Style : Noise Rock, Rock Alternatif, Expérimental, Post-Punk
Pour votre chroniqueur adoré, Sister, c’est le début de la sainte trinité sonic youth-ienne. C’est le premier opus discographique dans un triolet de disques quasi-parfaits et géniaux, où le groupe est au sommet de son art (Daydream Nation et Goo sont les deux autres). C’est sûr, le groupe a connu d’autres sommets vertigineux à travers son inépuisable discographie (qu’on pense à l’ambitieux Washing Machine ou au plus noir que noir Bad Moon Rising), mais c’est avec ces 3 albums que LE groupe alternatif par excellence a laissé sa marque sur le panorama musical et ce, à jamais. C’est ici que sera enfanté le grunge, après tout.
Sur le précédant album, le déjà superbe et bien nommé Evol, le groupe avait entamé son évolution vers des structures plus mélodiques et « composées » ; tout en conservant leur aspect bruitatif leur étant si cher (ces fameux feedbacks de guit, marque de commerce des New Yorkais). Sister s’inscrit dans le prolongement logique de cette démarche, confirmant à tous et toutes que Sonic Youth est un groupe de Rock avant tout, et non uniquement un ensemble de no wave avant-gardiste chevauchant des cascades de larsens. L’album débute de manière magistrale avec « Schizophrenia », un des plus grands morceaux de SY. Il y a d’abord CE putain de beat de batterie (doux et insistant) de Steve Shelley et puis arrive ces guitares reconnaissables entre mille, cette basse chaleureuse et la voix toujours blasée de Thurston Moore. Sous des allures on ne peut plus pop et apaisées, ce morceau est une tempête tranquille qui se termine dans un éclatement des plus jouissifs. Il y a aussi cette espèce de mélancolie étrange qui réside au cœur même de la composition, à travers ses paroles pleines de hargne et de confusion (Philip K. Dick en pleine crise d’adolescence), cette voix de sirène damnée (Kim Gordon qui fait ici penser à Nico) venant nous révéler des secrets brumeux… C’est comme si on avait toujours connu cette chanson, comme si elle avait habité dans notre imaginaire collectif pendant des années… Comment poursuivre après un tel monument ? Avec « Catholic Block », ni plus ni moins. Ça débute en chapeau de roue avec LE feedback de style « j’viens juste de plogger ma guit’ et ça enregistre déjà parce que je suis près à détruire tout sur mon passage !!! ». Rapide, punk, noisy à souhait, rempli à plus soif de dissonance : ça fait du bien par où ça passe. On tombe dans le plus introspectif avec « Beauty Lies in the Eye », où la voix envoûtante de Kim nous ouvre les portes de son âme :
« Do you want to see The explosions in my eye Do you want to see The reflection of How we used to be Beauty lies In the eyes of anothers dreams Beauty lies Lost in anothers dream »
– Beauty Lies in the Eyes
Le monde des rêves hallucinés, les amours morts ou perdus, l’irréel… Je ne sais pas à quoi ce titre fait référence mais c’est sacrément beau. Il est important de noter que le groupe était alors très inspiré par les écrits de Philip K. Dick (ci-haut mentionné), possiblement le plus grand auteur de science-fiction de tous les temps et aussi un des mecs les plus barges (ou lucide ?) que la Terre ait porté en son sein… L’univers de Dick est particulièrement présent à travers les paroles inspirées et l’atmosphère (chaos, folie, solitude, amour) de Sister. Le titre fait d’ailleurs référence à la sœur jumelle de K. Dick, morte en très bas âge (bien que l’auteur croyait mordicus que lui était mort et que c’est sa sœur qui était bien vivante… mais bon, ne nous égarons pas).
Ça se poursuit dans le bruit avec « Stereo Sanctity » et « Pipeline », deux morceaux qui butent sévèrement. Il y a de la rage ici mais aussi de la tristesse, du mal-être, de la paranoïa, du malsain… « Tuff Gnarl » est un aut’ monument. Début pop nostalgique rappelant la pièce introductrice de l’album, la chanson se mute en un véritable ouragan de larsens transgéniques. Les mecs et la fille de Sonic Youth ont bien compris comment recréer le phénomène de l’orgasme en musique, et ils ne s’empêchent pas de le mélanger avec l’univers du cauchemar. « Pacific Coast Highway », c’est du grand n’importe quoi épique ou plutôt c’est « Sister Ray » des Velvet passé dans le malaxeur des années 80. Kim a sa voix de prêtresse bipolaire cochonne et glaciale (comme je l’aime). La musique accompagnant ses proclamations est un espèce de mantra chaotique et hypnotique. S’ensuit alors le cœur de la pièce : un passage plus downtempo et instrumental renversant qui vient nous percuter en plein coeur… « Hot Wire My Heart », c’est Thurston qui se la joue Stooges et Ramones. Simple, con, dissonant et diablement efficace.
« Cotton Crown » est ce qui se rapproche le plus d’une chanson d’amour chez SY (« Angels are dreaming of you » répètent les deux tourtereaux). Kim et Thurston chantent tous deux ce qui pourraient être leur version de « I got you Babe », murs de guitares en lame de rasoir (signés Moore et Renaldo) en prime. Niveau ambiance, on est pas loin du grand Loveless de My Bloody Valentine. L’album se termine dans le chaos avec un « White Cross » qui te décrasse le système bien comme il faut. Et c’est déjà fini. Et c’était foutrement bon.
