critiques

Swans – The Seer

Année de parution : 2012
Pays d’origine : États-Unis
Édition : 2CDs, Young God – 2012
Style : Expérimental, Post-Rock, Folk, Gothique, No Wave, Blues, Industriel, Drone, Noise, OVNI, Terreur, 21th Century Schizoid Men (& Women)

Tiens… Jusqu’à tout l’heure (et c’était déjà planifié depuis des lustres, je n’avais juste pas trouvé les mots justes pour parler de cette… immensité), j’étais bien décidé à vous introduire enfin aux charmes abominables de « Soundtracks for the Blind », l’autre testament des Cygnes, leur album double de 1996 qui avait mis fin à leur existence jusqu’à la réanimation du monstre dévoreur de mondes en 2010 par son géniteur, le père Gira. « Soundtracks » a été une révélation aussi glaçante qu’orgasmique pour votre humble chroniqueur masochiste… Il y avait TOUT dans cet album-foutoir-déréglé, TOUT ce qui me foutait la trique en musique à cette époque : du noise-rock ravageur qui te décapait la matière grise sans aucune subtilité, du post-rock funèbre qui t’arrachait le cœur à main nue pour passer dessus à coups de rouleau-compresseur (piloté par un Steve Reich réincarné en antichrist dément, au regard de suie et aux lèvres bordées d’écume), du trip-hop technoïde à la sauce Jarboe, du folk tout droit sorti du dustbowl era, de l’indus apocalyptique, du rock nihiliste de fin fond de saloon perdu dans la nuit sans lune d’une ville fantôme du sud du Texas… Bref, « Soundtracks for the Blind » est GRAND. Et il demeurera toujours un de mes albums préférés de tous les temps.

Mais, finalement, après une introspection cérébrale complète et totale, je ne peux me résoudre à en parler (du moins, pas maintenant…), parce que « THE SEER » a décidé de s’imposer à moi par ce soir sur lequel les cieux d’ébène crachent tout leur fiel. « The Seer » est tout aussi grandiloquent que son grand frère… tout aussi aussi colossal, mythique, faramineux… et encore plus noir (était-ce possible ?), encore plus fou, encore plus dépravé, encore plus monolithique, encore plus hypnotique, encore plus TOUT. C’est le disque des Swans post-retour qui s’impose à moi comme leur plus essentiel. C’est un disque-expérience. C’est l’album qui va trop loin et qui s’en moque. Michael Gira et ses acolytes déments vont au delà de vos cauchemars les plus terrifiants. Et ils en raffolent. Visions d’apocalypse, trous noirs dans un cosmos impie, douloureuses hallucinations opiacées qui tarissent le cortex de manière définitive et totale, mathématiques d’une certaine forme de chaos… L’espace temps n’a pour eux aucune importance. Ces missives possédées pourraient durer chacune une heure, un mois, un an… Ils vont au delà du temps lui-même. Ils sont à la recherche d’un absolu qu’on pourrait croire impossible, et pourtant, au fil de ces incantations-répétitives-jusqu’au-boutiste, ils le frôlent périlleusement, et ce, pratiquement en tout temps.

C’te musique, c’est comme une étoile qui s’apprête à éclater en Supernova à tout moment pour détruire absolument tout, mais qui n’y parvient jamais…. Coït interrompu et brutalement vicieux s’il en est. Swans, tout en conservant le son élaboré sur le précédent opus (« My Father Will Guide Me Up a Rope to the Sky »), se cherchent sur ces 2 disques, s’explorent et se scrutent froidement (au bistouri), cherchent à redéfinir l’innommable, se fondent en ténèbres sonores mouvantes, se noient dans le fleuve souterrain de la vie et de la mort, percutent l’irréel dans une course effrénée et sans fin…

L’Évangile selon Michael Gira. Voilà ce qu’est ce « The Seer », ou « le Voyant ». Ça s’ouvre sur « Lunacy », un espèce d’hymne désacralisé et post-apocalyptique qui fait autant penser à du Comus qu’au Nick Cave du début des Bad Seeds, avec en prime Alan Sparhawk et Mimi Parker du groupe Low qui entonnent ces chœurs dédiées à la folie. Dès cette première pièce, on comprend avec bonheur et horreur à quoi on à affaire. Ce son est communion. Ces musiciens sont dédiés à leur art et à cette vision totale et obsessive-compulsive de sieur Gira. C’est compact, lourd, carré, sans pitié et véloce à la fois. Et ça se termine avec cette guitare du sud et notre narrateur qui nous annonce que notre enfance est terminée… Quelle entrée en matière, non de dieu.

