Il y a deux ans approximativement, j’ai acheté un lot de cassettes chinoises (la plupart dans un état douteux). Comme ça, sans y penser vraiment, j’ai enregistré tous pleins d’extraits pour produire ce mix étrange, dépaysant et un brin décousu ; qui passe par plusieurs genres et époques différentes. Il y a ici de la musique traditionnelle (dont un extrait se disloque littéralement, vu que la cassette est littéralement MORTE dans mon lecteur), du C-Pop à toutes les sauces (funky-acidulé, légérement psych, new wave biscornue, ballades sirupeuses et épiques avec claviers ultra kitschouilles), des covers de pièces connues (qui n’a pas rêvé d’entendre le thème du Parrain réinterprété par un ensemble chinois avec de la mandoline larmoyante ?!? Je vous le demande !), un générique de dessin animé pour enfants et même un peu de spoken word.
Le tout s’écoute et se vit comme un rêve Betamax délavé.
Playlist mystère et inconnue (de moi-même compris ; je ne lis pas encore le mandarin)
*Mixtape montée de toutes pièces par Salade d’endives
Style : Neue Deutsche Welle, Minimal Wave, Synth Punk, EBM, New Wave
Liaisons Dangereuses, c’est un projet d’un seul album CULTE ; et un genre de super-groupe underground composé de membres de Einstürzende Neubauten et de D.A.F. (Deutsch Amerikanische Freundschaft). Liaisons Dangereuses, ce sont des expérimentateurs forcenés qui décident de se faire plaisir en pondant un disque de pop… Mais de la pop malsaine, venimeuse, déshumanisée, sordide et pourtant bigrement dansante. Autre particularité assez inhabituelle : on a affaire ici à des Allemands qui chantent (ou « déclament » plutôt, bien souvent) des textes soient en espagnol ou en français (selon la pièce). Bref, on tient ici une bien drôle de bestiole.
Cela débute avec un « Mystère dans le Brouillard » froid et martial. La rythmique industrielle hypnotique (toute de claviers tissée) embarque dès la première seconde. Et puis, il y a cette voix féminine enfantine qui chante (faussement) le titre de la pièce, elle même secondée par la voix d’un homme visiblement dérangé quelque peu. Ce dernier nous récite un texte en français (avec un fort accent) qui fait autant sourire que frissonner : « Comme un aveugle à tâtons… Essaye en vain de trouver… Une lueur un chemin… Tout seul, tout seul… » (alors qu’en arrière, la piste musicale se disloque, devient de plus en plus schizo et démoniaque, se voit gratifiée de pleins d’effets sonores chaotiques puis finit par imploser dans la noirceur opaque).
Vient ensuite LE hit de l’album, « Los niños del parque » (les enfants du parc). GROS groove proto-techno-hardcore ici. Le genre de truc qui aurait pu figurer parfaitement dans la trame sonore du jeu vidéo hyper-violent et psychotronique Hotline Miami. Paroles narrées en espagnol, petits cris de gamine de fond de ruelle ravagée par la méthamphétamine, rythmique binaire maladivement entraînante. Du Soft Cell hispanique et déchu. Un grand morceau. Le rave nihiliste se poursuit avec « Être assis ou danser » qui nous raconte l’histoire d’un garçon qui ne pouvait pas arrêter de danser (et qui finit par crever), le tout sublimé par des petites explosions de sax qui rappellent autant Palais Schaumburg que James Chances et ses Contorsions.
Retour dans le territoire de la langueur perfide avec « Apéritif de la mort »…. « Je vis dans une montagne russe, je suis un glaçon qui fond » nous dit le narrateur alors que des ondes de claviers pourrissants nous recouvre l’âme ternie. Bon Dieu que c’est sombre… Sombre et totalement blasé en même temps. « Kess Kill fé show » pue la sueur, le vomi, la folie et la nuit moite. Une jungle synthétique où l’on se perd avec délice avec sa « pocket calculator » en poche.
La Face B, au moins aussi poisseuse et encore plus sautée, commence avec « Peut être…pas ». C’est minimaliste, funky désincarné, toujours glacé comme un gélato italo-disco. « Avant – après Mars » est peut-être la piste qui fait le plus « asile psychiatrique » du lot. On dirait un patient en pleine déréalisation qui se récite à lui-même une description Wikipédia (inventée) d’une Atlantide qui, dans sa tête, serait bien réelle. Le tout accompagné par ce funk clinicien-intoxiqué (milles et une pilules de couleurs diverses), ces samples douceâtres et ces sons électroniques qui évoquent des autos de course au loin (ou une perceuse ?).
« El macho y la neva » (le mâle et la neige) c’est de la porn-ultra-gay-bondage-avec-moustache-humide sous le Soleil impie des tropiques. Impudique, expérimental à fond, vicieux, défoncé, crasseux, rutilant. Facilement le moment le plus OVNI-esque du disque. « Dupont » poursuit dans le dérèglement le plus singulier. C’est un espèce de trou noir cyberpunk. La bande son d’un film fictif d’exploitation early 80s avec un flic corrompu/psycho qui collectionne des scalps de prostituées et qui se fait un trip de poudreuse avec ses potes mafieux dans un taudis malfamé. La courte pièce titre vient clore le tout et nous rappelle un peu TG ou les premiers disques de Coil.
Ce seul essai discographique du trio est un passage obligé pour toute personne voulant explorer les recoins les plus fétides de la cold wave.
Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :
D.A.F. – Alles Ist GutSuicide – SuicideAlain Bashung – Play Blessures