Sister est un chef d’oeuvre intemporel du Rock alternatif. C’est aussi l’album de Sonic Youth que je recommanderais à tous ceux qui veulent s’initier au groupe. Il y a tout ce qui fait leur magie là-dessus.
Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :
My Bloody Valentine – Isn’t AnythingMudhoney – Superfuzz BigmuffDinosaur Jr. – You’re Living All Over Me
Le retour tant attendu (je l’espère !) de la série de mixtapes préférées des zèbres amphigouriques de la planète IKADOR et des hockeyeurs subaquatiques des îles CYPRION-DE-L’ANSE-SEMPITERNELLE. Un autre voyage sonore pour tous vos sens secoués comme des cocotiers par un vent extra-terrestrement salin ; à travers la musique psychédélique de tous les horizons, qu’ils soient géographiques ou temporels. Du lourd, du léger, de l’expérimental, de l’accessible, du fêlé, du jouissif, du flottant, du brumeux, du lumineux, du funné, de l’euphorique (et bien plus encore !!!).
Bonne écoute à tous ceux dont le prénom est Serge (mais aussi aux autres, car c’est une mixtape inclusive) !
Tracklist:
Delia Derbyshire – Mattachin
The Growing Concern – Edge of Time
Legendary Pink Dots – Pennies for Heaven
The Magic Mixture – (I’m so) Sad
The Byrds – Eight Miles High
Gong – Tropical Fish : Selene
Rupert’s People – Reflections of Charles Brown
Lazy Nickels – 35 Design
Kaleidoscope – Faintly Blowing
Robert Charlebois & Louise Forestier – C.P.R. Blues
20 ans de Cuchabata… Ça force le respect. Ce label montréalais, devenu légendaire au fil des années, c’est d’abord le bébé de David Dugas Dion ; un beau bébé étrange cogité dans sa matière grise d’ado disquaire (à Valleyfield). Faut se remettre dans le contexte des jeunes années 2000 : un monde où tout n’est pas (encore) interconnecté-interrelié-en-permanence par le sacro-saint Internet. En musique indépendante at large, les contacts, demandes de collabos et l’auto-promotion se font difficilement… alors imaginez pour la musique expérimentale-noise-rock-atonal-ambient-free-jazz-free-improv-post-toute !!! Malgré la tâche ardue qui l’attend, notre jeune David des Bois se retrousse les manches et décide de donner vie à ses rêves sonores les plus fous. En hommage à une sombre légende d’Amérique centrale (et aussi à son chat), notre jeune musicien polymorphe va créer l’étiquette Cuchabata pour éditer ses trucs, ceux de ses amis et autres compagnons de route ; le tout avec passion et assiduité, avec des moyens faméliques, pour l’amour de la musique avant-tout et le désir d’archiver/abriter ces sons dans une maison-mère prête à accueillir tous types de visiteurs (surtout les plus sautés). C’est ça le DIY, le vrai, le pur, le divin, l’authentique.
À travers ces 20 années rocambolesques, Cuchabata aura fait paraître plus de 220 objets sonores (non identifiés) tous plus bluffants les uns que les autres, ratissant large dans une panoplie de genres, tissant des liens forts avec (et entre) des artistes parvenant d’horizons divers, enrichissant fortement la scène musicale québécoise alternative et expérimentale d’une manière qui se doit d’être soulignée. Et le travail acharné de ce projet fou et inspirant continue à ce jour, pour le plus grand bonheur des mélomanes aventureux que nous sommes ici, sur les Paradis Étranges.
Pour célébrer cet anniversaire, mon pote DDD vous propose une mixtape aussi abrasive que somptueuse. Une pièce issue de chacune des parutions de 2023 de Cuchabata. Vous retrouverez ci-bas (sous la tracklist) des textes de présentation pour chaque album concerné, gracieuseté de notre curateur barbu préféré.
Bonne écoute à tout le monde (y compris les lanceurs olympiques de paratonnerres) ! Et partagez cette playlist en grand nombre !
Tracklist
La Forêt rouge – Savonner le rideau des illusions
Éric Normand – Le rire et le poignard (reprise de Tom Zé)
Red Mass – Drowned ft Giselle Webber
Feu Tétanos – Gris
ELKA DDDONG – Future Shock In The Paleocybernetic Age
FULL ASTRO – Plancher
Maxime Gervais – 18 manteaux de fourrure
Electrique Junk – No Verse Gap including Dies Irae and Just Cremate Me; I’ll Take It From There
Totenbaum Trager – Fleur VII
Peaches in Black – Les secrets enneigés d’une danse interrompue
Colmor – Par coeur
*Sélection des pistes par David Dugas Dion // montage de la mixtape par Salade d’endives.
Presque six ans suivant la parution de « Le maquillage de tout le monde coule », La Forêt rouge récidive avec un nouvel opus intitulé « Si la coïncidence se maintient ». Entièrement enregistré lors d’une journée du mois de juillet 2021 et totalement improvisé, « Si la coïncidence se maintient » prouve une fois de plus que La Forêt rouge sait à la fois se régénérer, sans pour autant trahir ses racines. Oscillant entre des pièces plus atmosphériques et d’autres plus saccadées et rythmées, La Forêt rouge nous convainc une fois de plus que ses branches sont endurcies et que ses souches sont toujours aussi insatiables et avides de transformations.