« Mother of the World » est juste sans pitié. Cette rythmique, tudieu !!! (la percu est absolument mystifiante). Et dans cette répétition funeste dans laquelle se greffe des éléments faramineux, une voix dérangée et féline vient nous miauler un mantra incongru. Et là… silence. Et respirations saccadées. Puis ça repart comme un train bourré de nitro pour se fondre dans un coda psychédélico-psychotique de cordes acoustiques et de piano désespéré. La finale est vachement « godspeedienne » tout en évitant le sublime pathos de nos Montréalais préférés. « The Wolf » ou le squelette d’un morceau folk perturbé des années 40, avec ces field recordings pétrifiants qui viennent nous annoncer de grandes choses…

« The Seer » arrive. Petite anecdote personnelle. Après une journée intense de canot durant l’été 2012, je me suis endormi (après maintes bières) dans un petit chalet old school sans électricité, en écoutant « The Seer » sur mon lecteur mp3. Quand la chanson titre est partie, avec son délire de cordes quasi noise-celtiques, de cloches, de cornemuse ensorcelée, je me suis réveillé en sursaut et en sueur, dans l’obscurité totale, sans savoir où j’étais ni qui j’étais. Et j’ai eu la chienne en TABARNAK. Le voyant, c’est 32 minutes en suspension dans un vortex d’anti-matière. Ça t’implose dans les oreilles et tu restes juste bouche-bée du début à la fin, un long filet de bave coulant au sol. I see it all, I see it all, I see it all, I see it all, I see it all… Fuck. Je l’écoutes présentement (alors qu’un orage dévaste le ciel nocturne, hachurant l’azur d’éclairs furibonds) et ça me fait encore le même effet. Ce sentiment d’être attaqué par une musique qui n’est plus que bête féroce qui veut te dévorer tout entier, s’agripper à la jugulaire, te vider de ton sang, célébrer ta chair, te pourfendre tout entier, te vomir, te rebouffer puis réduire tes os en poussière… J’aime particulièrement le moment « Home Depot FROM HELL » où on croirait entendre des scies circulaires en pleine action. Et puis cette saloperie prend tout son temps à imposer sa lourdeur dantesque. Chaque moment est gratuit, colossalement gratuit. Sont vraiment inhumains ces mecs… « The Seer Returns » continue l’errance dans cette nuit surnaturaliste et dentelée, avec la participation vocale aussi inouïe qu’inespérée de Jarboe, l’ancienne compagne de Michael Gira et deuxième tête pensante des Cygnes dans les années 80 et 90.

« 93 Ave. B Blues » est le moment le plus Scott Walker (ou « Maman, j’ai Peur ») du disque. C’est en quelque sorte la trame sonore de la rencontre entre Robert Johnson et ce bon vieux Satan dans un carrefour poisseux du fin fond du Mississippi dans les années 30… Dissonances, grincements insolites, éclatements percutants, cordes qu’on étripe, vocaux tout droit sortis d’un mantra indien dénaturé… Totalement habité, c’morceau. « The Daughter Brings the Water », avec sa néo-folk minimaliste et hantée, vint clore le premier CD de belle façon. Je ne parlerai pas du deuxième, tout aussi puissant. Je vous laisse découvrir la beauté spectrale de « Song for a Warrior » (chantée par Karen O), l’efficacité brute de « Avatar » (aucun lien avec le film avec les bonhommes bleus de Cameron, s’inquiète) et les deux morceaux-fleuves vertigineux de 20 minutes et plus qui concluent cette tentative irrationnelle et pourtant réussie qui est celle de nos acolytes : repousser la musique dans ses derniers retranchements.

Un disque comme il ne s’en fait pas. J’ai encore peine à croire qu’il existe.


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :

15 Fréquences, Mixtapes

15 Fréquences Ultimes – Épisode 26 – Saints Martyrs

Les Saints Martyrs, feu les Martyrs de Marde (comme je les ai connus, jadis), je les aime d’amour, avec volupté, tendresse et déraison. Je ne connais aucun groupe qui allie avec autant de goût (ou de mauvais goût, c’est selon les visions) déclamations nihilistes hurlées en défaveur/hommage à un monde fétide (qui est le nôtre, hélas), visuels percutants et délicieusement ostentatoires, théâtralité sans borne, énergie brute, flair artistique incisif… et le tout dans cet amalgame complètement surréaliste-rococo et déviant de genres musicaux champ gauche (punk hardcore kéb, black métal poussiéreux de hargne, no wave libidineuse, post-punk mécaniquement décalibré, goth-rock des abysses et chanson française avariée).

