatique de l’époque. Sans oublier que O’Rourke pouvait aussi facilement produire une disque de rock électroacoustique d’un groupe comme Faust, passer d’un gig de “free improv” à une compo électroacoustique, d’une musique avant pop de Gastr De Sol à une compo minimaliste solo “mélangeant” John Fahey avec Tony Conrad, etc. Tout comme Morricone ou Faust, il représentait parfaitement pour moi cette approche non-hiérarchique des styles qui m’inspirait tant, travaillant l’hybridité et les contrastes, et touchant même à la citation, et non comme un simple geste empreint de nostalgie, mais plutôt comme une manière de démontrer l’inépuisable potentiel du matériau socio-musical. 

Laurie Spiegel – Pentachrome

Tous les autres morceaux que j’ai choisis proviennent d’une époque où je découvrais la musique qui allait définir mes sensibilités jusqu’à ce jour, à quelque part entre mes 14-23 ans. Tout ce qui suivit ne fut qu’une continuation de ce premier élan, jusqu’à temps que je découvre la musique de Laurie Spiegel une dizaine d’années plus tard. À ce moment précis, autour de 2009, je me dédiais à mon projet électronique Le Révélateur, qui était au départ plutôt axé sur la technologie analogique, mais la découverte du travail de Spiegel, qui sonnait pour moi autant ancien que futuriste, changea tout pour moi. J’étais fasciné par cette musique tonale, trop précise et mathématique pour être du “new age”, qui se rapprochait plutôt du travail des minimalistes américains et qui était conçue à partir des synthétiseurs analogiques et d’ordinateurs primitifs. C’est à ce moment que je me mis à utiliser l’ordinateur davantage dans mon travail et ma musique fut longtemps inspirée par le travail de Spiegel, ainsi que par d’autres pionniers de musique numérique comme Maggie Payne, Jean Piché, John Chowning, Michel Redolfi, etc…

Charlemagne Palestine – Fifths In The Rhythm Three Against Two For Bösendorfer Piano – Two

Probablement le morceau qui a le plus inspiré mon jeu de guitare, tout particulièrement sur les passages répétitifs des disques auxquels j’ai participé avant 2004. Je trippais vraiment sur ce rythme de 3 contre 2 répété incessamment de manière hypnotique, d’une grande simplicité mais hyper précis, froid, neutre. À cette époque je me battais beaucoup contre cette idée de séduction musicale, et cette “pauvreté” de matériau était vraiment très inspirante pour moi, c’était comme un refus de plaire, une forme de résistance. 

Cluster – Im Süden

Quand j’ai entendu ce morceau pour la première fois en 1995, c’était comme si le monde s’ouvrait. À cette époque c’était impossible de mettre la main sur les disques de Cluster ou Neu! à Montréal, tout ce qu’on avait à notre disposition était ce livre de Julian Cope, “Krautrocksampler”, jusqu’à temps qu’un label mystérieux du nom de Germanofon se mette à éditer des bootlegs de ces albums en CD. On ne pouvait qu’imaginer la musique contenue sur ces disques à travers les descriptions qu’en faisait Cope dans les pages de son livre, mais une fois que j’entendis enfin cet album de Cluster la musique était au-delà de mes attentes. Ce morceau en particulier a beaucoup résonné avec moi, j’irais même jusqu’à dire qu’il a directement influencé “L’espace au sol…” de Fly Pan Am, principalement au niveau de nos jeux de guitares, ces patterns qui se perpétuent tout au long du morceau.