La tête de Tour de bras (étiquette indépendante rimouskoise) et du collectif GGRIL (Grand groupe régional d’improvisation libérée), Éric Normand s’adonne ici au remaniage de chansons, reprises à sa façon et agrémentées d’invité.es/musicien.nes hétéroclites. De Jacques Brel à Tom Zé, en passant par l’écriture d’Éric lui-même, tout est réinterprété de manière souvent éclatée et plutôt insolite.
111 est un travail à grande échelle, destiné à accompagner l’album précédent de Red Mass, intitulé « A Hopeless Noise ». Celui-ci contient 111 chansons séparées en 11 volumes et chaque volume est fondamentalement un album en soi. Chacun des 11 volumes représente un type de personnalité et possède ses propres images, thèmes et chansons exécutées dans un style particulier, allant du folk, au garage punk, en passant par le noise, le black metal, les compositions à base de synthétiseur, l’électro et le garage pop. Dans « A Hopeless Noise », la protagoniste principale souffre du trouble de la personnalité multiple alors que 111 explore l’idée avancée par l’auteur Grant Morrison selon laquelle, au lieu d’un complexe de personnalité unique, nous devrions adhérer à un complexe de personnalités multiples nous permettant de nous adapter davantage aux autres, d’avoir plus d’empathie envers eux et peut-être même d’éviter des psychoses sociétales à grande échelle. 111 propose principalement du nouveau matériel. Le 3ième volet de la série voit Red Mass composer des morceaux folks expérimentaux avec des thèmes liés à l’adaptabilité. Comme Red Mass à l’habitude de faire, il y a des invités spéciaux soit Giselle Webber, Hannah Lewis et Jena Roker. Le 1er single de l’album est Drowned avec Giselle Webber (Orkestar Kriminal).
Sortez l’alternatif des années 90 du gars! Pas Assez Peace? Parce que des fois, ça brasse intérieurement. Parce que des fois, ça fait du bien de crier. Parce que des fois, pester n’est pas nécessaire, on cherche la paix. Projet Solo de Vincent Latulippe accompagné parfois de Benoît Aumont-Lefrançois à la batterie. Feu Tétanos tourne la page sur un projet trop long. Tétanos est mort – Feu Tétanos vivra – Peace.
ELKA DDDONG = ELKA BONG + David Dugas Dion. ELKA BONG c’est Al Margolis (Massachusetts) et Walter Wright (Virginia (aussi membre du duo Bigbigdogdog)). Pour l’occasion, DDD s’est greffé au duo et le tout fut enregistré à distance. Al Margolis – Violon, Casio CZ-101, hautbois et piano. Walter Wright – Batterie amplifiée. David Dugas Dion – Sax alto, basse, guitare électrique et Gakken SX-150 + Moog Ring modulator.
FULL ASTRO (de FULL ASTRO) est probablement l’album le plus free jazz jamais sorti par Cuchabata Records : sax alto (Geneviève Gauthier), contrebasse (Eli Davidovici), guitare électrique (Alex Pelchat) et batterie (David Dugas Dion). Des rythmes entraînants aux explorations venteuses, en passant par la frénésie du bruit, FULL ASTRO vous propulsera au-delà de la lune, de Saturne et même au-delà de cette galaxie…
« En checkant les chansons de Torse nu, je me suis rendu compte qu’elles parlent pas mal de ne pas fiter, de se cacher, de mal feeler, de vivre en marge. Je trouve que le visuel de Laurence Lemieux représente vraiment bien ça. En ce qui me concerne, ça se retrouve sur des tounes comme Jeux vidéo, Anxiété sociale et Nos assiettes sont pleines de tristesse. Pour certaines chansons, j’ai laissé la narration à des personnages. On y retrouve, entre autres, une vedette décadente (18 manteaux de fourrure), un chat de ruelle qui aime se battre (Coco) et Joseph-Arthur Lavoie (Pour le temps d’une paix). Torse nu, c’est pas tant une question de bedaine, je pense. C’est plus dans la tête que ça se passe. Un lâcher-prise qui permet, au moins, de survivre au bordel. Un party pour mieux résister? Torse nu emprunte au post-punk et au grunge en conservant l’esprit lo-fi/casio de mes albums précédents. Maintenant, j’ai le goût de remonter un band et de faire des shows où je pourrais faire du body surfing en criant. Torse nu ou pas. » -Maxime Gervais
Pour ce troisième album intitulé « Suture Self », Électrique Junk continuent de développer le rock psychédélique teinté d’influences moyen-orientales qui les caractérise en misant sur le concept de suite, les pièces s’enchaînant d’elles-mêmes à l’intérieur de grandes structures dont les articulations contiennent des surprises à chaque détour. Des échos d’une vieille pièce liturgique émergeant de riffs lourds en passant par des moments flottants à tendance folk et des coupures abruptes, le trio s’ouvre également à des sonorités nouvelles grâce à l’aide de David Dugas Dion tout au long de l’album. Si les deux premiers albums vous ont amené ailleurs, « Suture Self » sera un voyage lysergique dans un univers qui se contient lui-même.