Sur scène, ce sont des personnages irrévérencieux qui revêtent des costumes grand guignolesques (le prêtre BDSM, le médecin de la peste, etc..) mais malgré ça, ils demeurent authentiques à 1052%. Leur propos, leurs textes (empreints d’une poésie noire comme le café du Double R) vont s’imprégner dans votre être tout entier et, tels des ténias avides, vont gruger vos matières grises et y pondre tout un tas d’immondices… des vérités insoutenables, du mal-être probant et profond, des remises en question, des ivresses impossibles… mais de la beauté aussi, une sorte d’appréciation du chaos et des ruines de notre monde quasi-moribond.

Bref, c’est un de mes groupes préférés actifs actuellement et cela allait donc de soi que je les invite à participer aux 15 Fréquences Ultimes. Cependant, dans leur cas, comme ils sont quatre (et qu’ils ont tous et chacun des goûts musicaux dignes d’une mixtape propre), j’ai pensé faire les choses un peu différemment… Et OUI ! Ci-bas, vous retrouverez non pas une mais QUATRE mixtapes pernicieuses à vous mettre sous la dent (ou plutôt dans l’t’ympan). Un énorme merci à Frère Foutre, Souffrance, Anonymous Bosch et Alpha Vil de s’être prêtés au jeu et de m’avoir soumis vos sélections musicales passablement éclatées (je n’exagère pas !!! voir les playlists ci-bas !). Ce fut un plaisir de mixer tout cela pour vous.

Donc, sans plus tarder, mesdames et messieurs, phoques et chiens, gants d’acryliques zombifiés et momies désabusées, préparez vous à plonger dans les goûts, influences et plaisirs coupables de quatre des musiciens les plus importants de la scène underground québécoise ! Bonne écoute à tous et à toutes !


Tracklist:

  1. Mystère des voix bulgares – Dragana i Slavei
  2. Captain Beefheart – The Host, the Ghost, the Holy-O
  3. Tom Waits – I’ll take New York
  4. Backxwash – Muzungu
  5. Marnie Stern – Prime
  6. Sunn O))) – It took the night to believe
  7. Lingua Ignota – I who bend the tall grasses
  8. Antonin Artaud – La recherche de la fécalité
  9. Death Grips – I break mirrors with my face in the United States
  10. Jimmy Scott – Day by Day
  11. Péloquin Sauvageau – Emiliano
  12. Duplah Pootch Hanichan Gasoliiine – Angoise Décimale
  13. Black Flag – Damaged I
  14. Nico – It has not taken long
  15. Totenbaum Träger – Fleur de néon I

Tracklist:

  1. Pérotin – Veni creator spiritus
  2. Scatman John – Scatman (ski-ba-bop-ba-dop-bop)
  3. Sonic Youth – Female Mechanic Now On Duty
  4. Kee Avil – Drying
  5. Mayhem – I Am Thy Labyrinth
  6. Koji Kondo – Castle Theme (Super Mario World)
  7. Anatole – Toune 9
  8. Metallica – St. Anger
  9. no cru5t – Metro 514
  10. MAP – For I Am Dead
  11. Muzion – La vi ti nèg
  12. Shania Twain – That Don’t Impress Me Much
  13. Brian Eno – Neroli: Thinking Music, Part IV
  14. Nirvana – Scentless Apprentice
  15. Marjo – Ailleurs

Tracklist:

  1. No Means No – Real Love
  2. The Weather Station – Thirty
  3. Gordon Lightfoot – Rosanna
  4. Joni Mitchell – Coyote
  5. Paul Simon – Boy in the Bubble
  6. Sonic Youth – Bull in the Heather
  7. Radiohead – House of Cards
  8. Billie Holiday – Strange Fruit
  9. Charles Ives – Three Places in New England
  10. Nina Simone – Wild is the Wind
  11. René Lussier – Première Course
  12. Francine Raymond – Y’a les mots
  13. Primus – Bob
  14. Ingrid Laubrock – Contemporary Chaos Practices
  15. David Bowie – Station to Station

Tracklist:

  1. Goat – Union of Sun and Moon
  2. Mon doux saigneur – Tempérance
  3. Try-angle – Writing on The Wall
  4. Queens of the Stone Age – Song For The Dead
  5. Jay Z – Empire State of Mind
  6. Lightning Bolt – Dead Cowboy
  7. Jetsam – Clayborne
  8. Turnstile – Fazed Out
  9. Dogo suicide – PETIT PRIX
  10. Simone Provencher – Choix multiples
  11. La sécurité – Try Again
  12. Afrodizz – Propaganda
  13. DakhaBrakha – Rusalochky
  14. Gouride – 在刚果
  15. Slapp Happy – The Drum

Quelques liens pour entendre/suivre Saints Martyrs:
Bandcamp – Saints Martyrs
Instagram – Saints Martyrs
Page Facebook de Saints Martyrs

15 Fréquences, Mixtapes

15 Fréquences Ultimes – Épisode 18 – Sylvain Castilloux

Mélomane depuis sa naissance, Sylvain a toujours amassé les cassettes et cd jusqu’au jour fatidique du 17 mars 2006, où sa vie fut perturbée à jamais par l’achat de ses premiers disques vinyle au No Fun Fest à Brooklyn. La vie ne fut jamais pareille depuis, accroc de la galette noire pour la vie, la « collectivite » aigüe frappe très fort. Aussi musicien à ses heures, Castilloux a oeuvré dans plusieurs groupes de la scène underground de Montréal, dont ManyMental Mistakes, Ghostlimbs, Les Zerreurs et présentement Nuage Flou ainsi que Curling Irons.

Tel qu’évoqué ci-haut, mon pote Sylvain (que j’appelle affectueusement « OG Castilloux ») a une collection de disques complètement folle (et vaste). Il publie religieusement ses écoutes sur sa page Instagram, que je consulte régulièrement avec admiration et envie. C’est une des références absolue en matière de no wave, garage rock, post-punk, noise rock, punk, hardcore, abstract/leftfield hip-hop, rock expérimental, psych (et j’en passe). Parler avec Sylvain est dangereux parce ce qu’à chaque fois, au terme de la discussion, tu as le goût de t’acheter 47 albums… Et souvent les 2-3 premiers de chaque groupe évoqué 🙂

C’était donc normal que ce grand mélomane devant l’éternel soit une des premières personnes à qui j’ai proposé le délicat exercice de sélectionner ses 15 pistes ultimes. J’imagine que le choix fut délicat et difficile. Mais en bout de ligne, on a ici un mix qui représente vraiment bien toutes les (nombreuses) facettes d’un des musiciens les plus sympa et cool de la scène montréalaise !

Je souhaite une fabuleuse écoute à tout le monde, y compris le célèbre Géant Vert (qui, fait fort méconnu, adore écouter du no wave lorsqu’il n’est pas occupé à faire la promotion des légumes en conserves).

Tracklist:

  1. DNA – You and You
  2. Damned – Neat Neat Neat
  3. No Trend – Reality Breakdown
  4. Jerry’s Kids – Cracks In The Wall / Tear It Up
  5. Ulver – I
  6. Big-L – All Black
  7. Fifty Foot Hose – Fantasy
  8. Abwarts – Verzählt
  9. Throbbing Gristle – Very Friendly
  10. Sonic Youth – Brother James
  11. Scratch Acid – Cannibal
  12. Flipper – Ha Ha Ha
  13. Birthday Party – Junkyard
  14. Stooges – Loose
  15. Registrators – Monkey

critiques

The Pop Group – Y

Année de parution : 1979
Pays d’origine : Royaume-Uni
Édition : CD, Rhino – 2007
Style : Post-Punk, No Wave, Rock Expérimental, Dub, Funk, Art Punk, Free Jazz

Bristol, 1977… Il devait il y avoir quelque chose de vicié dans l’eau ou un contaminant chimique dans l’air. Sinon, comment expliquer ÇA ? Comment expliquer sinon la formation de cette bande de joyeux drilles déglingués/atypiques/schizoïdes à souhait ? (et le mot « schizoïde » n’est pas choisi au hasard m’sieurs-dames ! Suis-je le seul à déceler ici des relents de la pièce d’ouverture du premier disque du Roi Pourpre ?).

Le groupe Pop, c’est 5 jeunots tous plus barges les uns que les autres. Il y a le chanteur Mark Stewart, le guitariste John Waddington, le bassiste Simon Underwood, le guitariste/saxophoniste Gareth Sager et le batteur Bruce Smith. Ces sympathiques messieurs sont friands de funk, de dub, d’avant-garde et de Jazz libre. Au lieu de se choisir un créneau à travers tout cela, ils ont décidé de mettre l’intégralité à la poêle (le rond à « high ») et de déglacer avec une généreuse portion de ce qu’on appellera bientôt le Post-Punk (un « style » qui n’en est pas vraiment un ; vu la grande disparité musicale des groupes à qui ont a affublé l’appellation)