Nouvel album de Totenbaum Tr‰ger, « Perennials » est la suite de « Neon Flowers », paru sur l’étiquette montréalaise Samizdat Records et lancé aux Ateliers Belleville en mai 2023. Poursuivant son voyage solo, Dominic Marion continue de soumettre sa guitare à des traitements en direct afin de produire des timbres d’un autre monde. Ce nouvel album prolonge l’exploration timbrale du précédent en dessinant des paysages encore plus dilatés, où le temps paraît suspendu, où l’oreille est bercée par des sonorités qui transfigurent le timbre de la guitare électrique. Des résonances s’élèvent, étrangères à toute pulsation régulière, pour former des amas d’ombre et de lumière, des fleurs de néon vivaces, des ouvertures méditatives où s’abîmer en soi-même.
Venant de l’épicentre artistique de tiohtià:ke (Montréal), Peaches in Black se dresse en tant que phare vibrant de la diversité de genre et du féminisme dans le domaine de la musique improvisée. Reconnue pour son travail au sein de projets tels que La Loba et LUNES, ce collectif a été créé par la polyvalente multi-instrumentiste et activiste Elyze Venne-Deshaies. Avec un dévouement inébranlable à l’inclusivité et à la célébration des voix diverses, la mission fondamentale de Peaches in Black est d’étendre une chaleureuse invitation à de nombreux artistes talentueux qui s’identifient comme queer. Ensemble, iels créent un espace inspirant où la musique et la communauté s’entremêlent, le tout accompli grâce à l’acte puissant de l’improvisation collective. Dans leur collaboration harmonieuse et spontanée, Peaches in Black favorise un environnement où l’échange d’idées musicales novatrices prospère; reflétant un profond engagement envers la promotion de la créativité et de l’unité parmi les artistes historiquement marginalisés. Ce collectif est non seulement un témoignage du pouvoir transcendant de la musique, mais aussi un témoignage de l’impact profond de l’acceptation de sa véritable identité au sein d’une communauté solidaire et créative.
Colmor est le projet solo/collaboratif de Tommy Johnson, membre du groupe Populi et anciennement de IDALG, Ponctuation et Lemongrab. Très inspiré par l’authenticité des courants lo-fi et DIY, le projet se démarque par sa spontanéité, de l’écriture à l’enregistrement. Mixtape Vol.2, une collection de chansons enregistrées entre 2016 et 2021, fait suite à Mixtape Vol.1 (2016) et EP-1 (2020).
Le meilleur album de tous les temps est japonais (je me répète mais… pouvait-il en être autrement ?). C’est le disK qui synthétise TOUT ce que j’aime en musique et qui, en même temps, redéfinit ce qu’est la musique comme forme d’expression artistique libre, synergique et totale… Imaginez vos rêves les plus fous devenus réalités lysergiques, messieurs-dames. Imaginez que vos fantabulations soniques les plus osées/déraisonnables se concertent obsessivement-compulsivement pour devenir une panoplie quasi-infinie d’univers-pour-tympans-opiacés-et-délurés-jusqu’à-pâmoison-orgasmique en 4D… non, en 5D… euh, en 15D + LSD… bah, avec les Boredoms on ne compte plus les dimensions. Cela va au-delà d’une spatio-temporalité que même le cerveau ravagé d’un Philip K. Dick en pleine déréalisation ne pourrait concevoir… Du bonbon grisant pour tous vos sens saturés à 70000000 milles à l’heure… IMAGINEZ : Can, Pink Floyd, Gong, Les Residents et MAGMA qui sont réincarnés en tant qu’enfants-autistes-superpsychiques du projet AKIRA et qui décident de créer une sorte de messe-liesse à l’intention des étoiles. IMAGINEZ ce bon vieux Captain Beefheart qui se la joue soudainement space-rock avec un nouveau Magic Band formé sur Canopus. Ça BRILLE, bordel. Ça grille-les-neurones-brille-brille-mes-frères-et-seuls-amis, nom d’une pipe en bois rond… C’est… meilleur et PLUS IMPORTANT que le meilleur disque de tous les temps… C’est tout simplement BIBLIQUE, ce truc. Et ça à une âme grosse comme un demi-trillion de camions citernes multicolores qui déversent des confettis explosifs-incandescents dans un canyon de lumière pure. C’est l’expression SUPRÊME de ce QU’EST la musique psychédélique dans toute sa splendeur tellurique. Aussi intensément rigoureux que Strav sur son Sacre divin, aussi ROCK-pur-jus que les Stooges à leur époque proto-punk triturée de saxophones acides, aussi AVANT-PROG qu’un CAN qui se refuse toute catégorisation, aussi délicieux qu’une orfèvrerie Beach Boys-esque à la graisse de renoncule, aussi tribal que des folies balinaises au GAMELAN, aussi planant que le Floyd des débuts dada-beat… OH !!! They dId the MASH !!! they DiD the MONSTER MaSh (HAPPY-Godzilla in tha house, avec des lunettes de Soleil rose-vermeille-poilues qui se la joue gangsta dans un néo-Tokyo imaginaire composé à 84,35% de tendre et juteux ananas) !!!!
J’ai découvert les Boredoms grâce à John Zorn, ce sympathique saxophoniste-compositeur-avant-garde-folichon-new-yorkais, qui utilisait les talents vocaux un brin particuliers de Yamantaka Eye (chanteur/compositeur des Boredoms) pour son projet GRIND-Jazz Naked City (à découvrir de toutes urgence pour les fans de musique violente, hyper technique et aventureuse). J’ai tout de suite été séduit-bluffé-terrifié par ces cordes vocales élastiquement vôtres… Ce n’était plus du chant. Ça allait au delà de tout ce que les Mike Patton, Björk, Scott Walker, Diamanda Galas, Enrico Caruso, Billie Holiday, Screaming Jay Hawkins et Tom Waits de ce monde pouvaient se permettre… Logiquement, dès que j’ai su que le mec avait un groupe bien à lui, votre détective au sourire si carnassier est allé à la découverte, sans peur ni regret. Je dévalai d’abord les pentes sinueuses d’un « Chocolate Synthesizer » (paru en 1995) magistral de « fuckitude » punk-noise-japonisante-KAWAÏ, dernier petit joyau de leur période première mais qui laissait entrevoir les débuts d’une musique plus « construite », tout en ne perdant rien de ce qui rend la musique de ces emmerdeurs irrévérencieux si attachants : la LIBERTÉ. De la grande musique de CRÉTIN-GÉNIAL. Le stop suivant dans la grande tournée des mondes inexistants serait ce « Super æ », l’oeuvre de transition SUPERlative entre le vieux-Boredoms et le Boredoms-nouveau (exit la TERRE, bande de petits truffions).
Track-by-track, mes chers amis. Mais avant, pour vous mettre dans le contexte : un doux matin de Décembre, vous venez d’apprendre en z’yeutant la célèbre émission « Salut ! Bonjour ! » de L’E-X-C-E-L-L-E-N-T-E chaîne télévisuelle TVA que des scientifiques ont découvert l’existence de vortex intemporels (au Brésil et en Papouasie-Nouvelle-Guinée, plus précisément) qui mènent vers des dimensions jusque là inconnues… Et suite à cette annonce renversante, l’animateur-maison préféré des dames Gino Chouinard se met à danser frénétiquement une espèce de samba-expérimentale décadente « live » à la téloche. Et HOP ! Brutalement, comme ça : Gino se transforme en un Brocoli Géant… SACREBLEU !!! Un petit zapping à la BBC Newz et on nous dit que la première équipe d’explorateurs revient tout juste de sa première investigation dans ce macrocosme bordélique et ont rapporté, entre autres, des légumes-racines électriquement chargés (des genres de topinambours irradiés qui brillent dans le noir), des épices qui incendient les palais humains d’une manière jusque là insoupçonnée, de la fourrure de chacal étoilé eeeeetttttt surtout… un CD offert par un grand sachem perché sur une butte recouverte de gazon violet et de plantes carnivores. Ce disK serait l’occasion de découvrir la culture musicale de cet autre monde.
Super You : Accrochez vos écouteurs. Left-right-left-right. Ces divigations sonores introductoires se balancent d’une oreille à l’autre. Les sons sont aspirés, ré-aspirés, re-vomis. La vitesse change, double, triple, ça ralenti, ça va plus vite. Et soudainement, un gros riff de stoner acidulé vient faire irruption. Et lui aussi est aspiré à son tour dans un trou noir béant. Perte de repères. Trip hallucinogène de champis sur la montagne chauve pendant qu’un espèce de dude japonais à rastas t’actionne son chèche-cheveux thermodynamique à transmodulations variables à deux millimètres des oreilles. Black Sabbath sur les speeds dans une sécheuse à dry-spin. Jam band d’électro-ménagers. L’équivalent musical de se retrouver dans un blender branché sur le 110. Et cette finale percussive en forme de choucroute aux ogives me régale à chaque écoute jouissive.
Super Are : Les Boredoms qui s’adonnent à une certaine forme de New Age post-cosmique… Terry Riley qui mange des cierges d’églises au pesto pendant que des Incas se tartinent le corps avec de l’encens liquéfié. C’est terriblement beau et apaisé, surtout après ce premier morceau en forme d’infarctus. Notre bon ami Yamantaka nous susurre un mantra divin (« You aaaareeeee !!! »). Ça part en tribalo-kek-chose. Et la lourdeur électrique mal calibrée revient nous frapper en pleine gueule. Des tsunamis de larsens de guitares investissent notre cortex pendant que le mantra se poursuit. Interprétation kraut-rock-libre mettant en scène Magma et Sonic Youth + 700 batteurs. Dieu que j’aime le côté on-ne-peut-plus-percussif des Boredoms, dignes transfuges de Stravinski ci haut mentionné. Le tout se conclut par ce torrent de voix qui agrémente l’album par-ci par là.
Super Going : Un TRÈS GRAND moment de musique… et possiblement mon morceau préféré d’un album qui n’a pas pourtant pas fini de nous surprendre… NEU! sont de retour en version bouddhiste-goa-trance les potes ! Possiblement le plus grand morceau de rock germanique de tous les temps… et créé par des Japonais ! Ils ont out-germanisés les Allemands les vils salauds ! De la grande musique tribalo-ritualistique-répétitive où la candeur bon enfant rime avec une certaine forme de violence rythmique sans égal. Un squirting orgasme infini mis en musique. Ça dure 12 minutes mais j’aurais pu en bouffer 700 000. Et quand on pense avoir finalement commencé à intégrer-digérer le détraquant délire et ses effets-spéciaux-psycédélicos-modulaires, il y a un espèce de revers totalement inattendu qui part-en-couilles-rythmiquement-parlant. L’aspirateur magique des Boredoms (qu’on peut maintenant considérer comme membre à part entière du groupe) se remet de la partie et syncope le tout. Un cri de bravoure héroïque fait repartir nos héros vers d’autres contrées acidulées. On termine dans un tel chaos, un essoufflement logique où les respirations des instruments qui pourraient s’apparenter à des chants de gorges se fondent dans un code morse approximatif.
Super Coming : HOLY FUCKIN SHIT que j’aime ce morceau !!!!!!!! Une guitare à la Faust introduit une scène de rue dans une Afrique de l’Ouest transposée dans la galaxie EGS-zs8-1. Il y a du Capitaine-Coeur-de-Boeuf dans l’air alors que Yamantaka fait sa meilleure personnification du célèbre chanteur-peintre texan. Vocaux d’homme des cavernes sur un trip d’inhalation d’essence, offensives guitaristiques noisy-licieuses qui virevoltent un peu partout dans l’éther, batterie ultra binaire rappelant le « It’s a Rainy Day (Sunshine Girl) » de Faust + une basse toute en pesanteur qui l’accompagne avec brio, chœurs mescalins venant porter renfort au soliste-en-transe, cris déments dans la nuit sauvage… Puis cette finale plus Can que Can-tu-meurs (ça me rappelle leur « She Brings the Rain »). Une autre chanson (?) de 12 minutes stupidement géniale OU génialement stupide, c’est selon.
Super Are You : La seule pièce qui rappelle pas mal l’ancien Boredoms schizoïde, avec un début tout en ribambelle-dada-punk triturée par les adorables hurlements post-juvéniles de Eye, ces synthés kitschounets de série Z qui pondent des sons atrocement merveilleux, cette batterie iconoclaste où vient s’ajouter une collection de casseroles, cette guitare désaccordée (qui n’en a d’ailleurs vraiment rien à foutre d’être désaccordée). Le maître mot est FUN. Des explosions, des changements de styles à toutes les 2 secondes, des mélodies complètement autistiques, du gros bruit qui tache, des amplis ultra-cheap qui défoncent, des instruments-jouets à foison (ToyS R’Us meets the AvAnT-GaRdE). on dirait Mr. Bungle mais si ils étaient Japonais. Tellement con. Mais tellement bon. On pourrait écrire une thèse de doctorat sur cette pièce et tout ce qu’elle contiendrait, c’est le mot « SUPER » 300 000 fois ainsi qu’un bout central de 53 pages où ce serait juste indiqué « AAAAAaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaAAAAAAAAAAAHHHHHHH !!!!!! » à répétition (en plusieurs polices différentes) + le dessin d’un coati à nez blanc qui joue de la flûte traversière en lançant des rayons lasers avec ses yeux.
Super Shine : La culmination grisante de tout ce que les Boredoms ont élaboré jusque là… En ouverture : le bad trip d’un Nintendo 8-bit. Vient ensuite la rythmique suprême, point d’ancrage de la pièce. Une rythmique qui serait en fait cousine distante d’une du Tago Mago de Can, mais avec un aspect africain (voir même reggae pour la basse) en plus. Cette rythmique de fous grandit, grossit, s’intensifie… Viennent se greffer différents éléments formidables, comme ces voix possédées par la joie d’être content d’être satisfait d’être heureux. Ça se distortionne tout autour, les claviers qui vrombissent, se dilatent, la musique s’entrechoque, se disloque en elle-même. Mais ya toujours la rythmique au centre qui elle n’en démord pas… C’est la folie messieurs-dames !!!! Des papillons gros comme des manoirs volent partout à travers ça, j’vous le dis. C’est Super Papillon leur chef, un Super-héros qui a été mordu par un papillon radioactif quand il était jeune. Il a un masque HALLUCINANT et des ailes en acrylique pure. Et puis il y a des moines tibétains qui se balancent aussi sur leur bol chantant. Et n’oublions pas l’homme avec une tête de nénuphar, avec sa cravate biconcave, ses gants de vaisselles toujours ajustés, sa montre arc-en-ciel prête à mordre des pissenlits à tout moment. La peuplade des fougères vient se joindre à la cérémonie néo-païenne qui a lieu près du Mont Fuji, à 4 heures du matin. On a décidé de faire frire la montagne. ou la faire « rire », je sais plus trop… Putain, j’ai échappé mon briquet.
Super Good : Miraculeux coda ambiant-prog-jazzé…. Parallèle à faire avec le dernier truc sur M.D.K. dont le nom m’échappe toujours. C’est beau en diable. C’est un peu la dernière scène de Aguirre de Herzog, avec les singes capucins sur le radeau qui flotte sur un Amazone surréel. Grésillements doucereux de matière grise. Comment prenez vous votre âme ? Tournée, le jaune intact s’ilvousplaît !
Bref… Je me suis égaré parce que ce disque est une substance illicite en soi. Son écoute est dangereuse et rend même dépendante à deux choses en particulier : la liberté et l’imagination. Super ae est plus que le super meilleur disque au monde entier. C’est l’expérience sensorielle d’une vie. C’est un monde où il fait bon se perdre ; où en fait on se perd délicieusement un peu plus à chaque fois. Avec les Boredoms, on sourit à la vie. Les couleurs sont plus belles. Les femmes sont plus belles aussi. La bouffe goûte meilleure. L’air est plus pur et le bruit du vent peut nous émouvoir. La magie existe encore. Si quelque chose d’aussi merveilleux peut exister et bien on se dit qu’on est chanceux de pouvoir faire parti de ce grand TOUT incommensurable qui nous abrite.
Best thing ever.
Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :
Captain Beefheart – Trout Mask ReplicaTerry Riley – A Rainbow in Curved AirCan – Tago Mago
Mélomane depuis sa naissance, Sylvain a toujours amassé les cassettes et cd jusqu’au jour fatidique du 17 mars 2006, où sa vie fut perturbée à jamais par l’achat de ses premiers disques vinyle au No Fun Fest à Brooklyn. La vie ne fut jamais pareille depuis, accroc de la galette noire pour la vie, la « collectivite » aigüe frappe très fort. Aussi musicien à ses heures, Castilloux a oeuvré dans plusieurs groupes de la scène underground de Montréal, dont ManyMental Mistakes, Ghostlimbs, Les Zerreurs et présentement Nuage Flou ainsi que Curling Irons.
Tel qu’évoqué ci-haut, mon pote Sylvain (que j’appelle affectueusement « OG Castilloux ») a une collection de disques complètement folle (et vaste). Il publie religieusement ses écoutes sur sa page Instagram, que je consulte régulièrement avec admiration et envie. C’est une des références absolue en matière de no wave, garage rock, post-punk, noise rock, punk, hardcore, abstract/leftfield hip-hop, rock expérimental, psych (et j’en passe). Parler avec Sylvain est dangereux parce ce qu’à chaque fois, au terme de la discussion, tu as le goût de t’acheter 47 albums… Et souvent les 2-3 premiers de chaque groupe évoqué 🙂
C’était donc normal que ce grand mélomane devant l’éternel soit une des premières personnes à qui j’ai proposé le délicat exercice de sélectionner ses 15 pistes ultimes. J’imagine que le choix fut délicat et difficile. Mais en bout de ligne, on a ici un mix qui représente vraiment bien toutes les (nombreuses) facettes d’un des musiciens les plus sympa et cool de la scène montréalaise !
Je souhaite une fabuleuse écoute à tout le monde, y compris le célèbre Géant Vert (qui, fait fort méconnu, adore écouter du no wave lorsqu’il n’est pas occupé à faire la promotion des légumes en conserves).
Nous revoici dans le dirigeable métaphysique du caporal d’endives pour un autre voyage intersidéral à travers milles et unes contrées multicolores, déraisonnables, folichonnes et septentrionales, survolant des mélèzes hallucinatoires, des huttes pygmée de cristal liquide, des ouragans qui arborent un sourire digne du chat de Cheshire, des déserts de sucre rose éblouissants, des mers de volutes incantatoires et des villes émeraudes recouvertes d’herbe folle.
Bonne écoute à tous les laitiers psychédéliques !
Tracklist:
20th Century Zoo – Rainbow
Turquoise – Tales Of Flossie Fillett
Bobb Trimble – Premonitions – The Fantasy
Ill Wind – People of the Night
White Noise – Love Without Sound
Os Mutantes – Ave, Lúcifer
Baker Knight & The Knightmares – Hallucinations
Pink Floyd – Candy and a Currant Bun
King Gizzard & The Lizard Wizard – Sleepwalker
Cerebrum – Eagle Death
Bunalım – Başak Saçlım
The Elastik Band – Spazz
Wildflowers – More Than Me
Moorpark Intersection – I Think I’ll Just Go And Find Me A Flower
Spooky Tooth – Weird
Captain Groovy and His Bubblegum Army – Dark Part of My Mind, Pt. 1
Troisième dose mes chers amis lysergiques ! Celle-ci est vachement forte et hallucinogène, je vous averti ! Ça commence très fort avec nos Japonais bruyants préférés de Boris accompagnés de l’ami des bêtes Masami Akita qui s’amusent en chœur à faire du Beatles en version Stoner-Noise. Et après, on voyage à travers bon nombre de pépites garage, néo-psych, baroque pop, stoner rock, tropicália, early electronics, yé yé… en passant par les Z’états-Unis, l’Angleterre mais aussi le Brésil, Les Pays-Bas, la France et même la Corée du Sud.
Bonne écoute mes petits capuchons de mélamine rôtis !
Tracklist:
Boris With Merzbow – Walrus
The Open Mind – Magic Potion
Jacques Dutronc – Hippie Hippie Hourrah
The Goody Box – Blow Up
Silver Apples – Confusion
Gal Costa – Objeto sim, objeto não
Inside Experience – Be on My Way
Leaf Hound – Drowned My Life in Fear
Olivia Tremor Control – Green Typewriters IV
Ramases – Earth People
Twink – Fluid
The United States of America – The American Metaphysical Circus
Deuxième épisode de cette série de mixtapes qui vous offre une forte dose (lysergique) de plaisir sonore. EN JOIE mes chères et chers mesdames, messieurs, enfants indigo, bulletins scolaires zombifiés, théières volantes péruviennes ; sans oublier mes amies les pieuvres multicolores de la baie galaxique étoilée de Saint-Fulgence !
Tracklist:
Me and The Rest – Mark Time
Thee Oh Sees – Carrion Crawler
The Generation Gap – Plastic Faces
The Bermuda Jam – Good Trip Lollipop
Sagittarius – My World Fell Down
Linda Perhacs – Parallelograms
Ginette Bellavance & YUL – Mister Canada
Acid Mothers Temple & the Melting Paraiso U.F.O. – Amphetamine A Go Go/Pink Lemonade
Style : Art Rock/Pop un brin bipolaire, Rock alternatif, Post-Punk, Noise Rock
Ma découverte de la musique de Blonde Redhead s’est fait (bizarrement) par l’entremise de ce disque assez singulier ; facilement le plus atypique de leur discographie. C’est aussi celui que je ressors le plus souvent. J’y suis attaché à ce disque un tantinet mal-aimé, pas carré du tout, tristounet, un peu neurasthénique… On sent qu’avec cet album mi-figue mi-raisin, les membres du groupe sont à la croisée des chemins ; un pied encore dans leur passé rock noisy et l’autre dans leur avenir électro/dream-pop/trip-hop alternative. Mais ce n’est pas juste ça… Ce disque est une oeuvre au gris… froide et presque désintéressée… Un disque de pop parfait pour ces jours brumeux de Novembre. À travers toutes ces pièces (mêmes celles qui sont un peu plus rock ou électro-pop), on ressent un espèce d’accablement résigné. Et moi qui aime la musique triste et belle, ça vient me chercher.
L’album commence avec cette étrange intro électro affectée/somnolente (claviers mutants + échantillonnage sonore abstrait) avant de se muter en un de mes morceaux préférés de l’histoire du trio : « In Particular ». C’est une petite pépite pop à la rythmique biscornue, bancale, syncopée, obsessive-compulsive même (forcément, ça me parle). Avec sa voix enfantine et sérieuse, Kazu Makino entonne un texte mystérieux, avec ses allitérations sur le prénom « Alex » et ses références à la dépression et la paranoia…. Troisième piste, « Melody of Certain Three » est beaucoup plus rock et rappelle les oeuvres précédentes du trio, mais on sent cette langueur surannée s’instaurer petit à petit à travers… « Hated Because of Great Qualities » continue dans la grisaille. C’est un morceau post-punky avec un habillage sonore extrêmement minimaliste. Batterie lancinante à l’avant-plan, basse funèbre et guitare éplorée (qui intervient pas mal juste durant le refrain). Très beau.
« Loved Despite of Great Faults » est le revers un brin plus entraînant de sa pièce-soeur, mais avec Amedeo Pace au chant cette fois (info complémentaire: Blonde Redhead est un groupe à 2 chanteurs). La « ballade des citrons » est un interlude similaire à l’intro, le genre de bidouillage sonore qu’on aurait pu entendre sur un disque du BBC Radiophonic Worshop vers le milieu des années 60. « This Is Not », c’est la piste la plus accessible du disque, même si le spleen n’est jamais loin et la recouvre parfois de son ébène… C’est une jolie ritournelle électro-pop avec ses synthétiseurs kraftwerkiens.
« A Cure » est un autre moment fort de l’album. Très Sonic Youth mid-tempo, avec un clavier analogue vieillot qui tapisse le fond sonore d’une singulière façon. Les deux chanteurs interviennent à divers moments. Il y a aussi ce petit côté Math-Rock savoureux (on est chez Touch & Go aussi… et c’est Guy Picciotto de Fugazi à la prod). « For The Damaged » est une ballade mélancolique guitare/piano/voix (féminine), magnifiquement dépouillée. Cela fait mouche à chaque écoute.
Brutalement, sans crier gare, l’accablement laisse place à une colère brute sur l’avant-dernier titre (« Mother »). Lo-fi as FUCK. Volontairement mal enregistré. Ça gueule. Ça rugit. Ça tabasse. Basse en forme de vertiges. Batterie étouffante et étouffée. La tristesse s’est mutée en haine, le temps d’un 2 minutes assez essoufflant. Et puis… On revient au piano sépulcral qui nous introduit la complainte de cloture, « For the Damaged Coda ». L’album se referme sur son trouble.
La « Mélodie de ces certains citrons endommagés » est un disque hautement recommendable d’un très très bon groupe qui mérite d’être connu par tout mélomane. Normalement, je recommanderais plutôt de commencer avec un « Misery is a Butterfly » (plus mélodique) ou un « Fake can be just as good » (pour leur période Noise-Rock) mais comme ce disque a fonctionné comme porte d’entrée pour votre humble serviteur, il pourrait potentiellement faire de même pour vous.
Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :
Electrelane – The Power OutSonic Youth – DirtyDeerhoof – Reveille