Produit par un mec plutôt versé dans le reggae (le barbadien Dennis Bovell, membre du groupe Matumbi et collaborateur régulier de Linton Kwesi Johnson), ce premier album de nos comparses anglais est un véritable malstrom d’idées confuses et jusqu’au boutistes, de styles musicaux disparates qui baisent entre eux dans une perpétuelle orgie sonore, de cris et gloussements folichons de défoncé mental sévère, de guitare atonale qui te décape le conduit auditif « drano-style », de saxo free jazz rappelant James Chance/White, de basse funky à la James Brun, de percussions tribales sèchement sociopathes ET de passages glauquissimes de quasi « musique concrète » où presque toute forme de structure disparaissait au profit d’un délicieux malaise…

Et malgré tout, on ne peut pas s’empêcher d’avoir le goût de DANSER pendant l’écoute de ce monument de « What The Fuck ». DANSER comme des fous, de manière désordonnée, en boxer-shorts, dans les rues, un scalpel bien effilé dans la main droite ; un milkshake choco-banane dans l’autre. DANSER toute la nuit si il le faut. Pour citer l’animatrice maison qui a jadis co-interprété le méga-tube-des-z-internets Ma Colombe est Blessée : « C’est des musiques TELLEMENT entraînantes »

Parce que OUI, milles fois OUI : The Pop Group, malgré toute sa grandiloquente DÉMENCE, porte bien son nom. Car le côté pop-dansant-quasi-surf-rock, il est partout (sur la Face A ; la B peut-être moins). Ça sort de tous les pores de cette musique-fléau. On peut facilement penser aux Talking Heads…. mais genre le frère jumeau un brin retardé/asperger/dangereux/louche de Tête parlante premier du nom…. celui qui gamin aimait courir à poil dans l’appart avec des ciseaux dans les mains, la bouche pleine de corn flakes, en écoutant un disque vEnyle d’Albert Ayler à plein volume.

Chaque morceau ici présent est une petite maladie mentale en soi.

Il y a d’abord la spasmodique « She Is Beyond Good & Evil » qui ouvre le bal de belle façon avec sa rythmique syncopée (presque caribéenne), sa guitare fuselée qui est tellement à l’avant scène dans le mix qu’on sursaute à chacune de ses apparitions, cette basse funky en retrait, ce reverb dub-licieux, et bien sûr : l’arsenal vocal complètement déluré de Mark Stewart (le chanteur qui veut te péter la gueule avec sa voix qui change de tonalité aux 2 secondes). « Thief of Fire » est un autre morceau funk-punk HYPER tendu de haute volée…. mais on commence à sentir ici qu’on est pas chez Gang of Four ou The Wire… le trouble commence à s’installer. Le saxo foutraque fait son apparition… le déstructure prend le dessus sur la normalité. Une tonne d’effets sonores bien siphonnés font irruption (échos, reverb, samples de voix). Ce disque n’a pas fini de nous surprendre.

« Snowgirl », on dirait deux bands complètement différents qui essaient de s’enterrer l’un l’autre. Un qui officie dans le cool-jazz de bar enfumé et l’autre dans le noise-rock-improv. Ils finissent par s’accorder ensemble juste quand le morceau s’achève sous notre psyché ébahie. « Blood Money », c’est du quasi industrial-free-jazz. Terriblement accrocheur, « We Are Time » a ce petit côté rockabilly-surf-50s que j’affectionne temps.

Flashback d’un séjour irréel dans un hôpital psychiatrique hanté avec « Savage Sea » (moment le plus neurasthénique du disque… et mon morceau préféré de la troupe) où la mélancolie d’un piano effleuré façon « Vince Guaraldi sur le buvard » est recouvert par les brumes opaques des murmures chaotiques, des échos fantomatiques, des quasi chants grégoriens zombifiés et de la belle musique concrète comme je l’aime.

Avec la Face B, on plonge dans le No Wave tête première, sans jamais vraiment en ressortir… On se croirait chez les fous de Mars ou de DNA (versant british). Ceux qui aiment les mélodies, les jolies compositions et l’ordre vont abandonner ici leur écoute (si ce n’était pas déjà fait avant). Inutile de commenter chaque pièce. C’est un tout compact, sans réel début ni fin. Les mauvaises langues diront que c’est du foutage de gueule. Pour moi, c’est de la grande musique de « crétins géniaux »

VERDICT : « Y » est un disque essentiel pour tout fan de musique dérangée. Un ÉNORME disque de post-punk expérimental et un bel exemple de l’influence de la scène no-wave new yorkaise outre-Atlantique. Un quasi chef d’oeuvre.


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :